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Full text of "Revue d'Alsace"

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REVUE  D'ALSACE. 


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GOLMAR .  Imprinrario  et  Uttiograidiie  de  Gakllb  DMKin. 


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REVUE  D'ALSACE. 


/ 


A- 

A' 


'^^ 


COLMAR, 

AU  BUREAU ,  RUE  DES  HARCHAM»,  N*  8. 


1858. 


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LES  SCYTHES. 


LEUR  ËTAT  SOCIAL,  MORAL,  INTELLECTUEL  ET  RELIGIEUX. 


Les  Scythes  appartenaient  avec  les  Aries  de  Tlnde ,  de  la  Médie  et 
de  la  Perse  •  et  avec  les  Athiirs  (Assurs) ,  les  Haïgans  (Arménies) ,  les 
Kamars  (Kimro-Keltes)  et  les  Hellènes  à  cette  souche  de  nations  qu'à 
défaut  de  nom  plus  convenable  nous  appellerons  b  race  de  lafète.  (i) 
A  l'époque  où  les  peuplades  scythes  apparurent  pour  la  première  fois 
dans  rbistoire  »  en  rapport  avec  les  peuples  aries ,  elles  habitaient  les 
contrées  appelées  aujourd'hui  le  Turkestan ,  au  sud  du  Djihouns  » 
depuis  la  mer  Caspienne  jusqu'aux  Monts-Nébuleux  (Belurt-tagh).  Au 
nord  et  à  l'est  elles  touchaient  aux  peuples  altaïques  qui  étaient  no- 
mades comme  elles  et  dont  les  descendants  au  Moyen*âge  étaient  les 
Tatares-Mongghols.  Au  sud  les  Scythes  étaient  3n  contact  avec  les 
Baktries  et ,  par  leur  intermédiaire ,  eki  rapport  avec  les  Hindous.  Les 
contrées  où  ces  peuplades  scythes  apparurent  pour  la  première  fois 
dans  l'histoire  étaient  »  sans  doute  ^  le  berceau  même  de  leur  race. 
En  effet  c'est  là  et  dans  le  voisinage  qu'elles  séjournèrent  le  plus 
longtemps  ;  c'est  de  là  qu'elles  se  répandirent  les  unes  vers  le  sud  et 
vers  l'est ,  les  autres  vers  le  nord  et  vers  l'ouest.  Parmi  les  peuplades 
scythes  qui  se  sont  répandues  vers  l'est  et  vers  le  sud  les  plus  an- 
ciennes et  les  plus  puissantes  étaient  les  Sake$  et  les  Parthet ,  deux 
noms  qui  ont  été  donnés  dans  l'antiquité  encore  à  d'autres  tribus 

(')  Voy.  Rmm  d*Alêace  de  iS^ ,  page  557. 


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6  REVUE  D'ALSACE. 

moins  puissantes  et  moins  UnportanteSi  mais  qui  étaient  issues  comme 
les  Sakes  et  les  Parthes  de  la  même  souche  scythique.  Les  Sakes 
étaient  la  peuplade  scytbe  la  plus  voisine  des  Arles  (v.  PUne ,  6 , 
19»  i)  et  par  conséquent  la  mieux  connue  des  peuples  de  cette 
branche,  lesMèdes,  les  Baktries  et  les  Hindous.  Dans  leur  langue 
ainsi  que  dans  celle  des  peuples  aries  leur  nom  (scythe  Chakàs , 
sansc.  Çàkâsi)  signifiait  Capables  (norr.  Hagir  aptes).  Les  Çakâs  figurent 
dans  les  traditions  des  Hindous  au  moins  dès  le  i^*"  siècle  avant  notre 
ère.  En  effet  ils  sont  mentionnés  dans  les  plus  ancieos  livres  sanscrits 
(voy.  Manon',  x .  44)  d'abord  sous  le  nom  de  Çakàs  et  plus  tard  sous 
celui  de  Çâkyâs  (Issus  des  Cakes)  et  de  Çâkyasênâi  (Troupes  de  Çakyâs). 
Les  anciens  Hindous  comptaient  les  Çakâs  ainsi  que  les  Kambôdjâs 
(Arachosies),  les  lavanas  (lônes),  les  Paradas  (Paropamisies)  et  les 
Pahlavas  (Perses)  parmi  les  peuples  voleurs  (sansc.  dasyavas)^  dégradés 
(sansc.  coudras)  et  hérétiques  (sansc.  Mlêtchas) ,  parce  que ,  disaient- 
ils ,  par  Tomission  des  sacrements  et  par  la  non-fréquentation  des 
Brahmanes  ils  sont ,  par  degrés ,  descendus ,  dans  ce  monde ,  au  der- 
nier rang  des  hommes  {Manou ,  x ,  45).  A  l'exemple  des  Hîndous,  les 
Perses  orthodoxes  ont  désigné  également  dans  leurs,  livres  sacrés  le 
pays  des  Sakes  sous  le  nom  de  Tûrân  (Hors  d'Iran  ;  Pays  de  barbares 
et  de  mécréants)  et  plus  tard  encore  les  Persans ,  par  une  allusion 
maligne  au  mot  de  sak  (p.  sbak  aboyeur)  qui  dans  leur  langue  signi- 
fiait chien  les  ont  appelés  Sàk-sâr  (Têtes  de  chien)  ou  Gourk-sàr  (Têtes 
de  loup).  A  partir  du  quatrième  siècle  à  peu  près  .avant  notre  ère  les 
Cakes  se  répandirent  davantage  vers  le  sud  et  s'établirent  sur  les 
bords  de  l'Indus.  Us  essayèrent  même  de  pénétrer  dans  l'Inde  ;  mais 
ils  en  furent  repoussés  par  Vikrâmadiiyas  ^  roi  d'Oudjayânî,  qui  jugea 
la  victoire  qu'il  avait  remportée  sur  eux  tellement  importante  que 
non  seulement  il  prit  lui-même  le  surnom  honorifique  de  Çakârî 
(Ennemi  des  Çâkes)  mais  qu'il  institua  aussi  l'ère  des  Çâkes  (sansc.  Ça- 
kâbdha)  qui  date  de  Tannée  56  avant  J.-Ch. ,  dans  laquelle  il  avait 
vaincu  ces  Nomades  guerriers.  A  la  fin  du  premier  siècle  après  J.-Ch., 
les  Çakas^  nommés  Indo-Scythes  par  les  Grecs,  occupaient  toute  la 
partie  nord-ouest  de  l'Iode.  Ils  étaient  a  cette  époque  sous  la  domi- 
nation de  leurs  frères  les  Parthes,  (voy.  Peripl*  d'Arru.)  qui  eux- 
mêmes  étaient  une  branche  de  la  race  sake  ou  scythe.  Dès  le 
deuxième  siècle  avant  notre  ère  les  Cakes  furent  désignés  dans  les 
livres  chinois  sous  le  nom  de  Yut  (cf.  ïoue-tschi?)  et  lorsque  les 


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LES  SCYTHES.  7 

Chinois  farent  entrés  en  rapport*  plus  direct  avec  les  Hindous  par  la 
religion  de  Boudba  et  qu'ils  eurent  appris  d'eux  le  nom  de  Çakas  ils 
rexprimërent  dans  leur  langue  sous  la  forme  de  Ha^ka.  Au  sixième 
siècle  de  notre  ère  les  Cakes  ou  Indo-Scythes  passèrent  sous  la  domi- 
nation des  Huns  qui  étaient  de  race  tatare^mongghole  et  ils  dispa- 
rurent ensuite  peu  à  peu  de  l'histoire  des  peuples  de  l'Asie. 

n  ne  parait  pas  que  les  Hellènes  aient  connu  les  Çakas ,  sous  ce 
nom,  antérieurement  au  cinquième  siècle  avant  J.-Ch.  Hérodau^i 
sans  doute  le  premier  énoncé  positivement  l'identité  de  race  des 
Sakes  (Çakas)  et  du  peuple  que ,  de  son  temps  .  les  Grecs  appelaient 
Skutes  (cf.  HeUanikus)  ou  Scuthes.  Cependant  suivant  l'érudit  Tzèlzès, 
les  Grecs  auraient  emprunté  leur  mot  sakos  (bouclier)  au  nom  même 
des  Sakes  lesquels,  selon  lui,  seraient  les  inventeurs  de  cette 
arme  défensive.  Mais  le  nom  de  Cakes,  nous  l'avons  dit,  signifiait 
Capables  et  le  mot  grec  sakos  signifiait  Protégeant  et  dérivait  du  même 
thème' que  les  mots  sakos  (enceinte  sacrée)  et  les  mots  correspondants 
norrains  hagi  (haie,  enceinte),  hogull  (protégeant,  cuirasse);  il  n'y 
avait  donc  pas  de  rapport  étymologique  entre  le  mot  grec  sakos 
(bouclier)  et  le  nom  de  Cakes  à  moins  qu'on  ne  trouve  plus  probable 
d'expliquer  le  mot  sakos  comme  signifiant  proprement  et  originaire- 
ment Varme  sake.  Dans  ce  cas  Sakos  aurait  été  un  mot  étranger  adopté 
indirectement  par  les  Grecs  sans  qu'ils  en  eussent  connu  la  signification 
de  arme  sake  et  sans  qu'ils  eussent  encore  été  en  rapport  direct  avec 
les  Sakes  ou  Scythes  eux-mêmes.  Les  Sakes  furent  vaincus  par  Cyrus- 
le-Grand  et  obligés  de  lui  fournir  20,000  cavaliers  {Ktesias  Pers.  §  83). 
Aussi  flgurent-ils  depuis  cette  époque  dans  les  inscriptions  cunéiformes 
soos  le  nom  de  Saka ,  et  ils  y  sont  énumérés  parmi  les  peuples  sou- 
mis aux  Perses.  Il  paraît  même  que  Cyrus,  d'après  l'usage  des  anciens 
conquérants,  après  avoir  vaincu  les  Sakes  en  a  transplanté  plusieurs 
tribus  dans  diflërentes  parties  de  son  empire  et  que  par  suite  de  cette 
mesure  politique,  des  tribus  sakes  se  sont  établies  en  Arménie  et  en 
Carie  et  sont  entrées  dès  lors  en  contact  direct  avec  les  Grecs  asia- 
tiques. Du  temps  d'Hérodote  et  de  Xénophon  les  Grecs  connaissaient 
déjà  les  Sakes  Hamurgies ,  les  Sakes  Armenies  et  les  Sakes  Rares. 


U  y  avait  entre  YArie  proprement  dite  et  la  Bagdriane  une  contrée 
arrosée  par  le  Matgus  (sansc.  Marus)  à  laquelle  les  Grecs  donnaient. 


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8  REVUE  D'àLSàGB. 

depuis  les. temps  d'Alexandre,  le  nom  de  Margiane  leqael  corres- 
pondait au  nom  scythe  de  Marhava  (cf.  slave  Morava).  A  Test  de  celle 
Margiane  ou  Moravie  habitaient  des  Sakes  que  leurs  frères  les  Sakes 
ou  Scythes  de  la  mer  Caspienne  appelaient  les  Sakes  d'au-delà  de  la 
Moravie  (xa-moraviai  ;  cf.  si.  za-porog ,  au-delà  des  brisants).  Les 
Grecs  changèrent  dans  leur  langue  le  nom  de  Zamoravies  tantôt  en 
Hamurgies  (Hérodole,  vu,  64) ,  tantôt  en  Amorrhaies.  C'est  ainsi  que 
le  roi  de  la  tribu  scythe  des  Derbikke»  lequel  fut  vaincu  par  Cynis-le- 
Grand  avait  le  nom  iTAmorrhatos ,  sans  doute  parce  qu'il  était  du 
pays  des  Zamoravies  et  que  les  Derbikkes  lui  avaient  donné  ce  nom 
national  suivant  l'usage  ordinaire  chez  cette  branche  scythe  de  désigner 
ainsi  leurs  princes  appartenant  à  une  tribu  étrangère.  Cet  usage  s'est 
conservé  encore  chez  les  descendants  des  Scythes  les  Gèles  (cf.  ffo- 
tMla  le  petit  Goth)  •  les  Germains  (cf.  Vestfàl  le  Yestfalien)  et  les 
Scandinaves  (cf.  Dan  le  Dane)  chez  lesquels  plusieurs  princes  ne  por- 
taient d'autre  nom  que  celui  de  la  tribu  étrangère  d'où  ils  étaient  sortis. 


11  y  avait  en  Arménie  un  district  particulier  appelé  par  les  Grecs 
SakaUne  (v.  Siraban ,  xi)  et  qui  s'étendait  jusqu'à  la  mer  Kappadoke 
(mer  noire).  C'était  probablement  une  colonie  militaire  de  Sakes 
transportés  ici  après  la  victoire  remportée  sur  eux  parCyrus.  Du 
temps  de  la  retraite  des  dix  mille  Grecs  il  y  avait  en  Carie ,  sur  les 
bords  de  l'Harpasos  près  du  bourg  de  Knos,  des  Sakes  établis  d^à  en 
assez  grand  nombre  pour  que  Xénophon  put  les  remarquer  {Xenophon 
Anabans),  C'étaient  probablement  aussi  des  Sakes  transplanté»  dans 
ce  pays  par  Cyrus-le-Grand. 


Les  tribusdes  Parthes  étaient  tout  aussi  anciennes  dans  l'histoire  que 
celles  de  leurs  frères  les  Sakes,  En  effet  le  nom  des  Parthes  figure  dans 
les  anciens  livres  sanscrits  »  (Manou  »  x ,  44)  à  côté  dé  celui  des  Çakàs 
et  des  Pahlavàs.  En  sanscrit  la  forme  de  ce  nom  est  Paradas.  Selon 
Justin  (XVI,  i  ;  cf.  Isid.  origg.  ix ,  2 ,  44)  le  nom  de  Pailhes,  dans  la 
langue  des  Scythes»  signifiait  Exilés  et  Arrhien  {Phoiii  Bibl.)  rapporto 
que  du  temps  de  Sésostris  (1400  avant  J.-Ch.)  et  du  roi  scythe  Ihan^ 
dussos  (p.  Ithan-dussos ,  norr.  lôlun^lhurs)  les  Parthes  sont  partis 
c'est-à-dire  se  sont  exilés ,  ou  se  sont  séparés  de  leurs  frères  pour 


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LES  SCYTHES.  9 

aller  s'éuUir  plus  au  sud-ouest.  Le  nom  de  Parthes  correspondait 
donc  au  mot  de  partis  (cf.  lat.  paru  divisiou ,  séparation  ;  cf.  héb. 
parad  séparer)  et  il  désignait  chez  les  Scythes  des  tribus  qui  se  sont 
exilées  oh  sont  parties  volontairement  du  pays  de  leurs  pères.  Les  Parthes 
devinrent  sans  doute  d'abord  tributaires  des  Assurs  qui  dans  l'antiquité 
avaient  soumis  les  peuples  de  cette  partie  de  l'Asie  ;  plus  tard  ils 
furent  soumis  aux  Uèdes.  Ils  se  révoltèrent  contre  le  rqi  mède  Asti- 
haras  et  se  mirent  sous  la  protection  de  leurs  frères  ks  Sakes.  Mais 
la  reine  des  Sakes  qui ,  à  en  juger  par  son  nom  de  Zarina  (sansc. 
haimà,  pers.  zerineh  Dorée) ,  était  originaire  d'un  pays  arié  et  avait 
succédé  comme  la  reine  Tomyris  à  son  mari  défunt  ;  cette  reine  des 
Sakes  n'eut  pas  assez  .d'énergie  ni  kIc  puissance  pour  défendre  les 
Parthes ,  mais  elle  fut  obligée  de  les  abandonner  de  nouveau  à  l'au- 
torité souveraine  des  Mèdes.  Les  Parthes  passèrent  dans  la  suite  avec 
leurs  mattres  les  Mèdes  sous  la  domination  des  Perses.  Aussi  figurent- 
ils  dans  les  inscriptions  cunéiformes  parmi  les  peuples  soumis  aux 
Grand8*rois  ;  ils  y  sont  désignés,  sous  le  nom  de  Parihava  (pluf.  de 
Parthu)  dont  les  Grecs  ont  fait  Parlhuoi.  A  la  chute  de  l'empire  perse 
les  Parthes  passèrent  sous  la  domination  des  Makedones  ou  des 
Seleukides.  L'an  156  avant  notre  ère  les  Parthes  (arm.  Barthierkh)  se 
rendirent  indépendants  et  fondèrent  la  dynastie  des  Arshakides  (suc- 
cesseurs d*Arshak ,  cf.  Arsakès)  ou  Ashkanes  laquelle  régna  pendant 
quelque  temps  depuis  la  Perse  jusqu'à  l'Indus,  et  comprit. aussi  sous 
sa  domination  les  frères  des  Parthes»  les  Sakes  orientaux  ou  les  Indo- 
Scythes. Cette  dynastie  tomba  l'an  ^6de  notre  ère,  et  les  Pcurthesd'^lors 
qui  étaient  moitié  d'origine  persane  moitié  d'origine  scythe ,  furent 
soumis  au  nouvel  empire  des  Persans  fondé  par  les  descendants  des 
anciens  Perses.  C'est  probablement  de  quelques  tribus  parthes  éta- 
blies sur  la  Maeotîde  que  descendirent  les  Parathanes  ou  Bardes  qui , 
quelques  siècles  plus  tard ,  se  fixèrent  dans  le  Barden-gau  en  Germanie. 
Comme  les  Parthes  appartenaient  originairement  à  une  branche  qui 
habitait  à  l'occident  des  Sakes  et  comme  ils  ont  été  le  peuple  prin- 
cipal parmi  les  Scythes  occidentaux  dans  l'Asie ,  il  est  permis ,  à  dé- 
faut de  nom  générique  plus  convenable ,  de  dopner  par  extension  le 
nom  de  Parthes  à  tous  les  peuples  scyihiques  qui  étaient  soumis  à 
leur  domination.  Les  principaux  de  ces  peuples  sc>thes  sont  les 
Dahves ,  les  Masagètes  et  les  Varkes, 


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iO  REVUE  D* ALSACE. 


l.B«   DABVBfl. 

Le  nom  de  Dahves  (gr.  Daoi^  lat.  Dahœ)  est  probablement  la  pronon- 
ciation grecque  du  nom  scythique  de  Tavas  qui  signifiait  Brillants 
(cL  scytho-gr.  Targi-tàos,  p.  Jarjft-tavui  Brillant  par  la  targe).  Les 
Dahet  étaient  un  des  principaux  peuples  scythes  (Sirabon,  i\ ,  508  » 
51i  ;  Pline ,  B.  N. ,  6 ,  i9 ,  57  »  53).  Lorsqu'ils  parurent  pour  la  pre- 
mière fois  dans  l'histoire  ils  étaient  établis  dans  la  contrée  qui  aujour- 
d'hui porte  fortuitement  le  nom  homonyme  tatare-perse  de  Daghestan 
(Pays  de  montagnes?  cf.  tagh;  chinois  Da^hia)  lequel  n'a  aucun  rap- 
port étymologique  ni  historique  avec  le  nom  des  Dahes.  Au  sixième 
siècle  avant  notre  ère  les  Dah^s  étaient  sous  la  domination  des 
Perses  (voy.  Jeschi^Favardxn),  Â  cette  époque  des  tribual  dahes  émi- 
grèrent  pour  s'établir  dans  le  voisinage  de  l'Arménie  (cf.  ies  Sakes 
Arménies) ,  dans  ce  que  les  Grecs  appelaient  les  Campagnes  des  Daas 
et  dans  les  Champs  amazoniens  où  Xénophon  rencontra  le  peuple  qu'il 
-  nomme  les  Tahes  et  que  plus  tard  les  Arménies  ont  appelés  Daikh. 
Une  autre  partie  du  peuple  dabe  émigra  pour  s'établir  en  Samarie 
{Esra,  4,9)  ce  qui  arriva  sans  doute  après  que  leurs  frères,  les 
Scythes  ou  Skolotes^  qui  étaient  venus  ^e  la  mer  Noire  eurent  pénétré 
en  Babylonie ,  en  Syrie  et  en  Palestine.  C'est  à  la  suite  de  cette  in- 
vasion que  des  Scythes  allèrent  occuper  en  Palestine  la  ville  de  Beth- 
séan  (héb.  Maison  de  repos  ;  arab.  et  rabb.  Baisan)  que  depuis  les 
Grecs  asiatiques  ont  appelée  Skuthopolis  (Ville  scythe).  Une  troisième 
partie  du  peuple  dahe  émigra  vers  le  nord  et  s'établit  sur  la  Mœolide. 
C'est  de  là*  que  déjà  au  cinquième  siècle  avant  noire  ère  les  Athéniens 
tiraient  les  esclaves  dahves  dont  ils  faisaient  ordinairement  des  paî" 
dagogm  comme  le  prouve  le  nom  de  Daos  dans  les  comédies  gi*ecques 
et  par  imitation  celui  de  Davus  dans  les  comédies  latines  lequel  est 
le  nom  classique  généralement  adopté  pour  désigner  au  théâtre  le 
personnage  faisant  le  rôle  du  Pédagogue.  C'est  sans  doute  principale- 
ment de  la  Moeotide  que  vinrent  les  tribus  dahves  qui  se  sont  établies 
au  nord  de  la  Thrace  et  qui  y  ont  donné  naissance  au  peuple  des  Dàkes 
(p.  Davîkes^  Tenant  ^es  Dahves).  Du  temps  d'Alexandre  il  y  avait 
encore  des  Dahes  sur  les  bords  de  l'Oxus  (Just. ,  xii ,  6).  C'est  des 
Dahves  de  la  Mœolide  que  se  sont  séparés  les  Apames  ou  Pâmes , 
peuple  pasteur  qui,  vers  l'an  2S0  avant  J.-Ch. ,  sous  la  conduite 
^*Arsakès ,  s'emparèrent  de  la  Parthyie  {Strabon^  xi ,  10).  Les  descen- 


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VËS  SCYTHES.  ^        11 

dants  àesDaKes  qui  étaient  restés  dans  la  Perse,  y  prirent  probablement 
dans  la  suite  le  nom  persan  de  Tazy  (cf.  chinois  Itao-tchi)  ou  le  nom  de 
Tadjik.  Ces  deux  noms  les  Persans  les  employèrent  plus  tard  comme 
ils  avaient  employé  antérieurement  ceux  de  Turan  et  de  Saksar  pour 
désigner  les  peuples  étrangers  par  leur  origine  et  leur  religiou  à  la 
Perse  ou  les  Barbares  en  général. 

Les  Masagètes  étaient  comme  les  Dahves  de  race  scythique  {Hérod. 
I  »  201  »  215  ;  Just.  i  »  8  ;  Strabon ,  lib.  xi).  Us  élëent  sans  doute  une 
subdivision  des  Gètes  {Intelligents,  sansc.  tchU  intelligence  ;  norr.  gëdh 
esprit)  et  prirent  le  nom  de  Masa-gètes^  soit  parce  qu'ils  étaient  des 
Gètes  établis  sur  une  rivière  nommée  Masa  (cf.  Tyra-Gètes ,  Gètes  du 
Tyras;  Thyssa-Gèus ,  Gètes  de  la  Theiss;  cf.  Moiso^Golhs ,  Goths  de 
la  Meuse)»  soit  parce  qu'ils  formaient  la  grande  (scythe  mam)  division 
des  peuples  appelés  Gètes.  Du  temps  de  Cyrus-le-Grand  les  Masagètes 
étaient  établis  sur  les  bords  de  l'Âraxe  (sansc.  Vourukacha)  et  ils 
semblent  ne  s'être  jamai^  beaucoup  éloignés  de  ces  contrées  du  nord 
de  la  Sogdiane.-  Cyrus  qui  avait  remporté  une  victoire  tellement 
signalée  sur  les  5afte«  qu'elle  fut  célébrée  annuellement  dans  tout 
l'empire  perse  par  les  Fêus  sakes  (gr.  Sakaia ,  voy.  Hesych.  i  »  v  ; 
Ktesias ,  édit.  Baebr ,  p.  9S ,  447)  trouva  sa  mort  dans  l'expédition 
contre  les  Masagètes  qui  étaient  les  frères  des  Sakes.  En  contact 
continuel  avec  les  peuplades  nomades  voisines  d'origine  mède  et 
tatare  et  qui  les  entouraient  à  l'est  et  au  nord ,  les  Masagètes ,  en 
même  temps  qu'ils  se  mêlaient  à  des  Mèdes,  adoptèrent  aussi  des 
tribus  tàtares  beaucoup  d'éléments  étrangers  à  leur  sang,  à  leurs 
mœurs  et  à  leur  langage,  de  sorte  que  c'est  déjà  depuis  cette  époque 
que  l'influence  mède  et  l'influence  tatare  se  font  sentir  sur  quelques 
peuples  d'origine  scythique ,  principalement  sur  les  peuples  scytho- 
sarmatiques.  Aussi  par  suite  de  ce  mélange  les  Alanès  qui  »  suivant , 
Cassius  (69,  15)  et  Julien^  sont  issus  des  Masagètes,  étaient-ils 
apparentés  et  alliés  à  la  fois  aux  peuples  d'origine  scythe  tels  que  les 
Goths  et  à  des  tribus  d'origine  latâre  tels  que  les  Kuni  ou  les  Huns. 
L'élément  tats^^e  subsistait  aussi  dans  les  Rhox-Alanes  qui ,  comme 
l'indique  leur  nom ,  étaient  des  ÀUùns  mêlés  à  des  Rhôses  (établis  sur 
le  Rhôs  ou  le  Wolga)  qui  étaient  un  peuple  d'origine  altaïque. 


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13  .  REVUB  D'ALSACE. 


I.B(i   TARIUSM. 


Les  Varkei  dont  le  nom  signifie  chassés,  exilés ,  loups  (sansG.  vrkas^ 
norr.  vargr,  cf.  madyar  farkas)  ou  bien  étaient  ainsi  nommés  à  cause 
de  leur  férocité  (cf.  pers.  gaurk-sar)  ou  bien  ce  nom  qui  était  syno- 
nyme de  celui  de  Pelasges .  de  Parihes ,  de  Bruîtiens^  ils  le  tiraient 
de  ce  qu'ils  avaient  été  exilés  du  pays  de  leurs  pères.  Le  pays  des 
Varkes  ou  Ouarkes  ou  lourkes  qui  était  àitué  au  nord-est  de  la  mer 
Caspienne  fut  aussi  appelé  par  les.  Grecs  Burkania  (p.  Ourkania)  ou 
Barkania  et  aujourd'hui  en  persan  il  est  nommé  Gourkan  (Pays-de- 
loups).  Les  habitantaiprirent  d'après  le  pays  le  nom  de  Barkans  ou 
Hurkans  (lat.  Hyrcani).  Parmi  les  Hurkans  on  distinguait  principale- 
ment les  Derbinkes  (gr.  Derbikkai.  Plin.  Dervtcae)  dont  le  nom  qui 
correspond  à  la  forme  norraine  de  Trêvingiar ,  signifiait  proprement 
Descendants  de  Derv  ou  de  V Arbre  (cf.  gr.  dms^  sansc.  Druma,  norr. 
triu)  ;  soit  que  Derv  (Arbre)  fût  un  personnage  épique  soit  que  ce 
fftt  un  nom  mythologique  synonyme  de  celui  de  Askr  (Frêne)  dont  » 
selon  les  traditions  Scandinaves ,  provenait  la  race  humaine.  C'est 
peut-être  aussi  des  Dervikkes  que  sortit  plus  tard  une  tribu  illustre 
parmi  les  Goths  »  savoir  les  Therviggâi  lesquels  à  leur  tour  paraissent 
avoir  été  en  quelque  rapport  généalogique  avec  les  Dures  ou  Thu- 
ringes  ou  Tgrks  germaniques.  La  tribu  des  Derbikkes  était  sans  doute 
pendant  quelque  temps  établie  plus  près  de  l'Inde  parmi  les  Indo- 
Scythes  puisqu'elle  a  conservé  dans  VHyrcanie  l'usage  d'entretenir 
des  éléphants  et  qu'elle  continuait  toujours  ses  rapports  avec  les 
Hindous  par  l'intermédiaire  de  ses  frères  les  Sakes  établis  plus  à  l'est. 
C'est  parmi  les  Sakes  zamoravies  que  les  Derbikkes  ont  sans  doute 
choisi  leur  roi  nommé  Amorrbaïos  (le  Zamoravie).  Sous  ce  roi ,  les 
Derbikkes  devinrent  tributaires  de  l'empire  des  Perses  et  selon  Ktesias 
(Pers.  §6,7)  Cyrus  mourut  d'une  blessure  qu'il  avait  reçue  dans  une 
expédition  contre  ces  Scythes  guerriers. 

Nous  venons  d'énumérer  les  principaux  peuples  asiatiques  d'origine 
Scythe  dont  l'histoire  ancienne  fait  mention.  Ces  peuples  apparte- 
naient soit  à  la  branchfi  orientale  ou  sake ,  soit  à  la  branche  méridio- 
nale ou  parihe.  La  plupart  d'entre  eux  sont  restés  en  Asie  et  par  suite 
des  révolutions  politiques  qui  sont  survenues  daos  ces  contrées ,  ils  se 
sont  mêlés  peu  à  peu  avec  leurs  vainqueurs»  et  ont  perdu  les  caractères 
'  distinctifs  de  leur  race  ainsi  ({ue  les  traits  individueb  de  leur  religion, 


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LES  SCTTHES.  iS 

de  lenrs  mœurs  et  de  leur  idiome.  Hais  tandis  que  les  Scythes  établis 
en  Asie  n'ont  joué  en  histoire  qu'un  rôle  insig:nifiant  pour  nous .  les 
fractions  de  ce  peuple  qui  ont  passé  en  Europe ,  ont  développé  dans 
cette  partie  du  monde  les  qualités  et  le  génie  propres  à  leur  race  et 
y  ont  dotmé  naissance  à  des  nations  qui  comptent  parmi  les  plus 
illustres  dans  l'histoire  du  monde.  Tandis  que  les  peuplades  scythes 
de  la  branche  sake  et  de  la  branche  parihe  après  avoir  quitté  leur 
berceau  primitif  se  sont  dirigées  les  unes  vers  l'est,  les  autres  vers 
le  sud  y  il  y  a  eu  d'autres  peuplades  de  la  même  race  qui  prenant  le 
chemin  du  nord  et  celui  de  l'ouest  passèrent  le  Volga  et  le  Don  et 
s'établirent  les  unes  dans  les  plaines  de  la  Russie  et  les  autres  sur  les 
bords  de  la  mer  Noire.  Les  premières  nous  les  comprendrons  sous  le 
nom  général  de  Samiate$ ,  les  secondes  sous  celui  de  Skoloie$, 


Vers  le  milieu  du  septième  siècle  avant  notre  ère,  des  tribus 
scythes  établies  au  sud  de  la  mer  Caspienne  et  en  grande  partie  sou- 
mises aux  Mèdes ,  furent  poussées  et  rejetées  vers  l'ouest  par  le 
peuple  tatare  les  hsedones.  Ces  tribus  scythes  passèrent  le  fleuve  que 
les  Kimméries  établis  à  l'ouest  avaient  nommé  le  Tanais  pu  le  Fleuve 
(cf.  Don;  Don-ubius)  et  elles  s'établirent  en  Europe  sur  les  bords  sep- 
tentrionaux de  la  mer  Noire  d'où  elles  chassèrent  les  Kimméries 
{Hérod.  IV ,  i2)  qui  occupaient  tout  le  littoral  de  cette  mer.  Une  fois 
en  mouvement,  quelques  unes  de  ces  tribus  scythes  poursuivirent  les 
Kimméries  fuyant  à  travers  le  Caucase  occidental  •  et  elles  entrèrent 
dans  la  partie  nord-est  de  l'Asie  mineure.  Là ,  après  avoir  vaincu 
leurs  anciens  dominateurs  les  Mèdes  et  entraînant  avec  elles  des  tribus . 
mèdes  et  chaldiques ,  elles  pénétrèrent ,  vers  620  avant  notre  ère  et 
sous  la  conduite  de  Maduas  fils  de  Protoiuas ,  dans  la  Mésopotamie  » 
la  Bâbylonie,  la  Syrie»  la  Palestine  (Habakuk  1 , 6)  et  jusqu'en  Egypte 
(Hérod,  1 ,  203  suiv.).  Ces  Scythes  maintinrent  leur  domination  dans 
ces  pays  de  l'Asie  occidentale  pendant  28  ans ,  de  624  à  596.  C'est  par 
suite  deeelte  invasion  et  de  cette  domination  des  Scythes  que  les  lones  ou 
Grecs  asiatiques  et  les  peuples  sémitiques  entrèrent  pour  la  premièf e 
fois  en  rapport  plus  direct  avec  eux  et  apprirent  à  les  connaître.  Les 
Mèdes  et  d'après  eux  les  Babyloniens  désignaient  les  Scythes  ou  les 
Sakes  sous  le  nom  de  Màgôg  qui  signifiait  sans  doute  le  Grand-amas 
(cf«  sansc.  nm^a  grand;  gôth.  ^au/i«  amassé ,  élevé;  ail.  hôch;  pers. 


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U  REVUE  D'ALSàCaS. 

gouh  amas ,  montagne)  ou  le  Grand'trùupeau  (sansc.  maha^ghôçha») 
à  cause  de  la  grande  masse  des  tribus  nomades  dont  se  composait 
ce  peuple  à  la  fois  guerrier  et  pasteur.  Le  nom  de  Mâgôg ,  sinon 
le  peuple  lui-même  auquel  il  fut  donné,  était 'connu  des  Hébreux 
antérieurement  au  septième  siècle  avant  J.-Ch.  (Genèse  x).  Lorsque 
les  Scythes  commencèrent  d'envahir  la  Babylonie  on  comprit  que  ce 
peuple  était  issu  des  anciens  Scythes  nommés  Mâ-gôg ,  et-  comme  la 
signification  de  Mâgôg  (Grand-amas)  s'était  conservée  dans  la  tradi- 
tion et  qu'en  hébreu  le  mot  gôi  (amas ,  peuple)  dérivait  également 
d'une  racine  signifiant  amasier  (béb.  gavah)  on  a  pu  s'expliquer  le 
nom  de  Mâgôg  (Grand-amas)  comme  signifiant  Grand-Gôg  et  par 
conséquent  on  a  détaché  du  nom  composé  Mâgôg  le  mot  Gôg  pour 
désigner  les  Scythes  qui  à  ceue  époque  menacèrent  la  Palestine 
(V.  Ezéch»  38,  59).  Et  de  même  que  dans  l'antiquité  les  noms  de 
Grande-Arménie,  de  ^ande-Scythie ,  de  Grande-Phrygie  servaient  à 
désigner  la  mère-patrie  de  la  PetUe-kménie^  delà  jPe(tte-Scythie,  de  la 
JPettie-Phrygie  »  de  même  Gfig  qu'on  supposait  être  le  nom  du  fils  de 
Mâgôg  (grand-GAg)  put  aussi  désigner  les  Scythes  d'alors,  considérés 
comme  les  fils  des  Scythes  anciens,  (i)  Quoiqu'il  en  soit,  les  noms  de  Gôg 
et  de  Mâgôg  désignaient ,  chez  les  Hébreux»  les  Scythes  (Hiérontm.  » 
Comment,  ad  Ezéch.  58 ,  2  ;  Josèphb  .  Anûquii.  i  ,  6  ,  5)  qui  avaient 
vaincu  les  Kimméries ,  les  Mèdes ,  les  Mosches  et  les  Thubals  et  qui 
avaient  entraîné  avec  eux  ces  peuples  ainsi  que  les  PersesetlesArménies 
dans  leur  expédition  contre  Babylone  (Ezéch.  58 ,  S  ;  59  »  6  ;  58  »  5). 
Les  Scythes  auxquels  les  Hébreux  donnaient  le  nom  de  Crôg ,  se 
donnaient  à  eux-mêmes  celui  de  Shuai.  Ce  nom  signifiait  dans  leur 
langue  Boucliers  (cf.  lith.  skyda  bouclier ,  vieux  slav.  schtchyt  bouclier, 
alL  «ehiiU  protecteur»  norr.  sibtttnjr  bouclier,  lat.  scutum^  gr.  skuioi) 
et  les  Scythes  l'ont  adopté  selon  l'usage  assez  ordinaire  chez  les 
peuples  anciens  de  se  nommer  d'après  certaines  armes  soit  défensives 
soit  (Pensives.  Ainsi  Wahan  (bouclier) .  était  un  nom  propre  assez 


(*)  Diaprés  une  idée  analogue  les  Thiulet^  peuple  caucasique,  désignent  encore 
aujoard'hui  les  montagnes  les  plus  élevées  et  les  plus  septentrionales  sous  le  nom 
de  Mfk^hUv  on  Morgogh  (grands  amas ,  grands  monts)  ;  les  montagnes  plus  pro- 
ches et  moins  élevées ,  en  quelque  sorte  les  filles  des  précédentes ,  ils  leur  donnent 
le  nom  de  ^  ou  ghog  (cf.  pers.  gouh  montagne  ;  v.  BsDiEGOSy  Beic^r0î6tm^  des 
r,u,79). 


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LES  SCTTHBS.  15 

fréquent  chez  ces  Arménies  comme  skôUbr  (boaclier)  Ta  été  plus  tard 
chez  les  Scandinaves  et  skudUo  (petit  bouclier)  chec  les  Germains.  Le 
nom  de  Pahlavas  signifiait  Haches  d^ armées  celui  de  Sabins  Javelots , 
celui  de  Langobards  Longues  HaUebardes,  celui  de  Franks  Framées, 
celui  de  Hérules  Petites  Epées  »  celui  de  Saxons  Cmielas ,  celui  de 
.  Ruges  Styleu ,  etc.  Les  lAnes  ou  Grecs  asiatiques  pour  expliquer  le  nom 
de  Shites  le  rapprochèrent  naturellement  et  a?ec  raison  du  nom  grec 
de  Shitos  (bouclier)  qu'ils  avaient  déjà  dans  leur  langue  depuis  les 
temps  homériques  (cf.  Eumsàkes).  Aussi  Eellanikus  de  Lesbos ,  le 
contemporain  de  Hérodote  et  de  Thucydide,  dans  son  livre  intitulé 
Skutika  (Choses  skythiques)  rendait-il  le  nom  de  ce  peuple  sous  la 
forme  de  Skuuri.  Mais  bientôt  les  Grecs  oublièrent  Torigine  et  la 
signification  de  Skutoi  (boucliers)»  et  c'est  pourquoi  ce  nom  fut  rendu 
par  Hérodote  sous  la  forme  de  Skuthaï  laquelle  ne  permettait  plus  d'y 
retrouver  la  signification  de  Skutos  (bouclier).  Aussi  l'érudit  Tzitxès 
bien  qu'il  ait  fait  la  comparaison  spécieuse  entre  le  nom  des  Sakes  et 
le  mot  grec  sakos  (bouclier) ,  ne  s'avisa  cependant  pas  d'appuyer  sa 
comparaison  sur  la  signification  même  du  oom  de  Skuthes  comme 
synonyme  de  boucliers.  Néanmoins  Hérodçte  reconnut  facilement 
l'identité  de  race  des  Sakes  et  des  Scythes;  il  fut  aussi  le  premier 
à  énoncer  que  les  peuples  appelés  Sakes  par  les  Perses  et  Skuthes 
par  les  Grecs,  se  nommaient  eux-mêmes  Skolotes.  Ce  nom  de  Skolotes 
(p.  Skulntai)  signifiait  également  boucliers  (goth.  slàldus  p.  sculdus , 
aoglos.  scyld ,  norr.  sUôUbr ,  suéd.  skoU  p.  sMôld^.  De  même  que 
Gadheles  était  transposé  de  Galates  et  Slaves  de  Svales ,  de  même 
Skolotes  était  la  transposition  d'une  forme  plus  ancienne  Skutukd 
(cf.  vieux-ail.  Skudulo)  et  dérivait  du  thème  skada  (sansc.  tschad)  qui 
«gnifie  couvrir ,  protéger.  Chez  les  Scythes  comme  chez  leurs  descen- 
dants ,  les  Slaves ,  les  Germains  et  les  Scandinaves ,  le  bouclier  ou  la 
large  était  aussi  le  symbole  de  la  protection,  et  par  suite,  de  la  royauté 
et  du  commandement.  Aussi  Hérodote  dit-il  que  Skolotes  était  un 
nom  royal  et  que  les  Scythes  qui  se  le  donnaient  de  préférence ,  por- 
taient le  surnom  de  Scythes  royaux.  Ces  Skolotes  habitèrent  principa- 
lement les  bords  de  la  mer  Noire  et  ce  qu'on  appelle  aujourd'hui  la 
Krimée .  Ils  tenaient  tributaires  les  villes  grecques  du  littoral  de  la 
mer,  entre  autre  Olbtojiolis  (Ville  d'opulence)  et  lorsque  plus  tprd  ces 
Grecs  bosporans  eurent  fondé  une  dynastie  de  rois ,  dans  l'année  297 
avant  J.-Ch. ,  ces  Skolotes  avec  leurs  alliés  infestèrent  û  souvent  la 


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16  REVUE  D'ALSACE. 

Krimée  que  le  roi  Pairisadès ,  dans  rimpossibilité  de  défendre  son 
royaome  »  fnt  obligé  de  le  céder  à  Mitradates ,  roi  du  Pont ,  lequel 
chassa  de  la  presqu'île  les  Scythes  (Skolotes)  et  leurs  alliés  les  Rhoxo- 
lans.  Vivant  au  milieu  et  dans  le  voisinage  de  colonies  grecques  »  les 
Skobtes  se  mêlèrent  peu  à  peu  avec  elles.  De  là  Torigine  de  plusieurs 
peuplades  Scythes-Hellènes  ou  de  Grecs  mélangés  (gr.  mtX'HMènesy 
Tels  étaient  les  Forains  (gr.  Alawnes)  ainsi  nommés  probablement 
parce  qu'ils  faisaient  les  marchands  forains  dans  le  pays.  Tels  étaient 
encore  les  Kallipides  ou  Descendants  des  Kallpes  (serfs  de  labour  ;  polo- 
nais chllap)  ainsi  nommés  probablement  parce  qu'ils  descendaient  de 
colons  grecs  qui  étaient  devenus  les  serfs  des  Scythes.  Les  Kallipides 
habitaient  les  bords  de  l'Hypanis  {Hérod.  iv ,  77)  au  sud  des  Alaxmes 
et  il  ne  faut  pas  les  confondre  avec  les  Karpides  ou  Descendants  des 
£arpe«  (Montagnards  »  slav.  £r6,  cf.  Cimmer.  £a(pé,  alp»  ati^)qul 
habitaient  les  montagnes  baignées  par  l'Ister.  Les  Gelones  (Railleurs) 
étaient  également  des  Scythes-Hellènes»  parlant  comme  les  Samuaes 
la  langue  scythe  (Hérod,  iv ,  108)  et  ils  habitaient  un  bourg  composé 
de  maisons  en  bois  (norr.  bwUr)  ou  de  boutiques.  Voilà  pourquoi  les 
Grecs  désignaient  les  habitants  de  ce  bourg  indistinctement  par  ce 
nom  de  Budines  (Boutiquiers)  ou  de  Gelones  (Hérod.  iv»  17).  Dans  le 
voisinage  des  Budines  vivaient  les  Nèvres ,  peuple  scythe  pur  sang , 
qui  était  établi  antérieurement  près  des  sources  du  Boryslhène 
(Pline  IV  y  26)  d'où  il  fut  chassé  »  selon  la  tradition  ,  par  les  serpents 
qui  s'y  étaient  multij^iés  prodigieusement.  Le  nom  de  Nèvres  ou 
Nerves  (crépusculaires ,  loups ,  cf.  norr.  narfi  crépusculaire  »  loop  » 
renard)  leur  venait  sans  doute  de  ce  que ,  une  fois  par  an  »  à  ce  que 
racontaient  les  Grecs ,  ils  prenaient  la  forme  de  loups  ou  devenaient 
des  (otip-^arouj  (cf.  noir,  ulf-hêdnir^  Fûbun^a-ja^a^chap.  42)  qui  cou- 
raient le  pays  dans  le  crépuscule  du  soir.  D'après  une  tradition  ré- 
pandue chez  les  Scytho-Grecs  »  Héraclès  (scyth.  Targitavus  Brillant  par 
la  targe)  et  Echidna  (Serpent-femme  ;  scythe  Apia)  avaient  trois  fils 
Agathursos ,  Gelonos  et  Skythès.  Cette  tradition  indique  que  les  Aga^ 
thurses  frrès4iardis)  qui  étaient  d'origine  thrako-kekique  s'étaient 
aussi  mêlés  avec  des  Scythes  ;  ils  avaient  des  mœurs  moitié  thraces 
moitié  scythiques  ;  ils  vivaient  dans  le  luxe  et  les  richesses  et  ils 
avaient  des  lois  qui  attiraient  sur  eux  l'attention  des  étrangers. 
(V.  Arisioté).  Un  de  leurs  rois  Spargapises  (cf.  norr.  Sprakvisir  (Guide 
intrépide)  portail  le  même  nom  que  le  flis  de  Tamuris  (Issue  de 


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LES  SCYTHES.  17 

rOcéan) ,  la  reine  des  Masagèies.  Plus  tard  les  Agathurses  se  sont  con- 
fondas  avec  les  Trause»  (Stephano»  de  Byz. ,  s.  y.)  qui  n'étaient  peut- 
être  pas  différents  du  peuple  scythe  issu  de  Kolaxaîs  et  que  Hérodote 
appelle  les  Traspies  (p.  Trusvies). 

Nous  venons  d'énumérer  les  principales  peuplades  scythiques  for- 
mant ce  qu'on  peut  appeler  la  brandie  méridionale  ou  skolote  des 
Scythes  européens.  Plus  au  sud  étaient  établies  les  peuplades  appar- 
tenant à  la  branche  septentrionale  ou  sarmate  des  Scythes  d'Europe. 

t 
F.  G.  Berghann, 

ProfeMeur  de  liitératare  étrangère  k  la  Faculté  dei  l«ttref 
de  Strasbourg. 


(La  iuite  à  la  prochaine  Iwraiton.) 


9*Aaaéè. 


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JEAN  BEIN. 


«  Kamut  du  niehi  Àlïm  gêfallêti  durek  deine  That  und  dem  Kmâtwerk, 
«  JlfooA'M  Wehigen  fwAf;  Viekn  gefàllm  iH  sekUmim.  » 
^  (ScmuJER.) 


Dans  les  premiers  jours  du  printemps  dernier  mourut  à  Paris  un 
artiste  éminent .  originaire  de  Strasbourg  et  qui  faisait  autant 
d'honneur  à  son  pays  natal  par  son  talent  et  par  ses  travaux  que  par 
la  noblesse  et  la  loyauté  de  son  caractère. 

Et  pourtant  »  malgré  ce  double  mérite  si  rare  »  c*est  à  peine  si  le 
décès  de  cet  homme  de  bien  a  été  remarqué.  De  tous  les  journaux 
de  Paris  »  V  Esta  feue  seule  Ta  annoncé  dans  quelques  paroles  de  regret 
et  de  juste  appréciation  bien  senties. 

C'est  que  l'artiste  dont  nous  déplorons  la  perte  était  d'une  modestie 
et  d'une  humilité  aussi  vraies  que  profondes,  li  était  un  de  ces  hommes 
sérieux  et  sincères ,  dont  toute  la  valeur  réside  en  eux-mêmes  et  dans 
leurs  tendances  pures  et*  généreuses»  et  qui»  pour  cela»  n'ont  nul 
besoin  de  paraître  ;  l'apparence  seule  »  si  trompeuse  la  plupart  du 
temps»  n'était  en  aucune  manière  ce  qu'il  recherchait;  comme 
homme  et  comme  artiste  il  aspirait  au  contraire,  de  toute  la  puissance 
de  son  âme  vertueuse  »  à  être  réellement  ce  qu'il  paraissait  au  dehors. 
Tous  ces  moyens  de  vaine  gloriole  et  d'outrecuidante  ostentation  »  si 
largement  et  si  effrontément  exploités  de  nos  jours ,  par  tous  ceux 
qui  ont  besoin  de  paraître  »  répugnaient  à  son  esprit  droit  et  candide. 
Vivant  tout  entier  pour  son  art  chéri ,  pour  son  développement 
moral  et  intellectuel ,  pour  son  devoir  et  pour  le  bonheur  de  sa 
famille ,  notre  compatriote  n'appartenait  à  aucun  parti  »  à  aucune 
coterie  ;  c'est  assez  dire  que  son  nom  et  son  mérite  ne  pouvaient  être 
de  ceux  que  prônent  ces  articles  de  journaux  »  qui  trop  souvent  »  à 
l'heure  qu'il  est  »  dépassent  en  exagérations  et  en  métaphores  les  hy- 
perboles les  plus  excentriques  du  langage  de  l'Orient ,  et  qui»  admirés 


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3UV  BlEDf.  i9 

par  la  foule  oiaise  «  n'iospirent  que  dégoût  w^  hommes  graves  et  en- 
tendus. Avant  de  connaitre  suflSsamment  les  hommes  et  les  choses  d'icî- 
bas ,  notre  compatriote,  comme  tant  d'autres ,  avait  été  assez  na!f  pour 
s'imaginer  qu'il  devait  suffire  du  talent  et  du  mérite  réels  pour  assigner 
à  chacun  sa  place  marquée.  Hélas  !  à  un  âge  plus  avancé,  quand  bien 
des  contrariétés  et  des  expériences  pénibles  se  furent  jointes  à  ses 
illusions  dissipées  «  combien  n'a-t-il  pas  dû  revenir  de  cette  illusion 
juvénile  !  Toutefois ,  en  dépit  de  sa  généreuse  erreur,  il  resta  le 
m^me  :  simple ,  modeste ,  loyal  et  consciencieux ,  aspirant  en  tout  et 
partout  au  bien  pour  le  bfen  même.  Aussi ,.  faute  de  suivre  l'ornière 
du  jour  et  de  se  mettre  largement  en  évidence,  comme  il  le  voyait 
faire  à  bien  d'autres  qui  souvent  y  étaient  le  moins  fondés ,  et  biep 
qfke  SOQ  talent  et  son  mérite  eussent  toujours  été  appréciés  à  leur 
juste  valeur  par  des  juges  sévères  et  compétenu ,  notre  compatriote, 
qui  viv^iit  to^t  retiré  et  presque  ignoré  du  grand  nombre  au  sein  d'une 
famille  aimante  et  dévouée ,  s'éteigpit  en  paix  dans  les  bras  de  ceux 
dont,  l'affection  et   les   soins  inépuisables  l'avaient  si  ampl^neoÈ 
dédommagé  de  ce  que  lé  monde  semblait  lui  avoir  trop  injustement' 
refusé. 

Je  yw  donc ,  pour  ma  part ,  remplir  un  devoir  tout  de  justice  et 
de  sympiithie  ei^  essayant  d'honorer  le  souvenir  d'un  compatriote  «i 
digne  de  notre  estime  et  en  indiquant  sommairement  ses  œuvres 
principales ,  dans  cette  esquisse  de  biographie  pour  la  rédaction  de 
laquelle  j'ai  pu  faire  usage  de  quelques  notes  tracées  par  une  main 
que  guidait  l'affection  et  la  piété  envers  le  défunt. 

Jean  Bein ,  graveur  d'histoire  >  appartenait  à  une  famille  originaire 
de  Strasbourg.  Il  naquit  à  Goxweiler,  le  i7  avril  1789.  Son  père, 
alors  pasteur  de  ce  village  si  pittoresquement  assis  aux  pieds  de  la 
montagne  de  S^  Odile  ,  fut  nommé  plus  tard  à  l'église  de  S^  Aurélie 
à  Strasbourg.  A  l'époque  de  ce  changement,  le  jeune  Bein  était  âgé 
de  dix  ans. 

Au8sit6t  après  l'arrivée  de  sa  famille  à  Strasbourg ,  il  fut  placé  au 
gymnase  protestant.  C'est  là  qu'il  fit  ses  premières  études  et  qu'il  se 
distingua ,  sans  interruption ,  par  son  aptitude  et  par  ses  succès. 

Au  sorfir  de  l'école,  son  goût  aulant  que  ses  dispositions  naturelles 
le  portèréut  à  se  voper  à  la  carrière  des  arts.  Bçip  étudia  d'abprd  le 
dessin  et  la  gravure  chez  Guérin ,  artiste  distingué  qui  lui  donna 
constamment  les  témoignages  les  plus  hoi^orables  de  satisfaction, 


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âO  REVUE  D'ALSACE. 

d'intérêt  et  de  sympathie.  En  peu  de  temps  il  exerça  son  jeune  talent 
en  faisant  des  portraits  au  crayon  et  même  en  donnant  des  leçons. 

En  iSiâ,  Bein  se  rendit  à  Paris  dans  la  vue  de  continuer  ses  études 
de  gravure.  11  ne  prévoyait  guères  alors  que  ce  serait  pour  y  passer  le 
reste  de  sa  vie.  Une  union  toute  d'affection ,  son  mariage  avec 
M"*"  Baltard,  fille  de  Louis-Pierre  Baltard ,  l'un  des  architectes  les  plus 
renommés  de  Paris*  devait»  plus  tard,  le  fixer  dans  la  capitale.  Mais 
n'anticipons  pas  sur  la  succession  chronologique  des  fiiils. 

Bein ,  artiste  tout  de  vocation ,  visait  à  se  donner  une  éducation 
artistique  large  et  solide.  En  ce  temps ,  la  jeunesse  était  encore  assez 
modeste  et  assez  bien  inspirée  pour  commencer  par  là  et  pour  ne 
pas  vouloir  trop  tôt  se  poser  en  maître.  Sous  la  direction  de  l'illustre 
David»  notre  compatriote  fit  des  études  académiques  sévères  et 
complètes.  C'était  un  des  bons  côtés  de  l'école  classique  qui  régnait 
alors  sans  partage.  Outre  d'autre^  avantages  »  Bein  acquit  sous  cette 
direction  ce  dessin  ferme  et  correct  qui  distingua  plus  tard  son  burin 
magistral. 

Dès  cette  époque  aussi  »  notre  compatriote  eut  le  bonheur  de  con- 
tracter une  autre  liaison  encore ,  qui  devait  exercer  l'influence  la  plus 
heureuse  et  la  plus  puissante  sur  le  développement  de  son  beau  talent. 
Jean  Guérin,  le  célèbre  peintre  en  miniature,  l'une  des  gloires 
artistiques  du  premier  Empire  et  de  Strasbourg  en  particulier  »  frère 
du  premier  professeur  de  Bein  »  sut  apprécier  son  noble  caractère , 
son  talent  et  son  ardeur  au  travail.  Aussi ,  Guérin ,  tout  en  l'aidant 
de  ses  conseils  »  l'honora  d'une  cordiale  amitié.  Il  le  dirigea  dans  l'art 
de  la  miniature ,  pour  lequel  Bein  se  sentait  également  beaucoup  de 
goût  et  de  dispositions;  et,  certes,  le  jeune  artiste  n'aurait  guères  pu 
l'étudier ,  à  meilleure  école  que  sous  la  direction  du  peintre  célèbre 
qui  exerçait  alors  cet  art  avec  un  talent  tout  supérieur. 

Bein  ne  tarda  pas  à  faire  lui-même  quelques  essais  de  portraits  en  ce 
genre.  Il  le  fit  avec  tant  de  succès  qu'il  en  vint  à  balancer  entre  cette 
branche  de  l'art ,  qui  l'avait  séduit  tout  d'abord ,  et  la  gravure,  pour 
laquelle  il  s'éuit  formé  plus  particulièrement  dans  l'origine. 

Pendant  quelque  temps  notre  artiste  ne  savait  que  résoudre. 
Homme  pieux  et  homme  de  devoir  avant  tout  ;  il  voulait ,  en  cette 
occasion,  comme  en  toutes  autres,  subordonner  sa  décision  à  une 
volonté  venant  de  plus  haut ,  plutôt  que  dû  se  laisser  guider  par  son 
esprit  et  par  son  Jugement  siiyets  à  l'erreur*  D'après  son  habitude  # 


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JEAN  BE1N.  3i 

il  attendit  que  Dieu,  eu  qui  seul  il  menait  toute  sa  foi  et  tout  son 
salut  •  lui  eût  fait  reconnaître  la  voie  qu'il  aurait  à  suivre ,  et  il  arrêta 
qu'il  se  consacrerait  définitivement  à  celle  des  deux  branches  artis« 
tiques  qui  semblerait  lui  assurer  le  mieux  sa  vie  et  son 'avenir. 

Après  maintes  épreuves ,  ce  ftit  pour  la  gravure  que  Bein  se  décida 
finalement. 

Bientôt  il  eut.à  exécuter  un  buste  d'Hérodote.  C'était  en  i816. 

Peu  après  »  il  fut  cbargé  de  graver  une  suite  de  Tignettes  pour 
différents,  ouvrages.  • 

En  i8S5,  Bein  reçut  une  commande  plus  importante:  il  dut  exé- 
CQter  en  gravure  le  mariage  'de  la  Vierge  d'après  Van  Loo. 

En  1824 ,  il  entreprit  une  grande  vignette  d'après  Girardot ,  dont 
le  siqet  était  Appelles  et  Campaspe. 

Bientôt iiprès 9  il  eut  à  graver»  pour  la  SodiU  des  amis  des  arts  de 
Paris ,  la  Nymphe  au  bain ,  d'après  I^ancrenon. 

En  i828 ,  Bein  entreprit  un  travail  qui  devait ,  dans  la  suite ,  lui 
susciter  bien  des  contrariétés.  Il  lui  fut  confié  plusieurs  planches  pour 
l'ouvrage  du  Sacre  de  Charles  X.  La  révolution  de  Juillet ,  on  le  sait , 
vint  Interrompre  l'exécution  de  cet  ouvrage  monumental  qui  resta 
inachevé.  Pour  Bein ,  ce  fut  non  seulement  une  grande  contrariété 
8oas  le  rapport  artistique  et  au  point  de  vue  de  la  réputation  que 
cette  publication  splendide  n'aurait  pas  mjinqué  de  lui  valoir  »  mais 
ce  fut  en  môme  temps  »  pour  lui ,  une  perte  irréparable  sous  le  rap- 
port pécuniaire  »  à  raison  du  temps  précieux  qu'il  avait  déjà  consacré 
à  cette  œuvre  importante. 

Après  la  commotion  que  produisit  la  révolution  de  1830,  les  beaux- 
arts  ,  on  s'en  souvient ,  furent  longtemps  à  se  remettre.  Pour  les 
artistes  »  elle  fut  suivie  d'une  période  assez  longue  de  calme  plat  et 
de  désespérante  inactivité.  Bein ,  comme  tant  d'autres  de  ses  confrères, 
eut  beaucoup  à  souffrir  du  manque  de  travail  ;  mais  »  cette  fois  encore, 
il  sut  se  tirer  d'embarras  en  se  résignant.  Il  n'avait  point  d'autre 
principe  ni  d'autre  habitude  dans  toutes  les  occurences  de  la  vie. 
Pour  occuper  son  burin ,  il  n'hésita  pas  à  faire  abnégation  de  se  répu- 
tation ,  et ,  aidé  du  sentiment  de  son  devoir  d'alléger  les  charges  de 
sa  famille ,  il  se  soumit  avec  courage  et  humilité. 

Bein  se  consacra  alors  à  une  série  de  travaux  pour  des  ouvrages 
scientifiques.  Ce  fut  à  cette  époque  qu'il  grava  plusieivs  planches  de 
bas-relie&  de  Ninive  et  autres  pour  VExpédition^  de  la  Mwée. 


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22  REVUE  D'ALSACE. 

Puis ,  il  eDtreprîi  Texécution  du  portrait  do  roi  Louis-Philippe.  A 
l'exposition  de  4835,  il  eut  la  satisfactiob  de  voir  récompeoaer  cette 
gravure  d'une  médaille. 

Bientôt  après ,  il  eut  à  graver  S^  Appoline ,  d^près  un  tableau  de 
Raphaël  qui  se  trouvait  au  Musée  de  la  ville  de  Strasbouif.  (}) 

En  1847 ,  il  obtint  du  ministère  de  Tlntérieur  une  souscription  pour 
graver,  d'après  un  dessin  de  Dutertre,  une  vierge  de  Raphaël  » 
connue  sous  la  dénomination  de  Vierge  Nicàlim. 

Ces  deux  dernières  gravures  furent  très-favorablement  accueillies 
par  le  public. 

Bein  arriva  de  cette  manière  à  l'époque  où  la  révolution  de  Février 
allait  provoquer  une  commotion  bien  autrement  terriUe  encore  et 
universelle  que  l'avait  été.  celle  qui  suivit  la  révolution  de  lufllet.  Ge 
fut  encore  une  période  d'angoisses  incessantes  et  de  dures  épreuves 
qu'il  fallut  traverser  avec  résignation  ;  mais ,  dès  que  cette  effroyable 
tempête  se  ftit  apaisée  quelque  peu  «  notre  compatriote  eut  tâte  de 
reprendre  ses  travaux. 

Après  cette  interruption  forcée ,  il  reparut  devant  le  public  avec 
l'on  de  ses  ouvrages  les  plus  distingués  :  la  reproduction  du  poitralt 
de  son  beau-père ,  l'architecte  Baltard.  Ge  portrait  parut  en  ^851. 
Les  maîtres  de  l'ûrt  l'ont  déclaré  un  chef-d'œuvre  de  gravure.  Eta 
effet ,  on  ne  saurait  goères  s'imaginer  une  touche  plus  délicate  et 
plus  ferme  à  la  fois  ;  le  modelé  j  est  traité  avec  un  art  si  parfait  » 
jusque  dans  les  nuances  les  plus  fines  »  que  ce  portrait  fait  plutAt 
l'impression  d'une  peinture  que  d'une  gravure.  Cette  œuvre ,  à  elle 
seule ,  suffirait  pour  assurer  la  renommée  d'un  artiste. 

Le  talent  de  notre  compatriote  grandissait  ainsi  avec  sa  réputation. 
Tout  annonçait  qu'il  allait  entrer  dans  la  période  la  plus  glorieuse  de 
sa  belle  carrière.  Mais,  hélas!  la  destinée  de  l'homme  est  ainsi  faite; 
quand  nous  croyons  toucher  au  faite  du  bonheur ,  quelque  adversité 
vient  inopinément  nous  réveiller  de  nos  rêves  de  félicité ,  et  nous 
rappeler  les  exclamations  éternellement  vraies  du  Psalmiste  sur  les 
misères  de  la  vie  terrestre  ! 

A  cette  même  époque  Bein  eut  le  malheur  de  perdre  son  fils  unique» 
jeune  homme  de  quinze  à  seize  ans ,  qui  s'était  distingué  autant  par 


(')  Le  cataluguc  actuel  du  Mubôe  do  Strasbourg  ailribuc  co  Uihleau  au  UéTugio, 
maître  de  Raphaël. 


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JBANBEPf.  93 

soD  assiduité  que  par  sqo  talent  et  ses  succès.  Ce  (îit  un  coup  de 
foadte  pour  le  ccaur  sensible  de  cet  excellent  père.  Bein  était  attaché 
de  tonte  son  âme  à  ce  jeune  bomme  qui  faisait,  sa  joie  et  sou  bonheur, 
et  eo  qui  il  avait  concentré  ses  plus  belles  et  ses  plus  chèi^  espé- 
rances. En  dépit  de  sa  Ibi  et  de  sa  résignation ,  et  tout  en  surmontant 
avec  courage  et  .piété  cqtte  douleur  poignante ,  Bein  en  souffrit  néan-' 
moins,  d'autant  plus  qu'il  refoulait  sa  tristesse  au  plus  profond  de  son 
$me.  Ce  fut ,  on  ne  peut  guères  en  douter ,  la  cause  qui  le  conduisuit 
AOitoipbeau  à  un  âge  que  la  longéiité  de  ses  parents  aurait  pu  faire 
espérer  de  lui  voir  dépasser. 

Une  année  à  peine  après  ce  coup  terrible  t  Bein  •  le  cœur  tout  serré 
encore  par  la  peine^  commença  un  travail  d'art  qui  lui  (aît  le  plus 
graud  boueor,  e^  qui ,  niieux  encore  que  ses  gravures.antérieures  » 
iitiest9  bautomt at  .le  sentimoni  à  la  foi^  si  profond  et  si  délicat  de  son 
trait,  et.lapnlwmce  d'assimilatioq  peu  commune  qui  distinguait  son 
.tailentet  son  burin ,  d'ailleurs,  si  fnfA^  et  si  fermes- Ce  furent  les 
quatre  fac-nimUe  d>près  les  dessins  originaux  de  ^iipbael  ai  du 
l^tieo»  qu'il  nous  (lonna  do  1852  à  1855.  Ces  planches  compteront 
ponr  tolijonrs  an  pombre  de  ce  qui  a  été  accompli  de  pl|is  p9i:faii  eo 
^jgeore.  A  les  voir,  c'est.à.pe  pas  croire  que  ce  «ont  des  copies  que 
Ton  a  soos  les  yeux  ;  la  r^roduction  ait  si  Adèle  •  si  iocpfnparable- 
maut  exacte»  qu'elle  égale  l'original,  et  qu'elle  rend  avec  un  rare 
bonheur  le  sentiment  et  l'inspiration ,  pour  ainsi  dire  .momentanés , 
qui «aoknaîent  les  deux  gr^nd^maitres  dela.I^enaissauce^  lorsqu'ils 
.iracèreiit  les  dessins  originaux.  Tous  ceux  qui  savent  apprécier  une 
puissance  d'assimilation  si  extraordinaire ,  se  plaisent  i  rendre  au 
talent  et  à  Tbobileté  du.  graveur  l'bommage  le  plus  juste  et  le  plus 
mérité.  (I) 

(*)  L'auteur  de  la  noUce  de  V Estafette  se  plaît  également  à  rendre  hoounage  à 
ces  qualités  éminentes  de  notre  artiste  compatriote.  Gomme,  d'ailleurs,  sa  notice 
en  fort  courte  /je  crois  bien  faire  de  la  transcrire ,  ici ,  en  entier,  au  lieu  de  me 
Jbemer  k  dtcr  seulement  le  passage  qui  se  rapporte  aux  fao-itmite  de  Rapbaêi  et 
du  Titien,  ta  voici  : 

«  La  gravure  au  burin  vient  de  faire  une  perte  bien  sensible  en  la  personne  de 
«  M,  Bein ,  artlsle  laborieux  et  distingué.  Sans  faire  ici  rénumécation  des  Impor- 
«  lanâs  OBviages  sorUs  de  ses  mains ,  nous  signalerons  le  succès  de  ses  planches , 
K  et  nous  indiquerons ,  parmi  les  dernières  ,  des  fac-similé^  dessins  croquis  des 
«  grands-mattres,  Raphaël,  Titien ,  etc.  Ces  reproductions,  d'un  travail  si  diffi- 


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24  RE\UE  D'ALSACE. 

La  dernière  gravure  qui  sortit  du  burin  de  noire  compatriote  fut 
la  Bulle  de  savon  d'après  Miéris.  La  mort  le  surprit  sans  qu'il  ait  pu 
l'achever. 

Outre  cette  œuvre ,  Bein  en  a  également  laissé  inachevée  une  autre 
plus  importante  encore.  C'est  la  gravure ,  dont  l'exécution  lui  fut 
commandée  par  la  direction  du  Musée ,  d'après  un  tableau  de  Luini , 
représentant  Salomé  recevant  la  tête  de  S^  Jean-Baptiste. 

Les  atteintes  de  sa  dernière  maladie  ont  beaucoup  contribué  à 
retarder  l'achèvement  de  ce  beau  travail.  Bein  l'avait  parfaitement 
préparé  et  repris  plusieurs  fois  :  sa  fln  est  venue  le  suspendre  défini- 
tivement le  25  mars  de  l'année  dernière. 

Comme  homme  »  je  l'ai  dit  et  je  le  répète  en  terminant  »  Bein  a  été , 
à  tous  égards  et  dans  l'acception  la  plus  rigoureuse  et  la  plus  entière 
du  root  »  un  homme  de  bien ,  n'écoutant  et  ne  suivant  en  tout  et  par- 
tout que  la  voix  de  la  conscience  et  la  ligne  droite  du  devoir. 

Comme  artiste  .  Bein  a  été ,  sans  contredit,  l'un  des  graveurs  les 
plus  éminenis  de  la  première  moitié  de  ce  siècle.  Aussi  »  malgré  le 
silence  qui  suivit  sa  mort  trop  précoce  «  sa  place  reste-t-elle  marquée, 
dès  maintenant ,  dans  l'histoire  de  l'art  en  général  et  tout  particu- 
lièrement dans  l'histoire  de  la  gravure.  La  postérité  saura  bien ,  uo 
jour ,  apprécier  avec  une  entière  justice  la  valeur  d'un  artiste  que  sa 
modestie  avait  mis  trop  peu  en  évidence  aux  yeux  des  générations 
d'aujourd'hui. 

Les  œuvres  de  Bein,  lors  même  qu'elles  ne  seront  pas  vantées  et 
recherchées  par  la  foule,  resteront  de  celles  qui  seront  d'autant  plus 
estimées  et  admirées  par  les  connaisseurs  et  les  juges  compétents. 
Bein ,  lui-même ,  n'aspirait  point  à  autre  chose.  Il  était  du  nombre 
de  ces  artistes  qui  pour  eux-mêmes  ne  demandaient  et  ne  suivaient 
que  l'application  de  la  maxime  artistique  de  l'antiquité  classique  que 


<r  cile ,  ont  été  rendues  avec  une  grande  paitience  et  un  tact  du  burin  tont  à  &lt 
«  supérieurs,  fes  qualités  se  retrouvent  dans  les  portraits  qu'il  a  gravés  si  sol- 
«t  gneusement ,  et  parmi  lesquels  se  remarque  celui  de  feu  Baltard  ,  son  beau- 
«  père ,  achitecte  habile  et  fort  connu. 

«  Au  talent  du  véritable  artiste ,  Bein  joignait  les  bons  senthnenis  dn  père , 
a  de  répoux ,  de  Tami ,  et  les  regrets  qu'il  mérite  seront  également  vi6  chez  les 
«  amateurs  de  l'art  et  parmi  les  appréciateurs  d'un  caractère  droit  et  sans 
«  fiiûblesse.  » 


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JEAN  BE1N.  35- 

j'ai  inscrite  eu  tête  de  cette  notice,  telle  que  l'a  énoncée  Tun  des  plus 
grands  maîtres  de  Fart  des'  temps  modernes  :  que  dans  les  beaux- 
arts^  comme  en  toute  chose,  du  reste  »  il  n'y  a  qu'un  petit  nombre 
qui  soit  capable  de  sentir,  d'apprécier  et  de  juger;  et  qu'il  vaut 
mieux  n'avoir  que  l'approbation  de  plusieurs ,  c'est-à-dire  des  meil- 
leurs, plutôt  que  de  plaire  à  tous.  Pour  l'artiste  véritable ,  aimant  et 
pratiquant  Tart  pour  l'art ,  Tapprobation  de  quelques  hommes  d'élite 
compense  bien  amplement  l'abstention  des  autres.  Et ,  cette  conso- 
lation ,  du  moins,  ne  fait  poiot  défaut  à  la  famille  de  notre  compa- 
triote. Puisse  l'appréciation  juste  et  sympathique  de  ceux  au  jugement 
desquels  Bein  tenait  seul ,  et  comme  artiste  et  comme  homme ,  • 
l'aider,  pour  le  moins ,  à  tarir  quelques  larmes. 

L. .  SCBNEEGANS  , 

oorrespondant-inspeotMr  du  Minbtèra  d'Etat 
pour  les  monuments  hiHoriqoet.. 


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ORIGINE* 

DU  LUTHÉRANISME  A  COLMAR. 


Comme  docament  historique  ce  petit  mémoire  a  son  importance.  C'est  k  ce 
titre  seul  qu*il  a  paru  digne  d'être  livré  aux  lecteurs  de  c^to  Revue»  Le  nom  de 
l'auteur  ne  nous  est  pas  connu  ;  nous  dirons  seulement  que  Toriginal  provient  de 
la  tente  des  papiers  de  l'ancien  Préfet  du  Haut-Rbin ,  M.  Félix  Desportes. 

{Piote  de  ia  Direotian.) 


En  1517  Luther  commença  à  s'opposer  au  S^  Siège. 

En  1520  il  apostasia  et  fut  excommunié  par  le  pape  Léon  x. 

En  1521  il  fut  mis  au  ban  de  TEmpire  par  l'empereur  Gharles-Quint. 

En  1535  sa  nouvelle  doctrine  mit  tout  l'Empire  en  combustion. 

En  1555  la  paix  de  religion  projetée  à  Passâu  fut  terminée  à  Augs- 
bourg. 

En  1556  Sébastien-Guillaume  Unck  fut  chassé  de  Scelestad  où  il 
tenta  d'introduire  la  secte  de  Luther. 

En  1575  ce  gentilhomme,  élu  régent  de  la  ville  de  Colmar,  se  fit  un 
party  des  partisans  de  l'hérésie  de  Luther ,  qu'il  avait  fait  recevoir  bour- 
geois et  établit ,  dans  l'église  de  l'hôpital  de  Colmar ,  un  ministre  luthé- 
rien qui  préchoit  tous,  les  jours.  Les  bourgeois  catoliques ,  faute  de  bons 
'pasteurs  s'étant  accoutuitiés  d'aller  l'entendre ,  succèrent  insensibleolënt 
le  poison  de  sa  doctrine  et  embrassèrent  cette  secte.  Le  dit  Linck ,  à 
leur  tête,  s'empara  des  écoles,  des  revenus  patrimoniaux  et  d'église , 
déplaça  tous  les  catoliques  et  substitua  des  luthériens  en  leurs  charges 
et  à  leur  place.  L'Empereur  Maximilien  second  informé  de  ce  fait,  y 
voulut  remédier  en  remettant  iout  en  son  premier  état,  mais  les  guerres 
survenues  en  empeschèrent  l'effet. 

En  1S77  l'Empereur  Rodolphe  second  députa  des  commissaires  pour 
même  fin  ;  mais  les  luthériens  traînèrent  cette  affaire  en  longueur ,  la 
mort  de  ce  prince  survint  et 

En  1607  le  Cardinal  de  Lorraine,  Evêque  de  Strasbourg ,  envoyé  à 
tel  effet  ne  put  réussir  à  cause  de  divers  empeschements ,  enfin 

En  1627  l'Empereur  Ferdinand  second  donna  ses  ordres  à  l'Archiduc 
Léopold  ,  son  frère,  Landgraff  et  Grand-Baillif  d'Alsace ,  qui  envoya  à 
Colmar  le  Comte  Fugger  et  le  Docteur  Lindner  son  chancelier ,  pour 


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ORIGINE  DU  LUTHÉRANISME  A  GOLHAR.  91 

rétftblir  les  choses  dans  le  même  état  qu'elles  étoient  lors  du  traitté  de 
c^cification;  aussi  firent-ils  sortir  de  la  ville  les  chefs  du  luthéranisme , 
remirent  les  catoliques  dans  la  magistrature  y  firent  restituer  Téglise  de 
rfaApital  y  les  écoles ,  les  domaines  aux  ecclésiastiques.  La  même  diose 
fot  exécutée  à  Haguenau  la  même  année. 

fin  1632  Tannée  suédoise ,  commandée  par  le  général  Hom  y  s^étant 
emparé  de  Scelestad  vint  camper  à  Ostheim ,  à  deux  lieues  de  Golmar  ; 
alors  le  nommé  Nicolas  Sandherr ,  greffier  criminel  et  le  seul  luthérien 
qui  Alt  demeiiré  en  chai^  à  Golmar ,  'fit  complot  avec  les  autres  hrihé*- 
riens  qm  «taitot  restés  tm  cette  trille  de  se  mettre  sous  la  protection  de 
-fti  Suède  et'fl'égo^r  la  garnison  de  l'Empereur  qui  étoit  de  7  ou '806 
hommes  :  fls  convinrent  que  le  19  décembre  de  la  même  almné ,  à  ome 
4»âre5«du  matin,  dans  !e  temps  que  les  soldats  h^és  chess  les  bour- 
geois y  seiroient  à  table  avec  leurs  bêtes ,  siir  un  signal  qu'un  des  gardes 
du  decher  de  Ib  cdllégiale,  lequel  aussi  était  luthérieh  y  leur  donneroit 
tn  'sonnant  le  tocsin ,  ils  seyetteroient  sur  leurs  sddfltts ,  les  égorge- 
roient ,  prendroient  -ensuite  les  armes  pour  se  rendre  maîtres  du  reste 
de 'la 'gamison,  du 'Magistrat  et  delà  vfflequ'itsTeméttroient  entre  les 
môRsHu  général  suédois.  Cela  fut  exé(iiité  ainsi.  Les  Suédois  devinrent 
tesintftres  de  la  ùHe  y  le  Magistrat  catolique  ïut  chassé ,  l'égMse  de 
I%6pHal  reprise  par  les  mhiistres  luthériens  et  le  tout  amsi  et  de  mdttie 
qii-fl  avilit  été  sons  Linck  de  Toumebom^. 

'i!n'{6854es  liagKtrats  de  Oôlmar  firent  un  traitté  avec  Louis  tf^se 
et^  fiit  confimié  en  1644  par  Louis  quatorze  ;'piir  lequel  traitté-leRoi 
proiM^t  de  faire  comprendre  laviHe  de  Colmar^dans  le  traitté  de  la-paix 
ge&esafc» 

'Bn  ie*8.  Par  cette  psdx  conclue  à  Hunster  en  Wesiphafie ,  TAISftee 
avec  les  dix  villes  impériales  fut  cédée  propriétainement  à  la  Pranee 
avec  ^les  trois  év^obés ,  Metz ,  Toulet  Verdun  sans  aucmre  restrietion  ; 
eëlle  cession  a  depuis  été  confirmée-piir  les  traitfés  de  paix  delfimègoe, 
de  Ryswiek  et  de'BaHeH.  Sa  Majesté .  fVès-^Ghrétiemie  ipar  le  traitté  de 
Munster ,  "§75 ,  s*oUigea  de  conserver  en  Alsaee^Tdigion  câtolique  et 
d'abolir  les  nouveautés  qui  s'y  serment  glissez  pendant  la  guerre.  En  eon- 
séquence  de  ce  traitté  leRoy  arétstbli  dans  Golmar  la  religion  catofiqne, 
Q'MtTouvrir  Pégliso  du  prieuré  de  S<  Pî€frre  ferraée-p»r  (es  futhériens , 
et  où  sont  attjourd*huy  les  pères  jésuites ,  et  tous  les  choeurs  des  églises 
de  la  province  ^uand  il  s'est-trouTéduiis  tes  endroits  «ept  familles  ortho- 
doaes.^II  lâeiil  eoeor  d'^Mrdonner ,  o»  1715 ,  que  le^chorâr  de  l'élise  do 


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88  REVUE  D*àLSACE. 

rhôpital  c[ui  était  fermé ,  servit  à  L'avenir  d'aide  à  la  paroisse  de  S^  Martin 
de  Colmar ,  et  que  Fecclésiastique  qui  desserviroit  cette  nouvelle  église, 
seroit  obligé  d'administrer  le  S'  Viatique  aux  malades  de  l'hôpital  royal. 
On  en  prit  possession  en  présence  des  Magistrats  catoliques  et  luthériens 
Tonzième  mars  1715.  Le  1*'''  mai  de  la  même  année  ce  chœur  fut  recon- 
cilié et  l'autel  consacré  sous  le  titre  de  la  très  S^  Trinité  et  sous  l'invo- 
cation de  N.  Dame  comme  d'ancienneté  par  le  suffragant  de  l'Evtresché 
de  Basle  qui  y.  célébra  la  grande  messe ,  et  le  1 1  juillet  suivant  fut  faite  la 
fondation  pour  celui  qui  à  l'avenir  desserviroit  ledit  chœur  et  les  deux 
hôpitaux ,  sçavoir  :  de  300  livres  payables  par  quartier ,  12  sacs  de 
grain ,  12  mesures  de  vin ,  12  cordes  de  bois ,  200  fagots  outre  le  loge- 
ment ;  le  tout  fut  payé  parla  ville. 

Les  luthériens  de  Colmar  qui  s'étoient  contenté  lors  de  cette  prise  de 
possession  de  murmurer  intérieurement ,  éclatèrent  en  plaintes  après  la 
mort  du  Roi ,  et  ont  allégué  en  Cour  que  par  le  traitté  fait  à  Passau  et  con- 
firmé à  Ausbourg  en  1555 ,  on  ne  devoit  point  inquiéter  les  luthériens  ou 
ceux  de  la  confession  d' Ausbourg ,  mais  on  leur  a  justifié  que  ce  traitté 
ne  parloit  que  de  ceux  qui  étoient  pour  lors  dans  cette  hérésie ,  et  non  de 
ceux  qui  s'y  sont  engagés  dans  la  suitte  ;  qu'eu  1555  il  n^'y  avoit  aucun 
luthérien  à  Colmar ,  puisque  le  luthérianismè  n'y  avoit  été  introduit 
qu'en  1575;  outre  que  par  la  paragraphe  16  de  ce  même  traitté  il  fut 
convenu  expressément  y  qu'on  laisseroit  les  catoliques  au  même  état  où  ils 
étoient  alors  1555  tant  au  sujet  de  la  religion  que  pour  tous  leurs  biens. 

Quant  à  la  possession  que  les  luthériens  de  Colmar  ont  allégué ,  on 
leur  a  fait  voir  les  commissions  impériales  de  1575 ,  1577 ,  1607  et  1627 
qui  non  seulement  l'avoient  interrompue ,  mais  qui  donnoient  encore 
lieu  aux  catoliques  de  réclamer  et  le  chœur  et  toute  l'église  de  l'hôpital 
en  vertu  du  paragraphe  f  6  et  pour  autres  raisons  qui  prouvent  l'usur- 
pation faite  de  la  ditte  église  par  les  dits  luthériens  ;  car  cette  église  qui 
appartenoit  en  1543  aux  cordeliers ,  n'avoit  été  par  eux  cédée  et  trans- 
portée pour  le  prix  et  somme  de  2400  florins  qu'au  profit  du  Magistrat 
de  Colmar  et  que  pour  être  destinée-  à  un  hôpital  ou  remise  à  la  commu- 
nauté des  fidels ,  des  aumônes  de  qui  elle  avoit  été  bâtie  ;  et  même  à 
chaîne  que  le  service  divin  y  soit  avancé  et  célébré  selon  l'ordre  et  la 
dispositioh  du  Magistrat  très-chrétien.  Cette  vente  fut  confu'mée  par  le 
S'  Siège  en  1549. 

Mal  à  propos  ces  luthériens  de  Colmar  s'appuyoient  sur  le  traitté 
d'Osnabruck  pour  parvenir  aux  fins  de  la  restitution  du  chœur  de  la 


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ORIGINE  DU  LUTHÉRANIStfE  À  COLMAR.  29 

ditte  église  y  car  quoyque  le  Roy  ait  accédé  à  la  confirmation  .du  dit 
traitté ,  par  celui  de  Munster ,  il  ne  s'en  suit  pas  que  ce  traitté  d'Os'na- 
brnck  qui  ne  concerne  uniquement  que  les  états  et  sujets  de  TEmpire  en 
dépendans  et  y  restans  ;  doive  être  observé  dans  les  terres  et  pays  soumis 
à  Sa  Majesté  ;  ny  le  Roy  de  Suède,  ny  l'Empereur ,  ni  les  princes  et 
états  d^ Allemagne  qui  ont  faits  et  passez  le  traitté  d'Osnabruck  au  sujet 
des  différents  qui  étoient  entr'eux  pour  les  biens  ecclésiastiques  et  l'exer- 
cice de  la  religion  n'ont  aucunement  prétendu  obliger  le  Roy  à  observer 
dans  les  pays  soumis  à  son  obéissance ,  et  aquis ,  tels  qu'est  l'Alsace  à 
observer  dans  son  royaume  et  dans  les  pays  soumis  à  son  obéissance , 
et  aquis,  tels  qu'est  l'Alsace  à  luy  cédée  en  souveraineté ,  ledit  traitté 
d'Osnabruck  ny  les  autres  transactions  touchant  la  religion.  Bien  plus 
lorsque  le  landgraviat  et  le  grand  baUlage  de  Haguenau  qui  étoit  un  bien 
héréditaire  de  la  maison  d'Autriche  furent  cédez  au  Roy  par  le  traitté 
de  Munster  en  toute  propriété  y  l'Empereur  et  la  maison  dZAutriche  firent 
une  obligation  au  Roy  d'y  rétablir  la  religion  catolique  sur  l'ancien  pied 
et  A'ea  oter  toutes  les  nouveautez  qui  s'y  étoient  glissé^ ,  car  à  l'article 
75  il  est  porté  en  parlant  des  villes  et  pays  cédez  ces  propres  termes  : 
SU  tamen  Rex  obligatus  in  eis  et  singulis  locis  catolkam  comervare 
reUgitmem  quemadmodùm  sub  aastriads  prindpibus  canservaia  fuit 

omnesque  quœ  durante  hoc  bello  novitates  irrepserutCt  removere 

Cest  à  tort  que  les  luthériens  qui  sont  en  Alsace  employent  l'article 
cinq  dudit  traitté  d'Osnabruck  par  lequel  il  est  convenu  que  les  cato- 
liques  et  les  luthériens  garderoient  réciproquement  les  biens  ecclésias- 
tiques et  en  jouiroient  de  la  même  manière  qu'ils  les  avoient  possédez 
au  1^  janvier  1624  ;  car  cet  article  ne  concerne  uniquement  que  les  états 
et  sujets  de  l'Empire  et  nullement  l'Alsace ,  autrement  il  auroit  été  sti- 
pulé par  le  traitté  de  Munster  qui  a  précédé  celui  d'Osnabruck  que^ce 
dernier  et  subséquent  seroit  exécuté  dans  l'Alsace  comme  dans  l'Empire. 
n  est  vrai  que  les  états  le  demandèrent ,  mais  cette  proposition  fut 
rejettée  par  la  France.  Le  traitté  de  Ratisbonne  de  1684  n'oblige  point 
le  Roy  d'observer  celui  d'Osnabruck  mais  bien  celui  de  Munster  et  de 
Nimègue;  aussy  depuis  1684  le  Roy  a  fait  un  grand  nombre  de  change- 
ments qui  étoient  entièrement  contraires  au  traitté  d'Osnabruck ,  mais 
qui  ne  l' étoient  pas  à  celui  de  Munster,  car  il  ordonna  en  1687  que  les 
catoliques  entreroient  dans  le  Magistrat ,  qui  avant  et  depuis  l'année 
1624  avoit  été  composé  de  luthériens  ;  il  deffendit  les  mariages  entre 
les  personne»  de  différente  religion  y  il  deffendit  de  casser  les  mariages 


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30  RBVnS  D'ÀL&àCB. 

comme  le  faisoient  les  ludiériens  soi wrt  Ie«rs  prâeipeç  %  il  Al  H^fte^àn 
et  rendre  aux  catoliqoes  les  églises  de  la  Toussaint ,  de  S^  Marc^  de 
S'  Louis ,  de  S^  Etienne  et  de  S*  AnUnne  et  y  fit  établir  des  paroisses 
pour  les  catolicpies;  il  établit  encor  dans  Strasbourg  différents  ordres 
religieux  de  l'un  et  Tautre  sexe  >  et  dans  TAIsace  il  fit  rendre  aux  cato- 
liques  tous  les  choaurs  des  églises  'dans  les  villages  où  les  missionnaires 
qu'il  envoya  partout,  avoient  convertis  sept  cheis  de  £uniltey  el  toutes 
choses  entièiwent  opposées  k  ce  traitlé  d'Osnabruck  y  et  cefiendani  w 
n'en  fit  jamais  au  Roy  le  moindre  reprQcbe,.^]  on  «e  Vj  a  a«br^  par 
aucun  des  traittés  subséquens. 

L'arrest  du  11  juillet  1684  rendu  en  Conseil  d'Alsace  agqgea  aux 
comtes  eatoliques  de  la  Catédrale  de  Strasbourg,  la  moitié  d«  ^Qlege  de 
Lampertheim  y  la  maison  appelée  Bruderhoff  à  Strasbourg  avec  iom  iep 
revenus  en  dépendants  >  contre  les  princes  de  Brunsvirick  »  Meckelbouif 
et  Lunebourg  chanoines  luthériens  quoyque  le  traitté  d'Osnabruck  les 
ayt  coi^rmé  dans  leurs  prébendes  ;  tant  il  est  vray  ^'on  ne  suit  pas  en 
en  Alsace  ce  qui  a  élé  r^  par  le  traitté  d'Oanabruck. 


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BIBLIOGRAPHIE. 


Las  nobles  et  les  vilajns  du  temps  passé  ,  ou  Beehenhes  crique* 
sur  la  noblesse  et  les  usurpations  nobihaires ,  par  Alp.  Ghassant  , 
paléographe.  —  A.  Aubry.  Paris,  4857.  In- 8*  de  300  pages. 


J'ai  souB  les  yeiix  ua  peiii  volume  dont  il  faut  q«e  j'entretienne  on 
montent  les  leetenrs  qui  venleni  bien  ne  pardonner  ma  prose  et  la 
parcourir.  Ce  petit  litre  fait  partie  de  la  charmante  collection  dont 
Je  parlais  dernièrement  à  propos  du  fUame  de  Chartres  :  il  est  rempli  ' 
de  Mts  cttHeM  »  et  de  fines ,  spirituelles  et  malicieuses  idées  »  et  soh 
«leur,  depuis  longues  années,  a  conquis  une  juste  réputation 
comme  paléographe  ;  aussi  bien  des  personnes  le  lisent  atec  intérêt, 
anlntenam  surtout  que  la  question  des  titres  de  noblesse  jouti  d'une 
certaiM  actuaHié.  Les  naèki  et  les  wUams  eiciteront  la  enriosité  de 
tous  eeni  qui  tentent  étudier ,  de  tous  ceui  qui  cherchent  des  argu- 
ttieiits  favorables  on  contraires  A  la  noUesse  ;  de  tous  ceux  enfin ,  et 
ee  n'est  pas  le  petit  nombre,  qui  aiment  k  rire  des  travers  dit  prochain. 

U  y  a  longtemps ,  en  vérité ,  que  la  question  des  titres  nobiliaires 
n'avait  fiiit  tremper  autant  de  plumes  danU'enore  ;  j'allà^  devant  moi» 
dit  brochures ,  toutes  écloses  en  18B7  et  qui  traitent  de  ce  sujet  :  ce 
nons  dix  systèmes  différents ,  et  je  l'avoue ,  pas  un  qui  me  satisfhsse. 
Bli  Fratfce  ^  on  a  rhabiiude  de  comprendre  vite  et  de  parler  ou  d'écrire 
l^loa  vile  encore;  on  aborde  toutes  les  questions,  les  plus  ardues 
coname  les  plus  simples  sans  tfavail  préparatoire ,  sans  s'être  donné 
relMui  de  réfléchir ,  et  il  arrive  que  pour  être  le  premier  à  ouvrir  la* 
iMNiche  i  on  ne  craint  pas  de  passer  auprès  du  sujet  principal ,  on  ne 
rafleurer  qo'à  la  surface;  et  puis  eu  France  encore,  plus  que  partout 
aUeurs ,  il  semble -toujours  que  l'on  en  sait  pins  longqne  l'honorable 
préopinant ,  et  qoe  l'on  connaît  quelque  détail  omis  par  hii  ;'  comme 
je  me  flatte  d'être  parfaitement  Français ,  je  ne  sois  donc  pas  édifié 


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32  RBVUE  D'ALSACE. 

par  les  recherches  de  mes  devanciers ,  et  je  me  propose  bien  de 
commettre  aassi  ma  petite  brochure  sur  la  noblesse  »  et  sa  possibilité 
d'exister  postérieurement  à  4789. 

Mais  il  ne  s'agit  pas  ici  d'envisager  la  noblesse  sous  un  point  de 
vue  qui  puisse  donner  à  ces  pages  un  reflet  de  politique  ;  je  veux 
parler  uniquement ,  aujourd'hui  du  livre*  des  c  Nobles  et  Vilaint  •  de 
H.  Chassant.  Il  s'arrête  au  décret  du  49  juin  4790 ,  c'est-à-dire  au 
précipice  sans  fond  qui  »  en  matière  nobiliaire  •  sépare  l'histoire  de 
la  politique. 

Disons-le  en  passant  ;  c'est  une  singulière  rédaction  que  celle  du 
décret  de  4790 ,  et  l'on  voit  bien  que  ceux  qui  l'ont  libellée  ne  savaient 
pas  parfaitement  ce  qu'ils  prétendaient  faire  :  c  la  noblesse  héréditaire 
est  pour  toujours  abolie.  >  Si  l'assemblée  nationale  avait  parlé  des 
litre»  nobUiaïres ,  elle  eut  été  dans  le  vrai  »  car  les  titres  peuvent  se 
donner ,  se  prendre  même  et  s'6ter  ;  mais  la  noblesse  »  telle  qu'on  la 
comprend  avec  un  peu  de  réflexion,  ne  peut  pas  s'etflever  ;  le  gentil- 
homme a  été  t  est,  et  sera  toi^ours  »  malgré  les  révolutions.  11  y  a  une 
confusion  singulièrement  répandue  sur  le  double  sens  du  mot  nobkuef 
mais  ce  n'est  pas  ici  le  moment  de  s'en  occuper. 

En  lisant  le  dernier  chapitre  de  Nobles  et  Vilains,  je  me  suis  laissé 
aller  à  rêver  que  »  sans  adopter  aucunement  les  arguments ,  au  moins 
originaux  y  de  H.  6amier  de  Cassagnac ,  il  faut  convenir  qu'il  y  a  on 
bien  grand  attrait  dans  cette  qualification  de  noble.  Avant  4789 ,  la 
caste  noble  avait  des  privilèges ,  des  immunités  »  des  exemptions  qui 
étaient  bien  de  nature  à  exciter  la  convoitise  ;  pour  ne  pas  acquitter 
la  taille  ni  les  aides,  pour,  ^  cas  de  crin&e ,  être  décapité  et  non  pas 
pendu,  pour  chasser ,  avoir  des  honneurs  i  la  Cour,  rendre  sa  petite 
Justice ,  etc. ,  etc. ,  on  comprend  qu'il  pouvait  venir  à  l'idée  de  se 
parer  d'un  titre  qui  déguisait  un  vilain  en  gentilhomme  ;  je  le  répète, 
je  me  rends  parfaitement  compte  de  la  fièvre  nobiliaire  du  siècle 
passé  et  des  siècles  qui  l'ont  précédé. 

'  Hais  aujourd'hui  qu'il  n'y  a  pas  le  moindre  privilège ,  pas  même 
celui  de  porter  une  mince  épée  en  verrou  •  on  est  aussi  âpre  que 
jadis  à  la  chasse  aux  titres.  Quant  on  n'en  usurpe  pas ,  motu  proprio\ 
on  va  en  chercher  à  l'étranger,  et  si  ce  n'était  pas  si  loin, 
S.  M.  Sdulonque  serait  peut-être  importimée  de  solliciteurs  peu  nègres  ; 
je  me  hâte  cependant  de  remarquer  que  les  titres  étrangers  étant 
soumis  à  des  conditions  rénumératoires  »  la  plupart  des  nouveaux 


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BmLlOGlUPmB.  ^i 

nobles  préfèrent  prendre*  en  guise  de  diplômes  »  les  cartes  de  visites 
dont  ils  combinent  eux-mêmes  la  rédaction.  Comme  je  le  disais  plus 
haut ,  il  est  donc  bien  agréable  de  pouvoir  se  figurer ,  en  plehi 
XIX*  siècle ,  après  plusieurs  révolutions  dont  aucune  n'est  aristocra- 
tique »  que  Ton  passe  pour  un  c  noble  homme  >  ?...  Encore  one* 
étude  que  je  ferai  »  mais  pas  aujourd'hui  non  plus. 

Tant  il  y  a  qu'en  cette  bienheureuse  année  4858,  nous  pouvons  dire 
comme  mon  compatriote»  le  Rémois  Guillaume  Coquillart  »  au  xv* 
siècle  : 

'     A  Paris  5  en  a  beaucoup 

Qui  n'ont  ne  argent ,  vergieir  ne  terre 
Que  TOUS  jugeriez  chascun  coup 
Allies ,  ou  grands  cMefe  de  guerre. 
Ils  se  disent  ^ssus  d'Angleterre , 
D'un  costé  d'un  baron  d'Anjou , 
Parents  aux  sénéschaulz  d'Auxerre , 
Ou  aux  chastellains  de  Poitou , 
Gcmibien  qu'ils  soient  sailly  d'un  trou 
De  la  cliquette  d'un  musnier , 
•  Voir ,  ou  de  la  ligne  d'une  chou ,  ' 

En&nt  à  quelque  jardinier. 
Dernièrement  la  Gaze9U  du  Midi,  et  \e  Bulletin  du  Bouquiniste 
contenaient  des  appréciations  sur  le  livre  de  M.  Chassant  ;  on  semblait 
Tooioir  établir  que  Fauteur  se  montrait  favorable  à  la  noblesse,  et  ne 
cherchait  uniquement  qu'à  attacher  au  pilori  du  ridicule  les  abus  et 
les  excentricités  auxquels  cette  institution  a  donné  naissance  ;  j'avoue 
que  je  ne  puis  partager  l'opinion  de  mes  honorables  confrères  en 
critique* 

.  Malgré  les  précautions  oratoires  très  courtoises  que  je  lis  dans 
rintrodnction ,  il  est  évident  pour  moi  que  M.  Chassant  a  peu  de  - 
bienveillance  pour  l'ancienne  noblesse ,  'et  que  son  livre  lui  a  été 
inspiré  par  le  désir  de  signaler  tout  ce  qui  pourrait  prévenir  un 
retour  quelconque  à  son  rétablissement  non  pas  seulement  comme 
caste  privilégiée  mais  même  comme  institution  -^otée  de  simples 
distinctions  honorifiques,  surtout  si  ces  distinctions  devaient  être 
héréditaires  ;  mais  une  justice  à  rendre  à  notre  auteur ,  c'est  qu'il 
manifeste  sa  conviction  ^  ou  du  moins  il  ne  la  laisse  deviner  que  sous 
une  forme  très  polie ,  et  en  des  termes  aussi  convenables  que  modérés. 
On  comprend  qu'il  y  aurait  plaisir  à  discuter  avec  lui  »  honnêtement , 

••AMét.  S 


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54  RBVUB  D'ALSàCB. 

en  bon  français ,  j'ajoute  que  l'on  aurait  beaucoup  à  y  gagner ,  quaiu 
même  on  différerait  d'opinion  sur  plusieurs  points.  —  Si  jinsiste  sur 
ce  point ,  c'est  avec  intention  ;  quant  je  me  mis  à  lire  Nobles  et  vilains 
(et  je  dois  confesser  que  je  ne  pus  abandonner  le  livre  sans  Tavoir 
•  terminé)  «  je  venais  de  parcourir  une  des  dix  publications  dont  je 
parlais  il  y  a  un  moment ,  et  de  l'une  d'elles  il  m'était  resté  une 
impression  pénible.  L'auteur  de  cette  brochure,  ennemi  juré  de 
toute  espèce  de  noblesse  >  traitait  la  question  dans  un  style  qu'il 
avait  voulu  rendre  énergique  et  qui  n'est  que  ridicule  :  j'étais  encore 
aburi  d'une  certaine  péroraison  biblique,  une  invocation  i  grand 
orchestre  contre  ces  pauvres  gentilshommes ,  où  l'auteur  se  posait 
comme  le  Roi-prophète  alors  qu'il  précédait  l'arche  ;  cette  allusion 
chorégraphique  m'avait  ébloui,  et  il  me  semblait  apercevoir  le 
terrible  écrivain ,  muni  d'un  orgue  «de  Barbarie ,  et  exécutant  une 
Carmagnole  devant  la  déesse  de  la  Raison. 

Je  dis  donc  que  M.  Chassant  est  mal  disposé  pour  l'ancienne 
noblesse ,  et  je  crois  que  chacun ,  quelque  soient  ses  convictions 
personnelles,  sera  de  mon  avis  lorsqu'il  lira  attentivement  le  chapitre  ii; 
ce  chapitre ,  en  réalité  n'est  pas  autre  chose  qu'un  résumé  rapide  de 
l'histoire  de  France,  duquel  II  résulte  que  «depuis  Charles-Martel 
jusques  à  la  fin  du  xvni*  siècle ,  il  peut  se  prouver  que  la  noblesse  a 
été  la  cause  de  tous  les  maux ,  et  le  monstre ,  vivace  ma  foi ,  que 
les  rois  devaient  sans  cesse  combattre  et  museler,  sous  peine  d'être 
anéantis.  Je  ne  crains  pas  de  le  dire  franchement  à  M.  Chassant ,  c'est 
dans  cette  partie  de  son  livre  qu'il  est  surtout  partial  ;  il  cite  tout  ce 
qu'il  trouve  contre  la  noblesse ,  (or  qu'elle  est  l'institution  humaine 
qui  n'a  pas  de  grands  défaut?)  et  il  ne  dit  rien  à  son  avantage.  Dans 
Nàbliè  et  vilains ,  je  vois  bien  les  faibles  et  les  défauts  des  nobles 
authentiques,  les  ridicules  et  les  palinodies  des  nobles  de  contrebande; 
mais ,  pour  me  servir  des  expressions  même  de  l'auteur ,  je  ne  vois 
que  bien  peu ,  j'allais  dire  rien  »  de  c  ceux  qui  se  sont  rendus  dignes 
de  la  noblesse,  en  mettant  leur  courage,  leurs  vertus  et  leurs  talents, 
moins  au  service  de  leur  ambition  personnelle ,  qu'au  service  de  leur 
patrie.  • 

Et  cependant ,  on  ne  peut  pas  le  nier  de  bonne  loi ,  Tantique  adage 
c  noblesse  oblige  >  n'a  pas  été  un  vain  mot  ;  la  vieille  noblesse  a  été 
turbulente ,  imprudente,  hautaine ,  exigeante ,  je  le  confesse;  mais 
elle  a  aussi  été  loyale,  dévouée,  pieuse,  prodigue  de  sang,  et  la 


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BIBLIOGRAPIIIB.  55 

moitié  de  notre  histoire  nationale,  dans  ses  plus  beUes  pages,  esc 
son  histoirei 

Eh  mon  Dieu ,  sans  vouloir  Taire  de  récriminations ,  je  me  permettrai 
de  demander  si  la  classe  dominante ,  quel  qu'elle  soit ,  n'a  pas  chez 
nous  tous  les  vilains  défauts  que  je  viens  d*énumérér  ?  bien  entendu 
que  je  ne  lui  refuse  pas  les  qualKés  qui  viennent  après.  Depuis  un 
siècle  nous  avons  vu  la  direction  des  affaires  passer  par  les  mains 
d'hommes  appartenant  à  toutes  les  couches  de  la  nation ,  et  toujours 
les  mêmes  qualités  et  les  mêmes  défauts  se  révèlent  :  les  uns  et  les 
autres  sont  dans  le  sang  gaulois. 

Je  m'aperçois  que  j'ai  manqué  à  mon  premier  devoir  puisque  j'ai 
négligé ,  jusques  à  présent ,  de  donner  une  idée  du  plan  et  dès  divi- 
sions adoptés  par  M.  Â.  Chassant  ;  j'en  demande  humblement  pardon 
au  lecteur  qui  aura  bien  voulu  me  suivre  jusqu'ici ,  mais  quand  je  lis 
uo  livre  aussi  substantiel  que  Nobles  et  vilaim ,  je  ne  sais  comment 
me  diriger  au  milieu  de  la  fourmilière  de  réflexions  que  cette  lecture 
met  en  révolution.  Je  ne  puis  pas  jurer  que  je  ne  m'égarerai  pas 
encore  avant  d'arriver  à  la  fin  de  cette  étude. 

Donc,  M.  Chassant  consacre  son  premier  chapitre  à  recueillir  ce 
que  les  plus  illustres  anciens  et  modernes  ont  pensé  de  la  noblesse , 
depuis  Salomon  jusques  à  S*  Jérôme  :  depuis  Jehan  de  Meung  jusqu'à 
Champfort.  On  passe  ainsi  en  revue  des  textes  curieux  qui  indiquent , 
chez  i'auteûr,  une  patience  et  une  érudition  admirables;  on  voit 
qu'il  sait  lire ,  talent  qui  n'est  pas  aussi  commun  qu'on  se  l'imagine. 
Je  lui  reprocherai  seulement  de  ne  pas  avoir  cité ,  pour  les  anciens, 
les  textes  eux-mêmes ,  ou  au  moins  de  ne  pas  avoir  accpmpagné  ses 
diations  de  renvois  qui  eussent  permis  de  recourir  aux  originaux  ; 
quelque  bonne  que  soit  une  traduction  ,  quelque  confiance  que  l'on 
ait  dans  le  traducteur,  la  discussion  est  impossible  si  l'on  n'a  pas  sous 
les  yeux  la  pensée  de  l'auteur  dans  l'idiome  même  qui  est  sa  forme 
primitive. 

Et  à  propos  d'Horace  «  je  suis  étonné  que  M.  Chassant  ne  se  soit 
pas  souvenu  d'an  passage ,  je  dirai  tnéme  d*une  satyre  entière  qui  a 
si  peu  vieillie  qu'aujourd'hui  on  pourrait  se  l'approprier  en  substituant 
aux  noms  romains ,  des  noms  medrenes  très-connus.  La  pebilure 
exdcte  des  erreurs  humaine^  a  le  talent  de  ne  pas  subir  l'injure  des 
siècles ,  et  la  vi'  satyre  du  poète  de  Vcnouée  est  aussi  jeune  que  ceti^ 


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36  REV1JE  D'ALSACE. 

comédie  d'Aristophane  dans  laquelle-,  en  1848 ,  nous  lisions  toutes 
les  divagations  du  club  des  femmes. 

Horace  félicite  très-galamment  Mécène  de  ce  qu*il  est  de  l'antique 
lignée  des  lucumons  d'Etrurie ,  et  aussi  de  ce  que  cette  haute  nais- 
sance ne  Tempéche  pas  de  proclamer  c  qu'il  importe  peu  de  quel 
c  père  on  soit  né  pourvu  qu'on  soit  de  condition  libre  ;  que  bien  des 
c  gens  issus  d'obscures  parents  ,  viro»  nuUù  majorUms  ortos ,  se  sont 
c  plus  d'une  fois  distingués  par  leurs  propres  mérites,  et  ont  pu  s'élever 
c  aux  plus  hautes  dignités.  »  Il  est  curieux ,  si  l'on  continue  encore 
quelques  vers ,  de  voir  Horace  s'égayer  de  la  naïveté  populaire  cqui , 
dans  sa  sottise  est  souvent  l'esclave  de  la  renommée,  des  inscriptions 
et  des  images  • ,  et  se  laisse ,  mainte  fois  éblouir  par  le  souvenir  des 
grands  noms.  Ce  passage  «  à  lui  seul ,  suffirait  au  besoin  pour  rester 
convaincu  que  Rome  était  riche  de  bourgeois  gentilshommes  et  de 
faux  nobles.  On  sait  en  effet  que  les  inscriptions  'd'honneur  et  les 
images  des  aïeux  ,  tUuli  et  imagines  tenaient  lieu  des  parchemins  et 
des  armoiries  dans  la  ville  éternelle. 

J'ai  déjà  parlé  du  deuxième  chapitre  de  Nobles  ei  viktni  ;  jetioteraf 
seulement  que  plusieurs  faits  peuvent  être  considérés  comme  très- 
discutables  au  point  de  vue  de  l'appréciation  historique  ;  ainsi 
rétablissement  de  la  noblesse  héréditaire,  l'affranchissement  des 
communes  considéré  comme  une  création  personnelle  de  Louis  ti  , 
la  trêve  du  Seigneur  attribuée  à  l'initiative  de  Henri  i«' ,  etc.  »  ne  sont 
pas  envisagés  avec  la  netteté  et  la  précision  que  les  travaux  histo- 
riques modernes  permettent  d'exiger.  Je  noterai  aussi  un  silence 
choquant  sur  les  Croisades ,  et  la  Jacquerie  mise  dans  un  jour  qui 
est ,  je  crois ,  un  peu  trop  favorable  à  Jacques  Bonhomme. 

c  Comme  quoi  les  prétentions  nobiliaires  ne  datent  pas  ai^ourd'hui  • 
telle  est  la  rubrique  du  iii'^  chapitre  ;  il  y  a  là  de  bonnes  pages  dans 
lesquelles  j'ai  retrouvé  les  vers  de  mon  compatriote  Coquillart  que 
l'on  a  lus  ,  il  y  a  un  moment  ;  puis  on  entre  ensuite  dans  le  chapitre  iv, 
traitant  des  usurpations  de  noms ,  d'armoiries ,  de  titres  et  d'origine. 
M.  Chassant  y  va  de  main  de  maître  ;  il  cite  des  faits  authentiques 
qu'il  est  impossible  de  lire  sans  perdre  son  sérieux ,  eut-on  le  flegme 
britannique  ;  vraiment ,  s'il  eut  voulu ,  ses  pages  eussent  été  bien 
autrement  nombreuses ,  mais  il  a  fait  de  la  coquetterie ,  il  a  voulu 
faire  rire  ses  lecteurs ,  mais  sans  qu'ils  fussent  forcés  de  crier  grâce. 
Quand  on  a  parcouru  ces  deux  chapitres,  il  reste  un  vague  regret 


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BIBLIOGRAPHIE.  37 

de  voir  arriver  la  6d  du  récit ,  et  »  comme  les  enfants  charmés  par 
un  conte  de  fée  »  on  se  surprendrait  presque  à  dire  :  c  Ofa  ,  Monsieur 
c  Chassant,  continuez  donc  à  nou^  dire  ces  choses  que  vous  dites  si 
c  bien.  » 

Mais  si  »  dans  un  siècle  seulement,  quelque  bibliophile  paléographe 
et  philosophe,  donne  une  nouvelle  édition  de  Nobles  et  Vilains,  quel 
supplémeifc  pourra-t-il  faire ,  grâce  aux  usurpateurs  de  toute  sorte 
que  chaque  hiver  fait  éclore  à  Paris  seulement  !  C'est  généralement 
pendant  cette  saison  rigoureuse  que  ce  genre  de  parasites  se  révèle 
de  préférence  :  on  se  masque  en  carnaval ,  puis  ensuite  le  masque  est 
conservé  le  reste  de  Tannée. 

Le  chapitre  v«  n'est  pas  le  moins  important  du  livre:  son  titre 
même  fait  pressentir  quelle  idée  y  domine  -^  c  Comme  quoi  ce  n'est 
c  pas  seulement  par  le  nom ,  par  les  armes,  par  le  titre ,  par  la  nais- 
c  sauce,  qu'on  dislingue  le  noble  du  vilain. i  Avec  M.  Chassant,  avec 
Charles  de  Louviers ,  je  dirai  que  dans  un  homme  de  qualité  on  doit 
considérer  les  œuvres  et  les  vertus  plus  que  le  lignage  ;  comme  eux 
je  dirai  que  la  plus  triste  dérogeance  est  celle  de  l'héritier  d'un  grand 
nom,  qui  ne  sait  se  distinguer  que  par  ses  vices  ou  ses  faiblesses  ; 
comme-  eux  enfin ,  j'admirerai  les  lettres  de  Fabert  et  de  Louis  xiv 
que  je  prie  mes  lecteurs  de  lire  attentivement,  parce  qu'elles  honorent 
également  le  premier  gentilhomme  des  royaumes  de  France  et  de 
Navarre ,  ainsi  que  le  plébéien  parvenu  à  la  dignité  de  maréchal  de 
France. 

Je  termine  en  rappelant  cette  définition  de  Porphyre,  que  M.  Chas- 
sant a,  je  crois,  oubliée:  c  La  noblesse  n'est  autre  chose  que  la 
c  gloire  et  la  célébrité  des  ancêtres ,  l'honneur  qui  est  le  prix  de 
c  leurs  vertus  :  mais  pour  hériter  de  l'honneur ,  il  faut  aussi  hériter 
c  des  vertus.  » 

Anatole  db  Barthélémy. 


La  Philosophie  de  la  Religion  ,  par  M,  Matter  ,  ConseiUer  honoraire 
de  rUnivertiié,  ancien  Impecteur  général  des  bibliothèques  fubtiques. 
—  2  vol.  —  Paris,  Grassart ,  1857. 

An  moment  de  parler  du  livre  de  M.  Matter  un  douloureux  souvenir 
s'éveille  en  nous.  Un  nom  cher  aussi  à  l'Alsace  et  à  la  philosophie  se 


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58  REVUE  D'ALSACE. 

présente  à  nous  mais  toile  de  deuil.  C'est  celui  de  Cbrisiian  Bartbolmess 
qa'une  mort  cruellement  rapide  et  inattendue  a  frappé  il  y  a  un  an  à 
peine,  an  milieu  de  sa  carrière  et  de  ses  succès ,  à  cet  heureux  et 
fécond  moment  qu'on  pourrait  appeler  la  maturité  de  la  jeunesse , 
et  qui  est  comme  le  sommet  de  la  vie ,  pu  l'homme  laborieux  et 
persévérant  voit  derrière  lui  un  passé  déjà  rempli  de  luttes  et  de 
.victoires  et  devant  lui  un  avenir  assez  vaste  encore  pour4ui  en  pro* 
mettre  dé  nouvelles. 

Nous  ne  voulons  pas  ici  refaire  l'éloge  de  Bartbolmess ,  si  doux 
pourtant  à  faire  et  à  entendre  pour  tous  ceux  qui  l'ont  connu.  Des 
voix  éloquentes  et  amies  nous  ont  raconté  sa  vie  ,  ses  travaux ,  ses 
succès  et  nous  ont  rappelé  toutes  les  sérieuses  et  aimables  qualités 
de  son  esprit  et  de  spn  cœur,  (i)  Nous  ne  voulons  que  déposer  un 
souvenir  sur  la  tombe  d'un  homme  que  nous  respections  comme  un 
maître  et  qui  a  bien  voulu  nous  permettre  de  l'aimer  comme  un  ami. 
M.  Matter  d'ailleurs  moins  que  personne  nous  pardonnerait  d'avoir 
oublié  en  cette  occasion  le  nom  de  Bartbolmess  dont  il  a  été  le 
maître  »  le  collègue  et  l'ami  et  dont  il  a  naguère  avec  une  éloquente 
émotion  prononcé  l'éloge  funèbre  an  nom  de  la  philosophie  et  du 
séminaire  protestant. 

Nous  avons  déjà ,  dans  cette  Revue,  et  à  l'occasion  de  YHutoire  des 
doctrines  religieuses,  le  dernier  ouvrage  de  Bartbolmess,  montré  les  diffi- 
cultés qui  entourent  les  problèmes  de  philosophie  religieuse,  mais  aussi 
le  puissant  intérêt  qu'il  y  a  pour  la  philosophie  comme  pour  la  religion , 
pour  le  savant  comme  pour  tout  homme  qui  pense ,  à  connaître  les 
rapports  intimes  de  ces  deux  puissances  qui  se  partagent  oon  seule- 
ment la  grande  scène  de  l'histoire  mais  aussi  la  scène  intime  de  la 
conscience.  Qui  de  nous  en  effet,  pour  peu  qu'il  sente  qu'il  a  une  âme* 
faite  pour  penser  et  pour  prier ,  ne  s'est  jamais  débattu  dans  les 
anxiétés  du  doute?  Qui  de  nous  n'a  travei*sé  une  de  ces  crises 
douloureuses  où  les  impérieuses  exigences  de  la  raison,  viennent 


(')  Voy.  dans  la  Revue  d'Alsace  les  articles  de  M.  Spacb  ;  l'éloge  académique 
prononcé  par  M.  Matter  ;  les  discours  prononcés  sur  la  tombe  par  M.  Matter  et 
M.  Janet  et  à  l'église  Saint-Thomas  per  M.  le  pasteur  Heintz.  Voy.  aussi  le 
discours  d*ouverture  de  M.  Waddington  que  le  Séminaire  protestant  a  eu  le  bon- 
heur d'enlever  à  la  Sorbonne  et  de  placer  dans  la  chaire  de  Bartbolmess ,  qui  ne 
pouvait  être  plus  dignrment  occupée. 


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BIBLIOGRAPHIE.  39 

ébranler  ces  aoiiqoes  et  chères  cobticUods  qui  sont  nées  avec  nous 
qui  ont  leur  racine  au  plus  profond  de  nôtre  être  et  qu'on  n'arrache 
qu*au  péril  de  notre  vie  morale  ?  Nous  plaindrions* également  celui 
dont  la  froide  raison  n'a  jamais  été  troublée  par  les  besoins  de  la  foi . 
et  celui  doitt  la  piété  n'a  jamais  trouvé  l'occasion  de  se  fortifier  dans 
la  lutte  contre  le  doute.  Âi^ourd'hui  plus  que  jamais  on  sent  le 
besoin  de  concilier  la  raison  et  la  foi ,  la  religion  et  la  philosophie»  parce 
qu'on  sent  qu'il  est  presquimpossible  aujourd'hui  de  n'{tre  ps(3  à  la 
fois  philosophe  et  religieux.  Jamais  la  religion  et  la  philosophie  n'ont 
été  mieux  connues  ni  respectées  davantage.  Jamais  npn  plus  elles 
n'ont  été  plus  favorablement  placées  pour  se  comprendre  et  s'unir* 

An  moyen*âge  la  religion  règne  à  peu  près  sans  partage  et  sans 
conteste  et  la  philosophie  se  tient  humblement  derrière  elle,  servante 
obéissante. 

Au  seizième  siècle  la  philosophie  commence  à  sentir  à  la  fois 
sa  force  et  son-  abaissement  ;  elle  essaie  de  secouer  ses  liens  mais 
plus  d'une  fois  elle  est  terrassée  et  plus  d'un  noble  et  courageux 
esprit  expie  par  sa  mort  l'honneur  de  l'avoir  défendue.  Enfin  avec 
Descartes  la  philosophie  conquiert  sa  liberté  et  ses  droits.  Elle  ne 
relève  plus  que  de  la  raison  c'est-à-dire  d'elle-même  ;  elle  suit  ses 
propres  traces. 

Sinhir  trUt  aufder  êig^nm  Spur 
DU  fMe  Tochi9r  der  Naiur, 

La  religion  cependant  n'a  pas  à  souffrir  de  cet  affranchissement  de 
la  philosophie ,  qui  ne  demande  qu'à  régner  sur  la  science ,  respectant 
le  domaine  de  la  foi  comme  la  propriété  sacrée  de  la  religion.  La 
religion  à  son  tour  reconnaît  et  respecte  la  philosophie  et  ses  plus 
illustres  docteurs  consacrent  leur  génie  à  la  servir  et  à  la  défendre. 
Toutefois  si  l'on  y  regarde  bien  ,  la  religion  et  la  philosophie  paraissent 
vivre  pacifiquement  l'un  à  cêté  de  l'autre  plutôt  que  de  se  pénétrer 
intimement.  On  aflOrme  qu'elles  ne  sont  pas  ennemies ,  on  ne  prouve 
pas  qu'elles  ne  font  qu'un.  Cest  une  honorable  transaction  ;  ce  n'est 
pas  une  fusion. 

Au  18""*  siècle  cet  accord  si  imposant  parait  se  troubler.  La  religion 
perd  du  terrain  ;  la  philosophie  en  gagne.  Elles  se  séparent  de  plus 
en  plus  muis  pour  marcher  l'une  cuuire  l'autre.'  La  philosophie 
passionnée  |lour  le  progrès  et  pour  la  lumière  confond  trop  facilement 
Terreur  avec  le  mystère  »  la  superstition  avec  la  foi.  Elle  attaque  la 


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40  REVUB  D'AL8AGB. 

religion  à  la  fois  avec  les  armes  légères  de  la  plaisanterie  et  1^  ardentes 
invectives  de  l'éloquence.  La  raison  ne  peut  ni  ne  veut  comprendre  la 
foi.  La  philosophie  de  la  religion  consiste  à  se  moquer  de  la  religion 
et  à  déclamer  contre  elle. 

On  le  voit ,  la  philosophie  et  la  religion  dans  la  suite  de  leurs 
rapports  ont  pour  ainsi  dire  traversé  toutes  les  positions  et  rempli 
tous  les  rôles.  La  domination  tyrannique  »  la  paix  oCScielle  et  la  lutte» 
voiià.comn\p  les  trois  époques,de  leur  histoire.  Une  quatrième  encore 
et  la  dernière  devait  suivre  :  celle  de  leur  union  sérieuse  et  intime , 
et  c'est  la  gjoire  de  nt>tre  siècle  de  l'avoir  amenée. 

Ledii-neuvième  siècle  est  profondément  religieux  souvent  sans 
le  savoir  et  sans  oser  l'avouer.  Partout  »  dans  tous  les  sens  se  montre 
un  mouvement  décidé  vers  les  idées  religieuses  et  sfnritoalistes. 
La  poésie  cherche  l'infini  dan^  les  harmonies  de  la  nature .  dans 
les  souffrances  et  les  joies  de   l'âme.    La  philosophie  remet  en 
honneur  la  croyance  en  Dieu ,  en  l'âme  et  en  sa  destinée  immortelle , 
et  rappelle  le  souvenir  des  grandes  écoles  qui  l'ont  enseignée.  Une 
psychologie  plus  large  et  plus  profonde  que  celle  de  l'école  sensualité  ' 
proclame  le  sentiment  religieux  comme  un  fait  naturel  »  comme  un 
besoin  légitime  et  impérieux  de  notre  vie  spirituelle.  La  science 
historique  de  son  côté  par  l'élude  sérieuse  et  impartiale  des  religions 
de  l'antiquité  et  de  leurs  origines  les  plus  lointaines ,  donne  à  la 
religion  la  certitude  et  l'aiitorité  d'un  fait  universel  et  qui  a  puissam- 
ment influé  sur  les  destinées  de  l'humanité.  La  religion  elle-n^éme 
par  de  vastes  et  profonds  travaux  d'exégèse  introduit  la  critique  c'est- 
à- dire  la  philosophie  dans  la  théologie ,  et  ajoute  ainsi  l'évidence  de 
la  raison  à  l'autorité  de  la  révélation.  C'est  aussi  à  ce  besoin  élevé  de 
conciliation  entre  la  religion  et  la  philosophie .  qui  repose  sur  une 
profonde  connaissance  et  un  profond  respect  de  chacune  d'elles  »  que 
nous  devons  l'ouvrage  de  M.  Matler  sur  la  Philosophie  de  la  Religion. 
Le  nom  de  M.  Malter  est  un  de  ceux  dont  l'Alsace  est  fier  et  que 
la  science  française  et  allemande  honorent  également.  Il  est  un  des 
membres  les  plus  distingués  de  cette  nombreuse  famille  de  savants 
alsaciens  qui  continue  avec  tant  d'honneur  par  leur  enseignement  et 
leurs  travaux  les  traditions  de.  l'ancienne  université  de  Strasbourg  et 
maintient  en  France  et  en  Allemagne  la  vieille  réputation  scienti- 
fique de  notre  province.  M.  Natter  a  su  à  un  haut  degré  développer 
en  lui ,  les  qualités  de  solidité  allemande  et  de  clarté  française  dont 


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BIBEiIOGBÀPHIB.  .     il 

l'imion  est  nn  des  privilèges  de  l'esprit  alsacien  et  le  rend  singulière* 
ment  propre  ft  servir  d'intermédiaire  entre  deux  nations  si  proches 
Tune  de  l'antre  par  lenr  position  géographique  et  si  éloignées  cepen- 
dant  «  par  leurs  habitudes  d'esprit  ^t  de  langage. 

Les  travaux  de  M.Mattersurrécoled'Alexandrie,  sur  le  gnosticisme, 
sur  l'histoire  du  christianisaie,  sur  Schelling  fort  estimés  des  deux  côtés 
du  Rhin  »  ont  contribué  à  initier  la  science  française  aux  travaux 
d'érudition  philosophique  et  théologique ,  aux  mouvements  des  idées» 
aux  lottes  des.éçoles  de  l'Allemagne  contemporaine.  Us  nous  montrent 
en  même  temps  que  les  études  de  notre  savant  compatriote  ont 
surtout  été  dirigées  sur  les  questions  de  philosophie  religieuse ,  qui 
depuis  des  années  aussi  sont  le  fond  de  son  enseignement  au  Séminaire 
protestant.  Aiyourd'hui  il  nous  donne  dans  son  livre  de  la  Philoiophie 
sur  la  Religion  »  le  résumé  dogmatique  des  études  et  des  méditations 
de  toute  sa  vie.  Ce  titre  déjà  est  toute  une  profession  de  foi.  S'il  y  a 
une  philosophie  de  la  religion ,  la  philosophie  et  la  religion  sont 
légitimes  chacune  et  ne  sauraient  être  ni  étrangères  ni  hostiles  l'une  è 
l'autre,  c  La  religion ,  dit  M«  Natter,  prise  subjectivement  dans  le  sens 
d'un  être  intelligent  et  libre  est  1%  conscience  de  ses  rapports  avec 
l'Être  suprême.  Prise  en  elle-même  et  objectivement  la  religion  est 
l'ensemble  des  rapports  qui  existent  entre  Dieu  et  l'homme  en  vertu 
de  l'ordre  étemel ,  absolu  ou  divin  qui  règne  dans  l'univers  matériel 
comme  daçs  l'univers  spirituel.  >  La  religion  est  donc  un  fat.  La 
philosophie  explique  tous  les  bits  ;  elle  est  la  science  des  principes 
et  des  causes.  Il  y  a  donc  une  philosophie  de  la  religion. 

Que  les  rapports  entre  l'homme  et  Dieu  soient  ceux  de  la  raison  on  de 
la  foi»  la  philosophie  les  comprend  et  les  explique  également.  Car  elle 
sait  que  les  côtés  par  où  notre  nature  touche  à  l'infini  sont  enveloppés 
de  ténèbres  et  qu'il  est  des  faits  qui  peuvent  surpasser  notre  raison  sans 
cesser  pour  cela  d'être  raisonnables.  Voilà  ce  que  croit  et 'ce  que  peut 
affirmer  la  raison  sans  honte  et  sans  faiblesse.  M.  Matter  on  le  voit 
est  plutôt  préoccupé  de  marquer  les  ressemblances  que  les  différences 
entre  la  religion  naturelle  et  la  religion  révélée,  çt  cette  préoccupa- 
ti<m  nous  paraît  heureuse  et  utile,  car  peut-être  s'est-on  trop  complu, 
ailleurs»  dans  l'intérêt  d'une  cause  et  d'un  parti,  à  mettre  en  présence 
et  même  en  hostilité  le  Dieu  de  la  raison  et  le  Dieu  de  la  révélation ,  au 
lieu  de  chercher  à  les  unir  dans  l'intérêt  de  la  paix  et  du  bonheur  de 
l'âme.  Cette  opposition  hostile  en  effet  rejouit  également  le  fanatisme  et 


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42  REVUE  D'ALSACE. 

le  scopticrsme,  mais  inquiète  et  attriste  les  âmes  siocères  qui  ae  peuvent 
se  décider  ni  à  rester  en  suspens  ni  à  faire  un  choix  qui  ne  saurait  les 
satisfaire  qu'à  demi.  C'est  rendre  un  plus  grand  service  à  l'homme 
et  un  plus  sérieux  hommage  à  Dieu  que  de  montrer  sous  les  formes 
différentes  de  la  religion  et  de  la  philosophie  une  harmonie  intime. 

f  Loin  d'être  contraire  à  la  raison  ou  incompatible  avec  ses  lumières 
la  religion  est ,  en  vertu  même  de  son  objet  céleste ,  le  plus  grand 
moyen  de  développement  de  la  pensée  humaine ,  et  cette  pensée  se 
trouve  en  possession  de  l'idée  de  Dieu  aussi  directement  qu'elle  est 
en  possession  de  celle  de  l'ame  ou  de  celle  de  l'univers.  On  ne  doit 
point  confondre  cette  religion  philosophique ,  fille  de  la  raison  uni- 
verselle ,  avec  les  religions  positives ,  issues  de  révélations  spéciales  ; 
mais  aussi  de  leur  distinction  nul  n'a  droit  de  conclure  qu'elles  sont 
ennemies.  »  (P.  41) 

c  La  philosophie  et  la  religion  peuvent  être  contraires  l'une  à  l'autre. 
Quand  elles  sont  mauvaises  toutes  les  deux ,  quand  la  religion  est 
superstitieuse  et  la  philosophie  sceptique ,  elles  ne  sauraient  s'allier 
ensemble;  mais  parfaites  l'une  et  l'autre,  elles  sont  identiques  ;  leurs 
grandes  solutions  comme  leurs  grands  problèmes  sont  les  mêmes  ;  la 
vérité  est  une.  »  (P.  45) 

c  En  théorie  la  religion  philosophique  et  spéculative  suit  entiére- 
meil  les  lumières  de  la  raison  tandis  que  la  théologie  positive  suit 
celles  de  la  révélation;  en  fait,  cette  distinction  s'efface  si  bien  que 
celle-là  se  nourrit  sans  cesse  de  religion  et  celle-ci  de  philosophie,  i 
(P.  i^)- 

Nous  avons  à  dessein  recueilli  plusieurs  passages  à  peu  près  iden- 
tiques dans  la  préface  de  notre  ouvrage  pour  en  faire  mieux  ressortir 
l'idée  qui  le  domine  tout  entier:  l'union  ou  plutôt  l'unité  de  la 
philosophie  et  de  la  religion. 

C'est  avec  une  véritable  joie  que  tous  ceux  qui  sont  dévoués  à  la 
philosophie  et  qui  souffrent  de  la  voir  parfois  repoussée  dans  les 
rangs  même  du  protestantisme  où  cependant  plus  que  partout  ailleurs 
elle  devrait  être  accueillie  avec  honneur  —  c'est  avec  joie  qu'ils 
liront  rintroduction  du  livre  de  M.  Matter  et  ils  applaudiront  sans 
réseive  à  S3  théorie  si  laige ,  si  élevée  et  si  ferme  en  même  temps. 
L'impartialité  de  l'auteur  de  la  Philotaphie  de  la  Religion  est  d'autant 
plus  sincère ,  et  sa  doctrine  de  conciliation  paraîtra  d'autant  plus 


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BIBLIOGRAPHIE.  43 

solide  qu'elle  est  le  froit  d'une  étude  spéciale  et  approfondie  de  la 
philosophie  et  de  la  relij^'on. 

En  France  généralement  •  on  appartient  i  la  philosophie  on  à  la 
théologie.  On  parle  de  la  théologie  en  philosophe»  et  de  la  philosophie 
en  théologien,  c'est-à-dire  le  pins  souvent  en  profane  ou  en  adversaire, 
rarement  en  juge  tout  a  fait  compétent  et  désintéressé.  H.  Natter  est 
théologien  et  philosophe ,  non  seulement  par  goût  et  par  vocation , 
mais  par  position.  Personne  n'est  donc  mieux  placé  que  lui  pour 
<»mprendre  les  rapports  de  la  philosophie  et  de  la  religion  et  cette 
position  exceptionnelle  de  l'auteur  donne  à  s<yi  livre  une  originalité 
et  une  autorité  qui  le  feront  accueillir  avec  une  égale  distinction  par 
les  philosophes  et  les  théologiens. 

Nous  nous  sommes  volontairement  arrêtés  quelque  temps  à  la  pré- 
face du  livre ,  car  elle^  toute  l'importance  d'une  profession  de  foi  et 
tout  le  reste  de  l'ouvrage  n'en  est  en  quelque  sorte  que  la  démons- 
tration. 

La  religion  qui  n'est  autre  chose  que  l'ensemble  des  rapports  qui 
lient  rhomme  à  Dieu  embrassera  Dieu  et  son  œuvre,  l'homme  e^t  le 
monde.  La  philosophie  de  la  religion  contiendra  donc  la  psychologie, 
la  philosophie  de  la  nature  et  laTheodicée.  M.  Matter,  fidèle  aux  habi- 
tudes ontologiques  de  l'Allemagne ,  débute  par  Dieu  et  non  comme  le 
recommande  la  philosophie  française  par  l'homme  ,  pour  monter 
ensuite  à  Dieu.  M.  Matter  qni  est  pénétré  profondément  de  l'esprit  et 
des  habitudes  de  la  philosophie  française  dont  il  possède  la  netteté  de 
style  et  la  rigueur  de  méthode ,  M.  Matter  a  sans  doute  eu  ses  raisons 
pour  suivre  ici  les  voies  de  la  spéculatiou  allemande  et  ces  raisons 
BOUS  croyons  les  deviner.  La  méthode  psychologique ,  excellente  et 
même,  nécessaire  pour  le  penseur  qui,  s'appuyant  sur  la  seule  raison, 
veut  arriver  à  Dieu  |)ar  le  chemin  le  plus  naturel  et  le  plus  sûr  et  mon- 
trer ce  chemin  aux  autres ,  l'est  moins  pour  le  théologien  philosophe 
qui ,  s'appuyant  sur  la  révélation ,  part  de  Dieu  comme  de  la  première 
des  vérités ,  comme  de  la  source  de  l'être  et  fait  assister  ses  lecteurs 
en  quelque  sorte  a  la  création  du  monde  et  de  l'homme. 
*  En  prenant  ainsi  son  point  de  départ  dans  l'absolu  et  en  descendant 
pour  ainsi  dire  l'échelle  immense  des  êtres  «  il  donne  à  son  ouvrage 
on 'caractère  imposant  qui  convient  bien  à  la  haute  spéculation 
dogniaiiquc.  L'auteur  débute  donc  par  Dieu.  Sa  nature ,  ses  attributs 
ses  rapports  avec  le  monde  et  l'homme ,  la  Providence ,  la  Création  i 


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44  REVUE  D'ALSACE. 

loas  les  problèmes  de  la  tbéodicée  sont  abordés  et  discutés ,  avec  les 
secours  réunis  de  la  raison  et  de  la  révélation.  On  peut  admirer  ici  « 
grâce  à  M.  Matter  y  l'accord  intime  qui  unit  la  vérité  naturelle  et  la 
vérité  révélée  et  n'en  fait  qu'une  seule  vérité.  L'Évangile  renferme 
toute  une  tbéodicée  où  brillent  sous  les  voiles  mystiques  du  symbole 
les  grandes  et  sublimes  idées  dont  quelques  unes  furent  entrevues 
déjà  par  les  âmes  d'élite  de  l'antiquité. 

Après  avoir  considéré  Dieu  en  lui-méifte  »  nous  le  retrouvons  dans 
ses  œuvres.  Après  la  tbéodicée,  la  philosopbie  de  la  nature.  La  philo- 
sophie de  la  nature  es(  presqu'aussi  ancienne  que  la  philosophie  elle- 
même  t  car  dès  que  l'homme  jette  les  yeux  sur  le  monde ,  il  y  voit 
Dieu.  Et  si  les  anciens ,  admirateurs  naïfs  et  encore  ignorants  d'un 
spectacle  dont  ils  ne  devinaient  que  faiblement  l'immense  variété  et 
la  sublime  ordonnance,  célébraient  avec. enthousiasme  son  divin 
auteur  »  que-devons  nous  faire,  nous  à  qui  les  sciences  entr' ouvrent 
le  ciel  et  la  terre  dans  leurs  profondeurs  les  plus  cachées  et  nous 
montrent  d'innombrables  myriades  de  mondes  au*delà  de  notre  globe, 
et  dans  ce  globe  des  myriades  de  mondes  encore;  l'infini  partout, 
dans  les  espaces  du  ciel  et  dans  la  goutte  d'eau!.... 

M.  Nattera  emprunté  aux  sciences  leurs  plus  précieuses  découvertes 
et  qui  font  briller  dans  tout  leur  éclat  l'infinie  puissance  du  Créateur. 
Il  nous  a  donné  un  tableau  plein  d'intérêt  et  de  vie,  et  qui  atteste  chez 
lui  une  universalité  de  connaissances  néoessaire  au  métaphysicien  qui 
veut  expliquer  le  monde  mais  dont  les  métaphysiciens  se  dispensent 
trop  souvent  par  un  dédain  spiritualiste  assez  mal  entendu.  Dans  ce 
voyage  à  travers  ciel  et  terre  nous  avons  suivi  M.  Natter  hand  parri- 
bus  aequU.  Mzls  t  grâce  à  notre  guide ,  nous  en  avons  rapporté  un 
respect  plus  profond  pour  l'intelligence  de  l'homme  qui  domine  le 
monde ,  et  une  reconnaissance  plus  vive  envers  celui  qui  a  créé ,  et 
le  monde ,  et  Tintelligence  de  l'homme  ! 

Si  la  nature  extérieure  nous  montre  Dieu ,  nous  en  trouvons  cepea- 
dant  une  image  plus  complète  et  plus  éclatante  dans  la  plus  parfaite 
de  ses  œuvres ,  celle  où  il  a  en  quelque  sorte  inscrit  son  nom  »  —  dans 
l'âme  de  l'homme. 

H.  Natter  ne  s'en  tient  pas  à  la  psychologie  sévèrement  scientifique 
telle  que  la  veut  la  philosophie  française  et  qui  n'admet  que  les*(àit8 
que  l'observation  directe  de  la  conscience  peut  recueillir ,  et  s'arrête 
là  où  cesse  l'induction  légitime  et  où  commence  l'hypothèse. 


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«BLIOGRAPHIB.  45 

Après  avoir  aUeint  les  limiles  que  la  raison  posé  à  la  science  de 
l'âme  »  il  les  franchit  et  aborde  un  ordre  de  questions  plus  obscures 
et  par  cela  même  peot-étre  plus  attcayantes  :  Sommes-nous  les  seuls 
êtres  qui  composons  le  monde  des  esprits  ?  N'y  aurait-il  pas  là  comme 
dans  le  monde  des  corps,  une  variété  de  classes,  de  genres ,  d'espèces? 
et  ce  monde  des  esprits,  quand  et  comment  a-t-il  été  créé?  quelles 
lois  le  gouvernent?  quels  sont  ses  rapports  avec  Dieu  f  comment  Dieu 
le  gouveme-t-il,  comment  se  révèle-t-il  aux  âmes?  Nous  marchons  ici 
sur  an  terrain  glissant  où  les  conjectures  nous  soutiennent  bien  plus 
que  l'observation  et  le  raisonnement.  Faut-il  pour  cela  abandonner  ces 
questions  comme  indignes  de  la  curiosité  du  psychologue  ?  Nous  ne 
le  pensons  pas.  L'âme  a  ses  profondeurs  mystérieuses  que  la  science 
peut  sonder  quand  même  elle  n'en  toucherait  pas  le  fond.  Sur  plus 
d'une  question  capitale  de  la  psychologie  nous  devinons  et  nous 
sentons  bien  plus  que  nous  n'afftrmons  et  ne  prouvons.  Mais  ces 
pressentiments  mêmes  et  ces  conjectures  ont  une  certaine  valeur 
comme  phénomènes  de  la  vie  spirituelle  et  le  psychologue  peut  les 
accueillir  f  sous  toutes  réserves  s'entend ,  et  en  se  mettant  bien  en  . 
garde  contre  les  illusions  de  l'imagination  qui  n'est  jamais  à  J^out  de 
ressources  quand  les  faits  manquent  à  l'observation.  D'ailleurs  le 
puissant  intérêt  et  le  charme  mystérieux  qui  entourent  ces  questions 
font  aisément  pardonner  à  l'écrivain  de  quitter  parfois  l'évidence 
*  pour  l'hypothèse.  Nous  préférons  quelquefois  au  silence  une  réponse 
même  douteuse.  Nous  n'«vons  donc  pas  le  courage  de  reprocher  à 
M.  Matter  d'avoir  élargi  son  cadre  et  d'y  avoir  fait  entrer  plusieurs 
chapitres  du  plus  grand  intérêt  pleins  de  vues  hardies,  d'idées  originales 
et  d'une  lecture  on  ne  peut  plus  attachante.  Au  surplus  M.  Matter 
pourrait  nous  répondre  que  l'objet  de  son  livre  n'est  pas  purement 
philosophique,  qu'il  est  principalement  religieux,  et  que  la  religion 
afiBrme  là  où  la  science  humaine  est  réduite  à  douter  et  à  deviner.  Mais 
les  doutes  mêmes  de  la  science  humaine  peuvent  s'éclaircir  si  on  les 
rapproche  des  affirmations  positives  de  la  révélation  et  qu'on  montre 
ici  encore  les  rapports  étroits  entre  la  raison  et  la  foi. 

Les  lecteurs  de  la  Revue  et  l'auteur  du  livre  me  pardonneront 
d'avoir  effleuré  plutôt  qu'analysé  véritablement  la  Philoioplùe  de  la 
Seligion. 

Nous  avons  été  jobligés  de  laisser  sur  notre  chemin  plus  d'une 
question  intéressante ,  plus  d'un  problème  curieux  »  plus  d'une 


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46  REVUE  D'ALSACB. 

solution  digne  d'eiamen  »  sur  laquelle  nous  aurions  peut-être  osé 
soumettre  au  savant  auteur  non  pas  des  critiques,  ce  mot  sonnerait 
mal  dans  notre  bouche,  mais  qi^elques  doutes  respectueux. 

Nous  regrettons  aussi  que  notre  ignorance  théolc^iqne  ne  nous  ait 
pas  permis  d'apprécier  et  de  louer  comme  il  convient  une  partie 
importante  de  Tonvrage,  la  partie  spécialement  théologique.  Mais 
malgré  notre  incompétence  partielle  nous  osons  affirmer  que  Touvrage 
deM.  Hatier  est  un  des  ouvrages  les  plus  sérieux  elles  plusforis  quiaient 
paru  sur  la  philosophie  religieuse.  Sans  doutçil  soulèvera  desobjecUons 
et  trouvera  des  contradicteurs.  Mais  il  n'y  que  les  ouvrages  de  valeur  et 
de  poids  qui  sollicitent  l'examen ,  provoquent  la  lutte  et  sont  détaille 
à  la  soutenir.  Nous  pouvons  prédire  au  livre  que  nous  quittons  en  ce 
moment ,  qu'il  mécontentera  également  le  fanatisme  religieux  et  le 
fanatisme  philosophique ,  ennemis  intéressés  de  la  paix.  Mais  nous 
pouvons  lui  prédire  aussi  que  toutes  les  qualités  qui  le  distinguent , 
l'élévation  des  vues  et  des  sentiments  »  la  pénétration  et  la  6nesse  de 
la  critique ,  la  fermeté  élégante  et  quelquefois  éloquente  du  style ,  le 
feront  accueillir  avec  un  sympathique  empressement  par  tous  les 
esprit^  sérieux  et  sincères ,  philosophes  et  théologiens. 

Emile  Grugkbr, 

profBttCv  d«  pltOotopliie  «u  fynMM  d«  StrMbMfff . 


Flore  d'Alsace  et  des  contrées  limitropres.  2  forts  volumes  in-12. 
(16  fr.) ,  par  le  1>  F.  Kirschleger  y  professeur  à  l'Académie  de  Stras- 
bourg. —  Paris ,  thez  les  principaux  libraires. 

Ce  n*est  pas  seulement  dans  nos  départements  du  Nord-Est  que  les 
amis  de  la  Botanique  apprendront  avec  satisfaction  la  publication  com- 
plète de  la  Vlare  d'Alsace  et  des  cofUrées  limitrophes.  Cet  outrage ,  qui 
a  paru  par  livraisons  depuis  1850  y  est  enfin  terminé ,  et  nous  croyons 
avoir  lieu  d'espérer  pour  lui  le  plus  honorable  succès.  Il  suffira  d'un 
examen  rapide  pour  reconnaître  qu'aucun  effort  n'a  coûté  à  l'auteur , 
voulant  remplir  dignement  la  tâche  qu'il  s'était  imposée  ,  et  le  public 
trouvera  libéralement  distribuées  dans  son  livre  l'érudition  ,  la  science 
et  l'enseignement. 


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BIBLIOGRAPHIE*  47 

La  Flore  de  M.  F.  Kirschleger  renferme  Thistoire  complète  des  végé- 
taux  qui  croissent  spontanément  en  Alsace  et  dans  les  contrées  environ- 
nantes. Classes ,  familles ,  genres  y  espèces  y  sont  décrits  dans  le  plus 
grand  détail ,  et  ^u  milieu  de  leur  description  ressortant ,  en  italiques, 
leurs  caractères  différenciels ,  laconiquement  exprimés ,  et  faciles  à 
vérifier.  Le  lecteur  arrive  à  leur  diagnose  au  moyen  de  tableaux  synop- 
tiques ,  et  de  ces  clés  dichotomiques  dont  se  servent  avec  tant  de  plaisir 
ceux  qui  veulent  ouvrir  le»  portes  du  sanctuaire  de  la  science.  Les  noms 
des  espèces ,  leur  synonymie,  leurs  dénominations  populaires,  françaises 
et  allemandes  y  l'époque  de  la  floraison  des  plantes ,  leur  station  géolo* 
gique  y  leur  dispersion  ,  leurs  localités ,  tout  est  nettement  indiqué ,  et 
l'étudiant ,  ayant  passé ,  par  des  analyses  successives ,  de  la  classe  à  la 
famille ,  de  la  famille  au  genre ,  du  genre  à  l'espèce ,  parvient  sans' 
fatigue  à  une  détermination  précise,  qui  ne  lui  laisse  rien  à  désirer.  — 
La  classification  adoptée  par  Fauteur  est  celle  de  Decandole^  légèrement 
modifiée. 

Mais  la  végétation  indigène  de  l'Alsace  et  des  Vosges  n'est  pas  la  seule 
qui  eorichisse  la  Flore  de  M.  Kirschleger  i  les  plantes  culivées  ou  natu- 
ralisées dans  ces  fertiles  provinces  se  joignent  à  celles  qui  y  croissent 
spontanément.  Toutes  les  espèces  utiles  ,  céréales ,  potagères ,  fourra*- 
gères,  tinctoriales,  médicinales,  y  sont  décrites,  avec  leurs  races  et 
leurs  variétés  ;  l'époque  de  leur  introduction  est  indiquée ,  ainsi  que  les 
progrès  de  leur  vulgarisation ,  leurs  rendements  et  leurs  produits.  Près 
d'elles  se  rencontrent  les  plantes  d'ornement,  cultivées  dans  les  jardins, 
les  parcs ,  les  promenades  publiques  ;  de  sorte  que  le  fleuriste ,  l'agri* 
calteur ,  le  forestier,  l'industriel  trouveront  dans  cette  Flore  un  livre 
qui  s'adresse  à  eux ,  comme,  aux  personnes  qui  étudient  la  Botanique 
pure.  Les  médecins  et  les  pharmaciens  surtout  pourront  y  recueillir  de 
fidèles  renseignements  sur  les  propriétés  thérapeutiques  des  plantes , 
ainsi  que  sur  les  principes  chimiques  servant  de  base  à  ces  propriétés. 

Cette  abondance  de  notions  précieuses  n'a  point  paru  suffisante  à 
M.  Kirschleger  :  il  a  voulu  couronner  son  œuvre  par  une  revue  histo- 
rique et  bibliographique  des  travaux  littéraires  relatifs  à  la  Flore 
f  Alsace  et  des  Vosges  :  Ce  travail  de  bénédictin  ,  qui  possède  à  lui 
seul  l'importance  d'une  publication  spéciale,  a  dû  coûter  bien  des 
veilles  à  son  auteur  :  il  s'y  montre  jaloux  de  restituer  à  chacun  la 
gloire  qui  lui  appartient ,  et  les  vieux  phytographes ,  qui ,  même  avant 
la  venue  de  Linné,  ont  bien  mérité  de  la  Botanique  alsacienne,  y 


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48  RBTOB  D'àLSàCB. 

'  reçoivent  un  hommage  fervenl  et  respectueux  :  c'est  en  effet  à  ces  téné- 
rables  devanciers ,  MappWy  Lindem^  Eermann .  Nestler,  qu'est  dé- 
diée la  Flore  éP Alsace  et  des  Vosges  ^  ces  botanistes  ayant  rassemblé, 
dit  modestement*!!.  Kirschleger ,  les  maiériaux  qu'il  n'avait  plus  qu'à 
coordonner. 

Outre  les  mérites  divers  que  nous  venons  de  signaler ,  fl  en  est  un , 
que  nous  prisons  plus  que  tous  les  autres ,  parce  qu'il  a  une  valeur 
morale ,  autant  que  scientifique  :  nous  voulons  parler  de  la  vigilance 
infatigable  avec  laquelle  l'auteur  de  la  Flore  s'occupe  de  l'instruction 
de  ses  lecteurs.  On  nsconnatt  en  lui  l'homme  de  science  et  l'homme 
i* enseignement ,  deux  qualités  fort  distinctes,  et  très-rarement  réunies. 
La  plupart  des  livres  didactiques  offrent  une  exposition  froide  et  aride , 
et  leurs  auteurs  semblent  assez  peu  se  soucier  du  bénéfice  intellectuel 
que  l'étudiant  doit  retirer  de  leur  ouvrage  ;  ils  tâchent  d'être  exacts  y 
et  c'est  assez  pour  l'acquit  de  leur  conscience  :  celle  de  M.  Kirschleger 
est  beaucoup  plus  inquiète.  Quand  il  décrit  une  plante  dont  l'organisa- 
tion présente  quelques  particularités ,  ou  quelque  anomalie,  fl  les  signale 
minutiensement  à  l'élève,  lui  indique  les  comparaisons  à  établir, 
prévient  les  difficultés  qui  peuvent  l'arrêter,  et  ne  laisse  échapper 
aucune  occasion  de  le  familiariser  avec  les  grandes  lois  de  l'oiganogra- 
phie  végétale.  Aussi ,  quiconque  ouvrira  cette  Flore  avec  le  désir  sérieux 
de  s'en  approprier  la  substance  saura-t-il  gré  i  l'auteur  de  ce  zèle  per- 
sévérant ,  déployé  dans  l'intérêt  de  l'étudiant,  véritable  charité  didac- 
tique ,  trop  rare  hélas  !  dans  la  classe  professorale ,  et  qui  est  pourtant 
la  condition  la  plus  importante  de  l'enseignement ,  oral  ou  écrit. 

L'auteur  de  la  Flore  d'Alsace  et  des  contrées  limitrophes  a  consacré 
sept  années  à  la  publication  de  son  œuvre ,  sans  compter  celles  qu'il  a 
passées  à  la  préparer.  Il  a  su ,  pour  faire  un  bon  livre ,  résister  à  l'im- 
patience de  ses  souscripteurs  et  à  l'entraînement ,  bien  naturel ,  qui  le 
poussait  lui-même  à  accélérer  sa  marche  vers  le  terme  de  ses  travaux  : 
nous  pouvons  donc  lui  appliquer  ce  que  Ton  a  dit  des  écrivains  conscien- 
cieux du  dix-septième  siècle:  ils  travaillaient  longtemps,  mais  (fêtait 
pour  longtemps. 

ËMii.  Le  Mâout. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES 


DE  L'iNCIBN!»  AL$A€I. 


LANDAU. 


Landau  !  Qael  Alsacien  ne  prononce  ce  nom  avec  un  patriotique 
regret  I  Landau  noble  fleuron  arraché  à  la  couronne  de  France  !  Trop 
belle  fille  de  l'Alsace  qui  languit  dérobée  à  l'Alsace!  Landau»  témoignage 
toiyours  vivant  de  nos  revers  de  1815,  triste  et  continuel  écho  des 
humiliations  du  lendemain  de  Waterioo  ! 

Oui  Landau»  l'une  des  dix  villes  libres  et  impériales  de  la  Landvog- 
tey  d'Alsace  ou  grande  préfecture  de  Haguenau ,  Landau  l'un  des 
chefs-d'œuvre  de  Vauban ,  et  l'un  des  boulevards  de  la  France  à 
partir  de  1686  jusqu'en  i8i5»  Landau  appartient  aiiyourd'hui  an 
roTaume  de  Bavière  !  Et  ce  n'est  pas  que  la  Bavière  possède  Landau 
par  droit  de  conquête  »  en  vertu  d'un  de  ces  faits  d'armes  qui 
sanctionnent  jusqu'à  un  certain  point  les  usurpations  de  territoire. 
Non  vraiment ,  car  en  1815  les  portes  de  la  place  françabe  de  Landau 
n'ont  pas  été  brisées  à  coups  de  canon  »  elles  ont  été  ouvertes  à  coups 
de  protocoles ,  alors  que  la  France  »  épuisée  de  soldats  et  accablée  par 
TEurope  entière ,  devait  laisser  la  légitimité  souscrire ,  non  spns  un 
chevaleresque  et  patriotique  dépit  »  à  toutes  les  dures  conditions  im- 
posées à  sa  restauration  par  la  Sainte-Alliance. 

C'est  grand'pitié  de. la  voir  aujourd'hui ,  cette  noble  cité  alsacienne, 
appendant  tristement  sur  ses  remparts  les  couleurs  bavaroises  »  elle 
qui  arborait  naguères  sa  bannière  de  République  du  Saint-Empire 
et  qui  plus  tard  se  pavoisa  lour-à-tour  sous  le  blanc  éiendart  de  Rocroi 
et  sous  le  drapeau  de  Marengo  !  U  semble  que  la  perte  de  ces  glorieui 

9*kméê.  ^ 


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80  RBVUB  D'ALSAGB. 

insignes  qui  (tarent  siens  pendant  des  siècles  lui  pèse  encore  an 
cœur  aujourd'hui  «  deshéritée  qu'elle  est  tout  à  la  fois ,  et  de  ses 
vieilles  libertés  municipales  et  de  sa  gloire  moderne  de  citadelle 
française  ;  pauvre  exilée  i  qui,  par  surcroit  de  cruauté,  on  n'a  pas 
même  caché  la  vue  de  la  patrie ,  car  la  frontière  de  France  est  là , 
tout  proche  d'elle ,  lui  souriantet  lui  ouvrant  les  bras  !  Que  notre  France 
fasse  seulement  un  pas  en  avant .  et  l'enfant  proscrite  se  retrouvera 
dans  sa  famille.  11  suflSrait  pour  cela  de  rendre  à  l'Alsace  son  antique 
et  traditionnelle  limite  de  la  Queich  au  lieu  de  la  Lauter  »  limite 
improvisée,  il  n'y  a  pas  encore  tout-à-fait  quarante-trois  ans ,  pour 
séparer  ce  que  les  siècles  avaient  uni  !  (i) 

Eh  bien ,  que  l'histoire  au  moins  la  venge  et  nous  la  rende,  cette 
pauvre  sœur  perdue  et  toiyoure  regrettée  !  Pour  les  simples  cités 
comme  pour  les  peuples,  pour  Landau  commepour  la  Pologne, 
comme  pour  l'ItaUe ,  la  nationalité  ne  saurait  se  prescrire  par  quelques 
séries  d'années  i  Oui  l'histoire  ne  saurait  se  lasser  dé  revendiquer 
leurs  droits  »  «t  il  appartient  peat-étrie  à  une  plume  alsacienne  de 
protester  an  nom  du  passé  contré  la  spoliation  de  Landau.  <^ 
■-■        "  -       -  -.    ^ 

{*)  En  disant  que  la  Qaeich  est  la  limite  séculaire  de  l'Alsace ,  rauteur  de  la 
notice  sur  Landau  n'ignofe  pas  que  cette  limite  a  été  contestée  non  seulement 
lors  des  traités  de  V\^estphalie  et  d*Utrecht ,  mais  mèkne  dans  le  dix-huitième  siède 
lorsqu'elle  ne  pouvait  plus  être  qu'une  question  de  géographie  historique.  Mais , 
indépendemnmnt  du  point  de  fait  acquis  en  fave^  de  la  Queich  pa^  l'accession  de 
Landau  à  la  £diMfoo^r0y  'd'Alsace dès  la  période  germanique ,  ei  par  sa  cession  à 
la  France  lors  du  traité  de  Ifunster ,  cession  confirmée  par  les  traités  subséquents 
de  Ryswick  et  d'Utrecht ,  nous  croyons  le  point  de  droit  historique  beaucoup 
mieux  élucidé  par  Pfeffel  et  par  Schœpflin ,  partisans  tous  deux  de  la  limite  de  la 
Queich ,  que  par  Kremer  et  Groll ,  qui  prétendent  faire  reculer  la  limite  de  l'Alsace 
non  seulement  derrière  la  Lauter  mais  même  derrière  la  rivière  de  la  Seltz ,  et 
affectent  de  confondre  les  limites  de  la  juridiction  diocésaine  avec  celles  de  la 
Juridiction  politique.  Nous  aurons  l'occasion  de  revenir  au  surplus  sur  cette  ques- 
tion dans  le  cours  de  la  présente  notice. 

(*)  Bien  qu'il  se  livre  dans  les  lignes  ci-dessus  k  un  sentiment  que  tous  les 
lecteurs  firançais  comprendront,  l'auteur  ne  veut  pas  méconnaître  les  efforts  du 
gouvernement  bavarois  pour  réconcilier  l'ex-ville  française  aVec  sa  nouvelle  patrie. 
Au  moins  Landau,  plus  heureuse  que  sa  voisine  Saar-Louis,  s'ahrite  sou» un 
drapeau  qui  n'a  pas  toujours  été  hostile  à  la  France,  et  qri  peut  lui  redire  la 
confraternité  d'armes  des  plus  beaux  temps  du  premier  Empire* 


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TILLES  LIBBES  ET  IMPÉRIALES  W  L* ANCIENNE  ALSACE.  5i 

I. 

ENFANCE  DE  LA  VILLE. 

Aiasi  que  la  plupart  des  Tieilles  cités  sur  les  deux  rives  du  Rhin 
et  surtout  sur  la  rive  gauche  »  Landau  pourrait  faire  remonter  ,^inon 
son  origine ,  au  moins  sa  généalogie ,  jusqu'aux  Romains.  Il  est  vrai 
que  ni  Ptolémée ,  ni  la  carte  Tbéodosienne ,  ni  l'itinéraire  dit  d'Ântonin 
ne  donnent  sur  ce  point  aucune  indication,  et  il  faudrait  avec  Schœpflin 
lui  dénier  toute  origine  antérieure  à  la  période  germanique  si» 
après  tout ,  Landau  ne  pouvait  faire  valoir  d'aussi  bonnes  raisons  que 
Germersheim  pour  avoir  été  le  Viens  Juîius  cité  dans  la  Noûlia  Im- 
périt,  (t) 

Cluver ,  (*)  Baudrand  ,  p)  Cellarius ,  (*)  et  d'après  eux  Schœpflin  (») 
préfèrent  Germersheim ,  à  cause  de  la  situation  de  cette  dernière  ville 
sur  le  Rhin  à  l'embouchure  de  la  Queicb.  Mais  la  JPfotice  de  V Empire 
ne  dit  point  que  le  Viens  Julins  ait  été  sur  le  Rhin  plutôt  qu'à  portée  du 
Rhin  »  et  son  savant  commentateur  Pancirole  incline  même  à  le  croire 
situé  assez  loin  de  là ,  puisqu'il  le  transporte ,  à  tort  sans  doute  » 
au  Ju&acns  Vbiomm  de  l'itinéraire  d'Antonin.  (^) 

La  Notice  de  l'Empire  se  borne  à  dire  que  le  Viens  Julins  est  situé 
entre  Nemelœ  (Spire)  et  Tabemœ  fRhein-Zabem  ou  Berg-Zabern  y. 
C'est  aussi  bien  la  situation  de  Landau  que  celle  de  Germersheim  ,  el 
il  est  fort  permis  de  supposer  ou  même  de  croire ,  en  l'absence  de 
toute  preuve  contraire ,  qu'à  l'époque  du  Viens  Julins  le  Rhin  était 
plus  rapproché  de  l'emplacement  actuel  de  Landau  qu'il  ne  Test  au- 
jourd'hui. Pourquoi  les  deux  lieues  qui  l'en  séparent  n'auraient-elles 
pas  été  quelque  marécage,  comme  il  en  existait  tant  au  confluent  de 
la  plupart  des  rivières  dans  le  fleuve  ?  Des  recherches  géologiques 
assez  récentes  ne  semblent-elles  pas  indiquer  que  cette  partie  du 
territoire  entre  Landau  et  Germersheim  »  resta  sous  l'eau  plus  long- 

(*)  Notitia  Imp^rii  orientàUs  iive  œeidentaliê ,  édition  de  Pancirole. 

(*)  Germ.  antiq. ,  lib.  il ,  cap.  xn. 

(*)  Lex,  Germ.  ,<aii  mot  Yieus  JuUus, 

n  Qwgr.  antiq,,  tom.  i«',  Ub.  u ,  cap.  m. 

(*)  ScHCEPrLHi ,  Alsat.  ilhut. ,  lome  i«%  Viens  Julûu. 

(*)  PAifcmoLi»  CommmHaria  ad  NotUimn  ImperHj  cap.  xc ,  p.  146. 


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82  REtUB  D'ALSàCB. 

temps  que  la  contrée  au  haut  de  la  Queich  entre  Landau  et  les  mon- 
tagnes?  Celle  rivière  de  la  Queich  »  aujourd'hui  encore  assez  forte  en 
raison  du  peu  de  longueur  de  son  cours  »  ne  put-elle  être  dans  des 
temps  très-loin  de  nous  en  état  constant  de  débordement  vers  son 
embouchure»  de  telle  sorte  que  jusqu'à  Landau  le  Rhin  et  elle  ne 
faisaient  qu'un  pour  ainsi  dire?  Le  Vient  Juliust  même  situé  à  Landau, 
pourrait  donc  avoir  été  une  position  fluviale .  un  de  ces  établissements 
romains  destinés  à  surveiller  le  grand  fleuve  qui,  après  l'occupation 
de  la  rive  droite  par  les  Barbares ,  restait  la  plus  forte  barrière  de 
l'Empire. 

Sébastien  Munster  voit  le  Fictif  Julius  à  Landau  ou  à  Wissembourg.O) 
Mais  Wissembourg  est  sur  la  Lauter  et  en  arrière  de  Rhein-Zabem , 
tandis  que  d'après  la  Notice  cet  établissement  romain  devait  se  trouver 
entre  Rhein-Zabem  et  Spire ,  par  conséquent  sur  la  Queich.  La  ques- 
tion nous  semble  donc  être  entre  Landau  et  Gerroersheim ,  plutôt 
qu'entre  Landau  et  Wissembourg,  qui  d'ailleurs  peut,  à  meilleur  droit, 
revendiquer  une  autre  origiae  romaine,  celle  qui  résulterait  pour 
cette  dernière  ville  du  voisinage  d'Alistatt ,  l'ancienne  Cancordia.  O 

Posée  aux  termes  de  la  Notice ,  c'est-à-dire  entre  Rhein-Zabem  et 
Spire ,  et  l'inondation  du  territoire  entre  Landau  et  Germersheim 
étant  admise ,  cette  question  se  résout  de  préférence  en  faveur  de 
Landau ,  qui  se  trouverait  ainsi  avoir  été  la  garnison  de  cette  cohorte 
provinciale  dite  des  Anderecianien»  et  de  leur  préfet ,  (Anderetianoi 
mlitei  cum  Prœfecto)^  que  la  Notitia  place  au  Vicu$  Julius  et  qui  suivant 
Pancirole  devait  son  nom  à  la  ville  d'Aquitaine  où  elle  fut  primitivement 
organisée.  (^) 

Dans  tous  les  cas  le  cours  de  la  Queich  ayant  été  un  des  points  colo- 
nisés ou  gardés  par  les  Romains ,  on  est  en  droit  de  conjecturer  que 
quelqu'établissement  romain  ou  gallo-romain,  ne  fût-ce  qu'une  vi/^,ott 
quelques  habitations  de  Coloni  ou  quelques  huttes  de  Lœti^  existaient 
sur  l'emplacement  actuel  de  Landau.  Le  Vicus  /utius  n'était  pas  d'ail- 
leurs, comme  ce  mot  Vicui  l'indique  suffisamment,  un  simple  fort  ou 
casteUum,  mais  bien  un  centre  de  colonisation,  fort  étendu  selon  toute 

{*)  Coimographia^  lib.  u ,  cap.  xi. 

(*)  Bbatus  Rbbiianus,  r$r,  Gwm. ,  lib.  m ,  et  Gbandidkr,  Biêtoire  d'Alioee , 
p.  76  et  ScHCEPFLiif ,  Aliat,  illtut. ,  tome  i",  —  Conoardia ,  p.  230 ,  253 ,  234. 
(*)  P^NCmou ,  ComrMntaria  ad  notitiam  Impmi ,  dux  tnogunUaetntit, 


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TILLES  LIBRES  ET  IBIPÉRULES  DE  L'aNGIENNE  ALSACE.  55 

apparence  et  ayant  sur  la  Queich  de  nombreuses  dépendances.  Il  est 
probable  qu'il  ne  se  resserra  et  devînt  un  fort  qu*à  Tépoque  des  dangers 
permanents  de  la  frontière  du  Rhin  ;  Schœpflin  pense  que  ce  fut  sous 
Valentinien  I** ,  lorsque  Bingen  aussi  fut  entouré  de  murs.  Q)  Où 
conçoit  en  effet  qu'un  bourg  établi  au  débouché  de  la  Queich  dans  le 
Rbin  ou  dans  les  marécages  avoisinants  le  Rhin ,  ait  dû  élre  fortifié 
à  répoque  où  les  Barbares  remontaient  en  barques  le  fleuve  et  ses 
affluents ,  s'infiltrant  en  quelque  sorte  dans  TEmpire  par  toutes  ses 
voies  navigables  en  attendant  le  jour  fatal  où ,  grâce  à  Stilicon  et  au 
Rbin  pris  de  glace ,  ils  parviendraient  à  occuper  en  entier  la  Germanie 
première  cis-rhénane. 

En  feit  d'origine  romaine  pour  Landau  nous  préférons  le  Viem 
Julms  à  Tribum ,  malgré  l'opinion  contraire  de  quelques  auteurs , 
parce  que  Tribuni  n'a  pas  comme  le  Yicus  Julius  sa  place  parfaite- 
ment déterminée  par  les  documents  historiques  entre  Nemeîœ  et* 
Tahermê ,  bien  que  l'un  et  l'autre  de  ces  deux  établissements  romains 
paraissent  avoir  été, à  environ  égale  distance  de  Concordia.  Ammien 
Marcellin  rapporte ,  à  propos  de  Tribum,  que  le  roi  barbare  Chno-- 
domaire  y  établit  son  camp  en  55i ,  afin  d'avoir  ses  barques^à  portée 
de  lui  et  afin  de  s'assurer  par  là  des  refuges  en  cas  d'échec.  (^)  Sous  ce 
rapport  la  Quàch  pouvait  offrir  d'aussi  bonnes  voies  de  salut  que  la 
LoMUer  ;  toutefois ,  jusqu'à  preuve  contraire ,  il  est  prudent  de  s'en 
rapporter  à  Schœpflin  et  de  voir  avec  lui  tiibùni  à  Lauterbouft;.  i?) 

Au  surplus  les  Vandales»  les  Alains,  les  Alémans,  les  Frankset 
surtout  les  Huns  firent  table  rase  sur  les  bords  de  la  Queich  aussi 
bien  que  sur  les  bords  de  l'Ill ,  de  la  Lauter  »  et  de  tant  d'autres  cpurs 
d'eau  espacés  comme  autant  de  lignes  accessoires  de  défense  sur 
rétendue  de  la  province  gallo-romaine  dite  Germanxa  Prima.  Le 
Yicus  Julius  et  Tribuni  ne  devaient  pas  plus  survivre  aux  terribles 
boulevefsements  du  cinquième  siècle  que  tant  d'autres  forts  ou  villes 
consacrés  par  les  documents  antiques  ou  par  les  monuments  comme 
ayant  été  des  lieux  de  garnison  ou  de  colonisation  pendant  les  âges 
gallo-romains.  Comme  Argentouaria  et  autres  lieux  ,  celui  de  ces  deux 
établissements ,   Vicut  Julius  ou  Tribuni ,  qui  existait ,  selon  toute 

{*)  SCHCEPPLIN ,  AUat.  illuit. ,  tome  !•%  •—  Vieus  JuUus. 

('}  AmiiEif  Marcellin  ,  lib.  xvi ,  cap.  xu. 

(*)  ScHOEPFUif ,  Alsat.  illust.  »  tome  !•%  —  Tribuni,,. 


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54  REVUE  D'ALSACE. 

probabilité ,  au  point  ou  s'élève  actoellement  Landâu  »  serait  resté  un 
champ  plus  ou  moins  fertile ,  dévoué  à  la  pioche  des  antiquaires ,  si  « 
au  rapport  d'une  tradition  recueillie  par  Merian  «  (*)  un  duc  frank , 
burgunde  ou  aléman  »  du  nom  de  Landfrid  »  n'eât  pris  en  afléction 
ce  beau  site  et  n'y  eût  établi  un  domaine.  On  a  voulu  faire  dériver  le 
nom  de  I^andau  de  ce  duc  Landfrid  ou  Leudefrid  »  soit  Landfrid  duc 
d'Âlémanie ,  cet  opiniâtre  adversaire  de  Peptn  d'Héristal  et  de  Charles 
Martel ,  soit  le  petit-fils  d'Etichon  ou  Adalrick,  ce  Leudefrid  ou  Luit- 
frid  9  le  dernier  des  ducs  d'Alsace  de  l'époque  mérowiogienne.  Gomme 
le  fait  remarquer  avec  beaucoup  de  raison  Schœpflin ,  si  sobre  d'ail- 
leurs en  fait  d'appréciations  basées  sur  la  situation  pittoresque  ^  le 
nom  de  Landau  s'explique  mieux  par  le  site  même  de  la  ville  actu^le, 
et  sifipiifie  pays  ou  territoire  arrosé  d'eaux  vives.  11  est  possible  que 
ce  beau  site  ait  captivé'  le  dernier  des  frères  de  Sainte  Odile  »  il  est 
possible  même  que  le  nom  de  Land^au  ail  précédé  le  Vicui  JuUuê  » 
et  que  les  Romains  l'aient  rencontré  tout  ancien  déjà  lors  de  leurs 
derniers  travaux  de  défense  entre  Mo^utuia  et  le  traenu  Argemoita' 
tenrii.  Car  la  Basse-Alsace  ayant  été  dès  le  tempe  d'Arioviste  colonisée 
par  les  Triboques  »  qui  refoulèrent  dans  les  montagnes  l'ancienne 
population  belge-médiomatricienne ,  l'idiome  d'origine  celtique  ou 
de  fusion  celtique  avait  dû,  bien  avant  les  invasions  des  Barbares  des 
quatrième  et  cinquième  siècles ,  y  faire  place  à  l'idiome  des  peuples 
germains.  Et  c'est  peut-être  là  ce  qui  détermina  ce  nom  de  Germanie 
première  donné  par  les  Romains  à  un  territoire  situé  sur  la  rive  gauche 
du  Rhin ,  territoire  tout  gaulois  d'ailleurs  par  sa  position  géogra- 
phiflue  »  comme  par  ses  intérêts  de  défense  politique. 

Depuis  le  Vicu$  Juliui  et  la  ferme  salique  ou  ducale  de  Lokfrid 
nous  voyons  se  prolonger»  pendant  de  longs  siècles  encore ,  Tâge 
douteux  »  l'enfance  inaperçue  de  Landau.  Combien  se  passa-i-ll  d'an- 
nées après  rétablissement  agricole  du  Leude  Ripuaire  jusqu'à  ce  qu'un 
village,  soit  Damm/itfîm,  soit  Queichhdm^  soit  Nuisiorff,  vint  se 
former  autour  du  domaine  frank?  Et  combien  après  la  formation  de 
ce  village  se  passa-t-il  d'autres  séries  d'années  avant  que  le  domaine 
et  le  village  réunis  ne  devinssent  une  ville  ?  Ces  questions  touchent 
à  l'histoire  de  la  plupart  de  nos  cités  d'Alsace ,  qui  toutes  à  peu  près 
procèdent  d'un  ancien  domaine  soit  ducal  »  soit  royal ,  soit  impérial, 

(')  HÉRUN ,  Topograpk^  AUatiœ ,  page  29. 


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VILLES  LIBRES  ET  mPÉaULES  DE  L'ANGIEIINB  ALSACE.  5S 

se  ftisionnant  pea  à  peu  a?ec  les  maisons  des  ministériaux ,  dés  colons 
et  des  serfs  bâties  à  Tentour. 

Ce  n'est  pas.que  pour  Landaa  comme  pour  beaucoup  d'autres  cités 
on  ne  puisse  trouver  des  chroniqueurs  de  foi  robuste  ou  des  d' Borner 
patriotes  toujours  prêts  à  aflSrmer  envers  et  contre  tous  la  date  pré- 
cise de  la  fondaUèn  de  leur  ville.  Ainsi  Beverlin  rapporte  qu'en  Tannée 
606  le  roi  Dagobert  entoura  de  murs  Landau  après  y  avoir  fondé  une 
église  et  une  abbaye.  Ainsi  encore  un  chef  frank  du  nom  de  Lando* 
bert  y  aurait  bâti  un  château  ton  dès  l'an  420.  Ce  Landobert  de  410 
nous  parait  avoir  un  certain  air  de  fiimille  avec  le  Landfrid  ou  Luitfrid 
du  huitième  siècle ,  seulement  il  y  a  lieu  de  renoncer  au  château  fort, 
car  les  Leudes  franks  »  aussi  bien  ceux  du  huitième  siècle  que  ceux 
do  quatrième  »  se  souciaient  fort  peu  des  résidences  crénelées ,  iH 
lear  préféraient  les  maisons  de  chasse  et  surtout  les  grandes  fermes 
gynécées.  Suivant  toute  probabilité  Landau  était  à  peine  encore  an 
village  lorsque  son  territoire  fut  compris  dans  la  donation  de  Dago- 
bert I*'  ou  de  l'un  de  ses  deux  homonymes  à  l'abbaye  de  Wissem- 
bour^,  m  ou  peut-être  dans  celle.de  Dragobod ,  évêque  de  Spire  à 
la  même  abbaye  en  686  ou  690  9  ainsi  que  le  rapporte  Zeuss.  (') 

La  charte  dite  de  Dagobert ,  qui  énumère  quelques  uns  des  terri- 
toires de  l'ancien  mundat  de  Wissembourg  ne  fait  pas  »  il  est  vrai , 
mention  de  Landau ,  mais  cette  charte  apocryphe ,  dont  l'antiquité  a 
été  ramenée  par  de  doctes  critiques  au  douzième  siècle  »  ne  devait 
sans  doute  énumérer  que  les  lieux  encore  possédés  par  l'abbaye  an 
doiizième  siècle.  Or  depuis  l'an  624  »  date  présumée  de  la  première 
donation  du  mundat,  depuis  685»  600  ou  7iâ ,  dates  des  donations 
attribuées  ù  Dragobod  et  à  Dagobert  ni ,  (S)  l'abbaye  de  Wissembourg 
a  pu  aliéner  ou  se  laisser  enlever  le  territoire  rural  ou  forestier  de 
Laqdau.  Il  estcertain  que ,  dans  l'origine ,  et  même  assez  longtemps 
encore  sous  la  période  germanique,  le  mundat  de  Wissembourg  ne 
se  composait  pas  seiriement  de  terres  enrdeçàdela  Lauter,  mais 
aussi  de  terres  situées  au-delà  ,  touchant  ou  dépassant  la  Qumch  et 
appartenant  à  ce  qu'on  appelait  la  Spirigovie  ou  le  pagus  de  Spire.  (^) 

(*)  SoiCEPFLiii ,  Âls,  Ht. ,  tom.  II ,  pars  frandea ,  p^r,  60. 
(*)  Zeuss,  Traditiones  poisestUmesque  Wiêsemburgemei ,  p.  xn. 
(')  Voyez  le  travail  de  M.  Spach  snr  Tabbaje  de  Wissembourg  dans  le  Balleiin 
de  la  Société  pour  la  ooûservation  des  monuments  historiques  de  TAIsace. 
{*)  Adrien  de  Valois,  Notitia  GalUœ ,  p.  478. 


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56  REVUE  d'aî-sack. 

Le»  adversaires  de  la  vieille  frontière  fraoco*aIsacienne  de  la  Queicb 
argumentent  volontiers  de  la  Spirigovie  pour  essayer  d'établir  que 
Landau  et  son  territoire  ne  faisaient  point  partie  de  l'Alsace ,  et  ont 
été  à  tort  compris  à  ce  titre  dans  la  cession  du  traité  de  Westphalie. 
Mais  la  Spirigovie,  en  tant  que  division  politique,  appartenait  à  une 
période  antérieure  à  l'existence  de  la  Landvogiey  d'Alsace.  Le  5ptre- 
gau  comme  le  Sundgau  et  le  Nordgau  étaient  des  cAntés  ou  départe- 
ments administratifs  de  l'époque  francique  ou  carlowingienne.  Il  est 
probable  qu'ils  cumulèrent  dans  l'origine  la  circonscription  ecclésias- 
tique ou  diocésaine  avec  la  circonscription  administrative  ou  civile  ; 
il  est  même  possible  qu'ils  soient  nés  d'anciennes  divisions  des  pro- 
vinces romaines  Gemiania  prima  et  Maxima  Sequanorum ,  mais  à 
l'époque  où  le  Landvogi  impérial  de  Haguenau  servit  de  lien  aux 
franchises  des  villes  immédiates  de  l'Alsace  et  constitua  par  là  en 
quelque  sorte  l'individualité  de  l'Alsace ,  les  arrondissements  territo- 
riaux établis  antérieurement  aux  usurpations  de  la  féodalité  n'étaient 
plus  que  des  souvenirs  quant  au  régime  administratif,  bien  qu'ils  se 
soient  maintenus  dans  les  juridictions  ecclésiastiques.  Ainsi  vouloir 
dénier  à  Landau  sa  qualité  de  ville  alsacienne  parce  qu'elle  dépendait 
de  l'évécbé  de  Spire,  c'est  dénier  cette  même  qualité  à  Wissembourg 
qui  dépendait  aussi  de  l'évéché  de  Spire ,  et  à  la  plupart  des  villes  de 
la  Haute-Alsace  qui  faisaient  partie  du  diocèse  de  Bâle. 

H  n'y  a  pas  non  plus  à  arguer  des  partages  de  famille  entre  les 
fils  de  Louis-le-Débonnaire ,  entre  Louis-le-Jeune  et  Cbarles-le-Gros, 
ni  de  l'apanage  constitué  par  Otbon  i*'  à  l'impératrice  Adélaïde,  pour 
refuser  à  l'Alsace  sa  limite  bistorique  de  la  Qtietcft.  Saos  doute  »  cette 
limite  n'existait  pas  lorsque  la  province  elle-même  n'était  plus  »  lors- 
que l'ancien  duché  mérowingien ,  fractionné  en  comtés  du  Nord  et 
du  Midi ,  passait  tour-à-tour  à  des  princes  divers ,  se  divisant  pour 
servir  d'appoint  aux  délimitations  viagères  entre  Lothaire  et  Lôuis- 
le-Germanique  ou  entre  les  princes  leurs  héritiers.  L'Alsace  ne  renatt 
comme  réunion  politique  qu'à  l'époque  de  ses  libertés  municipales , 
et  dès  lors  aussi  nous  voyons  Landau  figurer ,  de  l'aveu  même  de 
l'historien  de  Spire ,  (^)  au  nombre  des  villes  libres  et  impériales  de 
l'Alsace ,  ce  qui  reculait  nécessairement  jusqu'à  la  Queicb  la  limite  de 


(*)  Lehhanh,  Chron.  Spir,,  ]ib.  iv ,  cap.  vu. 


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YILLRS  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'ANGlEmiE  ALSACE.  S7 

l'agrégaiioii  des  cités  d'Alsace ,  et  eut  pour  effet  de  faire  constater 
officiellement  cette  limite  par  les  actes  de  l'Empire.  (<) 

L*aoDexion  des  territoires  de  la  Lauter  et  de  la  Queich  à  la  circon- 
scription du  diocèse  de  Spire  et  même  du  comté  de  Spire,  ne  prouve 
donc  rien  contre  la  nationalité  jde  Landau  ni  la  limite  alsacienne  de 
la  Queich. 

L.  Lbvrault, 


(La  êuiiê  à  la  prochaine  UvraUon,) 


C)  ScROBPnnf ,  Àli.  iU. ,  tom.  n ,  époque  francique ,  SpMgoviê ,  par.  50. 


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LES  SCYTHES. 

LEUR  ÉTAT  SOCIAL.  MORAL,  INTELLECTUEL  ET  RELIGIEUX. 


Suit$.  0 


'Les  auteurs  anciens  tels  que  Hippokratès,  Ephoros  (Strabon  tu)  et 
Strabon  (lib.  xi ,  p.  492)  comptaient  avec  raison  les  SarmaUf  parmi  les 
Scythes  et  iréro(iote  dit  positivement  (vi,  il7)  que  ce  peuple  parlait  un 
.idiome  «cyfftt^iie.  Suivant  une  tradition  répandue  chez  les  Sc^cft^t- 
Hellines  les  Sarmates  étaient  issus  de  l'union  de  quelques  jeunes 
Scythes  avec  des  Amazones  kimméries  {HérodoL  iv,  iiO).  Cette  tradi- 
tion indique  que  les  Sarmates  européens  s'étaient  mêlés  de  bonne 
heure  avec  des  tribus  kimméries.  Déjà  antérieurement  à  leur  entrée  en 
Europe»  des  Scythes  portant  le  nom  de  Sarmates  (ou  Surmaies)  avaient 
successivement  habité  les  bords  de  l'Indus  (cf.  Plin.  vi,  48)  et  le  sud 
de  la  Médie.  En  rapport  continuel  avec  les  Mèdes  ils  se  sont  tellement 
mélangés  avec  eux  qu'ils  passèrent  même  pour  être  les  pU  des  Mèdes 
(Plin.  VI ,  7,  49).  Entourés  d'abord  en  Asie  et  plus  tard  en  Europe  de 
peuplades  finno-tatares  qui  étalent  nomades  comme  eux ,  les  Sarmates 
ont  aussi  adopté  dans  leurs  mœurs  et  dans  leur  langue  beaucoup 
d'éléments  tatares^t  quelques  uns  d'entre  eux  se  sont  tellement  con- 
fondus avec  des  peuples  d'origine  altaïque,  qu'il  serait  diflScile  de  dire 
s'ils  étaient  plutôt  Scythes  ou  Taiares.  On  conçoit  d'après  cela  que 
dans  les  mœurs  et  le  langage  des  Sarmates ,  outre  le  fond  principal 
scythique ,  il  devait  y  avoir  un  mélange  d'éléments  Idmméries,  mèdes 

(*)  Voir  la  livraison:  de  Janvier ,  page  9. 


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LES  SCYTHES.  '  5d 

et  tatarei.  Le  nom  de  SarmaUs  signifiait  proprement  fiotitme»  iu  Nord. 
Ainsi  que  les  Mèdes ,  les  Sarmaus  désignaient  Thomme  par  le  mot  mât 
(p.  tnant  doué  de  raison ,  germ.  mannus  p.  mandas»  norr.  màdr^  p. 
mandas).  Le  nord  était  désigné  en  langue  scytbe  par  le  mot  Shauro 
(russ.  iiever  cf.  Sibérie)  qui  signifiait  proprement  frisson  ou  tempête 
(o(.  norr.  sk&r  »  vieux  baut-all.  schaner)  et  comme  le  nord  était  le 
pays  du  frisson  ou  de  la  tempête ,  shauro  «  le  mot  signifiait  aussi  le 
nord.  De  là  le  nom  de  Shauro^màtes  (Hommes  du  nord)  qui  leur  fut 
donné,  soit  parce  qu'en  Asie  ils  habitaient  au  nord  de  la  Miiie,  soit 
parce  qu'en  Europe  ils  étaient  étaUis  au  nord  par  rapport  aux  peuples 
seythes  de  la  branche  skolote  établis  plus  au  sud.  Le  nom  de  Shauro- 
mètes  qui  avait  ses  analogues  dans  Thisa-màtes  (Hommes  delà  Theiss)» 
dans  DaUmàtes  (Hommes  du  lointain)  Ait  changé  par  les  Grecs  en 
SauTomàtes  ou  Surmâtes ,  et  par  les  Latins  en  Sarmates  (p.  Sarvmates) 
et  plos  tard  par  les  Allemands  en  SâmUnde. 

Les  Sarmates  ayant  subjugué  un  grand  nom1)re  de  peuples  »  soit 
scythiques,  soit  tatares,  leur  pays  ainsi  que  ceux  de  ces  peuples 
fut  désigné  par  les  géographes  grecs  et  latins  sous  le  nom  général 
et  indéterminé  de  Sarmatie  et  par  conséquent  on  appelait  dans  l'Anti- 
quité Sarmaus  des  peuples  qui  n'étaient  pas  toujours  d'origine  scy- 
(bique  mais  qui  babttaient  seulement  les  contrées  désignées  vague- 
ment sous  le  nom  de  Sarmatie.  Parmi  les  peuples  qui  se  rattachaient 
à  la  branche  sarmate  et  qui  étaient  de  race  sekfthique^  il  faut  citer  les 
Ixomates  et  les  Sindies.  Du  temps  d' Hérodote  (iv ,  28)  les  Sindies 
étaient  établis  sur  le  Bosphore  cimmérien.  On  les  disait  issus  du 
commerce  adultère  que  les  femmes  sarmates  avaient  eu  avec  leurs 
esclaves  {Pltn,  H.  N.  nr,  42)  pendant  l'absence  de  leurs  maris  îors  de 
la  grande  expédition  des  Scythes  dans  l'empire  assyrien.  L'extraction 
et  la  condition  d'esclave  étaient  sans  doute  Indiquées  par  le  nom 
même  de  Sbtdie  qui  signifiait  probablement,  dans  la  langue  scytbe» 
nn  homme  de  la  suite,  un  serviteur ,  un  esclave  (norr.  sinni  p.  sindi  ; 
gotb.  ffa'smdhia ,  ail.  gesinde). 

Après  avoir  énmnéré  d'abord  les  petiples  seythes  asiatiques  de  la 
branche  sake  et  de  la  branche  parthe ,  et  puis  les  Scythes  européens  de 
la  branche  samate  et  de  la  branche  skolote,  nous  avons  déterminé  à 
peu  près  toute  l'étendue  de  la  racescythique  en  Asie  et  en  Europe.  Il 
est  vrai  que  si  Ton  stiivait  sans  critique  les  indications  des  auteurs  grecs 
et  hUns  qui»  par  erreur  ou  par  ignorance ,  ont  employé  mal  à  propos 


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60»  REVUE  D'ALSACE. 

le  nom  de  Scythes,  comme  Tont  fait  d'après  eox  (a  plupart  des 
savants  modernes  »  il  Taudrait  encore  comprendre  sous  ce  nom  line 
infinité  de  peuples  qui  évidemment  appartenaient  à  d'autres  races. 
Bien  que  le  nom  de  Scythes  ne  doive  être  appliqué  qu'à  des  peuples 
qui  sont  Scythes  par  le  sang,  les  anciens  l'ont  cependant  donné  à  des 
peuples  divers  uniquement  parce  que  ces  pei/ples  habitaient  ancieni- 
nement  les  pays  qui  du  temps  de  ces  auteurs  portaient  le  nom  plus 
ou  moins  vague  de  Scythie.  C'est  ainsi  que  Pmdare  et  tous  les  tra- 
giques Grecs  ont  appelé  Scythes  les  peuples  cimmériens  ou  celtiques 
qui  habitaient  les  pays  au  nord  de  la  mer  Noire  où  s'établirent  plus 
tard  les  Scythes.  Les  Scythes  hippomolgues  »  ainsi  nommés  dans  un 
vers  qu'Eratosthènes  (490  av.  J.-Cb.)  attribuait  faussement  à  Hésiode, 
étaient  donc  proprement  des  iTtmmérte^  hippomolgues.  Promithre, 
appelé  le  Scythe  par  les  tragiques  Grecs ,  appartenait  proprement  à 
la  tradition  mythologique  des  Eimméries ,  appelés  improprement 
Scythes  par  Hérodore  le  contemporain  de  Hérodote.  En  général  comme 
les  Scythes  n'ont  pénétré  en  Europe  qu'au  septième  siècle  avant  notre 
ère ,  le  nom  de  Scythes  que  les  Grecs  ont  donné  à  des  peuples  euro-* 
péens  antérieurement  à  cette  époque  ne  pouvait  être  le  nom  ethnique 
véritable  de  ces  peuples. 

Depuis  les  temps  d'Homère  les  Grecs  connaissaient  de  nom  les 
Kmméries  au  nord  de  la  mer  Noire  ;  de  là  des  tribus  kimméries  pas- 
sèrent dans  le  pays  des  Hyperborées.,  leurs  frères ,  établis  au  nord  de  la 
Grèce  (Pimdar  ,  Olynth.  3 ,  25 ,  46)  et  se  confondirent  avec  eux.  Les 
Kimméries  et  les  Hyperborées,  au  nord  de  la  Thrace,  étant  représentés 
dans  l'histoire ,  la  géographie  et  la  mythologie  comme  occupant  les 
extrémités  austro-septentrionales  du  monde  alors  connu ,  il  arriva 
naturellement  plus  tard  que  les  Scythes  dont  le  nom  élait  souvent 
substitué  à  ceux  des  Kimméries  et  des  Hyperborées ,  passaient  égale- 
ment pour  habiter  les  extrémités  septentrionales  du  monde.  Aussi  à 
mesure  que  les  connaissances  des  Grecs  s'étendirent ,  ces  prétendus 
Scythes  furent  de  plus  en  plus  reculés  dans  le  Nord.  C'est  ainsi  que  les 
Abies ,  peuple  kimro-thrace  qn' Homère  (IL  15 , 6)  plaça  dans  la  Thrace» 
furent  dans  la. suite  reculés  jusque  dans  la  Sarmatte  asiatique  et 
comptés  parmi  les  nations^  scythes  (v.  Stephan.  ;  Curtius ,  liv.  8). 
Hérodote ,  bien  qu'il  connût  parfaitement  les  véritables  Scythes  au 
nord  de  la  mer  Noire ,  ne  manque  cependant  pas  de  placer  encore 
des  Scythes  fabuleux  à  côté  des  Hyperborées  tout  au  nord  de  l'Europe 


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LA  8GTTHBS.  64 

et  de  rAftie^  dans  des  contrées  qui  de  son  temps  étaient  uniquement 
occupées  par  des  peuples  nomades  d'origine  flnno^aiare.  Des 
peuplades  flnno-tatares  tels  que  les  Isridones  s'étaient  également  éta- 
blies à  côté  des.  Scythes  sur  la  mer  Caspienne  /  dans  le  Caucase  et 
dans  la  Colchide  et  furent  comme  eux  désignées  faussement  sous  le 
nom  de  Scythei.  Ce  que  Hippohratèi  (de  aère  aquis  et  locis)  rapporte 
de  la  constitution  physique  des  Scythes ,  semble  s'appliquer  plutôt  à 
un  peuple  tatare  auquel  on  donnait  faussement  le  nom  de  Scythes;  ou 
bien  cela  s'appliquait  à  une  peuplade  scytho-tatare  tels  que  les  Alains 
chez  lesquels  la  constitution  des  Scythes  avait  dégénéré ,  soit  par  le 
mélange  avec  le  sang  tatare ,  soit  sous  l'influence  du  climat  délétère 
de  la  Colchide  et  de  la  Maeotide. 

Lorsque  par  les  conquêtes  d'Alexandre  et  de  ses  généraux  les  con- 
naissances géographiques  se  furent  encore  étendues  davantage,  la  Scy- 
ihie  qu'on  considérait  traditionnellement  comme  un  pays  à  l'extrémité 
austro-septentrionale  du  monde  ^  fut  reculée  au  nord-est  jusqu'en 
Sibérie  et  en  Chine.,  Eratosthènes  (490  avant  J.-Cb.)  et  d'après  lui 
Strabon  appelèrent  ces  vastes  contrées  la  Scythte  d'Asie  ;  l'ancienne 
Scythie  d'Europe  se  confondit  avec  ce  que  l'on  nommait  alors  la 
Sarmaiie^  et  les  Scythes  de  la  branche  gétique  furent  en  partie  compris 
sous  le  nom  général  de  Gèles  ^  en  partie  placés ,  à  côté  des  Gètes  »  à 
l'occident  du  Tyras.  Quelques  iribus  de  Gètes  s'éiant  confondues  dans 
la  Thrace  avec  des  peuplades  kimro-thraces ,  et  les  Gèles  étant  comptés 
avec  raison ,  par  suite  de  leur  origine  •  parmi  les  Scythes  »  il  arriva 
que  le  nom  de  Scythes  fut  donné  dans  la  période  alexandrine  à  un 
grand  nombre  de  peuples  thraces  ou  cymriques  qui  habitaient  le 
littoral  tout  autour  de  la  mer  Noire.  C'est  ainsi  que  les  auteurs  grecs 
qui  ont  écrit  sur  les  Scythes  tels  que  Nymphodoros ,  Agroitas ,  Hero- 
doros  et  Timon ,  ont  donné  le  nom  de  Scythes  aux  Thunes ,  aux  Bi» 
thunes  ^  aux  Maidobithunes ,  aux  Marianthunes  ^  aux  Mossunes^  aux 
TAarènes  »  aux  Chalybes ,  etc.  »  (v.  Schol.  ad  ApolL  Argonaut  ii , 
V.  168;  IV  9  V.  359)  bien  que  ces  peuples  fussent  les  uns  d'origine 
cymrique  les  autres  d'origine  thrace.  («) 

Vers  le  commencement  de  notre  ère  la  race  scythique  européenne 
s'étant  depuis  longtemps  séparée  en  deux  branches  »  savoir  :  la 

[*)  Voir  Lss  psuplês  primUifs  de  la  race  de  Ëafète. 


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6S  RBYCB  D'ALSACS. 

braoche  iormau  et  la  brancba  skohte ,  ei  cea  deux  branckee  ayant 
donné  naissance  l'une  aax  Sarmateê  qui  comprenaient  tous  les  5/atwt, 
l'autre  aux  Germains  qui  comprenaient  aussi  les  Scandinaves^  on  s'ac- 
coutuma à  substituer  à  l'ancien  nom  générique  des  Scythes  les  noms 
particuliers  de  leurs  descendants  les  Sarmates  et  les  GemMliM-iScan- 
dinaves.  Le  nom  de  Scythes  ûe^ni  dès  tors  une  dénomination  générale 
et  vague  pour  désigner  les  peuples  inconnus  du  nord-est  de  l'Asie. 
Tel  est  le  système  suivi  par  Pline  l'ancieD.  (fl.  N,  iv,  S5, 2).  Mais  contrai- 
rement à  ses  propres  indications  ^  cet  auteur,  qui  a  souvent  compilé  » 
sans  critique ,  des  données  contradictoires ,  restreignit  ensuite  néan- 
^  moins  le  nom  de  Scythes  à  quelques  {>euplades  voisines  de  la  Ckeno- 
nèse  taurique  qui  de  son  temps ,  et  même  encore  du  temps  de  Chry^ 
sostàme,  étaient  désignées  par  ce  nom*  Certes  Ptine  avait  raison  de 
distinguer  les  Scythes  (branche  occidentale)  des  Sarmates  (branche 
orientale)  comme  le  faisaient  encore  Lucien  {Toxaris,  39)  et  Chrysos' 
tome  (Orat.  Borystb.  36 ,  p.  76).  Mais  c'est  à  tort  qu'il  prétend  que 
ni  les  Gètes,  ni  les  Sarmates,  ni  les  Alains  n'étaient  d'origine  «cyfAtfue 
{Plin.  IV .  25).  Ptolémée  ne  connaît  plus  de  Scythes  si  ce  n'est  les 
Scythes  (tMiUques  qui  sont  pour  lui  des  peuples  entièrement  incon- 
nus. Dès  le  sixième  siècle  »  la  mention  des  Scythes  asiatiques  faite 
par  Ptolimée  et  des  Scythes  européens  faite  par  Strabon  fit  établir  la 
distinction  entre  la  Seythie  asiatique ,  appelée  dès  lors  la  Grande^ 
Scythie^  çt  la  Scyibie  européenne»  appelée  la  Petiu-Scythie.  La  grande 
Seythie  se  confondit  dans  la  suite  avec  la  Russie  ;  la  petite  Seythie 
comprenait;  selon  les  époques  et  les  auteurs,  tantôt  la  Krimie ,  tantôt 
les  pays  du  Dniester  •  tantôt  les  pays  situés  entre  les  Karpatbes  et  la 
mer  Baltique  •  tantôt  les  pays  entre  les  Karpatbes  et  la  mer  Noire  ou 
les  pays  des  Madjyares  et  des  Turcs. 

On  le  voit  le  nom  de  Scythe$  était  dans  l'antiquité  et  au  commen- 
cement du  moyen-âge  une  expression  vague  et  indéterminée  que  les 
auteurs  appliquaient  mal  à  propos  et  indistinctement  à  des  peufries 
d'origine  celtique  «  tbrace,  germanique  »  finnoise,  tatare,  mongghole, 
chinoise ,  sarmate ,  madjyare  et  turque.  C'est  que  pour  les  anciens 
c'était  un  nom  géographique  dont  la  signification  variait  à  mesure  que 
leurs  connaissances  en  géographie  s'étendirent.  Pour  nous ,  ce  ne  sau- 
rait être  qu'un  nom  de  race,  un  nom  ethnique  qui  comme  tel  ne  devra 
être  donné  qu'à  des  peuples  qur  réellement  ont  appartenu  par  le  sang 
à  la  race  scythique.  Nous  avons  donc  dû  réserver  ce  nom  uniquement 


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LES  SGTTHK8.  63 

aox  Scythes  asiatiques  de  la  branche  sake  et  de  la  branche  parthe  et 
anx  Scythes  européens  de  la  branche  skolote  et  de  la  branche  sarmate. 
La  race  sake  on  scythique  »  (^omme  le  prouvent  les  livres  sanscrits  » 
ëtait  aussi  ancienne  dans  son  berceau  primitif  que  les  autres  branches 
de  la  souche  de lafète.  Aussi,  .selon  Hérodote ,  leurs  traditions  natio- 
nales remontaient-elles  à  environ  1500  ans  avant  notre  ère.  Les 
Scythes  croyaient  même  pouvoir  rivaliser  d'aneienneté  avec  les  Egyp* 
tiens  (v.  Justin,  ii,  i)»#fais  si  l'on  considère  d'abord  que  cette  race , 
8embhU)le  en  cela  aux  Arabes  ismaélites  »  avant  Mohammed ,  est 
restée,  pendant  plusieurs  siècles,  à  Tëtat  nonuide,  sans  arriver  à 
fonder  des  états  politiques;  ensuite  qu'elle  n'est  sortie  que  fort  tard 
de  son  berceau  primitif  pour  entrer  en  Europe  et  qu'elle  ne  s'est  fait 
connaître  dans  l'histoire  des  peuples  de  l'occident  qu'à  commencer 
du  septième  siècle  avant  notre  ère ,  on  concevra  que  les  Scythes  ont 
dû  passer,  comme  du  reste  ils  en  convenaient  eux-mêmes  (Hérod.  vr,  5)» 
pour  la  plus  jeûne  des  nations  de  l'Asie  occidentale. 

A  leur  arrivée  en  Europe  au  septième  siècle  »  les  Scythes  étaient 
encore  généralement  adonnés  à  l'état  nomade.  Leurs  troupeaux  con^ 
sistaient  principalement  en  chevaux,  en  bestiaux  et  en  chèvres, 
toujours  armés ,  comme  Tétaient  en  général  les  nomades  de  l'antiquité» 
ils  ne  se  bornaient  pas  seulement  à  faire  pattre  ou  comme  ils  disaient 
à  pousser  devant  eux  (non*,  veida,  ail.  treiben  pousser,  trift.  pâturage) 
leurs  troupeaux ,  ils  chassaient  aussi  le  gibier  dans  les  montagnes  et 
dans  les  plaines.  Aussi  l'action  de  faire  paître  et  de  chasser  était-elle 
désignée  dans  les  langues  scytbiques  par  un  seul  et  même  mot  (vatta).  Le 
voisinage  de  là  mer  Caspienne  et  plus  tard  de  la  mer  Noire  engagea 
quelque^  peuplades ,  entre  autres  les  Masagètes ,  à  se  livrer  égale- 
ment à  la  pêche  (Hérod.  i ,  215  ;  iv ,  59).  La  pêche  dans  l'eau  douce 
et  dans  la  mer  (Éérod.  iv,  59)  étant  une  espèce  de  chasse ,  fut  désignée 
aussi  par  le  même  mot  {vaxta)  que  la  chasse  proprement  dite.  Arrivés 
dans  les  contrées  au  nord  de  la  mer  Noire ,  où  la  fertilité  du  sol  et 
l'exemple  des  colonies  grecques  les  invitaient  à  la  culture  de  la  terre, 
les  Scythes  commencèrent  à  se  livrer  aussi  au'  travail  agricole.  Ils 
connaissaient  alors  déjà  le  soc  (lith.  zoch,  vieux  haut-alL  suoha  san- 
glier) et  le  contre  (lat.  cuUer,  lith.  zagre ,  zagarai  cf.  saggaris)  qu'ils 
appelaient  le  déchireur  (goth.  hôha ,  sansc  kôka  le  loup  cf.  vrikas 


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64  RETOB  D'ALSàCB. 

loup ,  80c).  Cependant  la  culture  de  la  terre  ne  put  de?enir  plue  gé- 
nérale chez  les  Scytha  que  lorsque  ces  peuples  abandonnèrent  de 
plus  en  plus  la  vie  nomade.  Conune  l'agriculture  était  toute  nou?elle 
chez  eux ,  ces  laboureurs  se  considéraient  naturellement  comme  les 
plus  jeiinei  de  la  race  scythique  et  se  disaient  par  conséquent  les  des- 
cendants du  plus  jeune  des  trois  fils  de  Targitavui  (Brillant  par  la 
targe)  le  dieu  du  Soleil  au  disque  brillant.  Ce  Bis  cadet  qui ,  précisé- 
ment parce  que  la  tradition  avait  en  vue  sa  qiiSilité  de  père  des  agri- 
culteurs »  eut  le  nom  de  Prince  au  char  ou  Prince  à  la  charrue  (HÉftOD. 
Kola'^ksats ,  sansc.  Bala-kchayai ,  norr.  httti-^ftae).  La  tradition  rap- 
portait également ,  par  rapport  à  sa  qualité  de  père  des  laboureon , 
que  Kolaxau  seul  savait  manier  le  soc  d'or  ardent  qui  était  tombé  du 
ciel,  tandis  que  ses  frères»  Talné  nommé  Prince  au  bouclier  (Hérodot. 
Hleipo-4kaût  norr.  Hlifar^skce  ou  Hlifar^skati  ,  cf.  lat.  Clypeut)  et  le 
putné  nommé  Prince  aux  flèches  (H6rod.  Arpo-kitOi ,  sansc.  Arva- 
kchayoi ,  grec-pers.  àrbakèt ,  arpha-kchad ,  norr.  ôrvar^ikœ) ,  lors- 
qu'ila  voulurent  toucher  au  soc  ardent  se  brûlèrent  les  mains ,  ce  qui 
devait  signifier  que  les  Scythes  guerriers  représentés  par  HldpoksciU , 
et  les  Scythes  nomades  représentés  par  Ârpoxc&s  ne  réussirent  guère 
dans  l'agriculture  et  préféraient  au  maniement  du  soo  îe  maniement 
des  armes  par  lesquelles  ils  devinrent  les  maîtres  des  Scythes  labou- 
reurs représentés  par  Kolaxms.  Les  Scythes  ne  connaissaient  long- 
temps pas  la  propriété  immobilière.  Ils  cultivaient  la  terre  sans  s'ap- 
proprier le  sol.  Chaque  année  ib  se  partageaient  entre  eux  le  terrain 
labourable  et  après  la  récolte  ils  rabandonnaient  comme  terrain  libre. 
Les  Scythes  qui  étaient  chasseurs  et  pécheurs»  vivaient  du  produit  de 
la  chasse  et  de  la  pèche  (Hirod.  rv ,  55  »  59)  et  tandis  que  les  Scythes 
aroières  ou  agriculteurs  avaient  encore-une  nourriture  végétale  et  du 
miel  sauvage  {JusL  u»  2),  les  Scythes  nomades  ne  vivaient  que  de  la  chair 
et  du  lait  de  leurs  troupeaux  et  préféraient  la  chair  et  le  lait  de  cheval 
à  tout  autre  aliment  (cf.  Hirod.  iv»  3  »  46).  Le  cheval  étant  l'animal 
consacré  au  Soleil»  Thabitude  de  manger  du  cheval  était  en  partie  liée 
au  culte  du  dieu  Targitavus  et  c'est  pourquoi  elle  se  maintint  chez  les 
descendants  des  Scythes  »  les  Germains .  les  Scandinaves  et  les  Slaves. 
Ainsi  que  tous  les  barbares,  les  Scythes  et  leurs  descendants  aimaient 
surtout  les  boissons  fermentées  et  capiteuses  (sansc.  madhus ,  lith. 
medus  »  gr.  methu).  Déjà  en  Asie  ils  avaient  appris  à  connattre  le  vin 
qu'ils  consacraient ,  comme  les  autres  peuples  de  race  iafétique ,  au 


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u»  âcrnns.  «S 

dieo  dii  soleil  anqael  Us  donnaient ,  comme  les  Grecs ,  le  nom  épithë- 
iiqne  de  Pak  (Vénérable»  sansc,  bhaga ,  gr.  bakchos ,  sla?.  bog).  Ce* 
pendant  la  seule  contrée  vitifère  chez  le  Scythes  était  la  Margiane 
{Plin.  Yi,  48, 2).  En  Europe  ils  apprirent  de  nouveau  l'usage  du  ?in  par 
l'exemple  des  Tbraces.  Les  Gètet  de  la  Tbrace  donnaient  au  vin  le 
nom  de  zàla  {Phou  lex.  »  p.  Si)  ou  xUai  (Hésych.^  »  1585)»  sans  doute 
'  à  cause  de  sa  nature  effervescente  (sansc.  hUa ,  gr.  ubu ,  ail.  geitj^  et 
ils  en  faisaient  un  usage  tellement  immodéré,  qu'un  de  leurs  Dwbu 
jugea  nécessaire  de  le  leur  interdire  {Strab,  vii,  3). 

Les  Scythes  portaient  une  espèce  déculotte  (Ovide ^  Trist.  iv^  T^.tô) 
qu'ils  appelaient  la  fourchue  (gr.  braka ,  lat.  bracca  »  vieux  haut-ail. 
brocha  »  angles,  brœk ,  non*,  brôk,  cf.  furca,  fr.  braie)  ou  la  fourchue 
dei  cuities  (TUMikalsidor.  Etymol.  19,  32  »  angles,  deoh-h'ëk,  angl. 
Mgh'breeehei)  ou  la  cotivre-cuisse  (slav.  shal-vary^  pol.  scharm-vari^ 
pers.  ichal'-vara,  arab.  iirvàlf  bas  lat.  sarabara,  esp.   ceroulas)* 
Cette  calotte  était  en  bourre  et  plus  généralement  en  peau  (cf.  Ragnar 
•braie^elue).  La  partie  supérieure  du  corps  était  couverte  d'une  tu- 
nique sans  manches  en  peau  de  renne  (scytb.  tarandus^  v.  Hesych,) 
ou  plus  communément  en  peau  de  bouc  (v.Jul.  Pollux,  7 ,  70).  Aussi 
les  Grecs ,  pour  cette  raison ,  donnaient-ils  à  cette  tunique  le  nom  de 
muma  (p.  suurina  de  sisuroi  ou  (tfuro^  ou  saiuros  le  bouc).  Cette 
tunique  était  serrée  au  milieu  du  corps  par  une  ceinture  à  laquelle 
était  suspendue  une  gourde  {Hérod.  iv ,  9 ,  10)  et  un  coutelas.  Par- 
dessus de  cette  tunique'  les  Scythes  portaient  quelquefois  un  petit 
oianteau  bit  de  plusieurs  cuirs  chevelus  ou  scalps  arrachés  aux  têtes 
de  leurs  ennemis  vaincus  (Hérod.  iv ,  64).  La  pnncipale  arme  des 
Scythes  était  l'arc  et  les  flèches.  L'arc  scythique  avait  une  forme 
particulière  que  nous  ont  fait  connaître  les  auteurs  anciens  (Amm. 
Mwre.  22 ,  8  ;  Strab.  2 ,  126  ;  PUne  H.  N.  4 ,  26  ;  Théocrite ,  Idylle  15, 
S5).  Il  était  composé,  de  deux  arcs  de  cercle  réunis  ensemble  par  une 
ligne  droite.  Les  Scythes  étaient  d'habiles  archers  (cf.  Luc.  Toxaris), 
et  surtout  renommés  comme  excellents  hippoioxoUi  ou  archers-à- 
cheval  (^ian.  de  Mil.  ord.  Inst.  p.  5).  Ih  passaient  même  dans  l'an- 
tiquité pour  les  inventeurs  de  l'arc  et  du  bouclier  (scytb.  targi^  slav. 
terk ,  bas  lat.  targia ,  fr.  targe)  lequel  était  chez  eux  l'arme  distinctive 
'  des  nobles  et  des  rois.  Aussi  le  père  des  nobles  et  des  rois  et  par 
suite  de  la  nation  entière ,  l'Hercule  scythe ,  c'est-à-dire  le  dieu  du 
aolèii ,  Targiiavm,  passa-t-il  dans  la  tradition  pour  le  meilleur  archer. 
>hmif,.  «  5 


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tt  ftBVme  B'AUAGK. 

Les  Scythes,  comme  nomades  ne  poa?ant  avoir  des  demeures  fixes» 
avaient  des  habitations  mobiles»  espèces  de  cabanes  de  bergers, 
c*e$t-l-dire  des  chars  à  quatre  roues  avec  une  tente  en  berceau  ou 
en  forme  de  tonne  et  recouverte  d'écorce  ou  de  peanx  {Juit.  Hist.  u, 
2).  Ces  chars  portaient  chez  les  Sarmates  le  nom  de  KoU^maha  (mai- 
sons sur  roues)»  et  chez  les  Gète$  celui  de  Kara-mà  (maisons  sur  char); 
ils  étaient  assez  spacieux  pour  que  quatre  personnes  adultes  ou  une* 
famille  (scyth.  tatnti,  norr.  thiod)  pussent  s'y  coucher*  En  cas  d'attaque 
ou  dans  le  combat»  on  plaçait  ces  chars  de  manière  à  en  faire  une 
enceinte  ou  un  rempart  (cf.  norr.  vagnabarg  fort  de  chars).  Chez  les 
Scythes  septentrionaux  »  où  il  y  avait  de  grandes  neiges  en  hiver ,  les 
tentes  furent  placées  sur  des  radeaux  ou  traîneaux  (Pomp.  Meta  ad 
Virgil.  Georg.i»  164)  qu'on  appelait  GUssanu  (scyth.  iongi,  p.  tnaki^ 
lith.  iahntu,  pol.  ionln ,  ail.  snaeho  limaçon  »  cf.  norr,  ilê^  »  p.  Mlebdi^, 
C'est  ainsi  que  les  Scythes  de  la  mer  Noire  passaient  »  en  hiver  chez 
leurs  parents  les  Sindies  en  faisant  glisser  leurs  chars-tratneaux  mr 
la  glace  du  Bosphore  cimmérien  (Hérod.  n  »  28).  Ils  se  faisaient  traî- 
ner par  des  rennes  (scyth.  îarandus  effervescent»  renne  »  norr.  îhrandr 
sanglier)  on  par  des  élans  ^  animaux  que  leifrs  voisins  les  finno-tatares 
leur  avaient  appris  à  connaître  et  auxquels  ils  donnaient  par  conséquent 
le  nom  tatare  de  hloi  (Strabon  kolos  »  cf.  madyare  loizak).  Les  Scythes 
laboureurs»  étant  devenus  sédentaires  par  suite  de  l'agriculture» 
échangèrent  leurs  chars  contre  des  maisons  qui  avaient  la  forme  de 
blockhaus  construits  avec  des  f&ts  d'arbrtf  superposés  les  uns  aux 
autres  »  formant  un  carré  oblong  et  couverts  d'un  toit  de  chaume  ou 
bien  »  comme  les  thars-berceanx  »  d'écorce  ou  de  peaux.  Ces  cabanes 
étaient  appelées  budei  (norr..6iidir»  cf.  les  Budine$).  Chez  les  Scythes 
l'idée  de  la  famille  et  de  la  tribu  reposait  bien  plus  particulière- 
ment sur  l'idée  de  la  communauté  de  domiàle  que  sur  celle  de  la 
communauté  du  iang.  Le  foyer  mobile  des  nomades  »  c'est-à-dire  les 
flerreê  fàcake  qu'ils  transportaient  avec  eux  dans  leurs  chars  »  fut  le 
symbole  de  cette  «communauté.  Aussi  le  nom  du  foyer  (scyth.'tovtfi) 
devint-il  le  nom  de  la  famille  où  d'un  petit  nombre  d'hommes  associés 
ensemble  (norr.  thiod)  et  par  extension  le  nom  de  la  tribu  et  de  U 
nation  (goth.  thiod  »  celte  tenta).  Chez  les  Scythes  nomades  »  les  serb 
qui  étaient  probablemant  des  prisonniers  de  guerre  dont  on  avait  fait* 
des  esclaves  »  ne  faisaient  pas  partie  de  la  famille  ni  de  la  tribu.  Les 
Scythes  avaient  l'habitude  sauvage  d'aveugler  les  serfs  (Uirod.  nr»  3) 


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LBS  .SCTTHBS. .  fil 

afin  »  disaientHlIs,  qu'ils  ne  fussent  pas  distraits  daiv  leurs  tra?aux; 
mais  le  Téritable  motif  de  cette  barbarie  c'était  d'émpécher  la  fuite 
ou  la  révolte  de  ces  esclaves.  Cet  usage  atroce  cessa  complètement 
ou  du  moins  fut  fort  restreint  chez  les  Scythes  agriculteurs  dont  les 
esclaves  employés  aux  travaux  des  champs ,  n'auraient  pu  s'y  livrer  s'ils 
avaient,  été  privés  de  la  vue.  Cependant  anervir  et  aveugler  étaient 
deux  choses  si  étroitement  liées  dans  l'idée  des  peuples  de  l'antiquité, 
que  dans  la  langue' des  Scythes  fUi  it aveugle  était  synonyme  d'esclave 
{jBérod,  IV ,  ^)  et  que  chez  les  peuples  asiatiques  en  général  les  rois 
vainqueurs  faisaient  ordinairement  aveugler  les  princes  vaincus,  afin 
d'indiquer  ainsi  d'une  manière  symbolique  qu'ils  entendaient  faire 
d'eux  leurs  esclaves.  Comme  les  Scythes  libres  portaient  les  cheveux 
longs,  la  tête  rasée  était  aussi  le  signe  extérieur  de  l'esclavage 
diez  les  Scythes  comme  chez  d'autres  peuples  de  l'Asie.  C'est  que  la 
plupart  des  peuples  iafétiques  regardaient  la  chevelure  qu'on  consacrait 
au  dieu  du  soleil  »  non  seulement  comme  une  chose  sacrée  par 
laquelle  les  femmes  chez  les  Grecs  juraient  et  qu'on  sacrifiait  aux 
dieux  et  aux  mftnes ,  mais  ils  la  considéraient  encore  comme  l'or- 
nement de  l'homme  et  comme  l'indice  de  sa  condition  libre.  Lorsque 
le  roi  indien  Sagara  eut  vaincu  les  lavanas  (lônes)  et  les  Kambôdjâs, 
il  leur  imposa  l'obligation  de  se  couper  la  chevelure;  quant  aux 
Scjfthêi  on  Cakes  qu'il  avait  également  vaincus ,  il  leuc  accorda  la 
iavjpur  d'avoir  seulement  la  moitié  de  la  léte  rasée  (cf.  Strobaeus , 
chap.  145 ,  p.  433).  Les  archers  scytbes  qui  faisaient  la  police  à 
Athènes  et  qui  se  considéraient  comme  serfs  avaient  la  tête  rasée  ; 
aussi  les  Athéniens  ayant  en  vue  ces  archers  ou  esclaves  scythes 
employaient-ils  l'expression  de  skuthiser  (shuhixetn)  pour  se  raser  la 
tête. 

Les  hommes  libres  qui  étaient  la  classe  la  plus  nombreuse ,  consti- 
tuaient le  peuple  proprement  dit  chez  les  Scythes.  Les  hommes  libres 
étaient  naturellement  aussi  bien  propriétaires  que  les  nobles ,  mais 
Us  n'étaient  pasanssi  riches  qu'eux.  Chez  les  Scythes  nomades  la  richesse 
ou  la  propriété  qui  était  seulement  mobilière  était  mesurée  non  d'après 
la  grandeur  des  troupeaux ,  mais  d'après  le  nombre  des  chari  qu'on 
possédait.  G*est  que  la  richesse  en  troupeaux  qui  était  toujours  en 
proportion  avec  la  grandeur  de  la  famille  était  indiquée ,  ainsi  que  le 
nombre  des  serfo,'par  le  nombre  total  des  chars.  Le  Scyftie  qui  était 
simplement  chef  d'une  petite  famille  n'avait  qu'un  seul  char  attelé  de 


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deai  boeufs  {BTtppok.  i ,  S  95)  et  un  troupeau  correspondant,  ainsi 
qu'un  nombre  de  serfs  proportionné  à  ce  modeste  ménage.  Ce  petit 
propriétaire  »  chef  de  famille  et  homme  libre  »  avait  le  nom  de  ootopode 
d'après  les  huUjambei  de  ses  deux  bœufs.  Plus  le  propriétaire  avait 
une  famille  nombreuse ,  de  nombreux  esclaves  et  de  nombreux  trou- 
peaux »  plus  le  nombre  de  ses  chars  était  aussi  considérable.  Il  y  avait 
des  Scythes  qui  pos'sédaienl  jusqu'à  quatre-vingts  chars.  Lorsque  plus 
tard  les  Scythes  agncuUeun  se  partagèrent  annuellement  les  terres  , 
ce  partage  se  faisait  par  lots  dont  la  grandeur  était  proportionnelle 
au  nombre  des  chars  «  et  lorsque  plus  tard  encore  chezles  Gètes  et 
les  Scandinaves  les  chars  furent  remplacés  par  des  maisons  ou  ma- 
noirs fixes  (norr.  bu),  la  distribution  était  toujours  faite  en  proportion 
du  nombre ,  de  la  grandeur  et  de  la  situation  par  rapport  au  soleil 
(norr.  sôUlùpt  distribué  au  soleil)  des  maisons  ou  des  manoirs.  Dans 
l'origine  la  richesse  qui  donnait  la  puissance  établissait  presque  seule 
la  distinction  entre  les  nobles  et  les  hommes  libres  ;  *  mais  on  faisait 
aussi  dépendre  cette  différence  sociale  d'une  différence  dans  la  pureté 
ou  noblesse  du  sang  des  familles.  Ensuite  de  même  que  les  familles 
nobles  s'éuient  séparées  des  familles  plébéiennes  »  les  familles  prin- 
cières  se  séparèrent  aussi  des  familles  nobles  ;  quelques  chefs  nobles 
devenus  monarques  ou  chefs  de  tribus  {Hérod,  iv ,  66),  s'élevèrent  à  la 
royauté.  Ce*qui  prouve  que  dans  l'origine  les  rois  (scyth.  kunagus  roi, 
cf.  les  noms  propres  Kunagos,  Muh-kunagos  Roi  des  mouches  ou  des 
taureaux ,  Ku^kunagos  roi  des  vaches)  devaient  leur  élévation ,  dans  la 
pensée  du  peuple ,  non  à  la  puissance  de  leur  épée  ni  à  leurs  qualités 
morales  et  intellectuelles ,  mais  à  l'ancienneté ,  à  Fillustration  et  à 
Tascendant  de  leur  famille,  c'est  que  dans  les  langues  scytho-gétiques 
le  nom  de  roi  siguifiait  proprement  national  ou  gentil  (goth.  thiudans) 
ou  Issu  de  généreux  (scyth.  kunagus,  norr.  Konungr,  ail.  Kônig)^  parce 
que  le  roi  tenait  à  la  famille  la  plus  ancienne  et  la  plus  illustre  de  la 
nation  et  parce  qu'il  était  le  Als  d'un  Noble  (scyth.  Kunos  nom  propre, 
norr.  Konr)  ou  d'un  Généreux  (norr.  adalungr).  La  royauté  était  éta- 
blie de  bonne  heure  chez  les  Scythes ,  et  ils  l'honoraient  au  point 
qu'ils  appelaient  royaux  les  pays  et  les  peuples  qui  avaient  plus  de 
distinction  et  de  puissance  que  les  autres  (Hérod.  iv,  210).  L'attribut 
distinctif  di^roi  était  le  boucUer,  qui  devint  le  symbole  de  la  protection, 
et  élever  sur  le  pavois  était  synonyme  d'élire  roi.  Le  nom  de  Skolotes 
(Boucliers)  qu! Hérodote  (iv,  6)  appelle  un  nom  royal  signifiait  aussi  dans 


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LES  SCTTHISa.  69 

le  sens  moral  mi  on  protecteurs  et  indiquait  encore  que  les  Skolotet , 
par  l'intermédiaire  de  leurs  rois ,  descendaient  du  dieu-héros  Targi^ 
tavu9  (Brillant  par  la  targe),  le  dieu  du  soleil,  le  Protecteur  du  peuple 
(scyth,  Tavit'varus^  greco-scytb.  Teutaros)  par  excellence.  la  royauté 
fondée  sur  rillustration  de  la  race  était  sinon  héréditaire  dans  la 
famille»  du  moins  attachée  à  la  famille  la  plus  illustre.  Chez  les  Scythes  • 
les  Cemmes ,  grâce  à  leur  caractère  énergique ,  n'étaient  pas 
exclues  du  pouvoir  royal,  mais  elles  n'y  arrivaient  que  comme  veuves* 
c'est-à-dire  après  la  mort  du  roi  leur  époux.  On  remarque  dans 
l'histoire  des  Scythes  quelques  reines  célèbres  telles  que  Tomjfri$ 
(Thamyris  Océanide  »  sansc.  tamara) ,  la  reine  des  Mauagètcê  ;  Spot* 
Mhra  (Feu  du  soleil  ;  de  svar  et  de  aithra»  norr.  aitar  feu  ,  cf.  Syr-Uha 
dans  Saxon  Grammaticus)  et  Zarina  (Dorée)  originaire  d'un  pays  arie 
et  reine  des  Sakes;  Amage^  veuve  de  Medo-Sakkas  (cf.  norr.  Mipd» 
Sognir)  et  reine  des  Sarmates.  Certaines  peuplades  scytbiqnes  et 
sakes ,  surtout  celles  qui  adoraient  particulièrement  la  Lune  nommée 
la  déesse  Ariimpasa  (Noble-dame)  et  chez  lesquelles,  par  conséquent, 
les  femmes  jouissaient  d'une  certaine  prépondérance  sur  les  hommes 
(cf.  Hérod,  iv»  26)  se  faisaient  gouverner  de  préférence  par  des  reines 
{Arrhiân  Indica ,  8).  Les  Grecs  les  appelaient ,  non  sans  quelque  mé« 
pris,  dominés  par  des  femmes  (gr.  gunaiko-kraloumenoï)  et  les  Hin- 
dous les  nommdieni Strî-r^djâs  (ayant  une  femme*roi).  Chez  les  Scythe^, 
ceux  qui  étaient  revêtus  de  la  royauté  étaient  aussi  les  juives  suprêmes 
et  les  pontifes  de  la  nation ,  suivant  les  mœurs  patriarchales  d'après 
lesquelles  le  père  de  famille  et  par  suite  le  père  de  la  nation  ou  le 
roi  était  à  la  fois  juge  et  prêtre. 

Dans  l'origine  l'homme  ne  considérait  comme  4es  siens  ou  comme 
son  sang  que  les  membres  de  sa  famille.  Les  membres  de  la  famille , 
s'appartenant  l'un  à  l'autre ,  se  devaient  aussi  récipij)quement  aide  et 
protection.  Lorsque  dans  la  suite  les  familles  formèrent  des  tribus  et 
que  ces  tribus  formèrent  la  nation ,  la  protection  était  due  également 
aux  membres  de  la  tribu  et  de  la  nation.  Mais  toujours  cette  protec- 
tion s'étend'ant  sur  les  membres  de  la  tribu  et  de  la  nation ,  était  due 
en  vertu  de  la  communauté  du  sang  et  comme  conséquence  et  exten- 
sion du  droit  de  protection  né  dans  la  famille.  Aussi  l'afléclion  et 
Tamour  du  prochain  se  manifestant  tout  d'abord  dans  la  famille  et  y 
trouvant  sa  raison  d'être  et  sa  sanction,  on  assimilait  tous  les  autres 
rapporte  d'affection  qui  pouvaient  exister  entre  les  hommes,  aux  rap- 


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70  REVUE  D'ALSACE. 

ports  de  famille.  Ainsi  l'amitié  n'était  pas  considérée  comme  Vaffec- 
lion  mutaelle  entre  deax  hommes  quelle  que  soit  leur  famille  ou  leur 
race  ;  les  amis  passaient,  au  moins  symboliquement,  pour  des  bommes 
de  la  même  famille ,  pour  des  firères ,  ayant  par  conséquent  entre 
eux  des  droits  et  des  devoirs  de  frères  ,  de^  droits  et  des  devoirs  du 
'  sang.  Cbez  les  Scythes  guerriers  les  amis  étaient*surtout  considérés 
comme  frères  d'armes  et  alliés  pour  leur  protection  mutuelle.-  Aussi 
pour  contracter  cette  amitié  ou  cette  alliance  on  pratiquait  des  céré- 
monies symboliques  qui  signifiaient  que  les  amis  devenaient  entre 
eux  frères  ou  bommes  du  même  sang.  Pour  indiquer  cette  commu- 
nauté de  sang  en  contractant  alliance,  les  Scytbes  buvaient  ensemble 
du  vin  mêlé  au  sang  qu'ils  s'étaient  tiré  de  leur,  corps  en  se  faisant 
nue  légère  blessure  {Hérod.  iv ,  70).  L'assistance ,  selon  l'idée  de  ces 
peuples ,  ne  pouvant  être  exigée  que  des  parents  auxquels  seuls  in- 
t^ombait  le  devoir  de  la  protection  ,  les  Scythes  ne  prêtaient 
secours  à  un  étranger  que  lorsque  préalablement  celui-ci  se  fut 
constitué  symboliquement  leur  parent.  Or  comme  la  parenté  se  mani- 
festait principalement  par  le  droit  de  prendre  part  aux  sacrifices  que 
le  chef  de  la  famille  faisait  pour  sa  famille  seule,  l'homme  qui  invoquait 
l'assistance  d'un  autre  dut  se  faire  d'abord  passer  pour  le  parent  de 
celui-ci  en  plaçant  le  pied  sur  la  peau  d'un  t^oeuf  sacrifié;  ce  qui  signi- 
fiait symboliquement  qu'il  venait  de  prendre  par(  à  un  sacrifice  fait 
pour  la  famille  et  qu'il  avait  par  conséquent  les  droits  d'un  parent  ou 
d'un  allié  {Luci^  Toxaris)  et ,  par  suite ,  droit  à  la  protection  de  la  part 
des  membres  de  cette  famille.  Plus  tard,  chez  les  Germains,  cette  peau 
de  bœuf  fut  remplacée  par  un  soulier  fabriqué  avec  cette  peau  lequel , 
dans  la  suite ,  devint  le  symbole  de  la  parenté  et  par  conséquent  de  l'a- 
doption^ de  l'alliance  (cf.  ail.  Bnndschuh)  et  de  la  succession  ;  de  sorte 
que  chausser  I»  soulier  de  quelqu'un  signifiait  symboliquement  lui 
succéder  comme  parent,  comme  fils  adoptif  ou  comme  héritier 
(cf.  Grimm,  Rechuallerihûmer  ^  p.  i5S,  463).  Le  devoir  de  l'hospi- 
talité était  également  rapporté  au  droit  du  sang  ou  de  la  famille. 
Aussi  le  passant  jouissait-il  de  l'hospitalité,  non  en  sa  qualité  d'étranger 
ou  d'homme  ayant  besoin  d'assistance ,  mais  parce  que  s'étant  assis 
au  foyer  il  était  considéré ,  momentanément  du  moins ,  comme  faisant 
partie  de  la  famille.  Or  le  foyer  (scyth.  Taviti)  étant  inviolable ,  le 
voyageur  qui  était  entré  dans  une  demeure  y  jouissait  des  droits  du 
foyer;  on  lui  devait,  comme  aux  autres  membres  de  la  famiHe, 


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USB  SCYTHES.  71 

Aonrritâre,  aide  et  protection.  La  jastice  telle  qu'elle  était  pratiquée 
chez  les  Scythes  était  encore  une  conséquence  du  droit  du  sang  on  de 
la  proteaion  due  aux  membres  d'une  famille.  Comme  les  membres  de 
la  bmillet  de  la  tribu  et  de  la  nation  étaient  censés  s'appartenir  l'un 
à  l'autre  par  le  sang ,  ils  devaient  aussi  venger  les  injures  qui  étaient 
faites  à  quelqu'un  des  leurs  par  quelqu'un  de  leur  nation.  Si  l'agresseur 
était  un  étranger  ce  n'était  pas  un  coupable  qu'on  jugeait  >  c'était  do 
ennemi  auquel  on  courait  sus.  La  justice  comme  revendication  des 
droit»  du  sang  était  donc  une  vengeance  (lat.  vindicatio)  exercée  an 
nom  de  la  famille  et  de  la  tribu  pour  demander  réparation  de  l'injure 
ou  du  préjudice  fait  à  un  membre  de  cette  famille  ou  de  cette  tribu ,  par 
un  de  ses  frères  parents  ou  compatriotes.  Cette' justice  ou  vengeance 
bien  qu'elle  ne  fut  pas  une  guerre  en  avait  cependant  les  apparences. 
C'était  en  quelque  sorte  un  duel  livré  en  conseil  de  famille  entre  les 
juges  et  l'accusé»  et  comme  l'accusé  était  un  honune  du  même  sang 
que  ses  juges,  on  observait,  au  tribunal,  les  mêmes  formes  comme 
dans  un  duel  régulier  ;  le  jugement  avait  lieu  en  champ  clos  (norr. 
vêbonii  »  en  plein  air ,  à  la  (ace  du  Soleil  (Targitavus)  et  de  son  ,sym- 
bole  le  bouclier  ou  la  targe ,  sur  la  butte  de  l'assemblée  (cf.  Hirod.) ,  et 
en  présence  de  l'Epée  (scyth.  (raizus)  du  signe  symbolique  de  la  divi- 
nité suprême.  • 

•B  Ës^éwjkT  unruxBCTiTBii  mkm  scttum. 

LeA  Scythes  ont  prouvé  qu'ils  avaient  de  bonnes  dispositions  intellec% 
tiielles  déjà  par  le  besoin  qu'ils  sentaient  de  s'instruire  auprès  des  peuples 
plus  civilisés.  Anaeharsii  (scyth.  Anak-hrâm  Prompt  à  la  course),  fils 
du  roi  Scythe  Gnourus  (p.  Crnavanu  Eminent,  cf.  norr.  gnœfr)^  vint  à 
Athènes  pour  s'y  instruire  et  il  parvint  par  son  génie  philosophique 
à  fai  gloire  de  compter  parmi  les  sept  sages  de  la  Grèce.  A  la  même 
époque,  du  temps  de  Solon,  un  autre  Scythe  que  les  Athéniens 
Aommaient  Toxarii  (Archer)  et  qui  était  prêtre  ou  devin  de  TargUavut 
ou  de  Tchalmo-skais  {Prince  à  la  peau  d'ours ,  gr.  ZabnoxU)  vint  à 
Athènes  où  il  faisait ,  sous  l'inspiration  de^dn  dieu ,  des  cures  telle- 
ment merveilleuses  qu'à  sa  mort  on  érigea  près  de  son  tombeau  une 
stèle  avec  un  bas-relief  représen^nt  Targitavus  ou  l'Hercule  scythe 
Oe  Soldl),  tenant  de  la  main  gauche  son  arc  et  de  la  main  droite  un 
rouleau  de  flèches,  symbole  des  rayons  bienfaisants  du  soleil.  Le  roi 
Skuks  (scyth.  SkuU  Protecteur,  norr.  SkuU)  aimait  à  jouir ,  tous  les 


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72  REVUE  D'ALSACE. 

ans  une  fois  dans  la  ville  d'Olbie  »  des  avantages  et  des  plaise  de  la 
cîvilisalion  grecqae»  et  ponr  satisfaire  ce  goût  il  exposa  son  trône  et 
jusqu'à  sa  vie  (Hérod.  iv,  80).  Les  Athéniens  qui  pouvaient  choisir 
leurs  esclaves  parmi  tant  de  peuples  barbares  préféraient  à  tous  les 
esclaves  scythes.  Us  avaient  à  leur  service  beaucoup  de  Scytbiennes  de 
sorte  que  ScyiJdenne  était  à  Athènes  presque  synonyme  de  iervante 
(SMidas  y  s.  V.  Skuihaina)^  Les  Athéniens  préféraient  aussi  les  péda- 
gogues daAvet  à  tous  les  autres  9  non  seulement  pour  leur  fidélité  mais 
aussi  pour  leur  intelligence.  Tout  cela  prouve  que  ces  Scythes  esclaves 
hommes  ou  femmes  étaient  renommés  non  seulement  pour  leurs 
qualités  morales  et  inteUectuelles»  mais  aussi  pour  leurs  qualités  phy- 
siques ,  que  c'étaient  4à  de  véritables  Scythes ,  et  non  pas  de  ces  pré- 
tendus Scythes  ou  de  ces  Scythes  abâtardis  que  Hippokratès  représente 
comme  une  race  laide  de  corps  et  faible  de  caractère  et  d'intelligence. 
Nous  avons  à  faire  voir  maintenant  jusqu'à  quel  point  l'intelligence 
des  Scythes  s'est  manifestée  dansleur  commerce,  dans  leur  industrie, 
dans  leurs  connaissances  et  dans  leurs  traditions.  Les  principaux 
articles  du  commerce  des  Scythes  européens  étaient  la  pelleterie  et 
l'ambre  jaune.  Dès  le  sixième  siècle  avant  notre  ère,  les  Scythes  de 
la  mer  Noire  faisaient  concurrence  aux  Phéniciens  en  cherchant  sur 
les  bords  de  la  mer  Hyperboréenn%(Aa/it9ue)  surtout  à  AbaUe  le 
succin  (lat.  sucdnum  tenant  du  suc)  qu'ils  nommaient ,  dans  leur 
langue, «afciru  (le  suint;  Pline, «acrium,  sansc.  kchtram,  p.  çaulùram 
sérosité»  cf.  gr.  dakru,  ail.  zâhre,  lat.  lacryma).  Si  les  Scythes  ont 
pris  le  nom  de  Sakiru  dans  le  sens  propre  de  nitni ,  cela  prouverait 
qu'ils  considéraient  le  succin  comme  l'exsudation  de  quelque  arbre 
résineux  ;  s'ils  l'ont  pris  dans  le  sens  figuré  de  larme ,  cela  prouverait 
encore  qu'ils  connaissaient  le  mythe  sur  les  Séliades  (Ovin.  Mita* 
tnorph. ,  11 ,  540)  qui ,  à  la  mort  de  leur  frère  Phaéton ,  furent  chan*^ 
gées  en  auhies  et  versèrent  des  larmes^  d'oii  provenait  l'ambre  jaune. 
Les  descendanu  des  Scythes  sarmatiques ,  les  Venèies  (Vénitiens)  delà 
mer 'Adriatique,  s'ouvrirent»  pour  le  commerce  du  succin,  une  route 
directe  vers  le  midi  de  ^'Europe ,  en  s'associant  avec  leurs  frères  les 
Venèies  (Wendes)  de  la  mer  Baltique.  .Vers  le  commencement  de  notre 
ère  ce  commerce  qui  avait  déjà  beaucoup  perdu  de  son  importance 
était  entièrement  entre  les  mains  des  peuples  celtiques  qui  donnaient 
au  succin  le  nom  de  glœs  (lat.  vitrum^  cf.  Plin.  32,  S,  Pomponka 
Mêla.  S»  6}  et  tiraient  ce  fossile  principalement  de  File  d'imeiand. 


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LES  SCYTHES.  .73 

appelée  alors  Auitravia  (Ile  orientale)  pai  les  Bataves  gemumiques  et 
Ik  au  sucàn  (lat.  Gkssaria)  par  les  Belges  celtiques.  Les  Scythes 
nomades  qai  colportaient  (cf.  Alazones  Forains)  et  troquaient  simple- 
ment leurs  marchandises  Contre  d'autres  produits  naturels ,  n'avaient 
pas  besoin  de  monnaie.  Mais  les  Scythes  de  la  mer  Noire  qui  étaient 
en  rapport  avec  les  Grecs ,  faisaient  usage  de  la  monnaie  qu'ils  faisaient 
battre  à  Olbie.  Les  marchands  scythes  n'avaient  pas  non  plus  besoin 
de  l'écriture  pour  leur  commerce ,  ils  pouvaient  s'en  passer  comme 
la  plupart  des  peuples  marchands  de  l'antiquité.  L'industrie  des 
Scythes  n'était  pas  assez  avancée  pour  fournir  des  articles  au  com- 
merce d'exportation  ;  ils  exerçaient  l'industrie  seulement  pour  leurs 
besoins  personnels  et  ils  ne  fabriquaient  que  des  articles  de  pre- 
mière nécessité,  tels  que  des  objets  d'habillement ,  d'armement  »  de 
logement,  des  chars  »  des  charrues,  des  traîneaux ,  des  ustensiles  de 
cuisine  et  de  sacrifice.  En  fait  de  métaux  les  Scythes,  au  dire  d'J7éro- 
dote,  ne  connaissaient  que  For  et  l'airain.  Gomme  généralement  Tai- 
rain  (sansc.  ajfûs ,  goih.ais^  Iat..a«<)  était  plus  anciennement  connu 
et  en  usage  que  le  fer  (cf.  Thubal-kaïn ,  pers.  tûpal-kaîn  Qa\  forge 
l'airain)  les  Scythes  suppléaient  aussi  par  l'airain  au  fer  qui  leur 
manquait.  L'invention  de  l'art  de  fondre  et  de  façonner  l'airain  était 
attribuée  par  les  Scythes  à  un  de  leurs  compatriotes  (Plin.  7, 57, 6.)  qu'ils 
nommaient  Lydus  (goth.  Ituds  Artificieux)  lequel  était  le  typ^  et  le 
prédécesseur  de  Vôlundr  (ail.  Wiehnd)  le  forgeron  épico-mythique 
de  la  poésie  germanique  et  Scandinave.  Mis  en  rapport  dès  le  sixième 
siècle  av.  J.-Gh.  avec  les  Eelus-Kimméries  tels  que  les  Chalybes ,  les 
Tibarènei ,  etc. ,  qui  excellaient  déjà  alors  dans  la  métallurgie ,  les 
Scythes  apprirent  d'eux  à  connaître  le  fer  qu'ils  appelaient  ais-am 
(sorte  d'airain).  Plus  tard  les  Gètes  qui  sous  le  nom  de  Gothines  vivaient 
dans  les  Karpathes,  au  milieu  de  populations  celtiques,  apprirent 
de  ces  populations  la  manière  d'exploiter  les  mines  de  fer  (cf.  Tacite). 
Enfin  ce  fut  principalement  en  Scandinavie  que  les  descendants  des 
Gètes  furent  complètement  initiés  dans  la  métallurgie  par  les  popu- 
lations finnoises.  Car  les  peuples  de  rac^  ouralienne  et  finno^tatare 
surpassaient  toutes  les  nations  de  l'antiquité,  même  les  Kimro-Keltes , 
dans  l'exploitation  des  mines.  L'art  de  foudre  et  de  façonner  les  mé- 
taux était  beaucoup  en  honneur  chez  eux ,  au  point  que  dai^eur 
mythologie  le  dieu  suprême  Ilmarinen  était  représenté  comme  un 
fo^eron  tellement  habile  qu'il  s'était  fabriqué  d'or  son  épouse.  Dans 


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74  RBvra  d'alsacs. 

les  langues  finnoises  le  mot  àe  forgeron  {seppSj  était  synonyme  d'or* 
titie  (cf.  gr.  DaidaUos  habile  »  artiste  ;  malai  pandei,  forgeron ,  habile  ^ 
artiste)  et  servait  à  exprimer  toute  espèce  d'industrie  ou  d'art,  même 
fart  de  la  poésie  (rum-seppâ  forgeron  de'  chants  »  cf.  norr.  tioda^ 
smtdr).  Chez  ces  peuples  altaïques  le  nom  de  durchan  (forgeron)  de- 
vint également  le  titre  honorifique  d'un  haut  dignitaire  de  l'Etat, 
comme  diez  les  Perses  le  tablier  du  forgeron  kàveAeyiûi  l'étendard 
royal.  Les  Scandinaves  estimaient  surtout  les  épées  {vasJù,  cf.  basque) 
finnoises  dont  la  trempe  était  si  excellente  que  ces  armes  passaient 
pour  féées. 

Chez  les  Scythes  les  beaux-arts  sont  restés  naturellement  dans 
renfiince  et  ne  se  sont  jamais  élevés  au-dessus  du  niveau  des  arts  utiles 
et  manuels.  Aussi  longtemps  que  les  Scythes  nomades  n'avaient  pas 
d'habitations  fixes  l'architecture  ne  pouvait  pas  même  naître.  Les 
Scythes  n'ayant  point  d'images  de  leurs  divjnités ,  à  l'exception  du 
glaive  (scyth.  gamis)  le  signe  symbolique  au  di^  suprême  Dmu  (norr. 
Tyr),  les  arts  plastiques  ne  pouvaient  pas  non  plus  se  développer. 
Quant  à  la  musique  on  trouve  au  quatrième  siècle  avant  notre  ère 
des  prêtres  citharistes  chez  les  4gc^hurses  et  les  Gèus  {Aihen.  xiv , 
24»  Siephanut  de  Byz.  s.  v.  Getia).  La  musique  instrumenule  servait 
aussi  d'accompagnement  aux  danses  guerrières  dans  lesquelles  les 
Scythes  se  distinguaient  au  point  que ,  encore  plus  tard  à  Consunti- 
nople»  aux  fêtes  de  la  cour»  deux  bandes  d'hommes  »  représentant 
deux  peuples  sarmates  les  Brames  et  les  Yenètes  et  ayant  à  leur  tête 
des  chefs  goths  revêtus  de  leur  marme,  exécutaient  les  danses  guer- 
rières traditionnelles  dans  leur  nation.  La  poésie  était  encore  à  son 
état  tout  à  fait  primitif.  Celui  qui  savait  manier  la  parole  était  en 
même  temps  poète  et  orateur  et  comme  tel  il  était  choisi  pour  servir 
d'ambassadeur  ou  d'envoyé  auprès  des  nations  voisines.  C'est  ainsi , 
par  exemple,  que  les  citharistes  àe&  Agaihurses  remplissaient  à  la 
fois  les  fonctions  de  musiciens ,  de  poètes ,  de  prêtres  et  d'ambassa- 
deurs. Encore  plus  tard  la  tradition  épique  des  Goihs,  des  Germains 
tX  ùe&  Scandinaves  nous  parle  de  héros  tels  que  YoUur,  Horuni, 
Verbil»  Svemlîn^  etc.-,  qui  maniaient  aussi  bien  l'instrument  de  mu* 
sique  4ue  l'épée  et  qui ,  en  qualité  de  musiciens  (fidlari)  et  de  poètes- 
orat^rs,  étaient  aussi  employés  comme  messagers  et  comme  ambas- 
sadeurs. La  tournure  d'esprit  des  Scythes  qui  étaient  généralement 
btdligentj»  (Hérod.  iv,  46)  les  portait  à  s'exprimer  d'une  manière  laco- 


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LES  scrrass.  75 

niqoe  »  énergique  »  sans  ambages  et  sans  précaoUons  oratoires.  Aussi 
les  Grecs,  surtout  les  Athéniens»  qui  étaient  frappés  de  cette  parti* 
eularité ,  appelaient-ils  les  expressions  brusques  le  parler  scythique 
{skttthân  rêiii ,  Kte^e  fragm.  »  Baekr,  id.  p.  S^).  Anacharsis  avait  la 
répartie  prompte  et  juste.  Lorsqu'un  Grec  lui  reprocha  sa  nationalité 
de  Scythe  barbare  il  répondit  :  Tu  dis  que  ma  patrie  me  fait  honte  ; 
moi  je  dis  que  toi  tu  fais  honte  â  ta  patrie.  Il  avait  à  la  fois  de  l'ori- 
ginalité et  de  la  justesse  dans  l'esprit.  Les  lois  de  Solon  il  les  compa- 
rait à  des  toiles  d'araignée  où  se  prenaient  les  faibles  et  que  déchi- 
raient les  forts.  Voyant  que  les  Athéniens  portaient  les  projets  de  loi 
d'abord  devant  les  Prytanes  pour  ensuite  les  faire  sanctionner  par  l'as- 
semblée du  peuple  il  dit  :*c'est  faire  délibérer  aux  sages  et  décider  aux 
Ibus.  L'huile  avec  laquelle  se  frottaient  les  athlètes  il  l'appelait  l'onguent 
maniaque.  II  disait  que  la  vigne  portait  trois  espèces  de  raisins  :  le 
raisin  de  l'ivresse ,  le  raisin  de  la  volupté  et  le  raisin  du  repentir. 
Les  Scythes  ayant  beaucoup  d'imagination  aimaient  les  expressions 
métaphoriques  et  surtout  le  langage  symbolique  ;  et  l'expression  de  la 
j)ensée  était  quelquefois  accompagnée  d'une  action  emblématique. 
Ainsi ,  par  exemple,  pour  faire  savoir  à  Darius  que  s'il  ne  s'échappait 
pas  aussi  vite  qu'un  oiseau  dans  l'air,  qu'une  grenouille  dlins  l'eau  et 
qu'une  souris  sous  la  terre ,  il  périrait  par  les  flèches,  le  roi  des  Scythes 
lui  envoya  par  des  ambassadeurs  un  oiseau ,  une  grenouille  »  une 
souris  et  cinq  flèches  (Hirod.  iv,  131).  Pour  énoncer  et  pourinculquer  à 
ses  cinquante  fils  cette  vérité  que  l'union  fait  la  force,  le  roi  scythe 
SWourui  (p.  Skyldvarus  Garde-bouclier)  prit  nu  faisceau  de  flèches 
et  leur  montra  que  le  faisceau  uni  ne  pouvait  être  courbé  mais  que 
chaque  flèche  pouvait  être  brisée  séparément  (Pluiarque,  Mor.).  Plus 
tard  chezJes  Scandinaves ,  ces  d^^scendants  des  Scythes,  nous  trouvons 
encore  le  même  mode  d'expression.  Randver  (Défenseur  du  bouclier)  le 
flis  du  roi  lârmunrek,  au  moment  où ,  par  ordre  dé  son  père ,  il  devait 
être  pendu,  prit  un  faucon  et  lui  ayant  arraché  les  plume^etles 
pennes  envoya  dans  cet  état  piteux  l'oiseau  à  son  père  pour  lui  signi- 
fier que  désoriflais  ce  roi ,  vieux  et  privé  de  son  fils,  ressemblerait  à 
ce  faucon  rendu  incapable  de  prendre  son  essor  (Snorra-Edda^  p.  143). 
Lorsque  les  Scythes  furent  établis  sur  les  bords  de  la  mer  Noire,  ils 
apprirent  à  connaître  l'écriture  grecque  qui  était  en  usage  chez  leurs 
voisins  les  habitants  d'OIbie  et  qui  avait  aussi  été  adoptée  par  les 
CtUei  Kmmiries.  Cette  écriture  grecque,  dérivée  de  l'alphabet  phéni- 


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76  KBTUE  A'ALSAGB. 

cien  et  qui  n'avait  pas  encore  été  complétée  par  Epicharme  et  Simo^ 
nide ,  était  encore  à  son  état  primilif.  Les  traits  des  caractères  étaient 
heurtés  et  -angulaires  par  suite  des  malières  dures  telles  que  la  pierre, 
le  bois  (cf.  sanides)  et  le  plomb  sur  lesquelles  on  las  gravait  (gr.  grafi 
graver ,  écrire).  Les  Scytho^Gètes  adoptèrent  ces  caractères  phénico- 
grecs  non  pour  s'«n  servir  dans  le  commerce  comme  d'une  écriture 
cursive  ;  mais  pour  les  employer  comme  des  signes  stéganographiques, 
des  signes  mystérieux  ou  comme  des  mystères  (runes,  sausc.  çravanA 
traditiQU ,  mystère)  dans  la  divination ,  la  rbabdomancie  et  la  magie* 
La  poésie  n'étant  pas  encore  écrite  fut  transmise  oralement  et  devint 
ainsi  l'organe  pour  toutes  les  traditions  de  la  nation.  Comme  dans 
l'Antiquité  toutes  choses  étaient  ramenées  êi  rattachées  à  la  religion  » 
les  traditions  étaient  aussi  presque  toutes  plus  ou  moins  religieuses  et 
la  poésie  qui  leur  servait  d'organe  avait  également  un  caractère  plus 
ou  moins  mythologique. 

La  religion  des  Scythes  étant  la  partie  principale  de  leurs  traditions, 
le  tableau  que  nous  allons  en  esquisser  contribuera  à  nous  faire  encore 
mieux  connaître  l'état  social  •  moral  et  intellectuel  de  ce  peuple 
remarquable. 

F.  G.  Beegmann, 

ProfMfeur  dt  Htténtora  étnnfèro  à  U  FMolté  àm  lottni 
cto  Strasbourg. 


(La  suite  à  uns  frùchaibH  UoroîMMi). 


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NOTICE  HISTORIQUE 

SUR  L'ÉGLISE  RÉFORMÉE  DE  SAINTE-MÂRIE-AUX-MINES. 


La  Botice  historique  qui  suit ,  doit  son  origine  à  la  bienTeiltante 
conniunicatîoD  que  j'ai  obtenue  du  livre  consistorial  de  l'église^  réfor- 
mée de  Sainte-Marie-auz^Mines  et  des  documents,  en  petit  nombre , 
que  renferment  ses  archives. 

Le  livre  consistorial  se  compose  de  deqx  parties  distinctes ,  reliées 
en  an  seul  volume. 

La  première  partie  contient  le  récit  de  l'histoire  dé  Téglise  réformée 
française,  récit  rédigé  par  le  pasteur  Louis  Trolliard  en  1772.  Il  ne 
5'étend  que  jusqu'en  l'année  1747 'et  se  termine  par  la  copie  d'une 
lettre  écrite  le  1  février  1793  parle  pasteur  français  Testu,  au  consistoire 
allemand.  Le  récit  du  ministre  Trolliard  n'est ,  ainsi  qu'il  a  soin  de  ' 
l'indiquer,  (i)  qu'un  extrait  des  mémoires  et  livres  consistoriaux. qu'il 
dit  avoir  été  supprimés  et  anéantis.  L'époque  de  cette  suppression 
est  incertaine ,  mais  il  faut  regretter  la  perte  de  ces  documents ,  car 
le  récit  de  Trolliard  •  rédigé  par  paragraphes  isolés ,  sans  suite  et 
presque  sans  cohésion  entre  eux ,  est  loin  de  fournir  tous  les  rensei- 
gnemenu  désirables  ;  il  y  existe  même  des  erreurs  qu'il  importe  de 
signaler. 

La  seconde  partie  contient  la  liste  des  pasteurs  réformés  allemands 
et  commence  en  l'année  1666  par  Nicolas  Bischoff ,  premier  pasteur 

(*)  Void  le  titre  qu'il  a  mis  en  tète  du  livre  :  Extrait  eofUenant  ee  fwt  g'eit 
posté  de  plus  intéreuant  dans  Vigliit  réformée  flrançaiêe  de  SoitUe^Marie^aïuB' 
MÊÙWM ,  depuis  ga  fondation  jusqu'à  présent ,  tiré  des  divers  mémoires  et  autres 
monuments  authentiques ,  mais  surtout  des  Uvres  consistoriauœ  qid  ont  été  sup- 
primés et  anéantis  parée  qu'ils  ne  contenaient  presque  que  des  choses  inutiles  ou 
dangereuses  ;  U  tout  fidèlement  recueilli ,  dressé  et  mis  en  ordre  par  François- 
Lomé  TrolUard,  pasteur  de  la  dite  église  ^ÀTIf. 


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78  RBVUB  D'ALSàCB. 

de  cette  langue.  A  la  suite  de  chaque  nom  se  trouve  une  courte  nocke 
biographique.  Le  livre  a  été  commencé  en  1782  par  le  ministre  Jean- 
Rodolphe  Hertzog  et  a  été  continué  par  son  successeur  jusqu'à  .Jean- 
Frédéric  Fontaine  élu  le  4  août  1805.  Il  se  termine  par  la  transcrip- 
tion d'un  certain  nombre  de  documents  concernant  l'église  et  parmi 
lesquels  Ton  remarque  surtout  ceux  qui  ont  trait  aux  difficultés  sur- 
venues à  plusieurs  reprises  entré  les  réformés  et  les  luthériens  de 
Sainte-Marie,  ainsi  qu'entre  les  réformés  eux-mêmes. 

Il  m'a  paru  utile  et  intéressant  de  réunir  et  de  classer  les  faits  qui 
ressortent  du  livre  »  ainsi  que  les  renseignements  fournis  parles  docu* 

'  raents.  Je  les  ai  complétés  aussi  bien  qu'il  a  été  possible  par  des 
recherches  faites  au-debors  »  afin  de  reconstituer  l'histoire  de  Time 
des  plus  intéressantes  églises  protestantes  de  l'Alsace. 

L'histoire  locale  de  la  plus  grande  partie  des  églises  protestantes 
de  France  est  encore  loin  d'être  complètement  explorée.  €e  n'est  que 
par  elle ,  cependant,  que  l'on  parviendra  à  connaître  toute  l'étendue 
et  l'importance  du  mouvement  réformateur  qui  a  rempli  ce  pays  au 
seizième  siècle.  De  louables  effons  ont,  toutefois  »  été  faiu.  Le  Direc- 
toire du  Consistoire  supérieur  de  l'église  de  la  confession  d'Augs* 
bourg  9  répondant  à  l'initiative  éprise  par  S.  E.  Monsieur  le  Ministre 
des  cultes ,  provoque  et  encourage  les  travaux  qui  tendent  vers  ce 

'  but.  Il  faut  espérer,  que,  dans  un  temps  rapproché,  l'on  parviendra  à 
réunir  en  un  seul  faisceau  ces  notices  isolées  qui  permettront  alors 
d'écrire  une  histoire  véridique ,  basée  sur  des  documents  incontes* 
tables  mais  dont  les  éléments  sont  jusqu'ici  restés  enfouis  dans  les 
archives  des  églises ,  et  que  l'on  parviendra  ainsi  à  rectifier  toutes  les 
erreitfs  et  à  remplir  toutes  les  lacunes ,  que  l'ignorance  des  détails 
locaux  a  pu  introduire  dans  les  récits  publiés  ju«|u'à  ce  jour. 


I. 


La  ville  de  Sainte-Marie-aux-Hfaies ,  ai^eurd'hui  l'un  des  centres 
importanu  de  l'industrie  française ,  est  située  dans  la  vallée  de  la 
Lièpvre  et  traversée  par  la  petite  rivière  de  ce  nom  qui  la  séparé  en 
deux  parties  distinctes  dont  l'une,  la  rive  gauche ,  appartenait,  au 
seizième  siècle,  aux  ducs  de  Lorraine ,  et  l'autre  «  la  rive  droite,  ^ux 
nobles  de  Ribeaupierre,  seigneurs  relevant  directement  de  la  maison 


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NOTIGS  HI8X0IUQUB  ,  BTC.  79 

d'Aauiehe  et  reconnaissant»  par  conséquent»  la  snzeraineté  da 
Saint-Empire  romain. 

A  cette  époque  la  population  de  Sainte-Marie  se  composait»  en 
grande  partie ,  d'ouvriers  employés  à  l'extraction  du  minerai  que  Ton 
trouvait  en  grande  quantité  dans  les  montagnes  qui  dominent  la  vallée 
et  qui  fournissait  annuellement  près  de  7000  marcs  d'argent ,  sans 
compter  le  enivre  et  le  plomb  dont  il  y  avait  également  abondance. 

L'on  comprend  qu'une  pareille  industrie  devait  attirer  de  nombreux 
étrangers  impatients  de  foire  fertane»  ou  désireux  de  s'employer  aux 
travaux  divers  que  faisait  naître  une  grande  exploitation. 

Cette  affluence devait  aussi»  exceptionnellement»  favoriser  l'intro- 
•duction  des  doctrines  de  la  réformation  qui,  dès  la  première  moitié 
du  seizième  siècle  »  ont  agité  l'Allemagne  »  là  Suisse  et  la  France. 

Mais  ces  doctrines  rencontraient  un  ennemi  implacable  dans  le  duc 
de  Lorraine  »  seigneur  de  la  partie  gauche  de  Sainte-Marie-aux«^Mines» 
dont  les  victofres  »  remportées  à  Saveme  et  à  Scherrwiller  sur  les 
paysans  révoltés  »  avaient  redoublé  la  haine  qu'i^  portait  au  protes- 
tantisme »  première  cause  »  selon  lui  »  d'une  guerre  qui  avait  compromis 
sa  fortune  et  aurait  pu  menacer  ses  droits  souverains.  • 

Le  supplice  de  Wolfgang  Scbuh»  pasteur  à  Saint-Eypolitbe,  village 
situé  à  quelques  lieues  de  Sainte-Marie»  était»  d'ailleurs»  dénature 
à  inspirer  aux  sujets  du  duc  de  Lorraine  de  justes  craintes  snr  les 
conséquences  que  pourrait  avoir  pour  eux  fadbésion  aux  principes 
d'un  culte  nouveau  repoussé  par  le  prince  comme  contraire  à  ses 
convictions  religieuses  el  comme  compromettant  ses  intérêts  tem- 
porels. 

Une  surveillance  incessante  (ut  donc  établie  sur  les  habitants  de  la 
rive  gauche  et  le  catboUcisme  ne  cessa  pas  un  instant  d'y  être  pro^ 
ftssé  par  b  population  soumise  au  duc  de  Lorraine. 


II. 


Il  n'en  flit  pas  de  même  sur  la  rive  droite. 

Egenolf  III  »  devenu  seigneur  de  Ribeaupierre  en  i547  par  la  mort 
de  son  père ,  Guillaume  ii»  avait  embrassé  le  protestantisme  et  en 
&vorisait  secrètement  la  propagatioff  dans  ses  domaines.  U  était 
obligé  il'agir  avec  prudence  et  circonspection  ;  puisque  »  relevant  de 


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80  VSfïMMfÉJMCÊ. 

rAatricbe  caiholiqne ,  il  était  sooinis  à  la  sorveillanoe  de  la  Chambré 
de  régence  établie  à  Ensisbelm  et  qu'il  ne  poutait  espérer  que  cette 
Chambre  approuverait  ou  tolérerait  seulement,  des  tentatives  de 
réforme  contraires  à  ses  instructions  et  à  ses  propres  tendances. 


m. 


Telle  était  la  situation,  lorsqu'on  4'année  4BS0«  on  environ,  im 
nommé  £Ite,  maître  mineur ,  (t)  vint  se  fixer  dans  la  partie  de  Sainte- 
Marie  soumise  à  la  seigneurie  de  Ribeaupierre.  Nous  ignorons  le  lieu 
et  la  date  de  sa  naissance ,  mais  nous  devons  présumer  qu'il  venait  de 
l'intérieur  de  la  France,  ou  qu'il  appartenait  aux  cantons  suisses  qui 
parlent  la  langue  française. 

Maître  Elle  professait  la  religion  réformée,  mais  il  ne  lui  suffisait 
pM  de  la  professer  seul ,  il  était  impatient  de  communiquer  ses  con- 
victions ,  de  réunir  autour  de  lui  ceux  qui  les  partageaient ,  de  consti- 
tuer, enfin,  une  communauté  dont  les  prières  s'élèveraient  ensemble 
•  vers  le  Seigneur-Dieu  qu'il  adorait  avec  ferveur  et  conviction. 

Jouissant,  à  ce  qu'il  parait,  d'une  certaine  autorité  et  d'une  cer- 
taine aisance,  il  réunit  bientôt  dans  sa  maison  tous  les  fidèles  qui, 
jusqu'alors  n'avaient  professé  le  culte  nouveau  qu'en  secret  et  en 
l'absence  de  tout  ministre  consacré  ;  il  les  habitua  à  faire  ensemble 
des  exercices  de  prières  et  à  entendre  la  lecture  de  l'Ecriture  sainte. 
Enfin ,  il  baptisa  un  enfant  et  administra  la  Sainte-Cèné  à  laquelle 
participèrent  environ  treize  personnes ,  hommes  et  femmes. 

Ce  culte  domestique  fait  en  langue  française ,  ne  manqua  pas  d'at- 

(*)  Dans  une  lettre  datée  de  Sainte-lfarie^iiu-MiDes  le  12  mai  4645  et  adressée 
par  le  pasteur  le  Bacbelle  au  pasteiir  Ferry  de  Metz  (voy.  BuUeiin  de  l'hiitoire 
du  FroUitamistM  français^  tom.  i^,  p.  160)  il  est  dit ,  que  maître  Elie  avait  été 
abb^  en  pays  de  Hainault  et  avait,  depuis,  épousé  à  Strasbourg  la  veuve  de  Pierre 
Brùlly,  brûlé  à  Toumay  en  1545.  —  Cette  version  qui ,  du  reste,  n'est  appuyée 
par  aucun  document,  est  contredite  par  le  livre  consistorial  de  Sainte-Harie-aux- 
Mines  où  il  est  dit  textaellement  que  «  M*  Elie  vint  en  ce  val  pour  travailler  aux 
n  minei ,  lequel ,  en  même  temps ,  tenait  en  sa  maison  exercice  de  prières  et  de 
«  lecture  de  l'Ecriture  sainte ,  etc.  »  —  M.  Rœhrich ,  BUtoire  de  la  ritarmaiion 
m  Àleaee ,  tom.  ni ,  p.  182 ,  ne  vmt,  comme  nous ,  en  M*  Elie,  qu'un  simple 
ouvrier  mineur  propagateur  zélé  et  eotbousiaste  des  doctrines  de  la  réformation. 


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NOTICE  BISTOBIQOE,  ETC:  81 

tirer  en  pea  de  temps  tous  les  protestants  disséminés  dans  la  vallée 
et  aax  environs.  Heureux  de  trouver  un  point  de  réunion  »  heureux 
surtout  de  n'avoir  à  craindre  dans  l'accomplissement  de  leurs  devoirs 
religieux  ni  les  délateurs  »  ni  les  indifférents ,  se  croyant  plus  forts 
du  moment  qu'ils  n'étaient  plus  isolés ,  ces  hommes  s'attachèrent  les 
uns  aux  autres  par  les  liens  d'une  étroite  fraternité,  bienfaisant  ré- 
sultat d'une  croyance  commune  et  d'une  vie  exemplaire  constamment 
surveillée  par  la  communauté  qui  s'avouait  responsable  envers  Dieu 
dtt  salut  de  chacun  de  ses  membres. 

IV. 

Déjà  en  1553 ,  trois  années  seulement  après  le  commencement  de 
ces  exercices  religieux»  les  réformés  de  Sainte-Marie-aux-Mines 
étaient  devenus  tellement  nombreux  que  l'étroite  maison  de  maître 
Elle  n'ofli'ait  plus  assez  d'espace  pour  les  recevoir  et  qu'il  leur  parût 
indispensable  d'obtenir  pour  eux  et  leurs  familles  les  instructions 
spirituelles  d'un  ministre  consacré. 

A  cet  effet,  ils  s'adressèrent  au  seigneur  de  Ribeàupierre ,  quf» 
seul,  pouvait  autoriser  l'introduction  officielle  du  culte  dissident. 
D'ailleurs ,  les  circonstances  étaient  favorables  »  le  seigneur  lui-ipéme 
était  entré  dans  la  communion  protestante  et  la  régence  autrichienne 
d'Ensisheim  était  trop  faible  pour  contrarier  la  volonté  d'un  aussi 
puissant  vassal. 

Aussi  l'autorisation  fut*elle  accordée  sans  difficulté  et  le  seigneur 
de  Ribeaupierre  engagea  les  pétitionnaires  à  s'adresser  à  l'église 
française  réformée  de  Strasbourg,  alors  florissante  »  pour  la  prier  de 
leur  prêter  l'un  de  ses  ministres.  Elle  y  consentit  en  leur  envoyant  le 
pasteur  Jean  Locquet  qui ,  pendant  quelque  temps,  prêcha  au  temple 
des  mineurs  sur  le  pré  hors  de  Sainte-Marie,  temple  qui,  alors  déjà, 
était  affecté  au  culte  de  la  confession  d'Augsbourg. 

Hais  ce  n'était  là  qu'une  concession  temporaire.  Le  pasteur  Locquet,  ^ 
attaché  à  l'église  française  de  Strasbourg ,  ne  pouvait  faire  que  de 
courtes  apparitions  à  Sainte-Marie  ,  il  ne  pouvait ,  surtout ,  venir  s'y 
6xer  au  milieu  des  fidèles  et  partager  avec  eux  le  bien  et  le  mal  qu'il 
plairait  à  la  Providence  d'envoyer  à  la  jeune  église. 

Elle  s'adressa  donc  au  consistoire  (^e  Genève,  sachant  que  là  se 
trouvait  le  foyer  ardent  de  la  foi  et  de  la  science  réformée  et  qu'elle 
y  rencontrerait  ces  hommes  de  dévouement  et  de  conviction  qui  ne 

S'Aime*.  6 


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&i  REVUE  D'ALSACE. 

sont  pas  rares  dans  les  temps  d'orage ,  mais  qui  disparaissent  ou 
restent  inaperçus  dans  les  moments  de  calme. 

V. 

Son  appel  fut  entendu  et  Genève  lui  envoya ,  en  i555,  maître 
FrançoiM  Mord,  neur  de  CoUonges^  gentilhomme  français  qui ,  ayant 
embrassé  la  doctrine  de  Calvin,  avait  été  obligé  de  s'expatrier,  s'était 
réfugié  en  Suisse  pour  y  vivre  en  liberté  de  conscience  et  y  avait  été 
appelé  au  saint  ministère. 

Morel ,  après  avoir  été  agréé  par  le  seigneur  de  Ribeaupierre*  se 
mit  incontinent  à  l'œuvre.  Il  ne  se  contenta  pas  de  prêcher  à  Sainte- 
Marie  et  d'y  administrer  les  sacrements  ,  il  se  rendit  alternativement 
dans  les  communes  d'Eschery  et  de  Fertrupt  où  résidaient  beaucoup 
d'ouvriers  mineurs  et  il  leur  procura  ainsi  les  moyens  de  participer 
aux  bienfaits  de  leur  culte.  Son  activité  fut  grande ,  mais  elle  devait 
tourner  au  détriment  momentané  de  l'église,  car  les  catholiques  qui 
paraissaient  n'avoir  vu  qu'avec  indifférence  les  exercices  de  religion 
suivis  dans  la  maison  de  maitre  Elle ,  commencèrent  à  s'émouvoir  à 
la  vue  d'un  pasteur  protestant ,  résidant  au  milieu  de  son  troupeau 
et  stimulant  son  zèle  religieux  par  sa  présence  ainsi  que  par  ses 
exhortations  incessantes. 

VI. 

Dès  ce  moment  la  vallée  de  la  Lièpvre  fut  agitée  par  les  dissensions 
religieuses  ;  il  parait  même  que  des  troubles  sérieux  ont  porté  le 
désordre  dans  les  familles.  Il  est ,  du  moins,  certain  que  le  conseil  de 
régence  d'Ensisheim  fut  saisi  de  plaintes  nombreuses  contre  le  pasteur 
et  les  réformés  de  Sainte-Marie.  • 

Ces  plaintes ,  transformées  en  griefs  contre  le  seigneur  de  Ribeau- 
pierre  et  contre  la  tolérance  qu'il  accordait  dans  ses  domaines,  furent 
portées  jusqu'au  trône  de  l'empereur  Ferdinand ,  lequel ,  plus  tard 
et  le  5  mai  i562,  écrivit  à  Egénolf  m  :  c  Nous  sommes  informé  par 
c  la  ohambre  d'Ensisheim  et  notre  bailli  comte  Philippe  d'Eberstein , 
c  que  tu  tolères  dans  les  lieux  de  notre  suzeraineté  diverses  sectes, 
c  telles  qu'Anabaptistes ,  Calvinistes  et  autres  dont  la  présence  est 
c  défendue  par  nos  mandats  ;  que  tu  as  même  opéré  certaines  réfor- 
c  mations  dans  l'Eglise ,  ce  qui  est  contraire  à  tes  engagements  et  à 
<  la  célèbre  confession  d'Âugsbourg ,  puisque  dans  les  lieux  d'où 


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NOTIdS  HISTORIQUE  ,  ETC.  fô 

c  vient  la  oonfesaion  d'Augsbourg  l'on  n'a  touché  ni  aux  images  «  ni 
c  aux  autels  »  ni  aux  baptistères.  Pour  ta  justification ,  tu  as  invoqué 
c  la  paix  de  religion ,  mais  sans  aucun  fondement,  puisque  tu  n'es  pas 
c  prince  souverain ,  mais  soumis  à  notre  suzeraineté.  En  conséquence 
c  nous  t'ordonnons»  que,  pour  éviter  des  peines  sévères  »  tu  éloignes 
c  les  sectaires  et  les  prédicants  et  que  tu  remette  le  tout  dans  l'an- 
c  den  état.  Car  quoique  nous  fussions  en  droit  de  te  punir  tant  cor- 
c  perellement  que  pécuniairement  »  nous  voulons  te  prouver  que 
c  nous  sommes  un  Empereur  chrétien  et  nous  te  pardonnoiis  cette 
c  fois  en  te  bisant  jouir  des  services  de  t'es  loyaux  ancêtres.  > 

vn. 

Egénolf  n'avait  pas  attendu  cette  admonition  sévère.  Craignant 
pour  lui  et  pour  ses  sm'ets  réformés  les  suites  de  l'agitation  croissante 
des  catholiques ,  il  s'adressa  au  duc  de  Wurtemberg»  seigneur  protes- 
tant de  Riquevrihr ,  .pour  l'engager  à  accorder  asile  au  pasteur  de 
S**-Marie-aux-Mines  dans  son  village  d'Aubure  situé  entre  cette  ville 
et  Riquewihr  »  et  à  lui  permettre  d'y  prêcher  les  dimanches.  L'auto- 
risation fut  gracieusement  accordée  et  Morel  s'y  étant  établi  »  ses 
prédications  obtinrent  un  plein  succès  et  attirèrent  les  fidèles  de  la 
vallée  entière. 

VIII. 

Ce  pasteur ,  toutefois  »  ne  pût  rester  longtemps  à  la  tête  de  son 
troupeau.  Rappelé  à  Genève  par  le  consistoire  qui  ne  l'avait  cédé  qu'à 
regret  à  réglisé  croissante  de  Sainte-Marie-aux-Mines  »  il  dût  être 
remplacé  à  Aubure.  0)  Son  successeur  fut  Pierre  Marbœuf  »  protes- 
tant firançais  qui ,  après  s'être  réfugié  en  Angleterre  où  il  avait  com- 
mencé ses  prédications ,  était  venu  se  réfugier  à  Montbéliard,  comté 

C)  De  Genève  où  0  arriva  le  2  JuiUet  1S57 ,  Morel  partit  en  155B  poar  Paris 
où  il  remplaça  le  pasteur  Macard  ^  et  où ,  dn  25  an  28  mai  i559 ,  il  eut  Thonneur 
de  présider  le  premier  synode  national  français ,  celui  qui  a  rédigé  la  profession  de 
foi  connue  sous  le  nom  de  Confetiion  s<»llicanei  Mais  il  avait  reporté  à  Paris  toute 
Taetivité ,  tout  le  zèle  qui  avait  distingué  son  ministère  à  Sainte-Marie ,  aussi  fbtril 
bientôt  obligé  de  qxdiiej  de  nouveau  la  France  et  de  retourner  à  Genève.  Nous  le 
retrouvons  encore  au  fiîmeux  colloque  de  Poissy  où  il  figure  en  qualité  de  ministre 
de  Montargis  attaché  à  Aéné  de  France ,  mais  à  partir  de  ce  moment  Thistoire  et 
les  mémoires  du  temps  ne  font  plus  mention  de  loi.  (Voy.  Haag  ,  la  France  pr»- 
tmatUc  9  verbo  François  Morel). 


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8i  RBVUB  D'ALSACB. 

annexé  an  Wurtemberg.  C'est  cette  circonstance ,  sans  doute ,  qui  le 
désigna  au  choix  du  seigneur  de  Riquewihr  et  ce  choix  fut  des  plus 
heureux. 

En  effet»  Pierre  Harbœuf  continua  d'abord  avec  succès  les  prédi- 
cations de  Morel  à  Aubure  et  se  fit  estimer  et  aimer  par  les  habitants 
protestants  du  val  de  la  Lièpvre*  Aussi ,  lorsque  les  temps  furent 
redevenus  meilleurs  et  que  le  seigneur  de  Ribeaupierre  crut  pouvoir 
de  nouveau  faire  valoir  ses  droits,  il  y  rétablit  le  service  divin  réformé 
en  permettant  à  Marbœuf  de  prêcher  alternativement  à  Eschery  et  à 
Fertrupt.  C) 

IX. 

Ce  zélé  pasteur  songea  dès  lors  à  organiser  sa  jeune  église  sur  les 
bases  les  plus  solides,  la  foi  et  la  discipline.  D'accord  avec  le  seigneur 
du  val ,  il  reconnut  que  dans  les  temps  de  trouble  au  milieu  desquels 
il  vivait  et  dans  un  moment  où  tant  de  sectes  nouvelles  étaient  venues 
altérer  les  principes  du  christianisme  épuré,  il  fallait,  avant  tout, 
proclamer  hautement  la  doctrine  qu'il  enseignait  et  qui  devait  être 
reçue  comme  seule  vraie  par  son  troupeau.  11  rédigea  donc  en  l'année 
i558  une  confession  de  foi  au  nom  de  l'église  réformée  de  S^'-Marie- 
anx-Mines  et  cette  confession  Ait  approuvée  par  le  Seigneur  et  les 
fidèles.  (S) 

Après  avoir  fixé  la  doctrine  »  il  restait  encore  à  pourvoir  à  la  régle- 
mentation de  la  discipline  dans  l'église.  Linfatigable  Marbœuf  ne 
recula  pas  devant  une  tâche  si  difficile  et  si  nouvelle  pour  lui.  Il  com- 
mença par  organiser  son  consistoire  en  créant  des  Anciens  et  des 
Diacres  et  en  chargeant  les  premiers  de  visiter  et  consoler  les  malades, 
de  reprendre  et  admonester  ceux  qui  se  conduiraient  mal ,  et  les 
seconds ,  de  recueillir  les  aumônes  pour  les  distribuer  aux  pauvres. 
Il  rédigea  ensuite  un  règlement  sur  la  tenue  des  consistoires  et  sur  la 

(')  Voy.  ROEBRICH ,  MUthêilungm  aus  der  Gesekichte  der  evangelischen  Kirche 
des  BUatses,  Strasboarg  et  Paris ,  1855 ,  tom.  ii ,  1.  i04. 

(')  Il  est  probable  que  cette  profession  de  foi  fut  basée  sur  celle,  dite  gallicane, 
adoptée  par  le  premier  synode  national  tenu  à  Paris  en  malade  la  mâme  année  1558. 
Nous  en  avons  vainement  fait  la  recherche  tant  dans  les  archives  de  Téglise  de 
St«-Marie  que  dans  celles  des  églises  de  Strasbourg  dont  le  bibliothécaire  ,  Thono- 
rable  professeur  Sehmidtf  a  bien  voulu  se  mettre  à  notre  disposition  avec  la  bien- 
veillance et  rnrbanité  qui ,  de  nos  jours ,  distinguent  le  véritable  savant. 


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NOTICE  HISTORIQUE,  ETC.  88 

répression  des  scandales.  Ce  règlement  qui  fut  adopté  par  la  commu* 
nauté  entière ,  est  un  monument  de  simplicité  apostolique,  de  charité 
chrétienne  et,  en  même  temps;  de  prudence  nfondaioe.  C'est  à  ce 
triple  titre  que  nous  croyons  devoir  le  transcrire  ici  : 

f  La  discipline  ecclésiastique  qui  s*ohserve  et  qui  doit  s'observer  dans  les 
c  églises  de  Sainte-Marie  et  Eschery, 

c  Au  NOM  DB  Dieu. 

c  L'ordre  qui  doit  êstre  observé  au  consistoire  de  l'église  de  S<«-Marie  et 
c  d'Eschery  assemblé  au  nom  de  Dieu  pour  le  gouvernement  d'icelle. 

f  Le  ministre  qui  doit  présider  durant  toute  l'action  invoquera  première- 
f  ment  le  nom  de  Dieu ,  les  Frères  estant  assemblez ,  pour  luy  demander 
f  Tass'istance  et  la  conduite  de  son  Saint-Esprit. 

c  Et  après  se  fera  lecture  par  ordre  d'une  chacune  chose  qui  aura  esté 
f  proposée  et  non  vidée  au  coQsistoire  précédent  pour  en  connaître. 

c  Pour  en  faire  ,  chacun  des  frères ,  en  son  rang  et  sans  interrompre  le 
c  propos  d'un  autre,  et  sans  acception  de  personne,  dire  librement  et  fran- 
c  chement  son  avis  regardant  à  Tédification  de  TEglise  à  effacer  les  scandales, 
f  à  corriger  les  moeurs  et  amener  les  personnes  à  repentance. 

c  Pour  éviter  prolixité  et  ne  point  perdre  le  temps ,  quand  un  avis  aura 
c  été  donné  bon  et  sain ,  celui  qui  parlera  puis  après  ne  le  répétera  point , 
c  ains  donnera  seulement  son  consentement ,  toutefois  sera-t-il  permis  d'a- 
f  jouter  ou  de  diminuer ,  ou  donner  ouverture  ou  éclaircissement  plus  grand 
c  à  la  matière,  moyennant  que  ce  soit  en  peu  de  paroles  £t  succinctement. 

c  Celui  qui  préside  et  qui  conduit  Faction  devra  imposer  silence  à  ceux 
c  qui  parleront  hors  leurs  rangs  et  aussi  devra  réprimer  les  vaines  redites  et 
c  la  trop  grande  prolixité  de  paroles  et  ce  avec  jugement  et  discrétion. 

c  Celui  qui  donnera  son  avis  adressera  ses  propos  à  celui  qui  est  établi 
c  pour  recueillir  les  voix ,  afin  qu'il  en  ait  meilleure  intelligence. 

c  Nul  des  frères  ne  se  tiendra  trop  arrêté  à  son  opinion  à  part ,  ains  se 
f  laissera  conduire  et  enseigner  par  le  Saint-Esprit  qui  se  sert  de  tels  instru- 
c  ments  qu*il  lui  plait. 

c  La  conclusion  des  avis  sera  faite  par  la  plus  saine  partie  et  par  le  plus 
f  de  voix. 

f  Ycelle  conclusion  aura  autant  d'autorité  que  la  vérité  le  requiert  et  comme 
<  ayant  été  conduite  par  le  Saint-E|prit  étant  conforme  à  sa  parole. 

c  Que  si  toutefois ,  après  telle  conclusion ,  il  se  trouve  que  l'Eglise  a  été 
(  mal  informée ,  ou  que  quelques  circonstances  ou  incidents  se  manifestent 
t  à  TEgllse  qui  lui  auraient  été  inconnus,  il  sera  libre  d'ajouter  ou  diminuer 
c  à  la  dite  conclusion  autant  et  si  avant  que  la  parole  de  Dieu  le  requiert  à 
c  Fédification  de  l'Eglise. 


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86  REVUB  D'ALSàCB. 

€  Jk$pauwe$. 

c  Les  choses  du  précédent  consistoire  ainsi  parachevées ,  il  sera  avisé  à 
f  la  subvention  des  pauvres  et  malades  fiams  chaque  quartier, 
c  Rappel  deê  seondfUes. 

c  Après  ces  choses ,  un  chacun  des  frères  en  son  rang  fera  rapport  des 
c  scandales  qui  auront  été  nouvellement  commis. 

c  Nul  des  frères  ne  rapportera  rien  d'incertain  ni  douteux  et  dont  hii- 
€  même  n'ait  la  connaissance,  ou  bien  qu'il  en  soit  bien  et  duement  infonné 
€  par  gens  véritables  et  bien  entendus. 

c  De  tous  scandales  privés  et  particuliers,  connus  entre  un  ou  deux  frères, 
c  la  réconciliation  se  fera  par  un  ou  les  deux  Anciens  du  quartier  et  là  où  fls 
c  n'y  pourront  rien  faire ,  ils  prendront  un  ou  deux  frères  avec  eux  ;  que  si 
c  les  parties ,  ou  l'une  d'icelles  demeure  irréconciliable ,  ils  le  rapporteront 
€  à  l'assemblée. 

c  Pour  ce  que  le  lieu  et  le  pays  nous  contraignent  à  supporter  beaucoup  de 
c  choses  entre  nous  que  nous  désirerions  n'y  être  point  du  tout ,  s'il  advient 
c  qu'U  semble  à  la  contenance ,  au  chemin ,  ou  en  la  maison ,  qu'un  frère 
c  ait  excédé  au  vin ,  n'ayant  toutefois  commis  scandale  en  (ait  ou  en  paroles, 
ff  il  sera  repris  seulement  par  les  anciens  de  son  quartier,  et,  b*û  ne  les 
c  écoule ,  ils  prendront  un  ou  deux  frères,  et  s'il  rejette  leurs  remontrances, 
€  il  sera  ftialement  appelé  au  consistoire. 

c  Celui  gui  «apporte  un  scandale  public ,  ne  fera  récit  ni  discours  de  tout 
c  le  contenu  d'ioejui  de  peur  d'être  trop  prolixe ,  ains  attendra  que  le  scan- 
€  daleux  comparoisse  pour  lui  en  (aiire  la  remontrance  seldn  les  circonstances 
€  et  qualités  du  (ait. 

c  D'autant  que  nous  appeicevons  que  plusieurs  des  anciens  négligent  do 
€  se  trouver  au  consistoire,  l'Eglise  a  ordonné  que  nul,  dorénavant ,  n'ait  à 
c  s'absenter  sans  occasion ,  ayant  demandé  premièrement  congé  ou  averti  un 
c  des  frères. 

c  Pareillement  un  chacun  des  Anciens  fera  devoir  par  chacune  cène  de 
c  porter  l'argent  qu'il  aura  reçu  en  son  quartier  à  celui  qui  est  ordonné  pour 
€  le  débourser,  et  le  rôle  au  Diacre. 

.  €  Afin,  que  ces  choses  demeurent  en  mémoire  et  soient  mieux  pratiquées 
c  entre  nous ,  la  lecture  sera  iaite  de  toutes  les  mesures  générales  entre  les 
€  frères. 

c  L'action  ayant  été  ainsi  bien  conduite  en  la  crainte  de  Dieu ,  celui  qui 
c  aura  présidé  rendra  grâces  à  Dieu  poui*^  les  bénéfices  reçus ,  le  priant  de 
c  bénir  le  ministère  de  ceux  qui  ont  la  charge  et  gouvernement  de  son  Eglise 
c  pour  servir  à  sa  gloire  et  à  l'édification  d'icelle.  •—  Amen.  § 

Ch.  Drion, 

Président  du  Iribiinal  civil  de  Schlestadt. 
(La  9uUc  à  la  prockaino  livraison). 


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ARGENTOUARIA 

STATION  GALLO-ROMAINE  DE  L'ALSACE, 


Une  anDée  s'est  à  peine  écoulée  depuis  que  la  Revue  d'Alsace  a 
fait  part  à  ses  lecteurs  de  l'existence  de  nombreux  tumtiU  dans  les 
environs  de  Schléstadt  (i).  Le  hasard  vient  de  faire  faire ,  dans  le 
courant  de  novembre  dernier ,  une  nouvelle  découyerte  entre  Heidols- 
heim  et  Ohnenbeîm  »  près  des  tumuli  et  de  la  voie  payenne  qui  longe 
le  Rhin.  Il  s'agit ,  cette  fois-ci ,  d'un  établissement  romain  dont  les 
traces  incontestables  ont  été  signalées ,  sur  une  étendue  de  plusieurs 
mètres,  par  M.  Ringeisen,  architecte  de  l'arrondissement  de  Schléstadt, 
qui  avait  été  informé  de  la  résistance  que  Ton  venait  d'éprouver  en 
voulant  déraciner  un  noyer. 

Cet  établissement  ronrain  pourrait  être  plus  qu'un  relai  mutatio , 
et  même  amener  à  la  découverte  d'une  ville ,  ou  tout  au  moins  d'un 
g!te  d'étape  d'une  certaine  étendue,  d'une  mansio.  Examinons  si  cette 
découverte  peut  se  rapporter  à  Argentouarta  que  Ton  a  communément 
placé  jusqu'à  présent  à  Horbourg  près  de  Golmar. 

Quelles  sont  les  données  historiques  ou  géographiques  certaines 
que  nous  possédons  sur  Argentouaria  ? 

Elles  sont  au  nombre  de  trois ,  savoir  : 

i^  Une  mention  de  Ptolémée  qui  la  place  dans  le  pays  des  Rau- 
rafues  (^),  Comme  ce  géographe  vivait  au  deuxième  siècle  de  notre 
ère ,  c'est  le  document  le  plus  ancien  où  Argentouaria  se  trouve  cité, 
puisque  ni  César  ni  aucun  autre  auteur  contemporain  de  la  conquête 
des  Gaules  ou  antérieur  à  Ptolémée  n'en  a  parlé.  Quant  à  l'origine 
celtique  du  nom  même ,  nous  dirons  que ,  jusqu'à  ce  jour^  elle  n'a 

(*)  Aiticle  de  M.  Vatin. 
(^)  Livre  u ,  chapitre  9«* 


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88  REVUB  D*ÀL8AGE. 

été  l'olyet  d'aucune  contestation .  ce  qui  ferait  remonter  ce  centre  de 
population  à  la  plus  haute  antiquité  et  nous  permettrait ,  d'après  ce 
qui  va  suivre»  de  lui  attribuer  la  vaste  nécropole  qui  a  été  en  partie 
explorée  dans  le  cours  de  Tannée  1857.  * 

S^"  La  seconde  donnée  géographique  est  la  table  Théodosienne  où 
Argenumaria  se  trouve  mentionnée  dans  différents  itinéraires  (i). 
Schœpflin  a  reproduit  un  fragment  de  cette  carte  routière  dans  son 
AUaUa  tUustrala  et  nous  y  voyons ,  relativement  à  Argenumaria  »  ce 
qui  suit  : 

A.  d'Argenu^atum  (Strasbourg)  à  Helleium 
(Eli  près  de  Benfeld) 

XII  lieues  gauloises  ou  XVIII  mille  pas  romains* 

B.  de  HeUelum  à  Argenîouaria. 

XII  lieues  gauloises  ou  XVIII  mille  pas  romains*  C'est-à-dire  une 
distance  égale  entre  Strasbourg  et  Eli  d'une  part  et  de  EU  à  Argen- 
touaria ,  d'autre  part.  Or ,  si  nous  appliquons  le  compas  sur  là  carte 
après  avoir  mesuré  l'espace  qui  sépare  Eli  de  Strasbourg  »  et  que 
suivant ,  comme  de  raison  •  la  voie  romaine  dont  le  tracé  depuis  EU 
jusqu'à  Widensohlen ,  près  de  Neuf-Rrisach  ,  est  incontestable  C)  » 
nous  arrivons  entre  Heidoisbeim  et  Ohnenbeim  «  c'est-à-dire  sur 
l'emplacement  des  ruines  découvertes  au  mois  de  novembre  dernier. 

Il  est  à  remarquer  que  la  donnée  de  la  table ,  entre  Argentouaria 
et  Cambeu  (Kembs)  est  évidemment  fautive ,  car  elle  ne  peut  se  rap- 
porter ni  à  Heidoisbeim  ni  à  Horbourg. 

S^"  Il  nous  reste  à  citer  l'itinéraire  d'Antonin  où  Argenumaria  ne  se 
trouve  qu'une  seule  fois  (route  de  Milan  à  Mayence  par  les  Alpes 
Pennines);  mais  nous  verrons  plus  loin  que  l'on  ne  peut  en  aucune  façon 
s'en  rapporter  à  cet  itinéraire  que  nous  ne  citons  que  comme  faisant 
mention  à' Argentouaria. 

(*)  WALGKENyER  ,  Géographie  dês  Gaules ,  tome  ni  passim.  —  Table  théodo- 
steone ,  segm.  5  et  2 ,  de  Milan  à  Strasbourg.  —  Idem  ,  segm.  2 ,  d'Auguata 
Raoraoorum  à  Strasbourg.  —  Idem ,  segm.  2 ,  de  Vindonissa  à  Strasboujig.  — 
Idem  ,  segm.  1  A  B  G  et  segm.  2  A  B  G ,  de  Leyde  à  Vemania ,  et  segm.  2  A  , 
2«  iiinéraire ,  de  Leyde  à  Vemania  (Immensudt). 

(^  Pour  rintelligence  de  ces  explications ,  nous  engageons  le  lecteur  à  suivre 
le  tracé  de  la  voie  payenne  sur  la  carte  de  Tétat-major  publiée  par  le  dépôt  de  la 
guerre  ou  sur  les  eartes  réduites  publiées  par  la  librairie  I^evrault  :  Départements 
des  Haut-  et  Bas-Rbin. 


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ARGENTOUARU,  STATION  GALLO-ROMAINE  DE  L'ALSACE.  89 

Il  résulte  cependaot  de  reiamen  de  la  Table  théodosienne  et  même 
de  ritinéraire  d'Antoniu  :  i^  qn* Argentouaria  doit  se  trouver  eutre 
Siabula  ou  Cambele  (Bautzenbeim  ou  Kembs  et  Bellelum ,  Eli)  ;  ^  que 
d'après  la  Table  tbéodosienne  »  il  y  a  même  distance  entre  Strasbourg 
et  Eli  d'une  part  et  entre  Eli  et  Argenlouaria  d'autre  part ,  ce  qui  ne 
saurait  en  aucune  façon  correspondre  avec  Horbburg. 

Les  antiquités ,  aussi  nombreuses  qu'importantes ,  découvertes  à 
Horbourg ,  ont  fait  penser ,  au  seizième  siècle .  à  Beatus  Rbenanus 
(Lettre  à  Erb  et  Rerum  et  Germantcarum ,  lib.  ili'')  que  là  devait  être 
l'emplacement  d'Argentouaria,  Cet  auteur  trouve  même  dans  le  nom 
de  Horbourg  une  assimilation  qu'il  établit  au  moyen  des  mots  Arburg^ 
Harbwrg ,  comme ,  depuis ,  Ar^tzenhcim  a  élé  pour  d'Anville  et  pour 
Walckenaer  un  élément  de  conviction  qui  n'a  pas  plus  de  valeur.   • 

L'opinion  de  Beatus  Rbenanus  a  été  suivie  par  Guillimann  (Habs" 
burgiaca  »  page  72) ,  car  il  place  de  même  et  sans  motif  raisonnable 
Helveius  à  Scblestadt  et  Argentouaria  à  Horbourg.  « 

Scbœpfiin  est  venu  ,  à  son  tour  »  donner  Tappui  de  son  puissant 
suffrage  aux  idées  reçues  concernant  Argenlouaria  ,  et  s'il  s'est  rangé 
à  cette  opinion  »  c'est  l'absence  de  ruines  romaines  dans  les  environs 
de  Hàrckolsbeim  opposée  aux  antiquités  si  nombreuses  découvertes  à 
Horbourg ,  qui  l'a  fait  décider  dans  ce  sens.  Aussi  voyons-nous ,  dès 
le  commencement  de  la  discussion  savante  à  laquelle  il  se  livre  (t)  sur 
Argentouaria  »  que  la  solution  serait  opposée  à  celle  qu'il  nous  donne, 
si  dans  les  environs  d'Artzenbeim  il  s'était  rencdtatré  des  traces  d'un 
établissement  romain  ;  dans  ce  cas ,  dit-il ,  Argentouaria  devrait  y 
être  placé  d'une  manière  définitive  et  l'opinion  ayant  cours  depuis 
quelques  siècles  (c'est-à-dire  depuis  le  commencement  du  seizième 
siècle)  serait  controuvée  »  erronée. 

Schœp|[in ,  après  avoir  opté  pour  Horbourg  »  réfute  l'opinion  que 
d'Anville  avait  émise  dans  ses  éclaircissements  géographiques  sur 
l'ancienne  Gaule  publiés  en  1741.  D'Anville  trouvant  Argentouaria 
sur  hi  voie  qui  longe  le  àbin  depuis  Augusta  Rauracorum  jusqu'à 
Argentoratum  et  au-delà ,  entre  Strabula  et  Hellelum  ou  Helvetui ,  ou 
bien  entre  Mons  Brisîacus  et  Helvetus ,  cherche  en  vain  quelqu'ana- 
logie  de  noms  vers  Marckolsheim  et ,  ignorant  sans  doute  la  langue 
allemande ,  Heidolsheim  ne  le  frappe  point ,  n'appelle  [  as  son  attention 


(<)  Àlsat.  illuit. ,  tom.  1''  folio ,  p.  193 ,  $  125. 


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90  lUSVCE  d'alsacb. 

tundifi  qu'ArtzenbaiiD  lui  donne  la  première  partie  oo  syllabe  de  son 
Argenumaria  dont  il  ne  retrouve  pas  remplacement ,  mais  qui ,  d'après 
la  table  théodosienne ,  doit  se  trouver  dans  ces  environs. 

Grandîdier  »  dans  son  Hittoire  SAUaee ,  a  fait  valoir  les  mêmes  rai- 
sons que  Schœpflin  el  réfuté  d'Anville  qui  avait  reproduit  son  système 
dans  la  géographie  ancienne  des  Gaules  et  dans  sa  notice  sur  l'ancienne 
Gaule  (page  79) ,  qui  est  restée  pendant  de  longues  années  l'ouvrage 
le  plus  important  que  nous  ayons  possédé  sur  la  géographie  de  h  Gaule 
antérieure  à  l'établissement  des  Wisigoths ,  des  Franks  et  des  Bur* 


Schœpflin  et  Grandîdier  ont  été ,  comme  cela  arrive  aux  maîtres 
de  la  science ,  suivis  et  copiés  par  tous  les  auteurs  qui  ont  écrit  sur 
TÂlsace.  Argentauaria^  une  fois  fixée  à  Horbourg,  est  devenue, 
grâce  à  son  cortège  indispensable  de  statues ,  bas-reliefs»  monnaies 
de  l'importante  cité  A' Argenicuaria ,  une  ville  considérable. 

L'opinion  de  d'Anville  se  fit  néanmoins  jour  encore  une  fois  en 
1839  dans  le  remarquable  travail  géographique  du  baron  Walkenaer 
sur  les  deux  Gaules  Cisalpine  et  Transalpine.  Cet  auteur,  reprenant 
les  données  de  son  savant  devancier ,  n'a  point  considéré  Horbourg 
comme  devant  occuper  infisiilliblement  la  place  é^Argentouaria  et, 
voici  ce  qu'il  en  pense ,  après  avoir  consulté  Schœpflin ,  Grandîdier 
et  M.  de  Golbéry  dont  nous  allons  bientôt  faire  connaître  les  judi- 
cieuses recherches. 

c  Les  mesures  de  ritinéraire ,  dit  Walckenser ,  pour  la  position 
ÔL  Argenumaria ,  autre  lieu  mentionné  par  Ptolémée ,  sur  les  limites 
du  diocèse  de  Strasbourg,  au  midi ,  ou  sur  les  confins  des  Tribocd  et 
des  Raurad,  portent  à  Artzenheim  /près  d'un  lieu  nommé  Marckols- 
heim ,  dont  le  nom  en  langue  tudesque  joue  en  géographie  le  même 
rôle  que  celui  de  Fine^  en  latin.  Le  grand  nombre  d'antiquiiés  qu'on 
a  trouvées  à  Horbourg  démontrent  que  ce  lieu  a  dû  correspondre  à 
une  position  antique  qui  nous  est  inconnue ,  mais  ce  n'est  pas  une 
raison  suffisante  pour  déranger  toutes  les  mesures  des  itinéraires 
anciens  en  y  plaçant  Mgemxoufxria  {})  t 

Celte  opinion  de  Walckenser ,  on  le  voit ,  est  fondée  sur  les  distances 
de  la  table  théodosienne  que  nous  avons  fait  connaître  et  sur  la  position 
ù* Argentimaria  entre  Helvetus  (EU) ,  el  Cambeu  (Kembs) ,  tandis  que 

(>}  WALGUSlusa ,  Géographie  du  Gauht,  i,  p.  î^21-22, 


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AR6ENT0UAR1A  ,  STATION  GALLO-ROMAINE  DE  L'ALSAGB.  91 

Horbooi^  8e  troote  de  côté,  vers  les  Vosges,  près  de  Golmar  et  ne 
semUe  pas  da  tout  répondre  aux  données  des  itinéraires. 

La  découverte  que  l'on  vient  de  faire  entre  Ohnenheim  et  Heidols- 
beim  a  permis  de  constater  sur  ce  point  l'existence  d'un  établissement 
romain  ce  qui ,  d'après  Schœpflin ,  fixerait ,  d'jine  façon  indubitable , 
la  position  à'Argemouaria  en  cet  endroit.  Bientôt  de  nouvelles  fouilles 
seront  exécutées  dans  les  environs  de  ces  villages ,  et  il  en  sera , 
probablament ,  û^Argentouaria  ,  ce  qui  est  arrivé  pour  bien  des 
positiiMis  gallo-romaines  et  ce  qui  se  présentera  encore  pour  d'autres 
sur  lesquelles  la  science  n'a  pu  jusqu'à  présent  dire  son  dernier  mot. 

On  sera  peut-être  étonné  en  consultant  Schœpflin  de  trouver, 
outre  la  mention  de  Ptolémée ,  dont  nous  avons  parlé ,  de  nombreuses 
citations  d'auteurs  anciens  ;  mais ,  hâtons-nous  de  le  dire ,  ces  citations 
se  réfèrent  toutes  à  une  autiy  position  qui  est  Argentaria  et  non  Argeti" 
tmtaria» 

Or ,  Argentaria  oiî  Gratien  a  remporté  une  victoire  sur  les  Allemands 
et  leur  roi  Priarius  est  ilr^en  d'aujourd'hui  près  du  lac  de  Constance. 
H.  de  Ring  (i) ,  a  démontré ,  avec  une  grande  clarté  d'exposition , 
que  cette  action  ne  saurait  se  rapporter  à  Horbourg  et  la  lecture 
attentive  d'Âmmien  Marcellin,  qui  parle  de  la  connaissance  particulière 
du  pays  que  possédaient  les  Lentiens  et  notamment  celle  des  lieux  de 
refuge ,  prouve  surabondamment  Terreur  dans  laquelle  les  historiens 
d'Alsace  étaient  tombés  jusqh'à  ce  jour  C). 

Pour  compléter  ce  que  nous  avons  à  dire  sur  les  opinions  des 
auteurs  relativement  à  Argentauaria ,  il  nous  reste  à  faire  conndtre 
les  recherches  spéciales  de  M.  de  Golbéry  sur  les  voies  romaines  de 
la  Haute-Alsace ,  consignées  dans  un  mémoire  de  1834 ,  puis  dans 
ses  AnîiquUéê  d'AUaee  publiées  en  1828  avec  celles  de  M.  Sc&vreig- 


M.  de  Golbéry ,  voulant  parcourir  la  voie  romaine  qui  menait 
^Argentoratum  (Strasbourg)  à  Augusta  Rauracorum  (Âugst  près  de 
Bâie),  se  place  à  Elsenheim,  sur  la  limite  actuelle  des  deux  départements 
du  Haut-  et  du  Bas-Rhin ,  puis  il  parcourt  la  voie  et  ses  embranche- 


(*)  De  RniG,  EtabUummU  romoMU  du  Rhm  et  du  Danube^  u ,  p.  205-204. 
n  AuoEN  Marcslu»  ,  liv.  xui,  chsp.  10,  coU«»  Nissrd ,  p.  560-61,    • 


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93  REVUE  D'àLSàCE. 

meoU  jusqu'à  Binningen  en  Suisse.  Mais ,  avant  de  le  suivre  dans 
ses  explorations}  nous  devons  remonter  jusqu'à  Eli  près  de  Benfeld  (i). 

Depvb  EU  jusqu'à  Widensofalen  (près  de  Neuf-Brisach)  la  voie 
romaine ,  plus  ou  moins  bien  conservée ,  est  encore  très-apparente 
et  son  tracé  est  incontestable.  Entre  Widensohlen  et  Heiteren  (à  cinq 
kilomètres  au  sud  de  Neiif-Brisacb)  »  il  y  a  une  lacune  »  une  interrup- 
tion ;  mais  la  position  même  de  Widensoblen  et  Heiteren  prouve  qu'il 
y  avait  une  voie  directe  que  Ton  pouvait  suivre  sans  passer  par  le 
Yieux-Bricach  (Moru  Brisiacus)  qui ,  jusqu'au  x"""  ou  xi^"  siècle.,  était 
situé  en  Alsace ,  sur  la  rive  gauche  du  Rhin.  De  Heiteren  un  tronçon 
d'une  belle  conservation  conduit  jusqu'à  la  hauteur  de  Fessenheim  et 
de  là  f  malgré  de  fréquentes  interruptions ,  la  voie  se  dirige  sur  Kembs 
où  se  faisait  un  passage  du  Rhin  vers  Badenwiller  et  les  Agri  Decumates^ 
puis  »  elle  continue  vers  le  sud ,  en  ligne  directe ,  vers  Binningen 
(AriaUnnnumJ.  ' 

M.  de  Golbéry  s'efforce  d'établir  dans  le  cours  de  son  mémoire  (^) 
qu* Argentouaria  correspond  à  la  position  de  HorJi>ourg  qu'H  relie 
à  Kembs  par  une  route  directe  traversant  la  Hardt  où  il  dit  avoir 
reconnu  des  fragments  d'une  ancienne  chaussée  ;  il  signale  ensuite , 
vers  le  nord ,  un  embranchement  qui ,  de  Horbourg ,  va  rejoindre  la 
voie  directe  près  de  Jebsheim. 

Quant  à  la  communication  du  sud ,  c'est-à-dire  de  Horbourg  avec 
Kembs ,  elle  nous  parait  un  peu  aventurée  ,  ou  tout  au  moins  dou- 
teuse relativement  à  son  parcours.  Nous  ne  pouvons  admettre ,  avec 
plus  de  fondement .  l'embranchement  du  nord  ,  c'est-à-dire  de  Hor- 
bourg sur  Jebsheim  »  et  nous  dirons  que  le  fragment  partant  de  la 
voie  directe  qui  a  tant  frappé  M.  de  Golbéry,  par  son  identité  avec 
cette  voie ,  serait  certes  un  argument  très-puissant ,  si  nous  n'avions 
retrouvé  ce  même  fragment  sur  la  carte  de  Gassini  (feuille  165)  comme 
faisant  partie  ou  portion  d'une  chaussée  ancienne  de  Golmar  ou  Hor- 
bourg à  Marckolsheim.  Ge  fragment  s'identifie  avec  la  voie  romaine 
parce  qu'une  portion  de  la  voie  a  été  refaite ,  rehaussée  »  pour  faire 
partie  intégrante  de  cette  chaussée  qui  abandonne  ensuite  la  voie , 


(^)  11  est  à  regretter  que  M.  de  Golbéry ,  arrivant  à  Elsenbeim ,  se  soit  retourné 
vers  le  Haut-Rhio  ,  sans  partir  d*Â!  gentoratum  ou  EUelum  pour  déterminer  avec 
précision ,  vers  le  nord ,  la  position  d'Argentouaria. 

(^)  I^hoepfun-Ra VENEZ,  tome  ii,  pp.  48  sqq. 


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AROEMTOCARU  ,  STATION  GALLO- ROMAINE  DE  L'ALSAGE.  93 

pour  se  diriger  sur  la  route  de  Schlestadt  à  Marckolsheim  »  ce  que 
H.  de  Golbéry  a  oublié  de  mentionaer. 

Il  n'en  est  pas  de  même  d'un  autre  embranchement  qui ,  partant 
de  la  voie  près  de  Grussenheim ,  se  dirigeait  vers  le  Vieux-Brisach. 
Laissons  ici  la  parole  au  savant  auteur  du  Mémoire  : 

«  Il  (l'enobrancbemeni)  porte  aussi  le  nom  de  Beydenweg  (route 
païenne)  :  à  partir  du  bois  les  cultivateurs  le  désignent  ainsi.  A  sa 
gauche  est  un  lumulus  qui  est  placé  moitié  sur  la  banlieue  d'Arizen- 
beim  ,  moitié  sur  celle  de  Marckolsheim.  Depuis  le  lumulus ,  la  voie 
se  dirigeant  toujours  sur  le  Vieux-Brisach ,  est  coupée  par  le  canal  du 
RbAne  au  Rhin.  Les  prisonniers  espagnols ,  attachés  aux  travaux  de 
ce  canal ,  ont  trouvé  là  beaucoup  de  médailles.  Au-delà  du  canal ,  la 
route  n'est  plus  visible  que  par  un  mouvement  de  terrain  ;  mais  un 
canton  qu'elle  traverse  dans  la  banlieue  de  Kuenheim  s'appelle  encore 
aujord'hui  Rœmer.  Elle  arrive  é  la  route  du  Rhin,  sur  le  terrain 
même  où  fut  Edenburg  (i)  et  se  perd,  pour  se  montrer  encore  près 
deBiesheim.  > 

c  Le  Vieux-Brisach  n'est  séparé  de  cette  commune  que  par  l'Ile- 
de-PallICt  et  le  Rhin  a  fait  ici,  comme  on  le  sait,  de  fréquents  ravages. 
Ces  lieux  devaient  être  couverts  d'habitations.  >  (') 

Quant  à  rembranchement  du  Vieux-Brisach  vers  Heileren ,  nous 
croyons,  sans  pouvoir  l'affirmer»  le  reconnaître  dans  l'ancienne  route 
de  poste  qui  part  du  sud  de  Biesheim  pour  aller  se  confondre ,  près, 
de  la  porte  de  Bâie  à  Neuf-Brisach ,  avec  la  route  du  Rhin  de  Bâie  à 


(*)  Edenburg  était  un  village  qui  a  été  détruit  dans  le  cours  du  xvii«  siècle  et 
que  Ton  retrouve  sur  la  carte  d'Alsace  de  Speckle.  L'Almanach  d'Alsace  pour  1789, 
publié  par  Oberlin ,  donne  la  gravure  d'un  monument  découvert  en  ce  lieu  en 
1770  et  représentant  un  athlète  ;  la  lettre  de  M.  Morel ,  médecin  et  physicien  à 
Colmar ,  donne  en  outre  la  description  de  vases  et  de  briques  avec  la  légende 
>>  S  L  XX I  qu'il  explique  ainsi  :  Centuria  sexta  LegùmU  wgeiimœ prima.  M.  de 
Golbéry  parie  aussi  de  ces  découvertes ,  dans  ses  Antiquités  d'Alsace ,  et  nous 
ajouterons  qu'en  1822  de  nouvelles  fouilles  ont  eu  pour  résultat  d'amener  au  jour 
des  vases  d'une  belle  conservation  ,  des  briques  et  des  portions  de  murailles  ro- 
maines d'une  assez  grande  étendue. 

(^)  On  reconnaît  sur  la  carte  d'Alsace  de  Beaurain ,  où  sont  indiquées  les  marches 
des  armées  durant  les  guerres  da  xvii«  siècle,  l'existence  encore  entière,  à  cette 
époque ,  de  toute  cette  chaussée  depuis  Grussenheim.  Elle  venait  aboutir  à  Bies- 
heim ,  dans  le  bas  de  la  commune ,  près  du  château 


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M  nxnm  d*al$acb. 

Strasbourg.  Cette  ancienne  roole,  aujourd'hui  abandonnée  ^  est  fort 
directe  et  très-élevée  »  sauf  le  long  des  glacis  de  Neuf-Brisach  où  elle 
a  été  décapée»  par  suite  des  observations  faites  à  l'intendant  d'Alsace 
par  le  génie  militaire ,  ainsi  que  nous  en  trouvons  la  preuve  dans  les 
procès-verbaux  de  l'assemblée  provinciale  d'Alsace  de  l'année  1787. 

M.  de  Golbéry  s'est  de  plus  livré  à  un  minutieux  examen  des  va- 
riantes que  donnent  les  manuscrits  de  l'Itinéraire  d'Antonin  0)  et  de 
la  TaUe  théodosienne  pour  la  distance  de  Kembs  à  Argentauaria. 
Cette  divergence»  que  reproduit  le  tableau  de  l'Itinéraire  joint  par 
SchœpAin  au  tome  i*'  de  son  AUatia  UUutraui ,  amène  M.  de  Golbéry 
à  reconnaître  c  qu'il  n'y  a  aucun  parti  à  tirer  de  l'Itinéraire  »  et  »  dans 
tes  Antiquitit  d*Alsace  il  place  Ârgentouaria  à  Horbourg  en  disant 
qu'il  iuffU  pour  cela  de  la  correcikm  d'un  ieul  elùffre. 

Nous  allons  proposer  une  autre  opinion  relativement  à  ir^eiiiofiarîa» 
et  nous  le  ferons»  sans  substituer  arbitrairemait  d'autres  chiffres  à 
ceux  des  Itinéraires.  Reconnaissant  »  comme  point  constant  >  que  la 
distance  d'EII  aux  traces  d'un  établissement  romain  entre  Heidolsbeim 
et  Obnenbeim  est  exactement  la  même  que  celle  de  Strasbourg  à 
EU ,  nous  admettrons  les  chiffres  de  la  Table  théodoaienne  et  laisse- 
rons Argentouaria  sur  la  voie  d*Argenîorat  à  Cambeie  ou  Augutta 
Rauraeorum  entre  le  Vieux-Brisach  et  Eli  et  à  la  place  où  des  mines 
viennent  d'être  découvertes.  Quant  à  Horbourg ,  nous  allons  emprunter 
au  Mémoire  même  de  M.  de  Golbéry  et  à  ses  AntiquUis  JP Alsace  la 
preuve  que  Horbourg  devait  être  une  station  entre  le  Vieux*Brisach 
et  le  col  du  Bonhomme,  c  II  devait  y  avoir  une  route  de  Mons  Brisiacuê 
à  Horbourg  :  (^  enfin  il  est  certain  qu'il  y  en  avait  une  autre  vers  l'in- 
térieur de  la  Gaule  partant  de  Horboui^  »  passant  la  rivière  d'Ill  » 
allant  rejoindre  la  vallée  de  Lapoutroye  et  pénétrant  chez  les  leuct. 
J'ai  retrouvé  de  cette  dernière  de  fort  beaux  restes  sur  les  territoires 
des  communes  de  Fréland  »  de  Lapoutroye  et  au  sommet  des  Vosges.  » 

Que  Horbourg  ait  eu  des  voies  de  communication  avec  Unmci  (111- 
zach)  ou  avec  Kembs  d'un  côté  »  et  de  l'autre  avec  la  voie  directe  vers 
le  nord  »  il  n'y  a  là  rien  d'impossible  ou  d'extraordinaire.  On  sait  que 
les  Romains  »  sans  cesse  menacés  par  les  Germains  »  avaient  huit  lé- 

C*)  Schoefflin-Havemèz  ,  tome  ii ,  p.  481  »  §  }29  bis. 
(')  Noos  substituons  id  le  nom  de  Horbourg  à  celui  d'Argentooaris  ce  qui»  dans 
le  fond  »  ne  modifie  pas  l'opinion  de  Fauteur  du  Mémoire. 


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AHGENTOUARIA ,  STATION  GALL0«K0MA1NB  DE  L'ALSAGE.  ^S 

giÔDS  échelonnées  sur  le  Rhin  :  que  l'Alsace  fit  partie  de  la  Germanie 
SQpérieure  et  plus  tard  de  la  grande  Séquanaise  au  sud ,  tandis  que 
la  partie  nord  formait  un  district  spécial  de  frontière  Tractui  Argeh- 
toratenm  qui  s'étendait  jusqu'à  la  Première  Germanie.  De  nombreux 
forts  avaient  été  successivement  construits  sur  les  bords  du  Rhin  pour 
proléger  la  frontière  :  des  voies  de  communication  pour  les  postes  de 
défense  ont  dû  sillonner  notre  province.  Néanmoins»  bien  des  siècles 
se  soat  écoulés  depuis  la  chute  de  l'Emirire  romain  :  les  routes  ont 
été  abîmées  lors  des  grandes  invasions  du  cinquième  siècle  et  n'ont 
pas  été  réparées  dans  les  temps  qui  les  suivirent.  Il  arriva  cependant 
que  des  voies  furent  restaurées  sous  quelques  rois  ou  empereurs»  et 
les  capitulaires  nous  fournissent  b  preuve  de  l'existence  des  v€ks 
publiques ,  sous  la  domination  des  Franks.  (i)  ^ 

Mais  bientôt  tout  se^perd  dans  le  morcellement  du  régime  féodal  : 
des  routes  sont  encore  créées  ou  entretenues  par  corvées  potir  l'uti- 
Uté  des  établissements  religieux  ou  des  manoirs  Céodanx  ;  si  nous 
rencontrons  çà  et  là  des  fragments  d'anciennes  routes  ou  chaussées , 
ne  nous  empressons  pas  d'y  reconnaître  à  l'instant  des  voies  romaines 
£t  tâchons  de  discerner»  s'il  existe»  à  l'appui  de  nos  conjectores»  des 
indices  tels  que  ceux  qui  ont  été  signsdés  plus  haut  par  l'embranche- 
ment de  Grussenheim  vers  le  Vieux-Brisach. 

La  découverte  du  mois  de  novembre  dernier  aura»  —  nous  ne  sau- 
rions plus  en  douter  —  pour  résultat»  de  modifier»  conformément  à 
l'opinion  même  deSchœpflin»  les  idées  admises  jusqu'à  ce  jour  sur 
la  position  d'Argentouaria. 


ColSTE  » 

Juft  in  tribunal  civil  d«  ScUeitadi. 


(']  Les  viœ  milUaret  étaient  classées  dans  le  domaîDe  public.  Voyez  Guérard  , 
Estai  iw  le  My sterne  des  divisions  territoriales  des  Gaules,  depuis  l'âge  romain 
jusqu'à  la  fin  de  la  dynastie  Carlovinyienne» 


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d6  REVUE  D*ALSàCE. 

BIBLIOGRAPHIE. 

Nous  venons  de  recevoir  VAlsatia  de  M.  Auguste  Stœber  pour  les 
années  1856  - 1857.  Ce  nouveau  volume  d'une  collection ,  dont  tous  les 
amis  de  notre  histoire  ont  depuis  longtemps  apprécié  l'intérêt  et  l'utilité , 
ne  le  cède  point  à  ses  aînés.  M.  Stœber  poursuit  sa  généreuse  pensée 
avec  un  zèle  et  un  désintéressement  qui  paraissent  se  rsyeunir  d'année 
en  année.  Son  œuvre  s'accroit  et  se  présente ,  à  chaque  effort  nouveau, 
plus  riche  et  plus  importante.  Nous  n'avons  ni  le  temps  ni  l'espace  qui 
nous  seraient  nécessaires ,  pour  parler  dignement  du  nouveau  don 
que  la  persévérance  louable  de  M.  Stœber  vient  de  faire  aux  amateurs 
dç  nos  antiquités  historiques.  VAkatia  de  1856  -  1857  sera  l'objet 
d'une  étude  prochaine  et  détaillée.  Nous  nous  bornons  aujourd'hui  à 
faire  l'inventaire  des  richesses  qu'il  contient  :  I.  Les  seigneurs  de  Ribcau- 
pierre  et  la  juridiction  alsacienne  des  joueurs  d'instruments,  par 
J.  H.  Heitz  —  II.  Une  cantilëne  religieuse  et  populaire  sur  St.  Morand , 
patron  du  Sundgau  ,  d'après  un  manuscrit  communiqué  par  Christo- 
PHORUS.—  in.  La  délivrance  des  pantouffles  et  de  la  belle  princesse,  conte 
populaire  d'Alsace ,  par  G.  Mûhl.  —  IV.  L'évêque  Conrad  de  Busnang  et 
son  honnête  receveur  Jean  Walthaûser ,  par  L.  Schnéegans. — ^V.  Le  mont 
de  S'*  Odile,  par  le d'  Ch.  L.  Roth  de  Bâie. — VI.  La  torture  dansl'ancienne 
République  de  Mulhouse,  par  Fr.  Otte.  —  VII.  Une  série  de  légendes 
populaires  de  l'Alsace ,  par  CmusTOPHORUS ,  Rimgel  ,  Fr.  JiGCER  et 
AuG.  Stœber.  —  VIII.  L'image  du  roi  sur  le  tertre  du  Fronhoff  de  Stras- 
bourg ;  étude  historique  et  archéologique  ,  par  L.  Schnéegans  —  IX.  Dia- 
lectes alsaciens  ;  poésies  populaires ,  par  AuG.  Stœber. — X.  Beatus  Rhe- 
nanus  ,  étude  biographique  et  littéraire  ,  par  le  doct'  J..MiGHLY  de  Bàle. 
— -  XI.  Les  procès  de  sorcellerie  en  Alsace ,  principalement  au  xvi»  et  au 
xviP  siècle ,  par  Aug.  Stœber.  —  XII.  Documents  sur  la  guerre  des 
paysans  en  Alsace  ;  Diarium  de  Eckard  Wigersheim  ;  petite  chronique 
du  château  de  Freundenstein. —  XIII.  Essai  sur  les  anciens  noms  propres 
allemands ,  par  Christophorus.  —  Le  volume  est  terminé  par  une 
chronique  d'Alsace  très-intéressante  qui  comprend  la  nécrologie  de 
1854  à  1857  et  la  bibliographie  des  ouvrages  relatifs  à  la  littérature  et 
à  l'histoire  d'Alsace  pendant  la  même  période. 

GH.  Gérard  i   avocaU  U  oour  impériale. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES 

M  L'AHCnini  ilUCI. 


LANDAU. 
U. 

ADOLESCENCE  DE  LA  VILLE. 

A  quelle- époque  pourrait  remonter  la  distraction  du  territoire  de 
Undau  et  son  démembrement  du  mundat  de  Wissembourg  pour 
passer  plus  ou  moins  complètement  aux  mains  des  comtes  de  Linanget 
Car  il  paraît  que  c'est  la  maison  de  Unange  qui  vers  le  treizième 
siècle  exerça  soit  à  titre  allodial ,  soit  à  titre  féodal  «  des  droits  de 
souveraineté  ou  d'administration  sur  Landau  encore  village.  Et  quand 
nous  disons  que  Landau  était  encore  un  simple  village  au  commen- 
cement du  treizième  siècle ,  nous  n'ignorons  pas  qu'on  attribue  à 
l'empereur  Otton  m  »  en  l'an  i003 ,  une  concession  de  privilèges  en 
faveur  de  Landau.  Est-il  besoin  de  rappeler  qa'Otton  m  étant  mort 
en  iOOS ,  ne  pouvait  donner  d'investitures  en  ^003 ,  et  que  d'ailleurs 
les  empereurs  de  la  maison  de  Saxe  ne  purent  songer  à  accorder  des 
privilèges  politiques  même  aux  villes  en  assez  grand  nombre  qu'ils 
fondèrent,  ces  villes  étant  plutôt  pour  eux  des  garni  sons  ^  des  espèces 
de  colonies  militaires  ^  que  des  cités  destinées  à  plus  ou  moins  d'in- 
dépendance ? 

Comme  la  maison  de  Linange  donna  vers  la  fin  du  douzième  siècle 
plus  d'un  dignitaire  aux  souverainetés  ecclésiastiques  de  Spire  et  de 
Wissembourg»  on  est  en  droit  de  conjecturer  que  les  premiers  droits 
des.Linange  sur  Landau  proviennent  de  cessions  ou  de  ventes  abba- 
tiales. Ces  droits  ne  paraissent  pas  d'ailleurs  avoir  été  entièrement 
seigneuriaux  »  ils  étaient  plutôt  fiscaux ,  et  on  les  voit  partagés  dans 

n  Voir  la  livraisoD  de  février ,  page  49. 

f-tefe.  7 


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9S  RRVUK  D'aLSàCK. 

le  coromencemeni  ou  au  moins  peu  après  la  première  moitié  du  trei- 
zième siècle  par  le  couvent  d'Etuserihal  (<)  A  cette  époque  Landau 
n'était  p»s  encore  un  centre  de  population  assez  étendu  pour  avoir 
une  église  ;  ses  habitants  dépendaient  de  la  cure  de  Queichheim , 
mais  d'après  SchœpOin ,  dès  Tan  1200 ,  Tordre  célèbre  des 
Augustios  aurait  en  sur  ce  territoire  un  établisseroeot.  En  1276  le 
comte  Emich  de  Linange  y  établit  d'autres  moines  augustins  qu'il 
fit  venir  de  Steygen  près  Saveme  dans  le  diocèse  de  Strasbourg,  pro- 
bablement Ober-Steigen.  (^)  Ces  moines  furent  en  quelque  sorte  les 
parrains  de  la  naissante  ville  de  Landau  «  car  ils  y  bâtirent  la  pre- 
mière église  en  1281 ,  comme*  le  témoigne  une  inscription  placée  au- 
dessus  de  la  porte  de  la  tour.  Cette  église  di^  de  Notre*Dame-de- 
Steige  ou  de  Sancta  Maria  adScala» ,  est  mentionnée  dans  deux  bulles 
de  ce  siècle»  l'une  de  1285  du  pape  Honoré  iv,  l'autre  du  pape 
Nicolas  IV  en  date  des  kalendes  de  juin  1289.  (^ 

Il  semble  résulter  d'un  document  cité  par  Birnbaum  (^)  que  les 
Augustins  possédèrent  dans  Forigine  deux  maisons  à  Landau.  L'une  à 
eux  concédée  par  Emich  de  Linange  en  1276 ,  comme  nous  venons 
de  le  voir ,  l'autre  en  vertu  d'une  donation  faite  en  1517  par  la  noble 
dame  Huse  de  Hohenstadt  aux  frères  Simon  et  Thomas  de  Saarburg , 
et  après  eux  au  couvent  des  Augustins  dé  Landau.  Peut-être  ces  frères 
Simon  et  Bernard  étaient-ils  les  derniers  survivants  des  ermites  de 
1200  «  dont  la  fondation  des  Augustins  aurait  obtenu  l'héritage. 

L'église  aujourd'hui  paroissiale  de  Landau  dont  le  vaisseau  à  croix 
latine  rappelle  dans  ses  parties  les  plus  anciennes  la  première  époque 
ogivale,  serait  donc  la  primitive  église  de  Landau ,  celle  bâtie  par  les 
Augustins.  Lorsque  la  ville  fut  arrivée  à  l'immédiateté  impériale  cette 
église  devint  collégiale ,  malgré  l'opposition  des  Augustins  «  opposi- 
tion qui  donna  lieu  aux  bulles  du  pape  Boniface  viii,  de  l'an  1300. 
et  de  Léon  x  »  en  1517.  C'est  probablement  par  suite  de  l'érection  en 
collégiale  de  cette  église»  à  la  fin  du  treizième  siècle  ou  dans  les  pre- 

(*)  Privilège  au  couvent  d'Eusserthal ,  dans  Wurdtweir,  Subndia  nowi,  p.  195. 

(*]  Privilège  d'Emich  de  Linange  du  5  des  ides  de  février  1276  dans  ScHflEPFLm, 
AUat,  Diplom. ,  p.  12  et  dans  les  preuves  de  BmNBADM  ^  charte  de  Frédéric  de 
Linange ,  confirmation  de  ce  privilège ,  n^  iv. 

{*)  ScHOEPFLiN ,  AUat.  Diplom. ,  tome  ii,  p.  31  et  41. 

(*)  GeteMchU  dmr  Stadi  Landau,  p.  61. 


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VILLBS  LIBRES  ET  IMPÉRULB8  DE  L'ANaENNB  ALSACE.  99 

roières  àonées  du  quatorzième  •  que  les  AugusUns  bâtirent  l'église 
dite  aiqourd'irai  encore  des  Augustins  et  qui  sert  actuellement  d'ar- 
senal à  la  garnison  bavaroise.  Malgré  ses  baies  trop  grandes  pour 
appartenir  à  l'ère  ogivale  du  treizième  siècle  >  ce  monument ,  tout 
dégradé  qu'il  ^t  aujourd'hui ,  montre  en  eflèt  quelques  traces  de 
construction  qui  se  rattachent  à  l'époque  où  l'autre  église  des  Augus* 
tins  fut  déclarée  collégiale. 

A  en  croire  Hertzog  •  Landau  aurait  figuré  dans  la  ligue  des  villes 
formée  en  i255  pour  garantir  la  sûreté  des  routes  contre  les  exac- 
tions des  burgraves.  Lehmann  ne  cite  pas  Landau  au  nombre  de  ces 
confédérés  de  4  255,  et  comme  la  ville  n'avait  pas  encore  été  déclarée 
immédiate ,  il  est  diflBcile  d'admettre  sa  participation  dès  le  milieu  du 
treizième  siècle  à  un  acte  de  celte  importance. 

L'impatience  du  pouvoir  selgueurial  des  comtes  de  Linange  parait 
s'être  fait  jour  avec  beaucoup  de  vivacité  à  Landau ,  dans  la  seconde 
moitié  de  ce  même  siècle.  Peut-être  la  part  prise  parles  Linange  à 
la  guerre  de  l'évéque  Walther  de  Géroldseck  contre  la  ville  de  Stras- 
bourg, contribua-t-elle  à  exciter  chez  les  gens  de  Landau  les  ferments 
ou  les  velléités  d'affranchissement.  Ils  pouvaient  apprendre  par 
l'exemple  des  Strasbourgeois  comment  une  ville  sait  vaincre  ceux  qui 
se  prétendent  ses  maîtres.  Rien  ne  prouve  au  surplus  qu'il  y  ait  eu 
prise  d'armes  des  habitants  de  Landau  contre  la  maison  de  Linange, 
mais  les  concessions  de  cette  maison,  à  partir  de  la  dernière  moitié 
du  treizième  siècle  •  semblent  indiquer  le  besoin  de  transiger  avec 
des  bourgeois  devenus  de  plus  en  plus  exigeants  et  redoutables. 

Comme  dans  beaucoup  dl^autres  villes ,  bourgs  et  villages ,  le  pou- 
voir seigneurial  n'était  pas  d'ailleurs  bien  défini  à  Landau.  La  maison 
de  Linange  ne  prétendait  de  droits  allodîaux  que  sur  une*  très-faible 
partie  du  territoire  de  la  ville.  Ses  droits  féodaux  laissaient  aussi  intact 
une  partie  de  ce  territoire ,  qui  restait  ainsi  de  nom ,  sinon  de  fait, 
terre  de  TEmpire. 

Enfin  Rodolphe  de  Habsbourg,  ce  grand  distributeur  de  franchises 
municipales ,  vint  étendre  sa  main  libératrice  sur  Land^^u.  Sa  politique 
consistait ,  comme  l'on  sait ,  à  s'appuyer  sur  les  villes  contre  les  sei- 
gneurs ,  et  il  avait  appris  à  aimer  la  bourgeoisie  pendant  qu'il  était 
le  chef  soldé  des  milices  strasbourgeoises.  Par  un  premier  diplôme 
daté  de  Haguenau  ,  le  5  des  kalendes  de  juin  1274 ,  il  accorda  à  ses 
amés  bourgeois  de  Landau  le  privilège  d'un  marché  hebdomadaire , 


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lOO  tiSVOB  D'aLSACK. 

celte  source  de  richesses  »  et  par  conséquent  d'indépendioce  eo 
moyeo4ge.  Et  il  Teut  »  ajoute-t-îl .  qu'ils  en  jouissent  au  même  titre 
que  les  bourgeois  de  la  ville  impériale  de  Bagnenau.  (*) 

Ainsi  grâce  à  la  munificence  de  Rodolphe  de  Habsbourg .  munifi^ 
cence  qui  ne  lui  coûtait  guères ,  il  est  vrai  •  la  commune  de  Landau 
comme  corps  collectif  et  les  habitants  de  Landau  comme  individus 
s'enrichissent  déjà  asse^  dès  l'année  1274  pour  se  sentir  plus  forts  i 
rencontre  des  comtes  de  Linange  et  entreprendre  de  compter  avec 
eux.  La  charte  d'Emich  de  Linange  de  1276,  charte  postérieure  de 
deux  ans  à  l'obtention  du  marché  hebdomadaire,  en  fait  foi,  et 
prouve  que  le  seigneur  féodal  rabat  déjà  beaucoup  de  ses  prétentions. 

Dès  1285 ,  d'après  un  titre  du  couvent  d'Eusserthal  O  Landau  avait 
son  conseil  de  ville  (Stadt-Rath)  et  sa  juridiction  municipale ,  puis- 
que le  prieur  d'Eusserthal  cite  un  bourgeois  de  la  ville  accusé  par 
lui  de  détenir  des  biens  appartenant  au  couvent  devant  les  Burg- 
mànner  et  échevins  de  Landau.  Pour  être  arrivée  là  dès  4285  il  fallait 
que  la  ville  fût  déjà  de  fait ,  sinon  de  droit ,  affranchie  de  la  juridic- 
tion des  Linange  \  et  qu'elle  eût  déjà  par  conséquent  une  enceinte 
crénelée ,  cette  garantie  de  libre  individualité  municipale  aux  temps 
de  l'anarchie  seigneuriale. 

Comment  les  bourgeois  de  Landau  se  donnèrent-ils  ces  remparts  ? 
De  vive  force  ou  avec  le  consentement  des  Linange  ?  Scbœpflin  nous 
apprend  que  vers  la  fin  du  treizième  siècle  un  chevalier  nommé  Jean 
de  Rymberg  y  avait  construit  uu  petit  château  fort ,  qui  fut  bientôt 
après  détruit.  (?)  Ce  Jean  de  Rymberg  était  peut-être  quelque  tenan- 
cier de  la  maison  de  Linange  et  la  destruction  de  son  château  pour- 
rait avoir  été  *à  la  fois  le  résultat  d'une  émeute  et  l'origine  de  la 
construction  des  murs  de  la  ville.  C'est  aussi  après  la  destruction  de 
leur  château  en  1246  par  l'évéque  Henri  de  Stahleck  que  les  habitants 
d'Obemai  songèrent  à  se  proléger  par  une  enceinte  continue.  (^) 
Toutefois  il  serait  possible  que  la  construction  et  la  destruction  du 
château  de  Jean  de  Rymberg  se  rattachassent ,  comme  nous  le  ver- 


(*)  SCHQEPF^IN ,  Âls.  iU.  Landau ,  tome  ii. 

(*)  Monoit.  Palat. ,  p.  452  et  Birnbadm,  GêtehiehU  der  Stadt  Landau,  p.  51. 

(')  Scbœpflin  ,  AU.  iU, ,  tome  ii ,  Landau. 

{*)  KOENIGSHOVBN  ,  Chap.  IV. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'iNCIEimE  ALSACE.  401 

rons  d*aprè8 ,  à  nn  autre  épisode  du  déTeloppement  aiunicipal  de 
Landau. 

La  commune  de  Landau  parait  s'éire  formée  de  la  réunion  des 
villages  d'Itsàngen  ^*à*Oberbomheim  et  de  Mulhausen,  (<)  villages  dont 
jes  habitants ,  vassaux -selon  toute  apparence  de  la  maison  de  Linange  • 
vinrent  se  joindre  aux  primitifs  habitants  de  Landau  afin  de  former 
un  corps  plus  compact,  plus  capable  de  résister  aux  exactions  armées 
des  petits  seigneurs  du  voisinage.  L'adjonction  ne  fut  pas  d'ailleurs 
instantanée ,  les  deux  premiers  étaient  déjà  fondus  avec  Landau  lors- 
que le  troisième  vint  s'y  incorporer.  Mérian  rapporte  ces  adjonctions 
an  règne  de  Pépin  »  année  750  ;  (^)  il  est  inutile  de  réfuter  cette  asser* 
tion  »  mhis  les  probabilités  historiques  sont  pour  le  treizième  siècle , 
à  partir  du  grand  interrègne. 

Hulbausen  possédait  le  droit  d'un  marché»  et  c'est  ce  droit  de  marché 
qne  Rodolphe  de  Habsbourg  transféra  à  la  ville  de  Landau  en  l'entou- 
rant de  privilèges  nouveaux.  Comme  le  chapitre  de  Spire  prétendait 
ou  exerçait  des  droits  sur  Mulhausén ,  la  translation  des  habitants  de 
ce  village  et  de  leur  marché  à  Landau  donna  lieu  par  la  suite  à  plus 
d'une  contestation  entre  le  chapitre  de  Spire  et  la  ville  de  Landau. 

En  avril  1291  par  un  second  diplôme  impérial  donné  pendant  son 
séjour  à  Seltz,  Rodolphe  de  Habsbourg  appela  formellement  ses  chers 
bourgeois  de  Landowe  à  jouir  de  tous  les  droits  et  privilèges  dont  tes 
bourgeois  de  Haguenau  se  trouvaient  être  dotés  en  vertu  des  con- 
cessions impériales.  (^  Ce  diplôme  les  affranchissait  implicitement  de 
la  dépendance  des  comtes  de  Linange  et  les  émancipait  légalement. 
Enfin  par  un  troisième  diplôme  daté  de  Landau  même,  le  5  des* 
ides  de  juin  1291  (^)  Rodolphe  i*'  déclara  que  les  bourgeois  c  de  Lan- 
•  dowe  étaient  rassemblés  comme.une  plantation  déjeunes  vignes  qu'il 
«  jugeait  à  propos  de  retenir  pour  lui  et  pour  l'Empire,  y  leur  renouve- 
lant en  outre  le  droit  déjà  concédé  par  le  premier  diplôme  de  1291 
de  posséder  eux  et  leurs  héritiers ,  des  fiefs ,  et  de  jouir  de  la  forêt 
dite  Heingereite ,  ainsi  que  du  marché  hebdomadaire  déjà  accordé  en 
1374  •  et  fixé  au  cinquième  jour  de  la  semaine. 

{*)  SCBOEPFUN ,  Ali,  UU  ,  tome  ii ,  Landau, 
(*)  Mérian  ,  Tapographia  AUatim ,  p.  29. 
O  Lorac ,  Jimeht.'Areh, ,  un ,  p.  1282. 
n  Hiptaialigiit  de  Sgbcrpfum  ,  tome  ii ,  p.  49, 


^ 


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103  nevuE  d'alsice. 

Ce  dernier  diplôme  de  join  4291  qui  ne  précéda  la  mort  de  niiostre 
chef  de  la  maison  d'Âatricbe  que  d'environ  quaire  semaines  et  qai  fui 
donné  pendant  que,  malade  déjà»  ei  comme  pour  fuir  Germersbeim  ou 
r attendait  sa  fin  prochaine»  il  était  venu  visiterLandau,  semblait  devoir 
assurer  i  jamais  Timmédiateté  et  les  franchises  municipales  de  U 
nouvelle  ville  impériale. 

Ce.  n'était  pas  sans  doute  encore  la  liberté,  comme  plus  lard 
l'entendirent  les  villes  libres  et  impériales  d'Alsace,  c'est*à-dire 
l'affranchissement  du  pouvoir  juridictionnel  des  officiers  de  l'Empire. 
U  fout  bien  se  garder  de  confondre  le  titre  de  ville  libre  avec  celui  de 
vUle  impériale ,  quoique  par  la  suite  »  et  en  Alsace  surtout»  la  plupart 
des  villes  impériales  soient  arrivées  à  être  aussi  villes  libres.  * 

Biais  l'indépendance  politique  de  nos  villes  impériales  ne  s'établit 
que  peu  à  peu,  autant  par  les  usurpations  des  bourgeois  que  par  les 
concessions  des  Empereurs.  La  déclaration  d'immédiateté  et  les  immu- 
nités y  attachées  n'avaient  réellement  pour  objet  que  d'arracher  ces 
villes  à  la  juridiction  des  Seigneurs  laïques  ou  ecclésiastiques ,  afin 
de  les  rendre  justiciables  de  l'Empereur  seul  et  de  ses  officiers.  C'était 
plutôt  par  conséquent  une  conquête  du  pouvoir  central  sur  les  petits 
pouvoirs  provinciaux  qu'une  conquête  de  la  liberté.  Néanmoins  les 
libertés  municipales  gagnaient  toujours  beaucoup  à  ce  retour  direct 
à  l'Empire.  Puis  à  mesure  que  les  villes  impériales  devinrent  plus 
riches  et  plus  puissantes  •  à  qiesure  qu'autour  d'elles  se  décomposa 
et  dégénéra  le  pouvoir  monarchique ,  elles  tendirent  davantage  à  bi 
décentralisation ,  de  telle  sorte  que  l'indépendance  politique  suivait 
peu  à  peu  l'affranchissement  civil  de  la  commune ,  comme  en  nos 
sociétés  modernes  les  droits  politiques  ont  suivi  presque  toujours  et 
presque  partout  les  droits  civils  des  citoyens. 

Dans  l'ancien  Empire  germanique ,  bien  plus  que  dans  l'ancien 
royaume  de  France,  l'affiranchissement  des  communes  devait  amener 
leur  indépendance  politique.  La  succession  à  l'Empire  n'ayant  pas  les 
bases  fixes  de  l'hérédité ,  chaque  changement  de  règne  provoquait  des 
changements  de  régime  plus  ou  moins  radicaux.  Le  pouvoir  central 
ne  pouvait  en  effet,  à  moins  de  grands  efforts ,  conserver  ce  prestige, 
qui  en  France  maintint  l'intégrité  nationale.  De  là  ces  bizarres  consti* 
.  tutions  de  Républiques  sous  la  suzeraineté  impériale  •  petits  Etats 
bourgeois  qui  arivèrent  à  se  gouverner  eux-mêmes ,  à  se  liguer  ou- 
vertement entr'euxy  et  qui  souvent  9fi  montrèrent  anssi  Mépendants 


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VILLES  UBRBS  ET  IMPÉRULES  DE  L'ANOENNE  ALSACE.  i03 

d«  suserain  qu'en  France  les  grands  vassaux  de  la  couronne  avani 
Louis  XI.  ' 

Mais  sous  Rodolphe  de  Habsbourg  l'ère  de  rindépendance  n'avail 
pas  encore  sonné  pour  la  ville  déclarée  impériale  de  Landau.  Rodolphe 
retirait  volontiers  d'une^aîn  ce  qu'il  donnait  de  l'autre.  Il  ôtatt  les 
cosununes  aux  seigneurs  pour  les  mettre  aux  mains  de  l'Empereur  ; 
pour  s'en  foire  une  force  et  non  un  embarras.  Peut-être  même  sa 
politique  avait-elle  des  mobiles  moins  grands  »  moins  dignes  de  ce 
que  l'histoire  semblerait  en  droit  d'attendre  de  lui.  (^r  Rodolphe 
était ,  malgré  sa  grandeur,  obligé  de  vivre  au  jour  le  jour.  Simple 
barcm  élevé  au  trône  par  la  jalousie  des  électeurs  entr'eux  au  moins 
autant  que  par  ses  exploits ,  il  se  voyait  souvent  arrêté  dans  son 
chemin  par  un  enliemi  qui  ne  ménageait  guères  plus  en  ce  temps-là 
les  rois  que  les  particuliers ,  le  manque  d'argent.  Dans  ces  extrémités  » 
il  était  parfois  forcé  d'avoir  recours  aux  expédients  les  plus  contraires 
aux  intérêts  de  sa  politique.  C'est  ainsi  qu'il  établit  dû  étendit  l'usage 
d'emprunter  aux  seigneurs  bien  en.fonds .  sauf  à  leur  donner  en  gage 
des  villes  impériales,  sans  trop  se  faire  scrupule  de  détruire  par  là 
son  propre  ouvrage  el  de  rendre  sous  une  autre  forme  à  ses  ennemis 
kl  force  qu'il  leur  avait  ôiée.  Les  déclarations  d'immédiateté  des  villesi 
impériales  semblaient  être  à  ses  yeux  des  moyens  de  battre  monnaie, 
peut-être  même  n'en  augmenta-t-il  si  volontiers  le  nombre  qu'afin  de 
s'en  faire  autant  d'hypothèques  pour  les  emprunts  besogneux  de  son 
goutecnement.  En  ce  cas  ces  diplômes  d'affranchissement  n'auraient 
été  que  des  spéculations  de  bas  étage»  des  lettres  de  noblesse  dont 
îl  leurait  la  vanité  des  bourgeois ,  qu'il  leur  vendait  d'abord  à  beaux 
deniers  comptants  et  puis  qu'il  engageait  moyennant  finances  aux 
anciens  seigneurs  de  ces  villes  ou  à  leurs  voisins.  Tour  de  passe-passe 
fort  peu  digne  de  l'empereur,  et  qui  devait  avoir  poyr  effet  de  pousser 
loiqours  plus  les  communes  à  fiodividualité  en  leur  enlevant  toute 
eoBfiaace  en  leur  appui  naturel ,  l'empereur. 

L'histoire  de  Landau  nous  offre  plus  d'un  exemple  de  ces  jeux  de 
frinceê  :  Le  premier  date  de  Rodolphe  i**  lui-'même.  En  ettéi\  peu 
après  son  diplôme  de  f274,  ère  de  l'Immédiateté  reconnue  de  Landau« 
et  au  mépris  des  principes  qui  semblaient  avoir  dicté  ce  diplôme  «  se 
trouvant  être  en  grande  presse  d'argent  par  suite  de  la  guerre  de 
Bohême  et  de  ses  expéditions  dans  la  Haule«Alsace,  Rodolphe  de  Habs- 
bourg se  met  à  en  emprunter  au  comte  Emich  ou  Eoichon  de  Linange 


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i04  RBVUB  D'ALSàCB. 

ei  lai  offre  «n  gage  pour  qaitre  ans  cette  ville  de  Landaa  è  peiaè 
arrachée  à  son  pouvoir  féodal.  Puis  à  la  mort  d'Emich  de  Unange 
et  de  son  fils  Olton ,  il  engage  par  un  diplôme  daté  d'Erfurt  »  kalendes 
de  mars  4290  »  moyennant  nouvelles  finances  »  l'ancienne  impîgno- 
ration  d'Emich ,  sauf  toutefois  la  ville  de  LaiMau ,  à  Otton  d'Odisen- 
stein.  (1)  Si  la  ville  de  Landau  ne  fut  pas  comprise  dans  cet  engage^ 
ment  à  la  maison  d'Ochsenstein ,  ce  fut  uniquement  »  on  peut  le 
croire  »  parce  que  les  bourgeois  se  saignèrent  afin  de  faire  leur  prêt 
particulier,  et  d'acheter  ainsi  à  beaux  deniers  comptants  la  Jouissance 
de  leur  nouvel  état  civil. 

Pour  faire  face  à  tous  les  sacrifices  d'argent .  qui  la  rachetèrent  au 
moins  momentanément  de  la  juridiction  des  Unange ,  Landau  avait 
dû  avoir  recours  aux  juifs ,  ces  banquiers  à  la  fois  si  puissants  et  si 
exécrés  du  moyen-âge  féodal.  La  nouvelle  ville  impériale  sollicita 
donc  comme  une  grâce  de  Tempereur  Rodolphe  le  droit  de  donner 
ou  plutôt  de  vendre  asile  en  ses  murs  aux  MfSi  et  dès  lors,  en  effet, 
des  familles  joives  s'établirent  moyennant  finances»  qu'on  pourrait 
presqu'appeler  rançon,  au  milieu  des  bourgeois  de  Landau ,  dont , 
comme  de  raison ,  elles  ne  partageaient  pas  d'ailleurs  les  privilèges , 
restant  toujours  pour  ces  derniers  des  gens  taillables  et  corvéables  à 


Grâce  aux  avances  des  juifs.  Landau  avait  déjà  assez  généreusement 
satisfait  aux  besoins  fiscaux  de  Fempereur  Rodolphe  lorsque  ce  der- 
nier mourut  à  quelques  lieues  de  Landau ,  à  Germersheim ,  petit 
bourg  qu'il  venait  aussi  d'appeler  â  l'immédiateté,  mais  qui  ne  devait 
guères  jouir  longtemps  de  cette  prérogative.  * 

Son  suecessseur  au  trône  du  Saint-Empire  germanique  »  Adolphe 
de  Nassau,  montra  d'abord  à  la  ville  de  Landau  le  même  bon  vouloir. 
Le  15  juin  1292  il^  y  vint  à  son  tour  résider  quelques  jours*  et  paya 
l'hospitalité  de  la  ville  en  lui  concédant  la  ferme  impériale  du  village 
voisin  de  Danihem.  (*)  Il  eut  lieu  sans  doute  d'être  satisfait  de  Tac- 
cueil  à  lui  fait  en  cette  circonstance  •  car  deux  ans  après  Témpereur 
Adolphe  revint  à  Landau  tenir  sa  cour  plénière  pendant  les  fêtes  de 
Noël. 

Ces  visites  d'empereurs  n'étaient  peut-être  pas  ce  qui  pouvait  le 

(*)  IMplonatiqae  de  ScHOEnrLDi ,  tom.  n ,  p.  45. 

('}  ScttQBPrw }  Àk,  iU* ,  tom.  n ,  et  Àim,  Colm. ,  p.  28. 


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VILLES  LIBBBa  ET  QIPéaULBS  BE  LANUENNE  ALSACE.  lOS 

m 

vieux  convenir  à  la  pauvre  ville.  Elles  lui  coulaient  chaque  fois  aussi 
cbier  Qu'avaient  pu  lui  coûter  précédemment  les  exigences  des  comtes 
de  Lioange.  La  fable  de  Lafonuine  était  vraie  dès  lors  »  et  les  cités 
d'Allemagne ,  obligées  d'héberger  tour-à-tour  leurs  nomades  souve- 
rains avec  toute  leur  cour,  ne  recevaient  pas  sans  effroi  l'annonce  de 
ces  gracieusetés  impériales  qui  se  résolvaient  toujours  pour  elles  en 
mise  à  sec  de  leurs  épargnes  ou  en  dettes  plus  ou  moins  criardes. 

Mais  les  braves  bourgeois  de  Landau  savaient  faire  contre  fortune 
bon  cœur.  La  tradition  nous  a  conservé  quelques  détails  assez  piquants 
à  l'endroit  de  l'hospitalité  landaviènne  en  celte  occasion  solemieHe. 
La  digne  ville  n'avait  rien  épargné  pour  bien  traiter  son  auguste 
commensal  et  sa  nombreuse  suite.  Tout  le  vin  des  caves  municipales 
et  des  caves  particulières  ayant  été  bu  par  les  chevaliers  et  par  les 
sottdarts  de  l'empereur  »  on  avait  pris  le  parti  d'en  faire  venir  de 
Worms  et  de  Mayence.  Cette  nouvelle-  aussitôt  connue  des  hôtes  de 
Landau  les  aliéeba  beaucoup.  Les  vignobles  du  Palatinat  et  du  Rhin- 
gau  jouissaient  dès  lors  d'une  grande  réputation  »  et  s'approvisionner 
à  Wormsouà  Rttdesheim  pour  remplacer  le  vin  du  crû  c'était  mettre 
le  comble  à  l'hospitalité.  Au  jour  fixé  pour  l'arrivée  du  précieux 
liquide  on  se  rend  donc  en  foule  sur  la  route  du  Rhin.  C'est  une 
pittoresque  procession  de  bouiYeois  endimanchés,  d'hommes  d'armes 
aux  cuirasses  étincelantes ,  de  nobles  dames  et  de  gentes  bachêlettes 
dans  leurs  plus  brillants  atours.  Ces  dernières  cependant  sont  un  peu 
négligées,  il  s'agit  bien  de  galanterie  en  vérité,  lorsque  de  firancs 
Allemands  courent  à  la  rencontre  d'un  convoi  de  vins  !  Les  plus  em- 
pressés sont  même  munis  de  gobelet|i  afin  de  déguster  séance  tenante 
les  barriques  de  vin  du  Rhin ,  et  l'on  ne  parle  de  rien  moins  que  de 
mettre  incontinent  en  perce,  dès  leur  arrivée  sur  la  rive,  ces  barriques 
si  désirées. 

Malgré  toute  leur  munificence  ce  n'était  pas  le  compte  des  amphy- 
trions.  L'aspect  des  tonneaux  vides  de  leurs  caves  leur  avait  fiiit  flsûre 
un  triste  retour  sur  les  inconvénients  d'une  hospitalité  trop  généreuse  ; 
ils  veulent  au  moins  garder  pour  eux  une  part  des  tonneaux  pleins 
qui  arrivent.  Mais  comment  faire ,.  i:omment  se  garer  de  leurs  hôtes 
trop  indiscrets ,  trop  forcenés  buveurs  t  Si  le  convoi  fait  solennelle- 
ment son  entrée  à  Landau  en  présence  des  gardes  de  l'empereur  ^ 
il  eit  perdu ,  il  est  mis  au  pillage ,  il  est  bu  sans  désemparer ,  et  plus 
rien  pour  le  lendemain ,  plus  rien  pour  les  bourgeois  qui  payent  et 


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i06  REYOB  D'AUàCB.       . 

qui  eux  aossi  voudraient  avoir  le  plaisir  de  dégnsler  le  Ueb^fraùmi 
mikk  acheté  pour  leur  compte.  Dans  cette  extrémité  le  côdaeii  de 
ville  a'asaemble,  on  ne  sait  à  quel  saint  se  vouer  »  chacnu  donne  son 
avis ,  et  Ken  sait  quel  avis  !  Enfin  nn  des  écbevins ,  homme  de  téce  ; 
surtout  quand  il  s'agit  de  boissons ,  trouve  moyen  de  sauver*  à  la  fôi^ 
les  renforts  de  vins  achetés  par  la  ville  et  sa  réputation  d'hospitalité. 
Il  faut  envoyer  secrètement  un  bateau  à  la  rencontre  des  bateaux  de 
Worms  et  de  Mayence  «  le  munir  de  bcm  nombre  de  futailles  vides 
qu'on  remplira  d'un  peu  de  vin  et  debeaucoup  d'eau.  Puis  les  futailles- 
ainsi  remplies  d'un  hygiénique  mélange  seront  débarquées  en  grande 
cérémonie  et  mises  immédiatement  k  la  disposition  de  leurs  hôtes  » 
tandis  qu'on  attendra  la  nuit  pour  faire  entrer  en  ville  le  reste  du 
convoi  anx  tonneaux  encore  purs  d'alliage.  Ainsi  dit ,  ainsi  fait  ;  les- 
hommes  d'armes  Impériaux  donnent  dans  la  supercherie ,  non  sans 
s'étonner  de  trouver  si  peu  alcoolique  ce  vin  si  renommé.  Et  c'est 
ainsi  que  la  bourgeoisie  de  Landau  ii  su  mettre  de  l'eau  dais  le  vin 
de  l'empereur  Adolphe. 

Serait-ce  par  rancune  de  cette  fraude  économique  qu'Adolphe  de- 
Nassau  »  diminuant ,  autant  qu'il  le  pouvait  »  le  bienfiiit  de  Rodolphe 
de  Habsbouig,  obligea  la  vifle  de  Landau  à  payer  chaquç  année  au* 
chapitre  de  Spire  une  rente  de  douze  livres  pesant  d'aiigeut  0)  » 
en  compensation  de  la  translation  à  Landau  du  marché  de  Hnlhausen 
sur  lequel  le  chapitre  prétendait  des  droits  ? 

Cette  restitution  de  droits  au  chapitre  de  Spire  »  qiii  précisément 
alors  était  gouverné  par  un  membre  de  la  maison  de  Linange  parait 
avoir  été  suivie  d'un  autre  mauvais  procédé  .d'Adolphe  de  Nassau 
pour  la  nouvelle  ville  impériale  érigée  par  son  prédécesseur.  Nous, 
avons  parlé  du  château  de  Jean  de  Rymbergqui  existait  i  Landau  vers  la. 
fin  du  xm*  siècle.  Ce  château»  qui  ne  semble  pas  pouvoir  se  CQpcilier,eQ 
tant  qu'occupation  seigneuriale  ou  féodale  »  avec  les  privilèges  de 
Rodolphe  de  Habsbourg,  aurait  sa  raison  d'être  plus  apparente  sous  le; 
règne  d'Adolphe  de  Nassau. 

En  eflfet  les  privilèges  de  Rodolphe  parlent  seulement  de  cwmJa 
à  Landau  •  c'est-à-dire  de  magistrats  municipaux ,  tandis  que  ceux 
d'Adolphe  de  Nassau  parlent  de  autr^mes  et  de  contulet  c'est«à-dire. 

^  I     ■■      ■  ■-MM    ■    Il  I   .111.,.  M      ■  i»iiiii      I  I  ■  ■       III         I     m !■■■      ■ 

(<)  ScmsprLm ,  AUai.  DipUm, ,  um.  n ,  p.  51 ,  et  UmnsAon ,  Gttekêahtê  itr 
5fadltaidoii,p.70,7î,7^. 


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VILLES  LIBRES  ET  IHPÉBIALES  I»  L'ANCIENNE  ALSACE.  107 

à»  cbâlebôDs  »  fBwrg*mmner  oo  BuTQ-vogun) ,  eK  de  magisirats 
bourgeois.  C'était  un  retour  vers  le  régime  antérieur  à  l'octr^ri  des 
diplômes  de  1390  et  de  1391  »  et  le  château  de  Rymberg .  sok  qu'il 
ait  été  tenu  par  un  officier  des  Ltuange  »  soit  qu'il  aitsenri  de  résidence* 
à  ces  Burg^mamer  relatés  dans  les  titres  d'Adolphe  de  Nassau  »  fut 
évidefluuent  une  menace  pour  les  franchises  municipales .  une  reprise 
de  possession  quasi  seigneuriale.  Aussi  voyons^nous  qu'il  ne  résista 
pas  longtemps  à  cette  boui^eoisie  trop  nouvellement  émancipée 
pour  o*étr0  pas  très-jalouse  de  ses  droits  ou  de  ses  progrès.  L'histoire 
ne  nous  dit  pas  comment  il  finit.  Fût-ce  à  la  suite  d'une  émeute  ou 
avec  le  concours  du  pouv<Mr  impérial  ?  Pour  avoir  disparu  ainsi  sans 
laisser  de  tr^ce  11  faut  croire  que  quelqn'émeute  le  nivela,  quel- 
qu'émeute  qû  aurait  eu  son  explication  dans  l'antagonisme  naissant 
des  castretues  et  des  contuki  ou  de  la  nobresse  urbaine  et  de  la 
bourgeoisie. 

En  définitive ,  s^uf  la  rédimation  k  payer  au  diapiire  de  Spire  en< 
compensation  de  la  translation  du  marché  de  Mulhassen ,  Landau 
n'eut  pas  trop  k  se  plaindre  d'Adolphe  de  Nassau ,  et  l'octroi  de 
Dambeim,  avec  ses  homme»  »  terres,  prés,  vignes,  bois,  dm  compenser 
aux  yeux  des  bourgeois  l'humiliation  de  la  rente  stipulée  par  lui  en 
faveur  du  chapitre  de  Spire  et  dont  il  a  été  fiiit  mention  ci«des$us» 

La  clause  de  cette.concession  de  Damheim  qui  donne  à  Landau  le& 
homme»  de  ce  village  est  surtpilt  remarquable  :  elle  est  en  quelque 
sorte  la  mise  en  pratique  du  droit  de  posséder  des  fiefs  conféré  ï 
Landau  par  Rodolphe  de  Habsbourg.  (<)  Comme  les  nobles  seuls 
pouvaient  posséder  des  fiefs ,  ce  droit  et  la  pratique  de  ce  droit 
équivalaient  pour  Landau  à  une  sorte  d'anoblissement  et  constituaient 
bien  réellement  son  état  civil  comme  ville  impériale.  C'est  ainsi 
qu'Obemai  advint  à  la  possession  du  fief  de*Bernard%willer. 

L'avènement  d'Albert  r'  9  fils  de  Rodolphe  de  Habsbourg ,  au  trône 
impérial  »  Ait  plus  favorable  à  Landau  que  celui  d'Adolphe  de  Nassau , 
tué  par  lui  i  la  rencontre  de  Gelheim  près  de  Worms,  le  3  juittet  1398* 
Les  princes  de  la  maison  d'Autriche  paraissent  avoir  dès  lors  affecté 
de  considérer  comme  des  clients  de  famille  les  villes  immédiatisées  par 
le  grand  Rodolphe.  Aussi  voyons-nous  Albert  r  renouveler  à  Laudau 
et  à  ses  bourgeois  tous  les  privilèges  précédemment  accordés  par 

(')  ScBOBrruN ,  AUai.  Diphm. ,  tom.  u ,  p.  112. 


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108  HEVCB  t*AlSk(X.     . 

son  pëire ,  y  compris  pour  les  habicants  oomme  poar  11  ^Id  le  droit 
de  posséder  des  8eb  impériaax.  (^) 

Landau  en  eflét  continua  sous  ce  règne  à  posséder  à  la  fois  Dam- 
beim  et  Mnlhausen ,  quoique  ce  dernier  village  fût  réclamé  à  corps  et  ' 
à  cris  par  le  chapitre  de  Spire  »  auquel  peut-être  la  ville  impériale  ne 
se  montrait  pas  tjrès-empressée  de  payer  la  redevance  stipulée  par 
Adolphe  de  Nassau. 

Ce  fut  aussi  sous  Albert  iv  que  I^audau  se  donna  une  enceinte  plus 
forte  ou  plus  continue .  ce  aui  étall  la  meilleure  des  chartes  d'affran- 
chissement et  surtout  des  sauve-gardes  en  ce  temps-là. 

Mais  lorsque  vint  à  éclater  la  guerre  de  compétition  à  l'empire 
entre  Louis  de  Bavière  et  Frédéric-le-Bel  d'Autriche ,  les  Jours  de 
prospérité  s'envolèrent  bien  vite  pour  la  pauvre  ville  de  Landau. 

Fidèle  à  la  famille  de  ses  bienfaiteurs  elle  avait  pris  fait  et  cause 
pour  l'anti-César  Frédéric  ni,  et  nous  voyons  ce  dpmier  reconnaître  ce 
dévouement  par  deux  diplAmes  conftrmatifs  des  privilèges  antérieurs; 
l'un  de  ces  diplômes  »  dauS  des  kalendes  d'avril  i3i5,  concède  à  la  ville 
la  perception  de  la  gabelle  ou  UmgeU  sous  condition  d'employer  ce 
revenu  à  l'entretien  des  murailles  et  des  tours.C)  L'autre,  daté  du  même 
jour,  promet  de  ne  jamais  engager  la  ville  sous  quelque  prétexte  que  ce 
soit.  (')  Blaiheureusement  c'était  le  vaincu  qui  promettait  et  nou  pas 
le  vainqueur. 

Louis  de  Bavière  s'en  vengea  cruellement.  Il  avait  vu  avec  colère 
son  prévôt  impérial  chassé  par  les  bourgeois  de  Landau ,  et  ceux-ci 
fournir  de  nombreux  volontaires  à  l'armée  de  son  compétiteur  • 
undis  que  le  contingent  régulier  de  la  ville  réuni  aux  troupes  d'Otton 
d'Ochsenslein  qui  commandait  dans  le  Spiregau  au  nom  de  Frédéric  m, 
faisait  le  plus  de  mal  possible  aux  Bavarois  et  à  leurs  alliés ,  les  bout* 
geois  de  Spire.  (^) 

Aussi  dès  l'an  1317  par  un  acte  daté  de  Francfort  engagea-t-il  la 
ville  alliée  de  Fréderic-le-Bel  à  cette  même  ville  de  Spire  qu'elle 
venait  d'offenser  et  de  combattre.  L'engagement  s'élevait  à  5S00 

(')  ScBCePFLiN  f  Àltai.  illust. ,  tome  u ,  —  Landawa. 
{*)  ScHOEPFLm ,  ibidem. 
(')  ScaoBPFLiN ,  ibidem. 

{*)  Lbbiukn,  CAronioon  Spirmuê^  lib.  fH,  csp.  xxiv,  etNAsiàN,  ropoyropMa 
ÀUaiim ,  p.  29. 


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VILLSS  LIBURS  ST  lȃllfALB8  DB  L'ANaBNilB  ALSACE.  iO^ 

Ïhre^-Hdler,  somme  considérable  pour  le  temps^  et  Louis  de  Bavière, 
sur  la  demande  des  bourgeois  de  Spire  »  ordonna  de  plus  quejes 
murs  de  Landau  seraient  rasés.  (*)  Pendant  deux  ans  Landau  parvint 
toutefois  à  Se  soustraire  à  Teiécution  de  ces  dures  conditions*  et 
pendant  ces  deux  années,  bien  loin  de  démolir  leurs  fortifications  » 
les  habitants  s'évertuèrent  à  les  rendre  plus  redoutables ,  mais  en 
1319  Loliis  de  Bavière  vint  en  personne  attaquer  la  viUe.  (')  Déjà 
Tinvestissement  avait  eu  lieu  et  l'assaut  allait  être  donné ,  lorsque 
grâce  à  l'intervention  des  villes  de  Mayence ,  de  Worms  et  d'Oppen*» 
heim ,  une  transaction  ou  capitulation  fut  consentie  de  part  et  d'autre. 
Landau  paya  ou  s'engagea  de  payer  sa  rançon  à  Spire ,  et  en  outre 
des  5S0O  llyres-Heller ,  elle  dut  payer  à  l'empereur  une  somme 
moins  considérable  pour  racheter  ses  fortifications.  Ce  dernier  article 
fut  stipulé  en  sa  faveur  par  le  landvogt  d'Alsace.  (') 

Il  ne  parait  pas  que  Landau  se  soit  tenue  pour  complètement  battue 
dès  lors  et  ait  •  malgré  ses  malheurs  •  abandonné  la  cause  de  Frédéric- 
le-Bel.  Jetant  même  de  nouveau  le  gant  à  l'empereur  bavarois,  elle 
envoya  son  contingent  grossir  l'armée  archi-ducale.  Mais  la  bataille 
d'Amphingeu,  près  Muhldorff,  le  28  septembre  ÎS22,  ayant  mis  l'infor- 
tuné Anti-César  au  pouvoir  de  son  rival ,  qui  l'envoya  dans  les  cachots 
du  château  de  Traussnitz ,  le  vœ  viciU  sévit  avec  toiHe  sa  rigueur 
contre  les  partisans  de  Frédéric ,  et  surtout  contre  Landau. 

La  mémoire  de  ce  temps  de  calamité  s'est  conservée  longtemps  à 
Landau.  Les  gens  de  Spire  et  les  ofliciers  bavarois  régnaient  en 
maîtres  absolus  à  Landau.  Ils  se  plaisaient  à  faire  supporter  à  la  cité 
vaincue  ces  mille  petites  tyrannies ,  lâches  et  inutiles  »  qui  ont  rendu 
le  nom  de  Gésier  si  exécré  en  Suisse.  Non-seulement  ils  avaient 
désarmé  les  bourgeois ,  mais  au  mépris  du  rachat  consenti  en  1519^ 
ils  avaient ,  sinon  entièrement  rasé ,  au  moins  démantelé  l'enceinte 
de  la  ville.  Enfin  ils  s'eflbrçaient  à  force  de  vexations  d'exciter  des 
soulèvements  qui  pussent  servir  de  prétextes  à  de  nouvelles  ran- 
çons. (*) 
——————       — — — — — _______«^.-_»___    » 

(')  LSHMANN ,  Chran.  Spir. ,  p.  690. 

n  Lettre  de  Louis  de  Bavière  à  la  ville  de  Strasbourg ,  datée  de  son  camp 
prè%de  Landau ,  le  6  des  kalendes  de  septembre  1319,  —  dans  Schqepflin. 

(')  Lehmann  ,  Chron.  Spir. ,  ibidem ,  et  Schqepflin  ,  Alêoi,  ilL  ,  tom.  u  ;  -^ 
et  Bmrai&iJif ,  p.  90  et  473. 

(*)  BuwBÀim ,  Geschi€hte  dw  Stadl  Landau. 


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140  fiinm  0'al8àcb. 

Reaiar(|aons  qae  ce  furent  uo  eoipereor  du  aaog  bavarois  et  là 
juridiction  de  Spire  qui  présidèrent  ainsi  à  Tëpoque  la  plus  dottloo* 
reuse  des  annales  de  Landau ,  et  aujourd'hui ,  au  mépris  de  tous  ces 
antécédents  historiques,  au  mépris  de  toutes  ces  traditions .  Laodau 
a  été  cédé  à  un  prince  de  Bavi^  et  à  la  juridiction  de  Spire! 

De  4322  à  1325,  trois  années  écrites  en  caractères  de  sang  dans 
les  fastes  de  Landau,  nous  voyons  la  malheureuse  ville  se  débattre 
sods  une  tyrannie  non  moins  eitravagante  que  cruelle.  En  1324 
l'impignoration  de  Landau  à  la  ville  de  Spire  n'ayant  pas  sans  doute 
paru  assez  humiliante  à  l'empereur ,  il  la  transmit,  moyennant  nou* 
velles  finances ,  à  l'évéque  de  Spire ,  et*  cet  évéque  était  l'ancien 
seigneur  féodal  de  Landau ,  Emichon  de  Lînange  ! 

En  4325  il  y  eut  un  instant  où  les  boui^eois  de  Landau  crurent 
pouvoir  respirer;  ce  fut  lors  de  la  réconciliation  opérée  par  les  soins 
du  Pape  Jean  xxii  entre  Louis  de  Bavière  et  son  prisonnier  Frédéric- 
le-Bel  d'Autriche.  Ce  dernier  ayant  été  mis  en  liberté ,  plaida  en  effet  » 
mais  assez  timidement,  la  cause  de  Landau  auprès  de  son  heureux 
rival.  Le  landvogt  d'Alsace  et  les  villes  impériales  de  la  landvogtey , 
conjointement  avec  les  villes  de  Mayence ,  Worms  et  Oppenheim , 
intervinrent  avec  plus  de  décision  ;  grâce  à  cette  intervention  l'em- 
pereur, tout  en  maintenant  ses  impignorations ,  se  réserva  le  tribunal 
provincial  établi  à  Landau,  ce  qui  sauvait  la  ville  impériale  d'un 
retour  complet  au  régime  féodal  d'avant  Rodolphe  de  Habsbourg. 

Un  des  affronts  les  plus  cruels  sans  doute  au  cœur  des  habitants 
de  Landau  fut  celui  de  la  stipulation  impériale  qui  les. assimilait  aux 
juifs  de  Spire  et  les  engageait  en  même  temps  que  ces  derniers  à 
l'évéché  de  Spire.  Par  un  acte  de  4338  Louis  de  Bavière  décida  même 
•  que  Landau  ne  pourrait  être  racheté  à  part  et  devrait  suivre  le  sort 
des  juifs.  0) 

Ainsi  toujours  la  suprématie  soit  de  Spire  soit  de  l'évéque  de  Spire 
et  toujours  même  haine  de  Louis  de  Bavière  pour  la  ville  impériale 
de  Rodolphe  de  Habsbourg  ! 

Ce  n'est  pas  tout  :  Ed  4343  l'empereur  Louis  qui  avait  impignoré 
Anv^eiler  et  Trifels  à  ses  agnau  les  comtes  palatins  ^  leur  impignora 

■  '    ■  —        ■   ■  ■  ■  ■    -■■     ■  .  -   1^ 

(*)  SiHONls ,  Beiehreibung  aller  Bisehoffen  zu  Speyr  ,  p.  11G  .  et  Lehmann  , 
Ckron.  Spir, 


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yfLLBS  LIBRES  ET  MF^RUbE»  Iffi  b'ANCfBlINE  AUACB.  III 

«iisfi  le  droil  de.racbat.de  Laodau.  {^)  La  ville  est  ainsi  ballottée  en 
quelque  sorte  entre  Yéséché  de  Spire  et  les  comtes  palatins»  elle 
tombe  de'  Cbàrybde  en  Scjlla^  elle  passe  de  main  en  main  comme 
ces  jnifs<an  sort  desquels  elle  est  liée ,  aïOourd'boi  cédée  à  une  ville 
rivale,  à  Spire,  demain  à  Emicb  de  Linange»  évéque  de  Spire, 
*  après>demain  aux  comtes  palatins ,  et  toujours  par  le  feit  de  l'empe- 
reur Louis  de  Bavière  ! 

.  Cependant  on  cite  un  titre  attribué  à  Louis  de  Bavière ,  mais  dont  y 
ne  reste  qu'une  copie  sans  •caractère  d'authenticité  et  d'après  lequel 
ce  prince  aurait,  eq  1546,  pardonné  à  Landau  qu'il  aurait  même  voulu 
rétablir  dans  ses  immunités.  (^)  Ce  pardon ,  s'il  fut  octroyé  par  Louis 
de  Bavière ,  ne  pouvait  être  qu'un  pardon  m  articulo  moriû ,  une 
velléité  de  miséricorde  plutôt  qu'une  réparation  véritable,  l'em- 
pereur étant  mort  peu  après ,  en  1347  ,  au  milieu  de  ses  préparatifs 
de  guerre  centre  Charles  de  Luxembourg ,  roi  de  Bohême.  U  est 
possible  que  cet  acte  ait  été  inspiré  par  le  désir  de  rallier  Landau  à 
sa  politique  et  de  Tempécher  de  se  jeter  dans  les  bras  du  fils  du  roi 
de  Bohême,  Charles  de  Moravie,  élu  malgré  loi  roi  des  Romains  en 
4546. 

Ce  dernier  ayant  pris  possession  ^u  sceptre  impérial ,  soqs  le  nom 
Charles  iv,  ne  se  montra  pas  plus  favorable  à  Landau  qqe  son  prédé- 
cesseur. Comriie  prince  de  la  maison  de  Luxembourg,  il  ne  devait  pas 
avoir  plus  de  sympathie  que  les  princes  de  la  maison  palatine  pour 
les  clients  de  la  maison  d'Autriche.  Aussi  se  borna-t-il  à  défaire  Tim- 
pignoration  éventuelle  de  Landau  au  comte  palatin  du  Rhin  et  à  réen- 
gager purement  et  simplement  celte  ville  à  l'évéché  de  Spire.  {^) 
Mais  sous  Charles  IV,  empereur  plus  érudit  qu'énergique,  et  plus 
occupé  de  ses  possessions  héréditaires  que  des  intérêts  de  l'empire , 
les  villes  impériales  purent  en  général  étendre  assez  facilement  leurs 
libertés,  et  Landau  profita  de  ce  laisser-aller  du  monarque  pour 
essayer  de  ressusciter  quelques  unes  des  siennes.  Sans  s'aventurer  à 
rompre  ouvertement  ses  liens  de  vasselage  ou  de  gage  féodal  avec 
l'évéché  de  Spire ,  la  ville  obtint,  par  l'entremise  de  Jean  de  Lich- 
tenberg,  évêque  de  SjLrasboorg,  landgrave  de  la  Basse-Alsace  et 

(*)  SUeiajyris  publiei  Palat. ,  part,  u ,  p.  158. 

(')  LvsoG ,  Hnehi-Archiv. ,  p.  1282. 

(•)  ScHCEPFLiN ,  Àls.  Dipl. ,  tome  u ,  p.  192. 


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laodvogt  d'Alsace ,  la  permission  de  relever  ses  moraines,  et  la  coo- 
splatioD  d*élre  administrée'  ei  jugée  par  nn  Vnter^vogt  et  Setwlimê 
pris  dans  son  sein ,  quoique  délégué  par  Tévéque  de  Spice  an  nom 
de  l'empereur.  (*) 

.  L'année  1548,  qui  suivit  l'avènement  de  Charles  iv  ou  plutôt  son  ^ 
usurpation ,  car  il  ne  fut  définitivement  reconnu  qu'après  la  mort  de 
son  brave  et  malheureux  rival  Gonthier  de  Schwartfbourg ,  cette 
année  1548  si  fatale  aux  juifs  de  l'Allemagne»  a  laissé  aussi  sa  tache 
de  ^ang  dans  les  annales  de  Landau. 

Les  juifs,  surtout  depuis  l'impignoration  de  Louis  de  Bavière,  y 
.étaient  devenus  nombreux  et  surtout  fort  riches.  Ils  égalaient  près- 
qu'en  nombre  les  bourgeois ,  et  les  surpassaient  de  beaucoup  en 
fortune.  Ce  n'est  pas  un  des  traits  les  moins -curieux  de  ce  temps  que 
la  multiplication  prodigieuse  et  l'excessive  richesse  des  juifs  dans  les 
villes  d'empire.  Tantôt  ces  villes  elles-mêmes ,  tantôt  les  empereurs 
ou  leurs  tenanciers  leur  vendaient  â  beaux  deniers  comptants  un 
droit  plus  ou  moins  long  de  résidence  ;  c'était  à  qui  les  attirerait  chez 
soi ,  ces  paries  de  l'Ocddent ,  non  certes  pour  les  fêler  mais  pour  les 
exploiter  et  les  rançonner  sy>rès  les  avoir  d'abord  laissés  se  gorger 
d'usures.  Le  jour  de  compte  ou  d'échéance  venu,  on  se  sonveoait 
tout-à-GOup  qu'ils  étaient  juifs,  mécréanu  et  maudits ,  on  menaçait 
de  les  expulser ,  et  comme  les  expulser  des  villes  c'était  les  envoyer 
pourrir  dans  les  oubliettes  des  burgs  du  voisinage ,  presque  toujours 
on  réussissait  grâce  à  ces  menaces  à  se  faire  donner  une  part  de 
l'argent  amassé  aux  dépens  des  chrétiens ,  et  à  leur  revendre  plus 
cher  un  nouveau  droit  viager  d'asile.  Si ,  en  outre  ^  comme  en  4548 
et  1549 ,  une  contagion  sévissait  dans  le  pays ,  si  la  peste  noire ,  ce 
choléra  du  moyen-âge,  frappait  à  la  fois  les  corps  et  les  imaginations, 
ce  n'était  plus  seulement  â  leur  bourse  qu'on  en  voulait ,  c'était  à 
leur  vie.  Alors  on  s*ameutait ,  on  les  accusait  d'avoir  empoisonné  les 
puits ,  d'avoir  exercé  la  magie ,  d'avoir  commis  les  plus  extravagants 
sacrilèges ,  puis  on  faisait  main-basse  sur  eux ,  ou  on  dressait  des 
bûchers  sur  les  places  publiques ,  et  on  leur  criait  :  Choisis,  chien , 
d'y  jeter  ton  titre  de  créance  ou  d'y  être  jeté  toi-même.  Telle  était 
l'opiniâtreté  d'avarice  presqu' héroïque  de  quelques  uns  de  ces  mal- 

(*)  ScBCEPrLiN  »  AU.  UL  ,  lom.  ii ,  cl  Birnbauh  ,  Guekiehte  der  Stadt  landau ^ 
|>ftge92. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE  .  i43 

taeareux  qae  parfois  ils  préféraient  ce  deroier  parti.  Ce  qu'il  y  a  de 
plus  étrange  c'est  que  ces  infortunés  se  soient  laissés  si  souvent  et  si 
longtemps  prendre  à  cette  glu  toujours  la  même  «  c'est  qu'ils  soient 
revenus  d'eux-mêmes  aux  lieux  où  ils  avaient  le  plus  souffert ,  aux 
lieux  remplis  pour  eux  des  plus  funèbres  souvenirs ,  c'est  qu'-après 
les  persécutions  ou  les  sévices  des  onzième  et  douzième  siècles» 
après  les  mises  à  rançons  et  les  avanies  du  treizième  siècle ,  après  les 
massacres  dû  quatorzième  siècle ,  ils  aient  recommencé ,  comme  si 
de  rien  n'était ,  à  faire  l'usure  précisément  sur  les  points  où  leurs 
usures  précédentes  avaient  été  le  plus  cruellement  châtiées  et  expiées. 
Il  est  impossible  d'expliquer  tant  de  conâance  imbécille  ou  obstinée 
autrement  que  par  l'amour  du  gain ,  à  moins  que  les  héritiers  des 
victimes  n'aient  considéré  leur  retour  aux  endroits  les  plus  arrosés 
du  sang  de  leurs  pères  comme  une  sorte  de  défi  tacite  entr'eux  et  les 
descendants  des  persécuteurs  ;  cette  race  d'Israël ,  que  les  bourgeois 
des  villes  et  les  châtelains  méprisaient  tant ,  voulait  peut-être  »  au 
prix  de  nouveaux  dangers ,  se  venger  d'eux  en  les  ruinant? 

A  Landau  en  4548  et  1349  les  juifs  ne  forent  pas  autant  qu'ailleurs 
des  victimes  passives.  Nous  avons  vu  qu'ils  étaient  égaux  en  nombre 
aux  bourgeois.  Celte  égalité  de  bras  leur  avait  inspiré  un  courage 
insolite.  Ils  s'étaient  munis  d'armes,  organisés  presque  militairement, 
et  ils  avaient  barricadé  non-seulement  leurs  maisons  mais^le  quartier 
où  ils  tenaient  leurs  boutiques  et  leurs  dépôts  sur  gages.  Lorsque  le 
tocsin  d'extermination  vint  à  sonner»  ils  se  trouvèrent  donc  prêts  à 
repousser  la  force  par  la  force  »  et  ils  firent  bonne  contenance.  Mais 
en  même  temps,  plus  confiants  en  leur  or  qu'en  leurs  armes ,  ils 
dépêchèrent  secrètement  un  des  leurs  vers  l'empereur  Charles  iv 
afin  d'obtenir,  et  an  besoin  d'acheter,  la  protection  du  Saint-Empire. 
Soit  grâce  à  cette  protection ,  soit  grâce  à  leur  attitude  vigoureuse  ils 
échappent  en  effet  aux  fureurs  populaires  de  4348,  sauf  quelques 
rixes  isolées,  mais  en  4349  la  haine  de  la  bourgeoisie,  excitée  comme 
partout  alors  dans  la  haute  Allemagne  par  les  exemples  fanatiques 
des  flagellants ,  ne  connaît  plus  de  bornes.  La  guerre  civile ,  car  à 
Landau  l'émeute  contre  les  juifs  prend  les  proportions  d'une  lutte 
régulière ,  recommence  donc  avec  une  rage  égale  de  part  et  d'autre,  ' 
le  sang  coule»  les  tribus  bourgeoises  pressent  vivement  l'attaque , 
les  jui6  de  leur  côté  se  défendent  énorgiquemmt.  Ils  parviennent  à 
faire  traîner  le  siège  en  longueur,  et  en  attendant  le  retour  de  leurs 

9«  Aooét.  8 


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|U  REVUE  d'aLSAGË. 

émissaires  ils  savent  tenir  en  échec  les  assaillants.  Le  nombre  de 
ceux-ci  augmente  pourtant  chaque  jour ,  car  les  villes  voisines  four- 
nissent leurs  contingents  aux  bourgeois  de  Landau  et  un  ennemi  plus 
lerrible  encore ,  la  famine ,  décime  les  assiégés.  Encore  quelques 
heures  et  il  faudra  mourir  de  faim  ou  se  livrer  aux  bourreaux ,  lors- 
qu'un sauveur  arrive  tout-à-coup  aux  juifs  »  et  le  sauveur  le  plus 
inespéré.  C'est  l'évéque  de  Spire  en  personne ,  Emichon  de  LInange 
auquel  l'empereur  Charles  iv  a  confié  la  mission  de  venir  en  aide  aux 
juife  de  Landau.  (*)  Il  est  probable  que  l'évéque  n'aurait  pas  attendu 
l'ordre  de  l'empereur  pour  se  donner  cette  mission  »  car  l'évôcbé  de 
de  Spire  se  distingua  toujours  par  ses  habitudes  de  mansuétude  en 
faveur  des  juifs.  Remarquons  à  cette  occasion  combien  il  est  injuste 
d'attribuer  les  massacres  des  juifs  en  1549  et  en  général  leurs  persé- 
cutions pendant  le  moyen-âge  à  l'influence  du  clei^é.  En  effet  ce 
n'est  pas  seulement  à  Landau  que  le  clergé  s'est  montré  miséricor- 
dieux pour  les  pauvres  juifs.  Il  ne  faut  pas  confondre  avec  l'Eglise 
cette  aggrégation  et ,  l'on  a  le  droit  de  dire,  cette  secte  des  flagellanu 
que  presque  tous  les  évéques  censurèrent  »  que  la  bulle  du  Pape 
Clément  vi  du  40  octobre  1549  condamna  solennellement,  et  dont  le 
fanatisme  extravagant  allait  jusqu^à'  la  révolte  contre  les  pouvoirs 
politiques  et  religieux.  Les  flagellants  ne  furent  pas  d'ailleurs  les 
auteurs  directs  du  massacre  des  juifs  en  1549.  Ils  se  frappaient  eux- 
mêmes  plus  qu'ils  ne  frappaient  les  autres  «  mais  il  est  vrai  qu'ils 
apprenaient  au  peuple  à  voir  et  à  faire  couler  le  sang  pour  le  rachat 
des  péchés  ou  plutôt  pour  obtenir  la  fin  de  la  peste.  A  Strasboui^ , 
par  exemple»  le  massacre  des  juifs  venait  d'avoir  lieu  lorsque  les 
flagellants  entrèrent  dans  la  ville  ;  ils  marchaient  en  quelque  sorte 
dans  le  sang  de  ces  victimes  du  peuple  et  ils  mêlaient  à  ce  sang  leur 
propre  sang,  qui  ruisselait  de  leurs  épaules  sous  les  coups  répétés  des 
fouets  garnis  dé  nœuds  à  pointes  de  fer  dont  ils  se  déchiraient  à  tour 
de  bras.  (*) 

Oui  quant  à  la  prétendue  complicité  du  clergé  lors  dos  crimes 
commis  contre  les  juifs  en  i549  l'histoire  consciencieuse  doit  pro- 
tester. N'avons-nous  pas  vu  de  nos  jours ,  dans  la  capitale  même  de 
I  la  civilisation  moderne ,  à  Paris  ,  des  malheureux  assassinés  pendant 

(*)  Archives  de  Harteobourg  »  Uatre  autographe  de  Charles  iv. 
(')  Voyez  la  diroaique  de  Glosënck. 


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VILLES  LIBRES  ET  IBfPÉRiÂLES  DE  L* ANCIENNE  ALSACE.  41S 

rinvasion  du  choléra  de  1852  sous  le  stupide  prétexte  d'empoisonne- 
ment des  fontaines  et  du  pain  et  des  viandes  de  boucheries?  Certes 
le  fanatisme  religieux  n'était  pour  rien  dans  ces  atrocités.  Est-il  éton- 
nant que  pendant  le  moyen-âge  la  même  féroce  stupidité  ait  voulu 
rendre  responsable  des  malheurs  de  la  peste  les  juifs ,  ces  trafiquants 
toujours  étrangers  au  milieu  des  populations  chrétiennes .  ces  forains 
enrichis  »  habitués  à  supporter  toutes  les  avanies  en  vue  du  lucre,  ces 
âpres  détenteurs  sur  gages,  séparés  de  la  race  de  leurs  débiteurs  par 
les  préjugés ,  par  les  mœurs ,  par  la  croyance ,  par  le  langage ,  et 
jusques  par  l'habit  !  Cessons  donc  d'ajouter  une  fol  aveugle  à  ces 
déclamations  du  dernier  siècle  qui  veulent  rendre  Je  clergé  solidaire 
de  tous  les  fanatismes  du  moyen-ûge.  Bien  loin  de  s'être  associés  aux 
fureurs  populaires  de  1549  les  évéques  et  les  prêtres  ont,  comme 
nous  venons  de  le  voir  pour  Landau  ,  pris  la  défense  des  victimes  de 
ces  fureurs,  et  si  partout  ils  n'ont  pas  réussi  à  les  préserver  «  du 
moins  partout  ils  ont  essayé  d'arrêter  les  bras  des  meurtriers  en  leiur 
rappelant  l'exemple  du  Divin  Supplicié  qui  sur  la  croix  pardonnait  à 
ses  bourreaux. 

Le  résultat  de  la  guerre  des  juifs  à  Landau  fîit  leur  expulsion  géné- 
rale de  la  ville  et  leur  translation  à  Spire  où  ils  étaient  davantage  h 
portée  de  la  protection  épiscopale.  Mais  les  bourgeois  de  Landau  ne 
tardèrent  pas  à  les  regretter .  et  près  de  deux  siècles  après ,  en 
1517 ,  (1)  nous  les  verrons  solliciter  comme  une  grâce  de  l'empereur' 
MaximiFien  i^  la  faculté  de  les  recevoir  de  nouveau  en  leurs  murs. 

La  peste  de  1515  qui  enleva  à  Strasbourg  15,000  âmes ,  à  Cologne 
50,000,  à  Trêves  15,000,  à  Mayence  16,000,  à  Bâle  14,000,  à 
Worms  6,000,  et  à  Spire  9,000  âmes  ,  fut  avec  celle  de*  1548  une 
autre  cause  de  dépopulation  pour  Landau  ;  on  attribue  à  plus  de  la 
moitié  du  nombre  total  des  habitants  les  victimes  de  ces  deux  pestes 
et  de  l'horrible  famine  qui  les  accompagna.  (^ 

L.   LEVRAULt. 

(La  suUi  à  une  prochaine  livraison.) 


(')  SCHCEPFiiN,  Âlsat,  Ulust. ,  tome  il,  —  Landau, 

('}  BIRNBAUM  ,  {1.  122. 


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LES  SCYTHES. 


UEm  ÉTAT  SOaAL,  MORAL,  INTELLECTUEL  ET  RELIGIEUX. 

Smitê.  0 

LA  RELIGION  DES  SCYTHES. 

I. 

LB8  DIVINITÉS  ADORÉBS  MES  SCYTHES. 

t.  Wïïm», 

Pour  un  peuple  pasteur  et  oomade  comme  les  Scythes  •  qui  le 
trouvaient  presque  toujours  en  plein  air  »  l'objet  principal  qui  frappait 
sans  cesse  leurs  regards»  qui  attirait  leur  attention ,  la  nuit  comme 
le  jour  et  leur  inspirait  Tidée  et  le  respect  religieui  d'un  Etre  puis- 
samment surhumain ,  c'était  le  ciel  avec  ses  phénomènes  merveilleux 
et  sublimes  et  ses  influences  bienfaisantes.  Aussi  adoraient-ils  le  Ciel 
comme  un  Dieu  c'est-à-dire  comme  un  être  vivant  (gr.  zoon)  doué 
d'une  puissance  surhumaine.  Comme  le  ciel  n'avait  pas  de  figure 
humaine  il  fut  conçu  d'abord  comme  un  dieu  zoomorphe.  Ce  qui 
frappait  surtout  à  la  vue  de  ce  dieu  zoomorpbe  gigantesque  c'était  le 
soleil,  la  lune  et  les  étoiles  qui  en  étaient  les  ornements.  Or  comme 
dans  l'origine  ces  astres  n'étaient  pas  encore  considérés  oomme  des 
êtres  vivants  ni  comme  des  diviiytés  distinctes,  mais  seulement 
comme  des  parties  intégrantes  ou  comme  ornements  du  corps  du  dieu 
Ciel,  l'idée  caractéristique  dans  la  conception  du  ciel  comme  Dieu  c'était 
naturellement  l'idée  de  brillant  et  par  conséquent  le  mot  par  lequel 
on  désignait  le  dieu  Ciel  signifiait  proprement  Brillant  (  scythe  Divut; 
sansc.  Diaui  p.  divas»  lat.  Diut  cf.  tub  diu  ;  gr.  Ztut  p.  DiFs).  En 


(*)  Voir  les  livraisons  de  janTier  et  février ,  pages  5  et  58. 


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LES  SCYTHES.  117 

donnant  m  dieo  Ciel  des  Scythes  le  nom  grec  de  Zeut  »  Hérodote 
initié  qa'il  était  aux  mystères  »  ou  bien  de  propos  délibéré  ne  foulait 
pas  énoncer  le  nom  scylbe  Divus  dont  il  reconnaissait  parCsiitement 
l'identité  avec  Zeus  »  de  peur  qu'on  ne  prit  Zem  pour  un  dieu  emprunté 
aux  Scythes ,  ou  bien  sans  se  douter  de  cette  identité  des  noms  et 
voulant  seulement  exprimer  le  caractère  distinctif  de  Ditms,  en 
l'appelant  Zeu»,  énonça  le  nom  Scythe  même»  seulement  il  l'énonça 
sons  sa  forme  grecque,  car  dans  les  idiomes  grecs  le  nom  scytbe  Divut 
a  du  être  prononcé  DiFs^  Zeus  (cf.  za  p.dia).  Habitant»  dans  l'origine, 
le  plateau  appelé  aujourd'hui  le  Turkestan  où  fair  est  généralement 
ehaud  et  sec,  les  Scythes  comptaient  parmi  les  principaux  bienfaits  du 
dieu  Gel  la  pluie  qui  arrose  et  féconde  la  terre ,  le  vent  qui  rafraîchit 
et  purifie  l'air  et  l'orage  qui  amène  à  la  fois  la  pluie  et  le  vent.  Aussi 
Dims  éiait-il  adoré  surtout  comme  Père  de  la  pkiie ,  du  vent  et  de 
l'orage.  Comme  fécondatieur  de  la  terre  Dimu  devint  dans  la  mythologie 
l'époux  d'Apia  (Terre)  et  ces  deux  conjoints  Divu»  et  Apia  passaient , 
chez  les  Scythes,  pour  les  parents  primitifs  des  dieux  et  des  hommes 
comme  Ouranot  et  Gè  chez  les  Grecs ,  et  comme  Tien  (ciel)  et  Ti  (terre) 
chez  les  Chinois.  Dès  lors  Divus  eut  encore  l'épithètedesPapfNi 
(HÉROD.  Pappauw)  qui  dans  Pidiomescylhe  signifiait  père,  (cf.  fr.  papa) 
ou  aieul  (gr.  pappos;  armen.  pap  aieul)  et  énonçait  qde  Dwus  était 
le  Père  des  dieux  (cf.  gr,  Zeuê-pater  Ciel-Père  ;  lat.  Jupiter  %.  Diu' 
pater  Gel-Père;  Zeus-Papat  Ciel-Âïeul  en  Phrygie)  et  par  l'intermédiare 
des  dieux  et  des  héros  Yaïeul  des  hommes  c'est-à-dire  d'abord 
principalement  et  exclusivement  l'aïeul  du  peuple  scythique  et  ensuite 
seulement  l'aïeul  des  hommes  en  général.  Comme  Père  des  dieux  il 
était  aussi  leur  chef  et  par  conséquent  le  Dieu  Suprême.  Ensuite 
comme  Dieu  Suprême  des  Scythes,  de  ce  peuple  dont  l'occupation 
principale  et  la  plus  honorée  était  la  guerre ,  Divus  devint  aussi  le 
Dieu  de  la  Guerre  et  cela  d'autant  plus  facilement  qu'il  était  déjà  le  Dieu 
de  l'Orage  et  que ,  suivant  une  association  d'idées  assez  ordinaire 
dans  l'Antiquité,  la  guerre  ou  le  combat,  pour  le  tumulte  et  la  fureur 
qui  l'accompagnent,  était 'assimilé  à  un  orage  (cf.  gf.  polemos  p.  tpole- 
mos  guerre,  goth.  dvabns  fureur).  Celte  nouvelle  attribution  du  dieu 
de  la  Guerre  bien  qu'elle  ne  fàt  en  aucun  rapport  direct  avec  la 
nature  primitive  de  Divus  comme  Ciel,  devint  même  dans  la  suite 
l'attribution  principale  de  ce  dieu,  de  sorte  que  les  historiens  grecs 
{Birod.  4, 59  ;  Tacit.  Uist*  4, 64  ;  Ammkn  MarçeU.  51 ,  S  ;  Jomandcs  53 


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as  REVUE  D'aLSACE. 

considérant  généralement  le  Dieo  Sapréme  des  Scythes ,  des  Gotbs 
et  des  Germains  comme  dieu  de  la  guerre  le  désignaient  aussi  sous  le 
nom  équivalent  grec  ou  latin  de  Ares  et  de  Mars.  Parce  que  Divus , 
le  dieu  des  combats  était  aussi  le  Dieu  Suprême  il  eut,  le  premier  et  le 
seul  de  tous  les  dieux  scythes,  Thonneur  d'être  représenté  par  un  signe 
symbolique  ou  emblématique.  Ce  signe  était  un  glaive  ficbé  en  terre 
sur  la  butte  de  rassemblée  (Hérod.  A,  62)  ou  sur  le  tertre  du  tribunal 
(norr.  lôgbiôrg  ^  màlbiôrg).  D'après  ce  symbole  Dhus  prit  lui-même 
le  surnom  de  Glaive  (scyth.  gaizus ,  gr.  gaisos  cf.  celt.  Hésus.  Lue, 
de  Jove  Trago  »  cap.  42).  C'est  ainsi  que  chez  les  Scythes  Dhms  le  dieu 
du  Ciel  (norr.  Tyr)  devint  encore  le  dieu  Fécondateur  ou  l'époux  de 
la  Terre  (Apia) ,  le  Père  des  dieux  et  des  hommes  {Pappa  ;  norr.  aU. 
fadr),  le  dieu  Suprême ,  le  dieu  de  la  Guerre  {gausus,  sax.  Cheru^  anglo- 
sax.  Ear) ,  le  dieu  des  vents  (Vatans  norr.  Oé^nn)  et  le  dieu  de  l*arage 
fécondateur  (Ptrchunû  norr.  Ftôrgynr).       ^ 

a.  Apia. 

Ce  qui ,  après  le  ciel ,  attirait  le  plus  les  regards  et  l'attention  des 
hommes  en  général  et  des  peuples  scytbfques  en  particulier  c'était  le 
sol  »  le  pays ,  la  terre  qu'ils  foulaient  partout  sous  leurs  pas.  Au 
commencement  lorsque  Tintelligence  et  l'industrie  des  hommes  ne 
savaient  pas  encore  dompter  les  éléments  ni  mettre  de  l'ordre  dans 
la  nature  sauvage  et  inculte ,  les  peuples  primitifs  habitaient  pour  la 
plupart  des  pays  à  moitié  submergés  par  les  fieuves ,  les  rivières  et 
les  torrents  qui  coulaient  au  hasard  dans  des  lits  obstrués  et  tortueux. 
La  terre  c'est-à-dire  la  partie  sèche  (lat,  terra  p.  tersa  essuyée  »  sèche 
héb.  iabbâchà  ;  gr,  Ksèra ,  sèche ,  terre)  dans  ces  forêts  ou  landes 
marécageuses  (sansc.  marvas^  slave  moravia ,  ressemblaient  par  consé- 
quent à  des  terrains  entourés  d'eau  et  qui  d'abord  submergés  étaient 
ensuite  sortis  de  l'eau  et  enfin  s'étaient  peu  à  peu  desséchés.  Trouvant 
partout  le  passage  fermé  par  le  cours  des  fleuves,  des  rivières  et  des 
torrents ,  les  peuples  primitifs  se  voyaient  enfermés  et  confinés  dans 
leur  pays  comme  dans  une  île.  Aussi  considéraient-ils  leur  pays 
comme  une  tie  sortie  des  eaux.  C'est  pourquoi  les  idées  et  les  mots  de 
île  et  de  pays  devenaient  synonymes  dans  les  langues  primitives  » 
et  plus  tard  encore  lorsque  l'homme  plus  civilisé  se  forma  l'idée  de 
la  Terre  ou  de  l'ensemble  des  pays  »  il  lui  semblait  toujours  que  la 
terre  entière  était  sortie  de  la  mer  qui  l'entourait,  comme  les  diflTérents 


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LES  SCYTHES.  119 

pays  étaient  sortis  du  fond  des  eaux.  Telle  est  en  eB^i  l'idée  exprimée 
dans  la  plupart  des  cosmogonies  anciennes.  Selon  les  Hindous  la  terre 
après  avoir  été  soulevée  du  fond  de  TOcéan  nageait  sur  les  eaux  de  la 
mer ,  et  formait  sept  grandes  îles  ou  les  sept  feuilles  gigantesques 
du  lotus  cosmique.  Selon  le  zend-avesta,  Ormtizd  iAhurO'tnaz'dad ,  le 
Brillant*beacoup-sachant  c'est-à-dire  le  Soleil-Génie)  créa  d'abord  le 
ciel,  puis  les  eaux  et  ensuite  il  fit  sortir  la  terre  de  l'océan.  D'après  la 
tradition  assyrienne  (cf.  Gènes.)  il  y  avait  d'abord  les  eaux  primitives 
d'où  sortit  ensuite  la  terre;  et  d'après  la  cosmographie  d'Homère  la  terre 
était  une  grande  Ile  entourée  des  eaux  de  i'0<Eéartos.Demémeque 
d'après  la  eosmogooie  des  peuples  anciens,  la  terre  était  sortie  de 
Tocéan,  elle  devait  aussi  y  rentrer  à  la  un  des  siècles.  De  là,  dansl'escba* 
tologiê  norralne  l'idée  que  la  terre  brûlée  par  le  feu  de  Mu$pell  tombera 
dans  l'océan  d'où  elle  sortira  de  nouveau  ù  la  renaissance  du  monde. 
On  conçoit  d'après  cela  que ,  dans  la  plupart  des  langues  anciennes , 
l'idée  de  pays  et  de  terre  était  exprimée  par  le  mot  îk  et  le  mot  île 
exprimait  étymologiquement  l'idée  de  aquatique  (sansc.  àpiâ)  ou  issue 
de  Veau.  Ainsi  dans  la  langue  scythe  âpiâ  (aquatique)  signifiait  à  la 
fois  iU  et  terre  ;  en  langue  pelasge  apia  (tle»  pays)  était  le  nom  primitif 
du  Péloponèse  et  de  la  Thessalie ,  et  en  Italie  le  nom  pelasge  de 
Messapia  signifiait  pays  du  milieu  (cf.  sansc.  Madhya .  le  Milieu  ;  chinois 
Tchong-Koue  Empire-du-milieu).  En  grec  aussi  aïa  (p.  afia  ;  cf.  héb. 
ttvi ,  /)  signifiait  iU  comme  le  prouve  le  nom  de  la  nymphe  Aia 
(personification  d'une  lie  du  Pbasis)  qui  poursuivie ,  selon  la  tradition 
mythologique ,  par  le  Fleuve  Phasis  se  changea  en  une  tfe  (aïa).  Encore 
du  temps  d'Homère  le  nom  propre  de  Ataïa  (insulaire)  qui  est  un 
adjectif  dérivé  de  ata ,  désignait  la  terre  insulaire  ou  les  tles  à  l'extrémité 
de  rOkéanos.  Dans  les  langues  gothiques  issues  des  langues  gëtiques 
avia  dérivé  de  Apia  signifiait  tle  comme  le  prouvent  les  noms  propres 
de  Seandin-avia  (Scadvein-avia  He  ombreuse)  et  de  Austravia  (Ile 
orientale).' De  Aoia  sont  dérivés  dans  la  suite  le  norrain  ey  (p.  avi  île) 
et  le  suédois  ô  (p.  av).  Le  mot  île ,  à  son  tour  servail  aussi  dans  quel- 
ques langues  à  désigner  le  pays  ;  ainsi  en  sanscrit  dvipa  (Ile)  signifiait 
également  pays^  par  exemple»  dans  Çaka-dvipa  (Ile  ou  Pays  des  Sakes)  ; 
et  en  vieux  français  Ille  de  Persois^  Ille  de  France,  etc.»  signifiait  Pays 
des  Perses ,  Pays  de  France ,  etc. 

De  même  que  les  Scjthes  adoraient  le  Ciel  {sc^ih.  Divus)^  de  même 
ils  adoraient  aussi  la  Terre  qu'ils  appelaient  Apia.  Comme  la  terro 


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120  REVUE  o'alsacb; 

est  fécondée  par  Torage  et  les  plaic^  da  ciel ,  Apia  )a  personnification 
mytbolo^qne  de  la  terre  passait  aussi  pour  l'épouse  de  Divm  la  per- 
sonnification du  cïe\[{Hérod,  iv,  59).  Comme  épouse  du  CieUPère 
(Divus  »  Papas)  du  dieu  suprême  et  du  Père  des  dieux  et  des  hommes» 
Afia  devint  aussi  la  Déesse  suprême  ^  la  Mère  des  dieux  et  des 
hommes.  Aussi  Divm  et  Apia  étaient-ils ,  selon  la  tradition ,  les  parents 
de  Targitavus  (Brillant  par  la  targe ,  le  Soleil  ;  grec  Héraclès)  qui 
était  le  Père  des  Scythes.  La  Terre  en  sa  qualité  de  Mère  par  excel- 
lence  ou  de  Grande-Productrice  et  de  Mère  des  dieux  et  des  hommes, 
avait  de  l'analogie  avec  la  déesse  Dè-mèier  (l'Âîeule ,  gr.  dà  pour  dêdà 
aïeule»  Throk,  vn,  39,  bohème  deda  aïeule»  cf.  norr.  Edda  p.  Deda 
l'Aïeule ,  gr.  dâ-mater  Hère-Aïeule  ;  cf.  tllyr.  Stàra  mater  Vieille- 
Mère  »  Terre)  de  la  mythologie  grecque.  Aussi  Anacbarsis  après  être 
revenu  de  la  Grèce  dans  sa  pairie  ne  croyait-il  pas  commettre  une 
Impiété  qu'il  dût  expier  par  sa  vie  »  en  essayant  d'introduire  dans  le 
culte  d*Apia  quelques  cérémonies  du  culte  de  Dèmèter  qu'il  avait  vu 
pratiquer  à  Cycique  lors  de  son  passage  dans  cette  ville.  En  général 
beaucoup  de  peuples  anciens  se  disaient  nés  de  la  Terre  c'est-à-dire 
issus  du  pays  qu'ils  habitaient  (gr.  gè-ginis^  nés  de  la  terre»  auKhchthên 
issu  du  sol  même  ;  lat.  terrœ  fUius.  esthon.  ma-innemen  homme  de  la 
terre  »  etc.)  Les  Scytho-Grecs  établis  dans  VHylée  se  disaient  aussi  fils 
de  cette- terre.  Or  cette  contrée  était  couverte  »  moitié  de  forêts  (gr. 
hulata  boisée»  hylée)  moitié  de  marécages  (sansc.  marvas)  provenant 
des  débordements  du  Fleuve-aux^bouleaux  {Barush-tanats  ^  Borys- 
thènes).  Déjà  avant  l'arrivée  des  Scythes  dans  ce  pays  les  Kimméries 
qui  l'habitaient ,  supposant  que  cette  terre  était  sortie  des  eaux  de  ce 
fleuve  »  avaient  appelée  l'Hylée  la  filU  ou  Vaquatique  (apia)  du  Borys- 
thènes.  Cette  tradition  passa  aux  Pelasgo-Grecs  de  la  Chersonèse  tau- 
rique  qui  suivant  leur  habitude  de  représenter  l'eau  sous  le  symbole 
de  Vhydre  (cf.  gr.  hudra  aquatique  »  hydre)  ou  du  serpent  (gr.  echi  » 
sansc.  ahi)  aquatique,  et  la  terre  sous  celui  d'une  femme  (dita,  sansc. 
danikâ  ;  cf.  pelasffe  Eva^dne  Eau-Femme)  donnaient  à  la  fille  de  Bo- 
rystbènes  c'est-à-dire  à  l'Hylée  marécageuse  composée  moitié  d'eau 
symbolisée  par  le  serpent  »  moitié  de  terre  symbolisée  par  la  femme» 
le  nom  de  Femme-Serpem  (Echi-dna).  De  là  la  tradition  répandue 
chez  les  Scythes-Bellènes  que  la  race  scythique  était  issue  SHérakUs 
(rarjftavtu  le  Soleil  »  fils  et  représentant  de  Divus  ;gtrm.  Ttu-ifco 
Fils  du  Ciel)  et  i'Echidna  qui  correspondait  à  la  grande  déesse  Apia, 


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lES  SCTTBES.  iii 

Lorsque  l'agricultore  se  répindit  de  plus  en  plas  chez  les  peuples 
scythiques  et  chez  leurs  descendants  »  la  terre  (apia)  fut  considérée 
plus  spécialement  an  point  de  vue  de  la  culture  et  dès  lors  elle  prit 
le  nom  de  ariatha  (rayée ,  sillonnée ,  labourée  »  cf.  gr  era  p.  erath; 
norr.  ïôrdh;  v.  haut-ail.  ërde;  cf.  héb.  èrèz).  D'un^utre  côté  l'ancien 
nom  à' Apia  qui  »  dans  la  suite  s'était  changé ,  dans  les  langues  gé- 
tiques ,  en  awi  (v.  haut-ail.) ,  en  ey  (norr.),  en  ô  (suédois),  n'eut  plus  la 
signification  générale  de  terre  mais  conserva  seulement  la  signification 
primitive  et  spéciale  de  terre  aqueuse  c'est*à-dire  de  prairie  humide 
et  de  Ile.  C'est  pourquoi  la  déesse  Terre  ne  garda  pas  non  plus  son 
ancien  nom  i'Apia  ^Âvia  »  Aue) .  mais,  en  sa  qualité  de  Terre  opposée 
à  Ciel^  elle  prit  dans  les  mythologies  gétiques  le  nom  de  lôrdh^  et 
ses  différentes  atributions  traditionnelles  se  spécialisèrent  et  furent 
réparties  entre  plusieures  déesses  telles  que  Sifet  Rindur ,  etc. 

s.  BwAMéïïvm. 

Le  soleil  SvaUus  {Targiiavut ,  Vaituthurus)  étant  considéré  dans 
l'origine  seulement  comme  une  partie  intégrante  du  dieu  Ciel  (Divus) 
on  ne  l'adorait  pas  encore  séparément  comme  une  divinité  particulière  ; 
on  ne  lui  donnait  pas  non  plus  un  nom  différent  de  celui  du  ciel  ;*  et 
c'est  pourquoi  l'expression  de  cercle'  (sansc.  svar ,  sur)  servait  à  la 
fois  à  désigner  le  ciel  comme  cercle  on  voûte  céleste  et  le  soleil  comme 
cercle  ou  disque  céleste  (gotb.  sauil^  Wih.  saule;  sarm.  koU^  norf. 
hjul,  soi).  Plus  tard  le  Soleil  fut  adoré  comme  une  divinité  distincte 
du  dieu  Divus.  La  forme  de  cet  astre  apothéose  n'ayant  rien  qui  pût 
être  rapporté  par  l'imagination  à  la  figure  humaine ,  il  fut  conçu 
primitivement  comme  un  être  vivant ,  divin  »  zoomarphe.  A  cause  de 
la  chaleur  fécondante  et  de  la  course  rapide  qu'on  attribuait  au  Soleil , 
l'imagination  des  Scythes,  de  ce  peuple  pasteur,  chasseur  et  guerrier 
se  figurait  ce  dieu  comme  un  animal  mâle  et  en  chaleur  tel  qu'un 
étalon ,  un  taureau  ,  un  bélier  (scythe  vriskus ,  cf.  vriskava ,  lat.  ver- 
vidnum,  verva^  scytho-gr.  briksabd)]  un  verrat  (norr.  tkrandr)^  un  renne 
(scyth,  tarandus)  ou  un  eerf(sc^\h.  vrindus;  kimroHhrace  brendos).  Les 
Scythes  guerriers  aimaient  surtout  à  voir  dans  le  soleil  un  cheval 
ardent  parcourant  rapidement  les  espaces  célestes  et  répandant  ses 
rayons  dé  lumière  et  de  chaleur  par  ses  yeux ,  ses  naseaux ,  sa  cri- 
nière luisante  et  sa  queue  flamboyante  (cf.  norr.  himin^iôr  cheval 
céleste ,  cf.  sansc.  arwan  l'étalon ,  le  soleil).  Plus  tard  le  Soleil  ne 


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i^  REVUE  D*ALSACE. 

fat  plus  considéré  comme  une  divinité  ayant  une  forme  animale  mais 
comme  un  être  zoomorphe  auquel  présidait  un  Génie ,  une  divinité  à 
la  forme  humaine.  Par  ce  changement  il  se  fit  qu'à  la  place  d'un  seuil 
être  divin ,  savoir  le  dieu  Soleil  zoomorphe ,  on  en  conçut  deux  dis- 
tincts l'Mn  de  l'autre ,  savoir  le  divin  soleil  zoomorphe  et  le  dieu  du 
soleil  ou  le  dieu  anthropomorphe  qui  y  présidait.  Ce  qui  prouve  que 
dans  l'origine  les  Scythes  adoraient  le  soleil  sous  la  forme  d'un  cheval 
c'est  que  d'abord  les  Masagèie»  encore  à  une  époque  où  le  soleil  était 
déjà  adoré  comme  dieu  anthropomorphe  donnaient  cependant  encore 
à  cette  divinité  l'ancienne  épithète  traditionnelle  de  le  plus  rapide  de$ 
fUeux  (voy.  Hérod.  i ,  216)  et  qu'ensuite  tous  les  Scythes  aussi  bien 
que  les  Hindoux,  les  Perses  «  les  Rhodiens,  les  Lacédémoniens 
{Pausan.  Lacon.  20 ,  5)  immolaient  au  Soleil  l'animal  qui  lui  était 
particulièrement  consacré  à  savoir  le  cheval  le  plus  rapide  des  qua- 
drupèdes. C'était  encore  au  dieu  Soleil  qu'étaient  consacrés  les  chevaux 
blancs  qu'on  entretenait  en  Scythie  pour  le  culte  de  cette  divinité , 
dans  les  gras  pâturages  sur  les  bords  du  lac  Hypanis  (Hérod.  iv»  52)« 
Le  dieu  du  Soleil  étant  un  dieu  anthropomorphe ,  les  Scythes  comme 
d^aiftres  peuples  pasteurs  et  chasseurs  de  l'antiquité,  lui  donnèrent 
des  attributions  humaines  et  le  considérèrent  comme  un  dieu  chas- 
seur ou  pasteur  qui  pousêtùt  (nor'r.  veida  pousser,  chasser,  faire  paitre) 
devant  lui  sur  le  vaste  pâturage  du  ciel  son  troupeau  ou  son  gibier 
céleste.  Or  dans  les  langues  scythiques*  vatia  (genit.  vat/u)  signifiait 
pâturage  et  chasse  et  shurus  signifiait  Frémissant,  PronCpt  (polon. 
skory ,  norr.  skiarr ,  cf.  Shauro-mataî),  C'est  pourquoi  les  Scythes 
donn^ent  au  Soleil-Chasseur  le  nom  de  Vaitu-shurus  (Prompt  à  la 
chasse)  qu'Hérodote  a  rendu  par  Oiio-suros ,  que  des  inscriptions 
scytho-grecques  {Bœkh ,  cod.  inscript. ,  i\^  6015)  ont  reproduit  par 
Oitoskuros  et  que  les  Grecs  aïoles  qui  se  servaient  du  doid[>le  G 
(Digamma  éolien)  ont  exprimé  par  Foito^suros  d'où  s'est  formé  dans 
quelques  manuscrits  d'Hérodote  la  leçon  de  Goito-suros.  Les  Scythes- 
Hellènes  et  les  Grecs  désignaient  le  dieu  scythe  Oitosuros  par  les 
noms  éqiifvalents  grecs  de  Hélios,  d'Apollon  et  de  Héraklès.  Peut-être 
Oitosuros  était-il  plus  particulièrement  désigné  par  les  poètes  anciens 
sous  le  nom  de  Hercules  Oeieus  (Hercule  de  TOeta  ou  de  la  montagne 
au  pâturage  et  à  la  chasse)  et  fut-il  adoré  principalement  par  les  tribus 
Scythes  que  Pline  appelle  les  Seythae  œtei  (Scythes-pasteurs  ou  chas* 
seurs). 


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LES  SCYTHES.  1)3 

Les  Scythes  se  âgutaient  le  dien  du  Soleil  Oitoiwroi  non  seulement 
oomme  on  dieu  cha»$eur  mais  surtoat  comme  un  jeune  guerrier  on 
hiroi  (scythe  skais  destructeur,  tueur  ;  sansc.  kehayas  cf.  norr.  ikœ , 
skaA).  En  sa  qualité  de  jeune  guerrier  et  de  chasseur»  le  dieu  du 
Soleil ,  semblable  à  VApoUon  nomios  (1®  Soleil  Pasteur  et  Chasseur) 
des  Grecs  qui  était  toujours  armé  pour  la  chasse ,  avait  aussi  les 
armes  de  la  nation  savoir  Tare  »  les  flèches  et  le  bouclier.  Les  flèches 
que  le  jeune  héros  ou  chas^ur  lançait  comme  ApoUon  ou  comme 
HéraUès  sur  les  monstres  ennemis  de  la  lumière  et  de  la  chaleur , 
étaient  en  même  temps  les  symboles  des  rayons  du  soleil  (cf.  russe 
sirela  flèche ,  y.  haut-ail.  êtràla  rayon).  Le  bouclier  ou  la  lor^e  (scyth. 
lor^a ,  norr.  targa ,  polon.  tarcza)  du  dieu  représentait  le  disque 
brillant  du  soleil  et  c'est  d'après*  cette  targe  brillante  qu'il  eut  le  nom 
de  Targi-tavut  qui  signifie  Brillant  par  la  targe  (scyth.  tavus  brillant; 
cf.  INi^iii  ;  sansc.  div  ;  gr.  taô$  p.  tavo»  |e  brillant ,  le  paon  ;  lat.  pamu 
p.  taxms).  Targiiamê  et  Vaitu-ihurui  chez  les  Scythes  comme  Héraklès 
et  ApoUân  chez  les  Grecs  étaient  au  fond  et  dans  l'origine  la  même 
divinité  sous  deux  aspects  quelque  peu  différents.  Vaitu^shwrus  avait 
plus  de  ressemblance  avec  Apollon  représentant  les  qualités  physiqueê 
du  soleil  et  Targitavui  avait  plus  d'analogie  avec  le  jeune  héros  Hira* 
lièf  représentant  le  jeune  soleil  du  printemps  et  de  l'^té.  ^ussi  les 
Scythes-Hellènes  et  les  Hellènes  donnaient-ils  à  Targitavus  le  nom 
grec  de  HéraUès.  Ka^maehos  rapporte  même  que  le.  Héraklèi  de 
Tbèbes  apprit  de  l'Hercule  $cythe  à  tirer  de  l'arc  (Schol.  ad  Théokr. 
43  »  86  ;  Ttètzès  ad  Lyk.  50)  ce  qui  signifie  que  les  Grecs  donnèrent 
à  leur  dieu  HéraUèi  pour  attributs  l'arc  et  les  flèches  en  imitation  du 
dieu  slythe  Targitams,  comme  au  sixième  siècle  av.  J.-Ch.  Stéitchore 
d'Himéra  attribua  à  l'Hercule  grec  la  peau  de  lion  conune  symbole 
emprunté  à  l'image  de  l'Hercule  (Soleil)  égyptien. 

Le  dieu  du  soleil  Targitavui  ou  Vaitushurus  passait ,  dans  la  tradi- 
tion mythologique  des  Scythes ,  pour  être  le  fils  du  Ciel  (Divus)  et  de 
la  Terre  (Àpia).  De  là  le  dieu  du  soleil  eut  sans  doute  le  nom  de  Sva- 
.  (îttf  qui  signifie  proprement  Issu  du  Ciel  ou  Céleste  (sansc.  sourias 
p.  svarias  ou  svalias  ;  pélasge  safelios  ;  crétois«dorien  habelios;  ionien 
kmlios  p.  haheUos  ;  étrusque  afluns  ;  gr.  ApMms).  Ce  nom  scythe 
Soolitts  les  Scythes-Hellènes  l'ont  rendu  par  Saulios  (cf.  lith.  saule  p. 
svale  soleil)  ;  d'après  Hérodote  Saaisùs  (Issu  du  soleil)  était  le  nom 
propre  d'un  roi  scythe ,  du  frère  d'Anacharsis. 


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Targilavus  oo    Vakuêtmrui  ou  Svaliuê  le  Als  de  Divus  et  â*Àpia 
était,  selon  la  tradition  mythologique ,  le  père  de  (rois  fils  tous  trois 
des .fc^nM  ou  comme  on  disait.  d>près  les  idées  de  l'antiquité ,  des 
dtgtrueteurt  (sansc.  kchayas  destructeur,  héros  ;  scytb.  skaU  ;  nort. 
Mkœ  9  Mkaiï^  Le  premier  de  ces  fils  ou  héros  éuit  Hleipo-skait  (Hérod. 
LeipoxaU)  dont  le  nom  signifie  /Vtnce.ou  héros  au  bouclier  (norr.  hlif^ 
lat.  clypeus  bouclier).;  le  second  Arvo-skaïs  (Hérod.  Arpo^hàu)  ou 
Prmee  aux  flèches  (norr.  or  p.  arvu)  et  la  troisième  Kola-skais  (Hérod. 
Kolaxais  ou  Prince  à  la  roue  ou  au  char  (slav.  koti  ;  norr.  hiut)  ou  à 
la  charrue.  Hlàposkau^  suivant  la  tradition»  devint  le  père  des 
AukhaUi  (Agrandis  ;  PUn.  Auchaiœ ,  Euchatœ  ou  Nobles ,  norr.  au^ 
kadir)  »  Arvo^Mkau  le  père  des  Koûaren  (p.  Katn-varai  ;  Pfiit.  Coiiert  ; 
V.  ail.  ChatU'Ores;  norr.  hôdvarir  Gardes  du  combat)  et  des  Trauus 
(Hardis)  ou  Trame$  (Hérod .  Traipies)  et  Kolaskais  le  père  des  Paralatet 
(Amoindris;  norr.  Farladir  c'est-à-dire  Laboureurs).  Par  ses  trois  /Ut 
(scyth.  ptcraî  »  norr.  burr  fils  »  nom  prop.  fftirr  ;  cf.  sémit.  bar  fils)  dont 
descendaient,  par  l'intermédiaire  de  teurs  rois,  les  tribus  les  plus 
illustres  des  Scythes,  Targilavus  était  donc ,  comme  le  disait  la  tradition 
d'après  Hérodote,  liai  souche  de  toute  la  race  scythique.  Les  Scythes- 
Bellènes  rapportaient  la  même  tradition  qu'ils  modifièrent  cependant 
quelque  |0u/n  disant  que  Héraklis  (Targltavus)  le  fils  de  Zeus  (Divus) 
engendra  avec  Echidna  (Apia)  trois  fils  :  Skuthes  (Porte-bouclier  cor- 
respondant à  Hleiposkais) ,  Agaihursos  (Très-hardi ,  correspondant  à 
Arvo^kaïs)  et  Gclonos  (correspondant  â  Kola-skaisY  Le  premier,  Sku- 
thes devint  la  souche  des  Scythes  de  la  race  pure  ou  royale  (cf.  Hirod. 
IV,  40).  Selon  la  tradition  II  avait  entre  autres  deux  fils  Polos  tf  Napes 
dont  descendaient  les  Pales  et  les  Napes  (Ptin.  vi,  19)  qui  p&irent 
entièrement.  Les  différentes  tribus  rapportaient  donc  leur  origine  à 
TargiUkvus  et  par  lui  à  IHvus.  Ainsi  le  roi  Iihan-thursos  se  disait  le 
fils  de  Divus  {Hérod.  iv,  127).  Les  princes  des  Masagètes  se  disaient 
Issus  du  Soleil  (Targitavus)  sans  doute  par  l'intermédiaire  de  ïHleipO' 
skais  (V.  Hérod.  i ,  242).  Les  princes  Portfc^i^ Persans  prenaient  le 
titre  de  fils  de  Bacchus ,  du  Soleil  ou  de  Dieu  (scyth.  Pak-pur  ;  voy. 
Ghroniq.  arm.  A'Agaihangelos)  ou  de  Issu  du  Fils  du  Soleil  (scyih. 
Pak'puri ,  gr.  Pak-ourios ,  v.  Procop.  de  bello  persico  ,1,5)  qui  de- 
vint même  le  nom  propre  de  plusieurs  rois  arsacides  (cf.  Pacdrus). 
Plus  tard  les  Serbes  (p.  Svercs ,  Svares) ,  les  Spales  (p.  Svales)  et  en 
général  les  Slaves  (p.  Svales)  exprimaient  déjà  par  leur  nom  ethnique 


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UKS  8GTTHSS.  Ii5 

leur  descendance  du  Soleil  {Svaliui).  Car  le  nom  de  Slav  n'est  que  le 
nom  de  Svate  (solaire)  transposé.  La  même  tradition  fut  encore  repro- 
duite par  les  Germains  qui  disaient  que  rtmkut  (ruuko  »  Issu  de  Tlv 
ou  du  Ciel)  c'est-à-dire  le  fils  du  Ciel  (Tm;  scyth.  Dhms ,  norr.  Tyr) 
et  de  la  Terre  {Irda ,  scytb.  apia)  était  le  père  de  Mannus  (p.  mandui 
doué  d'intelligence)  et  par  lui  de  la  race  germanique.  Eofin  cette  tra* 
dition  se  retrouve  encore  en  partie  dans  la  Scandinavie.  lÀ  TargUavui 
(Brillant  par  la  targe)  se  présente  encore  sous  le  nom  de  Skiôldr 
(Bouclier)  et  Slàoldr  le  fils  d'Odinn ,  du  dieu  qui  fut  substitué  au  Ciel 
ou  à  7yr  (scyth.  Divus)  est  considéré  d'abord  comme  la  souche  des 
rois  danes  appelés  d'après  lui  Skiôldungar  (Issus  de  Skiôld)  et  ensuite 
par  ces  rois  il  est  devenu  le  père  du  peuple  dane  comme  Targitavui 
est  le  père  du  peuple  scythe  et  Ttviskus  le  père  du  peuple  tudetque. 

En  sa  qualité  de  dieu  du  Soleil  et  comme  Père  de  la  nation  scythe 
Targiiavu»  était  l'ami  et  le  protecteur  de  cette  nation ,  et  portait  le 
surnom  de  Garde  du  peuple  (scyth.  Tavihvaroi  :  greco-scyth.  Teuê-^aroi 
y.  Schol.  ad  Thiok.  13»  36;  goih.  thiad^vars^  norr.  thiad-varr).  Le 
dieu  du  soleil  Targiioms  avait  chez  les  peuples  gétiques  de  la  Thrace 
le  nom  épithétique  de  Skalm<h»kQt$  (scytho-gr.  Zalmo-km  Prince  à  la 
peau;  cf  v.  h.-all.  skelmo  dépouille,  peau)  parce  que  selon  la  tradition  il 
avait,  étant  enfant,  tué  un  ours  et  s'était  revêtu  de  sa  peau  (cf.  Snorra 
Edda^  Formâli  p.  iS).  Targitavus  ou  l'Hercule  skalnuhskats^  le  dieu 
du  soleil  protecteur  et  Garde  du  peuple  fut  considéré,  ainsi  que  Héraktèe 
et  Apollon  chez  les  Grecs,  comme  présidant  aussi  à  la  guérison  des 
maladies.  C'est  pourquoi  les  prêtres  ou  plutôt  les  divins  (norr.  diar) 
ou  devins  de  Zalmoxis  pratiquaient  la  médecine  et  ils  étaient  renommés 
et  recherchés  sous  ce  rapport  jusque  daus  Athènes  {Plut.  Charm.  p. 
156).  Du  temps  de  Selon  un  Scythe ,  devin  ou  divin  de  Targitavus  ou 
de  Zalmoais  et  que  les  Athéniens  désignaient  sous  le  nom  général  de  , 
Archer  (gr.  Texaris)  vint  à  Athènes  où  il  fit  des  cures  tellement 
merveilleuses  qu'à  sa  mort  les  Athéniens,  confondant  dans  leur  recon- 
naissance le  divin  avec  le  dieu  qui  l'avait  inspiré  >  érigèrent  près  de 
son  tombeau  une  stèle  avec  un  bas-relief  représentant  Targitavus- 
médecin  ou  C Archer  scythe  (Toxaris) ,  tenant  de  la  main  gauche  son 
arc  et  de  la  main  droite  nn  rouleau  de  flèches.  Ayant  confondu  le 
devin  avec  le  dieu  ,  de  la  même  manière  qu'ils  confondirent  le  dieu 
Zalmoxis  avec  un  individu  de  ce  nom  qui  était  disciple  de  Pytbagore, 
les  Athéniens  donnaient  à  cet  Hercule  scytlie  les  épithètes  de  VBôte- 


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là»  UmJB  D^ALSAGB. 

midedn  (gr.  Xenoê  iairoà)  et  de  Protecteur  (gp.  Alkân  cf.  Teutaroi).  Oh  lui 
sacrifiait  aonuellement  an  cheval  blanc ,  comme  les  Scythes  avaient 
coutume  de  le  faire  à  Targiiavus.  SojrAoiMf-le-Tragique  a  été ,  à  ce 
qu'on  êHi  t  prêtre  de  cette  divinité  scythique  dont  le  secours  efficace 
fut  éprouvé  surtout  lors  de  la  grande  peste  à  Athènes  et  dont  le  culte 
sul>sista  encore  du  temps  de  Lucien  deSamosate  (voy.  Skuthès,  81,  3). 
Les  attributions  du  dieu  du  Soleil  scythe  augmentèrent  de  plus  en 
plus  avec  le  temps  et  chez  les  descendants  de  ce  peuple  et,  en  augmentant 
elles  éloignèrent  de  plus  en  plus  cette  divinité  de  sa  spécialité  primitive 
de  dieu  du  Soleil.  Dès  lors  plusieurs  diviniiés  particulières  représentant 
les  différentes  attributions  de  ce  dieu  et  nommés  d'après  les  épithëtes  qui 
exprimaient  ces  attributions  sortirent  du  culte  de  Targitavus  ou  de  Oiio» 
syros  qui  ainsi  se  dédoubla  plusieurs  fois.  Ces  divinités  héritières  du  culte 
de  Targitavus  étaient  Bielbog^  Sviatovit^Radegast^  chez  les  Sarmates; 
Voloi ,  Pravy  ,  Prono ,  Fnirdia,.cNez  les  Slaves;  Zalmooàt ,  Thaïes, 
chez  les  Gètes;  Armin,  Phol,  Vols^  rtusko,  chez  les  Germains, 
BaUdur ,  Heimdall ,  Bôdur ,  Vali ,  Bragur ,  VUr ,  Freyr ,  Ifiordur, 
Skiôldr ,  Thâr  et  Sdl^  chez  les  Scandinaves. 

La  lune  fut  conçue  par  les  Scythes  à  la  fois  comme  divinité  analogue 
au  soleil  en  tant  que  brillante  et  bienfaisante  comme  lui ,  et  comme 
divinité  opposée  au  soleil  en  tant  qu'elle  appartenait  à  la  nuit ,  tandis 
que  le  soleil  faisait  partie  du  jour.  Comme  la  Lune  passait  pour  être 
la  sœur  ou  Vépouse  du  Soleil  elle  prit  aussi  quelques  noms  épithé- 
tiques  qui  appartenaient  au  Soleil.  Ainsi  le  Soleil  étant  appelé  Prompt 
à  la  chasse  {Oitushurus)  la  Lune  fut  aussi  appelée  Prompte  à  la  chasse 
{(Htoskiira).  On  considérait  principalement  la  lune  sous  le  point  de 
vue  de  l'influencé  fécondante  qu'on  lui  attribuait  ainsi  qu'au  soleil. 
C'est  pourquoi  la  divinité  anthropomorphe  présidant  à  la  lune  devint 
la  divinité  de  la  génération  et  de  la  naissance  (cf.  lat.  Lucina ,  Luna). 
Les  Scythes  lui  donnaient  le  nom  d'Artimpasa.  Ce  nom  était  composé 
deradjectiforlm  (gentil,  noble;  sansc.  arthin;  pers.  artaias;  golh.  . 
artetns;  vieux  haut-ail.  arttn)  dérivé  de  art  (sansc.  artha,  ail.  art 
espèce ,  genre)  et  du  féminin  de  pats  (Seigneur;  sansc.  pati;  gr.  posis; 
goth.  faths).  Ce  nom  d'Artimpasa  signifie  donc  Noble  Dame  et  cor- 
respond en  partie  par  son  étymologie  au  nom  grec  de  la  déesse  Arti- 
mids  (Noble  Dame,  de  mèdetn  dominer).  Hérodote  (i,  131)  donne 


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LES  SCTTHfiâ.  iVt 

comme  nom  équivalent  grec  d'Animpoia  le  nom  grec  d* Aphrodite 
ourania  (Vénus  céle&le)  et  il  dit  que  cette  déesse  scytbe  avait  de  l'a- 
nalogie avec  la  Mylitta  (syr-  Môkdtâ  Génératrice)  des  Syriens»  avec 
YAlilat  des  Arabes  (i)  et  avec  Mitra$  {Vami,  le  Soleil  fécondant)  des 
Perses.  Tous  ces  équivalents  prouvent  que  d'après  Hérodote,  Artim- 
poia  la  déesse  de  la  lune  éuit  considérée»  chez  les  Scythes»  principa- 
lement comme  déesse  de  la  génération.  C'est  sans  doute  à  l'influence 
du  culte  de  cette  déesse  »  lequel  favorisait  l'acte  de  la  propagation  » 
qu'il  faut  attribuer  la  promiscuité  qui  régnait  en  partie  chez  les  Scy- 
tbes  nomades  (Hérod.  i»  216).  Il  était  naturel  que  les  jeunes  gens 
nuhHe$  ou  comme  on  disait  les  pumants  (norr.  mogr ,  mey)  de  l'un  et 
de  l'autre  sexe  passaient  pour  être  spécialement  bénis  ou  §onsacrés 
(scyth.Ptô(/imif»  Hérod.  Pleistoiy  anglos.  ge-bUdsÔde^  angl.  b/eMed) 
à  Artimpasat  Le  culte  de  celte  déesse  n'était  donc  au  commencement 
rien  moins  qu'ascétique.  Mais  au  milieu  du  septième  siècle  avant  noire 
ère  ,  les  Scythes  Skolotes ,  ayant  passé  le  Tanaîs»  firent  irruption  en 
Europe  et  expulsèrent  les  Kimméries  de  la  Cbersonèse  et  des  bords 
septentrionaux  de  la  mer  Ivoire.  Ces  Scythes  adoraient  déjà  à  cette 
époque  la  déesse  Ârtîmpasa  et  bien  que  cette  déesse  eût  une  origine 
et  des  attributions  analogues  à  celles  de  l'Ârlémis  tauropoloê  (Bouvière) 
des  Kimméries ,  elle  en  différa  cependant  au  point  que  ces  Scythes 
considéraient  la  déesse  kimmérie  comme  une  divinité  étrangère  i  leur 
religion.  Aussi  ne  respectèrent-ils  point  le  sanctuaire  de  cette  déesse 
chez  les  Kimméries  pas  plus  qu'ils  ne  respectèrent*,  un  peu  plus  tard» 
le  lemple  d'Artémis  (Aphrodile  céleste)  à  Ascalon  en  Syrie.  Malgré  la 
distinction  que  les  Scythes  établirent  entre  leur  déesse  Artimpasa  et 
la  déesse  kimmérie  »  les  Grecs  confondirent  l'une  avec  l'autre  »  et 
comme  Ils  donnaient  aux  Kimméries  le  nom  de  Scythes  depuis  que 
ceux-ci  se  furent  emparés  du  pays  de  ceux-là,  ils  donnaient- égale- 
ment à  Artimpasa  le  nom  d*Ariemis  tauropohs  et  rattachaient  au  culte 
de  la  déesse  scythe  les  Amazones  ou  Tueuses  d'hommes  (Hérod.  otro- 
pata,  cf.  gallois  fear^  goih.  vatVf  »  sansc.  badh  frapper»  lat.  batuere, 
gall.  bâte  battre  »  lilh.  badit)  qui  appartenaient  proprement  à  la  religion 
de  l'Artémis  kimmérie.  (')  Bien  que  Y  Artimpasa  scythe  ne  se  confondît 
pas  avec  FArtémis  kimmérie»  elle  subit  cependant  l'influence  dn  culte 

(^)  Voyez  :  de  Beligionê  arahum  anteislamica  ^  p.  7. 

(-)  Voyez  :  Us  Amazones  dam  Vkistoxre  et  dans  la  fable.  Colmar  ,  1852. 


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128  KKnm  D'ALSiCB. 

de  celle-ci.  Or  rArtémis  taiiropolos  des  Èimméries  ainsi  qae  l'Aitémis 
d'Ephèse  des  Grecs  avaient  déjà ,  à  cette  époque ,  subi  rinfluence  du 
culte  de  la  déesse  indienne  BhavanîKali  laquelle  était  à  la  fois  déesse 
de  la  génération  et  de  la  mort  et  réunissait  par  conséquent  dans  sa 
personne  les  attributions  contradictoires  se  rapportant  et  à  la  pro- 
duction et  à  la  destruction  de  la  vie.  Plus  tard  l'ascétisnie ,  né  dans 
rinde  9  s'étant  répandu  chez  les  peuples  de  l'Asie  occidentale  •  YAr- 
timii  des  Kimméries  et  des  Grecs ,  tout  en  gardant  son  caractère  de 
déesse  de  la  génération  et  de  la  naissance,  fut  cependant  aussi  consi- 
dérée comme  déesse  de  la  virginité  et  dès  lors  là  haine  qu'elle  avait 
pour  l'amour ,  source  de  la  vie  et  cause  de  la  génération  »  haine  qui 
se  manifestait  symboliquement  dans  son  culte  et  dans  les  mœurs  de 
ses  prétresses  (Amazones)  n'était  plus  comme  antérieurement  une 
conséquence  de  sa  qualité  de  déesse  de  la  destruction  »  âe  la  chasse 
et  de  la  guerre  ;  mais  cette  haine  se  rattachait  à  la  continence  ascé- 
tique qu'on  attribuait  à  la  déesse  comme  constituant  un  .caractère  de 
sainteté  toute  particulière.  Cet  ascétisme  passa  par  imitation  de  l'Ar- 
témis  kimmérie  à  VArtimpasa  des  Scythes  laquelle  dès  lors  fut  consi- 
dérée comme  déesse  aimant  à  la  fois  la  maternité  et  la  virginité. 
Ariimpasa  fut  donc  la  protectrice  non  seulement  de%  jeunes  gens 
nubUes  (norr.  môgr  puissant ,  jeune  homme  ;  mey  puissante  »  jeune 
fille)  portés  à  l'amour  et  au  mariage,  mais  aussi  de  ceux  qui  par 
ascétisme  ou  par  .impuissance  restèrent  célibataires  ou  comme  on 
ûlmi  iolitairei  {scyth. 'vên-varês  uniques-hommes  ;  Hérod.  ên^-àrèt; 
gét.  am^vardi  ;  norr.  em-veriar).  Encore  plus  tard  chez  les  Dako^ 
Gètes  ces  Ênâres  furent  comptés  parmi  les  BénU  (Pleistai  ;  angl.  bUiMed). 
Mais  ce  qui  prouve  que  les  Scythes  n'étaient  nullement  faits  pour  ces 
idées  et  ces  pratiques  d'ascétisme  et  qu'elles  leur  sont  venues  de 
l'étranger  et  cela  seulenient  au  commencement  du  septième  siècle 
avant  J.-Ch.,  c'est  qu'ils  considéraient  l'impuissance  non  pas,  à 
l'exemple  d'autres  peuples  (cf.  les  Maga-buxes) ,  comme  un  titre  de 
sainteté  et  une  bénédiction  mais  comme  un  malheur ,  une  malédic- 
tion qui  avait  été  infligée  à  leur  nation  par  la  déesse  même  qui  pré- 
sidait è  la  procréation  ;  et ,  selon  la  tradition ,  ce  malheur  leur  était 
arrivé  en  punition  de  ce  qu'ils  avaient  osé  piller  le  temple  ô* Aphrodite 
céUiie  k  Ascalon  lors  de  leur  glande  expédition  en  Syrie  et  en 
Palestine. 
A  mesure  que  chez  les  descendants  des  Scythes  la  déesse  Arùmpasa 


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LBâ  SCYTttEd.  4tt 

outre  ses  ditribulions  spéciales  de  déesse  de  la  lune ,  en  prit  encore 
d'autres  de  corrélatives  et  plus  ou  moins  étrangères  à  sa  spécialité 
primitive  y  et  que  par  là  elle  se  rapprocha  d'autres  divinités  et  se 
confondit  avec  elles  pour  ensuite  se  dédoubler  de  nouveau  en  autant 
de  divinités  qu'elle  avait  d'attributions  ou  de  noms  épithétiques ,  il 
arf  iva  que  le  rapport  qui  existait  primitivement  entre  Arthnpasa  et  la 
lune  s'efhça  de  plus  en  plus ,  au  point  qu'à  la  fin  Arthnpasa  ou  les 
déesses  qui  loi  furent  substituées  ne  furent  plus  considérées  spécia- 
lem^t  comme  déesses  de  la  tune ,  et  dès  lors ,  la  lune  fut  aussi  envi- 
sagée en  mythologie  en  dehors  de  sa  relation  avec  Artlmpoia  ou  avec 
la  divinité  qui ,  dans  l'origine ,  était  censée  présidef  à  cet  astre  noc- 
turne. Chez  les  descendants'des  Scythes  la  lune  comme  être  mytho- 
logique prit  le  nom  qui  dans  les  langues  (fe  ces  peuples  désignait 
J'astre  de  la  lune  ;  et  les  déesses ,  qui  se  partagèrent  les  attributions 
û'Artimpasa  et  se  substituèrent  à  elle,  furent  nommées  chez  les 
Slaves  »  Vmrdus  et  Pravaïa ,  et  chez  les  Gotho-  Germains ,  Frigg , 
Gefion  et  Freyia. 

tt.  Taviti. 

Après  le  Ciel  et  la  Terre ,  le  Soleil  et  la  ftine ,  l'objet  de  la  nature 
qui  attirait  le  plus  l'attention  des  hommes  primitifs  »  qu'ils  durent 
considérer  comme  une  puissance  divine  et  qu'effectivement  pour  cette 
raison  ils  adorèrent  comme  une  divinité ,  ce  fut  le  feu.  Et  en  effet  le 
feu  était  le  seul  élément  dont  l'usage  établit,  dès  l'origine,  une  diffé- 
rence entre  le  genre  de  vie  des  hommes  et  celui  des  animaux.  C'est 
aussi  le  seul  dont  Fusage  valût  à  l'homme  la  conquête  et  la  soumission 
de  la  nature  entière.  Mais  le  feu  terrestre  qui  était  à  l'usage  des 
hommes  était  considéré  comme  étant  seulement  l'image  affaiblie  »  le 
dérivé  ou  une  particule  détachée  du  feu  céleste  c'est-à-dire  du  soleil 
et  de  la  foudre  ;  et  tandis  que  le  feu  céleste,  en  tant  que  céleste ,  pur 
et  sacré ,  était  considéré  comme  le  feu  par  excellence  et  qu*il  fut 
adoré  comme  une  divinité  masculine  (sansc.  agnis ,  lat.  tgnis)  qui  se 
confondait  souvent  avec  le  dieu  du  soleil  et  de  la  foudre ,  le  feu  ter^ 
resire  au  contraire  fut  adoré  seulement  comme  une  divinité  féminine, 
comme  une  déesse  qui  passait  pour  être  la  fille  du  Soleil  ou  de  la 
Foudre.  C'est  ainsi  que  dans  la  mythologie  hindoue  la  déesse  du  feu 
Tapoti  (Fomentant ,  Echauffant ,  cf.  lat.  tepida  tiède)  était  fille  de 
Ywaxmân  (le  Découvert >  le  Soleil)  et  de  Tchâyà  (Ombre,  Nuage 

9*Ain6e.  ^ 


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orageux).  Chez  les  Scythes  la  déesse  du  feu  était  appelée  Ta»ki 
(Hérod.  IV,  59 ,  7a6tit)  et  elle  passait  sans  doute  aussi  pour  la  Aile 
à*Ouosurot  (le  Soleil)  ou  de  TargUavus  (Hercules ,  le  feu  céleste).  Le 
nom  de  Tavtti  signifiait  proprement  Brûlée  (sansc.  dhavità ,  pera.  dûd) 
et  dérivait  ainsi  que  le  nom  sanscrit  de  Tapati  d'un  thème  primitif 
tava  (briller,  flamber ,  brûler)  auquel  se  ratucbait  aussi  le  nom  scythe 
de  Targi-tavus  {BriUant  par  la  targe).  Comme  la  production  et  l'em- 
ploi du  feu,  soit  pour  nn  sacrifice,  soit  pour  un  usage  vulgaire, 
étaient ,  chez  les  anciens  peuples ,  l'effet  de  leur  industrie  et  de  leur 
travail  individuel ,  ces  peuples  attachaient  naturellement  au  feu  qu'ils 
allumaient  artificiellement  ridée  de  propriété  exclusive  et  ils  n'accor- 
daient la  jouissance  de  leur  feu  et  la  participation  à  leur  sacrifice  qu'à 
ceux  qu'ils  considénûeitt  comme  les  leurs  ou  comme  leur  fanàlle.  Le 
fosrer  c'est-à-dire  originairement  le  feu  (fr.  feu ,  du  latin  focus;  sansc. 
agm  feu  ;  lith.  agnis  ;  goth.  aughns  ;  v.  haut-alL  oven  foyer)  ainsi 
particularisé  et  en  quelque  sorte  approprié  pour  l'usage  religieux  et 
profane  de  la  fanàlle  devint  donc  lui-même  le  signe  extérieur  et  le 
symbole  de  la  famiUe  (gr.  thumeU  foyer  ;  lat.  famUia;  cf.  turc  odjak 
foyer,  famille).  Ensuite  comme  anciennement  l'idée  de  famille  se 
rattachait  à  celle  de  domicÊe  et  que  la  famille  était  censée  habiter  d'une 
manière  soit  passagère ,  soit  fixe ,  l'endroit  où  était  établi  son  foyer 
ou  son  être ,  le  feu  ou  le  foyer  devint  aussi  le  symbole  de  l'Aa- 
bkatUm*  C'est  pourquoi  dans  la  mythologie  grecque  le  nom  de  la 
déesse  du  foyer  (gr.  Hesiia ,  lat.  Vesta)  signifiait  proprement  déesse 
de  Vhabitalion  (cf.  gr.  astu  p.  vastu  habitation,  ville;  norr.  vUi 
habitation).  Enfin  comme  dans  l'état  patriarchal  non  seulement  la  frt6tt 
formée  de  l'agglomération  des  familles ,  mais  encore  la  naâom  tout 
entière  formée  par  l'agglomérattion  des  tribus ,  constituaient  égale- 
ment une  famille  plus  ou  moins  étendue ,  le  nom  de  feu  ou  de  foyer 
servait  aussi  à  désigner  non  seulement  la  famille  mais  encore  la  frite 
et  par  extension  la  nalion  entière  (scyth.  taviti  feu  «  fiMuilie;  ceUiq. 
teuta  nation;  goth.  thioth  p.  theuth  fiimille,  tribu;  norr.  ihiodh; 
V.  hauL-all.  dtoi;  pers.  dud  p.  <ifcai;td  foyer ,  nation).  On  conçoit  donc 
d'après  cela  que  TavUi  la  déesse  du  feu  chez  les  Scythes  était  à  la 
fois  la  déesse  protectrice  du  domieUe ,  de  la  famille ,  de  la  tribu  et  de 
la  nation.  En  sa  qualité  de  déesse  du  feu  et  du  foyer,  Taviii  portait 
chez  les  Scythes-HeUànes  le  nom  équivalent  grec  d^Hestia  par  .lequel 
Hérodote  l'a  aussi  désignée.  Les  Scythes  nomades  n'ayant  pas  de 


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LES  SCYTHES*  \Zi 

demeure  fixe  considéraleDt  comme  leur  domicUe  la  place  on  iU  aTaient   . 
momentanément  établi  leur  fea  ou  leur  foyer.   Ils  construisaient 
chaque  fois  ce  foyer  avec  les  pierres  focales  (norr.  hlôd ,  artn-AeUa , 
bdear-hella)  qu'ils  avaient  l'habitude  de  transporter  avec  eux  dans 
leur  char  d'un  endroit  à  l'autre.  Ce  foyer  domestique  portatif  était 
sacré  eT inviolable,  d'abord  comme  symbole  de  la  famille  et  ensuite 
comme  servant  d'autel  dans  les  sacrifices  offerts  aux  dieux.  Le  roi 
étant  le  père  ou  le  chef  de  la  grande  famille  c'est-à-dire  de  la  tribu 
ou  de  la  nation ,  'son  foyer  était  aussi  considéré  comme  un  autel  pu- 
l)lic  (cf.  gv.  hestia  prytanmiis)  ei  c'est  pourquoi  jurer  par  le  foyer  du 
roi  était  le  serment  le  plus  solennel  chez  les  Scythes ,  de  même  que 
jurer  par  Hestia  ou  Vesta  était  chez  les  Grecs  et  les  Romains  un  ser- 
ment plus  solennel  encore  que  celui  qu'on  prétait  par  Bercuks  (lat. 
herclè  !)  te  dieu  du  feu  céleste  ou  de  la  foudre  vengeresse.  C'est 
pourquoi  »  si  le  serment  que  quelque  Scythe  prétait  ainsi  par  TavHi 
ou  par  l'autel  public  du  roi  était  faux ,  cela  passait  pour  une  profa- 
nation non  seulement  du  foyer  public  mais  encore  du  cuke  sacré  de 
Tavtti  ;  et  comme  le  roi ,  en  sa  qualité  de  chef  politique  et  religieux 
de  son  peuple ,  était  responsable  de  toute  infraction  à  la  loi  et  de 
toute  profanation  du  culte  et  de  Ta  religion .  c'était  sur  lui  que  la 
déesse  outragée  se  vengeait  en  l'affligeant  d'une  maladie  grave  jus- 
qu'à ce  qu'il  eut  trouvé  et  puni  le  parjure  (v.  Hérai.  iv,  68). 

En  sa  qualité  de  protectrice  du  foyer ,  de  la  famille  (cf.  norr.  Yar 
Protectrice)  et  de  la  nation ,  Taviii  portait  le  surnom  de  Reine  des 
Scythes  (Hérodn  iv,  127)  comme  son  père  Targitavus  avait  celui 
•  de  Protecteur  du  peuple  (scyih.  TavU-varus^  scytho-gr.  Teut-aroi), 
Chez  les  peuples  gétiques  les  diflérentes  attributions  de  Tavilt  comme 
déesse  du  feu ,  du  domicile ,  de  la  famille  et  de  la  nation ,  se  dédou- 
blèrent* dans  la  suite  de  plus  en  plus  et  se  répartirent  sur  d'autres 
divinités  qui  avaient  plus  ou  moins  d'analogie  avec  Taviti ,  de  sorte 
que  celle-ci  disparut  de  la  mythologie  de  ces  peuples ,  sinon  quant  à 
ses  attributions ,  du  moins  quant  à  ce  nom  de  Taviti.  Le  mol  de 
thMoth  (p.  theuth  dérivé  de  taviti)  ne  conserva  plus  que  la  signification 
abstraite  de  ruuion;  aussi  le  nom  de  Theuthiskes  {Issus  de  Theuth  cf. 
Itu-tifco  issu  de  Tiu  ,.  Cheruiskes  Issus  de  Cheru  ou  de  Eàr)  ou  de 
Thrvuthides  {Hésych,  i,  4585  s.  v.  Zibuthides)  comme  disaient  les 
Thrako^Gètes  eu  substituant  la  terminaison  patronymique  grecque 
(idès)  à  la  terminaison  patronymique  scylhique  {iskai)  »  ne  signifiait 


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i32  REVUB  D*ALSâCB. 

plus  comme  dans  l'origioe  Issus  de  TavUi  mais  il  signifiait  simplement 
natîonatix.  C'est  par  ce  nom  de  thiudiskes  (v.  fr.  Tudesques ,  plus  tard 
diotiskes)  que  les  Germains  se  sont  désignés  eui-mémes  comme 
appartenant  à  la  même  race  ou  nation,  et  c'est  ce  nom  que  les  Gallo- 
Romains  des  provinces  du  Rhin  inférieur  ont  rendu ,  du  temps  de 
César  »  par  le  nom  latin  à  peu  près  équivalent  de  Germani  (Issus  du 
même  germe  »  de  la  même  matrice ,  de  la  même  race). 

Aux  yeux  des  peuples  pasteurs  de  l'antiquité ,  tels  que  l'étaient  les 
Scythes,  les  sources  où  ils  abreuvaient  leurs  troupeaux ,  passaient 
naturellement  pour  une  richesse»  un  bienfait  du  ciel  et  par  suite  pour 
les  symboles  du  Bien-être  et  de  l'Abondance.  Aussi  les  Scythes  ado- 
raient-ils une  divinité  qui  »  selon  eux ,  présidait  aux  sources  du  pays 
et  par  suite  à  l'abondance  et  au  bien-être  de  la  nation.  Cette  divinité 
ils  l'appelaient  Vrindus  (Frémissant,  Effervescent,  Jaillissant  ;  cf.  norr. 
btinna  p.  brinda  pétiller,  brûler;  hrinda  p.  vrinda  jaillir ,  lancer).  Ce 
nom  de  Vrindus  »  en  tant  qu'il  signifiait  Jaillissant  était  d'abord  seu- 
lement du  genre  masculin  (cf.  ail.  derBorn,  der  Quell);  mais  en 
prenant  encore  la  signification  tropique  de  source  et  par  suite  d'ori- 
^îfi^^et  de  mère ,  il  prit  aussi  le  genre  féminin  (cf.  ail.  die  Quelle).  Le 
nom  de  Vrindus  étant  à  la  fois  masculin  et  féminin,  il  se  forma  aussi 
en  mythologie  un  dieu  et  une  déesse  Vrindus ,  l'un  et  l'autre  pré- 
sidant aux  sources ,  aux  lacs,  au  bien-être  et  à  l'abondance  du  pays. 
Comme  la  terminaison  dans  Vrindus  semblait  indiquer  plutôt  un  dieu 
qu'une  déesse ,  les  Grecs ,  en  citant  le  nom  de  la  déesse  Vrindus .  lui 
donnèrent  la  terminaison  féminine  usitée  dans  leur  langue.  '  Vrimhu 
fut  donc  rendu  par  les  Grecs  par  Rhindè  que  les  Latins  changèrent 
naturellement  en  Rinda  (v.  Plin.  Hist.  nat.  6,  7).  Chez  les  Scythes 
eux-mêmes ,  le  genre  féminin  dans  le  mot  Vrindus  prédominait  de 
de  plus  en  plus  sur  le  masculin  toutes  les  fois  que  le  mot  signifiait 
source  dans  le  sens  d'ori^tn^.  Voilà  pourquoi  les  sources  dont  se  for- 
maient les  rivières ,  et  les  lacs  d'où  sortaient  encore  comme  d'une 
source  quelques  fleuves ,  furent  appelés  par  les  Scythes  non  pas  les 
pères  mais  les  mères  des  fleuves  {Uérod.  iv ,  52K  d'après  une  idée 
analogue  à  celle  qui  a  fait  donner  plus  tard  au  grand  réservoir  d'eau, 
à  Lisbonne,  le  nom  àe  Mère  des  eaux  (portug.  Jlfat  das  agoas).  Lors- 
que \e$  Scythes  priginaires  des  pays  appelés  aujourd'hui  le  Turkei^tan» 


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LES  SGTTHBS.  135 

ft*établirent  sur  les  bords  de  la  mer  Caspienne  et  de  la  mer  Noire  où 
ils  parent  se  livrer  à  la  pèche  et  à  la  navigation ,  nonvelles  sources 
de^richesses  pour  eux ,  ils  considéraient  aussi  le  dieu  et  la  déesse 
Yrmdui  comme  présidant  également  à  la  pécbe  et  à  la  navigation 
fluviale  et  cotière.  En  outre ,  comme  les  Scythes  prétendaient*  que 
beaucoup  de  rivières  et  de  fleuves  »  surtout  ceux  qui  se  jetaient  dans 
la  mer  Noire ,  prenaient  leur  source  dans  des  lacs ,  ces  lacs  qui  pas- 
saient pour  alimenter  ainsi  de  leurs  eaux  la  mer ,  furent  appelés  non 
seulement  les  Uères  des  fleuves  mais  aussi  les  Mères  de  VOcéan  (scyth. 
Tama-vrindus ;  Plln.  Tama^rinda).  Voilà  pourquoi  Vrindus  le  dieu  et 
la  déesse  des  sources  furent  aussi  mis  en  rapport  avec  le  dieu  de 
YOeéan  appelé  chez  ces  Scythes  Tanù-'masa'das  c'est*à-dire  le 
Beaucoufhsachant  {masa'das;  zend  maz'dào)  on  le  Génie  du  RedoU' 
tabk  (Tama  ;  norr.  Samr)  à  savoir  de  l'Océan  (sansc.  (îmt  redoutable, 
mer»  cf.  lat.  timeo  craindre).  Ensuite ,  comme  chez  les  peuples  de 
l'antiquité  »  l'eau  jaillissante  était  Tembléme  du  sperme  fécondateur 
et  que  d'ailleurs  l'idée  de  source  réveillait  naturellement  celle  d'ori- 
gine 9  de  génération  »  le  dieu  et  la  déesse  Vrindus  qui  présidaient 
aux  sources  jaillissantes  furent  aussi  préposés  à  la  géoération  et  à  la 
fécondation  par  rapport  à  la  terre  et  par  rapport  aux  hommes.  En 
cette  qualité  le  dieu  et  la  déesse  Vrindus  entrèrent  en  relation  avec 
rOrage-Fécondateur  (scyth,  Pirehunist  norr.  Ftôrgynr)  et  avec  le 
Soteil  fécondateur  Targitavus  surnommé  le  Montre  (Pravys),  enfin  avec 
la  Lune-Mère  appelée  NobU'-Dame  (scyth.  Àrtimpasa)  et  surnommée 
la  MaUresse  (Pravaîa).  Aussi  chez  les  Slaves  issus  de  la  branche  sar- 
maie  des  Scythes  »  le  dieu  et  la  déesse  Vrindus  furent-ils  considérés 
comme  le  Père  et  la  Mère  de  Pravy  et  de  Pravaîa;  et  de  même  que 
ces  peuples  avaient  formé  leur  nom  de  Slave  par  transposition  du 
nom  de  SvaU  (Soleil  •  Solaire,  cf.  Jomandes  de  Jordanes;  Galates  de 
Gadhales)  de  même  ils  changèrent  le  nom  de  Vrindus  en  celui  de 
Vnirdus  et  plus  tard  eu  celui  de  Nirdus.  Chez  les  peuples  de  la 
branche  gétique  le  dieu  des  Eaux  et  de  rAbondance  Vrindus  prit  le 
nom  épithétique  de  Chaguneis  (Agréable  ;  norr.  Hoenir  p.  Hagunis  » 
Haunir)  ou  de  Vili  (Agréable)  lequel  efllaça  de  plus  en  plus  l'ancien 
nom  de  Vrin^  qui  disparut  ainsi  de  la  mythologie  des  Gètes  et  ne 
fut  pas  transmis  par  eux  aux  Germains  et  aux  Scandinaves.  Aussi  les 
Germains  et  les  Scandinaves  n'eurent-ils  plus  de  dieu  du  nom  de 
JtindiM  ou  Jttndttr.  Mais  quant  à  la  déesse  Vrindus ,  elle  se  main- 


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134  RKVUB  D*AUàCE. 

tint  soas  ce  aom  méoie  dam  la  religion  des  Gètes  el  elle  fat 
trausmîee  aux  Germains  et  aux  Scandinaves  qui  loi  donnèrent, 
dans  leur  idiome»  le  nom  de  Rindur  (p.  Hrindui).  Seuleoftnl 
les  Germains  qui  habitaient  les  bords  orientaux  de  la  mer  Bal- 
tique et  surtout  les  Svives  (p.  Svaves  «  Slaves)  qui  étaient  un  peuple 
germanique  mêlé  à  des  SUwet  (comme  l'indique  son  nom  même  de 
Svavei  dérivé  de  celui  de  Svalei  ou  Slaves)  donnaient  à  la  déesse 
Mnduê  9  à  l'exemple  des  Slaves ,  le  nom  de  Nirdu».  C'est  celte  déesse 
même  que  Taeiu  dans  sa  Germanie  appelle  Nerànu  et  qui  est  iden- 
tjqoe  avec  la  déesse  Rindur  des  Scandinaves.  Quant  au  dieu  Yrindui 
qui  avait  reçu  chez  les  peuples  gitiques  le  nom  de  Chagwmi  et  de 
FUt,  tl  fut  transmis  sous  ces  noms  à  leurs  descendants  les  Scandinaves 
et^gurepar  conséquent ,  dans  la  mythologie  norraine»  sous  le  nom 
de  Aoeiilr  ou  de  ViU  et  non  aous  celui  de  Jtimiiir  qui  aurait  été  cor- 
rélatif an  nom  de  la  déesse  Rindur,  Le  dieu  Vrindut  n'étant  plus  tra- 
ditionnel dans  la  religion  *  les  Scandinaves  et  principalement  les  Svêda^ 
qui  étaient  les  voisins  les  phis  directs  des  Slaves  qu'ils  appelaient 
Fmtei  (Les  seigneurs  »  cf.  russ.  pan)  y  adoptèrent  de  ceux-ci  le  dieu 
Nirduê  qui  passa  dans  la  mythologie  norraine  sous  le  nom  de  Niôrdnit. 
Les  Scandinaves  ne  s'aperçurent  pas  que  leur  déesse  lliiMittr(Vrindtta) 
était  originairement  l'épouse  ou  la  sœur  d«  dieu  Niordur  (Vrimtas) 
qu'ils  venaient  d'adopter  des  Slaves  ou  des  Vanes.  Aussi  ne  songèrent- 
Us  pas  à  associer  de  nouveau  la  déesse  Rindur ,  soit  comme  épouse  » 
aoit  comme  soeur ,  au  dieu  Niordur  nouvellement  introduit  dans  leur 
relii^on.  Ayant  d^à  antérieurement  adopté  des  Finnes  une  déesse  de 
la  chasse  dont  ils  traduisirent  le  nom  dans  leur  langue  par  celui  de 
Skadi  (Nuisible)  et  ayant  fait  de  Niërdur  non  seulement  le  dieu  de  la 
péçhe ,  mais  aussi  de  la  chasse ,  les  Scandinaves ,  pour  cette  raison , 
considéraient  ce  dieu  comme  l'époux  de  Skadi  et  dès  lors  ,  n'ayant 
plus  besoin  d'une  déesse  pour  l'associer  comme  épouse  à  Niordur,  ils 
se  dispensèrent  d'adopter  encore  ies  Slaves  la  déesse  Nirdus  (Nirthus) 
en  compagnie  du  dieu  Nirdus,  Aussi  n'y  a-t-il  pas ,  dans  la  mytho- 
logie norraine,  de  déesse  Niôrdr  correspondant  au  dieu  Niôrdr.  Mais 
dans  cette  religion  le  dieu  Niordur  passait ,  comme  chez  les  Slaves 
(Vanes) ,  pour  être  le  Père  de  Freyr  (sarm.  Pravys)  et  de  Fireyia 
(sarm.  Pravaia)  et  tous  les  trois  le  père  et  les  deux  enfants ,  vu  leur 
origine  slave  (vane)  furent^  appelés  les  Dieux  Vanes.  Niordur  était 
considéré  comme  présidant  à  toutes  les  sources  de  l'abondance  et  du 


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LB8  6GTTHIS*  138 

bien*étre;  il  était  ea  général  le  dieu  des  richesses  et  pour  cette  raison 
il  fat  surnommé  le  Riche.  —  Telle  est  en  résumé  l'origine  de  Tfaistotre 
mythologique  du  dieu  Yrindus  dans  la  religion  des  Scythei,  des 
GèUM ,  des  Slavei  et  des  Scandmavei, 

La  stupeur  qui  dut  saisir  les  peuples  iafétiques  lorsque»  descendaiit 
des  plateaux  de  l'Asie  qu'ils  habitaient  originairement  »  ils  firent  pour 
la  première  fois  TOcéan  redoutable,  fit  donner  i  oe  ¥sste  élément  le 
nom  i'SIfraffÊau  (sansc.  itmt,  scyth.  tkamt»  Toma,  assyr.  Semi  on 
ZamÎM ,  voy.  Eusèb.  Gbronic.  arm.  i  »  p.  98 ,  pélasge  Somof).  Ce  nom 
se  rattachait  i  un  thème  loma  ou  mata  qui  exprimait  l'idée  de  frapper, 
àoÊtrdir,  effrayer.  Les  Scythes  qui  arriérent  tard  sur  les  bords  de 
l'Océan  indien  et  de  la  mer  Caspienne  ont  dft  cependant  connattre  le 
nom  de  Thami  (Océan)  au  moins  depuis  le  septième  siècle  a? ant  notre 
ère.  Car  les  Uoea^ee^  qni  s'étendaient  jusqu'à  la  mer  Caspienne  et 
vivaient  en  fMirtie  de  la  pèche ,  avaient  pour  reine  Thaïaym  on  Jo- 
mm  dont  le  nom  sigroSe  Océaniie  on  fUfe  de  Thami  (cf.  sansc. 
tamorn fleuve ,  eau;  gr.  Thamgrii,  Thamyros,  Thymbroi^  JAjfèrii; 
hit.  nberit  fila  de  Neptune)  et  était  presque  synonyme  du  nom  assy- 
rien de  Semî-ramiêf  mère  de  NmyaSt  qni  était  surnommé  Zamie 
(l*Océan).  Jhomt  était  adoré  des  Seythee  royaux  établis  sur  les  èorda 
septentrionaux  de  la  mer  Noire  et  qui  mangeaient  des  poissons  de 
mer  {Hérod.  iv ,  59).  L'eau»  cet  élément  clair  et  limpide,  étant  le  sym- 
bole de  la  darté ,  de  rintelligence ,  et  la  mer,  par  sa  profondeur, 
son  étendue  et  son  ancienneté ,  rappelant  la  profondeur  et  les  mys- 
tères de  la  science  antique»  le  dieu  de  l'Océan  passait  pour  être  en 
possession  d'un  trésor  de  science,  d'autant  plus  que  son  nom  (Thami, 
Etourdissant)  était  presque  synonyme  de  celui  du  breuvage  itaurdiê' 
sont  (sansc.  madhu  y  gr.  maxhu  »  nprr.  mxodr)  ou  efmranX  auquel  l'an- 
tiquité attribuait  la  propriété  d'exciter  les  bcultés  intellectuelles  (gr. 
lAom&os  étourdissement,  ivresse)  et  d'inspirer  la  science  »  la  poésie  et 
la  prescience.  Aussi  les  Scythes  donnaient-ils  au  dieu  Thmi  l'épithète 
de  MaMa^dâs  (zeod  mas^daô)  qui  signifie  Beaucaup'bpiUant  ou  BeaU' 
coup-sachant  ou  ce  que  les  Latins  désignaient  par  le  mot  de  Génie  (cf. 
scyth.  OctKh-màeardae ;  norr.  alltt-t;<Biir  Génie  de  la  contrée;  zend 
^nro-mos-dad  Soleil  beaucoup-sachant).  C'est  probablement  le  dÎM 


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i36  REVUE  D'ALSACE. 

Thanù  le  beauœup'êaehant  qui  a  donné  naissance  plus  tard  au  mytbe 
grec  sur  le  poète  thrace  Thamyrat ,  Ois  de  Neptune, 

Les  peuples  gétiques  donnèrent  au  mot  tham  (Effrayant)  la  forme 
de  tomi  (norr.  tomr)  et  de^sanù  (norr.  sanir  l'Océan  ;  samleitr  visage 
effrayant).  Aussi  la  Tille  principale  des  Gèles  qui  était  située  sur  la 
mer  et  qui  sans  doute  était  consacrée  au  dieu  de  l'Océan  portait-elle 
le  nom  de  Tomi  (Maritime).  Le  nom  propre  de  Tombago$  (Boekh. 
Çorp.  Ins.  gr.  n""  2061 ,  â071)  signifiait  sans  doute  adorateur  de  Tom 
ou  de  Thami  (cf.  mar-paft  soigne-chevaux).  Mais  dans  la  suite  lorsque 
le  mot  tom  avait  pris  de  plus  en  plus  la  signification  de  trouble  ^  obêcur^ 
déiert,  vide ,  et  perdu  celle  de  mer  ou  d'océan  »  à  mesure  que  les  na- 
tions ^^afue^ ,  s'étant  familiarisées  avec  la  mer,  ne  la  considéraient 
plus  comme  redoutahk  (tami)  »  le  nom  de  Thami ,  comme  dieu  de 
V Océan  redoutable^  fut  remplacé  par  le  nom  plus  moderne  et  plus 
expressif  de  Ogii  (Redoutable ,  norr.  Oegir). 

Dans  les  langues  Scandinaves  le  mot  Sami  conserva  exceptionndle* 
ment  raneienne  signification  de  Océan,  comme,  par  exemple,  dans 
Sami-ey  (Ile  de  l'Océan)  Sam-land  (pays  maritime  ;  cf.  Samo-gitia  la 
Gétie  maritime  ;  cL  Samo-thrakè  la  Tbrace  maritime)  ;  mais  la  signi- 
fication ordinaire  était  £ffrayant^  sombre  (norr.  Sam-fetir  Visage 
sombre).  Oegtr^  remplaçant  l'ancien  Thami  ^  était  comme  lui  le  dieu 
redoutable  de  l'Océan  par  opposition  à  Niordur  qui  passait  pour  être 
le  dieu  bienfaisant  des  eaux  et  des  fleuves.  L'ancienne  épithète  hono- 
rifique de  Beaucoup-sachant  (masa-das)  prit  dans  la  suite  chez  les 
Scandinaves  la  signification  défavorable  de  magicien  (norr.  fiolvitr). 
Aussi  Oegir  comme  probablement  déjà  son  prototype  Thanù  n'était- 
il  plus  adoré,  comme  les  dieux  proprement  dits ,  mais  il  fut  seulement 
compté  parmi  les  êtres  mythologiques  nommés  Thurses  ou  lotnes 
qui  portaient  également  le  nom  de  Beaucoup^soehants  (uorr.  hund^ 
visir)  et  passaient  pour  de  grands  magiciens. 

F.  G.  Bergmann. 


(La  suite  à  la  prochains  Itvraifon). 


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NOTICE  HISTORIQUE 

SUR  L'ÉGLISE  RÉFORMÉE  DE  SAINTE-HÂRIE-AUX-BUNES. 

Swiie  (*). 

X. 

En  ceue  même  année  1558  se  place  an  bit  rapporté  par  Théodore 
de  Beie  0)  <pî  prouverait  qae  l'église  réformée  de  Sainte-Marie-aux- 
Mines  »  dès  cette  époque  et  peu  de  temps  après  sa  naissance»  jouissait 
déjà  d'une  certaine  réputation  auprès  de  ses  coreligionnaires  de  France. 
Vers  la  fin  d'octobre  »  dit-il ,  les  protestants  de  Metz  firent  venir  de 
Sainte-Marie-aux-Mines  un  ministre  nommé  François  Peintre  qui 
avait  pris  le  nom  de  La  Chapelle.  Peintre  prêcha  publiquement  dans 
la  maison  d'un  nommé  Jean  Eslienne ,  mais  le  maréchal  de  la  Vieille- 
ville  le  fit  mettre  en  prison  et  chasser  de  la  ville  quelques-uns  des 
principaux  protestants.  «Snr  l'intercession  du  duc  de  Deux-ponts 
Peintre  fut  remis  en  liberté.  (^) 

Nous  devons  avouer  qu'il  nous  semble  difficile  de  concilier  ce  fait 
avec  la  teneur  d'une  lettre  portant  la  date  du  16  septembre  1558,  écrite 
par  les  protestants  de  Metz  c  aux  frères  tenant  la  vraye  religion  chré- 
c  tienne  estans  sortys  pour  icelle  de  la  cité  de  Metz  quelque  part  qu'ils 
c  soyent  et  spécialement  à  ceulx  qui  se  sont  retirez  à  Strasbourg  et 
c  à  Ste-Marle-aux-Mines.  >  Dans  cette  lettre  ceux  de  Metz  prient 
leurs  compatriotes  réfugiés  de  solliciter  l'intervention  des  états  alle- 
mands à  reflet  d'obtenir  la  cessation  des  rigueurs  exercées  contre  les 

(*)  Voir  la  iiTnîson  de  février ,  page  77. 
[*)  ERttoirê  de$  égUses  réformées  de  Frqnee,  tom.  m,  p.  445. 
n  Conf.  Meorisb  .  Histoire  de  la  naissanee,  des  progris  et  de  la  décadenoe 
de  l'hérésie  à  Méi%.  Metz ,  i670 ,  4%  p.  126. 


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138  REVUE  D'ALSàGB. 

protestants  à  Metz.  (M  II  est  peu  probable  qu'un  mois  à  peine  après 
avoir  écrit  cette  lettre ,  les  réformés  de  Metz  »  persécutés  cbez  eux , 
aient  pu  demander  à  ceux  de  Sainte-Marie-aux-Hities  de  leur  envoyer 
uu  pasteur.  Nous  pensons  que  François  Peintre  a  été  un  ministre 
réfugié  à  S**-Marie  et  qu'il  se  sera  rendu  à  Metz  soit  sur  l'invitation  de 
Marbœuf»  soit  de  son  propre  mouvement,  mais  muni  de  recom- 
mandations du  consistoire  de  Sainte-Marie.  Le  livre  consistorial  ne 
mentionne  François  de  La  Chapelle  que  comme  ayant  c  subsidié  •  le 
ministre  Qaude  Masson  »  demeuré  seul  en  1574 ,  mais  il  ne  lui  donne 
pas  la  qualiOcation  de  pasteur.  Ce  La  Chapelle  est-il  celui  que  Théodore 
de  Bèze  dit  avoir  été  envoyé  à  Metz  en  1S58?  est-il  revenu  à  S*^Marie 
après  avoir  été  libéré  des  prisons  du  maréchal  de  la  Vieilleville  ?  Ce 
sont  là  des  questions  «  qu'il  n'est  plus  possible  de  résoudre  et  dont  la 
solution ,  au  surplus»  ne  présenterait  qu'un  faible  intérêt. 


XI. 

Marbœuf  ne  jouit  pas  longtemps  des  fruits  de  son  zèle  et  de  son 
courage.  Il  décéda  à  Escbery  en  1560»  deux  années  après  l'organisation 
de  son  église  qui  s'empressa  de  s'adresser  de  nouveau  à  Genève  pour 
obtenir  un  pasteur  digne  de  succéder  à  l'homme  vénéré  que  la  mort 
venait  de  lui  enlever. 

Ce  successeur  fut  un  réfugié  français,  MaUre  Renard  (>)  qui,  depuis 
quelque  temps,  avait  séjourné  en  Suisse.  Il  arriva  à  Sainte-Marie  en 
février  1561  et  fut  immédiatement  accepté  par  le  seigneur  de  Ribeau- 
pierre. 

Il  trouva  la  communauté  parfaitement  organisée,  l'esprit  religieux 
entretenu ,  l'ordre  partout  établi ,  mais  si  la  paroisse  be  faisait  pas 
défaut  à  son  pasteur,  le  temple  faisait  défaut  au  pasteur  et  à  la  paroisse. 
L'on  a  vu ,  en  effet ,  que  le  ministre  Marbœuf  et  ses  prédécesseurs 
avaient  jusque  là  alternativement  prêché  à  Sainte-Marie ,  à  Escbery , 


[*)  Cette  lettre  se  trouve  en  original  aux  archives  des  églises  de  Strasbourg. 

(*)  Le  pastear  désigné  sous  le  nom  de  Renard  par  le  livre  ooosistorial  de  S^*- 
Marie ,  porte  le  nom  de  Renaud  Ban  ou  Bau  dans  la  lettre  du  pasteur  la  Bacbelle 
déjà  citée  et  d'Amolphe  Baucus  dans  an  docoment  de  1561  dont  il  sera  parlé  ci- 
après. 


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NOTICE  RISTOBIQUB,  ETC.  139 

ai  Perlrupl  el  à  Aubure  sans  avoir  obtena  dans  ancttoe  de  ces  localités 
an  bâdmeiit  spécialement  el  exelanvemeDt  aCTecté  à  leors  exercices 
religieux.  Les  prédications  se  faisaient  soit  à  ciei  découvert ,  soit  dans 
des  maisons  que  leur  pieux  habitants  offraient  à  cet  effet.  A  Sainte- 
Marie  seolement ,  le  service  divin  parait  »  dans  ces  temps ,  avoir  été 
tenu  au  temple  situé  sur  le  pré  et  qui  était  affecté  depuis  quelques 
années  aux  protestants  de  la  Confession  d^Augsboiirg.  (<)  Hais  ce' 
n'était  là  qu'une  concession  temporaire ,  révocaUe  »  et  qui  ne  conférait 
aucun  droit  à  ceux  qui  en  jouissaient. 


XH. 

Cet  état  des  choses  devait  bientôt  cesser.  Peu  après  Tarrivée  du 
pasteur  Renard ,  le  curé  d'Eschery ,  voyant  que  sa  paroisse  presque 
tout  entière  avait  abandonné  la  religion  catholique  pour  embrasser 
le  culte  réformé ,  se  décida  à  quitter  une  commune  dans  laquelle  » 
désormais ,  il  ne  trouvait  plus  d'adhérents.  Son  église  resta  déserte 
et  le  seigneur  de  Ribeaupierre  »  surles  instantes  prières  des  protestants» 
consentit  à  l'affecter  au  culte  réformé  en  lui  accordant ,  en  outre  »  la 
moitié  de  la  grande  dlme  qui  lui  appartenait  pour  servir  à  l'entretien 
du  bâtiment  et  du  service  divin, 

XIII. 

Tout  paraissait  désormais  réglé  ;  les  '  réformés  de  Sainte-Marie 
possédaient  une  église ,  des  revenus  Àufllsants  pour  l'entretien  du 
culte  »  un  pasteur ,  une  organisation  consistoriale  ;  ils  avaient  Fespoir 

(*)  Noos  n'sTOns  pas  TiotentioD  d'entrer  id  dans  la  question  de  savoir  laquelle 
des  deux  confessions,  d^Aagsboorg  on  helvétique,  s'est  établie  la  première  dans 
la  vallée  de  S*«-Marie.  M.  le  pasteur  Caspari ,  dans  un  ouvrage  écrit  en  langue 
allemande  intitulé  :  Hiitoire  de  l'égUsê  éwxngélique  luthérienne  de  S^^^Marie,  s'en 
est  longuement  préoccupé*  Il  cherche  à  prouver  que  la  priorité  appartient  ^  l'église 
luthérienne,  mais  nousavouons  que  ses  arguments  ne  nous  paraissent  pas  concluants 
puisqu'ils  ne  sont  basés  que  sur  des  rapprochements  de  dates  fort  incertaines.  Le 
débat,  lui-même,  est  au  surplus  sans  intérêt  historique  et  la  discussion  ne  pourrait, 
tout  au  phis,  que  venir  en  aide  à  quelque  vanité  locale  on  raviver  des  passions 
depuis  longtemps  éteintes.  —  Conf.  R(EQRICH  ,  MiUKeilungen,  tom.  u ,  p.  i05. 


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140  REVUE  D'ALSACE. 

fondé  de  jouir  de  quelques  instants  de  repos  sous  Tégide  d'un  seigneur 
favorable  à  leur  culte  et  sous  la  garantie  du  traité  de  paix  conclu  le 
25  septembre  1555  entre  l'empereur  d'Allemagne  et  les  princes 
protestants,  (i)  Cet  espoir  fut  encore  une  fois  déçu. 

L'on  sait  que  le  traité  de  paix  d'Augsbourg  »  après  avoir  proclamé 
l'indigne  maxime  :  cujus  regio  »  qus  religio ,  et  avoir  établi  »  en  consé- 
quence •  que  la  religion  du  prince  doit  être  nécessairement  la  religion 
du  peuple ,  avait  exclu  les  calvinistes  ou  protestants  réformés  de  la 
tolérance  accordée  à  ceux  de  la  confession  d'Augsbourg  et  les  avait 
livrés  à  la  vengeance  de  leurs  seigneurs'catboliques,  ou  aux  vexations 
des  seigneurs  luthériens.  Egénolf  de  Ribeaupierre  n'avait  pas  suivi 
l'exemple  donné  par  ces  derniers  ;  il  avait  accordé  une  égale  protec- 
tion à  ses  sujets  des  deux  confessions  protestantes.  Hais  des  excitations 
venant ,  soit  de  la  régence  catholique  d'Ensisheim  »  soit  de  l'intolérante 
orthodoxie  luthérienne  »  l'engagèrent  bientôt  à  conseiller  aux  réformés 
d'Eschery  et  de  Sainte-Marie  k  se  rapprocher,  au  moins  ostensiblement» 
du  culte  luthérien  afin  de  pouvoir  invoquer  les  immunités  et  la 
protection  promises  par  la  paix  d'Augsbourg.  En  conséquence  •  le 
28  mai  1561 ,  en  la  maison  de  justice  de  Sainte-Marie,  comparurent 
d'après  les  ordres  c  des  deux  autorités  > ,  (celle  autrichienne  et  celle 
du  seigneur)  les  représentants  de  l'église  allemande  0^  luthérienne) 
et  de  celle  française  (la  réformée)  afin  de  tenter  un  essai  d'union  des 
deux  églises,  tant  sous  le  rapport  du  dogme  que  sous  celui  de  l'agende. 
L'église  luthérienne  était  représentée  par  le  juge  du  lieu ,  le  pasteur 
Pierre  Hoger,  et  par  des  préposés  aux  mines.  Les  réformés  comparais- 
saient par  leur  ministre  Arùolphe  Boucas  (ou  Arnault  Bon,  selon  la 
lettre  du  pasteur  le  Bachelle ,  ou  Renard ,  selon  le  livre  consistbrial) 
et  par  plusieurs  Anciens  :  Guillaume  Gerhard ,  Jean  Prun ,  Claude 
Bernbard  et  autres.  Le  pasteur  luthérien  prit  la  parole  et  s'étendit 
longuement  sur  les  avantages  que  retireraient  les  réformés  de  leur 
réunion  à  l'église  de  la  confession  d'Augsbourg.  Ensuite  le  juge,  qui 
présidait  la  séance ,  soumit  au  pasteur  réformé  les  quatre  questions 

(*)  A  ce  moment  déjà  h  communauté  de  S^«-Marie  arait  pris  un  dé?eloppement 
considérable.  La  preu?6  de  ce  fali  résulte  des  livres  de  bsptéme  qui  commencent 
en  1561  et  qui  établissent  qu'en  1562  il  y  a  eu  80  baptêmes ,  ce  qui  correspond  à 
une  population  de  1800  ftmes.  Trois  ans  plus  tard ,  en  1565 ,  ce  nombre  dépassa 
le  chiffre  de  cent» 


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KOTIGG  HlâTORIQCti,  ETC.  •      1*1 

suivantes  :  1^  Consentira-t-il ,  et  sa  commuDauté  avec  lui ,  à  accepter 
et  à  signer  la  confession  d'Augsbourg?  T  Adoptera-t-il  les  cérémonies 
usités  dans  l'église  allemande?  S""  Existe-t-il  un  obstacle  à  l'union? 
4<*  L'église  française  consent-elle  à  reconnaître  la  suprématie  de 
l'église  allemande  ?  A  ces  questions  »  le  pasteur  Renard  ayant  demandé 
un  délai  de  huitaine  pour  réunir  «a  communauté  et  la  consulter,  et 
l'ayant  obtenu ,  répondit  à  son  expiration  :  qu'il  n'existait  aucun 
obstacle  à  l'acceptation  de  la  confession  d'Augsbourg  sous  la  réserve 
toutefois  d'expliquer  les  articles  x  et  xn  (i)  selon  la  parole  de  Dieu  ; 
il  demanda  que  chaque  église  fut  autorisée  à  garder  ses  cérémonies 
particulières  et  refusa  enfin  de  reconnaître  la  suprématie  de  l'église 
allemande .  en  déclarant  que  toutes  les  églises  n'ont  qu'un  seul  chef 
commun  à  toutes  :  le  Christ.  Le  dimanche  suivant ,  8  juin  1561 ,  fût 
alors  publié  un  décret  du  seigneur  de  Ribeaupierre  où  il  est  dit  : 
t  Après  avoir  été  informé  que  les  deux  églises  ont  accepté  la  confession 
(  d'Augsbourg  et  que  la  seule  difficulté  consiste  dans  les.  cérémonies 
f  et  usages  d'église ,  Nous  ordonnons  que  chacune  d'elles  suivra 
c  paisiblement  et  pacifiquement  ses  anciens  usages  et  que  le  pasteur 
c  allemand  (luthérien)  prêchera  seul  dans  l'église  sur  le  pré  «  et  le 
<  pasteur  fiançais  dans  l'église  d'Eschery  ?  (S) 

C'était  9  au  moyen  d'un  mensonge  que  nous  n'entendons  ni  justifier 
ni  même  excuser ,  procurer  une  existence  légale  à  l'église  réformée 
de  Sainte-Marie  et  terminer,  en  même  temps,  les  discussions  qui 
s'étaient  élevées  entre  les  deux  cultes  au  sujet  de  la  possession 
exclusive  .de  l'église  du  pré  réclamée  à  juste  titre  par  les  protestants 
luthériens. 


XIV. 

A  partir  de  ce  moment  la  paix  et  la  concorde  furent  rétablies  entre 
les  luthériens  et  les  calvinistes  du  val.  Ces  derniers ,  à  l'abri  de  la 
déclaration  que  l'on  vient  de  rapporter,  continuèrent  à  professer 
leur  culte  dans  l'église  d'Eschery ,  mais  dans  le  courant  de  la  même 
année  156.1  leur  pasteur  Renard  fut  rappelé  par  l'église  de  Nîmes  à 

(*)  Nous  n'avons  pas  besoin  de  dire  que  rarlicle  x  esl  relalif  à  la  Sainte-Cène  el 
à  Tinterprétation  des  paroles  d'institution  el  que  l'article  xil  traite  de  la  pénitence. 
(■)  Voy.  Gaspari  ,  loc.  cit. ,  page  26. 


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ètô    .  RHVUB  D'aLSACB. 

laquelle  il  apparlenaii  et  remplacé  par  M.  Jean  Figon  <|ue  le  consis- 
toire de  Metz ,  sur  la  demande  de  l'église ,  lui  envoya  au  mois  d'oc- 
tobre. Ce  ministre  était  très-lîé  avec  Pierre  de  Cologne  (ou 
Colongue)  alors  pasteur  à  Metz  »  lequel  l'introduisit  A  S*«-Harie  et 
édifia  l'église  à  différentes  fois  par  ses  éloquentes  prédications.  (*) 

Figon  ne  resta  dans  sa  nouvelle,  cure  que  jusqu'en  juillet  de  l'année 
suivante.  Il  quitta  Escbery  pour  accepter  une  vocation  à  Badonvilliers. 
M.  Nicolat  François ,  autrefois  prêtre  catholique  i  S**-Marie ,  partie 
Lorraine»  nouvellement  converti  au  protestantisme ,  lui  succéda  le 
11  juillet  1763  après ,  toutefois ,  avoir  été  obligé  de  promettre  qu'il 
observerait  et  garderait  les  articles  de  la  discipline  de  l'église  tels 
qu'ils  avaient  été  arrêtés  par  son  prédécesseur  Marbœuf  et  sanctionnés 
par  le  pouvoir  temporel  du  seigneur  du  lieu. 


XV. 

En  1566,  Nicolas  François  •  après  quatre  années  de  travaux  pé- 
nibles, mais  fructueux,  fut  remplacé  par  le  pasteur  Carbon  qui  avait 
été  proposé  par  le  consistoire  de  Metz ,  sur  la  demande  expresse  des 
Anciens  de  l'église. 

C'est  pendant  le  ministère  de  Carbon  que  le  temple  de  Saint-Biaise, 
bameau  dépendant  en  partie  de  la  commune  de  S'*-Marie ,  Ait  ouvert 
aux  réformés  du  Val  qui  en  prirent  possession  en  y  envoyant  le  pas- 
teur d'Eschery  pour  prêcher  les  dimanches  après  midi ,  concurrem- 
ment ,  à  ce  qu'il  paraît ,  avec  le  pasteur  luthérien. 

Hais  ce  service  était  trop  pénible  pour  un  seul  ecclésiastique  déjà 
chargé  d'une  grande  cure  d'âme  composée  des  réformés  de  S^-Harie 
et  d'Eschery  ;  l'on  songea  donc  immédiatement  à  lui  trouver  un  col- 
lègue qui  serait  exclusivement  chargé  de  cette  nouvelle  partie  de  la 
paroisse. 

Il  fut  trouvé  en  la  personne  de  Claude  Manon  ^  ancien  catholique. 
Masson ,  après  avoir  abjuré,  était  devenu  maître  d'école,  puis  Ancien 
de  l'église  de  S^*Marie ,  et ,  se  sentant  une  vocation  irrésistible  au  saint 
ministère,  il  était  allé  se  retirer  à  Genève  où  il  s'était  livré  aux  études 
ihéologiques.  A  son  retour ,  et  après  avoir  obtenu  l'imposition  des 

(*)  Voy.  Lettre  du  pasteur  le  Baehelle,  Loc.  cit. 


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N0T1GS  R18T0R1QUS»  ETC.  <4S 

mains  par  le  mimacre  Carbon ,  it  fut  iaslallé  à  Saiot-Blaiae  en  qualité 
de  pasteur  de  la  nouvdie  paroisse. 

Vers  le  même  temps,  en  1567,  un  autre  catholique  converti  vint 
se  fixer  à  S^-Harie  et  y  rendre  des  services  à  l'église.  C'était  Louis 
Desmasures ,  ancien  secrétaire  du  duc  de  Lorraine  qui  •  après  avoir 
séjourné  pendant  quelque  temps  à  Metz,  où  il.s'était  exercé  à  la  pré<- 
dication  »  se  fit  recevoir  bourgeois  à  S'^-Marie  et  offrit  son  assistance 
au  pasteur  Carbon  lequel  >  en  effet ,  se  fit  quelque  fois  remplacer  par  lui 
en  chaire.  Il  remplit  même,  temporairement»  les  fonctions  pastorales 
à  Escbery  quand  Carbon  se  fut  décidé ,  en  i  568 ,  à  quitter  TAbace 
et  à  retourner  dans  l'intérieur  de.  la  France. 


XVI. 

Bientôt  un  nouvel  orage  vint  menacer  l'église  réformée  à  peine 
établie  dans  la  vallée  de  Llèpvre.  L'on  a  vu  plus  haut  que  pour  se 
faire  tolérer  »  cette  église ,  du  consentement  du  seigneur  de  Ribeau- 
pierre,  avait  été  obligée,  en  i561,  d'adçpter  ostensiblement  la  doctrine 
religieuse  enseignée  par  la  confession  d'Augsbourg ,  tout  en  conser- 
vant réellement  le  culte  calviniste  tant  en  ce  qui  touche  le  dogme 
que  quant  aux  cérémonies.  Mais  l'ardeur  des  convictions  religieuses 
s'accordait  mal  au  xv!""*  siècle  avec  les  ménagements  et  les  transactions 
qui  pouvaient  amener  l'union  confessionnelle  des  deux  cultes  et  qui» 
aujourd'hui  encore ,  rencontrent  en  France  et  en  Allemagne  des 
adversaires  chaleureux  et  convaincus.  Il  ne  faut  donc  pas  s'étonner  si 
la  seule  apparence  d'un  changement  de  doctrine  a  révolté  les  zélés 
réformés  de  Sainte-Marie  et  s'ils  ont  accueilli  avec  transport  les 
prédications  dogmatiques  d'un  ministre  réfugié  de  Lyon,  lequel, 
après  avoir  séjourné  pendant  quelque  temps  à  Genève»  s'annonçait 
aux  fidèles  comme  préchant  la  seule ,  la  véritable  parole  de  Dieu. 

Le  ministre  Thomas  Berette  (i)  était  arrivé  à  Sainte-Marie  vers  la 
fin  de  l'année  i568  et ,  sans  y  avoir  été  autorisé  par  le  seigneur  de 
Aibeanpierre  »  sans  même  s'être  enquis  du  consentement  des  deux 

(*)  Ou  Burette.  Voy.  la  lettre  du  pâsteur  le  Eachelle.  —  L'on  ne  comprend  pas 
comment  M.  Caspari  ait  pu  confondre  le  mJDistre  Berelte  avec  le  pasteur  Moret. 
La  différence  des  noms  et  surtout  les  époques  diverses  de  l'apparition  de  ces  deux 
bomines  à  Sainte-Marie  repoussent  hautement  cette  confusion. 


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i44  RKnm  d'alsaûb. 

pasteurs  d'Eschery  el  de  S*-BIaise ,  il  s'éuil  mis  à  prêcher  mUgté  les 
défenses  qui  lui  en  furent  notifiées.  La  foule  avait  écouté  ses 
sermons  avec  avidité  et  ne  s'était  nullement  inquiétée  des  fâcheux 
résultats  que  pouvait  entraîner  pour  elle  le  rétablissement  public  d'un 
culte  qui  n'était  pas  protégé  par  les  stipulations  du  traité  de  paix  de 
religion  conclu  à  Augsbourg. 

Mais  Egénolf  de  Ribeaupierre  ne  pouvait  ignorer  ce  danger.  Pour 
le  conjurer ,  il  dut  recourir  à  une  mesure  extrême.  Il  ordonna  le 
ai  décembre  de  la  même  année  1568  la  fermeture  des  ^lises  d'Eschery 
et  de  S*-Blaise ,  étant  par  cette  décision  rigoureuse  tout  prétexte 
aux  ennemis  du  protestantisme  de  l'accuser  d'avoir  favorisé  les  secta- 
teurs de  la  religion  réformée.  Le  livre  consistorial»  dont  nous  suivons 
les  indications  autant  qu'il  est  possible ,  s'exprime  en  ces  termes  : 
c  Les  deux  temples,  savoir  celui  d'Eschery  et  celui  de  S^-Blaise  furent 
f  fermés  depuis  le  21  décembre  1568  jusqu'au  mois  de  mars  de 
c  l'année  suivante  avec  défense  d'y  tenir  le  service  divin  pour  le$ 
t  réformés  sur  ce  que  M.  Thomas  Berette,  ci-devant  prédicateur  de 
c  la  ville  de  Lyon  ,  arrivé  ici  le  22  août  1568  de  Genève ,  où  il  s'était 
c  retiré ,  se  mit  à  prêcher  dans  la  vallée  sans  y  être  authorisé  et 
c  continua  à  le  faire  pendant  cinq  mois  contre  les  défenses  qui  lui  en 
c  furent  faites  ce  qui  l'obligea  enfin  à  quitter  l'endroit.  > 

xvn. 

Le  ministre  Berette  s'étant  enfin  retiré  du  val  de  Sainte-Marie  et  la 
tranquilité  ayant  été  rétablie ,  le  seigneur  de  Ribeaupierre  permit  la 
réouverture  du  temple  d*Escbery  et ,  comme  la  chaire  était  devenue 
vacante  par  le  départ  du  pasteur  Carbon .  ce  fut  le  ministre  Claude 
Masson  de  Saint-Biaise  qu'il  désigna  pour  desservir  l'église.  Mais 
Masson  ne  remplit  pas  longtemps  ces  fonctions.  Déjà  dix-neuf  mois 
après  »  en  1570 ,  les  réformés  d'Eschery  et  de  Sainte-Marie  ayant  été 
avertis  qu'il  se  trouvait  à  Strasbourg  un  prédicateur  français  très^ 
estimé  du  nom  de  Jean  Gerran  (i)  et  qui  alors  était  entretenu  par  la 
dame  de  Malbert  dont  il  était  l'aumônier ,  s'adressèrent  i  cette  dame 
et  au  sieur  Gerran  lui-même  pour  obtenir  leur  consentement  à  ce 
qu'il  vint  se  mettre  à  la  tête  du  troupeau  et  à  faciliter  ainsi  le  retour 


{})  Ou  Jean  Harrang ,  selon  la  lettre  du  pasteur  le  Baclielle. 


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pOTICB  HISTORIQUE,  ETC.  445 

de  MatsoD  à  Saint-Biaise  »  localité  devenue  veuve*  de  son  pasteur. 
Cet  arrangement  ayant  été  accepté  ^  le  pasteur  Gerran  comnlença 
ses  prédications  en  septembre  1570;  ce  qui  permit  de  rétablir  le 
service  régulier  dans  les  deux  églises. 


XVIIL 

Yen  ce  tempe-là ,  les  idées  de  la  réformàtion ,  s'étant  propagées 
dans  la  seigneurie  de  Ribeaupierre ,  avaient  fini  par  aboutir  jusqu'au 
village  du  Bonhomme  (en  allemand  .  DiedoUhaïuen  ou  JûdeUnêhuss , 
selon  une  charte  de  4444)  situé  au  sommet  de  l'une  des  montagnes 
les. plus  élevées  des  Vosges.  Les  opinions  religieuses  y  étaient  divisées, 
le  catholicisme  y  avait  conservé  det  Cartes  racines ,  mais  les  réformés* 
s*appuyant  sur  les  tendances  protestantes  et  sur  la  protection  du 
seigneur,  avaient  réclamé  l'envoi  et  les  secours  spirituels  de  l'un  des 
pasteurs  du  val  de  la  Lièpvre.  Lé  consistoire  de  Sainte-Marie  s'était 
empressé  de' déférer  à  cette*  demande  et  le  ministre  Claude  Hasson 
fut  momentanément  détaché  de  S^-Blaise  pour  aller  prêcher  TEvangile 
aux  nouveaux  convertis  du  Bonhomme.  Mais ,  soit  que  ce  pasteur 
ait  éprouvé  le'  désir  de  retourner  dans  sa  paroisse  ,  soit  qu'il  lui  ait 
manqué  l'énergie  nécessaire  pour  résister  aux  contrariétés  et  aux 
persécutions  que  ses  adversaires  en  religion  lui  suscitèrent ,  il  demeure 
certain  qu'il  revint  bientôt  reprendre  ses  fondions  à  S'-Blaise.  Alors 
le  ministre  Gerran  d'Eschery  se  décida  à  le  remplacer  au  Bonhorome« 
mais  il  fut  encore  moins  heureux  que  Hasson ,  car ,  après  y  avoir 
administré  une  seule  fois  la  Sainte-Cène  et  baptisé  quelques  enfants, 
il  fut  obligé  de  partir  et  le  livre  consistorial  nous  apprend  qu'il  ne 
lui  fut  pas  niéme  permis  de  retourner  à  Sainte-Marie ,  mais  qu'on 
l'^l^ea  à  quitter  la  province;  c  par  les  persécutions  qu'on  lui 
suscita  >•  Le  motif  ou  le  prétexte  de  ces  persécutions  n'est  pas 
indiqué.  0) 

Il  arriva  ainsi  que  l'église  d'Eschery  et  de  S**-Marie  fut  de  nouveau 
privée  de  son  pasteur ,  ce  qui  engagea  le  seigneur  du  val  à  y  envoyer 

(M  Le  Bachelle ,  IqC.  cit. ,  nous  apprend  «  que  le  pasteur  Gerran  (ou  Harrang , 
(I  comme  U  l'appelle) ,  s'étant  relire  aux  Pays-Bas ,  y  scandalisa  les  églises  par 
«  sa  révolte ,  de  laquelle ,  néanmoins ,  le  seigneur  le  retira ,  étant  depuis  mort  au 
«  voisinage  de  Bacarat ,  où  il  s'était  retiré  en  une  vie  particulière.  » 

«•Aimée.  iO 


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146  aETUB  D*AL$ÀCat.       . 

pour  la  secondeYois  Claude  Maasou  ,  lequel ,  i  partir  de  ce  moment . 
4572  y  jusqu'à  Tépoque  de  sa  mort  »  arrivée  en  grande  vieillesse  vers 
4605  y  ne  quitta  plus  cette  paroisse. 


XIX. 

L*on  ne  peut  qu'admirer  le  courage  persévérant  dont ,  pendant 
toute  sa  vie  »  Egénolphe  de  Rîbeaupierre  a  fait  preuve  en  protégeant 
la  religion  protestante  qu'il  avait  embrassée.  Déjà  il  avait  eu  à  lutter 
contre  les  prétentions  de  la  chancellerie  d'Ensisheim  et  contre  les 
admonitions  de  l'empereur  Ferdinand,  mais,  du  moins,  il  devait 
espérer  maintenant  que  la  réunion ,  officiellement  consentie  •  des  ré- 
formés au  culte  luthérien  leur  permettrait  désormais  de  participer 
aux  avantages  stipulés  par  la  paix  de  religion  d'Augsbonrg.  Il  s'était 
trompé  !  La  tentative  de  l'établissement  d'un  paslenr  réformé  au 
Bonhomme  avait ,  de  nouveau ,  éveillé  la  sollicitude  ombrageuse  du 
gouvernement  autrichien  et ,  en  1573*,  l'archiduc  Ferdinand  ,  écri- 
vant  à  Ëgénolph ,  lui  défendit ,  sous  menace  de  punition  sévère  »  de 
tolérer  dans  ses  domaines  aucuns  sectaires ,  ni  des  individus  chassés 
pour  cause  de  religion ,  ni  leurs  prédicants.  Mais  le  seigneur  de 
Ribeaupierre  lui  répondit ,  le  6  septembre  de  la  même  année ,  en 
déclarant  »  qu'il  n'accordait  aucun  asile  aux  fugitifs  des  états  voisins, 
c  notamment  à  ceux  qui  ne  pourraient  justiOer  d'un  congé  honorable  ; 
c  que  l'ancienne  religion  (la  religion  catholique)  continuait  à  être 
c  suivie  dans  toutes  les  villes  et  dans  tous  les  villages  de  ses  domaines, 
c  sauf  que,  conformémeut  à  son  droit  reconnu  parla  paii  de  religion 
c  et  en  vertu  des  généreuses  dispenses  accordées  par  feu  Tempe- 
c  reur  Ferdinand  ,  il  suivait  dans,  la  chapelle  de  son  château  (  t  sans 
c  bruit  le  culte  de  la  confession  d'Augsbourg  ;  mais  que  quant  à  S^- 
(  Marie,  il  serait  difficile  d'y  faire  changer  l'état  des  choses  puisque  ' 
c  les  mineurs  y  entretenaient  un  prédicant  à  leurs  frais  et  que  les 
c  mines  de  cette  localité  relevaient  directement  du  Saint-Empire  ro- 
c  main  et  pouvaient  par  conséquent  invoquer  les  immunités  accordées 
«  par  la  paix  d'Augsbourg.  »  (i) 

H  paraît  que  ce  fut  là  le  dernier  acte  de  tolérance  éclairée  fait  par 


(*)  Yoy.  RoEHRiCH,  lUmMlungen  ^  etc. ,  lom.  ii ,  p.  108. 


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NOTICE  HÏSTOniQUÏ,  ETC.  iil 

Egénolph  en  faveur  des  réformés  du  val  de  Liëpvre.  Il  mourut  en 
1585  y  laissant  un  fils  mineur  du  nom  d'Eberbard  qui  eut  pour  tuteurs 
deux  comtes  d'Erbacb  professant  le  culte  lutbérien  et  un  comte  de 
Fûrstenberg ,  catbolique. 

XX, 

C'est  en  l'année  1579  qu'il  convient  de  placer  les  premiers  com^ 
mencements  de  l'existence  d'une  église  réformée  allemande  à  Sainte- 
Marie-aux-Mines.  L'on  trouve,  en  effets  la  mention  suivante  dans  le 
livre  consistorial  de  TégUse  française,  c  Monsieur  Louis  Desmasures 
c  étant  mort  en  1574  et  Monsieur  Claude  Masson  ayant  précbé  long- 
(  temps  seul  en  l'église  d'Escbery  sans  élre  subsidié  que  quelques 
c  fois  par  M«  Tbouvenin  et  par  H*  François  de  La  Chapelle  »  quoiqu'il 
«  eut  peu  de  santé  et  que  le  troupeau  fut  nombreux ,  l'église  cher- 
t  chant  les  moyens-  de  le  soulager  fit  venir  du  Palatiuat  M""  Caspar 
c  Ândernach,  ministre  allemand,  lequel  étant  venu  dans  la  vallée 
t  après  avoir  été  autorisé  par  Monseigneur  le  comte  de  Ribeau- 
(  pierre  »  0)  fut  joint  audit  M«  Claude  Masson  pour  desservif  l'église 
<  d'Escbery ,  ce  qui  arriva  au  mois  de  juin  de  Tannée  1579.  >  —  Or, 
jusqu'à  ce  moment ,  tous  les  prédicateurs  réformés  appelés  au  val 
avaient  été  Français  d'origine  et  n'avaient  parlé  que  la  langue  fran- 
çaise ,  leurs  sermons  avaient  nécessairement  clé  prononcés  en  cette 
langue  et  le  service  divin ,  en  général ,  avait  été  fait  en  français.  Cela 
s'expliquait  par  ce  fait,  que  la  population  de  S^«Marie  (partie  d'Alsace) 
ne  se  composait  alors  presqu'exclusivement  que  de  mineurs  et  em- 
ployés français  venant  de  l'intérieur  de  la  France  ou  des  cantons 
suisses  parlant  la  langue  française  qui  professaient  le  culte  réformé , 
et  d'ouvriers  et  employés  allemands  venant  de  la  Saxe  ou  du  nord 
de  l'Allemagne  qui  appartenaient ,  pour  la  majeure  partie  du  moins» 

(*)  Le  livre  consistorial  fiait  erreur  en  attribuant,  dès  1579 ,  le  titre  de  Comte 
aux  seigneurs  de  Ribeaupierre.  Ce  titre  n*a  été  obtenu  que  par  Jean-Jacques ,  le 
dernier  de  la  dynastie  mâle  de  celle  maison ,  mort  en  1675.  —  L*erreur  se  com- 
prend ,  alors  que  Ton  se  rappelle  que  le  livre  consistorial  n'a  été  rédigé  qu'en 
1771  sur  le  vu  des  anciens  livres  et  qu'évidemment  son  rédacteur  n'a  pas  dû  atta- 
cher un  grand  intérêt  à  la  recherche  du  litre  ({uc  prenaient ,  au  seizième  siècle , 
les  seigneurs  du  val  de  la  Lièpvrc. 


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148  REvtnc  d'alsack. 

à  la  doctrine  luthérienne.  Les  réformés  avaient  donc  adopté  la  langue 
de  leur  pays  natal»  celle  qu'ils  comprenaient  le  mieux.  Mais  les  dis- 
positions de  la  paix  de  religion  d' Augsbourg  et  Tanimosité  qui  régnait 
à  cette  époque  entre  les  luthériens  et  les  calvinistes  peu  nombreux 
qui  restaient  en  Allemagne ,  avaient  engagé  un  grand  nombre  de  ces 
derniers  à  quitter  leur  patrie  pour  chercher  en  Suisse  ou  en  France 
des  coreligionnaires  plus  affectueux»  ou  »  du  moins  •  une  tolérance  plus 
chrétienne.  C'est  ainsi  »  nous  le  présumons ,  que  des  réformés  alle- 
mands vinrent  peu  à  peu  se  joindre  à  S^-Marie  au  troupeau  des  ré- 
formés français  et  que  l'on  finit  par  sentir  la  nécessité  d'établir  pour 
eux  une  prédication  allemande. 

Le  livre  consistorial  ne  fait  pas  connaître  les  motifs  qui  ont  décidé 
l'appel  du  pasteur  Andemach  et  semble  n'attribuer  sa  nomination 
qu'à  la  nécessité  de  donner  un  collaborateur  et  un  aide  au  ministre 
français  valétudinaire  ;  mais  il  faut  se  reporter  à  l'époque  de  la  con- 
fection de  ce  livre ,  il  faut  se  rappeler  qu'il  a  été  composé  sur  les 
fragments  des  anciens  livres  consistoriaux  aujourd'hui  perdus  ;  que 
son  rédacteur  a  été  l'un  des  pasteurs  de  l'église  française  et  que  son 
travail  a,  uniquement  été  destiné  à  conserver  les  faits  qui  concernaient 
celte  église  »  alors  séparée  de  l'église  réformée  allemande  ;  qu'il  n'a 
donc  dû  éprouver  ni  intérêt  »  ni  besoin  à  retracer  les  premières  ori- 
gines de  cette  dernière.  Il  est  certain  »  dans  tous  les  cas  »  que  le  mi- 
nistre Andemach  »  allemand  de  naissance  et  de  langue ,  n'a  pq  suppléer 
le  pasteur  François-Qaude  Masson  dans  les  fonctions  pastorales  fran- 
çaises et  qu'il  a  dû  se  borner  à  prêcher  et  à  instruire  ses  coreligion- 
naires allemands,  (i)  Quoiqu'il  en  soit  »  Andernach  ne  resta  que  peu 
de  temps  à  S'^-Marie-aux-Mines.  Au  bout  de  deux  années  il  fut  rappelé 
par  l'électeur  palatin  et  pqurvu  d'une  cure  au  sein  de  sa  patrie.  Sa 
place  resta  vacante  au  val  de  la  Lièpvre  et  ce  n'est  que  beaucoup 
plus  tard  que  la  communauté  réformée  allemande  parvint  à  s'organiser 
et  à  obtenir  un  service  régulier  avec  un  pasteur  parlant  sa  langue. 

XXL 

A  partir  de  ce  moment  (l'année  1581)  nous  rencontrons  une  lacune 
considérable  dans  le>  livre  consistorial  de  l'église  réformée  de  Sainte- 
té U  importe  toutefois  de  constater  que  les  actes  de  baptême  faits  par  \e  mi- 
nislre  Andernach  sont  écrits  en  langue  française. 


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NOTICE  HISTORIQUE  >  ETC.  140 

Marie,  lacune  qui  8'éteod  jusqu'en  Tannée  J618  où  ce  livre  reprend 
la  narration  des  faits.  Faut-il  en  conclure ,  ainsi  que  Ta  fait  M.  Cas- 
pari  (t)  et  qua  semble  le  faire  M.  Rœhrich ,  (^)  que  pendant  toute 
cette  période ,  c'est-à-dire ,  pendant  39  ans ,  l'exercice  du  culte  ré« 
formé  a  été  supprimé  ou  suspendu  dans  la  vallée  de  la  Lièpvre  ? 

Examinons  les  faits. 

M.  Gaspari  déclare  (^)  que  les  inscriptions  des  baptêmes  »  mariages 
et  décès  ne  manquent  dans  les  livres  de  l'église  réformée  qu'à  partir 
de  Tannée  1895  jusqu'à  1618»  (^)  tOut  en  constatant,  quoiqn'à  tort , 
le  silence  du  livre  consistorial  depuis  1579  jusqu'en  1634,  puisque , 
dès  1618 ,  ce  livre  indique  une  séance  du  grand  consistoire  tenue  le 
6  février.  Il  est  d'ailleurs  certain  qu'en  1582  l'église  réformée  de  S**- 
Marie  était  encore  desservie  par  le  pasteur  Claude  Masson  ^  puisque 
deux  lettres  découvertes  dans  les  archives  de  Neufchâtel,  par  M.  le 
professeur  Baum ,  de  Strasbourg ,  attestât  qu'à  cette  époque  ce  mi- 
nistre et  les  Anciens  de  Téglise  se  sont  adressés  à  leur  coreligion- 
naire de  ladite  ville  de  Neufchâtel  pour  en  obtenir  l'envoi  d'un  second 
pasteur ,  la  paroisse  étant  trop  populeuse  pour  pouvoir  être  desservie 
par  un  seul.  (^) 

Ce  silence  n'établirait  donc  uiie  solution  de  continuité ,  si  nous 
pouvons  nous  servir  de  cette  expression ,  qu'à  partir  de  Tannée  1595 
jusqu'en  1618 ,  et  la  période  de  ce  sommeil  ou  de  cette  mort  pourrait 
s'expliquer  ainsi  qu'il  suit  : 

Egénolph  de  Rîbeaupierre  était  décédé ,  ainsi  que  nous  l'avons  dit , 
en  1585,  et  n'avait  laissé  qu'un  enfant  mineur,  Eberhard ,  qui  fat 
placé  sous  l'autorité  de  deux  tuteurs  protestants  et  d'un  tuteur  catho- 
lique. La  maison  d'Autriche  saisit  le  moment  de  l'affaiblissement  du 
pouvoir  de  son  vassal  et  imposa  aux  représentants  du  seigneur  Tobli- 

(^)  Gaspari  ,  loc.  cit. ,  page  60. 

(2)  RcEBEiCH ,  loc.  cit. ,  page  111. 

(»)  Page  60. 

(*)  Ceci  est  une  erreur.  Il  n*existe  absolument  aucune  lacune  dans  ces  livres. 
L'erreur  de  MM.  Caspari  et  Rœhrich  provient  de  ce  que  les  actes  de  baptême  de 
15S5  à  1618  sont  inscrite  dans  un  registre  où  Ton  a  recopié  ceux  de  1562  à  1585 
et  se  trouvent  à  la  suite  de'oe  registre  copié ,  au  lieu  de  Tèlre  sur  Tancien  registre 
origiDat. 

(')  Nous  devons  à  Tobligeance  de  M.  le  professeur  Baum  la  communication  de 
ces  deu  lettres.  On  les  trouvera  à  Tappendice  sous  N»  II, 


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<50  TIKVIE  D'aLSACE. 

galion  de  faire  cesser  l'exercice  do  coite  protesUot,  luthérien  et 
calviniste  partout  où  il  avait  été  introduit  dans  la  seigneurie  d« 
Ribeaupierre.  '  » 

Effrayés  et  intimidés  par  cette  rigueur  inattendue ,  les  protestants 
s'adressèrent  au  magistrat  de  la  ville  libre  de  Strasbourg  à  l'effet  d'en 
obtenir  des  conseils  sur  le  parti  à  prendre  et  les  démarches  à  faire. 
Le  magistrat  leur  répondit  que  la  décision  autrichienne  ne  pouvait 
être  applicable  qu'aux  réformés  du  val  de  la  Lièpvre  et  non  à  ceux 
de  la  confession  d'Augsbourg  auxquels  la  paix  de  religion  avait  assuré 
la  liberté  de  conscience  et  l'exercice  de  leur  culte  dans  toute  l'éteudue 
de  l'empire  d'Allemagne. 

Alors  les  réformés  se  décidèrent  à  rédiger  une  confesiion  de  foi  de 
r église  française  de  S^- Marie  dam  la  vaHée  dv  la  Liepvre  {Rekanntnusz 
des  Glaubens  der  weUchen  Kirehe  zu  Mariakirch  im  LéberthalJ  f  con- 
fession qui ,  écrite  en  langue  française ,  n'existe  plus  qu'en  une  tra- 
duction allemande  ,  sans  date ,  déposée  aux  archives  des  églises  à 
Strasbourg  (<)  et  qui  n'est  probablement  que  la  reproduction  de  celle 
rédigée  par  le  pasteur  Marbœuf  en  i558,  aujourd'hui  perdue. 

Ce  qui  décida  sans  doute  les  réformés  à  recourir  à  cette  manifes- 
tation de  leur  foi  religieuse ,  ce  fut. la  tendance  que  montraient  alors 
les  princes  de  l'Allemagne ,  de  confondre  les  doctrines  calvinistes 
avec  celles  des  anabaptistes  et  des  autres  sectes  si  nombreuses  qui 
avaient  surgi  dans  ce  pays  et  qui  menaçaient  plus  ou  moins  les  bases 
de  la  constitution  sociale  tout  entière* 

Malgré  cette  déclaration  nette  et  loyale,  les  réformés. du  val  ne 
réussirent  pas  à  faire  lever  l'anathèmé  prononcé  contre  eux.  Prenant 
texte  des  dissidences  qui  existaient  entre  la  profession  de  foi  de 
l'église  réformée  de  Sainte-Marie  et  celle  d'Augsbourg,  le  gouverne- 
ment autrichien  maintint  sa  décision  et*  défendit  de  nouveau  l'exer- 
cice public  du  culte  réformé ,  tout  en  concédant  celui  du  culte 
luthérien.  (S) 

(')  Voy.  BoEHRiCH,  loc.  cit. ,  page  iii.  —  Nous  donnons  ce  document  précieux 
et  inédit  à  Tappendice  sons  N<>  III. 

(*)  G*est  surtout  en  Taonée  1K86  qu'il  coqvient  de  placer  les  efforts  bits  par  1t 
régence  d*Ensisheim  pour  mettre  à  exécution  le  mandat  de  rsUpon  autrichien  et 
pour  forcer  les  réformés  du  val  de  la  Lièpvre  à  se  convertir  au  catholicisme  ,  ou 
ï  <)uitter  les  domaines  du  seigneur  de  Ril^eaupierre.  L*on  en  trouve  des  preuves 


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NOTICE  HISTORIQUE,  EX<^.  151 

Tel  est  en  rësomé  le  récit  fait  par  M.  Rœhrich  sous  une  fomie 
dubitative,  récit  que  M.  Caspari  a  reproduit.  L'on  ne  peut  disconvenir 
qu'il  oïïre  une  explication  assez  probable  du  fait  d'interruption  de 
l'exercice  du  culte  appuyé  sur  le  silence  du  livre  consistorial  et  sur 
celui  des  livres  d'église. 

Il  nous  reste  cependant  des  doutes. 

La  seigneurie  de  Ribeaupierre ,  quoique  relevant  de  l'Autriche  , 
avait  eu  pendant  longtentps  pour  maître  Egénodph  qui ,  professant  le 
culte  de  la  confession  d'Augsbourg ,  n'avait  pas  caché  ses  sympathies 
pour  réglise  calviniste.  Ces  sympathies ,  manifestées  par  une  gêné* 
reuse  tolérance ,  ont  dû  lui  survivre  et  disposer  en  sa  faveur  deux , 
au  moins,  des  tuteurs  du  jeune  Eberhard  qui  étaient  protestants  eux« 
mêmes.  Le  moment,  d'ailleurs ,  aurait  été  mal  choisi  pour  commencer 
une  croisade  contre  des  réformés  établis  en  quelque  sorte  sur  les 
frontières  du  royaume  de  France.  Henri  iv  venait  d'être  sacré  roi , 
le  pape  l'avait  absous  et  relevé  de  l'excommunication ,  le  roi  de  France 
était  puissant  et  protégeait  les  calvinstes ,  déjà  l'édit  de  Nantes  se 
préparait  dans  ses  conseils  ;  il  eut  donc  été  imprudent  de  faire  naitre 
une  agitation  qui .  trouvant  un  appui  eu  France ,  aurait  pu  entraîner 
à  des  conséquences  fatales. 

Uais  à  côté  et  à  Tappui  de  ces  considérations  générales ,  il  existe 
des  faits  particuliers  à  la  localité  qui  semblent  établir ,  que  si  peut- 
être  pendant  la  période  de  1595  à  ^618  le  culte  réformé  n'a  pas  été 
favorisé  et  ouvertement  protégé  à  Sainte-Marie-aiix-Mines  •  il  n'a,  du 
moins ,  pas  cessé  d'être  suivi  et  que  les  pasteurs  ne  lui  ont  pas  fait 
défaut. 

fin  effet ,  la  lettre^  du  ministre  Jean  le  Bachelle ,  écrite  en  l'année 
1643  et,  par  conséquent .  à  une  époque  très-rapprochée  de  la  période 
dont-il  s'agit ,  (f)  émane  d'un  pasteur  de  l'église  réformée  de  Sainte- 
*  Marie  qui  devait  connaître  toutes  les  traditions  de  cette  église  et 
posséder  encore  tous  les  documents  dont  nous  regrettons  aujourd'hui 
la  perte.  Or ,  le  Bachelle ,  après  nous  avoir  appris  que  le  pasteur 

dans  plusieurs  actes  conservés  aux  archiVes  des  églises  Ue  Strasbourg  qui  portent 
notamment  les  dates  des  27  mars ,  iS  avril ,  19  novembre  et  4  décembre.  Mais 
ces  actes  prouvent  en  même  temps  que  les  ouvriers  mineurs  profes^nt  le  culte* 
réformé  ont  opposé  une  vive  résistance  ^  l'exécution  de  ces  ordres  et  n*ont  cessé 
d'invoquer  leurs  privilèges  auciens  et  leurs  libertés  garanties  par  le  prince. 
(')  Voy.  BulUHn  de  Vhittoire  du  proteitantisme  français,  tom.  P^  p.  160,  . 


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182  nE\1JE  D'ALSACE. 

allemaRd  Andernacb,  élu  en  1579,  eM  resté  pendant  deux  ans  !^ 
côté  de  son  collègue  Claude  Masson ,  dit  que  M.  Mathieu  Barthol  lui 
succéda  après  avoir  été  ministre  dans  le  comté  de  Montbéiiard  et 
qu'il  a  qui^tté  en  1590  pour  mourir  plus  tard  au  service  de  Téglise  de 
Badonvillers.  Il  dit  encore  ,  qu'en  Tannée  4589  fut  reçu  au  ministère 
de  réglise  de  Sainte-Marie  •  M.  Mathieu  Robert ,  lequel  a  servi  cette 
église  jusqu'en  l'année  i626  et  qu'après  la  mort  de  Claude  Masson, 
arrivée  seulement  en  1603»  Josias  de  Mont  a  été  reçu  mais  n'est  resté 
qu'un  an  au  service  de  l'église  ;  qu'enfin  en  l'année  4607  le  ministre 
Claude  Perrochet  lui  succéda  et  est  resté  Jusqn'en  l'année  4658. 

Voici  donc  une  succession  de  pasteurs  établie  sans  interruption 
depuis  4579  jusqu'en  4638.  L'on  ne  ssurait  nier,  toutefois,  qu'il 
existe  quelque  obscurité  dans  cette  relaiion  ;  ainsi  l'on  ne  comprend 
pas  trop  bien  comment  le  pasteur  Mathieu  Robert  a  pu  succéder 
déjà  en  4589  à  Mathieu  Barthol,  lequel  n'a  quitté  ses  fonctions 
qu'en  4590  et  avait  alors  pour  collègue  le  vieux  Claude  Masson.  Il 
parait  aussi ,  d'après  le  récit  de  le  Bachelle  que ,  dans  Tiotervalle 
entre  4604 ,  date  du  départ  Je  Josias  de  Moni ,  et  4607  ,  année  de  la 
nomination  de  Claude  Perrochet ,  un  seul  pasteur ,  Mathieu  Robert , 
aurait  administré  les  intérêts  spirituels  des  fidèles  de  l'église  réformée 
de  Sainte-Marie-aux-Mines.  {}) 

Mais  il  en  ressort ,  dans  tous  les  cas ,  la  preuve  que  cette  église 
n'a  pas  été  entièrement  abandonnée ,  qu'elle  a  conservé  des  pasteurs 
et  que  la  vie  religieuse  n'y  a  pas  été  éteinte ,  fait  attesté  d'ailleurs 
par  le  registre  de  baptême  qui ,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit  plus 
haut ,  n'a  subi  aucune  interruption  pendant  les  années  dont  il  s'agit. 

(*)  L'on  nous  a  communiqaé  un  ouvrage  intitulé  :  Histoire  de  ia  vallée  de  la 
lÂipvre ,  extraite  de  la  5«  livraison  des  Vuee  jntloresques  de  C Alsace ,  par  l'abbé 
GRàiiniDiER ,  S^^-Marie-aux-Mines  4840.  Ce  livre  contient,  f  ntre  autres ,  page  402; 
une  liste  des  pasteurs  réformés  français  qui  ont  desservi  Téglise  depuis  la  léfor- 
mation.  Cette  liste  est  complètement  erronée,  surtout  quant  i  la  période  de  4569 
^  4664.  C'est  ainsi  qu'elle  indique  Claude  Masson  comme  étant  mort  dès  rannéé 
4570  ;  qu'elle  désigne  Louis  Desmasures  comme  ayant  été  pasteur  à  Eschery ,  de 
459Q  à  4596 ,  Undts  qu'il  était  déjà  décédé  en  4574  ;  qu'elle  désigne  enfin  Félix 
'  Perrochet  comme  pasteur  de  l'église  de  Sainte-Marie  de  4596  à  4664,  c'est-Mire 
pendant  68  ans  !  —  Il  est  inutile  de  s'arrêter  à  de  pareilles  indication^  dont  l'erreur 
matérielle  est  démontrée  par  les  documents  du  temps  et  par  les  invraisemblances 
qu'elles  renferment. 


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NOTICE  0ISTORIQUE,  ZlC. 


453 


S'il  en  Allait  une  démonstration  plus  éclatante  encore  »  nona  la 
poiseriona  dans  la  mention  faite  an  livre  consistorial  de  la  tenue  du 
^rani^nmleire  assembl^  le  9  janvier  i6i8,  fait  qui  établit  victorieuse- 
ment Texistence  de  la  communauté  et  son  organisation  réglée» 
surtout  en  ce  qui  concerne  le  maintien  sévère  de  la  discipline. 

L'on  trouve ,  en  effet  »  à  la  suite  du  règlement  de  discipline  ecclé* 
siastique  établi  par  le  pasteur  Marbœuf  et  conservé  sur  parchemin 
aux  archives  de  l'église,  l'annotation  suivante:  c  Au  surplus  est 
à  noter  que  s'étant  glissé  entre  notre  peuple  un  tel  désordre  entre 
toute  sorte  de  qualité  de  personnes  sur  le  fait  des  danses  et  autres 
scandales  »  et  en  telle  sorte  que  notre  discipline  semblait  être  éteinte 
ou ,  du  moins  »  abAtardie  »  à  raison  de  quoi  s'en  seraient  ensuivies 
de  grandes  plaintes  ;  à  cette  cause ,  lotu  let  PoMUnrs  »  Anciens  et. 
Diacres  de  cette  église  »  insistants-  sur  le  devoir  de  nos  charges , 
pour  remédier  à  un  tel  désordre  et  confusion  »  ont  expressément  et 
extraordinairement  et  suivant  Fordre  établi  de  toute  ancienneté  en 
cette  église,  convoqué  le  grand  consistoire  le  mardi  6  février  1018» 
et  a  été  unanimement  et  par  la  commune  voix  de  tous.»  arrêté  que 
notre  discipline  serait  à  la  même  mode  et  manière  qu'elle  aurait 
été  du  passé»  à  savoir»  que  tous  ceux  qui  auront  dansé  ou  assis- 
teront es  danses»  loueront  ménestriers»  seront  retranchés  des  cènes. 
Cet  article  a  été  s^jouté  à  noire  discipline  aAn  que  nul  n'en  prétende 
cause  d'ignorance  ». 


XXIL 

C'est  ici  le  lieu  d'expliquer  ce  que  l'église  réformée  de  Sainte-Marie 
entend  sous  les  mots  de  grand  et  de  peUl  œnsiitoire^  ces  désignations 
devant  se  reurouver  très-souveot  dans  la  suite  de  ce  récit. 

Le  grand  consiêtoire  se  composait  de  la  réunion  plénière  de  tous 
les  pères  de  famille  de  la  paroisse.  Ces  sortes  de  réunions  ont  con- 
tinué jusque  dans  la  première  moitié  du  dix-neuvième  siècle.  Elles 
s'occupaient  de  la  régularisation  des  souscriptions  charitables  »  des 
règlements  d'écQle  et  d'écolage,  des  questions  qui  intéressaient 
l'église  entière  »  de  la  nomination  »  enfin ,  des  membres  du  petit 
consistoire. 

lepeûi€onii$toire  ne  représentait  pas  seulement  le  conseil  presbytéral 
actuel  »  c'éuit  un  collège  composé  de  douze  membres  se  renouvelant 


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184  H:vuE  d'alsace. 

tons  les  deux  ans  par  moitié.  Voici  comment  se  faisait  l'électiofl. 
Qaand  le  moment  était  venu ,  le  membre  sortant  proposait  deax  can- 
didats, pris  dans  la  paroisse,  pour  le  remplacer,  loi-méme  était 
rééligible.  Pendant  trois  dimanches  consécutifs ,  le  pasteur  lisait  en 
chaire  la  liste  des  dix-huit  noms  et  à  l'issue  du  troisième  service,  Use 
plaçait  devant  l'autel  où  il  recueillait  »  en  grand  consistoire ,  les  voii 
des  pères  de  famille  qui  lui  étaient  communiquées  à  voix  basse  de 
manière  à  n'être  entendues  que  de  lui.  Il  en  prenait  note  et  à  la  fin 
du  vote ,  il  proclamait  les  noms  des  élus.  A  la  tête  du  petit  consistoire 
était  placé  un  membre  qui  prenait  le  nom  de  Diacre  et  qui  avait  un 
ou  deux  diacres-adjoiots.  C'était  lui  qui ,  dans  les  derniers  temps , 
•administrait  les  aumônes  d'une  manière  entièrement  indépendante  ; 
au  commencement .  cette  distribution  s'était  faite  sans  l'intervention 
et  la  surveillance  du  petit  consistoire.  Ce  dernier  se  réunissait  chaque 
dimanche  à  la  sortie  du  culte  et  tenait  une  séance  dans  laquelle  il 
s'occupait  des  scandales  (c'est-à-dire ,  des  faits  contraires  à  la  disci- 
.pline  ecclésiastique) ,  des  faits  d'église  regardant  le  bien  spirituel  ou 
matériel  de  la  communauté  et  de  l'assistance  publique  en  unt  que  le 
permettaient  les  ressources. 

Les  membres  du  petit  consistoire  prenaient  aussi  le  nom  de  Conduc- 
teurs de  Péglise.  Ils  se  composaient  des  pasteurs  et  des  Anciens.  Les 
diacres  étaient  les  premiers  parmi  les  Anciens  et  nommés  par  eux 
après  les  élections  bisannuelles  ;  ils  cessaient  leurs  fonctions  après 
deux  années  d'exercice. 

L'organisation  de  l'église  de  Sainte-Marie  reposait  ainsi  sur  un 
laicisme  oligarchique  qui ,  en  remettant  aux  mains  de  certains  élus 
parmi  les  pères  de  famille  »  un  pouvoir  presque  dictatorial ,  complète- 
ment indépendant ,  en  faisait  une  autorité  forte ,  compacte ,  prête  à 
réprimer  au-(fedans ,  comme  à  résister  et  à  défendre  au-dehors.  La 
domination  de  l'élément  laïque  au  milieu  de  cette  oligarchie  était,  au 
surplus ,  de  nature  à  écarter  tout  empiétement  de  l'élément  ecclé- 
siastique ,  à  le  maintenir  dans  de  justes  limites  et  à  lui  servir  d'égide 
contre  les  attaques  tendant  à  affaiblir  ou  à  menacer  son  autorité  morale. 

XXIII. 

Aucun  événement  important  ne  signala  la  période  de  1618  à  1654. 
C'est  en  cette  dernière  année  que  la  communauté  ayant  continué  à 
croître  en  nombre  et  en  ressources  pécuniaires ,  put  enûn  songer  à 


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NOTICE  HISTORIQl'E  ,  ETC.  155 

réaliser  un  projet  flepais  Jonglemps  conçu ,  mais  que  te  malheur  des 
temps  et  l'absence  des  fonds  nécessaires»  awient  fait  ajourner  d*année 
en  année. 

L'on  se  rappelle  que  depuis  la  décision  rendue  par  le  comte  Egé- 
noipb  m ,  le  8  juin  i^l  ,  les  réformés  de  Sainte-Marie-aux-Mines , 
privés  de  la  cojonissance  de  Téglise  située  au  pré  et  exclusivement 
affectée  au  service  lutbéiieo ,  en  avaient  été  réduits  à  exercer  leur  culte 
dans  le  temple  d'Eschery  que  le  seigneur  de  Ribeaupierre  leur  avait 
concédé  vers  le  même  temps.  Pour  remplir  leurk  devoirs  religieux  ils 
étaient  donc  obligés  de  se  rendre  en  toute  saison ,  par  de  mauvais 
chemins ,  à  une  distance  assez  considérable  (S  kilomètres)  et  Tincon- 
vénient  grandissait  quand  il  fallait  procéder  à  des  baptêmes  «  à  des 
enterrements  ou  lorsque  la  santé  du  ministre  était  altérée  par  l'âge 
ou  la  maladie. 

La  construction  d'un  temple  à  S^'-Marie  devenait  donc  une  entre- 
prise d'urgente  nécessité  et  il  y  fut  pourvu ,  dit  le  livre  consistorial  » 
en  1654  »  c  aux  frais  de  l'église ,  pendant  le  ministère  de  Claude  et 
<  Félix  Perrochet  qui  firent  mettre ,  l'un  et  l'autre ,  leurs  armoiries 
c  avec  leurs  noms  aux  vitraux  dudit  temple,  avec  la  date.  > 

XXIV. 

Mais  les  mauvais  temps  étaient  revenus.  La  guerre  de  trente  ans 
avait  étendu  ses  dévastations  et  ses  fureurs  jusque  sur  l'Alsace ,  où 
Suédqis,  Français  et  Autrichiens  se  comportaient  «;omme  en  pays 
conquis ,  levant  contribution^  forcées  sur  leurs  partisans  au&si  bien 
que  sur  leurs  ennemis,  pillant,  incendiant  et  tuant  de  manière  i 
convertir  en  solitude ,  couverte  de  ruines ,  une  province  naguères 
encore  populeuse  et  florissante. 

Le  val  de  la  Lièpvre  ne  devait  pas  échapper  aux  vicissitudes  de  la 
guerre.  Tour  à  tour  il  fut  envahi  par  tous  les  partis  belligérants  et 
bientôt  la  misère ,  la  disette,  les  violences  de  toute  espèce  dépeu- 
plèrent ce  vallon  si  riche ,  autrefois ,  de  son  industrie  et  de  l'activité 
laborieuse  de  ses  habitants. 

La  position  des  pasieurs  luthériens  et  calvinistes  était  surtout 
cruellement  compromise.  Bien  plus  que  les  simples  habitants ,  ils  se 
voyaient  exposés  aux  menaces  et  aux  vexations  de  la  soldatesque  in- 
disciplinée; les  Autrichiens  et  leurs  alliés  leur  faisaient  une  guerre 
d'extermination  et  s'il  est  vrai  que  les  Français  prenaient  alors  la 


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iS6  nEvuE  d'alsàcb. 

qualité  d'amis  des  Suédois  protestants ,  il  n'en  est  pas  moins  certain 
qoe  lear  haine  contre  la  réforme  les  excitait  à  faire  partout  ou  ils  se 
trouvaient  9  tout  le  mal  qui  était  en  leur  pouvoir  aux  ministres  des 
cultes  hérétiques. 

Ces  ministres  furent  donc  obligés  de  s'expatrier.  Le  9  septembre 
1635  le  pasteur  Félix  Perrochet  quitta  S^-Marie  pour  n'y  revenir  que 
le  4  novembre  de  l'année  suivante,  (i)  Avec  lui  partit  le  sieur  Fattet , 
alors  justicier  au  val  et  l'un  des  Anciens  de  l'église.  Le  pasteur  luthé- 
rien Schweiger  dut  bientôt  après  suivre  leur  exemple  et  se  retirer  à 
l'abri  des  murs  de  la  ville  libre  de  Strasbourg. 

Dès  lors  le  service  divin  resta  interrompu  dans  l'église  réformée 
jusqu'au  4  novembre  1636  (^lon  le  livre  consistorial)  époque  à  la- 
quelle le  retour  du  ministre  Perrochet  permit  d'en  rouvrir  les 'portes 
à  une  population  avidp  de  la  parole  dé  Dieu ,  mais  décimée  par  les 
malheurs  de  la  guerre  et  appauvrie  par  les  charges  qu'elle  avait  eu  à 
supporter.  Le  25  du  même  mois  la  Sainte-Cène  (ht  célébrée  extraor- 
dinairement  à  Bschery,  sur  la  demande  expresse  des  pères  de  famille. 

Ch.  Drion, 

Préitdeat  du  tribunal  civU  de  Schlsitadt. 
(La  suite  à  la  prochaine  Uvraiton). 

(*)'Voj.  EKiîoire  de  la  vallée  de  la  Idèpwe ,  p.  lOS ,  en  noie  :  «  Félix  Perrocliet 
M  qoitta  le  9  septembre  i635  avec  le  justicier  Fattet  ce  pays  qui  était  en  proie  aax 
«  troubles  de  la  guerre  de  30  ans  et  le  service  divin  fut  interrompu  Jusqu'à  son 
«  retour  le  4  novembre  1636  où  il  fut  rappelé.  »  —  La' lettre  de  le  Badielle  ne 
fait  aucune  mention  de  Félix  Perrochet.  Elle  dit,  au  contraire,  a  que  le  sieur  Hugues 
«  Fallol  r  enftnt  d«  St«-Marie ,  avait  succédé  en  i  626  à  MaUiieu  Robert  et  qu'en 
«  Tannée  1635  la  confusion  des  guerres  le  contraignit  i  se  retirer  en  Suisse.  »  — 
De  part  et  d'autre  il  y  a  ici  évidemment  erreur.  La  version  de  VHistoire  de  la  wUUe 
de  Lièpwre  est  confirmée  par  le  livre  consistorial  .qui  fixe  le  départ  du*  pasteur 
Perrochet  au  29  novembre  1635  sans  mentionner  son  retour  ni  son  prénom.  0  est 
d'ailleurs  certain  que  Perrochet,  i  cette  époque,  était  pasteur  réformé  à  S'«-Marie, 
puisque  l'on  a  vu  ci-dessus  que  dans  la  même  année  1635  son  nom  a  été  inscrit , 
avec  celui  de  Claude  Perrochet,  sur  les  vitraux  de  l'église  nouvellement  construite. 
—  D'un  autre  côté ,  le  Bachelle  ne  cite  pas  le  nom  de  Félix  et  cependant  cinq  ans 
après  (1655  i  1641)  il  est  devenu  lui-même  pasteur  à  St^Marie.  —  Ne  serait-il  pas 
po68U>le  de  coneUier  ces  contradictions  apparentes  en  admettant  que  Félix  Perro- 
'  chett  fils  et  suffragant  de  Claude ,  lui  a  succédé  en  1635  et  que  le  Bachelle  a  bit 
confusion  entre  les  deux  en  même  temps  qu'il  a  confondu  les  dates  en  racontant 
que  Claude  Perrochet  a  été  obligé  de  quitter  St«-Marie  en  1638 ,  tandis  que  Hugues 
Fallot ,  son  collègue ,  s'est  déjà  retiré  en  1635  ? 


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LES  FOUILLES  DU  TUHULUS  DE  SOULTZ. 

DâGOUVEATE  ITtiNE  ENCEINTE  FORTIFIÉE. 


De  concert  avec  quelques  personnes  de  Guebwiller  »  qui  »  à  côté  de 
leurs  occupations  industrielles ,  paient  néanmoins  un  large  tribut  à 
la  sciencç  »  noua  avons  entrepris  de  fouiller  le  monticnlede  S^  Georges, 
que  l'on  considère  depuis  un  temps  iminémorial  comme  étant  un 
tumulus.  (1)  Pour  nous  guider  dans  nos  recherches  nous  avons  prié 
M.  de  Ring  »  secrétaire  de  la  société  pour  la  conservation  des  monu- 
ments historiques  de  l'Alsace ,  de  venir  nous  assister  ;  H.  de  Ring  a 
répondu  obligeamment  à  notre  appel  «  et  a  passé  une  huitaine  de 
jours  aiec  nous. 

Le  monticule  de  S*  Georges  est  assis  aux  pieds  des  Vosges ,  entière- 
ment isolé  ;  il  a  la  forme  d'un  cône  régulier  tronqué ,  sa  hauteur  est 
de  7«-  SO^^*  et  son  diamètre  pris  à  la  base  mesure  50»-  80^»»- 
L'observateur  voit ,  de  prime-abord ,  que  ce  tertre  a  été  élevé  par  la 
main  de  l'homme. 

Dès  les  premiers  travaux ,  nous  avons  découvert  un  mur  d'enceinte 
situé  dans  l'intérieur  de  la  butte  et  recouvert  de  terres  rapportées  ; 
ce  mur  a  partout  un  mètre  d'épaisseur,  la  pioche  l'entame  difficilement  ; 
il  forme  un  polygone  irrégulier  de  quinze  côtés  et  devait  être  exces^ 
sivement  élevé ,  vu  la  masse  de  décombres  qui  obstruent  l'espace 
qu'il  circonscrit.  (*)  • 

Cette  enceinte  une  fois  découverte,  nous  avons  fait  faire  une 
tranchée  à  fleur  de  sol  du  côté  de  la  montagne  (ouest)  en  procédant 
de  la  base  du  tumulus  au  mur  d'enceinte  ;  cette  tranchée  a  mis  au 
jour  l'entrée  de  cette  dernière  ;  là  le  mur  cessait ,  là  devait  être  la 
porte  ou  la  poterne.  De  cette^entrée ,  deux  autres  murs  se  dirigeaient 

(*]  Schqepflin-Ravenèz  ,  article  TumulL 

(*)  Le  diamèlre  de  reDceinle  d*uD  mur  à  l'autre  est  de  24  mètres  ;  il  esl  bien 
siiiH'^rk'ur  à  celui  des  chJlitraux  du  Freundsteio  et  du  Hugstein. 


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488  KEVOE  D^ALSACfi. 

parallèlemeat  vers  la  base  oaest  du  mooCicule,  probablement  tk 
formaient  un  chemin  co\iyert ,  reliant  l'enceinte  dont  on  ne  voit  plus 
de  traces. 

Désirant  pénétrer  dans  l'intérieur  de  la  petite  montagne ,  et  ne 
pouvant  opérer  par  larges  tranchées ,  vu  qu'il  aurait  fallu  démolir  le 
tout  et  que  cette  opération  nous  aurait  entraîné  à  des  frais  énormes , 
car  il  s'agissait  alors  de  déplacer  puis  de  remettre  (^)  en  place  quelques 
mille  voitures  de  terre  »  et  de  replanter  les  trois  scbatz  de  vignes 
qui  forment  cette  propriété  :  nous  avons  essayé  d'établir  une  galerie 
de  mine  qui  nous  conduise  au  milieu  du  tumulus  ;  cette. idée  a  eu  un 
commencement  d'exécution  ;  mais  bientôt  des  obstacles  imprévus  se 
sont  présentés,  l'intérieur  de  l'enceinte  étant  plein  de  décombres., 
l'étalement  devenait  impossible  et  tout  s'écroulait  au  moindre  coup 
de  pioche  ;  les  ouvriers  refusaient  péremptoirement  de  continuer  les 
travaux. 

Devious-nons  sacrifier  quatre  ou  cinq  njille  francs  pour  déplacer 
toute  cette  masse  et  pour  probablement  ne  mettre  i  jour  que  des 
décombres?  certes ,  si  le  monticule  avait  été  inculte  «  et  s'il  n'avait 
fallu  le  refaire  après  l'avoir  défait ,  car  c'étaient  là  les  conditions  que 
nous  imposait  le  propriétaire  »  nous  n'aurions  pas  hésité. 

Dans  nos  fouilles  nous  avons  découvert  quelques  ossements  d'homme 
et  d'animaux ,  ainsi  que  des  fers  de  flèche ,  une  clé  et  les  débris  d'un 
fer  à  cheval.  ,  "^ 

Une  question  se  présente  maintenant. 

Quelle  est  la  signification  de  ces  ruines?  y  avait-il  là  un  fort  romain 
ou  un  burg  féodal  ?  pourquoi  n'a-i-on  pas  démoli  celte  enceinte , 
et  surtout ,  pourquoi  l'a-t-on  recouverte  de  terre  pour  en  former  uu 
monticule  régulier ,  qui  a  tout  l'aspect  d'un  tumulus  ? 

Ici  un  vaste  champ  s^ouvre  aux  conjectures ,  et  néanmoins  nous  ne 
pouvons  rien  préciser ,  n*ayunt  pu  aller  au  fond  de  la  chose  et  n'ayant 
pu  désigner  la  butte  archéologiquement  parlant.  M.  de  Ring  ne  pense 
pas  que  cette  construction  soit  romaine  ;  (')  il  croit  que  c'était  là  un 

(*)  Le  propriétaire  exigeait  qu'on  remti  les  choses  en  leur  ancien  état  cl 
qu'on  FindemoisAt  quant  aux  récoltes  perdues*  Rien  de  plus  juste  au  reste.  Mais 
cette  manière  de  voir  entraînait  à  des  frais  énormes. 

(*)  Les  Romains ,  d'après  M.  do  Ring  ,  employaient  plus  de  mortier  que  de 
pierres ,  et  les  tours  romaines  étaient  carrées  et  non  polygonales.  Je  laisse  la  rcs- 
(lonsabiliié  de  ce  fait  à  qui  de  droit ,  m'avouant  incompétent  en  cette  matière, 


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LES  FOUILLES  DO  tUMtLIlS  DE  80ULTZ.  iS9 

burg  féodal  ;  dans  cette  supposition  cela  ne  peut  être  que  le  burg 
d'Alacbwiller.  En  effet ,  la  tradiiion  place  le  village  d'Alschiriller  à  la 
droite  du  monticule  S^  Georges  ;  or  »  comme  il  y  avait  une  ramifie 
noble  d'AIschviller  0)  le&ruines  que  nous  avons  découvertes  formaient- 
elles  leur  antique  manoir  ?  (') 

Mais  pourquoi  alors  n'a-t*on  pas  nivelé  ces  murs?  il  y  avait  beau- 
coup de  burgs  en  plaine  O  ;  nulle  part  on  s'est  amusé  à  constituer  leurs 
ruines  en  monticule ,  et  ici  seul ,  par  caprice ,  on  aurait  élevé  ce 
tertre  ,  dans  le  but  unique  de  posséder  une  colline  »  quand  on  avait 
ù  deux  cents  pas  les  belles  collines  des  Vosges  ?  Non  ,  les  populations 
de  ce  pays  avaient  peut-être  un  moiif  pour  épargner  ces  ruines  •  elles 
ont  voulu  qu'elles  marquassent  dans  les  siècles  à  venir  »  mais  ce  motif 
quel  était-il  ? 

Si  c'était  là  le  burg  d'AIschvîller  tout  se  comprend  :  le  village  éUni 
détruit  on  a  conservé  les  ruines  du  cbâteau ,  et  pour  les  protéger , 
on  les  a  couvertes  d'un  manteau  de  terre  ;  peut-être  a»t-on  enfoui 
dans  ces  ruines  les  ossements  des  habitants  du  village  qui  oui  été 
immolés  par  les  compagnies  anglaises ,  et  à  la  droite  du  monticule 
on  a  bâli  l'église  de  S*  Georges  »  où  les  Soultzieus  allaient  en  pèleri- 
nage chaque  année  jusqu'en  1789.  Bien  ;  mais  la  tradition  ne  nous 

(')  Achille  d*Alschwiller ,  général  des  Dominicains ,  prêcha  la  guerre  sainte  à 
Bftie  en  i266.  Strobel  ,  tom.  u ,  p.  76  et  ÀnnaUs  du  Dominieairu  d$  Colmar, 

{*)  On  Ut  dans  le  Rudiment  d'archéologie  par  M.  dé  Caumont  {Architecture  mi- 
litaire du  moyen-àge  ,  page  S91)  qu'aux  i«  et  xi«  siècles ,  les  châteaux  éuient  en 
général  composés  de  deux  parties  principales  :  d'une  cour  basse  et  d'une  seconde 
enceinte  renfermant  une  tour  ou  donjon.  Ce  dernier  était  assis  sur  une  éminence* 
arrondie ,  souvent  artificielle ,  quelque  fois  naturelle.  Lorsque  cette  butte  était 
artificielle ,  elle  offrait  habituellement  l'image  assez  régulière  d'un  cône  tronqué. 
C'est  ce  que  l'on  appelait  une  motte.  Peut-être  l'origine  des  mottes  remonte-t-elle 
(p.  2d5)  jusqu'aux  temps  de  la.  domination  romaine ,  ce  qui  du  reste  n'est  pas 
démontré.  Puis ,  M.  de  Canmont  donne  le  spécimen  d'un  château  garni  de  palisr- 
tades  enbois  avec  motte  conique  (p.  292) ,  il  décrit  ensuite  le  château  d'Aulnay 
(p.  296).  La  moite  du  donjon  est  ronde,  son  diamètre  est  de  150  pieds ,  on  y  voit 
encore  des  fondations  de  murailles  et  un  puits  ,  etc. 

Le  monticule  de  Saint-Georges  ne  serait-il  pas  aussi  une  motte  ayant  supporté 
un  donjon  ?  ce  rapprochement  parait  assez  naturel ,  c'est  peut-être  \h  la  seule 
véritable  explication  du  fait ,  la  motte  existant  déjà  on  a  ti*rminé  le  cône  en  cou- 
vrant le  sommet  des  ruines  avec  de  la  Verre. 

\;']  le  castel  de  Pierre  de  Rege&heini ,  TUngerstein  ,  etc. 


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160  MTDB  d'aLSACK. 

permet  pas  celle  sappositioD  ;  les  Sonliuent  appellent  l'OrschTiller- 
burg  '(rAIschyillerborg)  la  petite  montagne  qoi  est  à  l'ooest  do  monti- 
cole ,  ce  qui  indique  que  le  burg  d'AIschTiller  était  situé  sur  cette 
montagne. 

Cette  enceinte  ,  qui  certes  n'était  pas  habitée  par  un  simple 
particulier ,  formait-elle  l'église  d'AlschviUer  ? 

Non  •  encore  non  ;  cette  enceinte  n'a  pas  la  forme  d'une  église ,  et 
d'un  autre  côté  elle  est  trop  petite  pour  avoir  pu  senrlr  à  cet  effet , 
car  d'après  Berler  »  Alschviller  était  un  très-grand  Tillage. 

Mais  que  sont*elles  donc ,  ces  ruines  ?  datent*elles  de  l'époque 
gallo-romaine  ?  y  ayait*il  là  un  manjtones  »  ou  bien  une  tour  d'obser- 
vation qui  dominait  la  plaine  ?  ces  ruines  ne  se  trouvent-elles  pas  sur 
une  ligne  perpendiculaire  au  Schimmelrain ,  à  deux  pas  d'une  voie 
romaine»  près  de  la  source  delà  fontaine  dite  Meneubrunnen»  la  quelle, 
si  le  mot  Merzen  veut  dire  en  celtique  0)  hauteur ,  et  cette  source 
vient  d'une  hauteur ,  n'en  serait  que  plus  ancienne  et  que  plus  esti- 
mée sous  le'point  de  vue  historique  ? 

La  tradition  raconte  qu'un  couventi  qui  était  situé  jadis  au  Schimmel* 
rain ,  dépendait  du  monticule  el  de  l'église  de  S'  Georges  ;  or ,  au 
Schimmelrain,  il  y  avait  un  établissement  gallo-romain,  cela  est 
incontestable;  ne  se  peut-il  pas  maintenant,  que  cette  dépendance 
datait  de  temps  bien  antérieurs,  et  que  l'établissement  du  Schimmelrain 
relevait  du  castel  romain  établi  à  S'  Georges  ? 

Tout  ceci ,  il  est  vrai  »  n'est  que  hypothétique ,  tout  ceci  n'est  que 
conjectural  et  nous  devons  avouer  que  le  dernier  mot  n'a  pas  encore 
été  dit  sur  le  monticule  de  S*  Georges  ;  néanmoins  l'archéologie  a 
acquis  deux  faits  positifs  ;  le  premier ,  c'est  qu'un  burg  ou  un  castel 
existait  près  d' Alschviller  ;  le  second ,  c'est  que  tous  les  lumuli  (et  ici 
nous  V€Miions  dire  buttes ,  monticules  isolés  en  plaine)  ne  sont  pas  des 
tombeaux  celtiques.  (*) 

Charles  Knoll,  aîné,  médedo-Tétérinaire. 

(V  D*après  Mone  ,  Celiiâehê  Far$ekungm ,  page  if  S ,  le  mot  M9rxm  Ycut  d)re 
une  petite  éléfation ,  eim  Meine  Ankifhe. 

(')  Nous  afons  rencontré  dans  nos  excursions  une  dixaine  de  tumuH  dans  la 
forêt  de  rAllmendt ,  appartenant  h  la  commune  d'Ensisheim  ;  il  y  en  a  aussi  quatre 
dans  le  HAbelwiildle  de  M.  le  baron  de  Gohr,  près  de  Wiitenbeim  ;  au  retour  de 
la  bonne  saison  nous  nous  proposons  de  les  faire  fouiHfT  si  tant  est  que  les  pro- 
priétaires 1c  permettent. 


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NOTICE  HISTORIQUE 

SUR  L'ÉGLISE  RÉFORMÉE  DE  SAINTE-MARIE-AUX*MINES. 

SuUe  (♦). 


XXV. 

A  partir  de  ce  moment  et  jusqu'à  nos  jours  »  salMwâlRtre  temps 
de  la  terreur  en  4795,  le  service*  divin  n'éprouva  plus  d'interruption 
dans  l'église  réformée  de  Sainte-Marie-aui-Mines.  Les  jours  des 
grandes  épreuves  étaient  passés  et  si  cette  église  qui ,  bientôt  après, 
a  été  »  avec  la  seigneurie  de  Ribeaupierre ,  placée  sous  la  suzeraineté 
de  la  France ,  eut  encore  à  subir  des  tribulations  dont  nous  rendrons 
compte ,  son  existence ,  du  moins ,  ne  fut  plus  remise  en  question  et 
les  fidèles  conservèrent  la  liberté  de  conscience  que  le  courage  de 
leur  prédécesseurs  et  la  protection  éclairée  de  leurs  seigneurs  leur 
avaient  acquis. 

XXVI. 

Ce  fut  le  25  avril  1641  que  le  pasteur  le  Bachelle ,  auteur  de  la 
lettre  historique  adressée  au  ministre  Ferry  de  Metz  et  dont  il  a  été 
question  déjà  à  plusieurs  reprises ,  entra  en  fonctions  à  Sainte-Marie. 
Le  â7  septembre  suivant ,  pour  le  soulager ,  eu  égard  à  sa  santé 
chancelante,  le  grand  consistoire  décida  qu'il  ne  serait  pas  obligé  de 
prêcher  au  temple  d'Eschery  lorsqu'il  ferait  mauvais  temps  et  que  la 
prédication  ,  alors ,  se  ferait  pour  la  communauté  entière  en  celui  de 
Sainte-Marie ,  f  sans  rien  déranger  toutefois  à  l'ordre  établi  entre  les 
«  deux  églises.  » 

(*)  Voir  les  liYraisons  de  février  et  mars ,  pages  77  et  157. 
^Aué:  il 


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iOS  REVDI  D'ALSACB. 

Nous  apprenons ,  par  la  lettre  citée,  qu'en  i6i\  il  y  avait  à  Sainte- 
Marie  environ  cinq  cents  communians  et  qu'en  temps  ordinaire  le 
service  divin  alternait ,  de  semaine  en  semaine ,  entre  Sainte-Marie 
et  Eschery.  Mais  là  ne  se  bornait  pas  l'activité  du  pasteur.  Il  déclare 
qu'il  donnait  une  partie  de  son  ministère  à  l'église  recueillie  à 
Scblestadt  au  logis.du  marquis  de  Montausieroù  se  réunissaient  habi- 
tuellement environ  quatre-vingts  personnes.  Ce  service  à  Scblestadt 
était  d'autant  plus  méritoire  pour  le  pasteur  le  Bachelle  qu'il  pouvait 
ne  pas  être  sans  danger  et  que ,  dans  tons  les  cas ,  il  exigeait  un 
déplacement  Jpltiguant  et  ooûteux.  Nous  ignorons  si  les  successeurs 
de  le  Bacbeifé  ont  .continué  à  pourvoir  à  l'exercice  du  culte  réformé 
à  Scblestadt ,  mais  nous  en  doutons ,  puisqu'aucun  document  de  l'é- 
poque n'en  ftit  mention. 

xxyn. 

En  l'année  i6S0  de  nombreuses  discussions  s'étant  élevées  entre 
les  réformés  et  les  lutbériens,  et  les  deux  communautés  ayant  été 
réduites  à  un  très-petit  nombre  de  familles ,  le  ministre  calviniste 
Jean  Mellet  ou  Melletus  »  originaire  du  canton  de  Berne ,  songea 
sérieusement  à  opérer  l'union  des  deux  cultes ,  union  constamment 
désirée  par  les  protestants  éclairés  et  que  9  de  nos  jours ,  une  ortho- 
doxie intolérante  »  quelque  peu  mêlée  à  des  mtéréts  mondains ,  a  de 
nouveau  repoussée  en  faisant  éclater  tantôt  des  sentiments  baineux , 
tantôt  en  se  retranchant  derrière  la  prétendue  volonté  de  Dieu  qui , 
stion  elle ,  unira  les  églises  quand  le  moment  en  sera  venu ,  comme  si 
la  volonté  de  Dieu  n'était  pas  la  paix  »  l'union  et  la  concorde  parmi 
tous  les  croyants ,  disciples  du  Christ  ! 

Pour  arriver  à  son  but ,  Mellet  publia  plusieurs  écrits  qui  témoignent 
d'un  esprit  cultivé  et  sincèrement  religieux ,  mais  il  éprouva  le  cha- 
grin d'être  méconnu  et  de  ne  pas  réussir.  Il  s'attira ,  ainsi  qu'à  ses 
amis»  le  nom  de  Syneritiste  ayant  eu  le  tort,  aux  yeux  de  ses  adver- 
saires »  de  chercher  à  démontrer  que  les  différences  dogmatiques  qui 
séparent  les  deux  confessions  n'ont  rien  de  substantiel  et  ne  doivent 
pas  empêcher  une  réunion  basée  sur  les  principes  étemels  contenus 
dans  les  Ecritures  saintes.  (M 
'  ■  If  ■  ■  ■ 

(')  Voy.  RcBBRlGfl  f  MiUheikmgenf  tom.  u  ,  p.  122. 


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NOTICB  HISTORIQUE;  ETC.  iOS 


xxvni. 

C'est  vers  la  même  époque ,  en  i655 ,  que  Véglise  réformée  aHe- 
mande  s'est  constituée  à  Sainte-Marie  par  l'arrivée  successive  d'un 
assez  grand  nombre  d'ouvriers  allemands  originaires  des  cantons  de 
Berne  et  de  Zuricb  qui ,  d'abord ,  n'ont  demandé  qu'à  être  admis  à 
célébrer  la  Sainte*Gène  avec  les  réformés  français,  mais  qui»  bientôt^ 
éprouvant  le  besoin  d'une  prédication  faite  dans  une  langue  intelligible 
pour  eux ,  ont  sollicité  la  concession  d'un  pasteur  allemand  et  leur 
formation  en  communauté  séparée. 

Ce  pasteur  leur  fut  accordé  en  4666  en  la  personne  de  Jeao 
Biscboff ,  originaire  de  Bâie ,  et  dès  le  15  août  4670  le  grand  consis- 
toire se  réunit  pour  délibérer  sur  la  question  de  savoir  s'il  serait 
opportun  d'accorder  aux  réformés  allemands  l'autorisation  par  eux 
sollicitée  de  communier  séparément  de  la  communauté  française  ? 
La  décision  fut  négative ,  mais  l'on  arrêta  un  ordre  de  prédication 
d'après  lequel  certains  jours  de  dimanches  et  fêtes  furent  spécialement 
affectés  aux  sermons  allemands. 

XXIX. 

Les  réformés  allemands  ne  se  tinrent  pas  pour  satisfaits.  Ils  s'a- 
dressèrent au  seigneur  commun ,  Jean-Jacques ,  et  obtinrent  de  lui , 
sous  la  date  du  27  mai  4672,  un  règlement  dont  il  n'est  pas  sans 
intérêt  de  faire  connaître  les  dispositions.  Il  porte  4®  que  les  Allemands 
feront  la  cène  séparément  aux  époques  de  Pâques ,  de  la  Pentecôte  » 
en  septembre  et  à  Noél  ;  S''  qu'il  y  aura  sept  Anciens  de  la  langue 
allemande;  5<>  que  de  ces  sept ,  deux  seront  diacres;  4®  qu'aucun 
étranger  ne  sera  reçu  en  charge  si  ce  n'est  sur  bonne  attestation  ; 
5<^  que  les  places  des  conducteurs  français  à  l'église  leur  resteront  en 
tout  temps  exclusivement  réservées  ;  Q^"  que  les  diacres  français  qui 
se  trouveront  aux  prêches  allemands  tiendront  la  cueillette  avant 
tous  autres,  mais  que  les  diacres  allemands  la  tiendront  avant  les 
Anciens  français  ;  7^  que  le  ministre  français ,  bien  qu'il  fût  le  plus 
jeune  d'âge  et  de  réception ,  présidera  toutes  les  réunions  consisto- 
riales;  S""  que  l'on  procédera  par  toutes  sortes  de  censures  ecclésias- 
tiques jusqu'à  excommunication  contre  ceux  qui  auraient  recours 


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164  REVUE  D'ALSACE. 

sans  sujet  aa  Magistrat  pour  contrarier  les  résolutions  consistoriales 
purement  ecclésiastiques;  9^  que  les  Allemands  se  cotiseront»  chacun 
selon  ses  moyens  et  que  l'on  ne  fera  qu'une  seule  bourse  de  tout  ce 
qui  sera  donné  pour  le  ministère  ;  40^  que  les  Anciens  allemands 
seront  tenus  de  faire  un  rôle  de  leurs  gens  et  de  le  communiquer  au 
diacre  français ,  qui  sera  toujours  le  comptable  et  le  premier  de  tous 
les  diacres;  M^  que  les  conducteurs  allemands  seront  à  l'avenir 
nommés ,  élus ,  installés  en  même  temps  et  de  la  même  manière  que 
lés  français  ;  ii^  que  tous  ces  articles  seront  ajoutés  à  la  discipline 
pour  être  observés  aussi  inviolablement  que  tous  les  autres.,  à  moins 
que  l'église  n'en  ait  autrement  disposé  par  une  assemblée  générale 
sous  le  bon  plaisir  de  Monseigneur  le  comte  de  Ribeauplerre.  (i) 

XXX. 

L'extinction  de  la  dynastie  mâle  des  seigneurs  de  Ribeaupierre 
suivit  de  près  cet  acte  de  réglementation.  Le  comte  Jean- Jacques 
qui  avait  hérité  de  son  frère  George-Frédéric ,  mort  sans  enfants  en 
1651 ,  décéda  lui-même  en  4673»  laissant  une  fille  unique,  Catherine- 
Agathe  ,  mariée  à  Chrétien  ii  »  comte  palatin  de  Birckenfeld  »  et  qui 
a  été  l'élève  du  célèbre  Speiier.  Ce  seigneur ,  voyant  que  l'empire 
d'Allemagne  éuit  hors  d'état  de  protéger  l'Alsace  contre  l'esprit 
d'envahissement  et  de  conquête  du  roi  Louis  xiv ,  avait  été  l'un  des 
premiers  parmi  les  nobles  de  la  province  à  se  soumettre  volontaire- 
ment à  la  suzeraineté  de  la  France.  Il  en  avait  été  récompensé  par 
de  nombreuses  faveurs  et  par  des  privilèges  dont  il  s'était  empressé 
de  faire  jouir  ses  sujets  protestants.  De  là  i*ésulta  pour  eux  une 
position  préférable  à  celle  des  autres  habitants  de  l'Alsace.  Us 
continuèrent  à  jouir  de  la  liberté  de  conscience  et  de  culte  »  et  si  » 
de  loin  en  loin ,  les  agents  royaux  essayèrent  de  leur  faire  éprouver 
une  partie  des  vexations  dont  on  accablait  alors  les  réformés  dans  l'in- 
térieur et  au  midi  de  la  France ,  l'intervention  énergique  du  seigneur 
auprès  de  la  personne  du  souverain  parvenait  bientôt  à  redresser 
leurs  justes  griefs  et  à  rétablir  dans  l'église  et  dans  les  familles  la 
sécurité  et  la  paix. 


{*)  Jean-Jacques  a  été  le  premier  des  seigneurs  de  Ribeaupierre  qui  ail  pris  le 
titre  et  la  couronne  de  comte. 


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NOTICE  HISTORIQUE,  ETC.  165 


XXXI. 

Hais  si  le  nouveau  s^goeur  était  toujours  prêt  a  accorder  sa 
protection  eflBcace  aux  protestants  luthériens  et  calvinistes  de  Sainte- 
Marie-aux-Mines  »  il  devait  leur  abandonner  le  soin  de  pourvoir  à 
l'entretien  de  leurs  pasteurs  et  de  leurs  églises ,  puisque  le  malheur 
des  temps  avait  réduit  même  les  princes  régnants ,  à  l'impossibilité 
de  faire  lace  à  tous  \es  b^oins.  L'église  réformée  possédait  bien , 
ainsi  qu'il  a  déjà  été  dit,  la  moitié  de  la  grande  dime  d'Eschery 
qu'elle  devait  à  la  générosité  d'Egénolph  m ,  mais  cette  concession , 
suffisante  au  temps  où  l'exploitation  des  mines  avait  réuni  au  val 
de  Lièpvre  une  grande  affluence  de  mineurs  et  d'employés  divers , 
n'était  plus  qu'une  faible  ressource  au  moment  oii ,  à  la  suite  des 
guerres  »  les  usines  avaient  été  abandonnées  et  où  la  misère  avait 
envahi  presque  toutes  les  familles. 

Dans  cette  extrémité  le  consistoire  se  décida  à  recourir  à  la  charité 
et  à  la  fraternité  des  cantons  suisses ,  et  déjà  en  1657  ,  il  obtint  des 
cantons  de  Zurich  »  Berne  et  Claris  et  des  villes  de  S*-6altes ,  Bonne- 
ville  et  Neufcbâtel  un  secours  considérable  qui  lui  permit  de  subvenbr 
aux  besoins  les  plus  pressants  et  d'allouer  aux  pasteurs  le  traitement 
nécessaire  à  leur  subsistance.  La  Suisse  avait  toujours  considéré  la 
communauté  réformée  de  Sainte-Marie  comme  issue  de  la  grande 
église  calviniste  de  Genève  et  elle  aurait  cru  manquer  aux  obligations 
morales  qui  résultaient  de  ce  fait ,  si  elle  l'avait  abandonnée  dans  un 
moment  suprême ,  exposée  à  périr  faute  de  secours. 

Ces  secours  *se  renouvelèrent ,  depuis  »  presqu'annuellement  et  la 
ville  de  Bâle  se  chargea  bientôt  de  pourvoir ,  à  son  tour ,  à  l'entretien 
du  ministre  réformé  allemand.  Aussi  voyons-nous  que  pendant  une 
longue  série  d'années  les  ministres  réformés  français  et  allemands 
ont  été  constamment  désignés  par  les  autorités  ecclésiastiques  de  la 
Suisse  évangélique.  C'est  ainsi  qu'un  1676  le  consistoire  chargea  l'un 
de  ses  diacres  »  Jean-Louis  Marchand ,  l'un  des  jurés  de  justice 
de  Sainte-Marie ,  d'aller  à  Bâle  pour  y  demander  un  ministre  fran- 
çais qui  lui  fut  désigné  dans  la  personne  du  pasteur  Robert , 
lequel  »  ayant  été  agréé  par  le  comte  de  Birckenfeld ,  fut  installé 
dans  sa  chaire  le  20  décembre  de  la  même  année.  C'est  ainsi  encore 
qu'en  1702  le  pasteur  français  BoUe ,  originaire  de  Neufchâtel,  ayant 


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166  REVUE  D* ALSACE. 

été  rappelé  par  ses  sopérieurs  ecclésiastiques,  ces  derniers  pro- 
posèrent et  6rent  agréer  en  qualité  de  successeur  le  pasteur  Pesgaux, 
candidat  originaire  du  même  pays. 

XXXII. 

Nieolai  Bischoff^  le  premier  pasteur  de  l'église  réformée  allemande» 
était  resté  à  Sainte-Marie  jusqu'en  Tannée  1676 ,  époque  à  laquelle  / 
appelé  ft  desservir  le  temple  de  I^auffén  f  canton  de  Bâle  »  il  fut  rem* 
placé  par  le  pasteur  Jean-Rodolphe  Pareus  qui ,  en  1682 ,  lui  succéda 
aussi  à  Lauffen.  Pareus  parait  avoir  renouvelé  les  discussions  qui , 
antérieurement,  s'étaient  élevées  entre  ses  prédécesseurs  et*  les 
ministres  français.  Il  est  certain ,  dû  moins ,  et  le  livre  consistorial 
en  Ihit  foi ,  qu'en  Tannée  1680  le  grand  consistoire  fut  encore  une 
fois  obligé  de  se  réunir  pour  faire  droit  aux  réclamations  du  pasteur 
réformé  allemand  qui;  contrairement  au  règlement  du  comte  de 
Ribeaupierre  du  17  mai  1671 ,  prétendait  concourir  avec  le  pasteur 
Ihin^s  à  la  présidence  du  grand  et  du  petit  consistoire.  Cette  pré- 
tention fut  encore  une  fois  repoussée  et  le  grand  consistoire , 
interprétant  le  règlement  de  1672 ,  déclara  c  que  dans  toutes  les 
c  assemblées  le  ministre  français  devait  demander  et  recueillir  les 
c  avis  dfi  tous  et  chacun  des  frères  et  porter  la  parole  à  tous  ceux  du 
c  consistoire  et  à  tous  ceux  qui  y  comparaissaient ,  à  moins  qu'il  n'y 
c  eut  des  Allemands  qui  n'entendissent  point  le  français ,  auquel 
c  cas  il  devait  donner  charge  au  ministre  allemand  de  parler  pour 
c  lui .  i 

XXXIII. 

Le  successeur  de  Pareus  fut  Jean^Jacques  Rapp  qui  décéda  k  son 
poste  en  1684  et  fut  remplacé  par  le  pasteur  André  Mérian  de  Bâle. 
Ce  dernier  ne  resta  à  Sainte*Harie  que  pendant  deux  ans  et  huit 
mois  et  dût  son  éloignement  i  l'un  de  ces  excès  de  pouvoir  dont 
les  intendants  royaux  de  Tépoque  étaient  alors  trop  prodigues, 
impatients  qu'ils  étaient  de  faire  preuve  éclatante  de  leur  zèle  pour 
la  religion  catholique  et  pour  le  service  du  roi. 

Passant  un  jour  dans  les  rues  de  Sainte-Marie ,  probablement  du 
côté  Lorraine»  Mérian  fit  la  rencontre  d'un  curé  portant  le  viatique 


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NOTICE  HISTORIQUB,  ETC.  167. 

à  ttD  mourant.  Les  artides  35  de  la  déclaration  du  3  avril  4666  el  35  de 
celle  de  i«'  février  1669  (^)  prescrivaient  aux  réformés  en  pareille  dr** 
constance  c  de  se  retirer  au  son  de  la  cloche  précédant  le  prêtre, 
f  sinon  de  se  mettre  en  état  de  respect  en  ôtant ,  pour  les  hommes , 
€  leurs  chapeaux  »  avec  défense  de  paraître  aux  portes ,  boutiques  et 
€  fenêtres  de  leurs  maisons  lorsque  le  Saint-Sacrement  passera  s'ils 
f  ne  se  mettent  en  pareil  état.  >  —  Ainsi  avait  fait  le  pasteur  réformé  ; 
ne  pouvant  se  retirer  à  temps .  il  s'éuit  découvert.  Mais  cette  tenue 
respectueuse  ne  suflSsait  pas  à  la  populace  fanatisée  qui  suivait  le 
Saint-Sacrement  ;  elle  voulut  le  forcer  à  se  mettre  à  genoux ,  et , 
sur  son  refus ,  se  jeta  sur  lui  en  l'accablant  d'injures  grossières  et 
de  violents  coups.  • 

Loin  de  faire  droit  aux  justes  plaintes  de  la  victime  »  l'Intendant 
d'Alsace  lui  attribua  tous  les  torts,  prétendit  que  Mérian  avait 
outragé  la  religion  du  prince  de  propos  délibéré ,  et  exigea  sa  des* 
titutîon  qui  dut  être  immédiatement  prononcée.  Le  pasteur  Mérian 
retourna  à  Bâie  où  il  fut  aussitôt  nommé  ministre  acyoint  et  succéda 
en  1702  à  son  père  dans  les  fonctions  de  pasteur  prindpal  en  la  dite 
ville. 

XXXIV. 

L'injuste  expulsion  du  ministre  Mérian  était  de  nature  à  frapper 
de  stupeur  les  réformés  de  Sainte-Marie.  Après  un  pareil  exemple 
de  sévérité  et  en  présence  d'un  mépris  aussi  flagrant  des  garanties 
accordées  aux  dissidents  irançais,  ils  devaient  craindre  que  le  gouverne- 
ment saissh*ait  la  première  occasion  qui  s'offrirait  pour  fermer  leur 
temple  et  interdire  l'exercice  de  leur  culte. 

Ils  résolurent ,  dès  lors ,  de  se  tenir  sur  leurs  gardes.  Un  édit  du 
mois  de  juillet  1680  avait  défendu  aux  catholiques  de  quitter  leur 
religion  pour  professer  la  religion  prétendue  réformée  (^)  et  avait  à 
cette  occasion  c  défendu  aux  ministres  de  cette  religion  de  recevoir 
c  aucun  catholique  à  faire  profession ,  et  aux  dits  ministres ,  ainsi 
c  qu'aux  anciens  des  consistoires  de  les  souffrir  d^ns  leurs  temples 

C)  Voy.  Histoire  chronologique  de  VégUte  protestante  de  France ,  tom.  n , 
p.  402  et  115. 
(*]  Voy.  ibidem ,  tom.  u ,  p.  150.    - 


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.168  REVUE  D*ALSACE. 

c  OU  assemblées .  à  peine  aux  dits  ministres  d'être  privés  pour  ton- 
c  jours  de  fisiire  aucune  fonction  de  leur  ministère  dans  le  royaume 
c  et  d'interdiction  pour  jamais  de  l'exerdce  de  la  religion  dans  le 
c  lieu  ou  un  catholique  aura  été  reçu  à  faire  profession  de  la  dite 
c  religion.  »  Par  un  autre  édit  du  mois  de  mars  4683 ,  (t)'  le  roi  • 
après  s'être  plaint  de  ce  que  les  minières  réformés  continuaient  à 
opérer  des  conversions  malgré  les  défenses  contenues  en  redit  de 
1680 ,  avait  ordonné ,  c  que  les  ministres  de  la  R.  P.  R.  qui  recevront 
<  à  l'avenir  aucun  catholique  à  faire  profession  de  la  religion  prétendue 
c  réformée»  ou  les  souffriront  dans  les  temples  et  prêches  et  qui  y  reoe- 
c  vront  ou  souffriront  aussi  aucun  de  ceux  de  la  dite  religion  prétendue 
c  réformée  qui  l'auront  abjuré  et  embrassé  la  catholique ,  seront  con- 
c  damnés  à  faire  amende  honorable  et  au  bannissement  perpétuel 
c  buts  du  royaume ,  avec  confiscation  de  tous  leurs  biens  et  qu'au 
c  surplus  le  contenu  aux  déclarations  et  édita  soit  gardé  et  observé.» 

Cet  édit  avait  été  rendu  exécutoire  dans  la  province  d'Alsace  par 
son  enregistrement  au  conseil  souverain  »  le  30  avril  suivant ,  ^')  et 
son  application  avait  donné  lieu  à  de  nombreuses  poursuites  et  à  la 
fermeture  d'un  grand  nombre  de  temples ,  puisqu'il  suflSsait  de  la 
déclaration  d'un  seul  témoin  •  attestant  avoir  vu  un  protestant  précé- 
demment converti  assister  à  un  sermon  au  milieu  de  la  foule  des 
fidèles,  pour  autoriser  la  mesure  rigoureuse  de  l'interdiction  de 
l'exercice  et  de  la  démolition  du  bâtiment  servant  aux  réunions  du 
culte. 

Les  réformés  de  Sainte-Marie ,  pour  échapper  à  ce  danger  qui  les 
menaçait  aussi  bien  que  leurs  frères  de  Tintérieur ,  décidèrent  alors 
que  chaque  fois  avant  la  distribution  de  la  Sainte-Cène ,  le  pasteur 
lirait  en  chaire  un  acte  de  protestation  par  lequel  il  serait  enjoint  à 
tous  les  protestants  convertis  ou  censés  l'être ,  de  se  retirer  à  l'instant 
afin  de  ne  pas  exposer  la  communauté  entière  aux  peines  de  la  loi. 
Cet  acte ,  écrit  sur  parchemin ,  est  conservé  aux  archives  de  l'église. 
Il  est  trop  curieux  et  porte  un  caractère  historique  trop  prononcé 
pour  que  nous  hésitions  à  le  transcrire  en  entier.  Sa  suscription 
porte  :  c  ProleUatian  que  Momieur  le  Pasieur  doit  lire  avant  ta 
f  communien.  >  Elle  est  ainsi  conçue:  c  Mes  frères.  Par  la  présente 

(*)  Voy.  Histoire  ehronoiogique ,  etc. ,  tom.  n ,  p.  193. 
('}  Ordormaneei  d'Al$ae$f  tom.  PS  p.  125. 


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NOTICE  HISTOBIQUfi,  ETC. 


prolesutioo  Nous  avertissons  tous  ceux  qai  se  sont  bài  inscrire 
dans  la  religion  catholique  romaine,  tous  ceux  qui  ont  assisté  à 
quelque  exercice  de  leur  culte  pour  y  imiter  les  autres .  qui  ont 
ftit  la  moindre  dévotion  dans  leurs  temples  »  tous  ceux  qui  se 
sont  réellement  souscripts ,  ou  qufoot  fait  profession  de  vouloir 
être  catholiques  romains.  Nous  les  avertissons  tous  qu'ils  :ûent  à 
s'ésioigner  de  la  Table  du  Seigneur  et  à  se  retirer  de  nos  saintes 
assemblées.  Car  s'il  arrive  que  contre  nostre  exhortation ,  ils  s'y 
veuUent  mesler ,  Nous  protestons  et  témoignons  par  la  présente 
déclaration  à  la  face  de  Dieu  et  devant  l'Eglise  de  Christ ,  que  ce 
sera  contre  nostre  connaissance  et  contre  nostre  intention  ;  Et  nous 
dénonçons  à  de  semblables  gens  qui  veullent  mettre  en  danger  les 
innocents ,  que  Dieu  leur  fera  sentir  le  jugement  et  la  punition 
dont  il  a  menacé  les  trompeurs  et  les  malins.  Et  n&n  que  personne 
ne  se  rende  coupable  en  participant  de  ce  péché  et  de  sa  punition 
par  son  silence  »  Nous  avertissons  tous  ceux  qui  connaîtront  de  ces 
sortes  de  gens ,  qu'ils  aient  à  les  descouvrir  par  un  sincère  mouve- 
ment de  conscience ,  de  peur  qu'ib  ne  tombent  dans  le  même  péché 
et  dans  le  même  jugement  qu'eux  :  Suivant  quoi  chacun  aura  à  se 
gouverner  pour  «pi^^^onir  le  mal  qu'une  conduite  contraire  luy 
pourrait  attirer.  » 

U  fiiut  croire  que  cette  protestation  a  produit  son  eSèt  et  que  » 
anciens  comme  nouveaux  catholiques ,  se  sont  abstenus  d'entrer  par 
fraude  au  temple  de  Sainte-Marie ,  car  nous  ne  trouvons  aucune  trace 
d'une  dénonciation  faite  à  ce  sujet ,  ni  d'une  poursuite  commencée. 


XXXV. 

L'on  a  précédemment  vu  qu'en  l'année  iS61  l'église  d'Eschery 
ayant  été  abandonnée  par  le  curé  qui  la  desservait,  avait  été  concédée 
aux  réformés  par  le  seigneur  de  Rlbeaupierre.  Celui-ci  était  devenu 
propriétaire  de  la  moitié  du  fief  d'Eschery  par  l'extinction  des  nobles 
de  ce  nom  et  l'autre  moitié  appartenait  aux  ducs  de  Lorraine.  Egé- 
nolph  avait  joint  au  don  de  l'église  celui  de  la  moitié»  à  lui  apparte- 
nant  »  de  la  grande  dime  pour  servir  à  l'entretien  du  temple  et  au 
service  divin.  Ce  secours  avait  été  »  surtout  dans  les  derniers  temps» 
très-précieux  aux  réformés  de  Sainte-Marie  et  d'Eschery  et  leur  avait 
permis,  en  y  joignant  le  produit  des  subventions  accordées  par  les 


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470  REVUE  D'ALSACE. 

cantons  suisses  »  de  faire  face  anx  dépenses  nombreuses  nécessitées 
par  leur  culte  et  auxquelles  la  misère  des  habitants  n'aurait  pu  sub- 
venir. 

L'on  devait  espérer  que  la  donation  d'Egénolph  serait  respeaée 
par  le  nouveau  suzerain ,  le  roi*de  France ,  puisque  la  paix  de  West- 
phalie  avait  garanti  aux  réformés,  aussi  bien  qu'aux  luthériens ,  toutes 
les  possessions  acquises  et  jouies  en  l'année  normale  1624.  Or,  la 
possession  de  l'église  d'Eschery  et  celle  de  la  moitié  de  la  grande 
dime ,  remontait  déjà  en  1561  et  n'avait  jamais  été  interrompue.  De 
plus ,  la  petite  dime  appartenant  autrefois  à  l'évécbé  de  Strasbourg , 
était  devenue  la  propriété  de  l'église ,  l'évéque  l'ayant  vendue  aux 
nommés  Nicolas  Bées  et  Vincent  Peter  et  les  successeurs  de  ces  der- 
niers, Colin-Jean  Sutti  et  Veliin  Sorgen,  en  ayant  fait  donation  à  l'église 
par  un  acte  de  l'année  1S79.  Mais  par  l'un  de  ces  actes  arbitraires 
dont  Louis  xiv  a  été  si  prodigue  envers  les  protestants ,  il  rendit  ,.en 
1686,  une  ordonnance  qui ,  déchirant  le  traité  de  paix,  remit  les 
catholiques  en  possession  du  chœur  et  de  la  moitié  de  la  nef  de  l'é- 
glise de  Saint-Pierre  d'Ëschery  et  disposa  qu'à  l'avenir  ces  derniers 
auraient  le  droit  d'entrer  les  premiers  dans  l'église  pour  le  service 
divin ,  en  été  à  huit  heures  du  matin ,  et  les  derniers  en  hiver  à  neuf 
heures.  Cela  ne  suffit  pas.  Renchérissant,  comme  d'ordinaire,  sur  les 
intentions  et  la  volonté  du  maitre,  l'Intendant  d'Alsace  prit  phis  tard, 
'  le  27  novembre  1699 ,  un  arrêté  par  lequel  il  attribua  de  sa  propre 
autorité  la  moitié  des  revenus  de  l'église  aux  catholiques  peu  nom- 
breux d'Eschery  et  en  dépouilla  les  réformés  qui  firent  de  vains 
efforts  pour  se  maintenir  .dans  un  patrimoine  acquis  par  donation  et 
provenant  non  seulement  de  leur  ancien  seigneur  mais  aussi  de  la 
libéralité  de  quelques  uns  de  leurs  coreligionnaires. 

XXXVI. 

C'est  au  milieu  des  entraves  suscitées  aiyc  protestants  des  deux 
confessions  par  le  pouvoir  soupçonneux  du  roi  Louis  xiv , 
que  l'on  regrette  d'avoir  à  signaler  la  naissance  de  nouvelles  diffi- 
cultés entre  les  réformés  et  les  luthériens  de  Sainte-Marie.  Cette  fois 
il  ne  s'agit  plus  de  la  possession  d'une  église ,  ni  de  l'acceptation  fic- 
tive des  dogmes  de  la  confession  d'Augsbourg,  mais  bien  d'un  prosé- 
lytisme ardent  dont  les  pasteurs  des  deux  cultes  s'accusent  récipro- 


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NOTICfi  HISTORIQUE,   ETC. 


171 


ijoementi  prosélythme  qui  consiste  priocipalemeDt  à  attirer  dans 
lear  église  et  par  le  baptême  les  enfants  issus  des  mariages  mixtes. 
Ces  plaintes  devenant  journellement  plus  vives  »  et  les  familles , 
excitées  par  l'excès  de  zèle  douleurs  ministres,  étant  sur  le  point  de 
se  désunir ,  le  comte  Chrétien  de  Birckenfeld ,  après  avoir  entendu 
à  plusieurs  reprises  les  pasteurs  des  deux  cultes  et  avoir  pesé  les 
arguments  invoqués  de  part  et  d'autre ,  crut  devoir  terminer  le  diffé- 
rend en  publiant  le  règlement  suivant  dont  nous  donnons  la  traduc- 
tion littérale  : 
c  Le  prince-seigneur,  ayant  été  informé  qu'il  s'est  élevé  des  dis- 
cussions entre  les  pasteurs  luthérien  et  réformé  aussi  bien  qu'entre 
les  membres  des  deux  communautés  au  siyet  de  quelques  enfants 
issus  des  mariages  mixtes ,  au  point  que  s'il  n'y  était  remédié ,  il 
pourrait  en  résulter  des  conséquences  fâcheuses ,  -^  voyant  avec 
déphiisir  ces  discussions ,  s'est  décidé  à  établir  un  règlement  por- 
tant égalité  de  droits  pour  chaque  partie  afin  que  qui  ne  puisse  se 
plaindre,  lequel  règlement  devra  être  strictement  observé  tant  par 
les  ecclésiastiques  que  par  les  fidèles.  En  conséquence  il  ordonne 
en  vertu  des  présentes  :  i^  Que  tous  les  enfant»  mflles  suivront  la 
religion  de  leur  père  et  toutes  les  filles  celle  de  leur  mère,  qu'il  en 
ait  été  fait  mention  dans  les  contrats  de  mariage  ou  non.*  ^^^  Et 
comme  il  est  arrivé  quelquefois  qu^  lors  de  certains  mariages  les 
époux  sont  convenus  dans  leurs  contrats  de  faire  suivre  à  tous  les 
enfants  à  nattre  la  religimi  soit  du  père ,  soit  de  la  mère,  le  prince^ 
seigneur  déclare  qu'à  l'avenir  de  pareilles  conventions  ne  pourront 
plus  être  faites  par  les  futurs  époux  et  leurs  proches  sans  le  consen- 
tement exprès  et  préalable  du  seigneur ,  lequel  examinera  si  elles 
ont  été  consenties  en  l'absence  de  toutes  manœuvres ,  de  toute 
suggestion  et  de  toute  contrainte  de  conscience  »  et  rendra  sa  déci- 
sion en  conséquence.  5<^  Qu'à  l'avenir  il  ne  sera  dressé  aucun  contrat 
de  mariage  sans  y  avoir  appelé  des  deux  côtés  des  témoins  profes- 
sant le  culte  de  ceux  qui  les  convoquent.  4^  En  ce  qui  touche  le 
baptême ,  il  est  ordonné  que  chaque  ministre  observera  le  présent 
règlement  sans  se  permettre  aucune  usurpation  sur  les  droits  de 
son  collègue ,  hors  le  cas  de  maladie  ou  d'absence  de  l'un  des  mi- 
nistres ,  auquel  cas  de  nécessité  le  pasteur  luthérien  ou  réformé 
qui  se  trouvera  sur  les  lieux ,  sera  autorisé  à  procéder  au  baptême 
sans  préjudice  aucun  au  culte  auquel  devra  appartenir  l'enfant. 


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172  R^VUB  D'ALSACE. 

c  5<^  Que  quant  aux  contestations  qui  ont  été  portées  devant  la  chan- 
c  cellerie  du  seigneur  »  elles  demeureront  éteintes  au  moyen  des 
c  décisions  rendues.  6^  Le  prince-seigneur  ordonne  enfin  que  tous 
c  ceux  qui  se  permettront  d'enfreindf e  le  présent  règlement ,  seront 
c  punis ,  selon  Timporiance  de  la  contravention .  d'une  amende  au 
c  profit  des  pauvres  dont  la  somme  sera  fixée  par  lui  et  le  paye- 
€  ment  poursuivi  avec  rigueur»  se  réservant,  au  surplus,  le  seigneur 
f  de  modifier  les  présentes  dispositions  le  cas  échéant.  Décrété  a 
c  Ribeauvillé  le  19  mars  de  l'an  4696.  Signé  :  Çhr]$tibn-Augustb.  > 


XXXVIl, 

A  peine  cette  décision  si  sage  et  si  convenable  eut-elle  été  rendue 

*^par  le  prince-seigneur.de  Ribeauvillé  et  du  val  de  Sainte-Marie  »  qu'un 

autre  différend  jion  moins  grave  surgit  entre  les  réformés  eux-mêmes 

et  appela  de  nouveau  sa  sollicitude  sur  les  intérêts  religieux  d'une 

partie  de  ses  sujets. 

L'on  n'a  pas  oublié  qu'en  1680  le  ministre  réformé  allemand, 
Pareus ,  avait  élevé  la  prétention  de  concourir  avec  le  ministre  fran- 
çais k  la  présidence  du  consistoire  et  de  faire  dépendre  la  possession 
de  cette  charge  honorifique  de  l'ancienneté  des  fonctions  pastorales 
remplies  en  l'église  de  Sainte-Marie.  L'on  sait  aussi  que  cette  pré- 
tention a  été  repoussée  par  une  décision  du  grand  consistoire  qui , 
interprétant  le  règlement  de  1672,  avait  maintenu  le  pasteur  français 
dans  les  droits  que  lui  avait  attribués  ce  règlement  »  en  admettant  » 
toutefois ,  quelques  cas  d'exception.  Or ,  il  paraît  que  cette  décision, 
loin  de  satisfaire  les  réformés  allemands ,  devenus  plus  nombreux  et 
plus  riches  que  les  français ,  leur  avait  peu  à  peu  inspiré  le  désir 
d'une  séparation  complète  entre  les  habitués  des  deux  langues. 

Nous  trouvons  en  effet  aux  archives  de  l'église  une  pétition  adressée 
le  27  avril  1698  au  prince  de  Birckenfeld  par  les  pasteur  allemand 
Joseph-Rodolphe  Brenner  et  les  Anciens  de  l'église  allemande ,  dans 
laquelle  ils  se  plaignent  que  malgré  leur  désir  de  maintenir  la  paix 
et  l'union  avec  la  communauté  française ,  ils  ne  rencontrent  qu'op- 
pression et  mépris  et  que  les  choses  ont  été  si  loin  qu'une  séparation 
définitive  des  deux  communautés  devient  indispensable;  Ils  font  appel 
à  l'intervention  du  prince  et  invoquent  l'exemple  récemment  donné 


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NOTICE  HISTORIQUE  ,  ETC.  i73 

par  les  deux  églises  réfomnées  allemande  et  française  établies  à 
Bischwîller. 

De  leur  côté  »  le  pasteur  et  les  Anciens  de  l'église  française  s'étaient, 
déjà  »  vers  l'année  4685,  adressés  au  sieur  Fattet ,  conseiller  de  S.  A.  S. 
le  prince  Chrétien  de  Birckenfeid  ,  et  lui  avaient  eiposé  que  le  pas- 
teur allemand  Meyer  tenait  une  conduite  c  iocompatible  avec  l'an- 
c'cienne  coutume  de  l'église,  aux  articles  de  discipline  et  prinfiipa- 
f  lement  à  ceux  qui  ont  été  ratifiés  par  S.  E.  Monseigneur  le  comte 
f  de  Ribeaupierre  de  glorieuse  mémoire,  i  Ils  lui  reprochaient,  entre 
autres ,  d'avoir  fait  faire  des  amendes  honorables  en  l'église  sans  en  ' 
avoir ,  au  préalable ,  averti  le  consistoire  ;  d'avoir  béni  des  mariages 
sans  publication  des  bans  à  l'église;  d'avoir  tenu  consistoire  à  Sainte- 
Marie  et  d'y  avoir  censuré  des  personnes  pendant  que  le  ministre 
français  tenait  consistoire  à  Eschery  ;  de  n'avoir  tenu  aucun  compte 
des  décisions  du  consistoire  ;  de  s'être  abstenu  d'assister  aux  séances 
flepuis  plus  de  trois  mois  et  d'avoir  ainsi  empêché  les  Anciens  alle- 
mands de  s'y  trouver,  ce  qui  a  porté  le  plus  grand  préjudice  aux 
pauvres  et  aux  malades  ;  qil'enfln  le  but  de  sa  conduite  n'a  été  autre 
c  qu'à  &ire  naître  la  désunion  ,  afin  de  parvenir  le  plus  facilement  à 
c  une  séparation ,  et  que  même  il  n'a  pas  pu  s'empêcher  de  déclarer 
c  dans  la  maison  de  M.  Fattet .  que  tant  et  si  longtemps  qu'on  ne 
*  c  sera  séparé  l'un  de  l'autre ,  l'on  ne  vivra'^pas  en  paix.  »  La  pétition 
se  terminait  par  la  prière  adressée  au  représentant  du  prince  ,  de  la 
communiquer  au  sieur  Meyer  afin  d'être  ensuite  fait  droit  à  la  plainte. 

Celte  situation  était  trop  tendue  pour  pouvoir  se  prolonger.  La 
désunion  au  sein  de  «l'église  donnait  trop  beau  jeu  à  ses  ennemis  du 
dehors ,  et ,  à  rintérieur ,  il  fallait  à  tout  prix  faire  cesser  de^Dccasions 
de  scandale  qui  éclatait  jusque ,  parmi  les  pasteurs  et  les  Anciens. 
L'unique  moyen  consistait  dans  la  séparation  complète  des  deux, 
langues ,  ^séparation  qui  était  le  but  des  efforts  de  la  communauté 
allemande  ;  mais  il  fallait,  en  même  temps ,  faire  respecter  les  droits 
de  propriété  et  d'ancienneté  de  la  communauté  française.  C'est  dans 
ce  but  que  le  44  mai  1698  intervint  un  décret  du  prince  Chrétien 
dont  voici  les  dispositions.*  (^)  c  Article  i.  Sur  les  diflBcultés  qui  sont 
■  — „i  ■     ., 

4 

(<)  Ce  décret  se  trouYe  littéralement  transcrit  au  livre  consistonal  allemand. 
Le  livre  français  n'en  contient  qu'on  extrait  et  lui  assigne  la  date  du  20  juillet 
1698  qui  est  probablement  celle  de  sa  publication  au  consistoire. 


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474  REVUE  D'ALSACE. 

arrivées  entre  les  Françail  et  les  Allemands  de  la  religion  réfonnée 
à  Sainte-Marie  et  pour  mettre  fin  à  toutes  ces  difficultés ,  Son 
Altesse  Sérénissime  Monseigneur  le  prince  a  ordonné  que  les 
Français  soient  séparés  des  Allemands  en  sorte  et  manière  néan- 
moins que  tous  les  capitaux  et  autres  choses  appartenant ,  présente* 
ment  aux  dites  églises ,  appartiendront  toujours  aux  Français  ;  que 
les  uns  et  les  autres  vivent  en  bonne  paix  et  concorde.  Article  ^. 
Qu'à  cause  que  le  temple  de  Sainte-Marie  a  été  bâti  par  les  Français^ 
les  Allemands  paieront  annuellement  au  receveur  de  l'église  française 
la  somme  de  cinquante  florins ,  monnaie  de  Ribeauvillé  (ou  JS3 
livres  ou  6  sols ,  8  deniers ,  valeur  de  France)  à  charge  néanmoins 
que  les  Français  seront  obligés  d'entretenir  le  dit  temple  de  réfec- 
tions aussi  bien  que  la  maison  de  Fécole.  Atiicle  3.  Que  les  dits 
Allemands  payeront  la  moitié  de  ce  que  l'on  paye  aux  maîtres 
d'école,  tant  de  S^'-Marie  »  qu'à  celui  d'Escfiery ,  pourvu  qu'on  leur 
paye  de  la  bourse  des  pauvres ,  bien  entendu  que  ceux  qui  enver* 
ront  leurs  enfants ,  soit  français ,  soit  allemands ,  payeront Jes  dits 
maîtres  d'école  comme  on  a  toujours  été  obligé  de  faire.  Arikle  4. 
Qu'aucun  Français  de  la  communion  française  ne  pourra  aller 
communier  avec  les  allemands  sans  le  consentement  du  ministre 
français ,  et  aussi  aucun  Allemand  ne  pourra  aller  communier  avec 
les  Français  sans  le  consentement  du  ministre  allemand.  Article  5.  ' 
Que  l'on  conviendra  par  ensemble  des  heures  que  les  Français  et 
Allemands  entreront  à  l'église  afin  qu'il  n'y  arrive  aucun  désordre. 
Article  6.  Que  les  Allemands  laisseront  la  place  au  banc  aux 
églises  aux  Français,  le  cas  arrivant  que  les  dits  Français  se  trouve- 
ront aiÊL  actions  allemandes ,  après  lesquelles  places  les  Allemands 
pourraient  prendre  leurs  places.  » 


XXXVIII. 

Ainsi  s'est  opérée  la  séparation  entre  des  frères  professant  le 
même  culte  »  habitant  le  même  lieu ,  priant  Dieu  dans  le  même 
temple,  et  cette  séparation  motivée  sur  de  frivoles  intérêts  d'amour* 
propre  ou  sur  des  prétentions  de  supériorité  peu  conciliables  avec 
les  prescriptions  de  l'humilité  chrétienne .  a  duré  près  de  cent 
trente  années!  Hâtons*nous,  toutefois,  de  dire  que  déjà  cinq  ans 


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NOTICE  HISTORIQUE,  ETC.  175 

après  la  séparation  (en  1703)  le  consistoire»  français  a  fait  acte  de 
charité  et  de  bienveillance  fraternelle  envers  le  pasteur  allemand . 
Brenner  en  lui  permettant  de  faire  inhumer  les  restes  mortels  de  sa 
femme  aux  pieds  même  de  la  chaire  du  temple  de  Sainte*Marie.  Il 
est  vrai  que  pour  obtenir  cette  concession  le  ministre  Brenner  a  été 
obligé  de  souscrire  un  écrit  par  lequel  il  reconn&tt  n'avoir  aucun 
droit  à  la  place  qui  a  été  accordée  pour  l'inhumation  du  corps  de  sa 
femme ,  autorisant  en  même  temps  c  Messieurs  de  l'église  française 
t  a  disposer  de  cette  place  après  que  le  corps  sera  définitivement 
c  réduit  en  poudre,  i 


XXXIX, 

L'agitation  produite  au  sein  de  l'église  réformée  française  de  Sainte- 
Marie  par  les  luttes  qu'elle  avait  été  obligée  de  soutenir  dans  un  si 
court  espace  de  temps  contre  le  pouvoir  catholique  •  contre  les 
protestants  de  la  confession  d'Augsbourg  et  contre  ses  frères  allemands 
n'avait  pu  la  distraire  du  devoir  important  de  maintenir  parmi  ses 
membres  une  discipline  ecclésiastique  rigoureuse.  A  la  suite  des 
guerres  nombreuses  dont  l'intolérance  religieuse  d'abord ,  puis  l'am** 
bition  de  Louis  xiv  avaient  affligé  le  centre  de  l'Europe  et  notamment 
l'Alsace ,  il  n'était  pas  étonnant  que  le  relâchement  des  mœurs ,  le 
mépris  (des  lois  divines  et  humaines  avalent  pris  la  place  des  habi- 
tudes sobres  et  du  respect  des  choses  saintes.  C'est  pour  rétablir  la 
discipline  ancienne  et  pour  arrêter  les  progrès  de  la  dissolution 
que  le  grand  consistoire,  convoqué  le  16  août  1699^  prit  une  délibéra- 
tion  que  nous  trouvons  inscrite  à  la  suite  de  la  disciplina  arrêtée  par 
le  pasteur  Harbœuf  et  sur  le  même  parchemin.  Elle  est  ainsi  conçue: 
(  De  plus  »  est  à  remarquer  que  le  grand  consistoire  ayant  été 
I  assemblé  le  16  août  1699  au  sujet  que  plusieurs  de  l'église  méprisent 
c  la  discipline  ecclésiastique ,  ne  voulant  pas  comparaître  au  cousis- 

<  toire  lorsqu'ils  y  sont  cités  pour  avoir  commis  des  scandales ,  soit 

<  pour  Cuit  de  paillardise ,  danses  et  pour  mépris  qu'on  fait  de  MM.  les 
f  pasteurs  et  conducteurs  de  l'église.  Ledit  grand  consistoire  a 

<  arrêté  qu'on  observerait  de  4)oint  en  point  la  discipline  ecclésiastique 
c  et  le  petit  consistoire  signifierait  comme  il  le  jugerait  à  propos  aux 

<  scandaleux  le  jour  auquel  ils  auraient  H  témoigner  leur  repentance 


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i76  UmnS  D*AL8iGE. 

c  dans  l'église  el  qu'à  l'égard  de  ceux  qui  se  rendront  rebelles  en 
c  ne  comparaissant  pas  au  consistoire  «  seront  retranchés  de  la  com- 
c  munion  ;  que  s'ils  persistent  dans  cet  élat  là ,  Monsieur  le  pasteur 
«  les  fera  connaître  hautement  dans  la  chaire  et  on  leur  interdira 
ff  l'entrée  dans  la  maison  de  Dieu ,  surtout  aux  scandaleux  qui  ne 
c  feront  pas  la  réparation  dans  le  temps  qui  leur  aura  été  indiqué,  et 
f  qu'on  portera  tout  le  respect  possible  à  Monsieur  le  pasteur  et  aux 
c  conducteurs  établis.  Et  comme  quelques  uns  des  membres  de 

•  l'église  font  difficulté  de  payer  aux  Anciens  de  leur  quartier  la  sub- 

•  yention  établie  pour  l'entretien  du  saint  ministère ,  il  a  été  arrêté 

•  de  tous  les  chefs  de  famille  que  s'il  arrive  qu'il  y  en  ait  qui  fassent 

•  refus  de  payer  leur  dite  subvention  après  que  lèsdits  Anciens  leur 
f  auront  demandé  deux  et  trois  fois ,  ils  prendront  le  sergeant  du 
ff  lieu  pour  les  contraindre  audit  payement.  Ce  présent  arrêt  a  été 
f  rendu  le  t«  août  4699.  > 


XL. 


Pour  en  terminer  avec  les  règlements  disciplinaires  établis  par 
l'église  française  et  qui  »  très-probablement  »  ont  aussi  fait  loi  pour 
l'église  allemande,  nous  mentionnerons  encore  une  décision  prise 
par  le  grand  consistoire  le  1*'  décembre  1705  qui  se  trouve  inscrite , 
comme  les  précédentes ,  au  parchemin  contenant  le  règlement  disci- 
plinaire Marbœuf.  Cette  décision  témoigne  du  zèle  avec  lequel  l'église 
de  Sainte-Marie  cherchait  à  maintenir  le  respect  dik  au  sacrement  de 
la  Sainte-Cène ,  et  en  même  temps ,  du  relâchement  des  convictions 
religieuses  dans  une  partie  de  la  population  réformée.  Elle  est  ainsi 
conçue  :  f  D'autant  que  plusieurs  personnes  ont  paru  point ,  ou ,  du 
c  moins,  fort  peu  touchées  de  leur  suspension  de  la  Sainte-Cène, 
c  regardant  sans  doute  la  participation  à  ce  saint  sacrement  comme 
c  une  chose  indifférente ,  il  a  été  jugé  unanimement  par  le  grand 
«  consistoire  tenu  le  4^'  décembre  4705 ,  que  toute  personne  qui  se 
f  rendra  digne  par  sa  mauvaise  vie  de  cette  suspension  de  la  Cène , 

<  sera  nommée  publiquement  en  chaire  par  le  pasteur  les  jours  de 
«  communion,  aussi  bjen  que  les  raisonique  l'on  a  eues  de  lui  infliger 

<  ce  châtiment  et  ce  afin  d'imprimer  à  tous  les  scandaleux  tant  plus 
i  de  honte  et  de  confusion.  » 


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NOTICE  HISTORIQUE  ,  ETC.  477 

XLI. 

li  n'est  peut-être  pas  sans  intérêt  pour  l'histoire  des  mœurs  et  des 
usages  disciplinaires  ecclésiastiques  d'un  temps  qui  est  déjà  loin  de 
nous  9  de  faire  connaître  ici  les  procédés  établis  par  l'église  réformée 
de  Sainte-Marie  dans  les  cas  d'amende  honorable  imposée  à  l'un  de 
ses  membres.  Parmi  les  pièces  conservées  dans  les  archives  nous 
choisirons  celles  qui  ont  trait  au  fait  suivant  et  qui  se  reportent  à 

l'année  1764.  Suzanne  G 0),  fille  d'un  Ancien  de  l'église,  avait 

eu  le  malheur  de  succomber  à  la  séduction  et  de  devenir  mère  avant 
d'être  épouse.  Voulant  rentrer  dans  le  sein  de  l'église  dont  son  incon- 
duite l'avait  retranchée  »  elle  adressa  ^  le  9  mai  1764,  au  pasteur  la 
requête  suivante  signée  d'elle  et  de  deux  témoins  :  f  Suzanne ,  fille 
c  de  Pierre  G.... ,  régent  de  l'église  française  de  S*^-Marie-aux-Mines, 
ff  ayant  eu  le  malheur  de  mettre  au  monde  un  enfant  illégitime , 
ff  demande  et  supplie  l'église  et  son  pasteur  de  vouloir  recevoir  pu- 
c  bliquement  les  témoignages* de  son  repentir  de  ce  crime,  désirant, 
<  pour  cet  effet ,  de  faire  amende  honorable  à  la  face  de  l'église,  afin 
c  de  se  réconcilier  avec  elle  et  avec  Dieu  et  cela  de  son  bon  vouloir 
t  et  sans  y  être  forcée  ni  sollicitée  par  qui  que  ce  soit  ;  en  foi  de  quoi 
c  elle  a  signé  avec  les  deux  témoins  de  sa  demande  dont  les  noms 
c  sont  cy-joints,  à  Saînte-Marie-aux-Mines ,  ce  9°"^  mai  4764. 
c  Signé  Suzanne  G et  J.  Pierre  Karl  et  Jean  Gossat.  » 

Cette  demande  ayant  été  favorablement  accueillie  par  le  petit 
consistoire  et  l'amende  honorable  ayant  été  faite ,  procès-verbal  en  a 
été  dressé  par  le  pasteur  Boizol  dans  les  termes  suivants  : 

ff  La  demande  volontaire  de  Suzanne  G ayant  été  écoutée  favo- 

€  rablement  par  son  pasteur  et  les  Anciens  de  l'église ,  elle  s'est 
c  présentée  le  lendemain  iO  mai  1764  à  Eschery  devant  la  face  de 
t  l'église  pour  là  y  entendre  les  exhortations  et  remontrances  qui  lui 
t  ont  été  adressées  après  un  discours  général  sur  le  crime  de  l'Im- 
«  pureté  dont  le  texte  a  été  tiré  du  T^  chapitre  de  l'Evangile  selon 
t  Saint  Luc  depuis  le  vers  57  jusqu'à  la  fin  ;  aprè^  quoi  elle  a  répété 

(^)  Nous  n'indiquons  que  l'initiale  da  nom  de  famille  puisqu'il  serait  possible 
qu'il  exist&t  encore  des  membres  de  cette  famille  et  qu'il  est  loin  de  notre  pensée 
d'affliger  les  descendants  au  souvenir  des  fautes  de  leurs  ancêtres. 

9-  Aanéo.  ^^ 


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178 


«BVGS  B*ALSACB. 


à  genoax  une  prière  que  son  pasteur  lui  a  dictée ,  par  laquelle  elle 
demande  pardon  à  Dieu  de  ses  crimes  et  la  grâce  de  n*y  retomber 
plus  ;  ensuite  »  se  tournant  du  côté  des  fidèles ,  elle  les  conjura  de 
pardonner  et  d'oublier  le  scandale  qu'elle  leur  a  donné  par  sa  con- 
duite déréglée  et  d'implorer  pour  elle  la  miséricorde  et  la  grâce  de 
Dieu  ;  ensuile  de  quoi  son  pasteur  lui  adressa  encore  une  exborla* 
tion  particulière  à  laquelle  a  succédé  une  générale  pour  tout  le 

peuple.  Au  sortir  de  l'église»  ladite  Suzanne  G s'est  encore 

présentée  devant  le  vénérable  consistoire  pour  y  ratifier  sur  la  main 
du  pasteur  et  des  Anciens  la  sincérité  de  son  repentir  et  de  la  pro- 
messe qu'elle  vient  de  faire  de  ne  plus  retomber  dans  le  crime  qui 
l'avait  séparée  de  Dieu  et  de  sa  communauté.  Nous  déclarons  ce- 
pendant ,  que  si  nous  avons  reçu  son  amende  honorable  à  Escbery» 
ça  été  sans  qu'elle  eut  aucun  droit  à  le  demander  là  plutdt  qu'à 
Sainte-Marie  où  elle  devait  naturellement  avoir  lieu  et  cela  un  jour 
du  dimanche  ;  mais  par  considération  pour  son  père  qui  avait  servi 
pendant  longtemps  l'église  en  qualité  d'Ancien  et  cela  avec  appro- 
bation ,  qui  la  sert  encore  comme  Régent ,  et  pour  sa  famille  »  j'ai 
bien  voulu  recevoir  sa  soumission  un  jeudi  à  Eschery  »  sans  que 
cependant  cela  puisse  tirer  à  aucune  conséquence  pour  l'avenir  ; 
j'ai  cru  devoir  laisser  ce  mémoire  à  l'église  pour  servir  d'indice 
touchant  cette  cérémonie  à  mes  successeurs  qui  pourront  en  ignorer 
les  règles  »  vu  que ,  grâces  à  Dieu ,  ces  cas  sont  fort  rares  dans 
notre  église ,  et  je  prie  Tigternel  qu'ils  le  deviennent  tellement  dans 
la  suite  qu'on  n'en  entende  plus  parler ,  ce  qui  attirera  la  béné- 
diction de  Dieu  sur  elle  «  procurera  sa  gloire  ici-bas  et  le  repos  de 
son  pasteur.  Amen.  —  Signé  :  J.  F.  L.  BoizoL ,  pasteur  de  l'église 
française  réformée  à  Sainte-Marie-aux-Mines.  > 


XLU. 

Jusqu'au  commencement  du  dix-huitième  siècle  les  pasteurs  de 
réglise  réformée  de  Sainte-Marie  avaient  été  obligés  de  se  loger  à 
leurs  frais  dans  des  maisons  particulières  ,  les  ressources  de  l'église 
n'ayant  pas  encore  permis  l'acquisition  d'un  ou  de  plusieurs  presby- 
tères soit  à  Sainte-Marie  •  soit  à  Eschery.  C'est  en  l'année  1707  que 
Ton  parvint  enfin  à  se  procurer  les  fonds  nécessaires  à  l'achat  d'une 


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NOTICE  HISTORIQUE  ,  ETC.  i79 

maison  destinée  an  logement  du  pasteur  français  et  le  consistoire , 
réuni  le  20  novembre ,  décida  que  f  pour  l'avantage  qu'on  a  d'avoir 
f  un  pasteur  dans  ce  lieu ,  Ton  travaillera  incessamment  à  acheter 
€  une  maison  pour  le  loger  le  plus  commodément  possible  et  pour 
f  cet  effet  l'on  a  choisi  le  sieur  Abraham  Grand pierron ,  receveur ,  et 
c  Paul  Karl ,  Ancien ,  pour  accompagner  M.  Dubrit,  pasteur,  afin  de 
c  voir  quelle  maison  lui  agréera  pour  en  faire  son  logement  et  celui 
f  de  ses^successeurs.  »  Cette  maison  fut  trouvée  dans  la  proximité 
de  réglise  et  sur  l'emplacement  qu'occupe  aujourd'hui  le  presbytère. 
Mais  il  parait  qu'elle  éiait  en  mauvais  état ,  car  sa  reconstruction 
complète  fut  jugée  indispensable  dès  l'année  1737  et  coûta  une  somme 
de 2521  livres  i 8  sols,  laquelle,  selon  l'indication  du  livre  consis- 
torial  •  fut  payée  f  au  moyen  des  fonds  de  l'église ,  des  contributions 
c  des  particuliers ,  membres  de  notre  troupeau ,  d'une  gratification 
f  de  Madame  la  duchesse  ,  notre  gracieuse  maltresse ,  d'une  contri- 
c  bution  de  l'église  réformée  de  Strasbourg ,  d'un  don  gratuit  du 
c  consistoire  réformé  de  Deux-Ponts  et  d'une  gratification  de  leurs 
ff  Excellences  de  Berne,  nos  protecteurs  spirituels,  t  En  même  temps 
le  consistoire  acheta  un  jardin  attenant  à  l'école  et  le  réunit  au  pres- 
bytère. Ce  jardin  fut ,  en  1744 ,  échangé  contre  un  autre  situé  entre 
l'église  et  le  presbytère  et  en  fait  aujourd'hui  encore  partie. 

Ch.  Drion, 

PrMdeDt  da  tribnnal  cîTil  d«  ScUesttdt. 


(la  /Sfi  cl  la  prochaine  Hvraiion). 


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LES  SCYTHES. 


LEUR  ÉTAT  SOCIAL,  MORAL»  INTELLECTUEL  ET  RELIGIEUX. 

Smi»  et  fin.  0 


LB«  TBVRSBS   BT  l^EM  lOTliBS* 


Les  dieux  qu'on  adorait  étaient  originairement  les  représentants  des 
objets  bienfaisants  de  la  nature  et  passaient  pour  être  les  protecteurs 
du  monde  et  des  hommes.  Ces  dieux  n'avaient  pas  encore  chez  les 
Scythes  de  nom  générique  ;  ils  ne  pouvaient  pas  en  avoir  un ,  aus^ 
longtemps  qu'ils  étaient  zootnorphes  et  ne  formaient  par  conséquent 
pas  un  même  genre.  (Voy.  les  Chants  de  Soi  »  p.  6).  Plus  tard  éunt 
devenus  anthropomorphes  ^  ils  pouvaient  être  considérés  comme  for*^ 
mant  une  famille  et  l'on  pouvait  leur  assigner  à  toutf  le  ciel  comme 
demeure.  Aussi  le  nom  générique  des  dieux ,  le  plus  ancien ,  fut  celui 
de  célestes  (norr.  tîvar^  diar;  sansc.  daivas;  gr.  theoi  p.  deifoi,  dethoif 
dheoi;  lat.  dît  p.  deivi).  Mais  ordinairement  ces  peuples  employaient 
le  nom  du  dieu  qu'ils  adoraient  le  plus»  pour  exprimer  l'idée  de  Dieu 
en  général.  Ainsi  les  peuples  scythes  de  la  branche  parthe  et  sarmate 
vénéraient  surtout  le  Soleil  auquel  ils  donnaient  le  nom  épithétique 
de  Pak  (Respectable  ;  sansc.  bhagas  ;  pers.  baga;  sassanid.  bag;  gr. 
bakchos;  phryg.  Bagaios  ;  v.  Hésych.  ;  arm.  Pakin;  slave  bog).  Aussi 
les  princes  parthes  se  donnaient-ils  le  titre  de  Pak-pur  (cf.  norr.  6urr 
fils)  qui  dans  l'origine  signifiait  Fils  du  Respectable  c'est-à-dire  Fils 
du  Ciel  ou  Fils  du  Soleil^  mais  qui  prit»  plus  tard  ,  le  sens  plus  gé- 
néral de  Fils  de  DieUf  de  sorte  que  les  historiens  persans  et  arabes 
purent  employer  le  nom  de  Fakfur  pour  traduire  et  exprimer  le  titre 
de  Fils  du  Ciel  (chinois  Tien-tseu)  que  portaient  les  empereurs  de  la 


(**)  Voir  les  livraisons  de  janvier^  février  et  mars ,  pages  5  »  58  et  116. 


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LES  SCYTHES.  181 

Chine.  Les  peuples  géto-gothtques  rattachaient  Tidée  de  Dieu  à  celle 
i'inulUgence  (sansc.  tchit  ;  norr.  gedh).  Ils  faisaient  dériver  leur  propre 
nom  de  GêUi  (Intelligents)  ou  de  Goies  (lat.  catus  avisé  ;  norr.  gautt 
avisé)  de  l'épithète  de  gautr  ou  goi  qu'ils  donnaient  au  dieu  du  Soleil' 
dont  ils  se  disaient  issus ,  et  Tépithète  de  got  (avisé ,  intelligent)  devint 
chez  eux  dans  la  suite  l'expression  pour  désigner  Tétre  divin  en 
général.  Enfin  pour  désigner  les  dieux  (norr.  godh)  plas  spéciale- 
ment comme  protecteurs  des  hommes  »  les  peuples  gotho-germaniqties 
les  ont  nommés  Ageè  (norr.  JEsîr  ;  goth.  ans  ;  v.  h.-all.  ans;  anglos.  ôs) 
c'est-à-dire  Supports  ou  Soutiens  (sansc.  ansa  épaule  ;  lat.  ansa  sup- 
port, épaule  9  anse  ;  âra  p.  ansa  support  »  autel).  Les  déesses  furent 
appelées  les  Amies  ou  Amantes  des  Ases  (norr.  asynior  p.  às»vinior). 

A  côté  des  dieux  les  peuples  scythes  conçurent  des  êtres  nommés 
Thurses  et  lotnes^  qui  représentaient  les  forces  gigantesques,  terribles 
et  pernicieuses  de  la  nature  et  qui  passaient  par  conséquent  pour  être 
plus  ou  moins  les  ennemis  des  dieux  et  des  hommes.  Comme  dans 
Yongin^\e&  Scythes  habitaient  dans  l'Asie  des  plateaux  élevés ,  ces 
démons  étaient  les  représentants  ou  les  personnifications  mytholo- 
giques des  vents  secs',  impétueux  et  brûlants  qui,  dans  ces  contrées, 
chassaient,  absorbaient  ou ,  comme  on  disait»  mangeaient  les  nuages 
fécondateurs  rassemblés  par  le  dieu  du  Ciel  Divus  surnommé  Pirchunis 
(norr.  Fiôrgynn^  Aime-pluie;  sansc.  Parddjanyas).  Aussi  ces  démons 
portaient-ils  le  nom  de  Thurses  (Secs ,  Arides  ;  gr.  tarsos  ;  goth. 
thairs;  ail.  dûrr)  et  de  lotnes  (Uangeurs).  Le  nom  du  roi  scythe 
Ithari'thursos  (Justin ,  l-an^dyssus  ;  norr.  lôtun^thurs)  prouve  que  les 
Thurses  et  les  Ilunes  ou  lotnes  étaient  déjà  connus  sous  ces  noms 
dans  la  mythologie  des  Scythes.  Les  traces  de  la  foudre  (Hercule)  que 
Ton  montrait  dans  le  pays  scythe  sur  les  bords  du  Tyras  (Hérod.  iv, 
8â)  étaient  sans  doute  les  marques  du  combat  terrible  que  le  dieu  du 
tonnerre  {Pirchunis)  avait  livré  en  cet  endroit  à  ses  ennemis  les 
Thurses  et  les  lotnes.  Dans  les  langues  gétxques  le  mot  thurs  ne  signi- 
fiait pas  seulement  sec  par  opposition  à  mouillé ,  mais  il  prit  aussi  la 
signification  métaphorique  de  raide^  de  rigide,  de  courageux  (cf.  gr. 
thrasus;  Aga^thurses;  cf.  ail.  slrakkr2Ade  et  stark  fort)  par  opposition 
h  mou  qui,  outre  le  sens  physique,  prit  également  la  signification  mé- 
taphorique de  lâche.  Dans  la  mythologie  des  Scandinaves  les  Thurses 
et  les  lotnes  (norr.  lôinar)  des  Scythes  durent  prendre  un  caractère 
tout  nouveau.  En  effet  comme  dans  le  nord  ce  ne  sont^as  les  vents 


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48î  REVUE  0' ALSACE. 

brûlants  et  secs»  mais  les  froids  excessifs  de  rhiyer,  4111  sont  perei» 
deux ,  les  Thurses ,  de  géants  de  sécheresse  qu'ils  étaient  dons  l'ori- 
gine ,  devinrent  en  Scandinavie  des  géants  de  glace  et  leur  nom  de 
Thurses  (Raides)  désigna  dès  lors  soit  la  raideur  des  corps  transis  de 
froid  9  soit  lasécberesse  ou  le  manque  d*eau  des  régions  polaires , 
soit  enfin  Taridité  de  la  nature  manquant  de  sève  en  hiver. 


Les  peuples  iafétiqnes  croyaient  généralement  qu'après  la  mort 
les  défunts  seraient  encore  les  protecteurs  de  leur  famille  et 
c'est  pourquoi  les  Hindous,  par  exemple,  donnaient  aux  mânes  ou 
âmes  protectrices ,  le  nom  de  Piiaras  (Pères).  On  se  figurait  l'âme 
bumaine  comme  quelque  chose  de  vivant  (gr.  zoon) ,  comme  un 
animal,  ou  comme  une  figure  en  miniature  de  l'individu  laquelle 
était  renfermée  dans  son  corps  et  qu'elle  quittait  à  la  mort. 
Les  Hindous  croyaient  que  l'âme  préexistante  (sansc.  pouroucha  p. 
prai;|ua  f^réexisiant ,  âme  ;  zend.  fravashi;  pers.  ferver)  au  corps ,  et 
renfermée  en  lui,  était  une  petite  figure  matérielle  »  image  du  défunt, 
de  la  grandeur  du  pouce  (v.  Mahâbhàrata  Savltri  ;  cf.  gr.  pugmaios 
Haut  comme  le  poing  ;  vieux-prussien  parstuk  Petit  doigt).  Les  Perses 
aussi  pour  exprimer ,  par  exemple ,  que  le  roi  régnant  était  sous  la 
protection  de  l'âme  du  Voi  défunt  (cf.  Darius  dans  f^/ii^/e,  Les  Perses) 
représentaient  sur  leurs  monuments  la  figure  en  miniature  du  roi  dé- 
funt ou  son  Ferver  (Ame)  planant  au-dessus  du  roi  régnant.  En  général 
l'antiquité  se  figurait  les  génies  protecteurs  comme  des  nains  d'une 
taille  plus  ou  moins  petite ,  parce  qu'on  se  représentait  ainsi  les  âmes: 
tels  étaient  chez  les  Hindous  les  Balakhilgas  (Issus  de  YlncuUe  aux 
poils)  ainsi  nommés  parce  que ,  selon  la  tradition ,  ces  nains  étaient 
sortis,  au  nombre  de  60,000,  des  poils  (sansc.  bala)  du  corps  de  V Inculte 
(sansc.  Khila)  ou  de  Brahmâ;  tels  étaient  les  Pataikes  (héb.  Petauchim 
les  Libéraux  •  Généreux ,  Simples)  des  Phéniciens;  les  Téraphim  (aram. 
teraf  noble;  arab.  shérif)  des  Hébreux  ;  les  Kabeires  ou  Kobeires  (Pro- 
tecteurs; cf.  gaêlic,  cahhair .  cohhair)  des  Kelies-Kimméries,  et  les 
Svarkes  {Lucien,  Toxaris:  Korakoï)  des  Scythes.  Le  nom  même  de  Kvar^ 
kes  signifiait  Nains  et  se  rapportait  à  un  thème  {KRaka,  lat.  ex-tendere) 
qui  exprimait  l'idée  de  élancé^  mince,  peut,  c/iér?/' (sansc.  krças  petit; 
lat.  gracchus  ,  gracens ,  gracdîs  ;  fr,  gjrèle  :  non*,  kraki  uaiû  ;  russe 


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tVS  SCTTHfiB.  185 

kdrla  p.  k»rkla  ;  polon.  karltk,  karzel;  ail.  kvereh ,  kvarehU,  krekel; 
cf.  Schrat ,  Schraz).  Le  nom  scyibe  de  Kvarkus  a  dû  se  changer 
dans  les  langues  gétiques  en  chvarichus  et  ihvarichui  d'où  se  sont 
formés  le  gothiqae  dvairgs,  le  norrain  dvergr  ^  le  saxon  qverek^ 
rallemand  zwerg ,  l'anglosaxon  dveorg  ,  l'anglais  dwarf  (p.  dvarv)  » 
mots  qui  ont  tous  la  signification  de  nain.  Ces  Nains  qui  étaient  dans 
l'origine  les  Ames  des  défunts  où  les  mânes  des  pères,  étaient  d'abord 
les  Protecteurs  de  la  famille  et  de  la  maison.  De  Protecteurs  du  foyer 
ou  de  l'âtre  domestique  (scytb.  taviii)  ils  devinrent  ensuite  les  Pro- 
tecteurs du  pays  (norr.  landvœttir ,  cf.  scytbe  octo-masadoê  Génie  i§ 
la  contrée)  et  présidaient ,  en  cette  qualité ,  à  tout  ce  qu'on  considé- 
rait comme  produisant  le  bien-être  du  pays  tels  que  les  vents ,  les 
pluies ,  les  rosées  et  les  autres  phénomènes  météorologiques.  C'est 
ainsi  que  chez  les  Kimméries  de  la  Tauride  deux  Kabires  avaient  un 
sanctuaire  dans  la  Cbersonèse  et  présidaient  aux  vents  favorables  à 
la  navigation  si  pleine  de  dangers  sur  le  Pont-Euxin.  Les  Scythes  qui 
vinrent  dans  la  suite  remplacer  dans  la  Cbersonèse  les  Eimmériei 
qu'ils  avaient  vaincus  et  chassés  de  cette  contrée ,  conservèrent  ce 
sanctuaire  et  le  culte  des  Kabires  kimméries.  Seulement  ils  donnèrent 
à  ces  Kabires  le  nom  scytbe  de  Kvarkes  ;  et  les  Grecs  qui  aimaient  à 
rapporter  à  leur  culte  et  à  leur  religion  tout  ce  qu'ils  voyaient  chez 
les  peuples  étrangers ,  confondirent  ces  deux  Kabires  ou  Kvarkes 
avec  Castor  et  Pollux  ou  avec  Orestès  et  Piladès  (v.  Lucien  ,  Toxaris) 
lesquels  présidaient  également  aux  vents  favorables  et  à  la  navigation 
heureuse . 

Les  fonctions  de  prêtre ,  dans  l'antiquité  »  consistaient  à  servir 
d'organe  intermédiaire  entre  la  divinité  adorée  et  le  peuple  adorateur. 
Pour  le  peuple  le  prêtre  était  l'interprète  de  ses  vœux  moyennant 
la  prière ,  de  sa  gratitude  ou  de  ses  craintes  moyennant  le  sacrifice  ; 
par  rapport  à  la  divinité ,  le  prêtre  était  l'organe  de  sa  clouté  moyen- 
nant l'oracle  et  la  dtmatton,  et  l'interprète  de  ses  mystères  par  le 
dogme  et  les  cérémonies  du  culte.  Chez  les  Scythes  dont  la  civilisation 
à  l'état  patriarchal  était  ^'ucore  trop  peu  avancée  pour  comporter  et 
nécessiter  la  division  du  travail  ou  des  fonctions  sociales,  le  sacerdoce 
n'était  pas  encore  une  fonction  spéciale.  La  prière  et  le  sacrifice  se 
disaient  dans  l'intérêt  de  la  fumUle  par  le  chef  de  la  famille  et  dans 


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184  REVUE  D'ALSACE, 

l'intérêt  de  la  tribu  par  le  chef  de  tribu  oo  par  le  roi.  Gomme  les  rois 
passaient  pour  être  les  fils  des  dieux  (cf.  Pak-pwr)  on  attribuait  à 
leur  intercession  toutes  les  bénédictions  du  ciel  ;  mais  par  la  même 
raison  ils  devenaient  aussi  responsables  des  malheurs  publics»  et  quel- 
quefois en  temps  de  détresse  ils  étaient  punis  de  mort  par  le  peuple 
pour  avoir  perdu  et  détourné  du  pays  la  faveur  et  la  protection  de  la 
divinité.  En  sa  qualité  de  pontife  suprême  du  peuple  »  le  roi  était 
responsable  des  infractions  à  la  religion  commises  par  ses  subor« 
donnés.  C'est  ainsi  que  la  déesse  rai;t(t  punissait  le  roi  par  une  ma» 
todie ,  si  quelqu'un  de  ses  siqets  avait  commis  un  paijure.  Le  roi 
comme  pontife  avait  également  à  veiller  sur  l'ensemble  du  culte  et 
voilà  pourquoi  le  roi  scythe  Satdios  (Solaire)  se  crut  en  droit  de  tuer 
son  frère  l'illustre  Anakharsu  (Ânak-hrasis  »  Coureur  rapide)  qui  avait 
essayé  d'introduire  dan$  le  culte  d*Apia  de  nouvelles  cérémonies  reli- 
gieuses (Hérod.  IV ,  76).  Le  roi  Skuies  (cf.  norr.  SkuU  Protecteur)  fut 
chassé  par  son  peuple  et  tué  par  son  frère  Okio^moio-das  (Beaucoup- 
sachant  ou  Génie  de  la  contrée)  pour  avoir  pris  part  secrètement  au 
culte  de  Bacchus  (Vénérable  ;  slav.  Bog  dieu)  célébré  à  Olbie  et  pour 
avoir  introduit  sans  doute  dans  le  culte  de  TargUatms  surnommé  Bag 
(Vénérable  •  Bacchus)  dés  cérémonies  empruntées  à  la  religion  de 
Bacchus.  Chez  les  Scythes  qui  étaient  gouvernés  par  une  reine,  celle-ci 
était  également  grande-prêtresse  et  présidait  au  culte  des  dieux ,  prin- 
cipalement au  culte  des  déesses  et  particulièrement  à  celui  d'ilritm- 
pasa.  Elle  avait  à  ses  ordres  des  femmes  victimaires  qui  faisaient  les 
sacrifices  et  qui  portaient  le  nom  de  Tueuses  d'hommes  (scyth.  vhro* 
pata^  Hérod.  viro'pala;  sanscl  vîra-hadhâs)  parce  que  les  victimes 
qu'on  sacrifiait  dans  les  grî^ndes  occasions  étaient  généralement  des 
hommes  faits  prisonniers  à  la  guerre.  Gomme  ces  femmes  victimaires 
ainsi  que  plus  tard  les  Conseillères  du  sanctuaire  (aUù»hrunàs)  for- 
maient une  espèce  de  corporation ,  elles  étaient  désignées  par  le  nom 
abstrait  neutre  de  viro-pata  qui  signifie  proprement  Tuerie  d*hommes 
comme  plus  tard ,  chez  les  Scandinaves  les  poètes  qui  formaient 
également  un  corps  furent  désignés  par  le  nom  abstrait  neutre  de 
Skald  (Sonnerie  ;  cf.  chapelle).  Lorsque  les  Scythes  se  furent  établis 
dans  la  Ghersonèse  taurique ,  les  Grecs  après  avoir  confondu  VArté' 
mis  tauropolos  des  Kimméries  avec  la  déesse  Artimpasa  des  Scythes 
confondirent  également  les  prétresses  d'Artémis  nommées  Amazones 
(mammelues)  avec  les  femmes  victimaires  ou  la  Tuerie  d'hommes  des 


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LES  SCYTHES.  18S 

Sc!Ftbes  »  et  donnèrent  à  celle-ci  le  nom  qu'avaient  celles-là.  C'est 
ainsi  que  les  traditions  moitié  historiques  moitié  fabaleases  sur  les 
Amazones  furent  ratuchées  faussement  par  les  Grecs  à  l'histoire  et  à 
la  religion  des  Scythes  avec  lesquelles  cependant  elles  n'avaient  origi- 
nairement aucun  rapport,  (i) 

Bien  que  par  Finfluence  des  peuples  thràkes  et  keltiques  avec  les- 
quels les  Gèles  s'étaient  mêlés ,  la  prêtrise  prit  cbez  ce  peuple  un 
caraaère  plus  sacerdotal  »  elle  n'était  cependant  pas  non  plus  une 
fonction  toute  spéciale  quoiqu'elle  devint  héréditaire  dans  les  familles 
nobles.  En  effet  lorsque  les  dieux,  qui  dans  l'origine  étaient  seulement 
particaliers  aux  fanùUes  nobles ,  furent  dans  la  suite  devenus  peu  à 
pea  les  dieux  de  la  tribu  et  de  la  nation ,  il  était  naturel  que  la 
prêtrise  appartint  aux  familles  qui  avaient  institué  le  culte  de  ces 
divinités.  Ensuite  comme»  suivant  l'opinion  généralement  répandue 
dans  l'antiquité ,  ceux  qui  avaient  fondé  le  culte  de  quelque  divinité 
n'étaient  non  seulement  ses  prêtres»  mais  passaient  aussi  pour 
être  les  fils  ou  les  descendants  de  cette  divinité ,  ces  familles  à  la 
fois  nobles ,  royales  et  sacerdotales  furent  encore  considérées  comme 
des  familles divtiiM»  ou  comme  issues  des  dieux.  Aussi  les  chefs  elles 
principaux  membres  de  ces  familles  nobles  prirent-ils  le  nom 
de  ékvins  (gr.  dUn  ;  dans  Jomandès  lisez  Dit  au  lieu  de  PU.)  Us 
s'attribnèrei^t  même  le  nom  spécial  du  dieu  dont  ils  se  disaient  les  des- 
cendants ,  et  ce  nom  par  extension  fut  quelquefois  appliqué  ensuite  à 
toute  leur  descendance ,  à  la  tribu  ou  nation  entière.  C'est  ainsi , 
par  exemple  »  que  chez  les  Austro-^otes  le  nom  du  dieu  Soleil  appelé 
Amal  (Sans-tache)  après  avoir  été  le  nom  de  la  famille  princière  qui 
avait  institué  son  culte  devint  celui  de  toute  la  tribu  des  Awtales.  Chez 
lesGètes  de  la  Thrace  (P/tn.  4»  il)  la  famille  sacerdotale  des  Dio- 
(efiei(0ur8-de-INeu;  norr.  Ty^bassi;  Tys-biôm)  étaient  probablement 
les  adorateurs  de  leur  prétendu  Aïeul  le  dieu  Tius  (scyth.  Divus  « 
norr.  Tyr).  Les  Svèdes  se  disaient  issus  du  dieu  Soleil  qu'ils  adoraient 
sous  le  nom  épithétique  de  Svidr  (norr.  Svinnr  versé  »  avisé).  Aussi 
prirent-ils  le  nohi  de  Svidthioth  (peuple  de  Svidr)  ou  de  Svenskes 
(Issus  de  Svinnr  ;  cf.  Cheru-skes  Issus  de  Cheru).  Le  chapeau  que 
portaient  les  nobles  chez  les  Scythes  et  par  lequel  »  sous  le  nom  de 
Porte-chapeaux  (Luc.  Pilophores  ;  norr.  hâit-berandi) ,  ils  se  distin- 

(*)  Voir  Les  Àmaxones  dans  r histoire  et  dans  ta  fable.  Colmar,  1852. 


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486  RHTOE  D'ALS4<3. 

guaient  des  roturiers  libres  nommés  oeiopodes ,  devint  chez  les 
Gètes  presque  un  attribut  de  la  prêtrise  et  resta  encore  dans 
la  suite  le  signe  distinctif  sacerdotal  du  dieu  Odinn  (cf.  Sidhëur 
Chapeau  rabattu).  D'après  Dio  Cassius  et  Petrus  Patricius  les  Dace$  et 
les  Gèles  se  distinguaient  en  hommes  libres  laïcs  nommés  Chevelus 
(gr.  Komelaï  ;  goth.  hazdingôs  ;  norr.  haddingiar)  et  en  nobles 
sacerdotaux  nommés  d'abord  Révérends  (gr.  Tarabustesi  de  tarbuzpn^ 
lat.  Tremendi  ;  cf.  gét.  Plêstai ,  angl.  BUssed)  et  appelés  phia  tard 
PorU'Chapeaux  (Jomand*  de  rébus  get;) 

iMm  vtmviMâm* 

Les  Inspirés  avaient  un  caractère  plus  sacerdotal  »  plus  mystique 
et  ascétique  que  la  prôurise  exercée  par  les  familles  nobles ,  royales 
et  é^nes  ;  ils  passaient  pour  des  hommes  chéris  des  dieux  dont  ils 
étaient  les  prophètes  »  et  le  peuple  qui  leur  attribuait  des  inspirations 
surnaturelles  «  les  écoutait  et  leur  obéissait  avec  un  saint  respea. 
Tels  étaient  chez  les  Scythes  les  Enâres  (  Vên-varês  ;  Uniques-hommes) 
qui  étaient  inspirés ,  protégés  et  béAis  (Pléstai)  par  la  déesse 
Ariimpasa.  L'ascétisme  originaire  de  Tlnde  se  répandit  et  s'établit 
chez  les  peuples  kimméries  qui  le  communiquèrent  à  leurs  voisins 
\eB  Gèles  de  la  Tbrace.  Suivant  Posidonlus  (Strabo.  vu,,  5,  3)  les 
Mtfses  peuple  kimro-thrace  qui  s'est  mêlé  plus  tard  avec  les  Gaihs 
dans  la  Moesthgothie  avaient  parmi  eux  des  Ascètes  nommés  les 
Pieux  lesquels  s'abstenaient  de  la  viande  et  se  nourrissaient  seulement 
de  lait,  de  miel ,  de  fromage  et  de  gâteaux  secs  (gr.  Kapoura).  Aussi 
portaient-Hs  le  sobriquet  de  Aime-galeaux  (gr.  Kaprônies)  et  de  Tueurs 
de  gâteaux  {Kapro-batai  au  lieu  de  Kapno-batai).  Chez  les  Dnko^gètes 
les  Inspirés  vivaient  dans  la  continence  et  portaient  le  nom  de  Bénis 
(gét.  Pléthtai  ;  Hérod.  Pleisloï  cf.  angl.  blessed,  ail.  blêien;  norr.  blôta 
consacrer).  Us  se  disaient  sans  doute  inspirés  par  le  dieu  Soleil  qui 
pour  cette  raison  portait  probablement  Tépithète  de  PkistôrcLs  {Pleist^ 
varas  Garde-les-Bénis  v.  Hérod.)  L'ascélisme  était  plus  mitigé  chez 
les  Gètes  qui  vivaient  plus  en  dehors  des  relations  avec  les  Thraces 
et  les  Celtes;  néanmoins  les  Inspirés  exerçaient  encore  un  assez 
grand  ascendant  sur  ce  peuple.  Les  rois  se  les  attachaient  pour 
foriiSer  ainsi»  par  eux,  leur  propre  autorité.  Aussi  ces  Inspirés 
étaient-ils  les  familiers ,  les  conseillers  et  les  ministres  des  princes. 


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LES  SCTTRE8.  187 

Tel  était  riiispîré  gèle  Zalmoacis  {StrcAon  7»  3,  5)  ainsi  Dommé  sans 
doute  d'après  le  dieu  Skalmo-fkaig  dont  11  se  disait  le  prêtre,  l'inspiré 
ou  le  divin  (norr.  godi).  Il  habitait  une  contrée  cayerneuse  et  sauvage. 
La  montagne  et  la  rivière  auprès  desquelles  ce  saint  personnage 
deinenrait  et  qui  l'un  et  l'autre  portaient  communément  le  nom  de 
K(hgaiones  (Kd-gaviuni ,  celle  du  district  de$  vaches)  furent  appelées 
les  saintes  y  à  peu  près  comme  en  Scythle  un  carrefour  et  la  source  qui 
s'y  trouvait  portaient  l'un  et  l'autre  le  nom  de  Sacré  du  carrefour 
(vek'saman-vmhus.  Hérod.  Heksampaios).  Zalmosàs  n'eut  de  commerce 
avec  personne  si  ce  n'est  avec  le  roi  et  avec  les  serviteurs  du  roi.  Un 
autre  inspiré  de  cette  espèce  c'était  Dikenaios  .(goth.  diki^hnaivs  bas 
de  taille)  le  conseiller  et  le  prophète  du  roi  Bmehistes  (  Fairo-vistas 
Gagne-héros;  cf.  Ariovistus  Gagne-honneur).  Il  avait  un  tel  ascendant 
sur  les  Gètes  qu'il  parvint ,  bien  qu'ils  fussent  très-adonnés  au  vin  » 
à  leur  persuader  de  détruire  chez  eux  les  vignes  {Slrabon  vit,  5,  11). 
Après  lui  se  distingua  le  Divin  nommé  Dekeballus  (goth.  Bagi-falhus 
Faucon  diurne,  norr.  Dag-valr ,  anglos.  Dàg-vaf)  et  surnommé  Dittr» 
faneus  (goth.  driufaneis^  norr.  drufnir  le  triste) .  Après  que  son  souverain  . 
le  roi  des  Gètes  lui  eut  cédé  son  trône ,  il  inspira  à  la  nation  une  telle 
confiance  et  un  tel  enthousiasme  qu'il  remporta  plusieurs  victoires 
sur  les  Rt^mains  et  qu'il  força  l'empereur  Domitien  à  lui  payer  un 
tribut  annuel  (annô).  Encore  chez  les  Scandinaves  il  y  eut  de  ces 
prétendus  Inspirés.  Tel  était,  par  exemple,  Brum  personnage  mysté- 
rieux qui  était  le  conseiller  secret  (norr.  runi)  du  roi  AaraUd  Dent-de- 
guerre  (norr.  HiUdaf'tônd)  et  de  Sigurd  Ring. . 

LA   BITOrATIOlV. 

Comme  le  nombre  des  hommes  qui  passaient  pour  éire  directement 
inspirés  par  la  divinité  était  naturellement  restreint  et  que  pour  con- 
naître la  volonté  des  dieux ,  on  n'avait  pas  toujours  à  sa  disposition 
ces  prophètes  •  les  peuples  de  l'antiquité,  dans  les  circonstances 
ordinaires,  suppléaient  à  la  prophétie  par  la  divination.  La  divination 
différait  de  la  vision  prophétique  en  ce  qu'elle  n'était  pas  comme 
eelIeH» ,  la  vue  directe  (par  inspiration  divine)  et  la  vue  immédiate  (par 
intuition  contemplative)  de  l'avenir  ou  du  destin ,  mais  qu'elle  était 
seulement  l'art  de  prédire  la  destinée  par  conjecture ,  à  la  vue  de 
certains  signes  qui  passaient  pour  être  des  indices  précurseurs  et 


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.  188  lUEVUB  D'ALSACB. 

coDComitante de  réyénement  attenda»  indices  qui,  ou  bien  s'offraient 
d'eux-mêmes  ou  bien  étaient  provoqués  par  des  paroles  et  par  des 
opérations  magiques.  La  divinaUon  religieute  différait  de  la  magie 
scientifique  en  ce  que  la  première  se  contentait  de  deviner  la  destinée 
telle  que  les  dieux  Tavaient  décrétée  sans  avoir,  comme  la  seconde,  la 
prétention  de  déterminer  et  de  modifier  à  volonté  sans  les  dieux  et 
même  contre  les  dieux  le  destin  et  les  événements ,  en  provoquant 
par  des  moyens  naturels  indiqués  et  choisis  par  la  science  occuUe ,  les 
causes  qui  passaient  pour  produire  nécessairement  les  effets  surna- 
turels que  le  magicien  désirait  obtenir.  Chez  les  Scythes  on  pratiquait 
principalement  trois  espèces  de  divination  :  V  la  divination  par  la 
tille;  ^  la  divination  par  le  chaudron  et  3«  la  divination  par  les  6a- 
guettes.  La  divination  par  la  tille  (norr.  lindbast)  usitée  encore  plus 
tard  dans  la  Scandinavie  était  surtout  pratiquée  par  les  Enâre$ ,  et 
consistait  à  entourer  les  doigts  d'une  certaine  façon  avec  les  filaments 
de  la  tille  à  l'effet  de  produire  certains  empêchements  (cf.  nouer 
l'aiguiUette).  La  divination  par  X^chaudron  (norr.  ketUl)  était  princi- 
palement usitée  après  les  sacrifices  comme  Varuspicina  chez  les  Ro- 
mains. On  prédisait  les  événements  d'après  la  couleur ,  l'évaporation 
et  la  congulation  du  sang  des  victimes  recueilli  dans  le  chaudron  ou 
bol  de  sc^crifice  (norr.  hlaut-hoUr).  Le  chaudron  étant  ainsiiion  seule- 
ment un  ustensile  de  sacrifice  mais  encore  un  instrument  de  divina- 
tion ,  était  considéré  par  cela  même ,  comme  un  vase  f  acre  et  comme 
tel  c'était  un  objet  dont  on  pouvait  convenablement  faire  un  présent 
honorifique  aux  dieux  et  aux  princes.  De  même  que  les  Grecs  pla- 
çaient comme  anathêmes  dans  les  temples ,  de  grands  trépieds  (ori- 
ginairement des  chaudrons  de  sacrifices  sur  trépied),  de  même  le  roi 
Scythe  Ariantas  (cf.  goth.  harjands  ;  norr.  heriandi)  fit  ériger  dans  un 
carrefour  {Hérod,  iv ,  81)  ou ,  comme  disaient  les  Scythes ,  dans  une 
rencontre  de  chemins  (scyth.  vech-saman;  norr.  veg-'Saman)  un  grand 
chaudron  d'airain  qu'il  avait  fait  fabriquer  avec  le  métal  provenant  de 
la  fonte  des  pointes  de  flèches  de  ses  sujets.  Ce  carrefour  était  con- 
sacré au  dieu  du  Soleil  Oitosuros  ou  Targitavus  comme  l'ont  été  plus 
tard  chez  les  Germains  certains  carrefours  (anglos.  Irmen-gestrœtte) 
consacrés  au  dieu  du  Soleil  Irmin  (sansc.  aryaman  Vénérable ,  cf. 
Bhaga  Baccbus  ;  slav.  bog  Vénérable).  Ce  chaudron  ,  comme  instru- 
ment de  divination ,  était  également  consacré  au  dieu  Soleil  (cf.  gr. 
skufos  la  coupe  du  soleil)  qui,  comme  ApoUon  chez  les  Grecs ,  prési- 


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LES  SGTTHBS.  189 

dail  à  la  divination ,  et  il  fut  fabriqué  ayec  le  métal  des  pointes  de 
flèches  parce  que  la  flèche  (slaV.  uréU)  était  le  symbole  des  rayons 
da  soleil  (ail.  itràl)  et  pour  cette  raison  également  consacrée  au  dieu 
Soleil,  lia  plaine  du  carrefour  où  fut  érigé  ce  chaudron  gigantesque 
ainsi  que  la  icurce  qui  s'y  trouvait  »  ayant  été  Tune  et  Fautre  sanctifiées 
(scytb.  vaihus;  gotb.  veihs;  norr.  vé)  par  la,  présence  de  ce  vase 
sacré  (cf.  iKo^gavmni)  furent  aussi  Tun  et  Fautre  appelés  le  Sacré  du 
carrefour  (scytb.  vech-saman^vaihus  ^  Hérod.  hek-samp'aihus  ;  gotb. 
veg-saman^veihs),  La  divination  par  le  chaudron  usitée  chez  les  Scythes 
se  transmit  à  leurs  descendants  les  peuples  gétiques.  Elle  fut  exercée 
chez  ces  peuples  par  les  femmes  victimaires  nommées  les  ConseiUères 
iusanctume  (dhi-hrûnas)  lesquelles,  par  l'inspection  du  sang  des 
victimes  recueilli  dans  le  bol  du  sacrifice ,  prédisaient  le  destin  et  les 
événements  futurs.  Telles  étaient  les  devineresses  qui  se  trouvaient 
dans  Farmée  du  roi  goih  Filimer ,  fils  de  Gandarik.  Comme  elles  mê- 
laient la  magie  à  la  divination  et  qu'elles  menaient  une  vie  dissolue, 
elles  inspirèrent  un  tel  dégeût  par  leurs  dérèglements  et  une  telle 
horreur  pour  leurs  opérations  magiques»  qu'elles  furent  expulsées  de 
Farmée  des  Goths  (Jorn.  de  Rébus  gelic.  cap.  â4). 

La  divination  par  les  bagueties  ou  la  rabdomancie  était  le  gpnre 
divinatoire  le  plus  usité  chez  les  Scythes.  Elle  se  pratiquait  au  moyen 
de  baguettes  (norr.  siafir)  uu  flèches  faites  de  tamariske ,  de  coudrier 
ou  de  hêtre ,  ces  espèces  d'arbres  étant  consacrés  au  Soleil  comme  à 
la  divinité  qui  présidait  à  la  divination  et  à  la  prévision.  D'après  les 
caractères  runiques  dont  ces  baguettes  jetées  à  terre  retraçaient  for- 
tuitement la  figure  on  conjecturait  ou  on  lisait  (cf.  lat.  sorii-legus) 
l'avenir  et  l'on  donnait  la  réponse  en  conséquence.  Toutes  les  fois 
que ,  chez  les  Scythes ,  un  roi  tomba  malade  parce  que ,  comme  on 
le  supposait ,  quelqu'un  avait  fait  un  faux  serment  »  on  faisait  venir  » 
selon  l'usage ,  trois  devins  qui  durent  faire  connaître  par  la  rhabdo- 
mancie  Fbomme  dont  le  parjure  avait  attiré  au  prince  sa  maladie.  Si 
l'indication  faite  par  ces  trois  premiers  devins  était  encore  confirmée 
par  celle  de  trois  autres  appelés  en  second  lieu  »  Findividu  ainsi  dé- 
noncé par  eux  comme  parjure ,  était  mis  à  mort  c'est-à-dire  qu'il  fut 
consacré  (Pleithtus  ,  angl.  blessed)  et  sacrifié  à  la  déesse  du  feu  {Taviti) 
et  les  devins  se  partageaient  entre  eux  sa  fortune.  Mais  si  la  dénon- 
ciation faite  par  les  premiers  devins  était  déclarée  fausse  par  les  trois 
autres ,  ceux-là  furent  consacrés  et  sacrifiés  avec  toute  leur  descen- 


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490  RSVUB  D'ALiACB. 

dance  mâle  au  dieu  SolM  (OUosuros)  dont  ils  avaient  été  les  faux 
interprèles,  et  à  la  déesse  du  /èu*(Taviti)  dont  ils  avaient  violé  la 
pureté;  on  les  brûlait  sur  un  char  attelé  de  bœufs  et  chargé  de  fiigots 
auxquels  on  mit  le  feu  (Hérod.  iv ,  69).  D'après  le  mythe  Scandinave 
les  Aies  percèrent  de  lances  (norr.  gàrum  s(uddu)  la  devineresse  ou 
la  louve  {valchova)  des  Vanes  (Slaves)  et  la  brûlèrent  trois  fois  parce 
qu'ils  croyaient  qu'elle  en  avait  menti  trois  fois  (voy.  Poèmes  ùlané,^ 
p.  192). 

L'adoration,  la  principale  pratique  du  culte»  exigeait  qu'on  s'adres- 
sât directement  aux  dieux  et  qu'on  connût  par  conséquent  le  lieu  qu'on 
supposait  être  celui  de  leur  séjour  habituel.  Dans  l'origine ,  lorsque 
les  dieux  étaient  encore  zoomorphes  et  des  objets  de  la  nature  visibles 
tels  que  le  ciel ,  le  soleil ,  la  lune  »  etc. ,  on  s'adressait  directement  à 
ces  objets  divinisés  pour  les  adorer.  Plus  tard  lorsque  les  àieux ,  de- 
venus anthropomorphes  »  furent  supposés  bs^biter  le  ciel  (cf.  sansc. 
dêvas  célestes  ;  gr.  theoi;  lat.  dit),  c'est  en  dirigeant  ses  regards  au 
ciel  qu'on  pratiquait  l'adoration. 

Aussi  longtemps  que  les  Scythes,  encore  nomades  i  n'avaient  pas 
eux-mêmes  des  demeures  fixes ,  ils  ne  songeaient  pas  non  plus  à 
construire  des  demeures  ou  des  temples  à  leurs  dieux  (Hérod,  n,  59)  ; 
ils  n'avaient  qu'un  offertotr  ou  table  de  sacrifice  (norr.  biod)  dressée 
en  plein  air  et  en  face  du  ciel.  Comme  cet  offertoir  servait  à  toute 
la  tribu ,  il  était  érigé  sur  le  lieu  de  l'assemblée  ou  sur  le  tertre  public 
(norr.  màl-biorg ,  lôgbiôrg  ;  Hérod.  iv ,  62).  Cet  offertoir  était  une 
espèce  de  support  (lat.  âra  p.  ansa;  sansc.  an«a  épaule,  soutien, 
anse  ;  cf.  norr.  as) ,  un  échafaud  ou  une  grande  table  faite  en  char- 
pente ou  de  dalles  de  pierre  à  l'instar  des  tables-pierres  (kelt.  dôl-men) 
des  Keltes.  Monté  sur  cet  offertoir  auprès  duquel  se  trouvait  fiché  en 
terre  le  glaive  (scyth.  gaizus)  ce  symbole  du  dieu  suprême  qui  prési- 
dait à  la  guerre  (Hérod.  iv  ,  59) ,  le  sacrificateur  y  immolait  les  vic- 
times. Quand  la  tribu  séjournait  longtemps  au  même  endroit  cet 
offertoir  était  entouré  d'un  fossé  et  d'une  clôtdre  à  claire-voie  faîte 
de  bâtons  de  coudrier  (norr.  hôsliir).  La  terrasse  ainsi  enfermée  était 
sacrée  (scytb.  vaihus;  norr.  vê)  et  inviolable  et  formait  une  espèce 
de  fort  (goth.  alhs  temple  ;  gr.  alkè  force  ;  lat.  arcs  forteresse).  Dans 


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LB8  scmass.  191 

ce  fort  on  gardait  aussi  les  objets  sacrés  et  le  trésor  dn  dieu.  (<)  Chez 
les  Scythes  de  la  mer  Noire  ce  trésor  renfermait  la  charrue  d*or  •  le 
joug  d'or,  la  fiole  d'or  et  la  hache  d'armes  d'or ,  tous  objets  sacrés 
tombés  du  ciel  {Hérod.  iv ,  5).  La  possession  de  ce  trésor  du  dieu 
était  attachée  à  la  royauté  parce  que  le  roi  était  aussi  le  chpf  religieux 
de  la  tribu.  Aussi  est-il  dit ,  dans  le  mythe ,  que  Hleipo-skaU  etArvo* 
tkaii  ont  cédé  la  royauté  à  leur  frère  Kola-skats  lorsque  celui-ci  fut 
devenu  possesseur  de  ce  trésor  sacré  {Héro^.  ly  ^  ^).  Pour  que  les 
rois  pussent  disposer  librement  de  ce  trésor  ils  préposaient  à  sa 
garde  des  esclaves  qu'on  mettait  à  mort  quand  on  jugeait  nécessaire 
d'employer  ce  moyen  violent  (cf.  Tacit,  Germ.  44)  pour  prévenir  leur 
indiscrétion.  Un  certain  jour  de  l'année  ces  objets  sacrés  étaient 
montrés  au  peuple  et  ensuite  un  esclave  faisait  auprès  d'eux  la  veillée 
de  nuit.  Ordinairement  le  gardien  qu'on  avait  déterminé  par*  de 
grandes  promesses  à  cette  veillée  fatale  disparut  dans  la  nuit  d'une 
manière  mystérieuse ,  comme  ces  serfs  dont  parle  Tacite  qui  avaient 
assisté  à  la  procession  de  la  déesse  Nerthus. 

Chez  les  Scandinaves  les  temples  renfermaient ,  ainsi  que  les  sanc- 
tuaires chez  leurs  ancêtres  les  Scythes  et  les  temples  chez  les  Grecs» 
le  trésor  pubHc  composé  d'objets  précieux  provenant  soit  de  dons 
volontaires ,  soit  du  produit  de  l'impôt  sacré  ou  de  la  rétribution 
par  tête.  Cet  impôt ,  le  seul  que  les  rois  eussent  le  droit  de  lever  au 
profit  du  culte  et  du  temple ,  en  leur  qualité  de  chefs  religieux  (norr. 
drôttinn)  était  payé  par  toute  âme  respirante  ou  comme  on  disait  dans 
le  nord,  par  tout  nés  (norr.  nef  nez)  et  pour  cette  raison  il  était 
appelé  Yimpôt  du  nez  (norr.  nef  giôild).  Le  temple  i'Upsalir  ren- 
fermait un  si  grand  trésor  que  la  richesse  en  devint  proverbiale 
(oorr.  Vppsala  audr  Trésor  d'Upsal  ;  cf.  aurum  Totosanuin  le  Trésor 
de  Toulouse).  Les  trésors  des  temples  Scandinaves  étaient  gardés 
comme  cbez  les  Scythes  par  un  esclave  (Tacit.  Germ.)  Aussi  est-il 
dit  dans  le  Heimskringla  (le  Cercle  du  monde,  ouvrage  de  Snorri  fils 
de  Stnria)  que  le  trésor  du  roi  On  le  vieux,  c'est-à-dire  le  fré^or  pubUc 
était  sous  la  garde  de  l'esclave  Tunni ,  le  confident  du  roi.  Dans 

(')  Encore  au  moyen-àge  chrétien  pour  mettre  les  églises  à  l'abri  du  pillage  et 
de  la  spoliation ,  on  en  faisait  de» espèces  de  forteresses;  on  construisait  certaines 
églises  sur  un  terra.'n  entouré  d*eau  (Ecclesia  in  undis  ;  ail.  Wasserkirehê)  et 
seulement  accessible  par  un  ponceau. 


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192  REVUE  D'ALSACE. 

l'antiquité  les  armes  comptaient  parmi  les  objets  précieux  et  c'est 
pourquoi  chez  les  Grecs  les  trésors  (thèsauroï)  privés  ou  publics 
étaient  également  des  dépôts  d'armes.  Voilà  pourquoi  le  mythe  grec 
rapporte  que  Héraklès  distribua  à  ses  compagnons  les  armes  qu'il  avait 
enlevées  au  trésor  d'un  temple.  Cet  usage  de  faire  du  trésor  du  temple 
également  un  dépôt  d'armes  subsistait  aussi  dans  le  nord  et  les  rois 
des  Sviones  {Tadt.  Germ.  45)  le  mirent  à  profit  pour  rendre  leur 
puissance  absolue  en  désarmant  ainsi  les  nobles  et  les  manants. 
Car  sous  prétexte  de  confier  les  armes  à  la  garde  de  la  divinité  «  ils 
les  enlevèrent  à  leurs  sujets  et  les  retinrent  enfermées  dans  le  temple. 
Les  temples  Scandinaves  et.  slaves  étaient  ainsi  en  même  temps  des 
arsenaux  fortifiés  (norr.  vapnhus  maison  d'armes;  salhus»  voy.  Atlakv. 
17).  Encore  du  temps  du  christianisme  on  donnait,  en  Suède»  le 
nom  de  dépôt  d'armes  (vapnhus)  au  porche  de  l'église. 

Lorsque  les  Scythes  et  les  peuples  gétiques  eurent  un  culte  plus 
développé  et  perfectionné,  le  signe  symbolique  de  la  divinité ,  l'épée 
de  Divus  (Tyr)  ne  resta  plus  fiché  en  terre  en  plein  air  auprès  de 
l'offertoir ,  sur  la  butte  de  l'assemblée ,  mais  il  fut  placé  sous  une 
tente  (goth.  hleithra  treillage  »  cf.  gr.  kleithron)  faite  de  claies  et  de 
peaux.  L'offertoir  lui-même  devint  une  simple  table  de  sacrifice 
placée  devant  la  tente  dans  Venceinu  sacrée  (goth.  alhs).  Cette  enceinte 
prit  alors  le  nom  de  sanctuaire  (gr.  herkos  \  v.  ail.  haruc  ;  norr.  horgr) 
par  lequel ,  plus  tard,  on  désignait  plus  spécialement  la  partie  couverte 
du  sanctuaire  (angles.  Kyrie  ;  angl.  church  ;  ail.  Kirche)  ou  la  tente 
par  opposition  à  la  cour  découverte  (norr.  hof)  qui  entourait  ou  ren- 
fermait cette  tente.  De  même  que,  ayant  la  construction  du  temple,  les 
Israélites  eurent,  un  tabernacle  portatif  et  que  les  Arabes,  avant  Moham- 
med avaient  de  petites  tentes  carrées  (ar.  caabah)  qu'on  pouvait  trans- 
porter d'un  endroit  à  l'autre  (>),  de  même  les  tribus  gétiques,  quand  elles 
étaient  en  marche  portaient  au-devant  des  rangs  une  tente  destinée  à 
servir  de  sanctuaire.  Cet  usage  subsistait  encore  chez  les  Goths 
chrétiens  (Hieronym.  Epistol.  ad  Lsetit.  iv.)  dont  les  prêtres  précédaient 
le  convoi  (v.  Amien  MarceU.)  tandis  que  le  peuple  qui  suivait  chantait 
des  psaumes  (Hieronym.  ad  Héliod.)  Au  commencement ,  les  Scandt- 
naves  avaient  aussi  pour  sanctuaires  de  simples  tentes  (Hléthra).  Delà  le 
nom  de  Leire  (p.  Lledre ,  tente)  que  portait  en  Fionie  le  plus  ancien 

(*)  Voyez  :  de  Rdigiont  arakum  antsislamica. 


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LB8  SCYTHES.  493 

sanctuaire  des  Danes.  Si  Adam  de  Brème  dit  que  le  temple  d'Upsal 
était  tout  en  or  »  cela  veut  dire  qu'au  lieu  de  la  tente  primitive  en 
peaux  t  on  voyait  à  Vp$al  les  planches  des  parois  (norr.  veggihiHor) 
tendues  comme  une  tente  (norr.  tiôldut)  de  tapis  d'or. 


Les  files  religieuses  étaient  originairement  des  jours /ires  consacrés 

par  le  peuple  à  célébrer  le  souvenir  de  quelque  action  mythologique 

de  la  divinité  »  à  lui  en  témoigner  de  la  joie  ,  de  la  gratitude  et  à  lui 

adresser ,  à  cette  occasion ,  les  prières  et  les  vœux  publics.  On 

croyait  que  dans  ces  jours  solennels  la  divinité  entrait  en  contact 

plus  direct  avec  les  hommes  »  qu'elle  se  montrait  à  ses  favoris  et 

adorateurs  et  qu'elle  venait  en  hôte  visiter  ses  protégés  pour  les 

bénir.  Aussi  les  jours  de  fête  étaient-ils  essentiellement  des  jours 

consacrés  à  faire  la  réception  et  l'accueil  de  la  divinité.  Ces  fêtes  ou 

ces  jours  d'accueil  de  la  divinité  étaient  généralement  célébrés  par 

des  sacrifices  ;  car  de  même  qu'on  honorait  l'étranger  ou  l'hôte  non 

seulement  par  des  présents  mais  surtout  par  des  repas  ou  festins 

qu'on  donnait  en  son  honneur ,  de  même  aussi  on  crut  devoir  honorer 

la  visite  supposée  du  dieu  non  seulement  par .  des  offrandes  mais 

encore  par  des  sacrifices.  Les  sacrifices  différaient  des  offrandes  en 

ce  qu'ils  n'étaient  pas ,  comme  celles-ci ,  des  présents  d'objets  utiles 

ou  agréables  à  la  divinité  »  mais  des  oblations  de  comesiibUs  destinées 

à  régaler  l'hôte-dieu.  Les  sacrifices  publics  étaient  donc  des  repas 

offerts  à  la  divinité  par  la  tribu  entière  et  tous  Jes  membres  de 

la  tribu  avaient  le  droit  d'y  prendre  part.  Les  sacrifices  privés,  faits 

en  dehors  des  jours  de  fête  /  étaient  des  festins  offerts  à  la  divinité 

au  nom  de  la  famille  et  il  n'y  avait  que  les  membres  de  cette  famille 

et  ceux  qu'on  considérait  comme  alliés  à  elle  par  le  sang  qui  pussent 

y  prendre  part.  Comme  le  sacrifice  était  un  festin  auquel  ceux  qui 

le  donnaient  aussi  bien  que  le  dieu-hôte  auquel  on  l'offrait ,  devaient 

participer  »  on  ne  présentait  ou  l'on  ne  sacrifiait  dans  l'origine  que 

des  victimes  ou  des  comestibles  dont  on  pouvait  goûter  soi-même. 

Ensuite  comme  tout  festin  consistait  non-seulement  dans  le  manger 

mais  encore  et  surtout  dans  le  boire,  on  faisait  aussi  des  sacrifices  de 

boissons  ou  des  libations  (voy.  Just.  ;  Luc.  Toxaris ,  45).  Cependant 

on  faisait  toujours  le  plus  grand  cas  des  sacrifices  sanglants.  Les 

a*  Aiioéi.  *5 


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194  RBTCJB  D'aLSACB. 

peuples  nomades  et  chasseurs  lels  que  les  Scythes  et  leurs  descen- 
danis  sacrifiaient  comme  victimes  les  animaux  pris  à  la  chasse  »  ou 
choisis  dans  leurs  troupeaux.  A  chaque  divinité  on  sacrifiait  de  pré- 
férence les  animaux  qui  lui  étaient  plus  spécialement  contactés.  Ainsi 
au  dieu  Soleil  on  sacrifiait  dans  les  grandes  occasions  des  chevaux 
blancs.  Voilà  pourquoi  à  Athènes  on  sacrifiait  aussi  annuellement  un 
cheval  blanc  à  V Archer  scythe  ou  au  Préservateur  (AlkAn)  ou  à  VEôlC' 
médecin  c'est-à-dire  au  dieu  du  Soleil  Targitavus  ou  Zabnaskis  consi- 
déré comme  guérissant  les  maladies.  Les  sacrifices  de  chevaux  usités 
également  dans  l'Inde  (sansc.  açva-'mêdhas)  furent  aussi  en  usage 
chez  les  descendants  des  Scythes  surtout  chez  les  Slaves  et  les  Scan- 
dinaves (oorr.  hrossa-slâir). 

La  manière  d'immoler  les  victimes  et  les  cérémonies  qui  accom- 
pagnaient ces  sacrifices  sanglants  »  dépendaient ,  chez  les  différents 
peuples .  du  mode  employé  habituellement  pour  tuer  les  animaux  et 
pour  préparer  le  repas  ou  le  festin.  Les  Scythes  avaient  la  coutume 
de  tuer  les  victimes  en  les  étouffant  ou  en  les  faisant  mourir  par 
strangulation  (cf.  ail.  u^ur^en.étoufier  »  tuer) ,  afin  que  le  sang  ne  se 
perdît  pas  mais  restât  tout  entier  dans  la  victime  offerte  à  la  divinité 
{Bérod.  IV  »  60  ;  cf.  iv  »  71 ,  72).  Cependant  dans  la  suite,  et  surtout 
chez  les  descendants  des  Scythes ,  chez  les  Gètes  et  les  Scandinaves , 
la  victime  était  immolée  principalement  avec  le  glaive  ou  le  couteau 
(cf.  les  femmes  victimaires  ;  norr.  skera  couper ,  immoler).  Le  sang 
de  la  victime  fut  recueilli  soigneusement  dans  un  chaudron  ou  bol  de 
sacrifice  et  c'est  d'après  la  couleur  »  les  vapeurs  et  la  qongulation  du 
sang  qu'on  prédisait  les  événements  et  qu*on  proclamait  le  destin. 
Après  que  la  victime  fut  tuée  et  dépouillée  de  la  peau  »  on  la  mit 
dans  un  chaudron  pour  la  cuire  ou  bien  on  la  plaça  pour  la  rôtir 
immédiatement  sur  un  feu  qu'on  alluma  avec  les  os  qu'on  avait 
extraits  du  corps  de  l'animal  (Hérod.  iv»  61).  Les  viandes  étant  cuites 
ou  rôties  et  préparées  pour  le  repas  »  on  choisit  les  meilleurs  mor- 
ceaux pour  en  faire  la  part  du  dieu  (Hérod.  w,  61),  et  pour  faire 
parvenir  sa  portion  à  la  divinité ,  ou  bien  on  la  suspendit  aux  arbres 
de  l'enceinte  sacrée  qui  entourait  le  temple  qu'habitait  cette  divinité, 
ou  bien  on  la  brûlait  pour  en  faire  monter  le  goût  et  l'odeur  du  ciel 
le  séjour  des  célestes  ou  des  dieux,  ou  bien  enfin  on  la  livrait  aux  ser- 
viteurs de  la  divinité  qui  en  disposaient  en  son  nom.  La  part  revenant 
au  dieu  étant  livrée ,  le  reste  de  la  victime  formait  le  repas  des  hommes 


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LES  SCYTHES.  195 

de  la  iribu  »  sr  c'était  an  sacrifice  public  qu'on  faisait  »  ou  des  membres 
de  la  famille  •  si  c'était  un  sacrifice  privé.  Chez  des  peuples  comme 
.  les  Scythes  et  leurs  descendants  qui  étaient  grands  buveurs  »  les  fes- 
tins ou  repas  de  sacrifice  dégénérèrent  dans  la  suite  en  banquets 
appelés  compotaiions  (norr.  drykkior).  Les  compotations  avaient  lieu 
principalement  à  la  grande  féie  de  l'année  qui  était  probablement  la 
fête  du  solstice  d*biver  ou  la  fête  de  la  roue  ou  du  char  (slav.  koli; 
norr.  hiul).  Cest  à  cette  fête  que  les  Nomarques  ou  chefs  de  district 
donnaient  leurs  festins  au  prince  comme  le  faisaient  plus  tard  encore 
les  larUê  (comtes)  et  les  Herses  (ail.  herren  seigneurs)  Scandinaves.  A 
ces  festins  on  faisait  une -grande  consommation  de  vin  {Hérod.  iv,  66, 
VI ,  84)  au  point  que  les  Grecs  pour  dire  boire  beaucoup  se  servaient 
de  la  locution  boire  comme  un  Scythe  (Aristoi.  Probl.  m ,  7  ;  Anakr. 
Ode  55).  Les  femmes  prenaient  part  aux  festins  comme  elles  le 
firent  plus  tard  chez  les  Scandinaves  {Strabon  xi ,  c.  8  ;  Plat,  de  legi- 
bus  I  »  c.  9).  Cette  habitude  de  boire  outre  mesure  passa  aussi  aux 
descendants  des  Scythes ,  aux  Germains  »  aux  Scandinaves  et  surtout 
aux  Slaves.  Comme  aux  yeux  de  ces  peuples  tous  les  jeux  et  les  amu- 
sements auxquels  ils  se  livraient  devaient  être  plus  ou  moins  un 
I  moyen  d'éprouver  ce  qu'on  estimait  le  plus  dans  Thomme  savoir  la 

r  force  physique,  il  se  -fit  qu'on  jugeait  de  Ja  force  corporelle  d'un  indi- 

I  vidu  d'après  sa  plus  ou  moins  grande  aptitude  à  boire  vite  et  beau- 

coup. Ainsi  le  roi  slave  Vasily  n'admettait  parmi  ses  compagnons 
d'armes  que  les  individus  qui  étaient  les  plus  capables  de  sabler  les 
cornes  à  boire  (norr.  drinkhom).  C'est  dans  ces  compotations  qui 
accompagnaient  les  sacrifices»  aux  grands  jours  de  fêtes,  que  les 
Nobles  Scythes  comme  encore  plus  tard  les  Nobles  Scandinaves  avaient 
l'habitude  de  boire  à  la  mémoire  de  leurs  pères ,  ce  qu'on  appelait  la 
rasade  commémoratàve  (norr.  minnis-full)  ,  et  de  faire  des  vœux  so- 
lennels soit  de  subir  telle  ou  telle  aventure  périlleuse ,  soit  de  vaincre 
on  de  tuer  quelque  ennemi  redoutable ,  soit  enfin  d'apporter  au  roi 
la  tête  ou  le  sçalp  {Svidas  v.  aposkuthizeïn)  du  vaincu  pour  acquérir 
ainsi ,  selon  l'usage  des  pères  ,  le  droit  de  participer  au  butin  qu'on 
faisait  dans  l'année  {Hérod.  iv ,  64).  Enfin ,  pour  qife  tout  dans  ces 
festins  rappelât  les  combats  et  les  exploits ,  on  ne  buvait  pdis  toujours 
dans  des  coupes  ou  tasses  de  table  (norr.  bord^ker)  ou  dans  des  cornes 
pointues  appelées  piqueurs  (goth.  siîckls;  v.  sax.  stikil)  on  préférait 
boire  dans  une  tasse  (norr.  skala)  faite  du  crftne  (ail.  himschale)  de 


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196  RBVm  D'ALSâCB. 

reonemi  qu'on  avait  vaincu  et  lue  {Snmta  Edda^  p.  lii;  Paul,  fils 
de  Waroefrled»  i .  cap.  27  ;  Hérod.  lVg66; Pltn.  H.  N.  vu,  2  ;  Siraioii» 
vn ,  p.  206  ;  ru.^Uv.  lib.  SS;  ilmm.  MareeU.  lib.  27  ;  Foitciidaiiv). 

UM  comécAATioira* 

Les  c(m«écraiioni  ditTéraient  des  sacrifices  en  oe  que  dans  celles-là 
les  victimes  immolées  n'étaient  pas  des  animaux  mais  des  hommes  et 
que  ces  victimes  humaines  étaient  immolées  non  pour  servir  de  repas 
au  dieu-hôte  et  aux  hommes  de  la  iribu  assistant  au  sacrifice ,  mais 
afin  que  les  victimes  ainsi  dévouées  ou  consacrées  pussent  aller  auprès 
de  la  divinité  pour  la  servir  ou  pour  lui  porter  quelque  message.  Ces 
consécrations  tenaient  d'un  côté  de  l'offrande  en  ce  que  la  victime 
humaine  était  en  quelque  sorte  un  don  fait  à  la  divinité  dans  la  per- 
sonne d'un  serviteur  venant  se  joindre»  au  ciel»  aux  autres  qui  l'avaient 
précédé;  d'un  autre  côté  elles  ressemblaient,  extérieuremeni  du 
moins,  à  des  sacrifices  parce  que  l'homme  qu*on  dévouait  ainsi  à  la 
divinité  pour  être  son  serviteur  dans  l'autre  monde,  était  mis  à  mort 
comme  les  victimes  dans  un  sacrifice.  Ces  consécrations  étaient 
usitées  dans  l'antiquité  chez  tous  les  peuples  qui  croyaient  à  l'immor- 
talité de  l'âme  ou  du  moins  à  une  existence  après  cette  vie  (cf.  Eté-* 
cfcîe/39,  48;  Bhogavat-Pouramm,  édit.  Burnouf,  ii,  p.  281).  Elles 
étaient  aussi  en  usage  chez  les  Scythes  et  se  maintinrent,  plus  tard, 
chez  les  Gèus  et  chez  les  ScanJUnaves.  Comme  elles  étaient  des  actes 
religieux  elles  eurent  lieu  ordinairement  aux  grandes  fêtes  nationales 
(Hirod,  I,  246;  Mêla  2,1;  SoUn.  15 ,  2,  3).  C'est  probablement  à 
la  fête  du  solstice  d'hiver  ou  à  la  fête  de  la  roue  que  les  Scythes  con- 
sacraient au  dieu  de  la  Guerre  (Gaixus)  quelque  prisonnier  désigné 
par  le  sort  parmi  ceux  qu'on  avait  pris  dans  le  cours  de  l'année  et 
dont  ordinairement  un  sur  cent  (Hérod.  iv ,  62)  revenait  au  dieu  ou 
devait  lui  être  consacré  comme  sa  part  au  butin  ou  comme  sa  récom- 
pense pour  la  victoire  qu'il  avait  accordée  à  la  tribu  dans  le  cours  de 
Tannée.  Le  prisonnier  de  guerre  ou  l'esclave  consacré  au  dieu  était 
considéré,  chez  les  Scythes,  non  seulement  comme  dévoué  serviteur 
de  ce  dieu ,  mais  aussi  comme  un  messager  envoyé  au  ciel  pour  y 
porter  les  vœux  et  les  prières  des  Hommes  de  sa  tribu.  La  consécra- 
tion ou  le  sacrifice  de  ce  flicrviteur  ou  messager  était  donc  regardée 
presque  comme  une  &veur  qui  lui  était  faite ,  et  comme  il  avait  été 


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LB8  flcrnms.  497 

jàgé  digoe  par  le  destin  d'aller  auprès  de  la  divinité ,  on  crut  devoir 
l'honorer  d'avance  en  le  traitant  comme  un  noble  ou  un  roi  pendant 
la  fête  qui  précédait  sa  mise  à  mort.  Les  autres  prisonniers  de  guerre 
réservés  (cf.  lat.  servus  réservé)  pour  le  service  des  hommes»  se 
livraient  également  dans  c^tte  fête  à  toutes  sortes  de  réjouissances. 
Âpres  avoir  fait  mourir  par  strangulation  la  victime  humaine  consa* 
crée  f  on  lui  coupa  le  bras  droit  qui  avait  porté  l'épée  et  qui  était  par 
cela  même  le  membre  honoré  par  excellence  et  l'on  jeta  ce  bras  dans 
l'air,  ce  qui  signifiait  ou  indiquait  symboliquement  que  ce  bras  éuài 
une  oCBrande  livrée  exclusivement  au  dieu  du  CSel,  (Oivus)  ou  de  l'air 
(Vatans)  lequel  était  aussi  le  dieu  de  l'épée  et  de  la  guerre.  Ckunme 
l'immolation  de  la  victime  consacrée  était  assimilée  à  un  sacrifice,  on 
mêlait  aussi ,  selon  l'usage  généralement  suivi  dans  les  sacrifices,  un 
peu  de  son  sang  à  la  viande  de  boucherie  qui  servait  au  repas  du 
sacrifice  (cf.  Hérod.  iv,  26).  Cet  usage  de  mêler  du  sang  humain  à  la 
viande  du  repas  fut  cause  que  les  étrangers ,  et  particulièrement  les 
historiens  grecs,  croyaient  que  les  Scythes  étaient  anthropophages  ou 
qu'ils  avaient  l'habitude  de  manger  de  la  chair  humaine  dans  les  sacri* 
fices  {Ptin.  H.  N.  vu ,  â). 

Cyrus,  en  souvenir  de  la  victoire  qu'il  avait  remportée  sur  les 
Scythes  ou  les  Sakes  et  comme  pour  consacrer  à  son  tour  à  la  divinité 
les  prisonniers  scythes  qu'il  avait  faits  à  cette  occasion,  adopta  des 
Sakes  leurs  fêtes  de  la  consécration  célébrées  annuellement  chez  ce 
peuple  et  leur  donna  également  le  nom  de  Sakéennes  (gr.  Sakata; 
V.  Hésych.  s.  v.)  ou  féus  scythiques  {Kusias,  éd.  Baehr,  p.  99,  447). 
A  Babylone  cette  fête  durait  cinq  jours  (Athén.  Deipnosoph.  44,  44) 
i  commencer  du  45*  du  mois  makédonien  Lôos.  Durant  cette  fête 
ainsi  qu'aux  Satumtdes  romaines ,  il  éuit  permis  aux  esclaves  de  se 
livrer  entièrement  aux  plaisirs.  A  la  place  du  prisonnier  de  guerre  on 
prenait  ordinairement  pour  victime  consacrée  quelqu'un  qui  avait  été 
condamnée  mort.  Ce  consacré  prit  le  titre  de  prince  (pers.  schahbneh  ; 
aram.  sagan  ;  gr.  xôganès) ,  et  après  avoir  joui  de  tous  les  plaisirs  et 
prérogatives  des  Grands  il  fut  mis  à  mort  le  ànqmème  jour ,  moyen- 
nant la  pendaison  {Strab.  p.  780  ;  Chrysost.  de  la  rayante,  4*  oraison) 
qui ,  pour  les  raisons  que  nous  avons  indiquées ,  ne  passait  pas  chez 
les  Scythes  ni  chez  leurs  descendants  pour  un  supplice  ignommevtx. 
Les  Gètes  célébraient  tous  les  dnq  ans  une  fête  où  ils  sacrifiaient  un 
homme  en  le  perçant  de  lances  (cf.  getrom  styàia  étayer  de  piques). 


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198  REVinS  D*AL8àCE. 

Cet  homme  qui  était  probablement,  comme  chez  les  Seythett  ud  pri" 
sonnîer  de  guerre  ou  un  esclave  comme  le  gardien  du  trésor  public , 
était  censé  être  envoyé  comme  messager  dans  l'autre  monde  pour 
transmettre  à  Zalmoxu  les  vœux  de  la  nation. 

Comme  la  consécration  procurait ,  à  ce  qu'on  croyait  «  l'avantage 
d'aller  auprès  de  la  divinité  »  il  y  eut  parmi  les  Scythes  et  leurs  des- 
cendants beaucoup  d'individus  <\m  ,  par  une  mort  volontaire  ou  par 
le  suicide  se  consacraient  aux  dieux.  En  général  on  aimait  à  assimiler 
la  mort  autant  que  possible  à  une  consécration  faite  à  la  divinité.  Les 
vieillards  surtout  croyaient  ainsi  échanger  contre  une  vie  meilleure 
une  existence  qui  élait  devenue  à  charge  à  eux-mêmes  et  aux  autres. 
Dans  la  Scandinavie ,  appelée  anciennement  par  les  Grecs  le  pays  dés 
HyperboréeSf  les  vieillards»  qui  voulaient  ainsi  se  consacrer .  se  jetaient 
dans  un  gouffre  ou  dans  la  mer  ou  dans  un  lac  du  haut  de  certains 
rochers  élevés  {Plin.  H.  N.  iv,  4 S)  qu'on  appelait  plus  tard  les  rochers 
de  familk  {œttemis-stupar  ;  suéd.  àite-stupor).  Les  vieillards  qui  n'a- 
vaient plus  la  force  de  se  précipiter  du  haut  de  ces  rochers  étaient 
tués  par  leurs  parents  assemblés  comme  pour  un  sacrifice  ;  on  leur 
donna  la  mon  en  '  les  frappant  avec  une  massue  qu'on  appelait  la 
massue  de  famille  (norr.  œttemis'klubba).  La  consécration  étant  un 
acte  religieuiL,  on  ne  se  faisait  pas  scrupule  d'engager  les  vieillards  è 
se  donner  ou  se  faire  donner  la  mort  et  même  à  les  y  contraindre 
s'ils  s'y  refusaient.  Il  devait  arriver  assez  fréquemment  qu'on  fit 
passer  pour  volontaire  la  mort  des  vieillards  qu'on  avait  ainsi  amenée 
par  des  moyens  violents.  Aussi  les  Scythes ,  principalement  les  JVaja- 
gèies  (Hérod- 1  »  Si5)  et  les  Dervikkfs ,  passaient-ils,  chez  les  Grecs  » 
pour  avoir  l'habitude  de  sacrifier  aux  dieux  les  vieillards.  Mais  même 
de  jeunes  héros  se  consacraient  aux  dieux  par  le  suicide  ou  par  une 
mort  volontaire.  C'est  ainsi  que  Spargavisis^  le  fils  de  la  reine  Tamyris^ 
se  priva  lui-même  de  la  vie  [Hérod,  i  «  215)  ou  se  consacra  au  dieu  de 
la  guerre  pour  échapper  à  l'esclavage  qui  l'attendafl  après  sa  défaite. 
La  mort  sanglante  par  les  armes  était  réputée  la  plus  glorieuse.  Erik 
fils  de  Ragnar  Braie-velue  (Lôd-brôk)  désirant  aller  chez  Odinn  (dieu 
de  l'air  et  des  venis)  se  fit  jeter  dans  l'air  comme  une  victime  consa- 
crée à  ce  dieu  ei  recevoir  à  sa  chute  sur  des  lances  hérissées  (geirom 
stydia).  La  tradition  norraine  devenue  evhémériste  après  l'introduction 
du  christianisme  dans  le  nord,  rapporte  qu* Odinn  Uii-mème  »  sentant 
sa  fin  approcher ,  pour  échapper  à  la  mort  natui^elle  et  sans  gloire , 


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LBS  8GTTHE8.  199 

se  fil  percer  ou  marquer  avec  la  lance  (▼.  Behmkringla^  Yogi,  saga) 
afin  de  se  consacrer  ainsi  à  lui-même»  Comme  c'était  un  usage  ancien  de 
suspendre  aux  arbres  les  victimes  sacrifiées  aux  dieux,  la  pendaison 
qui  n'avak  dans  Torigine  rien  d'ignominieux»  était  aussi  un  moyen  de 
se  consacrer  à  la  divinité ,  surtout  à  Odinn^  le  dieu  de  l'air  et  de  la 
guerre  et  qui  était  »  pour  cette  raison^  surnommé  le  dieu  des  suspendus 
(Dorr.  Hanfagud).  C'e^t  ainsi  que  le  héros  Hadding  voulant  se  dévouer 
i  Odinn  »  se  pendit  à  un  arbre .  en  présence  de  la  foule  qui  s'était 
assemblée  autour  de  lui  comme  pour  assister  à  une  amsicraAon  ou  à 
un  sacrifice  public. 


De  même  qu'on  aimait  à  assimiler  la  mort  à  une  dévotion  ou  consi^ 
croAon  volontaire;  de  même  on  donnait  aussi  aux  funérailles^  autant 
que  possible»  la  forme  extérieure  d'une  consécration  et  même  d'un 
sacrifice.  Les  morts  étaient  ou  suspendus  dans  Tair  aux  arbres  c'est- 
à-dire  consacrés  à  Divus  le  dieu  du  ciel  et  des  vents»  ou  enfouis  dans 
la  terre  c'est-à-dire  consacrés  à  la  déesse  Afia  (Terre) ,  ou  brûlés  en 
l'honneur  de  Taviii  sur  un  bftcher  et  assimilés  ainsi  à  une  victime  de 
sacrifice.  Le  plus  ancien  mode  de  funérailles  parait  avoir  été  la  pen- 
dauon.  Cet  usage ,  imité  peut-être  des  Kimméries ,  se  maintint  le 
plus  longtemps  dans  les  pays  du  Pont-Euxin ,  où  étaient  établis  d'a- 
bord les  peuples  kimriques  et  après  eux  les  Scythes.  Dans  le  cimetière 
ou  bois  sacré  de  Aîa  Colchis  on  voyait  attachés  par  des  chaînes  aux 
branches  des  arbres  et  agités  par  les  vents  les  cadavres  des  trépassés 
enveloppés  dans  des  peaux  de  taureau  non  tannées  (voy.  Argonaut. 
3  »  V.  202-209).  Evidemment  ces  cadavres  étaient  censés  consacrés  au 
dieu  du  ciel  et  de  l'air  ou  au  dieu  des  suspendis  (aorr.  Hangagud)  » 
comme  les  victimes  que  plus  tard ,  en  Scandinavie  à  Vpsal  et  à  Hlei- 
drut  on  avait  l'habitude  de  suspendre  aux  arbres  du  bois  sacré.  Lors- 
que Divus  fut  devenu  dans  la  suite  plus  particulièrement  dieu  des 
combats  (norr.  Tyr) ,  on  préférait  aussi  à  la  pendaison  ou  à  la  mort 
par  la  strangulation  la  consécration  par  une  mort  sanglante  »  et  dès 
lors  on  assimila  les  cadavres  à  des  victimes  de  sacrifice  qu'on  brûlait 
au  lieu  de  les  suspendre  et  de  les  exposer  en  plein  air.  Un  mode  de 
funérailles  plus  récent  encore  et  le  plus  généralement  suivi  était  le 
brûlement  suivi  d'enterrement  et  enfin  l'enterrement  tout  seul.  A  leur 


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aOO  MTUB  D'ALSACB. 

mort  les  Scythes  du  comman  étaient  enterrés  après  que  leurs  plus 
proches  parents  les  eussent  conduits  sur  un  cbar  (voy.  les  Chants  de 
Sdl^  p.  99)  chez  tous  les  amis  du  défunt^  lesquels,  l'un  après  l'autre, 
donnaient  aux  gens  du  convoi  un  repas  funèbre  {Hirod.  iv,  9).  Plus 
tard  en  Scandinavie  on  appelait  ce  repas  funèbre  la  eompotation  thé* 
fiîier  (norr.  erfiriryek)  parce  que  c'est  à  ce  festin  que  Théritier  Ait 
déclaré  le  successeur  du  défunt.  (<)  Les  tombeaux  étaierit  probable- 
ment creusés  à  l'endroit  où  le  défunt  ^tait  mort  (v.  Luc.  Dandamis  et 
Amizokes).  Après  l'enterrement ,  les  Scythes  qui  avaient  fiaiit  partie 
dû  convoi  funèbre  se  purifiaient  par  des  fumigations  de  graines  deKn 
ou  de  chanvre  {Berod.  n ,  75)  parce  qu'ils  croyaient  avoir  contracté 
des  souillures  par  le  maniement  et  le  contact  du  cadavre  du  défunt  ; 
ensuite  ils  commencèrent  les  lamentations  et  le  deuil  qui  consistait  à 
se  couper  les  cheveux  et  à  se  mutiler  soit  la  figure ,  soit  les  mains. 

Chez  les  Scythes ,  les  rois  et  les  nobles  avaient  un  lieu  de  sépulture 
ou  un  cimetière  particulier»  ainsi  que  l'avaient  eu  les  rois  kimmêriens 
dont  on  montrait  encore  du  temps  d'Hérodote  (iv .  il)  les  tombeaux 
sur  le  Tyras.  Pour  les  Scythes  de  la  mer  Noire ,  ce  cimetière  était  à 
Gerrhes  (Enceinte  de  claies)  et  il  était  ainsi  nommé  par  les  Seytho- 
grecs  parce  qu'on  y  avait  rassemblé  beaucoup  de  claies  qui  servaient 
soit  pour  construire  la  chambre  souterraine  du  mort  »  soit  pour  faire 
une  clôture  (norr.  gardht)  autour  du  cimetière.  Le  cadavre  embaumé 
du  rot  après  avoir  été  promené  sur  un  char  Ainèbre  par  tout  le  pays» 
afin  que  tous  les  sujets  pussent  le  voir  et  faire  le  deuil ,  fut  enfin  placé 
dans  une  grande  fosse  carrée  (cf.  hôrgr,  p.  192)  et  sous  une  claie  ou 
natte  d'osier  (cf.  Hleidra)  qui  couvrait  la  moitié  de  la  fosse  et  était 
soutenue  par  quatre  lances.  Dans  la  partie  de  la  fosse  qui  n'était  pas 
couverte  par  la  claie  (cf.  hof,  p.  192)  et  qui  formait  une  espèce  d'anti- 
chambre devant  la  chambre  sépulcrale  du  roi ,  on  plaça  »  après  les 
avoir  étranglés  et  consacrés  au  roi  pour  le  servir  dans  l'autre  vie,  une 
de  ses  concubines  (norr.  fridla)  »  son  échanson  (norr.  skutilsveinn) , 
son  écuyer  (langob.  mar^pahis  ;  ail.  mar-bach  soigne-cbevaux)  ,  son 


(^)  Les  Grecs  et  les  Romains  non  seulement  célébraient  les  funérailles  des  morls 
par  des  sacrtûces  et  des  repas  funèbres  ,  mais  ces  sacrifices  et  ces  repas  fgr  néhi- 
sia ,  lat.  parentalia)  se  répétaient  aux  anniversaires  des  funérailles.  Cet  usage 
passa  aussi  du  paganisme  dans  le  christianisme  (voy.  Bingham.  ,  Orig,  eeel, , 
tom.  X  f  p.  69). 


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valel  de  pied  (norr.  ûcâ-^tvemn  garçon  de  chaussure)  et  son  messager 
(norr.  undirtnâir).  On  y  plaça  aossi  son  cheval  »  des  vases  d'or  et 
d'antres  objets  précieux  qui  faisaient  partie ,  non  de  la  propriété  de 
famiUe  (norr.  adalt^fê)  laquelle  devait  toi]yours  rester  intacte  aux  hé- 
ritiers» mais  de  la  propriété  privée  (norr.  lama-fê)  ou  individuelle  du 
défunt.  Puis  on  recouvrit  de  terre  la  fosse  et  Ton  éleva  au-dessus  du 
sépulcre  une  butte  d'une  hauteur  proportionnée  à  l'honneur  qu'on 
voulait  ou  qu'on  devait  rendre  au  mort.  Après  une  année  révolue  on 
eaïuacra  encore ,  en  les  égorgeant ,  cinquante  des  principaux  servi- 
teurs du  roi  et  l'on  plaça  leurs  cadavres  desséchés  sur  cinquante  che- 
vaux empaillés  qu'on  rangea  tout  autour  du  tertre  tumulaire ,  afin 
qu'ils  pussent  ainsi  à  la  fois  servir  de  garde  d'honneur  (norr.  hirdslay 
an  défont  »  le  protéger  contre  les  attaques  des  mauvais  génies  (norr. 
éraugar;  zend.  àrudj)  et  inspirer  par  leur  présence  de  la  terreur  à 
ceux  qui  voudraient  violer  le  tombeau  {Hérod.  iv,  71)  pour  en  enlever 
tes  trésors.  Tous  ces  usages  funéraires  que  nous  venons  de  décrira 
se  maintinrent  généralement  aussi  chez  les  descendants  des  Scythes^ 
Chez  les  peuples  de  la  branche  gétique  on  préférait  cependant  cama^ 
erer  les  morts  au  dieu  Soleil  plutôt  qu'à  la  Terre  »  et  c'est  pourquoi 
ou  avait  généralement  l'habitude  de  les  brûler.  Les  Goth$  brûlaient 
les  morts  placés  sur  dçs  chars  comme  antérieurement  les  Scythes 
l'avaient  fait  avec  les  devins  consacrés  au  dieu  Soleil  et  comme  plus 
tard  les  Scandinaves  le  pratiquaient  en  brûlant  les  corps  des  rois  de 
mer  sur  des  navires  qu'on  lançait  à  la  mer  et  qu'on  abandonnait  aUx 
flots.  Les  Gètes  ainsi  que  les  Slaves  conservèrent  l'habitude  de  conM- 
erer  la  femme  du  défunt  en  la  brûlant  avec  son  époux  décédé  {Sieph. 
de  Byz.  s.  v.  Getia).  Dans  l'origine  les  ScanéUnaves ,  euivant  l'usage 
de  leurs  ancêtres  les  Gètes  ,  brûlaient  les  morts  et  assimilaient  ainsi 
les  funérailles  à  une  consécration  faite  au  dieu  de  l'air  et  du  soleil. 
Aussi  les  plus  anciennes  traditions  mythologiques ,  épiques  et  histo- 
riques rapportent-elles  que  les  dieux  (cf.  Baliur) ,  les  héros  et  les 
princes  étaient  brûlés  sur  un  bûcher  »  érigé  soit  sur  un  char,  soit  sur 
un  navire.  La  place  où  avait  lieu  ce  brûlement  était  sacrée  comme 
celle  où  s'était  fait  un  sacrifice,  et  afin  qu'on  ne  la  profanât  point  en 
la  foulant  du  pied  »  on  l'entoura  d'une  enceinte  construite  de  pierres 
qu'on  nommait  les  pierres  repoussantes  (norr.  bauta-steinir  pierres 
fihutantes)  qui  devaient  rebuter  ou  repousser  le  pied  du  passant.  A 
celé  de  l'usage  de  brûler  les  morts  ^  existait  cependant  aussi  l'anden 


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lot  RBVDB  D'ALSACB. 

usage  de  les  enterrer  et  cet  usage-ci  prit  peu  à  peu  le  dessus  sur 
l'autre ,  à  mesure  que  Tagriculiure  qui  favorisa  le  mode  de  Teuterre- 
meut  se  répandit  de  plus  en  plus  dans  le  nord ,  et  que  la  mort  fut 
assimilée  moins  à  un  iacrifice  qu'à  un  voyage  souterrain  que  le  défiint 
était  censé  faire  pour  aller  dans  l'autre  monde  soit  à  cheval  ou  eu 
voiture  on  à  bord  d'un  navire  (cf.  Chants  de  Soi ,  p.  100), 


Les  Scythes  »  du  moins  ceux  qui  étaient  établis  sur  la  mer  Noire  » 
croyaient  comme  la  plupart  des  peuples  de  l'antiquité  que  les  défunts 
continueraient  à  vivre  d'une  existence  à  peu  près  semblable  à  celle 
quils  venaient  de  quitter  et  que ,  pour  cette  raison  »  il  fallait  les 
pourvoir  de  toutes  les  choses  qui  leur  avaient  été  nécessaires  ou 
agréables  dans  ce  monde.  Cette  croyance  n'était  pas  généralement 
admise  par  les  Gètes.  Aussi  le  devin  ou  divin  Zalnums.  prêtre  du  dieu 
du  Soleil  Skalmoskis^  s'avisa-t-iK  selon  la  tradition,  d'un  moyen 
singulier  pour  prouver  à  ses  compatriotes  la  continuation  de  l'existence 
après  la  mort.  Il  se  creusa  secrètement  une  loge  souterraine  com- 
muniquant avec  la  fosse  du  tombeau  qu'il  s'était  fait  préparer.  Puis 
s'étant  fait  passer  pour  mort  et  ensevelir  dans  la  fosse  »  il  se  rendit 
de  là  dans  la  loge  et  s'y  tint  caché  pendant  trois  ans.  Ce  temps-là  étant 
rtfVolu  il  se  montra  à  ses  compatriotes,  leur  prouvant  ainsi  ostensible- 
ment qu'après  son  décès  il  n'en  avait  pas  moins  continué  à  vivre 
jusqu'ici.  Prévoyant  cependant  qu'il  ne  pourrait  pas  toujours  donner 
après  sa  mort  cette  preuve  manifeste  de  son  immortalité ,  il  eut  soin 
de  dire  que  dorénavant  il  ne  viendrait  plus  les  visiter,  mais  que  s'ils 
voulaient  lui  faire  connaître  leurs  vœux ,  ils  devaient  tous  les  cinq 
ans  lui  envoyer  un  messager  dans  l'autre  monde  {Bérod.  4,  94). 
Depuis  cette  époque  les  Gètes  crurent  à  la  vie  future.  Aussi  Eustaihius 
(ad  Homer.  ix,  65)  rapporte-t-il ,  qu'instruits  par  Zalmosàs  les  Gètes 
sacrifiaient  (dévouaient)  les  morts  et  banquetaient  (faisaient  le  repas 
funèbre)  en  l'honneur  des  trépassés ,  dans  l'idée  que  les  morts  renaU 
traient  plus  lard  de  nouveau  à  la  vie.  La  tradition  sur  le  tombeau 
dans  lequel  vivait  pendant  trois  ans  Zalmoxis  se  conserva  chez  les 
Scandinaves ,  surtout  chez  les  Suèdes  qui  l'appliquèrent  au  dieu  Freyr 
et  rapportèrent  de  ce  dieu  que ,  même,  après  être  descendu  dans  la 


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US8  8CTTHE8.  103 

tombe*  il  contioaa  néanmoins  encore  à  faire  sentir  au  pays  sa  protection 
dî?lne.en  loi  procurant  de  la  fertilité  et  Tabondance  de  tous  les  biens. 
Après  avoir  prouvé  par  le  tableau  rapide  que  nous  venons  de 
tracer  de  l'état  social,  moral  »  intellectuel  et  religieux  des  Scythes 
que  ées  peuples  appartiennent  non  à  la  race  latare  ,  mais  à  la  race 
iafitique .  il  nous  reste  encore ,  pour  lever  toute  espèce  de  doute  à  cet 
égard  •  à  montrer  par  Tétat  social ,  moral ,  intellectuel  et  religieux 
des  Gète$  et  des  SarmatcM^  que  ces  deux  nations  forment  l'intermédiaire 
sons  tous  les  rapports»  entre  les  Srythes  leurs  pères  et  les  Germains^ 
les  Scandinaves  et  les  Slavei ,  leurs  descendants  immédiats. 

F.  G.  Bergmann. 


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BIBLIOGRAPHIE. 


Cosmographie  moscovite,  par  André  The vet,  recueilUe  et.puhUée  par 
le  prince  AuG.  Galitzin.  —  Paris,  1858,  in-i6  de  200  pages. — 
Prix  :  8  francs. 


M.  le  prioce  AugusUa  Galitzin ,  dans  son  zèle  de  bibliophile  ,  et  je 
me  bâte  d'ajouter  de  bibliophile  très-savant ,  parait  avoir  deax  pré- 
dilections bien  marquées  :  il  aime  Chenonceaux ,  mais  il  aime  encore 
davantage  sa  patrie. 

La  Touraine,  grâce  à  Chenonceaux,  a  permis  à  H.  le  prince  Ga- 
litzin d'enrichir  notre  bibliographie  provinciale  de  V Inventaire  de  la 
royne  Loy$e  de  Lorraine,  puis  des  Triomphe$  faictz  à  Ventrée  de  Fran- 
çois Il  et  de  Marye  Stuart  dans  cette  royale  demeure.  C'est  là  une 
noble  manière  de  prendre  ses  lettres  de  naturalisation  littéraire  sur 
cette  terre  de  France  si  sympathique  à  tous  ceux  qui  veulent  s'oc- 
cuper d'histoire  i  de  sciences  et  d'arts.  R'econâiissons ,  du  reste , 
que  les  hommes  de  qualité  du  xix*  siècle  ont  un  bien  autre  mérite 
que  les  grands  seigneurs  d'autrefois.  Ceux-ci  aidaient  les  savants  et 
les  hommes  de  lettres  de  leur  bourse  et  de  leur  protection ,  mais  ils 
ne  venaient  pas  souvent  prendre  place  dans  leurs  rangs.  En  revanche, 
ils  étaient  prodigues  de  coups  de  bâtons ,  lorsque  les  barbouilleurs 
de  papier  se  permettaient  des  licences  trop  grandes  :  n'en  voulons 
pas  trop  à  ces  Mécènes  qui  entr'eux ,  quelque  fois ,  plus  rarement  à 
la  vérité ,  usaient  du  bâton  comme  dernier  argument.  Mais  enfin 
nous  pouvons  constater  que  Lattaignant ,  Voltaire ,  Boisrobert ,  Ri- 
chelet ,  Furetière ,  Boileau ,  et  bien  d'autres  apprirent ,  aux  dépens 
de  leurs  épaules ,  ce  que  pesait  un  bâton  bien  sec  et  habilement 
manié.  —  Les  hommes  de  lettres ,  à  l'occasion ,  se  traitaient  mu- 
tuellement aussi  comme  de  grand  seigneur  à  grimaud  ;  la  main  leur 
démangeait  même  parfois  en  pensant  à  leurs  imprimeurs.  Dernière- 
Aient  y  dans  un  article  très-spirituel  sur  le  c  Rôle  des  coups  de  bâton  au 


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BDUOCRAPHIE.  905 

vi^tiècle^  >  M.  Victor  Fournel  rappelait  ces  quatre  vers  de  S'-Amand 
en  rhonneur  de  son  typog^raphe  : 

Pour  moi ,  je  lui  promets  tant  de  coups  de  bftton , 
Si  jamais  sur  son  dos  je  puis  prendre  le  ton  » 
Qu'il  croira  que  du  del ,  qu'à  sa  perte  j'oblige , 
11  pleuvra  des  cotrots  par  un  nouveau  prodige. 

Aujourd'hui»  les  temps  sont  heureusement  changées,  et  les  plus 
brillants  blasons  de  France  figurent  dans  la  république  littéraire, 
loyalement  »  sans  dispenses  »  payant  de  leur  plume  comme  de  leur 
fortune  leurs  droits  de  cité  dans  les  domaines  de  la  science  et  du 
vrai  savoir  :  Je  connais  plus  d'un  personnage  de  notre  époque,  à  qui 
on  peut ,  sans  mentir  •  dire  :  c  Mœcenas ,  atavis  édite  regtbus ,  »  tout 
en  l'appelante  sans  flatterie  :  c  Monsieur  et  très-savant  confrère.  > 

Mais ,  ainsi  que  je  le  faisais  pressentir  tout  à  Theure ,  les  souvenirs 
de  Françoise  de  Mercœur ,  de  Diane  de  Valentinois ,  de  Louise  de 
Lorraine-Vaudemont  et  de  tant  d'autres  célébrités ,  ne  (ont  pas  ou- 
blier à  M.  le  prince  Galitzin  c  ceste  brave  nation  russienne  toujours 
c  de  peu  vaincue  •  et  qui  souvente  fois  a  eu  le  dessus  de  plusieurs.  > 
Et  comment  l'oublierait-il  ?  —  Les  Montmorency  et  les  Coucy  ou- 
blièrent-ils jamais  la  mère-patrie? —  Il  est  des  noms  qui  sont  des 
immeubles  nationaux. 

La  collection  des  publications  relatives  à  l'histoire  de  Russie 
qu'édite  M.  Galitzib  comprend  déjà  plusieurs  ouvrages  qui  ont  trouvé 
promptement  place  dans  les  bibliothèques:  c'est  le  Discours  sur 
Vorigine  des  Russiens  et  leur  miraculeuse  conversion  »  par  le  cardinal 
Baronius  :  c'est  un  document  de  la  fin  du  ivi«  siècle  sur  le  Patriarcat 
moscovite  ;  puis  aussi  la  relation  des  Particularités  de  la  rebelUon  de 
Stenko  Razm  contre  le  Grand^duc  de  Moscovie.  Aujourd'hui  c'est  le 
tour  de  la  Cosmographie  moscovite  de  notre  Angoumois  André  Tbevet* 

J'aime  à  voir  notre  idiome  employé  ainsi  à  répandre  des  publications 
qui  touchent  à  l'histoire  étrangère  :  ces  vdumes  seront  recherchés 
et  lus  en  Russie  avec  autant  d'intérêt ,  plus  de  plaisir  encore  que 
chez  nous  ;  et  par  le  fait ,  s'il  en  était  besoin ,  ils  seraient  une  nouvelle 
preuve  de  la  préexcellence  de  la  langue  française ,  et  de  la  faveur 
qui  s'attache  aux  ouvrages  dans  lesquels  elle  est  employée.  Jamais  » 
autant  que  de  nos  jours ,  on  n'a  pu  mieux  constater  que  la  langue 
française  a  hérité  de  la  préséance  de  la  langue  latine»  de  même  que 
pour  la  haute  direction  de  rioteUigence ,  la  race  gallo-fraoque  s'est 


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206  REVUS  B'ALSACS. 

emparée  du  monopole  jadis  usurpé  par  le  peuple  romain.  (<)  André 
Thevet  a  beaucoup  voyagé  au  ivi*  siècle  »  et  sa  Cosmographie  »  résumée 
de  tout  ce  qu'il  a  vu  et  entendu  »  a  un  parfum  de  bonne  foi  et  de 
véracité  dont  les  périégètes  n'abusent  pas  ordinairement ,  mais  les 
gros  in-folio  dont  il  est  l'auteur  sont  un  peu  effrayants  à  lire  aujour- 
d'hui. Nous  aimons  les  livres  faciles  à  manier  et  surtout  ceux  qui 
promettent ,  par  leur  format ,  de  se  laisser  lire  rapidement.  Aussi 
H.  le  prince  Galitzin  a-t-il  cru  »  pour  sa  collection  russe ,  devoir 
extraire  de  la  Cosmographie  universelle  de  Thevet  tout  ce  qui  touche 
à  ses  pérégrinations  en  Russie;  et  des  Vrais  portraiu  des  hommes 
illustres^  autre  in-folio  du  même  auteur»  dédié  à  Henri  m  »  la  biographie 
de  Basile ,  duc  de  Moscovie.  Je  n'ai  pas  besoin  de  rappeler  que  cette 
nouvelle  publication  vient  se  placer  naturellement  auprès  de  la 
RelalUm  des  trois  ambassades  de  M^  le  comte  de  Carlisle^  éditée 
aussi  par  M.  Galitzin  ;  dans  cette  Relation  »  en  effet ,  après  les  incidents 
et  les  détails  purement  diplomatiques  »  on  trouve  une  curieuse 
géographie  de  la  Moscovie ,  postérieure  d'un  siècle  à  celle  de  Thevet 
et  qui  fournit  des  sujets  de  comparaison  intéressants.  O 

C'est  vraiment  prodigieux»  tout  ce  qu'un  savant  du  xvr siècle 
faisait  entrer  dans  un  in-folio  ;  on  était  alors  si  peu  éloigné  des  temps 


(^)  André  TheTet  »  natif  d'Angouléme ,  voyagea  pendant  dix-huit  ans  pour 
recueillir  les  notes  avec  lesquelles  il  oomposa  sa  Cosmographie  qui  fbt  pubUée  en 
1S63.  On  lui  doit  encore  les  Singularités  de  ta  France  antarctique  »  et  un  Dis» 
cours  sur  la  bataille  de  Dreux.  Pierre  de  Lestoille ,  dans  ses  mémoires ,  le  traite 
à  mon  avis  d'une  fiiçon  beaucoup  trop  cavalière  :  voici  l'article  nécrologique  qu'il 
lui  consacre  et  qui  semble  avoir  été  écrit  un  Jour  de  mauvaise  humeur.  Nous  ne 
serons  qu'équitable  en  rappelant  que  le  grand  audiender  de  la  chancellerie  avait 
souvent  la  plume  partiale  et  peu  aimable  :  «  En  œ  mesme  mois  (novembre  1990)» 
«  monrust  à  Paris  André  Thevet  le  cosmographe ,  grant  voiageur  »  mais  insigne 
«  menteur  et  Ibrt  ignorant ,  comme  ses  livres  et  escrits  en  font  foy.  M.  de  Thou , 
«  en  ronziesme  livre  de  son  histoire  »  descrit  la  suffisance  et  vie  du  personnage, 
«  Un  docle  homme  de  notre  temps  lui  fist  croire  qu'Anacréon  avait  lui-même 
a  escrit  qu'il  estoit  mort  d'un  pépin  de  raisin  ;  ce  que  ce  pauvre  homme  alloit 
a  publiant  et  confirmant  partout.  Son  sépulchre  est  aux  Gordeliers,  lequel  il  a 
«c  fait  faire  ;  et  se  sentant  proche  de  sa  fin ,  y  alloit  tous  les  Jours  pour  le  haster. 
<(  Comme  aussi  il  mourut  toul  aussitosl ,  estant  fort  aagé.  « 

(*)  Cette  relaUon  que  M.  Galitzin  attribue  avec  assez  de  probabilité  an  Suisse 
Guy  Mlége  ,  l'un  des  compagnons  de  voyage  du  comte  de  GarUsle ,  eut  Jadis  lea 


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BDLIOGRAPHIB.  907 

OÙ»  rimprimerie  n*étant  pas  ipveDtée,  les  livres  étaient  chose  rare , 
qoe  l'on  se  fissurait  encore  qu'il  fallait  savoir  à  fond  toutes  les  sciences 
dont  on  désirait  entretenir  le  public.  Hnet ,  évéque  d'Âvranches ,  ce 
prélat  qui ,  eu  égard  à  son  immense  érudition ,  n'a  maintenant  qu'une 
bien  faible  célébrité,  disait  que  grâce  à  rimprimerie,  il  devenait 
tous  les  jours  plus  facile  d'être  savant  :  c'est  d'un  air  presque  chagrin 
qu'il  écrivait:  c  Nous  avons  tant  de  secours  pour  devenir  savants.... 
c  qu'il  semble  qu'il  ne  faille  que  vouloir  être  savant  pour  réussir, 
c  Tant  de  grammaires,  tant  de  dictionnaires,  tant  d'index,  tant  d'abrégés 
c  tant  d'ouvrages  méthodiques  dans  toutes  les  sciences ,  qui  se  sont 
c  infiniment  multipliés  à  la  faveur  de  l'imprimerie ,  sont  autant  de 
c  chemins  abrégés  et  aplanis  pour  parvenir  promptement  au  sommet 
c  de  la  vraie  érudition.  > 

Hélas ,  n'en  déplaise  au  prélat ,  ces  chemins  abrégés  et  aplanis ,  ont 
eu  pour  résultat  de  développer  la  paresse  naturelle  à  l'homme  :  on 
s'est  bourré  d'une  teinture  d'érudition ,  on  a  fini  par  ne  plus  rien 
approfondir  ;  on  en  est  arrivé  à  contracter  l'outrecuidante  habitude 
de  disserter  gravement  sur  ce  que  l'on  ne  sait  pas ,  en  paraphrasant 
des  dictionnaires  et  des  index ,  souvent  très-mal  compilés.  Je  maintiens 
que  si ,  par  l'effet  d'un  prodige ,  notre  génération  voulait  se  donner 
la  peine  de  lire  paisiblement  ces  terribles  volumes ,  elle  ferait  une 
foule  de  découvertes  ;  elle  retrouverait  chez  les  Anciens  bon  nombre 
de  solutions  à  des  problèmes  en  étude  ;  bon  nombre  de  choses 
nouvelles ,  dans  les  antiquités.  On  peut  le  dire  pour  Thevet  quand , 
en  feuilletant  le  chapitre  relatif  à  la  religion  et  aux  premiers  ducs 
des  Moscovites ,  on  voit  notre  voyageur  avancer  gravement  qu'il  tient 
à  ce  c  que  chacun  voye  et  cognoisse  que  le  Moscovite  n'est  point 
c  aussi  infidèle  qu'on  le  croie ,  ains  vray  chrestien.  >  Voilà  plus  de 
trois  siècles  que  cette  réflexion  se  répète  de  loin  en  loin  ;  mais  la 
Providence  et  l'orgueil  humain  n'ont  pas  encore  permis  que  l'heure 
sonnât  où  l'empire  russe,  rentré  dans  l'unité  religieuse,  prit  dans  le 
monde  la  place  qui  lui  semble  réservée.  Je  me  souviens  que  je  ne 
pouvais  pas  m'empécher  de  sourire  quand,  il  n'y  a  pas  si  longtemps , 


honneurs  de  sspt  éditions.  Ce  succès  est  facile  à  expliquer  si  on  réfléchit  que  ce 
document  était  les  premiers  renseignements  officiels  que  Ton  avait  alors  sur  un 
payé  à  peu  près  inconnu.  M.  de  Carliste  fut  ambassadeur,  pour  l'Angleterre ,  en 
i663etl664. 


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f08  REV0E  B'AUACE. 

j'entendais  des'  personnes  très-orthodoxes  me  dire  de  bonne  foi  qae 
les  Russes  »  an  point  de  vae  religieox  »  étaient  bien  pis  que  les  Turcs; 
sans  avoir  Itt  Thevet  »  il  me  semblait  cependant  qu'entre  les  HosooYites 
et  les  Catholiques  •  la  cause  de  la  désunion  est  si  maigre  et  si  fresle 
t  qu'il  serait  aisé  de  les  attirer  à  concorde.  >  Vraiment,  je  viens  de 
prononcer  le  nom  du  Turc  ;  mais  9  est  bon  juge  de  l'avenir,  notre 
cosmographe ,  quand  il  avançait  que  si  on  n'arrêtait  pas  la  Russie , 
c  elle  luy  eust  faict  la  barbe  et  plumé  ses  moustaches  i  de  belle 
façon  »  et  jusqu'au  point  de  le  chasser  d'Europe ,  d'Asie  et  d'Afrique. 
Le  fait  est  que  sans  les  descendants  des  croisés  »  h  barbe  et  les 
moustaches  du  Turc  seraient  dans  un  fâdieax  état. 

H.  le  prince  Galitzin  a  accompagné  le  texte  de  Thevet  de  noies 
sobres  mais  précieuses ,  que  lui  seul  pouvait  tracer  et  qui  JijoQtent 
singulièrement  à  l'intérêt  du  récit  du  voyageur  angoomois  ;  ces  notes, 
l'éditeur  le  dit  lui-même,  n'ont  d'autre  but  que  de  relever  les  erreurs 
historiques  de  l'auteur.  Nous  autres  Français ,  nous  aurions  souhaité 
voir  un  Russe  rectiâer  aussi  l'orthographe  des  noms  propres  d'hommes 
et  de  lieux  ;  c'eût  été  aussi  une  donnée  certaine  pour  fixer  la  forme 
des  noms  étrangers,  que  généralement  nous  écrivons  d'une  manière 
variable  et  capricieuse. 

Du  reste ,  H.  Galitzin  parle  de  ses  notes  avec  trop  de  modestie  : 
elles  ne  contiennent  pas  seulement  des  rectifications  historiques ,  on 
y  voit  aussi  des  idées  larges  et  générales  qui  sentent  le  véritable  pa- 
triotisme ,  et  le  désir  de  voir  la  réalisation  de  faits  «  encore  éloignés 
peut-être ,  mais  qui  ne  pourront ,  quand  ils  seront  venus ,  qu'aug- 
menter le  bonheur  et  la  puissance  de  l'empire  russe.  La  méfianee 
réciproque  de  l'Occident  pour  l'Orient  semble,  aujourd'hui,  reléguée 
au  nombre  des  préjugés  surannés';  les  nationalités  de  l'ancien  monde 
paraissent  maintenant  avoir  leurs  limites  fixes  et  l'on  n'a  plus  à 
redouter  ces  inondations  humaines  qui,  du  Nord  et  de  l'Est,  venaient 
jadis  bouleverser  les  empires. 

Anatole  de  Barthélémy. 


ERRATUM.  —  Livraison  de  février,  page  95,  ligne  i**,  au  lieu  de  :  sur  la  route 
de  Schlestadt  à  MarclLOlsbeim ,  lisez  :  de  Guémar  à  ManholiMm. 


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DOMINIQUE  DIETRICH. 


Suite  et  fin  (*). 


L'ammeistre ,  quelque  contrarié  qu'il  lût ,  sent^uoS^gg^iiti^ux 
ordres  transmis  par  Louvois.  Il  fut  bien  accueilJi  ;  mais  personne  ne 
lui  dit  un  mot  sur  le  motif  oflSciel  de  sa  présence  à  Paris.  On  voulait 
qu'il  devinât  lui-même  les  intentions  royales.  Un  mois  après  son 
arrivée ,  il  tâtonne  encore  ;  il  ne  touche  pas  encore  du  doigt  la  cause 
de  son  pénible  voyage  et  du  séjour  dispendieux  qu'on  lui  fait  faire  dans 
la  capitale.  Le  5  avril ,  il  écrit  à  son  fils  et  coassocié ,  que  ce  n'est 
point  parce  qu'il  serait  un  empêchement  pour  la  religion  qu'il  a  été 
appelé  à  Paris  ;  il  n'aurait  par  sa  présence  à  Strasbourg  empêché  la 
conversion  de  qui  que  ce  soit  ;  mais  c'est ,  comme  le  pense  M.  Cor- 
reur ,  à  cause  de  la  nouvelle  charge  d'Obrecht ,  dont  le  brevet  n'a 

pas  encore  été  expédié «Qu'il  en  soit  ce  qui  voudra ,  ce  voyage 

c  est  pour  moi  plus  qu'une  mortification  ;  c'est  ma  ruine  !  .  .  .  .  Quel- 
•  ques-uns  auront  à  s'en  réjouir  ;  mais  je  ne  vois  pas  ce  que  cela  profi- 

<  tera  aux  autres ,  à  moins  gue  l'amour  de  la  vengeance  ne  soit  fort , 
c  au  point  de  préférer  souffrir ,  pourvu  qu'une  personne  qu'on  n'aime 

c  point  soit  écrasée Que  je  demande  moi-même  ma  démission  » 

c  je  ne  saurais  m'y  résoudre.  Ce  serait  contre  nos  lois  fondameniales , 

<  et  contre  mon  devoir.  Je  sais  bien  que  dés  hommes  poMques  riront 
c  à  gorge  déployée  feffusissime)  de  ma  simplicité  ;  mais  je  sens  d'une 
c  manière  difllérente.  En  second  lieu ,  je  suis  en  estime  auprès  de 
t  beaucoup  de  braves  bourgeois  ;  mais  ceux-là  me  trouveraient  traître 
c  à  la  patrie. 

c  Plutôt  que  de  m'attirer  pareille  infamie ,  plutôt  perdre  vie  et 
€  fortune  !  Pourvu  que  je  conserve  ma  bonne  renommée ,  c'est  tout 
€  ce  qui  me  reste. 

c  Je  me  suis  comporté  (guhemirt)  de  telle  façon  dans  mes  chargea 
c  que  personne  n'a  pu  m'attaquer  (dass  man  mir  nicht  an  die  Haut 


(*)  Voir  les  livraisons  de  novembre  et  décembre ,  pages  494  et  529. 
9*  Aanée.  ^^ 


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SIO  EKVTJE  D'ALSAOS. 

c  hat  kônnen  kommen)  ;  car  si  l'on  avait  trouvé  eo  moi  quelque  chose 
c  de  répréhensible ,  on  ne  s'en  serait  pas  fait  faute  ;  on  m'en  aurait 
<  accusé  avec  âpreté  en  haut  lieu ,  et  cherché  à  me  punir. 

c  Souffrir  le  mal,  ce  n*esl  ni  honteux  ni  dangereux  pour  fârne,* 

c  Me  priver  moi-même  de  ce  qui  me  revient  de  la  ville  «  ce  sérail  ma 
c  perte.  Je  ne  sais  pas  de  métier;  je  ne  puis  me  rendre  en  un  autre 
c  endroit,  où  je  prendrais  volontiers  l'emploi  le  plus  infime.  Mourir , 
€jele  voudrais  du  fond  de  mon  âme  ;  mais  je  n'ai  pas  le  droit  de  me 
c  tuer  moi-même  ;  je  dois  attendre  la  volonté  de  Dieu.  •  .  . 

c  J'ai  permis  à  Daniel  (soi^  second  fils)  de  faire  le  voyage  ;  je  le 
c  presserai  même  de  le  faire.  Qatuaf,  à  ce  qui  s'est  passé  à  la  cour  à 
c  mon  égard  ,  je  l'ai  écrit  en  détail  à  M  Mollinger  ;  il  vous  le  dira.  » 

H  a  appris  que  lorsque  son  fils  Jean  n'est  point  à  Strasbourg  »  les 
domestiques  ouvrent  les  lettres  ;  il  les  mettra  à  l'avenir  sous  le  cou- 
vert de  Mollinger, 

Le  reste  de  cette  remarquable  lettre  est  employé  à  mettre  sou  fils 
au  courant  de  quelques  affaires  commerciales  qu'il  a  traitées  à  Paria; 
il  avait  commencé  son  éplire  par  le  compte  rendu  d'un  diner  de  carême 
chez  l'un  de  ses  correspondants  »  qui  a  fait  servir  des  soles  d'une 
dimension  extraordinaire.  On  reconnaît  à  cette  remarque  la  naïveté 
du  provincial  qui  n'a  guère  mangé  de  marée  à  Strasbourg.  Il  mentionné 
aussi  l'attention  qu'a  eue  la  maîtresse  de  la  maison  de  lui  faire  cadeau 
d'une  orange  de  Portugal ,  qu'il  aurait  volontiers  envoyée  à  sa  famille. 

Singulier  cadre  d'une  missive  qui  traite  des  intérêts  aussi  graves  • 
mais  miroir  d'autant  plus  fidèle  de  ce  caractère  simple  et  candide 
dominé  par  l'idée  de  son  devoir  et  ne  reculant  pas  devant  toute 
l'amertume  de  la  coupe  qu'on  lui  présente  !  Le  cri  de  douleur  invo- 
lontaire qu'il  pousse ,  ce  désir  de  mourir  qui  s'est  emparé  de  lui ,  et 
qu'il  ne  craint  point  de  confier  à  son  fils  ;  ce  découragement  profond 
et  incurable  des  hommes  et  des  choses ,  inévitable  suite  des  ruines 
qu'il  a  vu  s'amonceler  autour  de  lui ,  et  des  ingratitudes  qu'il  a  re- 
cueillies  pour  prix  de  ses  efforts  dans  la  carrière  publique  «  inspirent 
dès  ce  moment  une  profonde  sympathie  pour  cette  âme  tourmentée. 

Une  note  écrite  de  sa  main .  non  datée ,  mais  évidemment  des  pre- 
miers mois  de  son  séjour  à  Paris ,  nous  initie  plus  avant  dans  ses 
souffrances.  L'ammeistre  a  consigné  sur  ce  papier  le  souvenir  de 
quelques  conversations  avec  des  personnes  haut  placées.  M.  de  Cha- 
milly  a  insisté  vivement  pour  qu'il  aille  voir  M.  de  Meaux  ;  mais  il  a 


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DOMINIQUE  DIETRICH.  iî\ 

refasé ,  et  il  en  appelle  encore  une  fois  à  la  liberté  de  conscience 
garantie  par  la  capitulation.  If.  de  Cbamilly  lui  donne  l'assurance 
qu'on  ne  lui  dira  rien  sur  la  religion  ;  c  mais ,  ajoute-t-il ,  vous 
n'aurez  jamais  votre  démission ,  si  vous  ne  faites  ce  que  je  vous 
conseille.  > 

Les  mêmes  instances  lui  sont  faites  par  M.  Correur.  Dietrich 
demande  :  .c  le  Roi  Ta-i-il  ordonné  ,  ou  bien  H.  de  Louvois?  >  — 
c  Noâ ,  il  Ta  dit  sourdement,  i  —  c  Eh  bien  !  je  ne  me  résoudrai  à 
aller  voir  H.  de  Heaux ,  qu'autant  que  le  Roi  ou  M.  de  Louvois  me 
l'ordonneront  expressément  ;  dans  ce  cas  même  je  supplierai  le  Roi 
de  m'en  dispenser ,  car  des  conférences  ne  me  feront  pas  changer 

d'avis.  —  Voici  mes  raisons > 

Ces  raisons ,  il  les  résume  méthodiquement  en  dix  points  :  c  il  ne 
pourrait  changer  de  religion  sans  blesser  sa  conscience  et  commettre 
un  péché  contre  le  Saint-Esprit  ;  il  connaît  les  écrits  de  l'évéque  de 
Heaux  ;  ce  n'est  point  en  allant  visiter  purement  et  simplement  le 
prélat  qu'il  pourra  rétablir  ses  affaires.  H.  de'Meaux  doit  être  éco- 
nome de  son  temps  et  ne  voudra  pas  le  perdre  en  discussions  avec 
un  homme  qui  ne  peut  se  laisser  convaincre ,  et  qui  n'est  pas  assez 
maître  de  la  langue  française  pour  ne  pas  donner  lieu  à  des  malen- 
tendus. Il  se  refuse  à  croire  un  propos  prêté  sur  son  compte  à  M.  de 
Louvois.  Le  ministre  aurait  dit  qu'on  traiterait  l'ammeistre  de  manière 
à  le  fatiguer  par  l'attente,  c  Le  Roi  est  trop  juste»  et  la  capitulation 
ne  peut  être  enfreinte,  > 

Dans  un  compte  rendu  qu'il  adresse  aux  membres  du  magistrat  de 
Strasbourg,  il  parle  d'une  audience  que  M.  de  Louvois  lui  a  accordée 
à  Versailles.  Il  a  insisté  pour  connaître  l'époque  où  on  lui  permettrait 
de  rentrer  dans  ses  foyers,  c  J'attends  les  ordres  de  votre  Grandeur.  • 
—  <  Je  vous  les  ferai  connaître ,  >  réplique  le  ministre  »  et  il  s'éclipse 
dans  la  salle  des  courtisans  qui  remplissent  le  salon  de  ré<:eption. 

Les  premiers  commis  de  M.  de  Louvois ,  M.  Dufrenoy  et  M.  Correur 
lui  ont  conseillé  de  ne  pas  renouveler  les  démarches  avant  huit  jours. 
Il  demande  l'avis  de  ses  anciens  collègues  sur  ce  qu'il  aura  à  faire , 
et  ne  peut  s'empêcher  d'exhaler  ses  plaintes  :  il  se  sent  la  cause  de  la 
mine  de  ses  fils ,  lucro  cessante  el  damno  émergente.  Comme  s'il  pres- 
sentait le  sort  qui  l'attend ,  il  renvoie  à  Strasbourg  le  jeune  Daniel , 
qui  jusqu'ici  était  resté  auprès  de  lui. 
De  Strasbourg ,  ses  amis  lui  font  parvenir  des  paroles  d'encoura- 


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2i2  REVUE  D'ALSACE. 

gement  et  de  consolation.  Le  D*  Bebelin  le  tient  au  courant  des 
affaires  locales ,  poor  régler  là-dessus  ses  démarches  et  ses  discours 
à  Paris,  c  Les  R.  R.  P.  P.  n'agissent  guère  publiquemeot»  mais  par 
conversations  confidentielles.  (Lettre  du  23  avril  4685).  Obrecbt  et 
Gûntzer  sont  très-fervents  dans  leur  foi  nouvelle ,  du  moins  dans  les 
démonstrations  extérieures  ;  tandis  que  leurs  femmes  tiennent  ferme 
dans  leur  foi  évangélique....  Que  Dieu  les  fortifie  !  >        • 

Le  docteur  annonce  qu'Obreeht  va  être  installé  en  sa  qualité  de 
préteur  :  c  Nous  verrons  bien  les  suites  !  On  répand  des  bruits  sin- 
guliers sur  le  chapitre  de  Saint-Thomas '  Dieu  fasse  que  ces  prévi- 
sions ne  se  réalisent  pas  !  M°**  Dietrich  est  bien  affligée  ;  mais  elle  esc 
un  modèle  de  résignation  »  et  sait  porter  sa  croix.  >  (0 

€  Si  vous-même  vous  persistez  dans  la  foi  évangélique ,  lui  dit-il 
dans  une  lettre  du  17  mai ,  ce  sera  l'œuvre  du  Saint-Esprit  qui  -vont 
donne  ce  courage,  i 

Quant  à  la  visite  à  faire  à  Tévéque  de  Meaux  »  le  docteur  est  pour 
la  négative  (lettre  du  U  mai)  ;  la  chose  a  été  débattue  dans  un  conci- 
liabule d'amis»  qui  sont  d'avis  unanime  que  l'ammeistre  doit  s'abstenir. 

Dans  une  autre  note  de  la  même  époque»  et  qui  a  servi  de  minute, 
comme  les  précédentes  »  à  quelques  lettres  de  Dietrich ,  il  consigne 
à  titre  de  mémento  i  <  Je  n'ai  point  écrit  à  Gûnizer ,  parce  que  J'ai 
appris  avec  effroi  qu'il  veut  me  persuader  de  changer  de  religion.  > 

J'aime  à  penser  que ,  pour  d'autres  motifs  encore ,  l'amm^îstre 
hésitait  à  écrire  à  un  homme  tel  que  Gûntzer ,  qui ,  vers  la  même 
époque  »  exploitait  impudemment  sa  position ,  en  chassant  de  son 
château  de  Plobsheim  la  veuve  de  son  bienfaiteur»  le  sieur  Bemhold. 
Obrecbt  et  Giintzer  »  au  surplus  »  avaient  des  chagrins  domestiques 
qui  devaient  singulièrement  troubler  leur  intérieur  et  amoindrir  les 
jouissances  que  leur  ambition  s'était  promises.  Nous  venons  de  voir, 
dans  une  lettre  de  M.  Bebelin  »  que  les  épouses  de  ces  nouveaux 
convertis  se  refusaient  obstinément  à  suivre  l'exemple  de  leurs  maria 
qui  recevaient  de  Louvois  9  par  l'intermédiaire  de  l'intendance  »  des 
reproches  sur  le  peu  de  zèle  qu'ils  portaient  à  cette  affaire  de  reli- 
gion. Je  dois  croire  qu'ils  réussirent  quelque  temps  après  à  ramener 
leurs  compagnes,  car  Je  ne  vois  nulle  pan  que  la  faveur  dont  ils 
jouissaient  auprès  dngouvernement  »  ait  décliné  avant  leur  mort. 

(*)  Même  lettre  que  dessus. 


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DOMINIQUE  DIETRICH.  213 

f^  séjour  proloDgé  de  l'ammeislre  Dietrîch  à  Paris  commençait  à 
produire  quelque  sensation  à  l'étranger.  La  <  Renommée  européenne  i , 
journal  publié  à  Vienne  »  inséra,  dans  son  numéro  du  15  juin  1685 , 
la  note  suivante  sous  la  rubrique  de  Francfort  :  (9  juin)  f  On  nous 
écrit  de  Strasbourg ,  que  M.  Taromeistre  Dieiricb  a  reçu  l'avis  formel 
qu'il  eût  à  se  faire  catholique ,  ou  bien  à  passer  sa  vie  durant  au  fond 
de  la  Bastille.  Nous  ignorons  quelle  déclaration  il  a  donnée.  > 

Ce  n'était  peut-être  qu'un  avis  d'intimidation  indirecte  qu'on  faisait 
parvenir  à  l'ammeistre  ;  peut-être  aussi  la  question  de  l'embastiHe- 
ment  a-t-elle  été  agiiée.  Dans  le  courant  de  juillet ,  M.  de  Louvols , 
d'autres  disent  M.  de  Chamilly»  interpella  l'ammeistre  en  plein  salon  » 
en  lui  présentant  la  Bible  ouverte  au  i^*  livre  des  Machabées,  cMp.  ii, 
V.  i7 ,  i8  :  c  Et  les  capitaines  d'Ântiochus  dirent  à  Mattalhias  :  Tu  es 
le  premier  et  le  plus  puissant  de  cette  ville  et  tu  as  beaucoup  de  fils 
et  une  gripde  parenté ,  fais  donc  ce  que  le  Roi  t'ordonne  »  et  comme 
ont  fait  tous  les  pays  »  et  les  gens  de  Juda ,  qui  sont  encore  à  Jéru- 
salem ;  afin  que  toi  et  tes  fils  vous  ayez  un  Roi  gracieux  et  que  vous 
soyez  comblés  d'or  et  d'argent  et  de  cadeaux,  i 

Mais  Dominique  Dietrich ,  sans  hésiter ,  retourna  le  feuillet  et  lut 
ce  qui  suit  (v.  i9,  SO,  21)  :  c  Et  Hattathias  répondit:  Quand  même 
toutes  les  terres  obéiraient  à  Antiochus ,  et  que  tous  vinssent  à  aban- 
donner les  lois  éi  mon  père  et  consentissent  à  faire  les  commande- 
ments du  Roi.  moi  et  mes  fils  et  mes  frères  nous  ne  renierons  pas  les 
lois  de  nos  pères.  Que  Dieu  nops  en  préserve  !  car  ce  serait  mal  de 
faire  défection  à  la  parole  et  à  la  loi  divine,  i 

Le  ministre  mortifié  envoya  le  lendemain  même  à  ce  bourgeois 
intraitable  et  hérétiqile  une  lettre  de  cachet  portant  qu'il  aurait  i  se 
rendre  directement  dans  la  ville  de  Guéret.  C'était  un  arrêt  moins 
rigide  que  celui  qui  l'aurait  consigné  à  la  Bastille  ;  mais  pour  un 
vieillard  de  66  ans ,  qui  ne  s'était  point  enrichi  dans  les  fonctions 
publiques  et  qui  allait  être  révoqué ,  cet  exil ,  dans  une  petite  bour- 
gade du  centre  de  la  France  »  équivalait  à  une  ruine  totale  et  peut-être 
ft  uô  arrêt  de  mort. 

Dietrich  obéit.  Une  ordonnance  royale ,  datée  du  âO  juillet ,  fit 
connaître  à  ses  anciens  collègues  qu'il  cessait  d'être  ammeistre  de 
Strasbourg.  Trois  mois  plus  tard  (le  22  octobre  i685)  l'éditde  Nantes 
allait  être  révoqué  ;  le  malheur  individuel  d'un  ancien  functionnaire 
républicain  de  Strasbourg  disparaissait  dans  ce  terrible  coup  d'Etat , 


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Si 4  REVUE  D'ALSàCK. 

cause  première  de  la  ruine  des  Onauces  françaises  et  des  malheurs 
qui  assombrirent  la  fin  du  règne  de  Louis  XIV. 

A  la  date  du  iS  octobre  »  Obrecbt  signalait  à  Louvois  trois  libelles 
difiamatoires ,  publiés  contre  le  Roi  sur  la  frontière  de  l'Allemagne  ; 
il  les  a  fait  saisir  et  les  transmet  comme  documents  de  son  zèle  ;  il 
travaillera  lors  du  renouvellement  du  magistrat  •  à  faire  nommer  aux 
places  vacantes  des  personnes  dévouées  au  service  de  son  maître.  Le 
terrain  était  décidément  déblayé ,  et  l'opposition  sourde ,  que  faisait 
le  magistrat  local,  était  amortie  par  cet  éloignement  forcé  d'un 
homme  de  tête  et  de  cœur,  qui  ne  pouvait  comprendre  que  le  sou- 
verain  d'un  grand  Etat  n'eût ,  sur  toutes  les  matières,  des  idées  éga- 
lement larges  et  grandes. 

Il  j  avait  quelque  raffinement  de  sévérité  dans  le  choix  du  séjour 
que  l'on  assignait  à  Dominique  Dietrich.  Guéret ,  à  l'époque  dont 
nous  parlons,  quoique  capitale  d'une  partie  de  la  Marche,  atavait  pas 
l'importance  d'un  chef-lieu  de  canton  d'Alsace;  l'exilé  strasbourgeois 
se  trouvait  jeté  à  plus  de  deux  cents  lieues  de  ses  foyers ,  dans  un 
pays  dont  le  climat  était  âpre  en  hiver  et  où  le  peu  de  ressources 
intellectuelles  et  matérielles  allaient  aggraver  la  tristesse  et  les 
souflRrances  physiques  d'un  vieillard  infirme. 

On  lui  avait  permis  d'emmener  un  fidèle  domestique ,  qui  écrivait 
du  fond  de  cette  province  des  lettres  lamentables  àti  famille  de  son 
maître.  Soit  que  ces  lettres  eussent  été  ouvertes  ,  soit  qu'on  eut  jugé 
nécessaire  d'isoler  complètement  l'aitfen  ammeistre  et  de  le  priver 
des  soins  d'un  coreligionnaire ,  bref,  Dietrich  resta  bientôt  livré  à 
lui-même  ;  et  dans  les  ennuis  de  cette  solitude ,  il  ne  reçoit  pour 
toute  distraction  que  des  lettres  qui  devaient  empoisonner  sa  vie  et 
mettre  sa  patience  et  sa  fermeté  à  de  cruelles  épreuves. 

Parmi  les  ecclésiastiques  en  résidence  à  Strasbourg  avec  la  mission 
spéciale  d'agir  contre  le  protestantisme  par  les  voies  de  douceur  et 
de  persuasion ,  sans  enfreindre  le  texte  du  traité  de  1681 ,  on  remar- 
quait ,  en  i685 ,  le  père  Tarade,  esprit  souple,  réunissant  à  des  con- 
victions fortement  assises ,  le  talent  de  les  faire  valoir ,  le  désir  de* 
plaire  au  Roi  et  à  ses  supérieurs  religieux ,  et  la  ferme  volonté  d'ap- 
pliquer ,  pour  parvenir  à  un  but  qu'à  son  point  de  vue  il  devait  croire 
parfaitement  légitime ,  tous  les  moyens  que  de  hautes  influences  met- 
taient à  ^a  disposition*  Je  dois  croire  qu'il  avait  été  en  rapport  avec 
l'ammeistre  Dietrich  avant  que  celui-ci  ne  partît  pour  Paris ,  car  je 


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DOMINIQUE  DIBTRICH.  SIS 

trouve  une  correspondance  engagt'e  avec  l'exilé  dans  le  courant  de 
novembre  et  faisant  des  allusions  à  des  relations  antérieures.  Par 
lettre  du  45  novembre»  le  père  Tarade  Invite  l'ancien  ammeistre  à 
abjurer,  sans  retard ,  entre  les  mains  de  M.  de  Tournyot ,  qui  paraît 

avoir  été  curé  aux  environs  de  Guéret c  Vous  êtes  vous-môpie  , 

lui  dit-il,  maître  de  votre  destinée J'ai  envoyé  votre  supplique  à 

M.  de  Louvois C'est  beaucoup  que  mon  dit  seigneur  se  soit  expli- 
qué sur  votre  sujet  comme  il  l'a  fait,  d'autant  qu'il  vous  pouvait 
arriver  d'être  encore  le  reste  de  vos  jours  dans  une  position  plus 
f3cheuse  que  celle  où  vous  êtes/ puisque  par  votre  conduite  vous 
avez  eu  le  malheur  de  déplaire  au  Roi.  > 

A  celte  lettre  se  trouve  annexée ,  par  extrait ,  une  note  que  M.  de 
Louvois  avait  envoyée  au  père  Tarade  ,  à  la  date  du  7  novembre.  Je 
la  copie  textuellement  : 

c  Le  curé  de  Saunage  peut  retourner  voir  le  sieur  Dietrich  quand 
il  le  voudra  »  et  lui  faire  entendre,  qu'il  ne  doit  pas  douter  que,  s'il 
se  convertissait,  le  Roi  n'oubliât  la  mauvaise  conduite  qu'il  a 
tenue.  »  (0 

Ainsi ,  on  imputait ,  sans  nul  doute,  à*rex*ammeistre  le  tort  de 
n'avoir  pas  répondu  par  des  actes  positifs  aux  espérances  qu'on  avait 
fondées  sur  lui.  En  effet ,  il  devait  sembler  bizarre  à  des  hommes 
élevés  à  l'école  de  l'obéissance  passive ,  qu'un  fonctionnaire  haut 
placé  d'une  petite  république  qai  s'est  appliqué  à  ranger  cet  Etat , 
sous  l'empire  du  Roi  très-chrétien ,  n'eût  pas  été  à  l'avance  bien  dé- 
cidé à  adopter  sur  tous  les  points  la  politique  du  maître  qu'il  se 
donnait.  Rien  ne  déroute  plus  les  hommes  d'Etat  et  les  directeurs  de 
conscience  systématiques  que  ces  esprits  indépendants  qui  »  dans  la 
conduite  des  choses  de  ce  monde ,  séparent  le  spirituel  du  temporel. 
Là-dessus  9  le  parti  de  Dominique  Dietrich  était  irrévocablement  pris. 

En  décembre  1685 «  il  est  informé,  par  l'intermédiaire  du  même 
ecclésiastique ,  de  la  conversion  de  son  propre  gendre  à  la  religion 
de  l'Etat.  Il  baisse  la  tête  et  ne  répond  pas.  Un  mois  plus  tard ,  le 
père  Tarade  reprend  sa  controverse  babile ,  éloquente ,  persuasive , 
6%  il  reproduit»  d'une  manière  souvent  incisive,  leSi  motUs  que 
l'Eglise  catholique  a  fait  valoir  en  tout  temps  en  faveur  de  sbn 

infaillibilité. 

-       - .  ..  ..1^  > 

(')  La  note  de  Loavols  est  copiée  de  la  nuin  de  M.  de  Tarade. 


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216  REVUE  D* ALSACE. 

c  Vos  aïeux  étaient  autrefois  dans  la  même  Ëglise  que  nous 

Luther  leur  a  persuadé  d'en  sortir.  Mais  quelle  raison  a-t-il  pu  avoir 
de  faire  un  schisme  dans  l'Eglise  ?  Vous  direz  que  c'est  parce  qu'il 

reconnut  qu'il  s'était  introduit  divers  abus  dans  l'Eglise Mais 

quels  sont  ces  abus  ?  sont-ils  dans  la  doctrine  ou  dans  la  morale  ? 
S'ils' sont  dans  la  morale ,  nous  eu  convenons  »  il  y  a  eu  toujours  de 
mauvais  catholiques,  et  l'Eglise  a  toujours  prêché  contre  ces  dérè- 
glements des  mœurs  et  travaillé  à  les  réformer.  Si  ce  sont  des  abus 
dans  la  doctrine  »  il  faut  donc  avouer  que  l'Eglise  est  tombée  dans 
Terreur  et  qu'elle  a  perdu  l'infaillibilité  qu'elle  avait.  Luther  a*t-il  fait 
une  Eglise  plus  infaillible  que  la  nôtre?  entend-il  mieux  l'Ecriture 
que  les  doctenrs  de  l'Eglise  romaine ,  et  qui  nous  dit  qu'il  explique 

les  Ecritures  d'une  manière  qui  ne  peut  vous  tromper?  > Puis  » 

il  discute ,  au  point  de  vue  historique  et  traditionnel  »  la  question  de 
la  communion  sous  les  deux  espèces»  cherche  à  prouvera  Dietridi 
que  ce  n'est  point  là  un  empêchement  sérieux  »  un  abime  infranchis- 
sable entre  les  deux  confessions  ;  enfln  il  termine  par  des  raisons  de 
prudence  humaine  :  c  Prenez  la  résolution  d'un  homme  sage  et  faites 
connaître  à  Dieu  que  Vous  voulez  travailler  par  votre  exemple  au 
rétablissement  de  la  véritable  religion  dans  cette  ville  (Strasbourg). 
Depuis  que  vous  vivez  avec  les  catholiques  »  vous  êtes  désabusé  de 
bien  des  choses  que  vous  aviez  crues  contre  notre  religion.  Nous 
condamnons  la  simonie  »  l'idolâtrie ,  la  superstition  ;  faites  connaître 
*  au  Roi  que  vous  voulez  seconder  son  zèle  pour  ramener  ses  sujets 
dans  l'Eglise.  Je  sais  que  »  si  Dieu  vous  fait  la  grâce  de  reconnaître 
ces  choses,  vous  serez  bientôt  ici ,  dans  Strasbourg,  par  votre  auto- 
rité et  voire  exemple ,  l'appui  de  l'ancienne  religion  et  le  plus  Bdèle 
magistrat  que  le  Roi  ait  en  cette  province.  Je  ne  vous  parle  point  des 
avantages  que  vous  et  votre  famille  recevriez  par  votre  conversion  ; 
mais  l'Evangile  dit  :  Cherchez  le  royaume  du  ciel ,  et  toutes  les  autres 
choses  vous  seront  données.  Je  puis  vous  assurer  qu'il  y  a  déjà  »  selon 
le  dénombrement  qu'on  a  fait,  plus  de  1500  familles  converties  et 
bons  catholiques.  Dieu  veuille  que  vous  en  augmentiez  le  nombre  ! 
Je  finis  et  je  suis ,  Monsieur ,  votre  très-humble  et  très-obéissant 

serviteur. 

Signé  Tarade.  c 

Voici  la  réponse  indirecte  que  fait  Dominique  Dietricb  à  cette 
missive  de  Tarade  : 


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DOMINIQUE  DIBTRIGH.  9i7 

6aTrili686>GuÉRBT. 

Profoaion  de  foi  luthérietme  écrite  de  la  main  même  de  Dietrick 
et  munie  de  son  cachet. 

Je,  Dominique  Dietrich ,  de  Strasbourg,  atteste  devant  Dieu,  le 
Tout-Puissant ,  que  je  suis  assuré  en  mon  âme  et  conscience ,  crois 
et  reconnais  .que  la  religion  évangélique ,  confession  d'Augsbourg , 
de  la  façon  dont  elle  est  consignée  dans  notre  Eglise ,  est  conforme 
i  la  Parole  de  Dieu ,  qui  seule  peut  donner  le  salut;  que  Je  n'ai  aucun 
scrupule  à  ce  sujet  ;  mais  que  je  suis  au  contraire  dévoué  à  ladite 
religion  de  cœur  et  d'âme  •  et  suis  résolu  à  rester  ferme  en  cette  foi 
à  la  vie  et  à  la  mort.  Par  grâce  spéciale  de  Dieu ,  j'ai  appris  à  l'aide 
de  sa  sainte  Parole  et  acquis  science  certaine  (sans  vaine  gloire)  que , 
si  je  fais  défection  à  cette  religion,  je  deviendrais  infidèle  à  mon  Dieu 
et  i  ma  conscience ,  et  serais  un  vil  hypocrite ,  en  conséquence  con- 
damné  devant  le  tribunal  de  Jésus-Christ ,  d'après  sa  sentence  très- 
nette  (Saint-Mathieu ,  24 ,51).  Et  pour  confirmer  et  corroborer  cette 
ferme  résolution ,  j'ai  écrit  de  ma  propre  main  ce  certificat  de  ma  foi 
et  de  ma  confession ,  et  j*y  ai  apposé  mon  cachet  ordinaire ,  pour 
servir  de  document  certain ,  comme  si  je  l'avais  écrit  au  dernier 
moment  de  ma  vie  et  scellé  de  mon  sang;  et  ce  surtout  dans  le  but, 
afin  que ,  si  je  devais  mourir  en  tel  lieu  où  personne  de  ma  religion 
ne  se  trouverait  auprès  de  moi  et  ne  pourrait  porter  témoignage  en 
faveur  de  ma  constance  (vu  que  déjà  on  m'a  forcé  d'éloigner  de  moi 
mon  domestique ,  parce  qu'il  était  de  ma  religion ,  avec  menace  de 
1000  fr.  d'amende  pour  moi  et  des  galères  pour  mon  serviteur) ,  cette 
même  constance  en  la  foi  évangélique  pût  être  prouvée  et  notifiée 
par  cet  acte,  et  que  toute  prétenlion  contraire,  que  l'on  mettrait 
faussement  à  mon  endroit,  pftt  être  déniée  et  annulée,  comme 
n'ayant  aucun  fondement. 

Fait  à  Guéret  dans  la  Marche ,  le  4  avril  1686. 

DoMiiiiQUE  DiETRiCH ,  de  Strasbourg. 

Le  récit  que  je  fais  à  mes  lecteurs  ne  doit  point  s'égarer  sur  le 
ten*ain  de  la  controvers'e.  Je  raconte  une  vie  douloureuse  ;  je  ne  dis- 
cute pas  des  questions  de  doctrine,  mais  je  ne  puis  m'empécber  de 
reconnaître  dans  cet  acte  d'un- vieillard  infirme,  la  manifestation  d'un 
esprit  sincère ,  qui  puise  ses  convictions  inébranlables  dans  un  ordre 
d'idées  supérieur  à  des  considérations  égoïstes  et  terrestres.  Au  point 
de  vue  catholique ,  Tammeistre  Dietrich  persévérait  dans  l'erreur  ; 


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318  RBVUB  D'ALSàCB. 

mais  il  y  persévérait  de  bonne  foi.  S'il  étaii  rentré  dans  le  sein  de 
TEglise  de  ses  pères ,  il  n'y  aurait  point  trouvé  le  calme ,  puisqu'il 
y  aurait  passé  comme  un  iiypccrite  en  vue  de  ces  avantages  matériels 
que  le  gouvernement  tout- puissant  laissait  entrevoir  »  et  qu'il  octroyait 
littéralement  à  ceux  de  ses  anciens  collègues  qui  avaient  été  moina 
scrupuleux  que  lui. 

Ne  pouvant  agir  sur  le  chef  de  la  famille ,  les  ecclésiastiques  bien- 
veHlants  qui  avaient  pris  à  cœur  le  salut  de  ces  âmes»  s'adressèrent 
à  l'épouse  de  Dietrich.  î^e  curé  Tournyot  lui  donne  (lettre  du  9  sep- 
tembre 1686)  des  nouvelles  de  son  mari  »  c  qui  est  an  peu  sur  l'âge , 
et  chagrin  de  son  sort ,  et  dans  un  lieu  fort  exposé  aux  rigueurs  du 
hroid >  Puis  il  continue: 

«  Je  vous  ai  marqué  la  manière  dontj'ai  usé  avec  lui  pour  l'aider 

à  sortir  de  là  »  et  comme  il  m'a  toujours  rebuté»  ainsi  que  la  véritable 
voie  que  je  lui  présentais  pour  se  bien  mettre  avec  Dieu  et  avec  son 
souverain.  Je  ne  sais  ce  qui  l'oblige  à  rejeter  tous  ces  bons  moyens , 
si  ce  n'est  certaine  prudence  opiniâtre  de  fausse  science  »  jointe  à 
quelque  serment  qu'on  dit  ici  qu'il  a  fait.  Cette  prudence  et  cette 
science  saut  réprouvées  dans  l'Ecriture-Sainte ,  et  nous  nous  tenons 
pour  assuré  qu'on  n'est  pas  obligé  de  garder  un  serment  qu'on  a  Adt 
mal  à  propos  pour  une  chose  mauvaise,  t 

Dins  une  lettre  précédente  du  14  août,  M.  Tournyot  qui  signe 
c  pasteur  indigne,  >  a  déjà  fait  auprès  de  Marguerite  Dietrich  les  plus 
vives  instances  pour  qu'elle  arrive  à  convertir  son  mari  «  c  qui  ne 
veut  entendre  rien  avant  qu'il  ne  soit  en  liberté  avec  ses  livres  et  ses 

écrits  >  c  Vous  ne  séries  pas  la  seule  femme  dont  Dieu  s'est 

servi  pour  la  conversion  des  maris t  Et  il  lui  cite  l'exemple  de 

la  mère  de  S*  Augustin ,  de  celle  de  Conslantin  et  de  l'épouse  de 
CloVis.  C'est  une  longue  lettre  de  controverse ,  écrite  dans  le  but  de 
faire  ressortir  les  qualités  distioctives  de  l'Eglise  catholique  et  de 
discuter  les  points  principaux ,  tels  que  la  communion ,  le  célibat  des 
prêtres,  qui  éloignent  les  protestants  de  l'Eglîse-mère.  Le  curé  Tour- 
nyot est  un  esprit  moins  distingué  que  le  P.  Tarade  ;  il  est  diffus  ; 
mais  il  ne  manque  point  de  chaleur  d'âme ,  et  je  n'ai  aucun  droit  de 
soupçonner  qu'il  n'ait  fait  des  démarches  auprès  de  la  famille  de 
l'exilé,  dans  le  but  de  retirer  ce  dernier  d'une  passe  dangereuse,  de 
sauver  à  la  fois  une  existence  matérielle  digue  d'intérêt  et  une  âme 
digne  d'affection  compatissante. 


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DOMINIQUK  DIËTRICH.  349 

Lorsqu'on  s'aperçut^  que  les  démarches  réitérées  auprès  de  la 
femme  de  Dominique  Dietricb  n'amenaient  pas  le  résultat  désiré  » 
c'est  sur  le  fils  qu'on  essaya  d'agir.  Le  R.  P.  Perrin ,  recteur  du  col- 
lège de  Cabors ,  qui  avait  eu  l'occasion  d^  voir  Jean  Dietricb  (f)  à 
Strasbourg ,  lui  écrit  à  la  date  du  4  février  i687  ;  c'est  une  lettre 
remarquable  que  je  prends  la  liberté  d'insérer  textuellement  : 

c  II  y  a  déjà  quelque  temps  que  j'ai  quitté  l'Alsace ,  et  qu'on  m'a 
arrêté  en  France  pour  gouverner  le  collège  de  Cabors  ;  mais  je  ne  vous 
•i  jamais  abandonné  ni  de  cœur  ni  d'esprit ,  et  vous  avez  été  présent  à 
toutes  mes  pensées.  Dieu  m'a  fait  espérer  que  j'apprendrais  bientôt  le 
cbangement  que  je  lui  demande  pour  vous  et  pour  votre  famille.  Comme 
j'ai  pour  vous  tous  les  sentiments  d'une  amitié  sincère,  je  désire  aussi 
vous  procurer  les  véritables  et  les  solides  biens.  Vtus  êtes  assez  con- 
vaincu de  la  vérité  de  notre  religion  »  et  s'il  vous  reste  quelque  diffi- 
culté, H  vous  est  aisé  de  vous  éclaircir,  et  vous  êtes  sans  doute 
obligé  de  le  faire  pour  satisfaire  votre  conscience.  Ne  voulez-vous  pas 
enfin  écouter  la  voix  de'Dieu?  Vous  aurez  l'avantage  de  faire  en  cela 
la  volonté  de  votre  Père  céleste  et  même  de  procurer  le  salut  tem* 
porel  et  éternel  du  père  que  Dieu  vous  a  donné  sur  la  terre.  Je  ne 
suis  pas  fort  éloigné  de  celui-ci.  11  n'est  qu'à  une  ou  deux  journées 
d'ici  ;  je  voudrais  bien  lui  faire  savoir  ou  lui  porter  moi-même  la 
nouvelle  de  votre  conversion.  Il  en  serait  sans  doute  touché ,  et  il  ne 
ârderait  pas  longtemps  à  suivre  votre  exemple.  Vous  auriez  la  con- 
solation de  le  revoir  bientôt ,  et  bon  catholique  et  bon  serviteur  du 
Roi  dans  Strasbourg.  Souvenez-vous  de  ce  que  votre  ly  Beble  (^  m'en 
dit  souvent  •  lorsque  je  lui  parlais  de  sa  conversion  :  Qu'il  attendait 
de  voir  l'exemple  de  M.  Obrecbt.  Il  l'a  attendu  ;  mais  il  n'en  a  pas 
profité  •  et  l'on  m'écrit  qu'il  est  mort  d'une  mort  soudaine  »  qui  ne 
lui  a  pas  donné  le  loisir  de  se  repentir  de  son  obstination  ;  vous  avez 
l'exemple  de  tant  d'autres  ;  si  vous  n'en  profitez  point ,  Dieu  ne  vous 
donnera  peut-être  pas  un  plus  long  terme;  pour  ce  vous  (vous) 
reprocherez  un  jour  devant  le  jugement  de  Dieu ,  le  mépris  que  vous 

{})  Jean  Dietrich ,  fils  aîné  de  Dominique ,  naqail  le  3  avril  1651  ;  il  épousa 
Marie-Barbe  Knirbs,  fille  d'un  siettmeistre  et  eut  d'elle  dix  garçons  et  six  filles. 
Toute  cette  nombreuse  descendance  a  tu  le  jour  de  1683  à  1708. 

Jean  Dietricb  est  le  grand-père  du  maire  de  Strasbourg. 

(']  Bebelin  ,  le  même  dont  il  a  été  question  plus  haut. 


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2S0  REVOB  d'alsâge. 

avez  fait  de  ses  inspirations ,  et  je  vods  dirai  que  vous  avez  préféré  à 
votre  salut  la  considération  d'une  femme  et  de  quelques  faux  amis  , 
et  que  la  crainte  des  hommes  a  eu  plus  de  pouvoir  sur  votre  esprit 
que  Dieu  et  le  salut  de  votre  âme.  Voilà ,  Monsieur ,  les  avis  préalables 
qu'un  véritable  ami  vous  envoie  de  loin  ;  s'il  y  a  quelque  chose  à  faire 
en  France  pour  votre  service  »  vous  pouvez  m'écrire  en  toute  sûreté 
par  la  voie  du  courrier  de  Paris,  avec  ce  dessus  :  au  Révérend  Père 
Perrin ,  recteur  du  collège  des  jésuites  i  Cahors  ;  par  Paris.  Vous 
savez  de  quelle  manière  je  suis  votre  très-bumble  et  très-obéissant 
serviteur.  Perrin  »  jésuite.  > 

Cette  lettre ,  dont  pas  un  lecteur ,  au  surplus ,  ne  méconnaîtra  la 
simplicité ,  et  qui  a  été  écrite  par  un  bomme  de  cœur ,  digne  d'être 
compris  et  entendu  s'il  avait  pu  l'être  dans  une  famille  exaspérée  par 
des  malheurs  sans  exemple ,  cette  lettre  resta  sans  effet. 

Quelques  mois  plus  tard ,  la  belle-mère  de  Jean  Dietricb  qui  passait 
à  Strasbourg  ses  tristes  journées  dans  un  veuvage  anticipé ,  crut  • 
sans  manquer  à  sa  propre  dignité  ou  à  ses  devoirs  envers  son  mari , 
pouvoir  recourir  à  une  princesse  du  sang  »  à  une  femme ,  digne  de 
comprendre  les  douleurs  intenses  d'une  mère  de  famille. 

Lors  de  la  première  visite  de  Louis  xiv  à  Strasbourg ,  en  octobre 
4681 ,  la  Daupbine  (<)  avait  habité  la  maison  de  l'ammeistre  Dietricb , 
et  la  femme  de  ce  fonctionnaire  avait  prodigué  à  la  jeune  princesse , 
récemment  mariée  »  les  soins  respectueux ,  commandés  par  les  cir- 
constances ,  mais  relevés  par  la*  naïve  cordialité  qui  distinguait  à  cette 
époque  la  bourgeoisie  des  villes  libres  de  l'Allemagne.  La  Daupbine 
avait  été  vivement  touchée;  elle  s'était,  sans  doute ,  attendue  à  voir 
d^ns  cette  ville  conquise  des  visages  attristés  ;  elle  fut  étonnée  de 
trouver  dans  l'intérieur  du  chef  de  la  république  que  son  beau-père 
venait  de  détruire  d'un  soufiBe  de  sa  volonté ,  «la  sérénité  confiante, 
et  une  soumission  nullement  servile ,  mais  religieuse ,  à  la  volonté  de 
Dieu ,  manifestée  par  l'un  de  ses  représentants  sur  terre.  Au  moment 
de  partir ,  la  princesse ,  allemande  d'origine ,  assura  de  sa  protection 
la  femme  allemande  de  l'ammeistre. 

Celle-ci  pria  l'un  des  amis  de  son  époux  exilé  de  rédiger  une  sup- 
plique ,  qui  fut  adressée  en  ces  termes  à  Madame  la  Dauphine  : 

(*)  Le  Dauphin  avait  épousé ,  le  7  mars  1680,  à  Chftlons-sur-Manie ,  Anne- 
Bfarie-Gbrisiine-Victoire ,  fille  de  Ferdinand,  électeur  de  Bavière. 


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DOMINIQUE  DflBTRICH.  ttl 

t  Sapplie  en  profonde  humilité  la  femme  ^e  Dominique  Dietrich  de 
Strasbourg,  disant  Qu'elle  a  une  confiance  d'autant  plus  respectueuse 
et  plus  assurée  à  se  jeter  à  vos  pieds ,  qu'elle  a  eu  l'honneur  de  vous 
voir  loger  chez  elle  en  octobre  i68i  .  bientôt  après  la  réunion  de  la 
ville  de  Strasbourg ,  et  que  vous  lui  fîtes  la  grâce  •  Madame  »  de  lui 
offrir  votre  puissante  protection ,  de  laquelle  »  comme  elle  a  extrê- 
mement besoin  dans  la  misère  où  se  trouve  présentement  sondit 
mari ,  ci-devant  le  plus  ancien  des  consuls  ou  bourguemestres  de  la 
ville  de  Strasbodrg,  âgé  de  soixante  et  sept  ans ,  et  qui  a  passé  sa 
vie  en  dévotion  et  en  prières  et  administré  la  justice  avec  toute  l'in- 
tégrité possible ,  et  qu'elle  n'a  pu  apprendrejusqu'à  cette  heure  ce 
qui  lui  peut  avoir  attiré  le  malheur  de  se  voir  rélégué  à  Guéret ,  en 
la  Haute-Marche  du  Limousin ,  depuis  l'espace  de  deux  ans ,  privé  de 
toutes  les  charges  de  magistrature ,  éloigné  de  sa  famille  et  de  tout 
ce  qui  peut  lui  être  cber  au  monde ,  déchu  de  santé  et  réduit  à  une 
vie  languissante.  Elle  vous  supplie  très*humblement,  Madame  »  de  lui 
vouloir  faire  la  grâce  de  représenter  à  sa  Majesté  le  pitoyable  état 
dans  lequel  se  trouve  présentement  sondit  mari ,  la  caducité  de  son 
âge,  la  débilité  de  son  corps ,  la  faiblesse  de  sa  santé  «  la  ruine  de  sa 
maison  par  son  absence,  l'abîme  de  tristesse  et  de  douleur  où  il  se 
trouve  plongé ,  et  le  comble  de  grâce  et  de  miséricorde  que  Sa  Majesté 
lui  pourrait  faire  en  lui  accordant  sa  liberté  et  la  permission  de  s'en 
retourner  à  Strasbourg.  La  suppliante  a  d'autant  plus  d'espérance 
d'obtenir  cette  grâce  de  notre  invincible  monarque ,  par  votre  puis- 
sante entremise ,  qu'elle  se  repose  entièrement  sur  la  bonté  et  la 
clémence  de  Sa  Majesté ,  et  qu'elle  est  assurée  de  la  parfaite  obéis- 
sance et  fidélité  que  son  mari  a  pour  sadite  Majesté.  Et  pour  vous 
témoigner ,  Madame ,  le  cœur  reconnaissant  avec  lequel  elle  recevra 
celte  grâce  de  votre  main  charitable ,  elle  emploiera  tout  le  reste  de 
ses  jours  à  prier  Dieu  pour  l'affermissement  et  perpétuité  de  votre 
grandeur,  prospérité  et  santé,  i 

Cette  supplique ,  non  datée ,  dans  la  copie  que  j'ai  eue  sous  les 
yeux ,  parait  avoir  été  accueillie  favorablement  ;  car  à  la  date  du  19 
décembre  4687^  Dufresnoy,  le  premier  commis  de  Louvois,  annonce 
à  Dominique  Dietrich  que  le  ministre  lui  accorde  la  facilité  de  re- 
tourner à  Strasbourg ,  fendant  deux  mois ,  pour  y  mettre  ordre  à  ses 
affaires.  Le  délai  expiré,  il  se  rendra  à  Vesoul ,  jusqu'à  nouvel  ordre. 
Dufresnoy  l'attend ,  sans  faute  à  Paris,  hôtel  d'Orléans,  rue  de  la  Verrerie. 


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SIS  umiB  d*âl8âcb. 

DomioiqaQ  Dietrich  $•  prépare  à  partir  poar  Strasbourg ,  mais  aa 
lieo  de  prendre  par  la  grande  route  de  Paris  »  il  manifeste  rintention 
de  se  diriger  par  Moulins  et  Besançon. 

Cette  infraction  à  la  consigne  lai  vaut  une  sévère  admoQestatioa  de 
la  part  de  son  protecteur.  Le  jour  de  Noël ,  Dufresnoy  lui  écrit  une 
lettre  pleine  de  reproches  :  il  a  appris  ayec  peine  que  M.  Dietrich 
passe  par  Besançon.  11  lui  réitère  l'offre  de  le  recevoir  et  de  le  diriger 
à  Paris;  il  espère  que  Tavis  le  trouvera  assez  à  temps  encore  à  Guéret. 
(  Je  vous  supplie ,  pour  Tamour  de  vous-même  »  de*  prendre  le  parti 
de  venir  ici  ;  je  vous  assure  que  vous  serez  content  de  votre  voyage.» 

Dominique  Dietrich  ne  se  laisse  point  fléchir;  il  est  fatigué  des 
obsessions  auxquelles  il  a  été  en  butte,  et  de  plus  il  est  sérieusement 
malade  :  il  appréhende  les  fatigues  physiques  et  morales  de  Paris»  ei 
prend  décidément  par  le  plus  court  chemin  »  en  compagnie  de  son 
fils ,  qui  est  venu  lui  donner  la  conduite. 

Ce  voyage  est  long  et  semé  d'incidents.  Dominique ,  brisé  par  le 
chagrin ,  se  traîne  à  petites  journées  ;  il  reste  malade  dans  plusieurs 
localités.  Le  30  janvier  4688»  il  est  à  Moulins»  et  il  écrit  à  M.  de 
Louvois  »  pour  le  remercier»  et  donner  les  raisons  les  meilleures  sur 
ce  changement  dans  sa  feuille  de  route  ;  son  fils  écrit  dans  le  même 
but  et  à  la  même  date  à  M.  DufresnSy.  Le  18  février  seulement»  il 
parvient  à  atteindre  Strasbourg  »  où  il  entre»  de  jour»  en  litière; 
quelques-uns  de  ses  vieux  amis  »  prévenus  de  son  arrivée ,  le  reçoivent 
à  la  porte»  lui  font  cortège»  comme  le  feront  cent  trois  ans  plus  urd» 
presque  jour  par  jour  »  les  fidèles  adhérents  du  muire  de  Strasbourg, 
lorsque  ce  dernier  est  renvoyé  par  la  Convention ,  devant  le  tribunal 
criminel  de  Strasbourg. 

On  lui  fait  un  crime  de  cette  ovation  spontanée  »  modeste  ;  il  l'a 
provoquée  1  Ce  malheureux  se  sent  poussé  irrésistiblement  à  remer* 
der  le  Seigneur  souverain  d'où  découle  toute  grâce  ;  il  se  rend  dans 
sa  paroisse»  dans  la  petite  église  de  Saint-Nicolas;  cette  visite  si 
simple  lui  est  imputée  comme  le  méfait  le  plus  grave  :  il  reçoit  chez 
lui  quelques  amis  »  quelques  pasteurs  »  qui  viennent  serrer  les  mains 
tremblantes  du  pauvre  vieillard  »  qui  a  souffert  pour  sa  foi  ;  ce  sont 
des  conciliabules  contre  la  sûreté  publique. 

Dufresnoy  écrit  à  Dietrich  fils  »  dès  le  8  février  »  en  réponse  à  sa 
lettre  de  Moulins.  Cette  missive  est  trop  curieuse  pour  ne  pas  motiver 
et  faire  admettre  avec  indulgence  l'insertion  textuelle  de  cette  pièce  : 


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DOMINIQUE  DIBTRICH.  SS5 

€  C'est,  Monsieor,  la  réponse  à  la  lettre  que  vous  avez  pris  la  peine 
de  m'écrire  à  Moulins  le  30  janvier ,  dans  laquelle  j'en  ai  trouvé  une 
incluse  pour  Monseigneur  le  marquis  de  Louvois,  de  la  part  de 
M*  votre  père.  Je  la  iuy  ay  rendue  avant  hier ,  il  ne  m'a  i^ien  dit  en 
la  recevant ,  mais  j*ay  scu  depuis  qu'il  était  mal  satisfait  de  ce  que 
U.  votre  père,  au  sortir  de  son  exil  de  Guéret,  n'était  pas  venu  droit 
icy  f  et  à  vous  parler  franchement ,  je  ne  vois  pas  comment  il  pourra 
racommoder  cette  affaire. 

c  Je  vous  ay  mandé  tant  de  fois,  qu'il  était  désiré  icy»  et  que 
Monseigneur  de  Louvois  désirait  Iuy  parler.  Je  vous  ay  mime  marqué 
que  $a  liberté  entière  dépendait  de  $e  faire  voir  icy  ;  ainsi  je  n'ay  plus 
rien  à  y  adjouter  ;  vous  verrez  par  l'événement  que  Je  vous  ay  dit 
vray. 

i  Vous  me  mandez  que  ces  (rie)  maladies  et  ces  faiblesses  l'en  ont 
empescbé  ;  j'ai  dit  icy  la  même  chose ,  mais  l'on  m'a  répondu  qu'il 
devait  plutôt  se  faire  mettre  en  litière ,  et  que  rien  au  monde  ne 
pouvait  le  dispenser  de  venir  de  droiture  remercier  son  libérateur, 
et  apprendre  de  Iuy  ce  qu'il  avait  à  faire.  Il  s'est  peut-être  persuadé 
que  c- estait  pour  Iuy  parler  de  religion ,  point  du  tout  ;  ce  n'était 
point  là  le  sujet  qui  demandait  icy  sa  présence. 

c  J'ay  fait  voir  sa  lettre  et  la  vôtre  par  laquelle  il  parait  qu'il  est  à 
la  veuille  [sic)  de  sa  mort;  je  prie  Dieu  qui  («te)  Iuy  conserve  sa  santé; 
mais  vous  comprené  (sic)  bien  que  s'il  vient  à  se  bien  porter  »  lors- 
qu'il sera  arrivé  à  Strasbourg  »  que  ses  ennemis  ne  manqueront  p9B 
de  tirer  avantage ,  et  de  publier  qu'il  n'aurait  tenu  qu'à  Iuy  de  se 
rendre  à  la  cour  aussi  bien  qu'à  Strasbourg. 

c  Je  vous  avoue  que  ces  contretemps  m'ont  causé  bien  du  chagrin . 
car  je  m'estait  (sic)  fait  une  grande  joye  de  le  recevoir  icy  »  de  le 
conduire  à  la  cour  et  de  vous  le  renvoyer  glorieux  et  satisfait. 

.c  J'attends ,  Monsieur  »  de  vos  nouvelles  sur  l'arrivée  de  M.  votre 
père  9  et  suis ,  à  mon  ordinaire ,  votre  très-humble  et  très-obéissant 
serviteur.  (Sans  signature.) 

c  Adr^se  :  A  Monsieur  »  Monsieur  Dietrich ,  licencié  es  loys  pris 
de  la  grande  église  de  Strasbourg. 

(  Au  bord  de  l'adresse  :  reçu  le  15  février  1688.  » 

Mais  le  mois  suivant ,  le  commis  épouvanté  écrit  à  Dietrich  fils , 
une  lettre  véhémente  :  c  Votre  père  a  tout  perdu,  en  allant  à  Stras- 
bourg. >  —  Dufresnoy  appréhende  pour  l'ammeistre  des  suites  très- 


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324  UVOB  D'ALSàCB. 

graves ,  très-fâcheases.  On  a  mandé  à  Paria  (pie  la  maladie  de  Domi- 
nique Dietrich  n'était  que  feinte ,  que  tout  ce  qu'il  a  dit  n'était  point 
vrai.  Il  est  allé  au  précbe  avec  ostentation  ;  ce  qui  le  rend  criminel  • 
c'est  le  mauvais  exemple  qu'il  donne  au  peuple  ;  l'empêchement  qu'il 
apporte  à  leur  conversion  ;  les  assemblées  secrètes  qui  se  tiennent 
chez  lui  ;  ses  amis  de  Paris  l'abandonneront  ;  c  car  dans  ce  pays-ci , 
les  gens  ne  veulent  pas  employer  leur  crédit  en  vain i 

La  maladie  du  pauvre  vieillard  n'était  pas  feinte  du  tout;  il  appro- 
chait de  soixante  et  dix  ans  »  situation  qui  à  elle  seule  constitue  une 
maladie  incurable ,  puis ,  il  se  sentait  pris  de  ces  palpitations ,  de  ces 
spasmes  qui  torturent  les  tempéraments  débiles ,  usés  par  les  insom- 
nies t  et  minés  par  les  tortures  morales. 

N'osant  lui-même  s'adresser  à  l'inflexible  Lonvois»  pour  obtenir 
une  prolongation  de  ces  quarts  d'heure  de  grâce»  il  prie  le  magistrat» 
ses  anciens  collègues  et  ses  successeurs  •  d'intercédei^  en  sa  faveur. 
<  Il  n'a  pu  arriver  qu'après  le  terme  fixé  pour  son  voyage  ;  à  peine 
s'il  a  eu  le  tentps  d'entamer  les  affaires.  »  Mais  je  ne  trouve  point  de 
traces  du  bon  effet  produit  par  cette  pétition.  Dietrich  s'achemine  au 
printemps  de  1688  vers  son  exil  à  Vesoul.  C'est  une  amélioration  in* 
contestable ,  car  il  est  beaucoup  plus  rapproché  de  sa  ville  natale ,  et 
au  milieu  d'une  population  qui  devait  lui  être  moins  antipathique  que 
celle  du  centre  de  la  France. 

Les  attaques  de  sa  maladie  cependant  recommencent  ;  il  court  de 
sérieux  dangers  »  et  sa  famille ,  au  risque  d'importuner  les  puissances 
de  Versailles ,  recommence  à  supplier  en  faveur  de  son  chef. 

Après  dix-huit  moit  d'attente ,  la  lettre  de  grâce  arrive  enfin  ;  cinq 
ans  d'inflexible  constance  ont  prouvé  au  ministre  de  Louis  xiv ,  —  si 
ce  dernier  daignait  descendre  à  ce  détail  de  service ,  et  s'occuper  du 
sort  d'un  bourgeois  de  Strasbourg,  —  qu'à  moins  de  tuer  d'un  coup 
de  massue  l'ancien  ammeistre ,  cette  nature  opiniâtre  résisterail  à 
toutes  les  injonctions  »  et  à  toutes  les  menaces. 

A  la  date  du  3  octobre  i689 ,  Louvois  permet  à  Dietrich  de  rentrer 
à  Strasbourg  y  sous  condition,  toutefois,  qu'arrivé  chez  4ui,  il  ne 
quittera  point  sa  maison ,  et  ne  verra  que  les  personnes  de  sa  famille. 

La  signification  de  cet  ordre  est  claire  comme  le  jour.  On  voulait , 
tout  en  se  donnant  l'air  de  la  miséricorde ,  empêcher  Dietrich  d'ex- 
citer les  sympathies  du  public  en  se  montrant  au  temple,  dans  les 
rues  ou  dans  les  salles  du  conseil.  Consigné  chez  lui,  il  n'était  plus 


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DOBOMIQUE  DIETRICH.  iSK5 

daDgereux  ;  c'était  une  capUirité  mitigëe,  mais  cruelle  au  fond  >  puis- 
qu'elle infligeait  au  prisonnier  le  supplice  de  Tantale;  il  respirait  Tair 
natal,  mais  à  travers  les  stores  de  son  cabinet  de  travail ,  il  entendait 
sa  langue  maternelle  et  les  chants  de  l'église  voisine ,  (f)  mais  affai- 
blis par  la  distance  ;  il  épiait  ses  amis  dans  la  rue ,  mais  il  ne  pouvait 
leur  tendre  la  main.  Cet  eut  de  réclusion  dura  près  de  deux  ans  et 
demi. 

Après  de  nouvelles  suppliques  réitérées  arrive ,  à  la  date  du  42 
janvier  1692,  une  dépêche  de  M.  de  Barbézieux  à  M.  de  La  Grange , 
intendant  d'Alsace  :  c  Le  roi  permettra  à  H.  Dietrich  de  sortir  de 
Strasbourg  pour  prendre  les  eaux .  lorsque  cela  sera  nécessaire  à  sa 
santé,  i 

Et  à  la  date  du  26  mai  »  de  la  même  année ,  une  lettre  de  M.  de 
La  Grange  à  Jean  Dietrich  fils,  contient  une  pièce  annexée  ;  c'est  la 
copie  d'une  dépêche  de  M.de  Barbézieux ,  qui  permet  à  Dominique 
Dietrich  de  fréquenter  le  service  divin  protestant ,  mais  renouvelle  et 
maintient  la  défense  d'assister  aux  séances  du  Conseil  de  la  ville  de 
Strasbourg*. 

Les  pensées  d'ambition ,  si  jamais  il  en  avait  eues ,  étaient  bien 
éteintes  dans  son  âme  »  depuis  de  longues  années  détachée  du  monde. 
On  se  rappelle  les  expressions  navrantes  dont  ils  se  sert  lors  de  son 
dernier  voyage  à  Paris ,  pour  dépeindre  les  angoisses  dont  il  est 
assiégé,  et  le  dégoût  dont  il  ^st  pris  pour  les  choses  terrestres.  Cette 
disposition  d'esprit  n'avait  fait  qu'augmenter.  Il  accepta  comme  une 
grâce  divine  la  faveur  qui  lui  fut  accordée  par  Louis  xiv  de  professer 
librement  son  culte ,  et ,  incapable  de  marcher ,  à  la  suite  d'une 
longue  réclusion ,  il  se  fit  porter  en  litière  au  pied  de  l'autel  de 
Saint-Nicolas. 

Il  prolongea  encore  près  de  deux  ans  cette  existence  infirme.  La 
méditation  de  l'Ecriture  et  le  culte  domestique  avaient  pris  la  place 
des  exercices  du  culte  public  auxquels  il  ne  pouvait  plus  assister. 
Enfin,  le  9  mars  4694,  il  expira  au  milieu  de  sa  famille,  en  lui 
recommandant  le  pardon  et  l'oubli  des  injures. 

Les  funérailles  furent  simples  et  silencieuses.  On  aurait  craint  de 
choquer  le  pouvoir  par  une  démonstration  solennelle. 

(*)  La  maison  habitée  par  Tammeistre  Dietrich  était  située  non  loin  de  TégUse 
Saint-Nicolas ,  sa  paroisse. 
9'AMte.  45 


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226  RBVUB  D'ALSACB. 

La  carrière  de  son  fils  fui  terne  et  calme  ;  mais  comme  si  le  meurtre 
judiciaire  de  George  Obrecht  n'avait  point  reçu  une  suffisante  expia- 
tion par  le  long  martyre  moral  de  Dominique  Dietrich  »  comme  si  le 
sang ,  cruellement  répandu ,  exigeait  »  d'après  la  loi  mystérieuse  du 
talion ,  la  réparation  par  le  sang ,  il  arriva  que  l'arrlère-petit^flls  de 
l'ammeistre ,  non  réconcilié  avec  Dieu  par  la  foi  dans  le  sacrifice  du 
Sauveur,  expia  d'une  manière  plus  cruelle  en  4795  le  supplice  de 
4672. 

Je  sais  fort  bien  que  par  ce  mode  d'interpréter  les  événements , 
j'encours  le  soupçon  d'être  superstitieux  ;  je  n'ai  rien  à  répondre ,  si 
ce  n'est  que  des  nations  entières  aussi  longtemps  qu'elles  n'ont  point 
été  corrodées  par  l'incrédulité*  ont  partagé,  et  partagent  encore 
cette  conviction  qui  fait  la  morale  de  l'histoire,  et  qui  est  la  digue  la 
plus  forte  contre  le  débordement  des  passions  politiques  et  sociales. 

L.  Spach  , 

AreUvitta  en  elièf  da  Bm-RUa 


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NOTICE  HISTORIQUE 

SUR  L'ÉGLISE  RÉFORMÉE  DE  SAINTE-MARIE-AUX-MINES. 

Suit»  et  fin.  f) 


XUII. 

Si  rindifféreDce  religieuse  et  le  relâchement  des  mœurs  a  engagé 
à  plusieurs  reprises  les  conducteurs  de  l'église  a  renouveler  et  même 
à  rendre  'plus  sévères  les  dispositions  du  règlement  disciplinaire 
rédigé  par  le  pasteur  Marbœuf ,  un  danger  d'une  autre  nature  et 
provenant  de  l'excès  contraire ,  éveilla  en  1716  la  juste  sollicitude 
du  comte  palatin  Chrétien  m  ,  alors  seigneur  du  comté  de  Rlbeaùvillé 
I  et  l'engagea  à  prémunir  ses  sujets  contre  les  malheurs  qui  pourraient 

'  en  résulter.  Depuis  quelque  temps»  en  effet,  des  hommes  désignés 

tous  les  noms  de  PUiistes  et  de  Séparatistes  parcouraient  l'Alsace  et 
'^  le  Palatinat ,  engageant  les  fidèles  à  renoncer  non  seulement  à  la 

I  fréquentation  des  églises  mais  encore  à  toute  participation  à  la  Sainte- 

Cène ,  sous  le  prétexte  que  la  parole  de  Dieu  n'était  pas  enseignée 
purement  par  les  pasteurs  et  que  ces  derniers ,  adonnés  à  tous  les 
péchés,  ne  pouvaient  qu'entraîner  dans  leur  perdition  ceux  qui 
auraient  recours  à  eux.  Ils  les  invitaient  à  prendre  part  à  des 
assemblées  secrètes ,  espèces  de  conventicules ,  dans  lesquelles , 
interprétant  à  leur  manière  certains  passages  des  Ecritures  saintes 
et  faisantjecture  d'ouvrages  mystiques ,  ils  exaltaient  l'imagination 
de  leurs  auditeurs  »  les  portaient  au  mépris  de  l'autorité  religieuse 
et  les  excitaient  à  supporter  toutes  les  privations  plutôt  que  de  se 
soumettre  à  la  discipline  et  à  l'ordre  établis  dans  l'église.  Ces  prédi- 
cations fanatiques  avaient  eu  un  grand  succès  dans  certaines  localités, 
notamment  à  Bischwiller,  et  menaçaient  de  jeter  le  désordre  dans 


(*)  Voir  les  livraisons  de  février,  mars  et  avril ,  pages  77  ,  137  et  161. 


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S%  REVCB  D'âLSâCB. 

le  pays  en  faisant  nattre  des  troables  dans  les  communautés  aussi 
bien  que  dans  Fintérieur  des  familles.  Pour  y  remédier  »  le  comte 
Chrétien  publia  le  31  octobre  1716  un  décret  dans  lequel ,  après  avoir 
signalé  le  danger ,  Il  flétrit  la  coupable  présomption  de  ces  prétendus  , 
apôtres  nomades  qui ,  sans  mission  et  sans  y  avoir  été  préparés  par 
des  études  spéciales ,  se  substituaient  aux  pasteurs  «  renversaient  le 
culte  établi  •  semaient  la  discorde  et  exaltaient  leurs  adhérents  au 
'  point  de  leur  faire  abandonner  la  protection  due  à  leurs  familles  et  le 
respect  dû  à  l'autorité.  Il  eiûoignit  à  tous  ses  siyets  de  dénoncer  immé- 
diatement aux  magistrats  ceux  qui  participeraient  aux  conventicules 
dont  s'agit  et  ordonna  que  les  coupables  seraient  tenus  de  faire  pu- 
bliquement amende  honorable  »  et  en  cas  de  refus ,  punis  par  la  des- 
titution des  emplois  qu'ils  pouvaient  posséder,  ou  par  d'autres 
peines ,  s'il^?  avait  lieu.  La  récidive  devait  être  suivie  d'un  bannisse* 
ment  perpétuel. 

Mais  tout  en  déployant,  cette  juste  sévérité  contre  les  perturbateurs 
de  l'église ,  le  comte  protesta  contre  l'intention  que  des  malveillants 
pourraient  aflTecter  de  lui  supposer  de  vouloir  supprimer  ou  défendre 
les  instructions  ou  conférences  que  les  pasteurs  avaient  l'habitude  de 
tenir  dans  les  maisons  particulières  »  ou  le.  culte  domestique  du  père 
de  famille  ;  il  recommande,  au  contraire,  de  faire  des  prières  en  pré- 
sence des  enfants  et  des  domestiques ,  d'engager  ceux-ci  à  la  lecture 
fréquente  des  Saintes-Ecriturçs  et  à  celle  du  catéchisme  et  de  s'a- 
dresser, au  besoin,  à  l'autorité  locale  pour  en  obtenir  aide  et  encou- 
ragement. 

Ce  décret  fut  transmis  aux  pasteurs  réformés  de  Sainte-Marie  par 
la  chancellerie  seigneuriale  de  Ribeauvillé  et  publié  au  prône  le  5  no- 
vembre 1716.^  Il  parait  qu'il  produisit  des  efl'ets  salutaires ,  car  rien 
n'établit  qu'à  cette  époque  le  séparatisme  dont  les  menées  y  sont 
signalées ,  ait  fait  de  nouveaux  prosélytes  dans  1^  vallée  de  la  Lièpvre. 
D'ailleurs ,  l'esprit  positif  des  habitanu,  leurs  habitudes  de  travail,  le 
milieu  catholique  dans  lequel  ils  vivaient ,  devaient  peu  les  disposer  à 
se  laisser  aller  à  un  mysticisme  nuageux  et  fanatique  proscrit  par  le 
prince  et  repoussé  par  l'église. 

XLIV. 

Mais  si  le  piétisme  ne  parvint  pas  à  jeter  de  l'agitation  parmi  les 
habitants  protestants  de  Sainte-Marie ,  le  repos  des  familles  n'en  fut 


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NOTICE  HISTORIQUE  ,  ETC.  239 

pas  moins. troublé  par  des  dissensions  religieuses  qui  prirent  leur  ori- 
gine, il  faut  bien  le  dire,  autant  dans  les  intérêts  temporels  de  Téglise. 
qne  dans  les  convictions  ardentes  des  fidèles.  En  effet ,  la  paix  rétablie 
par  le  règlement  du  i9  mars  1696  entre  les  protestants  de  la  confession 
d'Augsbourg  et  ceux  réformés ,  n'avait  pas  été  de  longue  durée.  A  tort 
ou  à  raison  »  ces  derniers  prétendaient  avoir  à  se  plaindre  des  pasteurs 
luthériens  qui  »  selon  eux  »  non  seulement  attiraient  sous  divers  pré- 
textes les  enfants  issus  des  mariages  mixtes,  mais  encore  cherchaient 
à  détacher  de  leur  église  les  adultes  appartenant  à  la  religion  réfor- 
mée et  possédant  quelque  fortune ,  qui  avaient  la  faiblesse  de  céder 
à  leur  prosélytisme ,  qui  donnaient  ainsi  le  scandale  d'une  abjuration 
publique  et  qui  diminuaient  par  leur  retraite  les  revenus  de  l'église. 
Les  choses  en  étaient  venues  à  ce  point  que  les  réformés  avaient  cru 
devoir  s'adresser  à  l'autorité  royale  et  lui  porter  leurs  plaintes.  Mais 
cette  autorité  qui  ne  trouvait  pas  de  peines  assez  sévères  pour  ceux 
qui  abjuraient  la  religion  catholique  et  qui  les  flétrissait  du  nom  de 
relaps  t  avait  déjà,  sous  la  date  du  i^' mars  1727,  dans  une  lettre 
adressée  par  le  secrétaire-d'Etat  Le  Blanc  au  maréchal  du  Bourg , 
lettre  insérée  au  Recueil  des  ordonnances  d'Alsace,  (i)  déclaré  c  qu'il 
<  arrive  si  rarement  que  des  calvinistes  passent  au  luthéranisme,  que 
c  Sa  Mî^esté  n'a  pas  jugé  à  propos  que  cet  article  méritât  un  règle- 
c  ment.  Elle  désire  seulement  que  vous  empêchiez  en  ce  cas  que  cette 
(  espèce  d'abjuration  soit  accompagnée  d'aucune  pompe  ni  éclat ,  la 
c  solennité  de  ces  cérémonies  ne  devant  être  autorisée  dans  le 
c  royaume  qu'à  l'égard  de  ceux  qui  embrassent  la  religion  catholique.! 
L'indifférence  royale  pour  les  querelles  des  protestants  entre  eux , 
d'accord ,  cette  fois  et  par  exception ,-  avec,  le  principe  de  la  liberté 
des  consciences ,  privait  dès  lors  les  réformés  de  tout  moyen  légal 
d'empêcher  leurs  coreligionnaires  d'embrasser  le  culte  luthérien.  Ils 
se  bornèrent  donc,  en  s'adressant  à  leur  seigneur,  à  réclamer  l'exé- 
cution du  règlement  de  1696  relatif  aux  mariages  mixtes.  A  cet  effet, 
le  consistoire  de  l'église  réformée  allemande  présenta,  le  10  mars 
1759 ,  une  requête  à  la  chancellerie  de  Ribeau ville  investie  des  pou- 
voirs de  la  princesse  Caroline  de  Deux-Ponts,  dans  laquelle  il  signale 
divers  faits  et  demande  l'intervention  du  seigneur.  Le  consistoire 
français  ne  prit  aucune  part  à  cette  démarche ,  probablement  parce 

(^)  Ordonnaneei  d'Alsace  f  tom.  ii,  p.  13. 


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S50  REVUE  D'ALSACE. 

qu'il  n'y  était  pas  directement  intéressé»  puisque  la  communauté 
luthérienne,  étant  exclusivement  allemande,  ne  pouvait  exercer  aucuoe 
action  sur  ceux  qui  ne  parlaient  que  la  langue  française. 

La  plainte  transmise  à  Deux-Ponts  et  après  que  le  pasteur  Stauber 
(luthérien)  eut  été  entendu  dans  sa  justiûcation  ,  fut  répondue  par  un 
décret  en  date  du  12  juin  1759  par  lequel  S.  A.  S.  la  princesse  Caroline 
renouvela  la  prescription  que  dans  les  mariages  mixtes  les  enfants 
mâles  auraient  à  suivre  la  religion  du  père  et  les  Glles  celle  de  la 
mère  à  moins  de  conventions  contraires  stipulées  dans  les  contrats  de 
mariage.  En  même  temps,  le  décret  fait  défense  aux  pasteurs  des  deux 
cultes  de  se  livrer  à  des  tentatives  de  changement  de  religion ,  dé- 
clarant toutefois  qu'il  sera  permis  à  tous  et  à  chacun  de  passer  d'une 
église  à  l'autre  et  même  aux  parents  d'y  amener  avec  eux  leurs  enfants 
à  ce  consentants  c  puisque ,  dit  le  décret ,  nous  voulons  laisser  à  cha- 
c  cun  liberté  de  conscience  pleine  et  entière.  Nous  invitons  en  outre 
c  les  ministres  des  deux  cultes  à  vivre  dans  une  mutuelle  harmonie 
c  et  dans  une  union  chrétienne.  > 

XLV. 

Cette  harmonie  mutuelle ,  à  l'époque  où  nous  sommes  arrivés . 
n'existait,  malheureusement,  pas  même  entre  les  pasteurs  du  culte 
réformé.  Depuis  qiie  la  séparation  des  églises  réformées  française  et 
allemande  avait  été  consommée ,  de  nombreux  changements  étaient 
survenus  dans  la  population  protestante.  Nous  avons  expliqué  au 
commencement  de  ce  travail  comment  II  s'est  fait  que  l'église  calvi- 
niste formée  du  côté  allemand  de  Sainte-Marie  a  été  française  dans 
son  origine  et  comment  ce  n'est  que  successivement  que  les  réformés 
allemands  sont  devenus  assez  nombreux  pour  fonder  eux-mêmes  une 
communauté  et  se  séparer  de  leurs  frères  français.  Nous  ajouterons , 
que  déjà  dès  le  commencement  du  dix-huitième  siècle  et  même  avant, 
les  mines  de  Sainte*Marie  avaient  cessé  d'être  exploitées ,  ou  ne  Té- 
taient plus  qu'avec  peu  de  succès.  L'industrie  cotonnière  s'était 
répandue  dans  la  vallée  et  de  nombreux  ouvriers  tisseurs  étaient 
venus  remplacer  les  hommes  qui ,  autrefois ,  avaient  travaillé  aux 
mines.  Ces  tisseurs  étaient ,  pour  la  majeure  pariie ,  originaires  de 
l'Alsace  et  de  l'Allemagne ,  ignorant ,  par  conséquent ,  l'usage  de  la 
langue  française.  D'autre  part,  les  relations  entre  les  habitants  du  val 


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NOTICE  HISTORIQUE  ,  ETC.  231 

et  ceux  de  l'Alsace ,  se  traitaient  presque  toujours  dans  l'idiome  alle- 
mand ,  il  était  donc  naturel  de  penser  que  ce  dernier  exercerait 
bientAt  une  certaine  prépondérance  sur  le  français  et  tendrait  peu  à 
peu  à  l'expulser  de  Téglise. 

C'est  cette  crainte  qui  agitait  incessamment  la  communauté  et  le 
pasteur  français ,  et  qui  les  engagea  à  renouveler  dans  une  séance  du 
grand  consistoire»  tenue  le  16  août  i759,  les  prescriptions  sévères  de 
leur  ancienne  discipline,  à  établir  un  règlement  pour  la  fréquentation 
des  écoles ,  à  enjoindre  à  tous  les  paroissiens  de  se  souvenir  du  res« 
pect  dû  au  pasteur ,  et  à  exiger  que  la  langue  française  fut  exclusi- 
vement employée  dans  les  relations  des  membres  de  l'église  et  dans 
les  écoles.  Parmi  ces  dispositions  nous  citerons  *celle  qui  permettait 
à  tout  membre  de  la  communauté  française  de  reprendre ,  ou  répri- 
mander l'enfant  qu'il  rencontrerait  dans  la  rue  »  parlant  allemand 
avec  un  autre  de  la  même  communion. 

Nous  citerons  aussi  les  articles  suivants  extraits  du  règlement  des 
écoles  arrêté  le  il  octobre  de  la  même  année.  <  Devoirs  du  maître 
c  d'école.  Art.  2.  L'école  se  fera  en  langue  française»  sans  qu'il  soit 
c  en  aucune  façon  permis  d*y  parler  allemand  ,  pas  même  sous  pré- 
(  texte  d'interpréter  aux  enfants  ce  qu'ils  n'auront  pas  compris  ;  on 
c  ne  s'y  servira  point  non  plus  de  livres  allemands  ni  moitié  allemands 
c  pendant  les  heures  destinées  à  l'école.  Art,  9.  Les  enfants  qui ,  dans 
c  l'école  f  ou  hors  de  l'école  auront  été  surpris  à  jurer ,  se  battre , 
c  manquer  de  respect  à  qui  que  ce  soit  »  ou  parler  allemand  avec 
c  d'autres  de  la  même  communion ,  seront  châtiés  à  proportion  de 
c  leur  faute.  » 

Malgré  ces  précautions  méticuleuses  qui  avaient  pour  but  d'empê- 
cher les  membres  de  la  communauté  française  de  contracter  l'habi- 
tude de  la  langue  allemande  et  de  leur  Ater  ainsi  la  possibilité  de 
passer  dans  l'église  allemande  »  celte  dernière  continua  à  grandir  et 
déjà  en  l'année  1779  le  nombre  de  ses  membres  était  quatre  fois  plus 
élevé  que  celui  des  membres  de  l'église  française.  Nous  en  trouvons 
la  preuve  dans  une  requête  présentée  le  i"  décembre  1779  par  le 
receveur  de4'église  française  à  la  chancellerie  de  Ribeauvillé,  requête 
dans  laquelle  il  demande  que  le  loyer  annuel  à  payer  par  les  Allemands 
et  qui  par  le  décret  de  séparation  du  14  mai  1698  avait  été  flxé  à  50 
florins  fut  dorénavant  élevé  à  150  florins,  par  le  motif  entre  autres 
(  que  la  communanté  réformée  allemande  qui ,  lors  de  sa  séparation 


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252  REVUE  D'ALSACE, 

c  d'avec  les  Français  n'était  que  de  la  même  force  qae  ceux-ci  »  est 
c  aiyourd'hui  quatre  fois  plus  nombreuse ,  ce  qui  est  aisé  de  vérifier 
c  en  mettant  sous  les  yeux  de  la  sérénissime  chancellerie  la  note  des 
c  communiants  des  deux  côtés,  i  —  Il  est  vrai  que ,  dans  sa  réponse, 
le  pasteur  allemand  dénie  ce  fait  en  déclarant  que  son  église  a ,  pen* 
dant  les  dernières  années,  perdu  beaucoup  de  ses  membres  qui  sont 
allés  se  fixer  dans  les  communes  protestantes  avoisinantes,  mais  il 
convient  néanmoins  que  lors  des  services  d'église  le  nombre  des 
Allemands  est  plus  considérable  que  celui  des  Français,  parce  que, 
dit-il  :  c  beaucoup  de  fidèles  qui  descendent  d'ancêtres  français  et 
c  qui  sont  tenus  de  rester  membres  de  l'église  française  quoiqu'ils  ne 
c  comprennent  pas  un  mot  de  cette  langue ,  assistent  pour  s'édifier 
c  aux  exercices  du  culte  allemand.  > 

XLVL 

Cette  assertion  du  pasteur  allemand  était  tellement  vraie  que  nous 
trouvons  en  l'année  1745  une  délibération  du  consistoire  français 
qui ,  reconnaissant  que  beaucoup  d'enfants  de  son  église  ne  com- 
prenaient pas  la  langue  que  parlaient  leurs  aïeux ,  permet  leur  envoi 
à  l'école  allemande  pour  les  préparer  à  la  confirmation  et  consent 
même  à  ce  qu'ils  communient  la  première  fois  avec  les  Allemands 
mais  c  pour  cette  fois  seulement  et  à  la  charge  de  retourner  ensuite 
c  à  l'église  française  dont  ils  sont  membres.  > 

XLVII. 

Il  est  évident  qu'un  pareil  état  de  choses  devait  occasionner  des 
froissements  assez  nombreux  et  produire  quelque  fois  une  Irritation 
que  les  préposés  des  deux  paroisses  ne  cherchaient  pas  toujours  à 
calmer  par  des  paroles  et  des  actes  de  tolérance  et  de  fraternité  réci- 
proques. Pendant  la  seconde  moitié  du  dix-huitième  siècle ,  de  fré- 
quentes contestations  furent  portées  par  les  deux  partis  devant  la 
chancellerie  du  prince  Palatin  de  Deux-Ponts  devenu  seigneur  de 
Ribeauvillé  ;  eHes  se  rapportaient  tantôt  au  loyer  de  l'église ,  tantôt 
à  l'arrangement  intérieur  des  bancs ,  tantôt  à  une  indemnité  réclamée 
par  les  Français  pour  le  salaire  du  maître  d'école  et  les  honoraires 
du  sacristain ,  tantôt ,  enfin ,  à  un  prétendu  prosélytisme  reproché 


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NOTICE  HISTORIQUE  ,   ETC.  255 

aux  ÂllemaDds.  Toutes  ces  plaintes  furent  examinées  avec  soin  par 
les  agents  du  seigneur  et  il  faut  reconnaître  que  dans  les  décisions 
rendues  »  il  respire  un  esprit  de  justice  et  d'impartialité  qui  aurait  dû 
ramener  la  paix  et  la  concorde  parmi  des  frères ,  appartenants  au 
même  culte  et  qui  avaient ,  au  fond  ,  les  mêmes-intérêts. 


XLVin. 

Hais  les  petites  passions%  celles  qui  s'agitent  dans  les  familles  et 
dans  les  localités  restreintes,  sont  toujours  les  plus  vives  et  les  plus 
impatientes  à  se  produire.  C'est  envain  que  la  grande  révolution  de 
1789  est  venue  à  S**-Marie»  comme  dans  la  France  entière ,  changer 
la  Ace  de  la  société,  anéantir  des  institutions  vieillies  pour  lui  substi- 
tuer des  lois  et  des  intérêts  nouveaux ,  proclamer  la  liberté  de 
conscience  et  feire  appel  à  une  fraternité  générale  »  —  les  petites 
passions  ont  survécu  à  la  grande  révolution  et  nous  en  trouvons  la 
preuve  écrite  au  dernier  feuillet  du  livre  consistorial  français  conte* 
nant 'copie  d'une  lettre  adressée  le  2  février  4795  au  conshtoire  alle- 
mand par  le  consistoire  français.  Dans  cette  lettre  ce  dernier  se  plaint 
de  ce  que  le  pasteur  allemand  reçoit  à  communion  les  membres  de 
l'église  française  et  cherche  ainsi  à  les  attirer  dans  son  église.  Il  rap- 
pelle longuement  l'origine  de  la  communauté  réformée  à  S**-Marie, 
l'ancienneté  de  celle  française  qui  a  existé  un  siècle  avant  la  paroisse 
allemande,  il  exprime  Tespoir  que  les  frères  allemands  respecteront 
leurs  engagements  consacrés  par  le  temps  et  ne  troubleront  pas 
une  harmonie  fondée  sur  des  conventions  réciproques  ;  il  Bnit  en 
déclarant  qu'il  pense  c  que  les  réfordués  français  ne  seront  jamais 
€  dans  le  cas  d'exiger  judiciairement  l'exécution  de  ces  conventions, 
c  puisqu'une  pareille  démarche  pourrait  conduire  leurs  frères  allemands 
<  .à  des  conséquences  qu'ils  ne  pourraient  prévoir,  i 

Nous  ignorons  quelle  est  la  suite  que  les  circonstances  du  moment 
ont  permis  de  donner  à  cette  lettre,  mais  sa  date  indique  assez  qu'elle 
a  coïncidé  avec  cette  époque  d'exaltation  politique  qui  a  absorbé  tous 
les  autres  intérêts,  a  porté  vers  nos  frontières  menacées  la  moitié 
de  la  nation  en  armes  et ,  au  cri  de  liberté  et  d'égalité ,  a  nivelé 
toutes  les  positions  sociales ,  en  même  temps  qu'elle  a  fait  disparaître 
tous  les  signes  extérieurs  des  cultes. 


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234  REVUE  D'ALSACE, 


XLIX. 

L'on  sait  qu'après  la  malhearease  joarnée  du  51  mai  i  793  la  France, 
selon  l'expression  de  Portalis ,  t  fut  subitement  couverte  de  deuil , 
c  que  les  temples  furent  dépouîllés  et  abattus  et  que  tous  les  exercices 
t  religieux  furent  interdits.  >  Le  5  octobre  suivant ,  l'ère  chrétienne 
fut  abolie;  la  Convention  nationale  vit  paraître  à  sa  barre  l'évéque 
constitutionnel  de  Paris  et  ses  vicaires  abjurant  leurs  croyances  et  des 
ministres  protestants  déclarant  qu'ils  n'aurt)nt  plus  désormais  d'autres 
temples  que  le  sanctuaire  des  lois,  d'autre  culte  que  celui  de  la  patrie 
et  d'autre  Evangile  que  la  constitution  républicaine.  Le  12  novembre 
4795  (22  brumaire  n)  la  Convention  ordonoa  la  démolition  des  clo- 
chers des  églises  qui  <  par  leur  élévation  blessaient  le  principe  de 
c  l'égalité,  i  et  le  24  août  1794  (7  fructidor  ii)  elle  tléclara  que  le 
gouvernement  ne  payera  plus  les  frais  d'aucun  culte ,  ni  les  salaires 
de  leurs  ministres  et  qu'aucun  local  ne  sera  alloué  aux  différentes 
sectes  pour  y  célébrer  leurs  pratiques  religieuses.  Les  églises ,  deve- 
nues propriétés  nationales ,  furent  fermées  et  dans  un  grand  nombre 
de  localités  Ton  emprisonna  les  ministres,  restés  Bdèles  à  leur  foi  en 
les  plaçant  dans  la  catégorie  des  suspects. 

L'église  réformée  de  Sainte-Marie  dût  subir  le  sort  commun.  Les 
portes  du  temple  furent  fermées  au  culte  et  ne  se  rouvrirent  que  pour 
donner  entrée  aux  membres  du  club  révolutionnaire  qui  y  tinrent 
longtemps  leurs  séances,  il  est  probable  que  son  enceinte  servit  aussi 
à  la  célébration  de  ces  fêtes  dédiées  à  la  raison ,  à  la  liberté  ,  aux 
vieillards»  à  l'agriculture,  que  le  gouvernement  avait  institué  pour 
donner  un  aliment  à  l'imagination  du  peuple  et  pour  lui  faire  oublier 
les  pompes  proscrites  de  l'église  romaine. 


Mais  si  le  culte  public  est  resté  suspendu  à  Sainte-Marie  pendant 
un  temps  plus  ou  moins  long ,  temps  qu'il  n'est  plus  possible  de  pré- 
ciser exactement  »  il  n'en  faut  pas  conclure  que  l'exercice  de  la  reli- 
gion réformée  y  ait  été  complètement  supprimé.  La  ville  de  S^-Marie 
sise  au  milieu  des  Vosges ,  isolée ,  en  quelque  sorte  des  centres  du 
mouvement,  habitée  par  une  population  calme  et  laborieuse,  devait 


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NOTICE  HISTORIQUE  .  ETC.  35S 

moins  que  toute  autre  ressentir  l'action  qui  se  progageait  sur  la  sur- 
face de  la  France,  âauf  quelques  hommes  turbulents,  quelques  esprits 
inquiets  et  exaltés,  la  majorité  des  habitants  avait  su  se  préserver  du 
vertige  qui  avait  envahi  la  société  presque  tout  entière.  Obéissants 
aux  lois  de  l'Etat  en  ce  qui  concernait  la  défense  de  l'exercice  public 
du  culte ,  les  réformés  n'en  continuèrent  pas  moins  à  le  suivre  dans 
l'intérieur  de  leurs  maisons^  dans  des  réunions  privées,  et  ils  y  furent 
encouragés  et  secondés  par  la  présence  de  leurs  pa&teurs  qui ,  eux 
aussi  •  en  partie  du  moins ,  avaient  échappé  aux  persécutions  révolu- 
tionnaires. 

Les  registres  de  recette  de  l'église  allemande  prouvent»  qu'en 
l'année.  4793  les  fidèles  ont  continué  à  verser  leurs  offrandes  à  l'issue 
du  service  divin  et  les  comptes  arrêtés  par  le  pasteur  Rodolphe  Rapp 
le  il  mai  4794  et  dans  le  courant  de  4795»  établissent aon  seulement 
sa  présence  à  Sainte-Marie ,  mais  aussi  la  continuation  de  ses  fonc- 
tions. C'est  à  la  fin  de  cette  même  année  1795 .  ou  an  commeqcement 
de  1796  »  que  le  ministre  Rapp  a  été  remplacé  par  le  pasteur  Jean^ 
Daniel  Meyer  idont  la  signature  se  retrouve  à  la  suite  des  comptes 
d'église  depuis  1796  jusqu'en  juin  1805. 

Le  service  religieux  n'a  donc  souffert  aucune  interruption  >  au 
moins  quant  à  ce  qui  concerne  la  communauté  allemande.  Il  n'en  a 
pas  été  de  même  quant  à  celle  française  qui  a  été  momentanément 
privée  de  son  pasteur. 

En  effet»  Prançois-Aimé  Testas  était  ministre  de  cette  église  encore 
en  1793  »  les  comptes  de  cette  année  en  font  foi  »  car  l'on  y  trouve 
sous  la  date  du  4  mars  1794  la  mention  que  le  quartier  de  Pâques  a 
été  payé  à  M.  Testus  avec  161  livres»  et  cette  mention  lui  donne  la 
qualification  £  ancien  pasteur.  A  cette  époque  il  avait  donc  cessé  ses 
fonctions»  probablement  à  la  suite  de  graves  dissentiments  survenus 
entre  lui  et  la  paroisse.  A  [lartir  de  ce  moment  jusqu'en  1801  »  époque 
de  la  nomination  du  pasteur  Descombes  »  l'église  réformée  française 
est  restée  veuve  et  le  service  a  dû  être  confié  successivement  aux 
pasteurs  allemands  Rapp  et  Meyer  pour  tous  les  réformés  indistincte- 
ment. Il  y  avait  peu  d'inconvénients  à  adopter  cet  expédient»  imposé, 
d'ailleurs»  par  la  nécessité»  car  depuis  longtemps  l'usage  des  deux 
langues  était  devenu  familier  aux  habitants  de  Sainte-Marie  »  celle 
allemande  avait  même  pris  faveur  et  la  langue  française  n'avait  été 
exclusivement  conservée  que  par  un  petit  nombre  de  fidèles. 


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256  REVUE  D'àLSÀGB. 


U. 

Le  rétablissement  de  l'ordre  et  la  réorganisation  de  tous  les  pou- 
voirs de  l'Etat  qui  tarent  la  suite  de  la  journée  du  18  brumaire ,  ne 
pouvaient  manquer  d'exercer  une  salutaire  influence  sur  l'exercice 
public  des  divers^  cultes.  La  révolution  de  i789  avait ,  pour  toujours  » 
arboré  en  France  le  drapeau  de  la  liberté  des  consciences,  mais  la 
baine  décbalnée  contre  les  prêtres  »  aidée  par  l'anarchie  terroriste, 
avait ,  plus  tard ,  fait  proscrire  la  religion  elle-même.  Il  appartenait 
au  génie  du  premier  consul  d'en  rétablir  et  faire  reconnaître  l'empire, 
d'en  régler  l'exercice,  d'assurer  une  égale  protection  à  tous  les  cultes 
et  de  déterminer  nettement  leurs  rapports  avec  l'Etat.  Cest  alors  que 
parut  la  loi  organique  du  45  germinal  x  (8  avril  1802) ,  loi  qui ,  si  elle 
n'a  pas  répondu  en  tous  points  à  la  juste  attente  des  cultes  protes- 
tants, n'en  a  pas  moins  été  un  immense  bienfait,  un  hommage  écla- 
tant rendu  aux  principes  de  la  tolérance  chrétienne. 

Cette  loi  disposait  qu'à  l'avenir  les  églises  réformées  auront  des 
pasteurs ,  des  consistoires  locaux  et  des  synodes  ;  que  l'église  cousis- 
toriale  comprendra  six  mille  âmes  de  la  même  confession ,  et  que 
cinq  églises  consistoriales  formeront  un  synode. 

En  exécution  de  cette  disposition ,  un  décret  du  18  thermidor  de 
l'an  XI  (6  août  1805)  organisa  l'église  consistoriale  de  Mulhouse  com- 
posée des  communes  de  Mulhouse ,  Illzach  et  S**-Marie.  Six  pasteurs 
furent  attachés  à  cette  consistoriale ,  deux  d'entre  eux  restèrent  spé- 
cialement chargés  du  service  du  culte  à  S*«-Marie.  Ce  n'est  que  beau- 
coup plus  tard  et  par  une  ordonnance  royale  rendue  en  18S0  que 
l'église  réformée  de  Saint-Dié  ayant  été  reconnue  par  l'Etat,  fut 
réunie  à  celle  de  Sainte-Marie  désormais  détachée  de  Mulhouse ,  pour 
former  avec  elle  une  église  consistoriale  séparée.  Tel  est  l'état  des 
choses  sous  l'empire  de  l'organisation  actuelle. 

LU. 

En  accordant  en  1805  deux  pasteurs  à  l'église  réformée  de  Sainte- 
Marie  ,  le  gouvernement  ne  s'était  pas  prononcé  sur  le  maintien  de  la 
séparation  des  deux  communautés  française  et  allemande.  Il  avait 
sans  doute  pensé»  que  c'était  là  une  question  d'intérieur  à  débattre  et 


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NOTICE  HI8T0RIQUB ,  ETC.  257 

à  résoudre  en  famille.  De  «son  côté ,  le  consistoire  de  Mulhouse  avait 
laissé  subsister  cette  séparation  en  donnant  dans  ses  actes  officiels  à 
Fun  des  pasteurs  la  qualification  de  ministre  français  et  à  l'autre  celle 
de  ministre  allemand.  Elle  continua  donc  jusqu'en  1827  et  ce  n'est 
qu'à  cette  époque  que  •  grâce  au  zèle  persistant  et  éclairé  du  pasteur 
français  Paira  et  au  concours  loyal ,  conciliant  et  décisif  du  pasteur 
allemand  Mseder ,  la  réunion  a  pu  s'opérer  et  a  été  solennellement 
inaugurée  le  li  novembre  de  la  même  année.  Aujourd'hui  les  deux 
paroisses  n'en  forment  plus  qu'une,  il  n'existe  plus  qu'un  seul  conseil 
presbytéral.  Les  écoles,  les  biens  d'église  sont  réunis.  Dans  les  com- 
mencements de  la  réunion  et  pour  ne  soulever  aucun  mécontentement, 
le  service  était  mixte  aux  jours  de  fête  et  de  communion.  Deux  dis- 
cours dans  les  deux  langues  se  suivaient.  Les  Allemands  e)  les  Fran- 
çais communiaient  ensemble ,  l'un  des  pasteurs  prononçant  les  paroles 
de  distribution  de  la  cène  en  français ,  l'autre  en  allemand.  Depuis  deux 
années  ces  derniers  vestiges  d'un  temps  qui  n'est  plus ,  ont  disparu. 
Les  services  mixtes  sont  supprimés  ;  les  deux  ministres  alternent  par 
semaine  pour  les  fonctions  pastorales  et  donnent  chacun  l'instruction 
religieuse  dans  les  deux  langues,  l'un  aux  garçons,  l'autre  aux 
iiles.  (1) 

un. 

Ce  n'est  pas  entre  les  réformés  seulement  que  les  effets  d'upe  tolé- 
rance réciproque  et  d'une  fraternité  toute  chrétienne,  se  sont  mani- 
festés depuis  le  commencement  du  i9°^^  siècle;  ils  ont  propagé  leur 
vivifiante  action  jusqu'aux  rapports  autrefois  si  tendus  et  si  pénibles 
qui  existaient  entre  les  protestants  de  la  confession  d'Augsbourg  et  ceux 
du  culte  helvétique.  Sans  amener  cette  fusion  des  deux  cultes  que 
rêvait  en  1650  l'honnête  pasteur  Helet ,  ils  ont  fait  cesser  des  rivalités 
et  des  dissentiments  qui  n'avaient  aucune  raison  d'être  et  ont  fait 
comprendre  aux  pasteurs  d'abord ,  aux  fidèles  ensuite ,  que  la  religion , 
que  le  protestantisme  surtout ,  ne  gagne  rien  aux  vaines  disputes  de 

(*)  La  population  actuelle  de  la  paroisse  réformée  de  Sainte-Marie  et  des  secr 
tioDs  qui  en  dépendent ,  est  de  2736  âmes.  L'église  possède  à  elle  seule  un  hos- 
pice renfermant  treize  lits  desservis  par  trois  diaconesses.  Elle  a  un  diaconat  de 
16  membres  et  dont  font  partie  tous  les  membres  du  conseil  presbytéral  et  du 
consistoire.  Ce  diaconat  s'occupe  des  pauvres  de  l'église. 


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238  BBYUK  D*AL8àGB. 

mots  9  aux  chicanes  scolastiques  »  à  une  orthodoxie  raide  et  peu  con- 
ciliante. Aussi  voit-on  aujourd'hui  à  Eschery  »  à  S^Biaise  et  à  Fertrupt 
les  réformés  et  les  luthériens  fréquenter  les  mêmes  services  alterna- 
tivement célébrés  par  les  pasteurs  des  deux  cuites.  A  Surlates ,  le 
Simultaneum  est  établi  avec  les  catholiques,  mais  l'humidité  du  temple 
le  fait  peu  fréquenter.  A  Eschery  la  commune  a  établi  un  oratoire 
protestant  dans  la  maison  commune.  A  Fertrupt- et  à  Saint-Biaise ,  la 
chapelle  destinée  au  culte  est  la  propriété  des  luthériens  qui  en  ont 
concédé  l'usage  concurremment  avec  eux  aux  réformés 

LIV. 

C'est  ainsi  qu'après  trois  siècles  de  périls ,  de  luttes  et  fie  sacrifices  » 
l'église  évangélique  réformée  a  pu  s'établir  et  prospérer  dans  la  vallée 
de  la  Lièpvre.  Fondée  par  quelques  ouvriers  mineurs  étrangers  au 
pays ,  soutenue  et  protégée  par  le  seigneur  féodal  qui  eut  à  lutter 
pour  elle  contre  la  puissante  maison  d'Autriche ,  aidée  par  les  sympa- 
thies et  les  secours  pécuniaires  de  ses  coreligionnaires,  les  cantons 
suisses,  l'église  réformée  de  Sainte-Marie  a  survécu  aux  persécutions 
fanatiques ,  aux  horreurs  des  guerres  religieuses ,  à  l'action  dissol- 
vante des  lois  de  Louis  xiv  et  de  ses  successeurs. 

L'époque  de  la  réformation  a  été  l'époque  des  convictions  fortes , 
persistantes ,  inaltérables  ;  catholiques  et  pi*otestants  étaient  prêts  à 
sacrifier  leur  fortune  et  leur  vie  au  triomphe  de  leur  foi.  De  nos  jours 
les  caractères  ne  sont  plus  aussi  fermes ,  les  mœurs  se  sont  adoucies , 
la  persécution  ne  rencontrerait  plus  qu'un  petit  nombre  d'hommes 
qui ,  à  l'imitation  des  Huss ,  des  Schuh ,  des  Louis  de  Berquin ,  pré- 
féreraient la  gloire  du  mar,tyr  à  la  honte  de  l'apostasie;  mais  aussi  elle 
ne  parviendrait  plus  i  faire  renaître  ni  les  massacres  de  Mérindol ,  ni 
une  journée  de  Saint-Barthélémy ,  ni  même  les  dragonades  du  grand 
roi.  Rendons*  grâces  à  Dieu  du  calme  dont  nous  jouissons ,  de  l'égalité 
des  droits,  de  la  liberté  de  conscience  qui  nous  sont  désormais 
assurés ,  mais  n'oublions  pas  que  nous  devons  ces  bienfaits  à  l'héroïque 
constance,  à  Ja  foi  vive  et  ardente  i  aux  sacrifices  et  aux  luttes  de 
ceux  qui  nous  ont  précédé. 

•  Cu.  Drion, 

Préiidwt  da  trOwMl  dvU  àê  ScUwUdU 


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SUR 


QUELQUES  MONNAIES  ÉPISCOPALES 

DE  STRASBOURG. 


La  Revue  numiimatique ,  dans  ane  de  ses  dernières  liyraisoiM»  a 
psbiié  une  Diitertatkm  $ur  quelques  monnaies  épiseopales  de  Stras* 
bourg  »  écrite  par  M.  Adrien  de  Longpirier ,  membre  de  rinstitot.  Cet 
opuscule  se  recommande  à  tous  les  amis  de  la««cience  par  les  éclair- 
cies  nouvelles. qu'il  découvre  dans  Tborizon  si  brumeux  de  la  numis- 
matique alsacienne  du  moyen-Age.  Il  n'est  pas  un  numismatiste  »  un 
collectionneur  de  monnaie  d'Alsace ,  qui  n'y  trouvera  d'utiles  rensei- 
gnements. Tous  regretteront  que  l'auteur  se  soit  arrêté  au  dixième 
siècle»  et  les  ait  abandonnés  au  milieu  des  téoèbres  des  siècles  sui- 
vants. Dans  un  cadre  restreint»  sous  le  titre  le  plus  modeste»  l'auteur 
passe  réellement  en  revue»  non  quelques  monnaies  épiseopales»  mais 
pour  ainsi  dire  »  tous  les  monuments  qui  nous  out  été  légués  »  à  l'é- 
poque où  il  s'est  placé  »  par  les  souverains  auxquels  l'Alsace  était 
soumise  et  par  les  évéques  de  Strasbourg.  Ce  que  le  texte  ne  dit 
point  »  les  notes  le  mentionnent  avec  une  riche  profusion.  Le  but  de 
l'auteur  a  été  d'inauguer  un  nouveau  mode  de  classement  pour  les 
deniers  des  évéques  de  Strasbourg.  A  notre  avis  il  l'a  parfaitement 
atteint  »  et  comme  la  Revue  numismatique  est  peu  répandue  en  Alsace» 
on  nous  saura  quelque  gré ,  dé  rendre  compte  d'une  œuvre  aussi 
éminemment  alsacienne. 

Avant  d'aborder  la  classification  de  ses  monnaies  épiseopales  i 
M.  de  Longpérier ,  justement  froissé  de  ce  que  ses  idées  »  émises 
déjà  en  1848»  au  sujet  des  deniers  frappés  avec  la  légende  Hludowicus 
plus  et  Carolus  pius  (sans  titres  de  roi  ou  d'empereur)  et  portant  de 


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240  mwE  d'alsàgb. 

plus  au  revers  une  inscriplioo  bilinéaire,  avec  ces  mots  :  ÂR6ENTINA 
CIVITAS,  n'aient  pas  généralement  été  adoptées.,  revient  sur  ses 
propositions  et  leur  donne  un  nouveau  développement. 

Pour  faire  comprendre  la  difficulté ,  prenons-la  dès  son  débat.  H 
avait  semblé  rationnel  à  ceux  qui  les  premiers  se  sont  occupés  de  ces 
deniers ,  de  rapporter  à  Charlemagne ,  canonisé  par  l'Eglise ,  et  à 
Louis-le-Débonnaire ,  l'un  des  bienfaiteurs  les  plus  généreux  de 
l'Eglise  V  des  légendes  où  les  noms  de  ces  princes,  étaient  accompa- 
gnés du  titre  de  pieux.' Dans  le  principe ,  l'entratnement  fut  général. 
Peu  à  peu  la  critique  8e*souvint  que  ce  titre  avait  été  ambitionné  et 
adopté ,  même  durant  leur  vie ,  par  les  successeurs  de  Cbarleroagoe 
et  de  Louis-le-Débonnaire.  Elle  s'aperçut  combien  étaient  différentes 
des  deniers  en  question ,  les  pièces  marquées  au  coin  de  Carkit  rex 
francorum,  et  surtout  celles  marquées  au  coin^  de  Hludowicui  tmpe- 
rator,  avec  revers  portant  Straiburc,  Siraiburcui^  et  elle  conçut  des 
doutes.  Mais  les  éléments  de  comparaison  étant  rares  et  très-dispersés, 
les  suffrages  s'égarèrent  entre  les  fondateurs  de  la  monarchie  cario- 
vingienne  et  teure  successeurs,  La  confusion  devint  complète. 

Au  lieu  de  procéder  par  tâtonnements ,  d'examiner  et  d'étudier 
chaque  pièce  prise  au  hasard ,  M.  de  Longpérier  se  fit  une  collection 
d'empreintes  de  tous  les  deniers  strasbonrgeois  connus,  et,  assem- 
blant empereurs ,  rois ,  évéques ,  sans  se  préoccuper  d'abord  des 
noms ,  les  classa  dans  l'ordre  que  lui  indiquait  »  non  les  termes  des 
légendes  des  deniers ,  mais  leur  style  de  fabrication.  Son  expérience 
paléographique  ne  lui  fit  pas  défaut.  La  filiation  chronologique  des 
types  étant  ainsi  établie ,  il  découvrit  l'analogie  qu'il  y  avait  entre  les 
deniers  marqués  au  coin  de  Louis-le-Pieux ,  de  Charles-le-Pieux  et 
ceux  de  Henri-l'Oiseleur.  Ces  derniers  avaient  pris  naturellement  leur 
place  •  l'un  à  côté  de  l'autre ,  à  un  long  intervalle  des  Chariemagne 
et  des  Louis^le-Débonnaire.  Dès  lors  il  devint  évident  aux  yeux  de 
notre  habile  numismatiste ,  que  ces  trois  deniers  devaient  appartenir 
à  trois  règnes  qui  s'étaient  sucpédés.  Aussi  n'bésita-t-il  plus  i  les 
altribuer  à  Louis  de  Germanie,  aCharles-le-Simpleet  à  Henrii*', 
princes  qui  ont  successivement  occupé  le  trône  de  Lorraine ,  auquel 
l'Alsace  était  annexée. 

De  nouvelles  observations  lui  démontrèrent  qu'il  ne  s'était  pas 
mépris.  Comme  nous  l'avons  dit  plus  haut ,  dans  le  champ  de  ces 
deniers  était  inscrit  :  ARGENTINA  CIVITAS.  Déjà  Hader,  en  1811, 


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SUR  QUELQUES  MONNAIES  ÉPISCOPALES  DE  STRASBOURG.  241 

âYatt  pensé  que  remploi  de  répithète  argenlina  ne  s'accommodait  pas 
à  des  deniers  de  Charlemagne  »  puisque  celte  expression  n'a  été  mise 
en  usage  qu'à  une  époque  beaucoup  plus  récente.  Cette  remarque 
n'avait  sans  doute  pas  échappé  a  M.^de  Longpérier,  qui  prouve  par 
sa  dissertation  qu'il  a  touMu  avec  soin.  Il  la  vérifie  scrupuleusement, 
interroge  tous  les  titres  contemporains ,  les  passe  au  creuset  de  la 
plus  saine  critique ,  les  discute  avec  l'autorité  d'une  science  con- 
sommée et  démontre  que ,  jusqu'en  880  >  dans  les  chartes  »  sur  les 
monnaies ,  dans  les  chroniques ,  dans  tous  les  écrits  dignes  de  foi , 
l'afttiqM  cité  des  Triboques  a  conservé  le  nom  û*Argentùmîum  ou 
livis  celui  de  Straieburc  qui  lui  a  été  donné  an  sixième  siècle ,  que  le 
nom  d'Argentina  ne  lui  est  venu  qu'à  la  fin  du  neuvième  siècle.  La 
conséquence  qu'il  tire  de  cette  constatation ,  c'est  qu'un  denier  sur 
lequel  on  rencontre  la  dénomination  d'Argentina  »  ne  peut  appartenir 
à  LouiS'-le^Débonnafre ,  mort  en  840.  Nous  ajoutons  qu'il  ne  peut 
non  plus  être  accordé  à  Louis  n  »  puisque  ce  prince ,  héritier  pré- 
somptif du  trône  de  Lorraine»  s'en  est  laissé  dépouiller  avant. d'y 
atoir  pris  place,   par  ses  deux  oncles,  Louis-le-Germ^nique  et 
.  Charles*le-Chauve  ;  qu'il  n'y  a  de  raison  particulière  pour  l'attribuer 
à  LoUis-^Ie-Germanique  tandis  que  tout  concourt  à  l'assigner  à  Louis 
defieitnanie  le  prédécesseur  médiat  de  Henri-l'Oiseleur ,  et  qu'un 
Hen  de  similitude  si  intime  »  en  quelque  sorte  indissoluble ,  unit 
les  trois  deniers ,  frappés  au  coin  de  Louis-le-Pieux ,  de  Charles-le- 
Pienx  et  de  Henri«  Il  est  superflu  d'ajouter  que  Louis  de  Germanie  » 
dans  les  actes  àe  sou  gouvernement,  employait  tantôt  la  formule: 
aeimm  Sirazburg  eivitale ,  tantôt  celle  de  actum  Argentina  ctmlate. 

En  bisant  le  classement  des  deniers  palatins  »  frappés  à  Strasbourg , 
rautéur  a  été  amené  à  reconnaître  sur  plusieurs  de  ces  pièces  le  nom 
d'évéques ,  qui  se  trouvaient  tous  rangés  suivant  leur  date  historique. 
Gétie  remar^  Ta  engagé  à  faire  de  la  monnaie  strasbonrgeoise 
une  nouvelle  étude.  Avant  qu'il  ne  se  fût  occupé  de  la  matière ,  on 
s'imaginait  que  les  monnaies  vraiment  épiscopales  ne  dataient  que  de 
la  toncession  de  battre  monnaie  »  octroyée  par  Otton  ii  à  l'évéque 
Brkenbald.  Les  études  de  M.  de  Longpériër  lui  ont  démontré ,  et  par 
sa  dissertation  il  prouve  aux  plus  difficiles ,  que  plusieurs  des  prédé- 
cesseurs d'Erckenbald  ont  signé  leurs  monnaies.  Tout  le  monde 
savait  y  et  il  avait  été  répt^té  :\  satiété  que  les  évéques ,  en  leur  qualité 
de  comtes  impériaux  de  la  vjtle,  avaient  sous  leur  garde  l'atelier 

9'Anoéo.  iO 


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242  REYUS  D'ALSACE. 

monétaire  deSirasbourg«  attaché  au  palais  de  l'empereur^  sinon  depuis 
Cbarlemagne ,  du  moins  dès  le  règne  de  Louis-le-Débonnairej  mais  on 
était  persuadé  que  tous  les  produits  sortis  de  cet  atelier ,  étaient  frap- 
pés purement  au  coin  de  l'empereur ,  de  sorte  que  6i  le  bénéfice  était 
usurpé ,  le  droit  régalien  n'avait  en  apparence  reçu  aucune  atteinte, 
c  Le  plus  ancien  titre  qui  atteste  les  droits  monétaires  de  l'évéque 
c  de  Strasbourg,  dit  M.  Levrault,  dans  son  Eaai  sur  tanàenne 

<  monnaie  de  Strasbourg ,  est  relaté  par  Grandidier,  dans  son  lucide 
c  inventaire  des  droits  de  Tévéché ,  et  existe  encore  en  original  aux 
(  archives  de  la  préfecture  du  Bas-Rhin.  C'est  une  charte  de  Louls- 
c  le-Germanique  »  datée  d'Aix-la-Chapelle,  la  SG^'  année  de  son  règne, 
c  6*  de  l'indiction ,  le  deux  des  ides  de  juin  (853) ,  et  non  pas  873 , 
c  comme  on  l'a  publié  par  erreur;  car  le  premier  partage  de  l'empire 
c  fait  par  Louis-le-Débonnaire  entre  ses  trois  fils  aines  ayant  eu  lieu 
c  en  817,  c'est  bien  en  853  que  court  la  36«  année  du  règne  de 
c  Louib-le-Germanique,  roi  des  pays  d'oulre-Rhin ,  depuis  ce  premier 

<  partage  de  817.  > 

M.  de  Longpérier  ne  partage  pas  l'avis  de  M.  Levrault  sur  la  date 
de  ce  document ,  et  II  me  paraît  impossible  de  résister  aux  raison^ 
qu'il  donne  à  l'appui  de  son  opinion,  c  Ce  document,  dit-il,  est 
«  souscrit  et  daté  ainsi  :  Helarhardus  cancellarius  ad  vicem  Luilberii 
c  archicapellam  recognovi.  Data  ii  idus  Junii  anno ,  christo  propilio , 
c  xxxiv  (1)  regni  Domni  Hludowici  serenissimi  régis  in  orienlali  Francia 
€  régnante ,  indictione  vi  ;  c'est-à-dire  qu'il  est  du  12  juin  873.  On  a 
c  proposé  de  le  reporter  à  l'année  853  ;  mais  c'est  une  opinion  qui 

<  tombe  devant  la  première  étude  des  documents  contemporains. 

<  D'abord ,  Helarhardus  n'était  pas  encore  chancelier  en  853  ; 
«  ensuite  cette  année  ne  correspond  pas  à  une  sixième  indiction, 
c  Cette  indictiqu  tombe  en  858  et  en  873.  c  Louis-le-Germanique, 
c  disent  les  auteurs  de  VArt  de  vérifier  ks  dates ,  datait  ses  diplômes 
c  suivant  diverses  époques.  La  première  est  de  la  fin  de  8S5;  la 
c  deuxième  de  l'an  833  ou  34;  la  troisième  de  Tan  838  ou  39  ;  la 
€  quatrième  de  l'an  840  après  la  mort  de  son  père.  >  11  est  facile  de 
c  voir  que  le  chancelier  Helarhardus  se  servait  de  la  troisième  ère , 
c  celle  de  839.  Deux  chartes  souscrites  par  lui  à  Aix-la-Chapelle, 

(*)  Grandidier  .  Histoire  de  Véglise  de  Strasbourg ,  lomc  il ,  preuves  N»  159  , 
met  XXXVL  La  version  de  l'auteur  esl  conforme  à  la  copie  de  Schaten. 


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80R  QUELQUES  MONNAIES  ÉPISCOPALES  DE  STRASBOURG.  S!i5 

c  datées  de  la  xxxiv*  année  du  règne  et  de  la  vi«  indictîon ,  ont  été 
c  publiées  par  Schaten  dans  les  Annales  de  Paderbom ,  et  l'une 
c  d'elles ,  donnée  le  xvi  des  calendes  de  juillet ,  c'est-à-dire ,  comme 

<  l'a  remarqué  Grandidier ,  postérieure  de  quatre  jours  à  la  conces- 
c  sion  monétaire  qui  nous  occupe ,  porte  en  outre  cette  indication  : 
iAnno  ab  Incamatione  Dominica  i)G€GLXXiii.  En  853 ,  Louîs-le-Germa- 
c  nique  n'avait  rien  à  voir  dans  les  affaires  de  Strasbourg ,  qui  appar- 
c  tenait  à  son  frère ,  le  puissant  empereur  Lotbaire.  Cette  ville  fut 
c  ensuite  depuis  855  au  pouvoir  de  Lotbaire  ii ,  qui  y  babitait ,  comme 
c  nous  le  voyons  par  un  acte  de  858  et  qui  y  frappait  monnaie.  On  se 
c  ferait  une  idée  bien  fausse  di^droit  des  gens  pendant  le  moyen-âge, 

<  si  l'on  pensait  qu'un  souverain  eut  toléré  que,  dans  sa  ville,  un 
c  évéque  ait  joui.de  prérogatives  obtenues  d'un  prince  voisin.  En 
c  875 ,  au  contraire ,  Louis-le-Germanique  était ,  par  suite  de  son 
c  accord  avec  Cbafles-le-Cbauve ,  depuis  trois  ans ,  maître  de  Stras- 
c  bourg  où  il  se  rendit,  quelques  mois  après  avoir  octroyé  à  l'évéque 
c  Ratàld  les  privilèges  qu'il  lui  appartenait  alors  d'accorder.  > 

11  nous  semble  qu'il  n'y  a  rien  à  répondre  à  une  argumentation 
aussi  précise ,  aussi  vigoureuse  et  aussi  concluante.  Déjà  Grandidier 
avait  émis  la  même  opinion  au  bas  de  la  charte  même,  c  IncUctio 
texia ,  quœ  concidit  in  annum  873 ,  indicat  Ludovicum  Germanicum 
hic  regni  sut  inilium  repetere  non  à  communi  epochâ  an,  833 ,  sed  ab 
anno  838 ^  quo ,  Imperator ,  ut  testantur  annales  Fuldenses,  Noviomagi 
conventu  genreali  habita ,  Hludowico  fUîo  suo  regnum  orientalium 
Francorum  inlerdixit.  » 

C'est  donc  en  l'année  873  que  l'évéque  de  Ratald  fut  autorisé  à 
battre  monnaie ,  dans  tout  le  district  de  son  évêché  ;  mais  comme 
par  cette  charte ,  l'empereur  n'avait  pas  abdiqué  le  droit  de  faire 
frapper  monnaie  pour  son  propre  compte ,  l'évéque  ne  conçut  pas  la 
pensée  ambitieuse  d'imprimer  son  nom  sur  les  deniers  qu'il  jetait 
*  dans  la  circulation.  Aussi  devenait- il  bien  difficile  de  décider  quelles 
étaient  les  pièces  palatines  et  quelles  étaient  les  pièces  épiscopales. 
Cette  difficulté  n'a  cessé  qu'à  l'époque ,  où ,  encouragé  par  une  nou- 
velle concession  plus  précise ,  octroyée  en  974  par  l'empereur  Otton  n 
à  l'évéque  Erçkenbald  ,  ce  prélat  profita  du  privilège  en  plaçant  ton 
nom  à  côté  de  celui  du  souverain ,  et  cet  exemple  fut  imité  par  les 
successeurs  immédiats  d'Erckenbald. 

Cependant  on  ne  pouvait  admettre  que  les  évéques ,  qui  avaient 


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244  REVUE  D'àLSACE. 

r6cb6rcbé  si  vivenient  le  droit  de  battre  monnaie  «  comme  complé- 
melt  de  leur  puissance  »  eusseni  négligé  d'user  d'ub  droit  aussi  pré- 
eîeax.  C'est  ici  surtout  ^ue  brille  la  sagacité  de  H.  de  Longpérier»  et 
qu'il  est  f^arveau  i  frayer  à  la  numismatique  de  l'Alsace  une  voie 
mnivellbi  EcMitous*-le  lul-niéme  :  i  Entre  la  charte  de  Louis-le-Ger- 
t  matàque  »  dénuée  en  875 ,  et  celle  d'Otton  ii ,  concédée  en  974 ,  il 
c  s'est  éoouié  un  sîècte  pendant  lequel  la  numismaiique  strasbour- 
«  géôîse  seridble  présenter  de  considérables  lacunes.  L'attribution  que 
I  nous  avomi  faite  à  Loai»<d«*-Gehnanie  «  i  Gbarles^U-Simple  et  à 
t  Hènfi4*0iseleiir  des  deniers  cités  précédemment,  comUe  une  partie 
<  de  ce  vMei  mais  de  nouvelles  vuriéi^s  de  ces  monnaies  nous  amènent 
c  à  tfiiculer  le  monnayage  de  cette  époque  à  l'aide  d'éléments  qui 
t  aniiéat  manqué  à  tties  prédécesseurs  ;  et  Je  crois ,  pour  plus  de 
c  charte  y  devoir  procéder  en  prenant  pour  bise  la  chronologie  épis- 
c  zopdik  eoÉibinée  avec  oeHe  des  souverains  auxquels  Strasbourg  a 
c  appartenu  »  à  f>artir  de  873  »  date  de  la  concession.  > 

Ratâld,         873-874.  .   .   .    Loais-Ie-Germanique  8*^5-874 

ÎLouis-le-Germanique  874  -  876 
Charles-le-Gros  .  .  876-887 
Arnoul 887-888 

/  Arnoul ^888  -  895 

Mdrtito,       M8-906.   .   .  |    Zwentibold  ....    895-900 

(  Louis  de  Germanie  .900-900 

i  Louis  de  Germanie  •  906  -  9iS 
Conrad 9iî-9l5 
Cbal-les-ie^Bple    .    943-915 

Hi  Futt  ni  fautive  âe  ces  quatre  évéques  ne  marquait  la  monnaie  à 
mt  Mm«  H.  de  Le^gpét*let*  droit  pouvoir  attribuer  soit  il  Ratald,  soit 
i  fteiginftHhSt  \é  denier  pubKé  par  Le  Blanc  qui  porte  pour  légendes  : 

HLVDOWlCVS  PlVS  autour  d'une  croix 

SITPA 
eiauR.  iiTiniT      ^'"  considère  comme  une  altération 

IXllJIl 

j^  STRATB 

CIVITA' , 
qu'oft  lil  SMT  la  monnaie  de  Lothaire  h  (865*869).  L'auteur  remarque 
que  le  denier,  qui  porte  cette  légende  altérée,  convient  par  sa 
fabrique,  par  son  poids ,  à  la  fin  du  règne  de  Louis-le-Germanique. 


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SUR  QUELQUES  MONNAIES  ÉPISCOPALES  DE  STRASBOURG.  2  lo 

fl  lui  trouve  b^^ucoup  d'analogie  avec  le  dénier  sor  lequel  oi  lit 
HADTVREGVM  ea  deux  lignée,  pièce  frappée  par  Louît-le^Gernoa-* 
nique ,  après  le  partage  de  870.  ' 

M.  de  Longpérler ,  parmi  Ie3  deniers  connus ,  n'en  connaît  aucun 
qui  puisse  convenir  à  Cbarles«le*Groft.  Noos  avons  vu  plus  haut 
quelles  raisons  il  donne  pour  attribuer  à  Gbar|e8**le^8imple ,  les  de^ 
niers  avec  légende  Carohun  Pins  »  et  revers  Arqenîina  eiviêas  que  la 
généralité  des  numlsmatistes  avaient  jugée  devoir  appartenir  a 
Charle8*le«6ros.  Il  nous  a  fallu  bien  dea  efforts  pour  nous  décider  à 
admettre  que  ce  prince  qui  a  vécu  si  longtemps  en  Aisaoe  »  qvî  y  à 
laissé  tant  de  témoignages  de  son  séjour  •  n'y  ait  laifisé  attoone  trace 
monétaire  ;  mais  nous  sommaa  obligé  d'avouer  que  la  logiqijle  de 
notre  habile  numismatlste ,  l'examen  si  attentif  qu'il  a  consacré  aux 
pièces  connues  et  frappées  au  nom  de  Charles  »  ont  fait  tai^e  notre 
susceptibilité.  Que  ponvait-^on  dire  en  effet  contre  le  téiMMgaage  de 
l'analogie  qui  existe  entre  les  deniers  de  Henri-l'Oisaleiir  et  oenx 
frappés  au  nom  de  Charles  ?  Invoquer  le  type  local  contre  les  types 
de  Cbarles-le-Gros  émanés  d'autres  ateliers.  Mais  c'était  une  pau- 
vreté ,  que  les  circonstances  n'autorisaient  point  ;  c'eut  été  vouloir , 
sans  preuve ,  attaquer  une  combinaison ,  approuvée  par  la  logique  la 
pins  rigoureuse.  Prenons  plutôt  patience.  La  terre  n'a  pas  encore 
rejeté  de  son  sein  toutes  les  richesses  qu'elle  recèle ,  et  »  si  naguères 
diîs  deniers  épiscopaux  de  Strasbourg ,  inconnus  jusqu'alors ,  ont  pu 
surgir  jusques  du  sol  de  la  Russie ,  pourquoi  désespérer  des  révéla-* 
lions  que  nous  réserve  l'avenir. 

M.  de  Longpérier  place  sous  l'épiscopat  de  Baidram  ou  d'Othbert 
l'émission  des  deniers  et  oboles  de  Louis  de  Germanie  qui  ont  peur 
légendes  ; 

t  HLVODOWICVS  MVS ,  autour  d'une  oroîs  et  pour- 
revers  :  ARGENTINA  CVNAS  {civiias  en  deux  lignes  dans  la 
champ). 

La  forme  de  la  croix  »  dit«il ,  est  toute  particulière ,  et  ne  ae  trouva 
sur  aucune  monnaie  de  Louis-le-Débonnaire  »  auquel  plusieurs  nu- 
mismatistes  ont  attribué  ces  deniers.  Par  les  mêmes  raisons,  il  assigne 
à  répiscopat  d'Othbert  et  à  Cbarles-le«Simple  la  monnaie  qui  a  pour 
légende; 

KAROLVS  PIVS  REX ,  autour  d'une  croix  semblable  à  la  préeé* 
dente  --  et  pour  revers:  ARGENTINA  CViTS  ^  en  deux  lignes. 


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246  REVUE  D*AL$àCE. 

La  preuve  de  l'exactitude  de  cette  attribution  résulte  clairement 
de  Texamen  du  denier  que  nous  allons  décrire  dans  le  paragraphe 
suivant. 

Godfried,  913.  —  CharUs-le'Smple ,  913. 

Le  nom  de  ce  prélat  découvert  par  M.  de  Longpérier  sur  la  mon- 
naie de  Cbarles-le-Simpîe  fixe  toutes  les  incertitudes.  M.  de  Long- 
périer a  eu  sous  les  yeux  »  et  nous  possédons  dans  notre  collection 
un  grand  denier,  bien  mince,  bien  aplati ,  dont  voici  la  description  : 

A.  —  -h  KAROLVS  PIVS  REX  :  croix  dont  les  branches  vont  en 
s'épaississant  vers  l'extrémité. 

R.  —  Inscription  en  deux  lignes  dans  le  champ  :  ARGENTINA 
CIVIT  ;  au-dessus  un  G  —  au  bas  un  D. 

Dans  l'avers  du  denier  de  M.  de  Longpérier  le  KA  est  illisible , 
dans  notre  exemplaire  l'empreinte  a  un  relief  remarquable.  Le  K  et 
l'A  s'unissent  par  une  combinaison  étrange  à  l'R.  L'ensemble  produit 
comme  l'effet  d'un  M  dont  les  traits  sont  écartés  les  uns  des  autres 
outre  mesure.  C'est  la  reproduction  de  l'obole  et  du  denier,  attribués 
à  l'épiscopat  d'Othbert ,  dont  nous  avons  deux  variétés  sous  les  yeux. 

Avant  H.  de  Longpérier  ces  oboles  et  ces  deniers  étaient  presque 
généralement  attribués ,  les  premiers  à  Gharlemagne  et  le  denier  à 
Charles-le-Gros.  Le  peu  d'épaisseur  de  ces  pièces ,  leur  style  dégé- 
néré ,  leur  forme  bizarre  ne  permettaient  pas  de  maintenir  avec  con- 
fiance ces  attributions.  Il  suffit  de  les  placer  en  regard  des  deniers  de 
Gharlemagne ,  pour  voir  toute  illusion  se  dissiper.  L'inexistence  de 
pièces  de  Gharles-le-Gros ,  frappées  à  Strasbourg ,  ne  permet  pas  une 
semblable  comparaison  dont  le  résultat  serait  inévitablement  le 
même.  La  découverte  sur  ce  denier  du  nom  de  Godfried ,  l'^lu  de 
Charles-le-Simple ,  lève  toute  difficulté.  La  question  est  de  savoir  si 
ces  deux  lettres  inscrites  sur  le  denier  G-D  représentent  réellement  le 
nom  de  l'évéque  Godfried.  Selon  nous,  le  doute  serait  permis  si 
l'exemple  de  Godfried  n'avait  pas  été  imité  par  ses  successeurs  »  et  si 
nous  ne  trouvions  sur  leurs  deniers ,  dans  la  même  forme ,  les  ini- 
tiales et  finales  de  leurs  noms ,  jusqu'à  ce  que  le  nom  tout  entier 
apparaisse.  C'est  le  grand  mérite  de  M.  de  Longpérier  d'avoir  saisi  « 
mis  au  jour  la  filiation  de  ces  types ,  qu'aucun  de  ses  prédécesseurs 
n'avait  entrevu.  La  progression  vers  le  but  est  si  claire ,  qu'on  ne 
saurait  sérieusement  nier  le  point  de  départ.  C'est  ici  le  premier  pas 
de  la  monnaie  épiscopale  de  Strasbourg  vers  son  indépendance.  Du 


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SUR  QUELQUES  MONNAIES  ÉPISCOPALES  DE  STRASBOURG.  217 

moment  donc  qae  dans  ie  G  -  D  »  il  faut  voir  le  nom  de  l'évéque 
Godfrîed  »  la  difficulté  est  tranchée  au  sujet  de  l'attribution  du  denier 
au  règne  de  Charles-le-Simple. 

Richwin,    914-933.   .   .  j  Charles-Ie-Simple  .  914  -  923. 

l  Henri-rOiseleur    .  923-933. 
Le  successeur  de  Godfried  continue  l'œuvre  d'émancipation  de  son 
prédécesseur.  M.  de  Loogpérier  décrit  deux  variétés  de  monnaies 
frappées  sous  le  règne  de  Henri-rOiseleur. 
i.  +  HEINRICVS  REX.  Croix. 

R.  ARGENTINÂ  CIVITS  —  en  deux  lignes ,  au-dessus  de 

l'inscription  R  •—  au  bas  S- 
2.  +  HEINRICVS  REX.  Croix. 

R.  ARGENTINÂ  CIVIT.  —  En  deux  lignes  —  au-dessus  et 

*  au-dessous  de  cette  inscription  R.S  —  disposés  dans  le  sens  rétro- 
grade. 
Nous  possédons  une  troisième  variété  de  ce  denier. 

t  HËINRCYS  REX.  (R  retourné  ,  pas  d'I).  Croix. 
R.  ARGENTINA  CIVI.   Au-dessus  de  cette  inscription  bili- 

néaire  un  S  et  au-dessous  un  R  •—  renversés. 

Ces  R  -  S  multipliés  découvrent  évidemment  la\nain  de  celui  qui  a 
fait  frapper  ces  monnaies,  et  l'on  n'y  peut  lire  autre  chose  que 
Richwinui, 

La  fin  de  l'épîscopat  de  Richwin  fut  troublée  par  les  invasions  des 
Huns  en  Alsace.  Le  siège  épiscopal  resta  vacant.  A  la  tête  du  cha- 
pitre se  trouvait  alors ,  comme  doyen  ou  prévôt  »  un  homme  que 
Wimpheling ,  dans  son  catalogue ,  appelle  vir  sanctut  et  deo  amabtlis» 
C'est  lui  sans  doute  qui  prit  les  rênes  de  l'administration  de  l'église. 
M.  de  Longpérier  croit  devoir  lui  attribuer  un  denier  qu'il  décrit  ainsi  : 
+  HREISICVS  REX.  Croix. 
R.  ARGENTINA  CVTI  (civitas)  en  deux  lignes,  au-dessus  et 

au-dessous  de  celte  inscription  bilinéaire,  VEB. 

Cet  exemple  du  chapitre  frappant  monnaie  en  l'absence  de  l'évêque 
a  été  renouvelé ,  sous  la  minorité  de  l'évêque  Léopold-Guillaume.  H 
n'y  aurait  donc  d'étrange  que  l'apparition  du  nom  de  l'administrateur, 
sous  les  mots  VEB  ;  mais  l'anarchie  qui  régnait  dans  le  pays  permet 
de  tout  expliquer.  Le  Y  qui  précède  ES ,  ne  contrarie  nullement 
l'attribution.  M.  de  Longpérier,  à  l'appui  de  son  attribution ,  cite 
avec  raison  les  monnaies  d'Ekbert,  comte  de  Frise,  sur  lesquelles  on 


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2i8  ntVt'K-DALSACE. 

trouve  tantôt  Egbertus  et  tantôt  Vegbertus .  les  monnaies  d'iielia  ou 
Hetzel  qni  portent  Vicelinus  »  les  monnaies  de  Conrad  n  i  frappées  à 
Strasbourg  qui  écrivent  CVONRAD. 

Jusqu'à  ce  que  l'on  soit  donc  parvenu  à  traduire  autrement  les 
lettres  YEB  »  nous  acceptons  la  proposition  de  M.  de  Longpérier  ; 
car  enfin  il  faut  donner  un  sens  à  ces  lettres. 

Ruthard,  9i7'9oO.  —  Ouoni,  937-950. 

Rutbard  ne  resta  pas  longtemps  paisible  possesseur  de  son  siège. 
Il  fut  de  ceuK  qui  cherchèrent  à  favoriser  les  projets  de  Louis  d'Ou- 
tremer,  rêvant  la  conquête  de  l'Alsace,  çt  dans  ce  bQt*  durant  la 
nuit,  il  déserta  le  camp  d'Otton  à  Brisacb.  Pour  le  punir  de  cette 
félonie,  l'empereur  l'envoya  en  exil  dans  l'abbaye  de  Corbie.  Cet  exil 
fut  de  courte  durée.  Il  parait  que  la  prudence  ne  permit  plus  i  But-  * 
bard  de  marquer  les  monnaies  de  son  nom ,  à  l'instar  de  ses  prédé- 
cesseurs. Au  moins  jusqu'ici  l'on  ne  connaît  aucun  denier  qui  porte 
une  pareille  empreinte. 

L'on  pourrait  peut-être  lui  attribuer  une  obole  qui  se  trouve  dans 
ma  collection  et  que  je  décris  de  la  manière  suivante  ; 

A.        4-  ADTIA*OTTO  (Adelheidê,  Ono)  une  croix.      . 

R.  AR.  ENTINA;  Une  croix  »  ayant  entre  les  branches  supé- 

rieures une  crosse  ;  poids  0,35. 

Je  propose  de  reporter  à  la  même  époque  un  denier  du  poids  de 
I  »55  que  je  possède. 

OTTO.  SY,...  M.  Croix  ancrée  dans  un  cercle  perlé. 

R.        STRAZBVCH  —  en  deux  lignes. 

Je  dois  l'avouer  cependant  il  ne  règne  aucufte  analogie  entre  ces 
monnaies  et  le  denier  que  M.  de  Longpérier  assigne  également  à 
cette  époque.     « 

Ma  collection  comprend  deux  variétés  magnifiques  de  ce  denier  : 
t  OTTO  REX  PACIFICVS.  Tête  diadêmée  à  droite. 
ÂRGENTNA  Cl  VIT.  Un  double  toit  sommé  d'un  lis ,  comme 
la  pièce  décrite  par  H.  de  Longpérier. 

Dans  la  seconde ,  le  dessin  de  la  tête  de  l'empereur  eai  d'iu  style 
moins  barbare  et  plus  petite. 

La  légende  du  revers  porte  :  ARGENTINA  CIVITAS. 

Ces  deux  deniers  ont  un  module  plus  grand  que  les  précédtAls  et 
le  style  des  légendes^est  beaucoup  plus  pur. 


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SUR  QUELQUES  MONNAIES  ÉPISGOPAI^ES  DE  STRASBOURG.  2  id 

Utm ott  Uotm .  950. 96S.  ^  Ouon i,950-  965. 

Voici  comment  M.  de  Longpérier  s'exprime  au  sujet  de  cet  évéque  : 
c  Uoton ,  petit-fils  de  Gebehard ,  comte  de  Fraoconie ,  appartenait  à 
c  une  grande  famille ,  qui  avait  rendu  d'importants  services  aux  son- 
c  verains  de  la  France  orientale.  Gebehard  étant  mort  en  910 ,  sous 
«  Louis  de  Germanie ,  dans  un  combat  livré  aux  Hongrois ,  Udon  et 
c  Herman,  ses  fils»  avaient  pris  une  part  active  à  la  défaite  des  ducs 
c  Giselbrecht  et  Eberhard,  partisans  de  Louis  d'Outremer^  et  Tévéque 
c  de  Strasbourg  était  fils  de  cet  Udon.  Il  était  allié  au  fils  d'Otton  i , 
c  Ludolf  »  duc  de  Souabe  et  d'Alsace  après  Herman.  Un  prélat  si 
«  puissant  ne  pouvait  manquer  de  ressaisir  des  droits,  qui,  du  reste, 
c  n'avaient  pas  été  abrogés  régulièrement  sans  doute.  Il  existe  au 
c  cabinet  royal  des  médailles  de  Berlin  un  très-beau  denier ,  dont 
«  void  la  description  : 

c  OTTO  REX  PACIFIC  N.  Buste  diadème  d'Otton  tourné  à  gavcfae. 

c  R.  ARGENTT^A  VOTO.  La  cathédrale  de  Strasbourg  surmontée 
c  d'un  lys  en  l'honneur  de  la  Vierge,  i 

M.  de  Longpérier  fait  observer  avec  raison  «  que  les  monnaies 
c  d'Uoton  sont  très-importantes  pour  la  thèse  qu'il  soutient ,  car  le 
c  nom  épiscopal  qui  y  est  inscrit  et  qui  est  à  l'abri  de  toute  contas- 
<  Ution.  consacre  les  interprétations  qu'il  a  proposées  pour  les  carac- 
f  tères  tracés  sur  les  autres  monnaies.  >  Il  défend  avec  énergie  son 
allribution  contre  ceux  qui  voudraient  relevçr  le  V  qui  commence  le 
nom  d'Oton ,  et  s'étaye  de  Torihographe  employée  par  ce  prélat  dans 
la  description  des  diplômes. 

Nous  possédons ^atre  variétés  peu  difiérentes  de  ce  dernier;  l'un 
d'eux  confirme  pleinement  la  proposition  de  M.  de  Longpérier ,  et  si 
des  DQmhmatistes  ont  traduit  le  VOTO  du  cabinet  de  Berlin  par  Urbs 
Otlonis ,  ils  se  seraient  abstenu  de  cette  interprétation  s'ils  avaient  eu 
sous  les  yeux  notre  denier ,  dont  la  légende  du  revers  porte  : 
ARGENTNA  VTO. 

Dans  nos  quatre  exemplaires,  la  tête  de  l'empereur  est  ornée  de 
favoris ,  qui  ne  figurent  pas  sur  le  dessin  de  H.  de  Longpérier. 

Outre  ces  deniers  ma  collection  comprend  une  obole ,  un  peu 
fruste ,  au  même  type. 

La  légende  dit  aussi  :  ARGENTNA  VTO. 

L'attribution  est  donc  parfaitement  Justifiée ,  et  selon  nous  »  lève 


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350  REVUE  d*àlsàce. 

lous  les  doutes  qu'auraient  pu  soulever  les  interprétatious  des  autres 
deniers. 

M.  de  Longpérier  a  donc  ouvert  une  ère  nouvelle  pour  la  classifi- 
cation des  monnaies  épiscopales.  Son  système  repose  sur  des  données 
positives ,  tandis  que  tous  ses  prédécesseurs  marchaient  dans  la  nuit 
du  hasard.  Il  finit  son  précieux  travail  par  un  coup-d'œil  sur  les 
monnaies  d'Erkenbald,  et  s'énonce  ainsi:  c  Me  voici  parvenu  au 
c  temps  où  la  numismatique  épiscopale  de  Strasbourg  est ,  sinon 
(  parfaitement  étudiée  »  du  moins  généralement  reconnue.  > 

Cette  proposition  est  vraie  pour  les  monnaies  d'Erckenbald ,  de 
Widerolff,  deHetzel»  d'Alutwic  que  M.  de  Longpérier  a  su  habile- 
ment intercaler  dans  son  texte  et  dans  ses  notes ,  sans  nuire  à  la  force 
de  ses  arguments;  mais  est-elle  exacte  pour  le  denier  attribué  à 
Werner  i  par  M.  de  Berstett,  et  qui  représente  au  milieu  des  têtes 
d'empereurs ,  couvertes  de  leurs  diadèmes ,  le  front  chauve  d'un 
abbé  ;  pour  les  deniers ,  attribués  au  même  prélat  et  à  Werner  h  , 
par  M.  Levrault ,  dans  la  Revue  numismatique  de  1846 ,  p.  59  «  aux- 
quels nous  avons  peine  à  reconnaître  le  type  strasbourgeois.  Tout 
a-t-il  été  dit  sur  les  deniers  des  Otton ,  sur  ceux  des  Henri  qui  étalent 
aussi  la  crosse  épiscopale  »  sur  d'autres  deniers  encore  d'un  âge  plus 
récent»  attribués  à  Henri  de  Weringen ,  à  Henri  de  Staleck  »  à  Ber- 
thold  de  Bucheck»  etc.  ;  faut-il  désespérer  d'un  mode  de  classification 
pour  les  monnaies  muettes  des  évèques?  nous  ne  le  pensons. 

Nous  espérons  que  M.*  de  Longpérier  nous  fournira  sur  ces  deniers 
et  d'autres  encore ,  les  clartés  de  son  expérience.  Il  a  trop  bien  com- 
mencé pour  vouloir  laisser  son  œuvre  imparfaite. 

A.   DORLANy  avocat  à  SchlMtadl. 


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BIBLIOGRAPHIE. 

i 

L'Union  alsacienne  ,  Recueil  religieux ,  scientifique ,  historique  »  Utté" 
raire  et  bibliographique,  rédigé  par  MM.  Tabbé  FuÈset  A.  Steinhetz. 
—  VVnion  parait  da  13  ou  20  de  chaque  mois  cbezL.  F.  Leroux, 
rue  des  Hallebardes,  34»  Strasboui^.  —  Le  prix  de  l'abonneoient  est 
de  6  fr.  par  an  pour  Strasbourg ,  et  de  6  fr.  50  c.  pour  le  .surplus 
de  l'Empire  français. 

L'Union  alsacienne ,  dont  le  premier  numéro  vient  seulement  de 
nous  être  communiqué ,  est  la  transformation  en  langue  française  de 
l'ancienne  Katholisches  Kirehen-  und  Schulblatt  fur  dos  Elsass*  Deux 
pages  d'introduction  définissent  le  but  du  journal  qui  c  sera  avant 
tout  un  recueil  religieux,  i  Les  questions  religieuses  c  soit  théoriques 
soit  pratiques ,  qui  de  nos  jours  préoccupent  le  plus  vivement  les 
esprits  »  seront  l'objet  de  ses  études.  L'Union  c  ne  sera  pas  agressive 
de  sa  nature;  >  elle  se  contentera  c  d'exposer  les  vérités  religieuses* 
sans  aigreur,  ni  hostilité  systématique.  >  Elle  réfutera  c  les  assertions 
erronées  de  l'ignorance  par  des  arguments  clairs  et  péremptoires  , 
repoussera  sans  ménagement ,  Hagellera  sans  pitié  la  méchanceté 
provocatrice  et  l'hypocrisie.  »  Tel  est  son  programme  au  point  de 
vue  des  questions  religieuses. 

En  ce  qui  concerne  la  science»  la  rédaction  traitera  c  les  questions 
religieuses  avec  ordre  et  solidité  ;  i  celles  qui  sont  agitées  dans  le 
monda  savant  et  qui  se  rapportent  aux  vérités  de  la  foi  c  seront  dis- 
cutées avec  un  soin  proportionné  à  l'intérêt  qu'elles  pourront  exciter.  > 
La  rédaction  tâchera  d'éviter  c  ces  formes  raides  et  lourdes  qui  ren- 
draient sa  publication  rebutante  et  indigeste.  •  Voilà  pour  la  science. 

En  matière  historique  ['Union  admettra  dans  ses  colonnes  c  tout  ce 
qui  se  rapporte  à  l'histoire  ecclésiastique  et  profane  de  notre  province  ; 
puis  toutes  les  nouvelles  religieuses  d'Alsace  qui  mériteront  d'être 
conservées  dans  les  archives  paroissiales,  i  Enfin  elle  donnera  le 
c  résumé  substantiel  de  tous  les  faits  religieux  qui  se  passeront  dans 
les  différentes  contrées  du  globe.  » 


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252  REVUE  D'ALSACE. 

L'Union  sera  liuéraire  et  bibliographique,  <  parce  qu'elle  publiera 
des  productions  littéraires  et  instructives  ou  édifiantes,  qu'elle  traitera 
de  l'enseignement  et  de  Téducation  et  entretiendra  ses  lecteurs  des 
ouvrages  les  plus  intéressants  qui  paraîtront  en  Alsace  »  en  France  et 
en  Allemagne.  > 

L'Union  compte  c  sur  le  bienveillant  concours  de  tous  ceux  à  qui. 
le  triomphe  de  la  bonne  cause  tient  à  cœur.  >  Elle  annonce  que  des 
hommes  d'un  grand  mérite  lui  c  ont  promis  leur  honorable  collabo- 
ration. > 

M.  l'abbé  Fuès  consacre  les  neuf  pages  qui  suivent  l'introduction  ù 
une  revue  des  Recueils  mensuels  qui  se  publient  en  Alsace.  Après  avoir 
nommé,  pour  les  éliminer  de  l'examen ,  les  différents  journaux  poli- 
tiques de  la  province  et  les  recueils  qui  se  vouent  à  une  spécialité , 
l'écrivain  ébauche ,  à  son  point  de  vue  ,  une  esquisse  de  la  Revue 
d*Atâaeet  de  la  Bévue  de  théologie  et  de  philosophie  chrétienne  et  du 
JLti;ii  SlsraèL  M.  Steinmetz  se  livre  ensuite  à  un  examen  critique  du 
sermon  prononcé  le  i<^'  novembre  1857  au  Temple-neuf  de  Strasbourg, 
par  un  de  MM.  les  pasteurs  de  cette  paroisse.  Cet  examen  est  suivi 
de  la  première  partie  d'une  dissertation  historique  sur  Saint  Amaud , 
évéque  de  Strasbourg  ;  elle  est  signée  D.  S.  Puis  vient  une  c  rectifi* 
cation  •  concernant  l'exécution  de  Kuhn  d'Epfig ,  racontée  dans  la 
Revue  d^AUaee.  Cette  c  rectification  »  tend  à  établir  que  le  juge  de 
paix  Kuhn  ne  fat  point  arrêté  par  Schneider  à  l'issue  d'un  repas 
comme  l'opinion  en  était  jusqu'ici  généralement  accréditée ,  mais  dans 
son  lit  alors  que,  malgré  des  avertissements  réitérés,  Kuhn  assurait 
que  l'ex-moine  terroriste  ne  lui  était' point  hostile.  La  leçon  nouvelle 
est  fournie  par  M.  Schaffner,  curé  de  Bischv(riller.  M.  l'abbé  Fuès  fait 
ensuite  la  critique  d'un  opuscule  allemand ,  édité  à  Gotha  et  ayant 
pour  titre  :  Histoire  de  Vivèché  de  Strasbourg,  M.  P.  Mury  relève  diffé- 
rents passages  de  la  thèse  de  M.  le  pasteur  de  Haguenau  dont  le  siiget 
est  UM  appréciation  de  nnftuence  de  Luther  sur  l'éducation  du  peuple. 
Enftn  UD  extrait  du  journal  d'un  missionnaire  dans  l'Amérique  du 
Nord  (peuple  de  la  secte  des  Vaudoux)  termine ,  avec  les  Nouvelles 
religieuses  9  la  série  des  matières  contenues  dans  ce  premier  numéro. 

Un  coup-d'œil  rétrospectif  permet  de  rattacher  bibliographique* 
ment ,  par  des  analogies  diverses ,  le  recueil  que  nous  annonçons  à 
mù  ordre  de  publications  fort  intéressantes  à  consulter  pour  l'histoire 
contemporaine.  En  première  ligne  figure  :  «  TAbeille  ,  petti^  revue 


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BIBLIOGRAPHIE.  253 

(TAhace  et  de  Lorraine,  journal  lUtêraire,  religieux  »  instructif  et  amu^ 
tant.  »  Fondé  en  mai  4842  et  dirigé  par  M.  A.  de  Humbourg ,  ce 
journal  aborda  avec  une  ardeur  extrême  les  questions  les  plus  diverses 
et  surtout  celles  qui  €  de  nos  jours  préoccupent  le  plus  vivement  les 
esprits.  >  Nous  ne  saurions  dire  exactement  si  la  collection  de  YÀbeiUe 
forme  plus  de  deux  volumes.  Le  premier  contient  846  pages ,  format 
de  V Union  actuelle.  Les  livraisons  du  second  sont  plus  volumineuses, 
d'Un  format  plus  grand  et  composent  un  tome  dont  bous  ne  pou- 
vons préciser  le  nombfe  de  pages.  VAbdlle  est  sortie  des  presses  de 
L.  F.  Leroux ,  rue  des  Hallebardes ,  39 ,  Strasbourg.  En  deuxième 
ligne  vient  se  placer  :  c  L'Obsbbvatbur  du  Rhin  ,  revue  eaihoUque 
ûUttcienne,  »  jusqu'au  30  avril  i843  et  c  Revue  catholique  de  tËst.  > 
jusqu'à  sa  fin,  arrivée  au  mois  de  décembre  de  la  même  année.  L'Oft- 
servaieur^  commencé  le  45  janvier  4843,  était  dirigé  pair  M.  le  cba- 
noine  J.  M.  Axinger  et  fut  imprimé  par  Bruckert  et  Vogeliiveith  à 
Cuebwiiler.  Les  seize  premiers  numéros  sont  in-8<*,  format  de  V Abeille  ; 
du  NM7  au  N''  43  le  format  est  in-4<'  et  du  N<^  44  au  N*»  52 ,  petit  in- 
fblio ,  en  tout  542  pages.  En  4S4t  M.  L.  W.  Ravenèz ,  après  la  dispa- 
rition du  journal  le  Progrès,  publié  à  Colmar^  essaya  de  fonder 
<  L'UNiOtt  ÀL9ÂCIEN9IS,  Re\)ue  taiholiqixe  de  tE$t,  rédigée  pât  une 
soctéîé  d^ecclésiasliqveÈ  eî  d^hûifimes  de  lettms.  >  L't/nion  devait  paraître 
tous  les  dimanches.  Il  n'en  parut  que  très-peu  de  livraisons ,  croyons- 
nous,  car  à  la  deuxième  nous  voyons  s'opérer  une  transformation 
asset  biatarre.  V  Union  annonce  qu'elle  sera  mensuelle  au  lieu  d'être 
hebdomadaire  et  que  pour  remplir  les  promesses  de  son  ÎH'' êpêcimen, 
ses  lecteurs  recevraient ,  gratuitement ,  les  trois  premiers  dimanches 
du  mois ,  VEcho  du  Rhin ,  feuille  hebdomadaire  exclusivement  con- 
sacrée aux  questions  religieuses.  Dans  le  même  ordre  d'idées  s'en- 
cadrent Le  Dimanche,  fondé  plus  tard,  rédigé  par  M.  Ravenèz,  et 
imprimé  h  Mulhouse  ;  L'Etoile  du  Haut-Rhin ,  tentative  faite  en  sep- 
tembre 4850  et  demeurée  sans  suite;  Le  Volksfreund,  publié  â  (jueb- 
willer ,  rédigée  par  M.  l'abbé  Braua  et  qui  a  fourni  une  carrière  très- 
active  jusqu'à  l'avènement  de  l'Empire  ;  VOberrhdnkche  Zàtung , 
publiée  à  Colmar  et  rédigée  par  M.  le  chanoine  Hunckler  ;  et  enfin  le 
Katholisches  .Kirchen"  und  Schulblait  que  rUNfON  ja.SA€iltNNB  vienl  de 
remplacer. 

Quelques  uns  des  écrivains  qui  ont  pris  part  à  la  rédaction  de  ces 
feuilles  ont  d'ailleurs  fourni  aux  c  amateurs  i'ahatica  »  des  livres 


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854  RBVUE.  D'ALSACE. 

plus  OU  moins  importants  sur  Tfaistoire  d'Alsace  :  de  M.  de  Humbourg , 
nous  ne  connaissons  sur  cette  matière  aucune  œuvre  qui  mérite 
d'être  signalée  •  car  dans  une  collection  l'on  peut  à  peine  ranger  — 
série  des  pamphlets  —  les  18  pages  in-8^  éditées  par  lui  et  intitulées: 
Véritable  came  de  la  levée  de  boucUers  de  Saint-Thomas.  De  M.  Âxinger, 
une  brochure  à  classer  dans  la  même  catégorie ,  et  intitulée  :  La 
correspondance  catholique  refusée  ou  lettres  adressées  au  Courrier  du 
Bas-Rhin,  par  le  chanoine  Axinger^  in-S**  de  88  pages.  Publié  à 
Strasbourg  c  le  Jour  de  Saint- Dominique  1843.  »  Nous  avons  de 
M.  Ra venez  1^  une  brochure  in-8®  avec  encadrements  de  88  pages , 
publiée  à  Ôblmar  en  4846-47  dont  voici  le  titre  :  Annales  des  Domi' 
nicains  de  Colmar ,  publiées  en  MDXXCIY  par  Ursteis  »  (Wursteisen- 
Urstisius)  professeur  de  mathématiques  à  Bâle  ;  traduites  »  commen- 
tées ET  AUGMENTÉES,  par  L.  W.  Ravenèz^  qui  dans  l'occasion  adopta 
cette  épigraphe:  Scribitur  ad  narrandum^  sed  non  ad  probandum. 
8^  Son  importante  traduction  de  Schœpflin  •  Alsace  illustrée  ^  5  forts 
volumes  in-8%  édités  en  1849-4858  par  Perrin,  libraire  à  Mulhouse 
et  imprimés  par  G.  Silbermann  à  Strasbourg  ;  de  M.  l'abbé  Braun , 
une  excellente  a:  notice  sur  l'église  chapitrale  aujourd'hui  paroissiale 
de  Guebviller  i ,  ln-8^  de  86  pages  avec  une  planche.  Guebwiller , 
Bruckeri-Vogelweith ,  1845.  De  M.  le  chanoine  Hunckler  son  histoire 
de  Colmar  (en  allemand) ,  un  autre  fort  volume  contenant  la  vie  des 
saints  d'Alsace ,  en  français  »  et  en  allemand  un  abrégé  du  même  ou- 
vrage à  l'usage  des  écoles  primaires  de  la  province.  Enfin  on  a  de 
M.  l'abbé  Fuès  La  vie  de  Saint  Morand^  brochure  in-18 de  147 pages, 
imprimée  par  Huder  à  Strasbourg»  1840. 

II. 

Mémoire  adressé  a  l'Académie  de  Rhedis  sur  cette  question  :  Est-ce  him  à 
Tolbiac  que  CUms  a  remporté  la  victoire  à  la  suite  de  laquelle  il  s'est  fait 
chrétien  ?  Ne  serait'^  pas  plutôt  sous  les  murs  de  Strasbourg  (rArgentorat  des 
anciens)  qu'elle  a  eu  lieut  —  Brochure  m-8®  de  87  pages ,  Urée  à  85  exem- 
plaires chez  P.  Régnier  9  imprimear  à  Rheims.  —  Juillet  1857. 

Cette  excellente  dissertation  est  de  M.  L.  W.  Rayenèz,  le  traducteur  de 
Schœpflin.  L'auteur  est  de  l'avis  d'Henschenius ,  Bertholet,  Laguilleet  Labararre 
qui  prétendent  que  cette  bataille  eut  lieu  près  de  Strasbourg.  Adoptant  les  raisons 
que  Grandidicr  fait  valoir  en  faveur  de  cette  opinion ,  M.  Ra  venez  en  ajoute  de 


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BIBLIOGRAPHIE.  255 

nouvelles  et  dous  dirons  volontiers  de  plus  décisîTes ,  parce  qu'il  les  tire  de  la 
mauvaise  interprétation  des  textes  qu'il  élucide  et  met  d'accord  et  enfin  de  la 
topographie  des  lieux.  La  dissertation  de  M.  Ravenèz  a  donc  sa  place  marquée 
dans  le  catalogue  des  travaux  concernant  notre  histoire. 


III. 

Frédéric  de  Dietrigh  ,  premier  maire  de  Strasbourg,  par  L.  Spach,  arekiviite 
en  chef  du  département  du  Bat-Rhin.  —  !n-8o  de  142  pages  avec  une  planche. 
Strasbourg ,  chez  Berger-Levrault  et  fils,  rue  des  Juifs ,  33 ,  et  Paris,  rue  des 
Saint*.Père8,8.  — 1857. 

Dominique  de  Dietrigh,  ammeittre  de  Straebourg.  —  Brochure  iaS^  de  66 pag. 
Du  même  auteur  et  à  la  même  librairie. 

Ces  deux  biographies  ont  paru  en  entier  dans  la  Hevue  d'AUace  qui ,  si  nous 
sommes  bien  informé ,  et  par  sentiment  de  justice ,  en  demanda  la  rédaction  à 
H.  L.  Spach ,  l'un  de  ses  plus  éminents  collaborateurs.  En  même  temps  que  la 
Rwuê  publiait  la  première,  elles  furent  éditées  séparément  par  la  maison  Levrtult 
où  l'on  peut  se  les  procurer  au  prix  de  1  fr.  l'exemplaire. 


IV. 

Dbr  I^ochersberg  ,  0tn  landechaftliehes  fiiid,  ausdem  Unter-Sltaes ,  von  Augost 
Stqeber.  —  Mulhouse ,  chez  J.  P.  Risler ,  1857.  —  Une  brochure  in-12  de 
66  pages. 

DiB  Abtei  Murbach  ,  bei  Gebweiler  (im  Ober-BUati)  naeh  Natur ,  Sage  und 
Gtechiehte,  von  Friedrich  Otte.  —  Mulhouse ,  chez  J.  P.  Risler,  1856.  — 
Une  brochure  in-12  de  33  pages. 

DiARiiiH  von  EcKARD  WiEGERSHEiM  xu  Beichmweyer ,  1525.  ^  Kleine  Ghronick 
Uber  den  Bcntrenkrieg ,  1525.  —  Mulhouse ,  J.  P.  Risler ,  1857.  —  In-8o  de 
25  pages. 

Les  deux  premières  de  ces  brochures  sont  la  réunion  d'une  série  d'articles  qui 
ont  paru  dans  VEUiUiitchen  Samstagblatt  et' dont  l'éditeur ,  chez  qui  on  peut  se 
les  procurer ,  a  fait  un  tirage  à  part. 

La  troisième  est  un  extrait  de  VAUatia  pour  1857-1858.  Le  Diarium  de  Wle- 
gersheim  et  la  petite  chronique  ont  été  fournis  à  VAUatia  par  M.  Ch.  Gérard  pour 
pour  qui  on  en  a  tiré  à  part  un  très-petit  nombre  d'exemplaires:  10  sont  dans  le 
commerce  ,  chez  Held-Balzinger,  libraire  à  Golmar. 


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256  llimjB  D'ALSACE. 


Notice  sur  li  yie  et  les  outrages  de  H.  A.  Dupont»  ifuttfulauf,  par  M.  Matter, 
ancien  inspecteur  général  des  études.  —  Paris ,  1857,  librairie  élémeotalre  de 
E.  Ducrocq ,  me  Haule-Feuille ,  ÎO.  —  Brocliure  in-18  deS4  pages. 

Cette  biographie,  dont  le  premier  et  le  dernier  nom  rappellent  le  premier  et  le 
dernier  échelon  de  la  hiérarchie  universitaire,  est  tout  à  la  fois  un  acte  de  justice 
pour  la  mémoire  d*un  hompoe  de  mérite  et  une  dette  payée  à  Tamitié  par  ud 
homme  de  bien. 

VI. 

Histoire  de  la  Réforhation  française  ,  par  M.  Puaux,  Ministre  du  S^  Evangile 
à  Uulhoiue.'—ii  vol.  fomk.  CharpenUei*,  16  feuilles  dlmpres^oii ,  beau  papier 
et  beaux  caractères.  —  Prix  :  3  fr.  SÔ  c.  le  volume ,  rendu  franco  i  domicile. 
S'adresser  à  l'auteur. 

Le  premier  voIum  a  para  et  ftés  quatre  suiTanto  font  mis  j^rease*  Ces  cfaui 
pfMilers  TOlnons  foriiefont  en  quelque  sorte  «■  ouvrage  complet  y  car  ils  réa- 
fémetft  le  rédt  dee  événeneMU  depuis  Tetiglbe  de  h  Héforme  Jtequ'A  J*édit  <«e 
Nantes.  —  On  n'a ,  nous  trewms  de  le  dire  t  de  Toevrage  de  M.  Feaex  qM  le 
premier  volume  et  s'il  est  permis  de  se  faire  une  opinion  sur  ce  qu'il  sera  dans 
son  ensemble ,  on  peut  dire  dès  aujourd'hui  que  si  l'histoire  ne  consistait  que  dans 
le  récit  chronologique  des  faits  M.  Puain  n'ajoutera  que  peu  de  chose  à  ce  qu'ont 
si  bien  dit  MM.  d'Aubigné^  de  Félice  et  tant  d'autres  auteurs  estimables.  Or 
M.  niavt  M  Mot  autre  ehese ,  et  il  k  lUi  si  Men  qu'il  ne  peet  Mfiqeerilliité- 
fesder  les  files  ledffférents. 

vn. 

TaIr^ii  canemOLtlGi^si  kt  snmiiw^  des  gomermmmstê  ^wi  se  leuf  mÊ$oêâé  en 
France ,  depuis  la  Révolution  de  1 789  jusfu'tm  rUubUtêmiima  «il  f  JMi^^,  au 
S  déeemkre  tô52 ,  par  M.  Uatbieu-Saint-Laurent,  woêaùre  à  CoUnar ,  prém- 
dent  de  la  thmmbre  dm  notaires  de  VarrondiseeÊnent»  -^  5  tableaux  »  ia-lélio , 
avec  titre  et  répertoire.  ~  Prix  :  3  fr.  7S  c.  chez  tous  les  libraires  de  GohBMr. 

L'auteur ,  en  dressant  ces  tableaux ,  avait  en  vue  un  double  but  :  «  i^  celui  de 
rappeler  sommaîremeM  aux  personnes  qn!  cbnukaissent  l*hfstoii«  de  nos  soSxante- 
diip-htiit  deMières  années  les  litits  et  les  événements  les  plus  mémorables ,  fes 
causes  qui  les  ont  fait  naître  et  les  hommes  qui  y  ont  pris  paît  Ou  les  ôttt  dirigés  \ 
2«»  cehri  d*inSpirer  à  ceux  qui  ne  comiaissent  pas  cette  hlstofte ,  le  ddfttr  de  l'étu- 
dier oe  ae  moins  de  la  lire.  »  Le  travail  de  M.  Wathîeu  atteint  certainement  le  but 
modeste  qu'il  s'est  proposé  en  récrivant. 

Un  Bibliophile. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES 


DE  L'A\CIEI^>£  ALSACE. 


SuUe  (•). 


LANDAU. 

Pour  qui  ose  se  plonger  dans  le  sombre  chaos  des  ioféodaiions  et 
des  engagements  du  quatorzième  siècle  il  ressort  bientôt  cette  vérité 
que  nulle  part  les  divisions  territoriales  n'étaient  bien  tracées ,  non 
plus  que  les  limites  entre  les  diverses  juridictions.  C'était  un  imbroglio 
permanent  de  droits  presque  toujours  contradictoires ,  de  telle  sorte 
que  la  même  localité  pouvait  être  à  la  fois  aux  mains  de  divers 
maîtres^  pouvait  être  tout  ensemble  terre  immédiate  et  terre  seigneu- 
riale ,  aleUi  6ef  et  sous-Gef,  ville  impériale  et  marchandise  donnée 
en  gage. 

Depuis  le  grand  interrègne  du  siècle  précédent  chacun  avait  con- 
tinué h  tirer  à  soi  ;  les  comtes,  les  dynastes ,  les  châtelains ,  les  villes 
et  les  abbayes  ne  cessaient  plus  de  viser  ù  l'indépendance,  de  cher- 
cher à  étendre  leur  territoire  et  leurs  franchises  »  à  se  libérer  des 
obligations  féodales  et  à  en  imposer  à  de  plus  faibles,  d'empiéter  sur 
lo  droit  du  voisin,  de  passer  suivant  l'intérêt  du  moment  d'un  suze- 
rain à  un  autre,  de  se  déprovincialiser  en  un  mot  pour  devenir 
individu ,  burgrave ,  république  ou  ganerbinat. 

Ce  fut  pour  obvier  autant  que  possible  à  cette  anarchie  que  les 
landvogts  impériaux  reçurent  à  partir  du  règne  de  Rodolphe  de 
Habsbourg  des  pouvoirs  plus  étendus  ,  plus  spéciaux ,  et  pour  ainsi 
dire  plus  légaux.  Ils  devaient  être  non  seulement  les  juges  ou  grand'- 
justiciers  de  l'Empire  dans  le  rayon  de  leur  juridiction,  mais  les  gar- 
diens de  l'immédiateté  des  villes  ,  les  médiateurs  de  toutes  querelles 

[')  Voir  les  livraisons  de  février  oi  mars ,  pages  49  et  07. 

«•Année.  ^"7 


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St58  RBVUB  D*AL8àGB. 

féodales ,  les  conservateurs  de  l'autorité  impériale  au  sein  de  cette 
décentralisation  excessive  qui  allait  minant  de  plus  en  plus  FEmpire. 

L'institution  était  bonne  en  principe,  malheureusement  elle  fut 
très-vite  dénaturée  et  viciée  par  l'usage  des  engagements  ou  des 
charges  hypothéquées  »  par  ce  besoin  de  battre  monnaie  avec  tout  ce 
dont  ils  pouvaient  encore  disposer  qui  était  devenu  la  fatalité  des 
empereurs  élus. 

Landau  fut  une  des  villes  qui  eut  le  plus  longtemps  à  souffrir  d'un 
état  de  choses  dont  ne  profltait  guères  que  la  force  brutale.  Placée  à 
l'extrême  limite  de  deux  provinces ,  l'Alsace  et  le  Palaiinat ,  et  de 
deux  comtés ,  le  Nordgau  et  le  Spiregau ,  cette  ville  flottait  en  quelque 
sorte  entre  les  juridictions  rivales ,  pas  assez  pour  s'en  affranchir 
mais  assez  pour  avoir  à  les  supporter  toutes  à  la  fois  ou  alternative- 
ment, moins  heureuse  sous  ce  rapport  que  ces  territoires  contestés 
entre  l'Angleterre  et  l'Ecosse  dont  Walter  Scott  nous  a  donné  le 
pittoresque  tableau. 

Cependant  entre  ces  juridictions  qui  se  côtoyaient  si  près  d'elle,  il 
en  était  une  que  dès  lors  elle  préférait  et  vers  laquelle  tendaient  tous 
ses  efforts,  c'était  celle  du  landvogt  d'Alsace  qu'elle  tâchait  de  sub- 
stituer autant  que  possible  à  l'évéque  de  Spire  et  au  comte  palatin 
du  Rhin.  • 

En  1561  la  ville  avait  obtenu  de  l'évéque  de  Spire,  Gerhardt  d'Ern- 
berg,  et  grâce  à  l'intervention  de  l'un  de  ses  casirenses^  Burckhard , 
burgrave  de  Madenburg ,  landvogt  d'Alsace ,  l'adjonction  à  ses  douze 
échevins  de  vingt*quatre  conseillers  de  ville  ou  sénateurs  élus  chaque 
année  par  les  tribus.  Ces  sénateurs  ne  devaient  s'occuper  que  des 
affaires  administratives ,  la  justice  restant  dévolue  aux  seuls  échevins 
sous  la  présidence  du  schulihets  impérial  nommé  par  l'évéque.  Ce 
tribunal  s'appelait  Schœffen'Rath  ou  Oher-Gerichi  ;  il  était  eu  quelque 
sorte  un  tribunal  d'appel ,  quoiqu'il  eût  le  droit  de  juger  en  première 
instance ,  si  l'accusé  niait  le  fait  qui  lui  était  imputé.  Dans  le  cas  au 
contraire  oii  l'accusé  avouait  de  suite,  le  jugement  était  rendu  par  le 
SchuUheis  assisté  de  deux  échevins  seulement ,  et  dans  ce  cas  le 
tribunal  se  nommait  ^I/mer-6e^ic/l^  (<)  Si  la  cause  était  au-dessous 
de  dix  florins ,  le  Schuliheis  jugeait  seul.  Il  y  avait  en  outre  un  tribunal 
subsidiaire  en  cas  de  non  exécution  immédiate  à  l'échéance  des 


(')  ScHCfiPFUN,  ÀUai.  UkuL ,  tome  ii ,  —  Landavia. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L' ANCIENNE  ALSACE.  ^59 

termes  6xës  par  les  sentences  deVUnler-GerichL  C'était  le  tribunal 
dit  Voll^Gerichi  ou  Vol»ogungs»Gerichl ,  qui  se  réunissait  d'urgence 
et  prononçait  au  besoin  la  réduction  en  un  terme  des  trois  termes 
flxés  par  YUnter-GerichL  II  suppléait  en  qi^ejque  sorte  VOter-Gericht, 
du  moins  quant  au  prompt  exécutoire.  On  pouvait  appeler  des  juge- 
ments de  ces  tribunaux  devant  les  Cours  suprêmes  de  l'Empire,  (t) 

C'était  ce  Schultheis  impérial  qui,  depuis  l'engagement  de  Louis  de 
Bavière ,  pesait  le  plus  au  cœur  des  bourgeois  de  Landau ,  car ,  au 
lieu  d'être  d'investiture  directe  de  l'empereur ,  il  était  nommé  par 
l'évéque  de  Spire  et  presque  toujours^  surtout  dans  les  commence- 
ments» choisi  parmi  les  bourgeois  de  Spire  ou  les  seigneurs  du  voisi- 
nage. En  i574  nous  voyons  Adolphe,  évéque  de  Spire,  nommer 
Schultheis  de  Landau  un  chevalier  nommé  Conrad  Schnidelauch  ;  il  est 
ou  il  parait  être  le  premier  habitant  de  Landau  promu  à  ces  fonc- 
tions depuis  l'engagement  de  la  ville  à  l'évéché  de  Spire. 

Le  quatorzième  siècle  ne  fut  pas  seulement  malheureux  pour  la 
jeune  indépendance  ou  les  velléités  d'indépendance  de  Landau,  il 
porta  aussi  malheur  à  la  ville  sous  d'autres  rapports.  Ainsi ,  indépen- 
damment des  deux  pestes  de  iol5  et  de  1549,  il  fit  subir  à  Landau 
deux  tremblements  de  terre,  l'un  en  1356  et  l'autre  en  1564.  (^)  Il  est 
assez  probable  que  la  tour  de  la  primitive  église  due  aux  Augustins^ 
souOrit  de  l'un  ou  l'autre  de  ces  tremblements.de  terre,  à  moins  que 
cette  tour  n'ait  été  déjà  renversée  lors  du  tremblement  de  terre  du 
siècle  précédent ,  en  1289.  L'inscription  placée  sur  la  porte  de  la 
tour  rappelant  la  date  de  1549,  on  pourrait  conjecturer  que,  com- 
mencée à  cette  dernière  date ,  elle  ne  fut  achevée  dans  sa  partie 
actuellement  la  plus  ancienne  qu'à  la  fin  du  quatoi^ième  siècle  et 
après  le  tremblement  de  terre  de  1564. 

La  grande  ligue  des  villes  impériales  du  Rhin  et  de  Souabe,  qui  en 
1382  se  forma  contre  les  princes  de  l'Empire,  avait  paru  aux  bourgeois 
de  Landau  une  bonne  occasion  de  se  débarrasser  de  la  tutelle  de 
l'évéché  de  Spire  et  de  rompre  au  besoin  en  visière  à  l'évéque  enga- 
giste.  Ils  se  hâtèrent  donc  d'envoyer  leurs  députés  a  l'assemblée 
générale  de  Constance ,  et  ceux-ci  furent  admis  à  y  siéger  au  rang 
des  villes  impériales  simples ,  qui  venaient  après  les  villes  impériales 

(*)  Slatt  Landau  erneuert  Gerichtsordnung.  —  Spire  ^  165 4. 
(•)  ScnoEPFLiN ,  Als.  m. ,  lome  ii ,  page  351 . 


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â60  REVUE  D'aLSACB. 

libres.  Déjà  en  1349 ,  puis  en  1367  Landau  avait  obtenu  de  Tempe* 
rear  Charles  iv  le  privilège  de  non-évocation  (<)  et  celui  de  ne  voir 
citer  ses  bourgeois  devant  aucun  autre  juge  que  le  Schulfheis  impérial 
de  la  ville.  C'était  peu  s^s  doute  pour  une  cité  a  laquelle  Rodolphe 
de  Habsbourg  avait  naguères  octroyé  les  mêmes  droits  qu'à  Hague- 
nau  »  mais  enfin  c'était  un  retour  à  un  peu  plus  d'indépendance. 
Malheureusement  sa  tentative  de  participation  à  ta  ligue  de  1382 
devait  être  funeste  à  la  ville.  Elle  avait  pourtant  plus  de  motifs  que 
beaucoup  d'autres  villes  pour  vouloir  en .  finir  avec  les  petites  tyran- 
nies seigneuriales  qui  l'entouraient ,  et  la  tenaient  comme  dans  un 
réseau  »  car  nulle  part  les  seigneurs  et  les  châtelains  du  pays  rhénan 
ne  commirent  plus  d'excès  de  pouvoir^  plus  de  déprédations,  plus 
d'attaques  de  grandes  routes ,  et  plus  d'actes  outrageants  pour  les 
bourgeois  impériaux  qu'aux  environs  de  Landau ,  de  Spire ,  de  Worms 
et  de  Mayence.  C'était  pis  que  pendant  le  grand  interrègne  du  siècle 
précédent  ;  tout  commerce  était  interrompu  d'une  ville  à  l'autre  ; 
toute  promenade  hors  des  murs  exposait  à  être  surpris  par  les 
hommes  d'armes  des  seigneurs ,  emmené  prisonnier ,  enfermé  dans 
quelque  donjon ,  et  rançonné ,  et  parfois  mis  à  mort  en  cas  de  non- 
paiement  de  la  rançon.  Et  tandis  que  les  châtelains  faisaient  ainsi  sur 
les  routes ,  sous  prétexte  de  droits  de  péage ,  le  métier  de  brigands , 
les  suzerains  et  les  seigneurs  puissants  venaient  frapper  parfois  des 
contributions  jusque  dans  les  villes  mêmes  au  mépris  des  privilèges 
concédés  par  l'empereur.  Les  souffrances  de  Landau  augmentèrent 
encore ,  lorsqu'après  leurs  défaites  de  Weyl  et  de  Worms ,  les  villes 
impériales  furent  obligées  de  se  soumettre  et  de  recourir  en  déses- 
poir de  cause  à  la  protection  de  l'empereur  W«nceslas.  Ce  monarque» 
dont  la  maladroite  politique  avait  soufflé  le  feu  de  la  guerre  civile 
afin  de  réduire  à  la  fois  et  de  détrul»e  l'un  par  l'autre  les  deux  partis, 
dominé  désormais  par  la  victoire  des  princes  ,  n'intervint  que  faible- 
ment en  faveur  des  villes ,  les  laissant  mettre  de  nouveau  à  rançon , 
et  confirmant  sans  vergogne  les  engagements  anciens ,  même  ceux 
dont  les  paiements  avaient  eu  lieu  aux  échéances  stipulées.  Landau 
se  trouva  donc  à  la  fin  du  quatorzième  siècle  plus  abandonné  que 
jamais  au  gantelet  de  fer  du  comte-évéque  de  Spire. 

Le  siècle  suivant  ne  se  montra  pas ,  surtout  dans  la  première  partie 


f  )  ScuccPFLiN ,  AU.  iU.  »  tojnc  il ,  Landau. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L' ANCIENNE  ALSACE.  261 

de  son  cours  ,  plus  favorable  à  la  ville  de  Landau.  Il  lui  fallait  tou- 
jours obéir  à  Tévéque  de  Spire  en  sa  qualité  de  tenancier  ou  de  bé- 
néficier de  rengagement  consenti  par  Louis  de  Bavière.  Néanmoins  , 
toute  engagée  qu'elle  était  à  un  prince  ecclésiastique,  la  ville  impériale 
sut  faire  valoir  son  droit  de  suffrage  dans  les  diètes  ,  et  ce  malgré 
l'opposition  de  l'évéque  de  Spire ,  qui  prétendait  avoir  seul  le  droit 
de  la  représenter. 

Après  la  déposition  de  Wenceslas  Télévation  à  l'Empire  du  comte 
palatin  Robert  ne  pouvait  être  que  préjudiciable  aux  tendances  d'é- 
mancipation de  Landau:,  car  elle  mit  la  landvogtey  d'Alsace  aux 
mains  de  la  maison  palatine.  Déjà  Louis  de  Bavière  avait  en  1341 
institué  landvogt  d'Alsace  son  fils  Etienne ,  et  en  1554  la  landvogtey 
avait  passé  aux  mains  de  Robert ,  électeur  palatin.  Mais  ces  deux 
prises  de  possession  de  la  maison  de  Bavière  n'avaient  été  que  tem- 
poraire; ou  viagères,  et  dèa  1556  Charles  iv  lui  avait  retiré  le  pro- 
tectorat des  villes  impériales  d'Alsace.  Robert ,  en  donnant  à  vie  la 
landvogtey  à  son  fils  Louis-le-Barbu ,  électeur  palatin ,  privait  donc 
Landau  de  ses  protecteurs  naturels  ou  préférés ,  les  landvogts  d'Alsace 
indépendants  des  Palatins.  Néanmoins  la  possession  de  la  charge  de 
landvogt  d'Alsace  par  la  maison  palatine,  possession  qui  dura  pen- 
dant tout  le  quinzième  siècle  à  partir  de  l'an  1408 .  eut  au  moins  cet 
avantage  pour  Landau  de  confondre  dans  les  mêmes  mains  les  pré- 
tentions opposées  des  possesseurs  du  Palatinat  ^t  de  la  landvogtey 
d'Alsace ,  et  de  confondre  aussi  sur  ce  point  les  limites  des  deux 
provinces ,  la  maison  palatine ,  n'ayant  plus  autant  d'intérêt  à  main- 
tenir la  démarcation  des  deux  juridictions. 

Déjà  auparavant ,  sons  l'empereur  Henri  vu ,  la  charge  de  landvogt 
d'Alsace  confiée  successivement  en  1508  et  en  1511  à  Syboth  de  Lich- 
tenberg ,  évéque  de  Spire ,  et  à  Godefroi ,  comte  de  Linange ,  avait 
contribué  à  donner  moins  d'importance  à  la  question  des  limites  ,  et 
à  rapprocher  en  quelque  sorte  la  Queich  et  la  Lauier  de  la  Seliz  et  de 
r/U,  rapprochement  plus  complet  encore  lorsque ,  sous  Frédéric-le- 
Bel,  son  landvogt  d'Alsace,  Olton  d'Ochsenstein ,  établit  sa  résidence 
à  Landau.  (i) 

Sous  ce  rapport  auçsi  la  charge  d'Unter^Lanàvogi  d'Alsace  confiée» 
ù  celte  première  époque  de  la  possession  héréditaire  palatine,  à 

■ 

(')  Lehmanm,  Chron.  Spir. ,  p.  297 ,  et  Crolucjs  in  Annvillert  p.  39. 


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20:2  REVUE  D'ALSACE 

Schwartz-Reinbardt  de  Sickingen  dut  plutôt  effacer  que  tracer  de 
nouveau  les  limites  entre  le  Nordgau  et  le  Spiregau. 

Le  règne  de  Sigismond  diminua  d*abord  quelque  peu  la  puissance 
palatine  en  Alsace,  et  s'il  ne  retira  pas  à  cette*  maison  les  droits  et  les 
principales  prérogatives  de  landvogt,  il  entreprit  un  instant  de  les 
amoindrir  en  désignant  lui-même  VUnter-Landvogt  au  lieu  de  Je  laisser 
désigner  comme  c'était  l'usage  par  le  landvogt.  C'était  pour  l'empe- 
reur reconquérir,  autant  qu'il  le  pouvait  sans  bourse  délier,  une 
action  directe  sur  l'Alsace ,  d'autant  plus  qu'il  relira  en  même  temps 
à  l'électeur  palatin ,  landvogt  d'Alsace,  la  délégation  impériale  pour 
l'arbitrage  des  prétentions  féodales,  cbarge  qui  était  distincte  de 
celle  de  landvogt  de  Haguenau ,  quoique  presque  toujours  réunie 
jans  les  mêmes  mains.  C'est  en  effet  à  titre  de  délégué  direct  de 
l'empereur  que  nous  voyons  Y  Unier- Landvogt  d'Alsace,  Bernard  d'Eber- 
stein»  conclure  en  1415  la  transaction  enirc  Nicolas-Bernard  J^orn  de 
Bulacb  et  Walther  Erb ,  seigneur  de  .Graffenstaden.  (i)  Cette 
délégation  directe  de  l'empereur  n'a  pas  d'ailleurs  empêché  Louis-Ie- 
Barbu  d'accréditer  à  son  tour  auprès  des' villes  d'Alsace  ce  même 
Vnter-Landvogt ,  Bernard  d'Eberstein ,  comme  nous  l'apprend 
Schœpflin.  (2) 

Mais  Sigismond  était  trop  besogneux  pour  ne  pas  faire  argent  de  la 
landvogtey  d'Alsace ,  et  ne  pas  annihiler  ainsi  lui*même  ses  efforts 
pour  y  diminuer  ledpouvoir  des  Palatins.  Il  lui  fallait  des  fonds  pour 
son  expédition  d'Italie  au  secours  du  pape  Jean  xxm.  11  engagea 
donc  la  landvogtey  à  l'électeur  palatin  ,  d'abord  en  i4t5  pour  25,000 
livres  florins  du  Rhin  et  en  i423  pour  50,000.  Grâce  à  ce  beau  trafic 
les  villes  impériales  et  les  seigneuries  immédiates  de  l'Alsace  ne  se 
trouvèrent  plus  que  de  nom  relever  directement  de  l'empereur. 

Il  ne  parait  pas  que  l'Empire  rentré  ,  .après  la  mort  de  Sigismond  , 
dans  la  maison  d'Autriche  par  l'élection  d'Albert  n  ait  apporté  quel- 
que soulagement  à  la  position  de  Landau.  Son  règne  si  court  peut 
expliquer  cet  abandon  d'une  cité  cliente  si  dévouée  de  sa  maison ,  mais 
le  long  règne  suivant ,  celui  d'un  autre  archiduc  d'Autriche ,  de  l'em- 
pereur Frédéric  III  (ou  Frédéric  iv  si  l'on  admet  au  nombre  des  empe- 
reurs l'ancien  ami  de  Landau ,  Frédéric-le-Bel ,  compétiteur  de  Louis 


(')  LuNiG  ,  ReichS'Archiv. ,  et  Schoepflin  ,  tom.  u. 

(')  Sghoepfun  f  Àlsat.  ilL  ,  tome  u.  Landvogts  de  la  période  palatine. 


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VILLES  LIBRES  ET  niPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  363 

de  Bavière)  n'a  pas  la  même  excuse  à  fournir  pour  le  refus  de  racheter 
Landau  à  l'évéché  de  Spire.  La  nécessité  de  ménager  les  princes  de 
TEmpire  et  surlout  les  princes  ecclésiastiques  du  Rhin  ne  permit 
pas  sans  doute  à  ces  deux  empereurs  du  sang  des  Habsbourg,  de 
donner  cours ,  en  faveur  de  cette  ville  »  â  la  politique  traditionnelle 
de  la  maison  d'Autriche.  D'ailleurs  pour  que  Laudau  retrouvât  toutes 
ses  franchises  du  temps  de  Rodolphe  dé  Habsbourg,  il  aurait  fallu  non 
seulement  racheter  la  ville  à  l'évéché  de  Spire,  mais  racheter  la  land- 
vogtey  d'Alsace  à  l'électeur  palatin.  C'était  trop  demander  à  un  prince 
faible  et  avare  comme  le  second  empereur  Frédéric  m ,  cet  homonyme 
si  prosaïque  du  chevaleresque  Frédéric-le-Bel  de  1320. 

Ce  n'est  pas  que  l'envie  de  reprendre  la. mouvance  delà  landvogtey 
d'Alsace  ait  manqué  au  successeur  d'Albert  n.  Malheureusement  c'é- 
taient des  velléités  plus  que  de  la  volonté ,  des  projets ,  des  demi- 
mesures  plus  que  de  l'action.  Au  nombre  de  ces  velléités  on  peut 
ranger  l'encouragement  donné  par  l'empereur  à  la  ville  de  Landau  (>) 
pour  adhérer  en  1462  à  la  ligue  des  villes  et  des  dynastes  de  l'Alsace 
contre  la  compétence  des  tribunaux  weslphaliens,  ces  fameux  comités 
de  salut  public  qui  prétendirent  tenir  de  Cbarlemagne  le  droit  de  juger 
et  de  condamner  en  secret  et  sans  appel. 

Le  même  empereur  avait  même  osé  retirer  sans  rachat  4a  land- 
vogtey à  l'életeur  palatin  Frédéric-le- Victorieux  et  la  donner  à  Louis- 
le-Noir,  duc  de  Deux-Ponts,  tandis  qu'il  invitait  les  villes  d'Alsace, 
et  entr'autres  Landau ,  à  secouer  le  joug  de  l'électeur  palatin.  Mais 
bientôt  Louis-le-Noir,  abandonné  à  ses  propres  forces  par  l'empereur, 
dut  recéder  la  landvogtey  d'Alsace  à  l'électeur  Frédéric ,  laissant  les 
villes  qui  avaient  pris  son  parti  se  dépêtrer  comme  elles  pourraient. 

Peu  de  temps  auparavant  la  ville  de  Landau  avait  été  entraînée 
par  l'évêque  de  Spire  à  la  guerre  contre  le  même  électeur  à  l'occa- 
sion dej'anathême  lancé  par  le  pape  Pie  ii  contre  l'archevêque  de 
Hayence  Thierry  d'Isenbourg,  allié  de  Frédéric-le-Victorieux.  Les 
batailles  de  Seckenheim  et  de  Giengen  ayant  donné  raison  à  ces  der- 
niers contre  l'empereur  et  le  pape ,  Landau  dut  se  soumettre  comme 
les  autres  villes  de  la  landvogtey  à  la  maison  palatine,  malgré  les 
négociations ,  assez  timides  d'ailleurs ,  renouvelées  encore  par  l'em- 
pereur en  1471, 1473  et  1474  pour  reprendre  la  landvogtey  d'Alsace. 

(')  SCHCEPFLIN ,  Ali.  ilL  ,  tome  u.  Landau 


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2(U  REVUE   D'ALSACE. 

Les  faits  parilculiers  à  Landau  pendant  cette  période  sonl  assez 
clairsemés.  Il  ne  parait  pas  que  la  ville  ail  eu  plus  à  souffrir  des 
Armagnacs,  en  i4U,  que  des  compagnies  anglo-gasconnes,  en  1390. 
Mais  cette  année  1  ii4  fut  marquée  à  Landau  par  un  tremblement  de 
terre  qui  se  renouvela  en  1459.  (*)  Dans  la  première  moitié  de  ce 
même  siècle  la  ville  avait  acquis  Thypotlièque  du  château  de  Maden- 
burg  situé  sur  l'un  des  contreforts  du  Rodenberg ,  à  une  lieue  et 
demie  de  Trifels  au-dessus  du  village  d'Eschbach ,  que  les  comtes  de 
Linange  avaient  donné  en  gage  aux  sires  de  Sickingen  et  de  Flecken- 
stein.  (^)  Ce  château,  cheMieu  de  Fun  des  bailliages  épiscopaux  de 
Spire  et  dont  les  ruines  sont  fort  dignes  d'intérêt,  parait  avoir  été  un 
de  ces  ganerbinats  que  les  Burgmaenner  ou  Castrenses  de  Landau 
tinrent  successivement  et  parfois  simultanément  de  la  maison  de 
Linange.  de  l'Empire,  de  la  maison  palatine ,  de  Tévéché  de  Spire 
et  de  la  ville  de  Landau  elle-même.  Go  pourrait  s'étonner  que,  quoi- 
qu'engagée  à  cette  époque ,  la  ville  ait  pu  acquérir  pour  son  propre 
compte  le.gage  de  Madenburg ,  mais  ces  anomalies  se  rencontrent 
fréquemment  dans  l'histoire  du  quinzième  siècle.  Et  ce  n'est  pas  le 
seul  contraste  de  ce  genre  qu'offrent  les  annales  de  Landau.  Au  sur- 
plus cette  ville  n'usa  de  son  hypothèque  sur  le  château  de  Madenburg 
que  pour  la  céder  à  la  famille  de  Landeck,  originaire  d'un  château 
voisin  de  Madenburg.  Ce  château  de  Landeck  était  un  fief  d'Ochsen- 
stein ,  mi-partie  de  mouvance  palatine  et  mi-partie  de  l'abbaye  de 
Klingen  ou  KUngen^JUunster.  (3)  C'est  ce  qui  explique  comment  Ma- 
denburg une  fois  en  la  possession  des  Landeck  devint  aussi  fief  sans 
doute  oblat  de  Klïngen-Munster,  Madenburg  était  en  1498  possédé 
par  les  nobles  de  Heydeck ,  soit  par  suite  d'extinction  des  Landeck  , 
soit  par  indivis  avec  ces  derniers,  et  ce  sous  la  suzeraineté  de  l'évéché 
de  Spire.  (^) 

Ce  fut  encore  dans  ce  même  siècle  que  la  ville  acquit  le  domaine 
de  Qumhhetm  qui  jusqu'en  1 164  était  sous  le  patronage  de  l'électeur 
palatin  quoique  donné  dès  1294  par  Adolphe  de  Nassau  au  monastère 


(')  ScHOEPFLiN  ,  AUat,  illustr, ,  tom.  if ,  p.  55i. 
(')  Ibidem ,  (terres  de  révôché  de  Spire). 

(')  ScHOEPFLiN  ,  AUat,  m. ,  tom.  n.  Familles  éteintes ,  par.  440 ,  et  Domaines 
des  villes  libres ,  par.  S06. 
(*)  Ibidem. 


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VILLES  LiBBES  ET  IMPÉRIALES  DE  L* ANCIENNE  ALSACE.  265 

des  Atigustins  de  Landau.  H  semble  que  l'acquisition  de  Quetehheim 
par  la  ville  n'ait  servi  d'abord  à  cette  dernière  qu'à  engager  le  do- 
maine aux  mains  de  son  propre  engagiste ,  ce  qui  faisait  de  ce  der- 
nier à  la  fois  le  suzerain  et  le  tenancier  de  Landau.  Du  moins 
Schœpflin  rapporte  qu'en  4465  Landau  donna  pour  vingt  ans  Queich- 
heim  en  gage  à  l'évécbé  de  Spire.  (^)  La  bulle  de  1485  ,  par  laquelle 
Sixte  IV  convertit  le  monastère  des  Âugustins  de  Landau  en  collé- 
giale, (^)  paraît  n'avoir  pas  été  étrangère  à  cette  translation  des  droits 
de»  Âugustins  sur  Queichheim  à  la  ville  elle-même. 

Lors  des  démêlés  de  Raban  de  Helm'stadt ,  évéque  de  Spire ,  avec 
sa  ville  épiscopale ,  Landau ,  toujours  empressée  de  saisir  toutes  les 
occasions  de  s*affrancbir  de  la  suprématie  temporelle  de  l'évéché  de 
Spire ,  avait  fait  cause  commune  avec  les  ennemis  de  Raban ,  dont 
elle  avait  chassé  le  prévôt  (Unter-  Vogi)  quoique  Raban  dé  Helmstadt 
fût  agnat  d'une  des  familles  patriciennes  de  Landau.  Irrité  de  cette 
rébellion,  le  belliqueux  prélat  se  porta  sur  Landau,  après  avoir  préa- 
lablement lancé  ses  foudres  spirituelles  contre  les  habitants.  Il  fallut 
pour  fléchir  Raban  que  le  sénat  de  Landau  vint  la  corde  au  cou  aux 
portes  de  la  ville  lui  en  présenter  les  clés.  (3)  Cette  attitude  de  la 
magistrature  landavienne  ne  témoignerait  pas  beaucoup  en  faveur  du 
courage  des  bourgeois  .  si  selon  toute  apparence  elle  n'avait  été 
inspirée  par  un  sentiment  de  piété  plutôt  que  par  la  crainte  des 
armes  temporelles  de  l'évéché  de  Spire.  L'évéque,  en  effet ,  désarmé 
par  leur  humilité  chrétienne ,  releva  les  bourgeois  de  l'excommuni- 
cation. 

La  prise  d'armes  générale  des  villes  et  des  seigneurs  de  l'Alsace 
contre  Gharles-le-Téméraife  ,  nous  fait  voir  vers  la  fin  de  ce  même 
quinzième  siècle  le  courage  des  bourgeois  de  Landau  sous  un  jour 
plus  brillant.  De  nombreux  volontaires  de  cette  ville  s'étaient  joints  à 
ces  braves  milices  de  Strasbourg  ,  de  Colmar ,  de  Mulhouse ,  de  Ha- 
guenau  et  des  autres  villes  de  la  ligue  d'Alsace  qui  combattirent  si 
vaillamment  les  Bourguignons  devant  Neuss  et  dans  les  champs  de 
•Nancy.  (*) 


(')  S<;hoepflln  ,  Àlsat.  Ul. ,  tom.  ii.  Domaines' des  villes  libres,  par.  506. 

(')  ibidem.  Par.  730. 

(')  BiRNBADM ,  Gesehiehte  der  Stadt  Landau ,  p.  95. 

f ')  ArchiTes  de  Landau,  et  Stettler  ,  NUehtland ,  lib.  v. 


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26C  REVUE  D' ALSACE. 


AGE  DE  l'indépendance. 

Eofia  en  4495  •  *ud  autre  descendant  de  Rodolphe  de  Babsbourg , 
plus  digne  du  chef  de  la  maison  d^Aulricbe  que  son  prédécrsseur ,  est 
appelé  au  trône  impérial.  Maximilien  i*',  brave,  juste,  généreux,  cheva- 
leresque ,  ami  de  cette  Alsace  qui  fut  le  premier  théâtre  de  Fillustration 
de  ses  ancêtres ,  ami  des  villes  impériales  qui  sont  la  dernière  force 
des  empereurs  contre  les  princes  de  l'Empire .  se  charge  enfin  à% 
compléter  le  bienfait  du  grand  Rodolphe  »  et  de  restituer  à  Landau 
ses  destinées  déjà  promises  en  quelque  sorte  dès  Tannée  1391. 

La  mort  de  George-le-Riche,  dernier  duc  de  Bavière  de  la  branche 
de  Landshut.  avait  amené  une  guerre  entre  ses  deux  plus  proches 
héritiers ,  l'électeur  palatin  du  Rhin  Philippe-l'Ingénu  et  Albert  de 
la  branche  de  Bavière-Munich.  Maximilien  se  prononce  en  faveur  de 
ce  dernier  et  met  l'électeur  palatin  au  ban  de  l'Empire.  Il  appelle  en 
même  temps  toutes  les  villes  impériales  du  Rhin  à  prendre  les  armes 
contre  le  prince  rebelle.  Landau  n'eut  garde  de  ne  pas  répondre  à 
cet  appel  impérial.  Son  engagiste  héréditaire,  Tévéque  de  Spire,  Louis 
de  Helmstadt ,  était  du  parti  de  l'électeur  palatin.  Quelle  bonne  fortune 
pour  la  cité  impatiente  du  joug  de  l'évéché  de  Spire  !  Elle  chasse 
aussitôt  de  ses  murs  VUnier-  Yogi  épiscopal,  et  la  voilà  qui  fait  cause 
commune  avec  Maximilien  d'Autriche  substitué  lui-même,  de  son 
propre  cbef>  à  l'électeur  palatin  Philippe  comme  landvogt  d'Alsace» 
et  ayant  pour  son  unter-laùdvogt  dans  la  province  le  baron  de  Mœrs- 
perg  ou  Morimont.  (>) 

Cependant  l'évêque  de  Spire  ne  se  tenait  pas  pour  battu.  Aidé  par 
le  Palatin  il  arme  à  son  tour.  Dans  ce  siècle  d'acier  les  princes  ecclé- 
siastiques ne  portent  pas  vainement  un  casque  sur  leur  mitre  et  une 
armure  de  chevalier  sous  leur  manteau  épiscopal  :  Philippe  de  Rosen- 
berg  •  successeur  de  Louis  de  Helmstadt,  se  met  donc  en  campagne 
pour  aller  réduire  Landau ,  mais  l'empereur  Maximilien  en  personne 
vient  au  secours  de  la  ville ,  il  y  fait  son  entrée  le  24  avril  1508 .  à  la 
tête  de  quatre  cents  lances  ,  et  il  ordonnera  l'évêque  de  Spire  de 
poser  les  armes,  déclarant  nul  pour  l'avenir,  sauf  finances  de  rachat, 

(')  ScHOEPFLiN ,  AU.  m. ,  tome  u  ,  Landvogts  d'Alsace ,  et  Sihonis  ,  Beschrwr- 
bung  aller  Biêchoffm  »u  Speyr,  p.  190. 


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VILLES  LIBRES  BT  IMPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  367 

l'eDgagement  de  Landau  consenti  plus  de  150  ans  auparavant  par 
Louis  de  Bavière  à  Tévéché  de  Spire. 

Cette  visite  de  Maximilied  fut  pour  Landau  Toccasion  de  liesses  et 
de  fêtes  semblables  à  celles  faites  précédemment  pour  Rodolphe  de 
Habsbourg»  Adolphe  de  Nassau  et  Frédéric-le-Bel  d'Alitriche.  Le  duc 
de  Milan  »  le  margrave  de  Brandebourg ,  les  évéques  de  Bâie ,  de 
Strasbourg  et  de  Worms  avaient  accompagné  ou  rejoint  l'empereur  à 
Landau ,  où  il  occupa  la  maison  d'Ehrardt  de  Helmstadt ,  (i)  un  des 
patriciens  de  la  ville. 

L'accueil  fait  en  cette  circonstance  par  les  bourgeois  de  Landau  à 
Maximilien  i"  et  à  sa  brillante  suite  ne  fut  pas  perdu.  Ï!n  1509 ,  in- 
formé que  l'évéque  de  Spire  menace  de  nouveau  la  ville  de  Landau , 
l'empereur  écrit  d'Italie  à  son  unler-landvogt  d'Alsace ,  Gaspard  de 
Mœrsperg,  de  la  prendre  sous  sa  protection  spéciale  et  de  la  défendre 
à  outrance,  s'il  le  faut.  (^)  En  i5f i  »  par  lettres  du  13  janvier,  il  est 
plus  explicite  encore  et  stipqle  un  prix  de  rachat  à  payer  à  l'évéque 
de  Spire»  moyennant  quoi  la  cité  de  Landau,  située  en  Basse- 
Alsace  ,  doit  faire  à  jamais  retour  à  l'immédiateté  impériale,  c  AU  wir 
die  Sladt  Landaw  in  under  EUass  gelegen  »  wiederumb  an  uns^  u.  dai 
H.  Reiehs  als  ihr  recht  Herrseha/fi ,  braeht,  »  p) 

L'histoire  doit  consigner  à  l'honneur  du  patriotisme  des  bourgeois 
de  Landau  que  ce  prix  de  rachat  fut  aussitôt  couvert  par  les  dons 
volontaires  et  empressés  de  chaque  habitant ,  tant  ils  avaient  tous 
bâte  de  déchirer  ce  contrat  odieux  qui  dépuis  près  de  deux  siècles 
les  soumettait  au  prince  ecclésiastique  de  Spire.  Aussi  le  i9  avril  de 
la  même  année ,  six  jours  seulement  après  le  diplôme  de  rachat , 
Maxîmilien ,  par  lettres  datées  de  Gengenbach ,  les  déclara-l-il  relevés 
de  tout  serment  d'allégeance  à  l'évéque»  (*)  qui  de  son  côté,  par  acte 
du  i*'  avril  1517 ,  reconnut  avoir  reçu  de  la  ville  i5»000  florins  du 
Rhin  et  n'avoir  plus  de  droits  à  prétendre  sur  Landau.  (^) 

Ce  fut  saos  doute  pour  jouir  de  la  reconnaissance  des  habitants  de 
Landau  ou  peut-être  pour  se  faire  payer  ses  bienfaits  par  une  nou- 


(*)  Actes  du  sénat  de  Spire  ,  vol  A. 

(•)  LuNic  ,  Reichs.'Arch. ,  iv ,  lib.  i ,  p.  4285 ,  num.  5. 

(j")  ScHCEPFLLN ,  Àlsat.  Diplom, ,  tome  il ,  p.  448,  et  Lunig  »  ibidem ,  num.  4. 

[*)  LuNiG ,  Bom.  5. 

n  Ibidem ,  nam,  9. 


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268  REVUE  D'ALSACE, 

velle  et  généreuse  hospitalilé ,  que  Tempereur  Maximitien  i*''  reviol  à 
Landau  en  1513,  comme  le  témoignent  des  lettres  datées  de  cette 
ville  et  de  cette  année  écrites  par  lui  au  margrave  de  Bade.  (^) 

Là  ne  devaient  pas  s'arrêter  les  bons  vouloirs  de  Maximîlien  pour 
Landau ,  car  décidément  les  mauvaises  chances  de  la  ville  semblaient 
finies ,  et  elle  allait  entrer  enfin  dans  Tère  de  prospérité.  Jusqu'alors 
il  ne  s'était  encore  agi  pour  elle  que  de  recouvrer  les  droits  de  l'im- 
médiateté  impériale  et  les  franchises  assez  limitées  qui  y  étaient  atta- 
chées. Mais  la  voilà  qui  de  prime  saut ,  à  peine  rentrée  au  giron  du 
gouvernement  direct  de  l'empereur ,  parvient  à  s'affranchir  aussi  des 
officiers  de  ce  gouvernement ,  et  à  prendre  rang  de  ville  libre.  En 
1517  l'empereur  cède  ou  vend  pour  ainsi  dire  Landau  aux  Landaviens, 
et  pour  leur  garantir  qu'ils  ne  seront  plus  jamais  engagés,  il  leur  engage 
moyennant  12,000  florins  l'ofiice  de  schulteis  întpérial  ainsi  que  tous 
les  autres  fiefs  impériaux  établis  dans  la  ville  ou  sur  le  territoire  de 
la  ville.  (^  C'était  en  quelque  sorte  la  formule  de  l'émancipation  com- 
plète, la  charte  d'une  liberté  municipale  presque  sans  contrôle 
impérial  :  au  nom  de  l'empereur  l'unter-landvogt  d'Alsace ,  Jean- 
Jacques  de  Mœrsperg,  confirma,  dès  cette  même  année  1517  par 
lettres  reversâtes ,  cet  engagement  de  Landau  à  Landau ,  ainsi  que  le 
droit  de  prendre  rang  parmi  les  villes  libres  de  la  décapole  d'Alsace.  (') 

Elle  est  donc  enfin  à  son  tour  République  du  Saint-Empire  romain, 
cette  ville  dont  les  premières  libertés  sont  dues  à  un  empereur  d'o* 
rigine  alsacienne  (Rodolphe  de  Habsbourg ,  issu  des  comtes  du 
Sundgau) ,  cette  ville,  dont  les  premiers  malheurs  sont  dus  à  un  empe- 
reur bavarois  (Louis  v) ,  et  dont  les  plus  nobles  souvenirs  de  force , 
d'individualité  y  de  self-governement  se  rattachent  à  l'ère  véritable 
de  la  nationalité  alsacienne ,  à  la  ligue  des  dix  villes. 

Il  faut  remarquer  toutefois  que  l'engagement  de  Landau  à  Landau 
par  Maximilien  i"''  ne  stipulait  d'abord  qu'une  durée  de  vingt  ans ,  (^) 
.mais  cette  condition  n'était  et  ne  pouvait  être  qu'une  réserve  pour 
obtf  nir  par  la  suite,  sous  prétexte  du  nouveau  prix  de  rachat,  quelque 

(')  JoANNis,  SpidUg.  Tabular ,  p.  529. 

(*}  Archives  de  Landau.  Volume  A.  Diplôme  du  !«'  avril  1517. 

(')  ScHCEPFLiN ,  Als.  Dipl. ,  tom.  II ,  p.  453 ,  —  Simoms  ,  Besehreibung  aller 
Bùcho/fen  su  Speyr  ,  —  Laguille  ,  pièces  justificatives ,  p.  109 ,  et  Birnbaum  , 
pièces  justiGcatives ,  p.  498. 

(')  Ibidem. 


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VUXES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  269 

nouveau  subside,  puisque  le  même  acie  promettait  que  jamais  laiille 
ne  serait  plus  engagée  à  des  tiers. 

En  152i ,  par  un  diplôme  daté  de  Worms»  Cbarles-Quint  renouvela 
en  effet  la  cession  de  son  prédécesseur  et  conûrma  tous  les  droits , 
toutes  les  libertés  de  Landau ,  en  ajoutant  que  cette  ville  devait  rester 
à  jamais  liée  à  la  landvogtey  d'Alsace,  (i) 

Ce  retour  définitif  de  Landau  à  la  landvogtey  d'Alsace  semblerait 
dû  en  partie  à  la  suppression  des  charges  de  comte  et  de  landvogt  du 
Spiregau,  qui  en  i495  devinrent  un  apanage  héréditaire  de  la  maison 
palatine,  tandis  qu'auparavant,  quoique  possédées  par  cette  maison  à 
titre  d'engagère ,  elles  étaient  censées  viagères  et  d'investiture  impé- 
riale. Ainsi  les  longs  tiraillements  de  Landau  entre  la  landvogtey 
d'Alsace  et  celle  du  Spiregau  avaient  cessé  par  la  suppression  de  cette 
dernière;  la  restitution  du  titre  de  landvogt  d'Alsace  à  l'électeiir 
palatin»  restitution  accordée  par  Cbarles-Quint ,  en  iSSO,  ne  put 
désormais  rien  pour  rattacher  Landau  à  l'ancien  Spiregau  et  consolida 
au  contraire  son  annexion  déGoitive  à  la  landvogtey  d'Alsace. 

Les  frais  de  rachat  de  l'engagement  à  l'é  véché  de  Spire  et  ceux  d'achat 
des  offices  impériaux  dans  la  ville  immédiate  avaient  épuisé  le  trésor 
municipal  et  la  bourse  des  bourgeois  de  Landau  ,  comme  l'avaient 
déjà  fait  précédemment  les  frais  des  premières  franchises  octroyées 
par  Rodolphe  de  Habsbourg.  Maximilien ,  comme  Rodolphe ,  narmît 
donc  à  la  ville  de  se  rembourser  à  la  façon  depuis  longtemps  usitée  » 
c'est-à*dire  en  battant  monnaie  sur  les  juifs.  Depuis  les  massacres  du 
quatorzième  siècle  ils  étaient  exclus  de  Landau.  Par  un  diplôme  de 
4517  la  ville  fut  autorisée  à  louer  de  nouveau  un  droit  de  résidence 
à  dix  familles  juives  moyennant  400  florins  à  payer  chaque  année  à 
la  caisse  municipale.  (^)  Au  bout  de  huit  ans  les  clameurs  contre  ces  dix 
familles  étaient  devenues  si  vives  à  Landau,  que  le  magistrat  prononça 
leur  renvoi.  Sur  les  instances  de  l'archiduc  Ferdinand ,  .landvogt 
d'Alsace,  et  de  l'électeur  palatin,  il  consentit  toutefois  a  retarder  kur 
expulsion  de  quatre  ans ,  bien  entendu  sous  condition  de  nouvelles 
finances.  Cette  expulsion  ne  fut  d'ailleurs  que  momentanée  ;  lorsque 
les  besoins  fiscaux  de  la  ville  l'exigeaient,  les  bourgeois  consentaient 
à  vivre  plus  ou  moins  longtemps  côte-à-côte  avec  ces  mécréants ,  ils 

(')  LuNiG ,  Reichs  Âreh. ,  conl.  iv ,  tom.  i",  nuni.  7  et  13 ,  p.  128o. 
(')  ScHOEPFLiN  ,  AU.  m.  y  tom.  il ,  Landau. 


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270  RBVOE  D'ALSACE. 

Suirent  même  par  s'habituer  si  bien  à  leur  voisinage,  que  du  temps  de 
Schoepflin  et  d'après  son  témoignage  (>)  on  comptait  à  Landau  plus 
de  vingt  maisons  de  juifs  plus  ou  moins  riches. 

Maîtres  enfin  de  se  gouverner  et  de  s'administrer  eux-mêmes ,  les 
bourgeois  de  la  ville  libre  impériale  de  Landau  firent  quelques  chan- 
gements au  régime  et  à  la  constitution  de  la  cité.  Nous  avons  vu  qu'en 
1561  vingt-quatre  sénateurs  annuels  furent  adjoints  pour  les  affaires 
administratives  aux  douze  échevlns.  Ces  vingt-quatre  sénateurs  ou , 
pour  nous  servir  d'un  titre  moderne  moins  pompeax ,  ces  vingt-quatre 
conseillers  municipaux  avaient  été  ensuite  réduits  à  douze.  Ils  repré- 
sentaient l'élément  démocratique  dans  l'administration  municipale  et 
appartenaient  à  la  bourgeoisie  proprement  dite ,  c'est-à-dire  aux 
tribus  de  cultivateurs  ,  de  marchands  et  d'artisans.  Leur  action  n'é- 
tait ,  pendant  là  période  de  l'engagement  à  l'évéché  de  Spire  ,  que 
très-secondaire.  Au  contraire  les  échevins  formaient  un  petit  sénat 
qui  se  recrutait  exclusivement  et  au  choix  du  vogt  épiscopo-iAipérial 
dans  les  familles  patriciennes  de  la  ville ,  telles  que  les  Stein ,  les 
Brack,  les  Helmstadt ,  les  Homeck  ,  lesMulbof»  lesRamberg,  les 
Schnidelauch,  les  Walsdorff«  les  Zeinheim ,  (^)  tous  ou  presque  tous 
descendus  de  ces  hommes  propres  {yiri  Uberi ,  Munizer,  Hausgenossen^ 
Burgmaenner)  que  l'empereur  Henri  i^'  établit  dans  un  grand  nombre 
de  vflles  comme  autant  de  colonies  militaires  ou  de  garnisons  perma- 
nentes. 

Remarquons  à  cette  occasion,  comme  un  des  faits  les  plus  constants 
du  développement  féodal  et  municipal,  que  cette  espèce  d'aristocratie 
intermédiaire  entre  les  seigneurs  'et  les  bourgeois  exerça  seule  d'a- 
bord l'autorité  dans  les  villes  impériales.  Elle  fut  même ,  on  peut  le 
dire ,  le  premier  boulevard  des  villes  contre  les  barons  voisins  et  ce 
fut  probablement  à  son  intention  que  les  empereurs  octroyèrent  ou 
reconnurent  les  premières  franchises  municipales.  Tel  fut  même  sort 
prestige  que  beaucoup  de  burgraves  et  même  de  barons  de  franc 
aleu,  possesseurs  de  domaines  et  de  vassaux  dans  le  voisinage^ 
tinrent  à  honneur  ou  trouvèrent  leuc  intérêt  à  s'affilier  à  elle  et  à 
avoir  leur  cour  {Hof)  ou  au  moins  quelque  pied-à-lerre  donnant  droit 
de  cité  dans  les  villes  administrées  par  ces  patriciens. 

(')  SCH(r.PFLiN  ,  Als,  m. ,  lom.  Il ,  tjindau. 
(')  Ibidem. 


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VILLES  LIBRES  ET  IHPÉRULES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  271 

Tant  que  le  pouvoir  ne  leur  fut  pas  contesté ,  tant  que  la  noblessse 
urbaine  conserva  la  prééminence  dans  les  villes  impériales  y  ces  pri- 
vilégiés continuèrent  à  faire  cause  commune  avec  les  bourgeois  non 
nobles  ou  artisans  contre  le  suzerain  ou  l'engagiste  impérial.  Mais 
à  mesure  que  Tindividualité  municipale  augmenta  son  indépen- 
dance du  pouvoir  extérieur  ,  à  mesure  que  les  villes  devinrent  plus 
fortes ,  l'inOuence  de  Taristocratie  citadine  alla  décroissant.  Bientôt 
les  familles  patriciennes  durent  entrer  en  partage  de  la  tenance  da 
certains  offices  avec  les  délégués  des  tribus  marchandes  ou  ouvrières 
et  peu  à  peu  elles  furent  évincées  de  ces  offices  ou  de  ces  fonctions. 
Lorsqu'elles  voulurent  résister  elles  furent  même  chassées  et  pro- 
scrites. Enfin ,  dans  beaucoup  de  villes,  à  Strasbourg  par  exemple , 
elles  ne  purent  conserver  un  droit  de  résidence  qu'en  se  faisant 
inscrire  dans  les  tribus,  c'est-à-dire  en  renonçant  à  leurs  plus  chers 
privilèges ,  à  leur  autonomie  en  quelque  sorte ,  et ,  pour  ainsi  dire , 
en  abdiquant  leur  noblesse. 

A  Landau  l'autorité  était  restée  plus  longtemps  que  dans  la  plupart 
de  nos  autres  villes  impériales  d'Alsace  le  patrimoine  de  quelques 
familles.  Les  malheurs  de  la  ville  et  son  long  engagement  à  l'évéché 
de  Spire  avaient  surtout  contribué  à  maintenir  la  possession  des  patri- 
ciens. En  effet  »  pour  se  garer  de  leurs  anciens  auxiliaires,  les  corps 
de  métiers,  devenus  leurs  rivaux ,  il  avait  fallu  que  les  nobles  de  la 
ville  revirassent  de  bord,  abandonnant  les  intérêts  de  la  commune 
pour  les  intérêts  de  leurs  offices ,  se  vouant  corps  et  âme  à  l'évéque 
de  Spire  après  avoir  été  d'abord  ses  adversaires  les  plus  opiniâtres  , 
se  faisant  ses  champions  dans  la  cité^  percevant  pour  lui  les  taxes  et 
les  rentes  et  se  proclamant  ses  tenanciers ,  eux  qui  avaient  si  long- 
temps prétendu  n'être  que  les  tenanciers  de  l'empereur.  En  un  mot , 
la  cause  de  l'évéque  de  Spire  et.celle  des  patriciens  de  Landau  avaient 
fini  par  s'identifier,  le  privilège  s'était  abrité  derrière  le  privilège >  et 
l'engagiste  étranger  avait  fait  alliance  avec  l'aristocratie  locale. 

Hais  à  peine  le  premier  eut-il  perdu  ses  droits ,  l'autre  se  vit  arra- 
cher les  siens.  Vainement  les  nobles  de  Landau  s'adressèrent-ils  à 
l'empereur  pour  qu'il  garantît  le  maintien  de  leurs  prérogatives. 
Maximilien  i*'  en  enlevant  la  ville  à  l'évéque  avait  voulu  punir  ce  der- 
nier de  son  adhésion  au  parti  de  l'électeur  palatin  pendant  la  guerre 
de  i504 ,  et  en  abandonnant,  ou  à  peu  près,  les  patriciens  de  Landan, 
il  voulut  sans  doute  les  punir  de  leur  dévouement  à  l'évéque. 


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272  RKVUB   D'ALSACE. 

Dès  1508  les  sénateurs  sortis  des  tribus  bourgeoises  avaient  pré- 
tendu imposer  aux  habitants  nobles  de  la  ville  un  serment  d'obéis- 
sance; les  nobles  s*y  étant  refusés;  dès  1511  l'empereur  leur  ordonna 
de  le  prêter  et  de  se  soumettre  dorénavant  à  tous  les  ordres  du  ma- 
gistrat. La  formule  de  ce  serment  était  :  c  Je  jure  d'être  fidèle  au 
Saint-Empire  et  à  la  ville ,  et  notamment  d'obéir  au  sénat  de  la  ville 
dans  toutes  les  circonstances  et  de  lui  être  dévoué.  »  (i) 

En  vain  la  noblesse  urbaine  voulut-elle  encore  résister,  la  réaction 
démocratique  était  devenue  si  forte  à  Landau  qu'elle  ne  laissa  pas  le 
temps  à  la  minorité  d'essayer  de  la  guerre  civile.  La  plupart  des 
patriciens  prirent  donc  le  parti  de  la  soumission ,  d'autres  en  très- 
petit  nombre  préférèrent  s'expatrier^  et  aller  se  placer  sous  la  protec- 
tion de  l'électeur  palatin  ou  des  princes  ecclésiastiques  du  Rhin. 

C'est  probablement  à  cette  occasion  que.  s'éloigna  de  la  ville  Jean 
Boner ,  quoique  Scbœpflin  paraisse  ne  pas  le  comprendre  parmi  les 
patriciens.  (^)  Boner  dut  à  son  exil  volontaire  de  Landau  le  rôle  im- 
portant qu'il  joua  bientôt  après  en  Pologne.  S'il  fût  resté  dans  sa  ville 
natale  »  on  ne  saurait  sans  doute  rien  de  lui ,  et  tous  ses  talents  ne 
l'eussent  mené  qu'à  un  poste  plus  ou  moins  obscur  dans  le  magistrat. 
Etabli  en  Pologne ,  où  il  fut  sans  doute  attiré  par  ses  compatriotes 
d'Alsace,  les  nombreux  Wissembourgeois  réfugiés  à  Cracovie  depuis 
la  malheureuse  guerre  de  Wissembourg  contre  l'électeur  palatin  à  la 
fin  du  quinzième  siècle.  Jean  Bouer,  après  avoir  fait  une  grande  fortune 
dans  le  commerce ,  fut ,  comme  l'on  sait ,  le  conseil  et  l'ami  des  rois 
de  Pologne ,  Alexandre  et  Sigismond.  Ce  dernier  surtout  l'appela 
plus  d'une  fois  à  venir  en  aide  à  l'Etat  par  son  crédit ,  sa  bourse 
et  ses  avis.  (') 

L.  Levrault. 


(La  suite  à  la  prochaine  livraison). 


(')  BiRNBAUM  t  Geschichteder  Stadt  Landau^  \iige  109. 

(')  ScmEPFi.iN,  Als»  m. ,  lom.  Il,  Landau. 

C")  Decius,  De  Sigismundi  Régit  temporibus,  pages  108  ul  suivantes. 


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DE  U  NÉCESSITÉ  DE  RÉPIUMER  L'IVRESSE. 


Nal  ^n  sans  lie. 

En  tavenie 
Pas  ne  t'byverae , 
Car  c'est  une  dangereuse  caverne. 

Meurjder,  Thréior d$ii$nimo$$. 


Cest  une  vériié  généralement  répandue ,  et  qui  ne  trouve  d'incré- 
dules que  parmi  les  membres  du  parquet ,  que  les  sévérités  de  la 
répression  pénale  ne  sont  pas  le  moyen  le  plus  eflScace  pour  obtenir 
une-diminution  dans  les  délits  :  pour  s'en  convaincre ,  il  ne  faut  que 
consulter  les  statistiques  criminelles ,  où  nous  voyods  les  mêmes  mé- 
faits se  reproduire  avec  une  désolante  uniformité  de  chiffres.  Ce  n'est 
donc  pas  uniquement  à  la  répression  qu'il  faut  demander  le  remède  ; 
un  procédé  plus  philosophique  et  plus  sûr ,  c'est  de  remonter  à  la 
cause  même  qui  a  engendré  le  mal  »  et  de  chercher  à  l'étouffer  ainsi 
dans  sa  source  ;  c'est  de  faire  l'expérience  salutaire  des  aoyens  pré- 
ventifs, suivant  le  conseil  que  donne  Montesquieu  c  aux  bons  légis- 
lateurs, »  (<)  et  de  renoncer  enfin  au  luxe  des  rigueurs  inutiles  ;  voilà 
ce  que  conseillent  l'humanité ,  la  raison  et  l'expérience ,  voilà  la 
morale  à  tirer  des  statistiques. 

Diaprés  les  criminalistes  modernes,  les  causes  efficientes  des  délits 
sont  d'ordinaire  la  perversité  native ,  l'absence  de  culture  ou  d'édu- 
caUon ,  les  vices  et  les  passions ,  et  enfin  l'égoïste  indifférence  de  b 
société  pour  les  infortunés  dont  la  nature  ou  le  malheur  ont  fait  des 
parias. 

Dans  ce  triste  inventaire  des  misères  humaines,  on  ne  se  préoccupe 
pas  assez ,  ce  nous  semble ,  d'un  vice  particulier  qui  fait  commettre 
â  lui  seul  autant  de  délits  que  tous  les  autres,  nous  voulons  parler  de 
l'ivrognerie. 

(')  BiprU  d€i  Uns ,  Uv.  vi ,  ehap.  8. 


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274  '  REVUE  D'àLSACB. 

Nous  savons  que  cerlaines  contrées ,  renommées  par  la  sobriéié  de 
leurs  babitanu ,  sont  à  Tabri  de  ce  dangereux  fléau  ;  mais  il  est  in- 
contestable qu'il  sévit  dans  les  provinces  du  Nord  et  de  l'Esl  »  dans 
tous  les  grands  centres  industriels ,  partout  où  il  y  a  des  aggloméra- 
tions d'ouvriers ,  à  Paris  surtout ,  c'est-à-dire  en  un  mot  dans  la  ma- 
jeure partie  de  la  France. 

Mais  c'est  surtout  en  Alsace ,  province  autrefois  allemande  »  et  qui 
n'a  conservé  que  sous  ce  rapport  les  habitudes ,  devenues  prover- 
biales, de  la  mère-patrie»  (t)que  le  fléau  exerce  particulièrement  ses 
ravages^  et  l'on  peut  dire  d'elle,  comme  de  l'Angleterre,  que  l'ivro- 
gnerie est  son  mauvais  démon. 

(')  Depuis  Tacite  jusqu'à  nos  jours,  le  goût  excessif  de  la  nation  allemande  pour 
le  vin ,  a  donné  lieu  à  un  déluge  d'épigrammes  et  d'anecdotes.  —  Si  la  vérité , 
comme  le  prétend  un  proverbe,  est  cachée  dans  le  vin,  disait  le  poète  Owen,  Efi$*y 
les  Allemands  sont  bien  sûrs  de  la  trouver  : 

Si  latet  in  vino  wrum ,  ut  proverhia  dieuni , 
Jfwenit  verum  Teuto ,  vel  invenieL 
H  foui  hurler  avec  les  loups  ;  avec  les  Allemands  il  faut  boire ,  disait  un  vieux 
dicton. 

Dans  son  voyage  en  Allemagne ,  Montaigne  dit  :  «  Et  c'est  un  crime  de  voir  un 
gobelet  ¥ide.  »  Observation  ingénieusement  complétée  par  un  autre  voyageur,  le 
duc  de  Rohan  :  «  Je  passai  à  Trente ,  me  réjouissant  de  sortir  de  la  petite  barbarie 
et  beuvettç  universelle  ;  ne  trouvant  pas  que  tous  les  mathématiciens  de  notre 
temps  puissent  jamais  si  bien  trouver  le  mouvement  perpétuel  que  les  Allemands 
le  font  faire  à  leurs  gobelets....  Cette  si  grande  fréquentation  de  bouteilles  obs^ 
curcit  tellement  leurs  autres  belles  qualités ,  que  cela  les  rend  mépritebles  et 
inacostables  de  tout  le  monde.  Car  ils  ne  peuvent  faire  bonne  chère  ny  permettre 
amitié  ou  fraternité ,  comme  ils  disent ,  à  personne,  sans  y  apporter  le  seau  plein 
de  vin  pour  la  scéler  à  perpétuité.  »  l^Voffoge  fait  en  Van  1600,  en  ItaUa^  AUê- 
magne,  Pays-Ba»  unis,  Anglêttrre  et  Ecoeee^  p.  27.  -^  Amsterdam,  chez 
Isys  Ehevier ,  1646).  —  De  Thou ,  dans  ses  mémoires ,  raconte  qu'en  (fiiitumt 
Bftle  où  il  avait  reçu  une  gracieuse  hospitalité ,  il  arriva  vers  le  soir  à  Mulhouse 
{Mulusenam) ,  qu'il  y  vit  une  quantité  innombrable  d'ivrognes  de  tout  Sge  et  de 
tous  sexes  :  «  Dans  les  cabarets ,  dit-il ,  tout  est  plein  de  buveurs  ;  là  de  jeunes 
filles  qui  les  servent ,  leur  versent  du  vin  dans  des  gobelets  d'une  grande  bouteiUe 
i  long  eol ,  sans  en  répandre  une  goutte  ;  elles  les  pressent  de  boire  avec  les 
plaisanteries  les  plus  agréables ,  boivent  et  retiennent  k  toute  heure  fiiire  la  même 
chose ,  après  s'être  soulagées  du  vin  qu'elles  ont  pris.  «  Ubi  biberunt  inp^aoêmam 
aream  divergentes  mingere  et  mox  ad  minieteria  redire,*,.  »  (Dr  vrrA  sua  » 
Comment.  Ilv.  H  ,  p.  20 ,  édit.  de  Genève.  —  L'amour  du  via  était  si  générale- 


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DE  LA  NÉCESSITÉ  DE  BÉPBIMBR  L'IVRESSE.  $75 

Noos  ne  voulons  parler  aujourd'hui  que  des  faits  qui  sont  à  notre 
connaissance  personuelle ,  des  plaies  dévoilées  devant  nous  »  et  qui 
nous  font  réclamer  comme  une  nécessité  urgente  le  bienfait  d*une 
mesure  préventive  contre  un  penchant  qui  se  traduit  en  effets  tou- 
jours plus  désastreux. 

Nous  pouvons  affirmer,  sans  crainte  d'être  démenti,  que»  dans 
notre  province ,  l'ivrognerie  est  la  cause  habituelle  de  la  majeure 

ment  répandu  qne  les  papes  exigeaient  des  empereurs  le  serment  de  sobriété 
avant  leur  conronnement  :  Vis  êobrietaiem  cim  auxilio  dei  euttodire  ?  Telle  était 
la  formule  usitée.  —  «  Gomme  si  ce  n'eût  pas  été  assez  à  la  nation  allemande , 
dit  l'abbé  Grandidier ,  de  se  iiyrer  au  vin  dans  l'intérieur  de  ses  foyers ,  et  de 
soeUer  même  par  son  moyen  les  choses  publiques ,  elle  sut  encore ,  dans  les  siëcles 
d'ignorance,  allier  son  incUnation  bachique  à  l'esprit  de  religion.  Elle  n'eut  pas 
même  honte  d'accompagner  les  saints  mystères  de  ses  festins  et  des  désordres 
qui  suivent  naturellement  l'ivresse.  Le  peuple  de  Strasbourg  et  d'une  partie  du 
diocèse  s'assemblait  à  la  cathédrale  le  jour  de  la  dédicace  de  cette  église,  29  août» 
fête  de  S^  Adelphe  ;  les  hommes  et  les  femmes  y  passaient  la  uuit ,  non  k  chanter 
les  louanges  du  Seigneur ,  mais  à  boire  et  k  manger.  Dans  ces  banquets^  on  se 
livrait  aux  excès  les  plus  criminels  ;  on  ne  connaissait  plus  le  respect  dû  au  lieu 
saint.  Le  prêtre,  comme  le  là!c,  y  chantait  des  chansons  dissolues  ;  on  dansait  et  on 
sautait  dans  l'église  avec  toutes  les  postures  indécentes  dont  les  bateleurs  se  ser- 
vent pour  amuser  la  populace.  Le  grand  autel  servait  de  biiifet,  où  il  restait  à  peine 
une  place  pour  célébrer  le  sacrifice ,  qui  ne  s'interrompait  pas  au  milieu  de  ces 
abominations  ;  le9  autels  étaient  pareillement  chargés  de  vin  ,  on  y  forçait  à  boire 
jusqu'à  réveiller  à  coups  d'aiguillons  ceux  que  la  lassitude  ou  l'ivresse  avaient 
endormis,  des  orgies ,  autorisées  par  la  superstitieuse  simplicité  de  nos  pères , 
scandalisèrent  les  vrais  fidèles  pendant  plusieurs  siècles.  11  a  fellu  tous  les  efforts 
d'une  piété  éclairée  pour  anéantir  des  cérémonies  qui  trouvèrent  toujours  quelques 
défenseurs  dans  la  multitude ,  ou  dans  l'avarice  de  ceux  mêmes  qui  semblaient 
destinés  par  état  à  les  condamner....  Enfin ,  ajoute  le  même  auteur ,  après  avoir 
bien  bu  pendant  la  vie ,  les  Allemands  voulaient  encore  en  essayer  après  la  mort, 
le  vin  se  répandait  aux  obsèques  avec  profusion  ;  on  en  trouve  un  exemple  à 
l'occasion  d'un  limeux  poète  allemand  du  quatorzième  siècle,  nommé  Maitre  Hwri 
fHfwmhp,  qui  avait  chanté  les  vertus  comme  les  amours  des  femmes,  et  les 
avait  vengées  des  sarcasmes  grossiers  et  amers  des  autres  poètes.  Etant  mort  à 
Mayence  en  i5i7 ,  tes  dames  par  reconnaissance  voulurent  elles-mêmes  le  porter 
au  lieu  de  sa  sépulture ,  y  versèrent  des  larmes .  et ,  pour  honorer  d'une  manière 
plus  particulière  la  mémoire  de  leur  panégyriste,  elles  firent  répandre  sur  sa 
tombe  une  si  grande  quantité  de  vin  qne  le  cloître  de  l'église  cathédrale  en  fut 
tout  inondé.  »  [Anêedotti  relaliv9$  à  une  aneimne  confrérie  de  buveurs,) 


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376  REVUE  D'ALSACE. 

partie  des  délits  ;  chez  nous«  du  cabaret  à  la  cour  d'assises  il  u'y 
a  qu'un  pas.   Les  assassinats  sont  fort  rares^  mais  les  meurtres 
fréquents  et  les  coups  et  blessures  innombrables.  Comment  concilier 
la  perversité  ouja  méchanceté  que  supposent  ces  méfaits  »  si  ce  n'est 
par  l'abus  du  vin  qui  opère  les  plus  cruelles  métamorphoses  »  aveeia 
douceur  naturelle  et  la  moralité  bien  connues  des  habitants ,  et  le 
cabaret  ne  nous  donne-t-il  pas  ici  le  mot  de  Fénigme  ?  Quel  malheur 
immense  pour  celte  population ,  si  favorisée  sous  tant  de  rapports  et 
qui  se  recommande  par  tant  de  qualités ,  d'être  en  proie  à  ce  vice 
dégradant  qui  les  anéantit  toutes!  Et  ce  qu'il  y  a  de  particulièrement 
déplorable,  c'est  la  manière  dont  le  vin  agit  sur  ces  robustes  organi- 
sations. Ces  hommes  que  la  nature  a  faits  doux  et  paisibles  »  le  vin 
les  rend  querelleurs ,  méchants  et  même  sanguinaires.  Us  entrent  au 
cabaret  dans  les  dispositions  les  plus  pacifiques  ;  ils  en  sortent  le 
couteau  à  la  main  ;  puis  venUur  ad  manut  aut  ad  ferrum.  Ecoutez 
les  témoins  en  matière  de  coups  et  blessures  ;  leur  exorde  invariable 
est  toujours  celui-ci:  Nous  sortions  du  cabaret,  nous  avions  beaucoup 
bu  ,  etc.  Aussi  tous  ces  délits  ont-ils  toujours  lieu  les  dimanches  et 
jours  de  fêtes  ;  (i)  il  est  peu  d'exemples  d'un  coup  de  couteau  donné 
un  autre  jour.  Cela  est  si  vrai  qu'un  prévenu  d'un  méfait  de  ce  genre 
répondit  au  juge  d'instruction  qui  l'interrogeait  :  Je  ne  puis  être  cou- 
pable du  fait;  c'était,  un  mardi!  —  moyen  de  défense  sans  réplique 
suivant  lui .  et  qui  caractérise  parfaitement  les  mœurs  du  pays.  Que 
de  fois  en  voyant  les  résultats  de  ces  tristes  habitudes ,  n'avons-nous 
pas  été  tenté  d'accuser  l'indifférence  de  la  société  ou  l'incurie  du 
législateur  !  que  de  condamnations  qui  pèsent  sur  le  cœur  et  qui 
pourtant  étaient  inévitables  !  Voilà  devant  nous  un  père  de  famille , 
un  ouvrier  laborieux....  Dans  une  rixe  provoquée  par  la  folle  exalta- 
tion de  l'ivresse,  il  a  frappé,  il  a  fait  couler  du  sang....  Que  dira-t-il 
pour  sa  défense  ?  ce  qu'ils  disent  presque  tous ,  hélas  !  j'étais  ivre.... 
je  ne  sais  comment  cela  s'est  fait....  je  ne  me  souviens  plus  de  rien. 
Et  comme  cette  excuse  est  inadmissible,  nous  sommes  bien  forcés,  à 
moins  de  faillir  à  notre  devoir ,   de   frapper ,  avec  une  infinité 

(*)  La  même  remarque  a  été  faite  en  Angleterre.  Dans  la  seule  ville  de  Glascow, 
10,000  individus  s'enivrent  régulièrement  tous  les  samedis  soirs ,  et  restent  dans 
cet  état  les  dimanches  et  les  lundis.  8i  Ton  voulait  s'occuper  d'un  pareil  dénom- 
brement dans  une  grande  ville  industrielle  de  notre  département ,  ou  arriverait  à 
un  chiffra  eiGrayant. 


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DR  LA  NÉCESSITÉ  DE  RÉPHrMER  L'IVRESSE.  277 

d'autres ,  cette  victime  inerte  et  inintelligente  d'un  ennemi  interne 
qui  maîtrisa  sa  volonté  et  sa  raison  ! 

Voilà  des  eSéls  pénibles  et  déplorables  auxquels  il  est  temps  de 
mettre  un  terme.  Il  n'est  que  trop  constaté  que  les  punitions  sont  un 
remède  impuissant.  Â  quoi  bon  frapper  sans  cesse  les  fruits  du  mal , 
lorsqu'on  laisse  vivre  la  cause  génératrice  dont  la  fécondité  est  tou- 
jours la  même?  Il  faut  donc  aviser  aux  moyens  d'anéantir  ou  d'affai- 
blir au  moins  cette  cause  intarissable.  Mais  ces  moyens ,  où  les 
trouver?  A  quelles  mesures  faut-il  les  demander?  En  existe-t-il  qui 
soient  praticables  et  efficaces?  Voilà  ce  que  nous  allons  rechercher. 


!• 


En  Angleterre  et  aux  Etats-Unis,  où  l'esprit  d'association  existe 
avec  une  grande  chaleur  de  sentiment ,  il  s'est  formé  de  nombreuses 
sociétés  de  tempérance  dans  le  but  d'arracher  les  basses  classes  à  un 
vice  qui  les  dégrade  et  les  décime  ;  leurs  efforts  ,  surtout  dans  cer- 
taines contrées  de  l'Amérique,'  ont  obtenu  de  merveilleux  succès, 
c  Le  mouvement  des  sociétés  de  tempérance ,  dit  M.  Ampère ,  Prom. 
en  Amérique ,  tom.  i«',  p.  286 ,  a  commencé  en  Amérique,  à  Boston , 
en  l'année  i826,  et  cinq  ans  après  en  Angleterre.  Son  progrès  a  été 
immense  dans  les  deux  pays.  Le  gouvernement  de  l'Union  s'y  est 
associé  en  supprimant  les  distributions  d'eau-de-vie  aui  soldats  et  en 
interdisant  l'usage  des  liqueurs  fortes  aux  marins  ;  mais  ce  qui  a  agi 
surtout ,  comme  toujours  >  c'est  le  principe  volontaire.  En  4836 ,  il  y 
avait  déjà  8000  sociétés  de  tempérance  dans  les  Etats-Unis ,  compre- 
nant environ  1,500,000  membres.  Les  femmes ,  les  jeunes  gens  ont 
formé  des  sociétés  de  tempérance.  Enfin  la  volonté  générale  sur  ce 
point  s'est  manifestée  par  des  actes  législatifs.  Ainsi ,  dans  les  Etats 
du  Maine  la  vente  des  spiritueux  est  absolument  interdite,  sauf,  en 
cas  de  maladie ,  sur  une  ordonnance  du  médecin  ou  pour  servir  dans 
les  arts.  Ce  qui  est  bien  digne  de  remarque ,  c*est  que  ce  soit  dans 
un  pays  on  le  grand  nombre  règne  qu'on  ait  ainsi  interdit  l'objet  de 
la  passion  du  grand  nombre.  Du  reste  on  s'y  est  parfaitement  soumis, 
et  le  maire  de  Portiand  félicite  en  ce  moment  ses  concitoyens  des 
bons  effets  de  la  loi  qui  a  diminué  les  crimes  et  le  paupérisme  dans 
la  cité.  A  Bangor ,  seconde  ville  du  même  Etat ,  un  Vachtmann  a  dé^ 


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278  REVUE  D'ALSACE. 

posé  que  depuis  que  la  loi  est  en  vigueur ,  c'est-à-dire  depuis  trok 
mois  •  les  prisons  sont  presque  vides  »  que  la  police  n'a  pas  fut  une 
seule  arrestation  »  et  cet  état  de  choses  forme  le  contraste  le  plus 
parfait  avec  les  scènes  de  violence  qui  troublaient  sans  cesse  les  rues 
de  la  même  ville  l'hiver  dernier....  Voilà  où  en  est  cette  campagne 
contre  rivrognerie,  entreprise  il  y  a  moins  de  trente  ans,  et  qui  a 
déjà  fort  entamé  l'ennemi  «  car  en  1836  on  comptait  12,000  ivrognes 
notoires  qui  s'étaient  corrigés.  • 

Voilà  certes  d'admirables  résultats  »  et  bien  faits  pour  nous  piquer 
d'émulation.  Hais  ne  nous  flattons  pas  de  voir  naître  jamais  en  France 
un  si  généreux  mouvement»  secondé  par  une  si  touchante  soumis- 
sion. Où  trouver,  d'un  côté,  au  milieu  de  la  somnolence  générale  , 
cette  ardente  charité  qui  crée  et  multiplie  les  associations  >  et ,  de 
l'autre,  celte  docilité  chrétienne  nécessaire  pour  que  leurs  remon- 
trances puissent  arriver  aux  cœurs  et  produire  d'heureux  fruits  ? 
N'est-il  pas  d'ailleurs  reçu  chez  nous  et  passé  en  axiome  qu'au  j^ou- 
verneroent  seul  appartient  l'initiative  de  toutes  les  mesures  d'amélio- 
jration  sociale  ?  opinion  sous  laquelle  se  déguise  mal  un  froid  indivi- 
dualisme.  Qu'attendre  d'une  époque  où  la  pbilantropie  n'est  qu'une 
vertu  de  parade  propre  tout  au  plus  à  orner  un  discours  académique 
pu  à  embellir  les  rêveries  des  économistes?  N'est-on  pas  frappé 
chaque  jour  du  spectacle  dégradant  de  l'ivrognerie  et  de  ses  perni- 
cieux effets?  La  sollicitude  privée  s'en  est-elle  émue?  y  a-t-il  la 
moindre  tentative  d'association  pour  y  mettre  un  terme»  la  moindre 
déclaration  de  guerre  contre  ce  redoutable  ennemi  ?  y  a-t-on  seule- 
ment songé  ?  —  Ne  comptons  donc  pas  sur  les  miracles  de  l'effort 
individuel ,  et  cherchons  ailleurs  le  remède. 

IL 

Quelques  économistes  ont  conseillé  l'élévation  des  droits  sur  les 
boissons  9  moyen  auquel  les  gouvernements  ont  tout  naturellement 
donné  les  mains.  On  n'a  pas  tardé  à  reconnaître  son  inefficacité.  Les 
exigences  du  fisc  n'ont  fait  que  surexciter  la  contrebande  et  multiplier 
les  fraudes ,  au  grand  détriment  de  la  santé  publique.  A  ces  causes 
est  venu  se  joindre  l'appât  du  fruit  défendu.  L'on  en  a  usé  moins 
souvent  »  il  est  vrai ,  mais  à  plus  fortes  doses  »  en  sorte  que  si  l'Etat 
a  gagné  »  l'ivrognerie  n'a  rien  perdu. 


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DE  LA  NÉCESSITÉ  DE  RÉPRIMER  LIVRESSE.  279 

On  a  Qisayé  enfin  de  diminuer  le  nombre  des  ivrognes,  en  dimi- 
nuant celui  des  cabarets.  Il  faut  applaudir  aux  efforts  du  gouverne- 
ment qui ,  en  exerçant  une  surveillance  active  et  sévère  sur  les  caba- 
retiers ,  en  leur  défendant  de  donner  à  boire  aux  mineurs  et  aux 
hommes  déjà  ivres,  en  les  maintenant  sous  la  crainte  incessante  d'une 
suppression,  est  entré  dans  la  voie  des  améliorations.  (^)  Mais  ces 
mesores  ne  sont  pas  suflBsamment  énergiques.  Supprimât-on  la  moitié 
des  cabarets ,  qu'ils  seraient  encore  assez  nombreux  pour  favoriser 
l'habitude  populaire.  Il  faut  donc  un  moyen  plus  radical  et  plus 
puisèant. 

III. 

Et  en  nous  exprimant  ainsi ,  nous  n'entendons  pas  assurément 
proposer  qu'on  opère  comme  ce  roi  des  Daces»  qui  ne  trouva  rien  de 
mieux  pour  extirper  l'ivrognerie  que  de  faire  arracher  les  vignes  : 
ce  serait  procéder  à  la  façon  des  sauvages. 

Le  moyen  que  nous  proposons  n'est  pas  sujet  à  soulever  des  tem- 
pêtes; ce  moyen  n'est  autre  qu'une  répression  pénale  contre  les 
hommes  trouvés  ivres  »  avec  faculté  pour  la  police  d'arrestation  immé- 
diate. Nous  disons  :  frappez  la  cause  même  du  mal ,  la  mère  des 
délits ,  mater  omnium  flagUiorum ,  et  vous  verrez  bientôt  diminuer  sa 

(')  On  a  remarqué,  comme  une  singularité  assez  curieuse ,  qu'en  grec  .le  même 
mot ,  Capélo»,  signifiait  tout  à  la  fois  cabaretieri  marchand  et  voleur.  —  Un  auteur 
(Guillaume  Boucbet)  prétend  que  ^(0  vient  de  koêtùy  parce  que  l'aubergiste  esi 
l'ennemi  de  ceux  qu'il  héberge,  en  lui  servant  du  vin  frelaté  et  en  l'enivrant  {Seréêt), 
—  On  sait  que  Platon  n'admettait  pas  les  aubergistes  dans  sa  république ,  et  que 
la  législation  de  presque  tous  les  peuples  les  traitait  avec  une  extrême  rigueur. 
{BiiUrirê  du  eabants  et  hôteltâriês ,  par  MM.  Francisque  Michel  et  Edouard 
Fournier ,  pàfftm.)  —  En  France,  il  leur  était  défendu  de  laisser  instrumenter 
chez  eux  les  notaires ,  les  contrats  passés  au  cabaret  étant  nuls.  {Coutume  de 
Mqnalf  art.  30 ,  citée  par  Monteil ,  Hùt.  des  Franc,  des  divers  Etats ,  épitres , 
lettre  xlii.)  —  Un  cabaretier,  emprisonné  pour  dettes ,  ne  pouvait  faire  cession  de 
biens  pour  en  sortir.  Lettres  du  Roi  du  29  novembre  i487.  (Monteil ,  eod,  op, , 
histoire  xv ,  VMteUer,)  —  La  coutume  de  Normandie ,  art.  555,  et  celle  de  Paris, 
art.  i28 ,  leur  refusaient  même  une  action  contre  les  gens  qui  avaient  contracté  des 
dettes  chez  eux.  En  Alsace ,  à  Strasbourg ,  on  leur  imposait  une  singulière  humi- 
liation :  ils  étaient  tenus  de  nettoyer  chaque  lundi  les  latrines  (neeessarium)  âe 
l'éjêqae. 


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380  RE\UB  D'ALSACB* 

progéniture!  Noos  demandons  en  conséquence  une  loi  qui  érige 
l'ivresse  même  accidentelle  en  délit  et  la  punisse  d'une  peine  correc- 
tionnelle. Destinée  à  éviter  l'application  de  pénalités  plus  fortes  et 
plus  multipliées  »  cette  loi ,  surtout  au  point  de  Yue  de  la  séquestra- 
tion préventive ,  serait  en  réalité  plutôt  une  loi  de  police  qu'une  loi 
pénale  ;  elle  préviendrait  plus  de  délits  qu'elle  n'en  punirait. 

Comment  se  fait-il  que  la  nécessité  d'une  pareille  mesure  n'ait  pat 
frappé  nos  législateurs  modernes?  Et  cependant  leur  attention  s'est 
portée  sur  les  mendiants  et  les  vagabonds ,  qui  ne  sont  p  comme  les 
ivrognes»  que  des  déUnquants  éuentueliî  Quelles  peuvent  être  les 
objections  qui  ont  fait  grâce  à  ces  derniers,  bien  plus  proches 
voisins  du  délit?  Nous  en  cherchons  vainement  qui  oflBrent  quel* 
qu'apparence  de  solidité. 

IV. 

Voudrait-on  soutenir  qu'il  s'agit  ici  d'une  infirmité  morale  qui 
appartient  bien  plus  au  domaine  de  là  religion  ou  de  la  morale  qu'à 
celui  de  la  législation  positive»  et  qu'il  serait  injuste  de  punir  des 
hommes  qui  n'ont  encore  fait  de  mal  qu'à  eux-mêmes»  et  dont  l'é* 
briété  peut  être  inoffensive  ?  Autant  voudrait  dire  :  Pourquoi  traquer 
un  pauvre  animal  échappé  de  sa  ménagerie ,  et  qui  n'a  encore  mordu 
personne  !  Et  les  vagabonds  »  les  mendiants  »  les  infractaires  de  ban  ! 
attendez-vous  qu'ils  aient  fait  du  mal  pour  les  arrêter  et  les  punir  ? 
non  ;  leur  état  seul  les  constitue  en  délit  »  et  avec  raison  ;  parce  que 
cet  état»  quoique  passif»  n'en  est  pas  moins  pour  la  société  une 
menace  constante ,  un  danger  imminent.  C'est  la  tendance  »  la  dispo- 
sition prochaine  au  délit  que  vous  réprimez.  Or  cette  tendance  n'est- 
elle  pas  mille  fois  plus  menaçante  chez  l'homme  ivre  qui  a  perdu  la 
boussole  de  sa  raison  et  avec  elle  la  conscience  de  ses  actions?  (>)  Il  y 
a  donc  dans  la  loi  une  lacune  inexplicable. 

V. 

Si  l'on  voulait  exciper  de  la  diflSculté  de  réglementer  par  une  loi 
une  pareille  matière»  nous  répondrions  par  l'expérience  des  siècles. 

(*)  Il  est  encore  d'autres  faits  qui  n*ont  rien  d'immoral  en  soi  et  de  néoesisire- 
ment  dommageable ,  et  que  la  loi  punit ,  et  à  Juste  titre ,  par  mesure  de  sécurité 
publique  ;  tels  sont  l'exercice  illégal  de  la  médecine,  l'infraction  aux  lois  sinitaires. 


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DE  LA  NÉCESSITÉ  DE  RÉPRIMER  L'HTRESSB.  381 

Tous  les  peuples  de  rantiquité  avaient  établi  des  pénalités  »  même 
fort  sévères ,  contre  l'ivresse  »  et  parmi  les  nations  modernes  »  la 
nécessité  de  la  réprimer  a  été  généralement  reconnue.  Sans  noas 
arrêter  aux  monuments  de  la  littérature  biblique ,  qui  nous  font 
connaître  les  écarts  et  les  punitions  des  premiers  ivrognes ,  les  ter* 
ribles  anathêmes  qui  les  frappaient ,  (i)  nous  rappellerons  que ,  dans 
la  Grèce  et  à  Rome  »  ils  étaient  notés  d'infamie  et  exclus  des  emplois 
publics  ;  il  existait  même  une  loi  de  Dracon  qui  les  punissait  de  mort. 
(D.  Db  RE  MiLrrARf  »  et  L.  Penpîdendum ,  de  poenis.  —  Les  lexiques 
de  Spiegel  et  de  Calvin ,  W"  Ebrei.)  Ebrei,  disent  ces  derniers  »  vel 
ipsis  Ethnios  (même  chez  les  païens)  adeo  exoH  fuére  ut  cemores  » 
(anfttom  iné^oà,  qui  honores  et  publica  munera  gérèrent,  genatu 
numerent,  notâque  et  ignominià  perstringerent.  Et  Pitlacm  temulentOM, 
(les  ivrognes)  ri  quid  deliquiuent ,  iupUâ  pœnà  puniri  curavit,  ut, 
formidine  supplicii  »  à  vino  promptim  abitinerent.  —  Ce  système  d'une 
double  pénalité  était  conforme  à  l'opinion  des  philosophes  et  des 
écrivains.  (Arist.  2 ,  Potit.  10;  Quint.  ,  Orat.  Inst. ,  lib.  7 ,  cap.  i  ; 
Laert,  De  viiâ  philos.  5.)  —  Dans  les  premiers  âges  de  Rome,  l'usage 
du  vin  était  surtout  sévèrement  interdit  aux  femmes ,  comme  condui- 
sant tout  droit  à  l'adultère.    Ignatus  Bietellus,   rapporte  Valère 


[*)  Voy.  les  Prw. ,  chap.  25 ,  vers.  29 ,  30,  31 ,  32  et  33  ;  chap.  3  ,  ^en.  4 
et  soiv.  —  Noé ,  qai  le  premier  cultiva  la  vigne ,  devait  aussi  le  premier  abuser 
de  ses  produits.  Un  jovr  qu'il  s'était  enivré ,  le  sommeil  le  surprit  dans  un  état 
quelque  peu  indécent.  Gham ,  le  second  de  ses  fils ,  au  Ueu  de  couvrir  la  nudité 
de  son  père,  courut  chercher  ses  deux  frères  pour  s'en  divertir  avec  eux.  Instruit, 
i  son  réveil ,  de  cette  irrévérence ,  Noé  le  maudit  dans  sa  race  :  Quod  eum  v^ 
diêssi  Chcm^  patsr  Chanaant  véranda  seiUcet  patris  «m*  eue  nudata ,  fitmftaftîr 
duohus  frairibus  suis  foras.  Evigilans  autem  Noë  ex  vtno,  eùm  didieisset  qwB 
fecerat  ei  fUius  suus  minor ,  ait  :  maledietus  Chanaan:  servus  servorum  erit  fror 
tribus  suis  I  (Genèse  ,ix, 20, 21, 22, 23, 24  et  25.  —  Berruver  ,  Histoire  du 
peuple  de  Dieu,  tom.  i«%  p.  74.)  —  Le  second  &it  d'ivrognerie  signalé  par  la 
Genèse ,  est  celui  du  vieux  Loth.  En  fuyant  de  Sodome  avec  ses  filles ,  il  se  retire 
dans  une  caverne  où  elles  l'enivrent.  On  sait  ce  qui  arriva  >  et  tout  le  monde  con- 
naît les  jolis,  vers  de  Boufilers,  traduction  fort  atténuée  du  texte  qui  raconte  l'a- 
venture :  Dixitque  major  ad  minorem .-  Pater  noster  senex  est  et  nullus  vùrorum 
remansit  in  terra ,  qui  possit  ingredi  ad  nos  juxtà  morem  utùversœ  terres.  — 
Fffw  ;  ebr%emus  eum  vino ,  dormiamusque  eum  eo ,  ut  servare  possimus  sx  jMUre 
nostro  semen.  {Gen, ,  xu ,  31.) 


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iSS  RBVUB  O'ALSàCB. 

Maxime  »  lib.  2»  cap.  1  »  ayant  surpris  sa  femme  bavant  da  vin  et 
l'ayant  taée,  fut  absous  par  Romulus.  —  Les  parents  d'une  Romaine 
l'ayant  surprise  forçant  la  serrure  d'un  coffre  où  se  trouvait  du  vin  » 
l'enfermèrent  et  la  firent  mourir  de  faim.  —  D'après  le  conseil  de 
Caton,  (1)  les  Romains  avaient  introduit  l'usage  d'embrasser  les 
femmes  quand  elles  entraient  dans  une  maison  pour  s'assurer  par  son 
baleine  qu'elles  n'avaient  pas  pris  de  vin ,  usage  qui  ne  subsista  que 
dans  les  temps  de  la  République.  (Pline  ,  lib.  14,  cap.  i4  ;  Plutarqub, 
Oeuvres  meslées,  Demanda  dei  choies  ramainei,  trad.  d'Amyot, 
édit.  in-folio  de  1603 ,  tom.  u ,  p.  468.) 

Si  nous  descendons  chez  les  peuples  modernes,  nous  voyons  près- 
que  partout  l'ivrognerie  flétrie  et  punie.  Oo  connaît  les  prohibitions 
de  la  loi  musulmane  »  qui  considère  le  vin  comme  une  liqueur  infer- 
pale;  elles  remontent  c  au  livre  sacré,  source  de  toute  science.  » 
Mahomet  ayant  appris  que ,  dans  plusieurs  banquets ,  les  convives 
ivres  en  étaient  venus  aux  mains ,  et  qu'il  y  avait  eu  mort  d'homoMs, 
inséra  dans  le  Koran ,  chap.  \,  Delà  table,  les  versets  suivants  (M 
et  93)  :  t  0  croyants ,  le  vin ,  les  jeux  de  hasard ,  les  statues  »  sont 
une  abomination  inventée  par  Satan  ;  abstenez-vous*en  et  vous  serez 
heureux.  —  Satan  désire  exciter  la  haine  et  l'inimitié  entre  vous  par 
le  vin  et  le  jeu  et  vous  éloigner  du  souvenir  de  Dieu  et  de  la  prière. 
Ne  vous  en  abstlendrez-vous  donc  pas?  i  (^) 

A  Candahar ,  en  Perse ,  l'ivresse  est  regardée  comme  une  chose  si 
immonde  »  que  l'ivrogne  est  placé  à  rebours  sur  un  âne ,  et  promené 
ainsi  par  toute  la  ville  au  son  d'un  petit  tambour.  —  En  Allemagne 
méme«  l'ivrognerie  était  punie  d'une  amenje;  c'était  une  des  sources 
les  plus  abondantes  du  trésor  public  :  Jwtœ  imprimis  mnt  pmnœ  et 
muUlœ  f  qvibui  œrarium  leguimè  augetur,  quœ  comiiiuuntur ,  1«  »  3^ , 

(')  L'sustère  censeur  n*éuit  pas  aussi  sévère  pour  lui-même  ;  il  sacrifiait  assez 
ToloDtiers  au  dieu  du  vin ,  si  l*on  en  croit  ces  vers  d*Horace  : 
Narratur  et  prisd  CaUmii 
Sœpè  mero  iruMluiste  virtut, 

La  vertu  du  vieux  Caton  , 
Cliez  les  Romains  tant  prônée , 
Etait  souvent ,  nous  dit-on  , 
Oe  Faleme  enluminée.  J.-B.  Rousseau. 

(*)  Trad.  wmelU ,  par  M.  Kasimirski ,  p.  94. 


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DE  LA  NÉCESSITÉ  DE  RÉPRIMER  L'IVRESSE.  385 

S*  In  ehrioiOê  et  iUas  qui  keiê  vmm  ac  ceremriam  veniunL  (KDip«- 
schild  »  Dejnr.  et  prâ.  etc.  imp. ,  p.  400.  —  Adde,  Besold ,  D.  num.  4; 
Klockt  De  œrario^  lib.  2»  cap.  19;  Vehoer  »  Ote.  procl.»  L.  Z.,  pag. 
S42.  Ce  dernier  auteur  cite  les  constitutions  et  statuts  répressib  de 
rivrognerie.) 

Dans  certaines  parties  de  la  Suisse ,  les  ivrognes  étaient  pnnb  de  la 
prison;  il  leur  était  en  outre  interdit  de  boire  pendant  une  année  ; 
ils  ne  recouvraient  cette  faculté  qu'avec  Tassentiment  de  leurs  conci- 
toyens: In  Helvetiœ  parfifacx»  ehrtii»  peccans  non  punitur  modo 
carcere ,  ied  et  vinum  bibere  pet  amium  prohibetur ,  neque  LiCEimAli 
REBiBBNDi  vinum  nanàêcitur,  niri  ea  ab  omm  helvetiorum  communhne 
iUi  concedatur.  (Vehner ,  loc.  cit.)  Nous  ne  pourrions  affirmer  que 
celte%i  ingénieuse  soit  toqjours  en  vigueur  ;  mais  ce  qu'il  y  a  de 
certain .  c'est  qu'il  existe  encort  dans  ce  pays  des  pénalités  contre  le 
vice  dont  s'agit.  Dans  les  cantons  d'Uri  et  d'Unterwald ,  tous  ceux  qui 
pressent  quelqu'un  à  boire  et  à  s'enivrer  sont  punis  d'une  amende  de 
25  florins  ;  cette  peine  est  doublée  pour  les  aubergistes.  Il  leur  est  de 
plus  sévèrement  défendu  de  donner  à  boire  à  crédit,  ainsi  qu'aux 
personnes  mal  famées.  Tout  citoyen  qui  s'enivre  un  jour  de  Londi* 
gemme  (assemblée  populaire)  e^t  puni  de  dix  florins  d'amende. 
(Uevuc  étrang.  de  légiil. ,  tom.  ii ,  p.  89.) 

Si  toute  loi  pénale  »  comme  le  dit  Portails .  na!t  d'un  abus ,  on  ne 
s'étonnera  pas  que  l'Alsace  ait  eu  des  lois  répressives  de  l'ivrognerie. 
Le  statut  de  Strasboui^  punissait  d'une  amende  assez  forte  les  excès 
bacchiques  commis  dans  des  réunions  publiques.  {Polizei'Ordnung 
der  Stadt  Strasburg ,  de  1628 ,  tit.  vii,  p.  55.)  —  L'art.  iS  du  règle- 
ment de  police  d'Ensisheim»  de  1590,  condamnait  les  hommes  et 
femmes  ivres  à  trois  jours  de  prison ,  au  pain  et  à  l'eau  ;  la  seconde 
fois  à  huit  jours;  la  troisième  à  une  peine  plus  forte.  (Mercklen, 
Elit.  d'Ensisheim^  tom.  ii ,  p.  149.) 

Nous  avons  déjà  parlé  de  l'Angleterre.  Là  tout  homme  trouvé  ivre 
est  arrêté ,  et  conduit ,  quelle  que  soit  la  classe  à  laquelle  il  appar- 
tienne ,  (^)  devant  le  juge  de  police  »  qui  le  condamne  à  une  amende 
on  l'envoie  en  prison.  Un  journal  anglais  du  mois  de  juin  1856  rend 

(')  En  Angleterre  l'ivrognerie  n*est  pas  an  vice  qui  se  concentre  dans  les  basses 
classes.  Il  n'est  pas  rare  de  rencontrer  dans  les  mes  de  Londres  des  hommes  ivres 
fort  bien  mis.  (Hwlotfe  dei  eabanU  «l  hâteUerkê ,  précitée ,  Um.  n ,  p.  242, 


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284  REVUE  D'ALSACE. 

compte  ainsi  d'une  séance  du  tribunal  de  simple  police  à  Londres , 
qui  nous  donne  un  curieux  exemple  de  Justice  expéditive  :  c  On  corn- 
mença  par  les  personnes  arrêtées  pendant  la  nuit.  —  N...  éiait  si  soûl 
qu'il  ne  pouvait  se  remuer.  —  En  convient-il  ?  —  Oui.  —  Qu'il  paye 
5  schillings  d'amende.  —  N...  était  soûl?  —  En  convient-il?  —  Non. 
—  Son  habit  n'était-il  pas  crotté  par  derrière  ?  —  Oui.  —  Qu'il  paye 
5  schellings  d'amende.  —  Monsieur  a  cassé  un  carreau  dans  mon 
omnibus*  --  Quand  avez-vous  vu  le  carreau  entier  pour  la  dernière 
fois  ?  ^  Je  ne  sais  pas  au  juste.  —  Avez-vous  d'autres  preuves?  — 
Non,  mais  Monsieur  était  gris.  —  Qu'il  paye  5  schellings  d'amende , 
et  la  première  fois  que  cela  lui  arrivera  de  nouveau  ,  je  l'enverrai  à 
la  maison  de  correction.  >  (t)  ^ 

On  connaît  la  législation  américaine ,  si  puissamment  secondée  par 
l'assistance  privée.  Mais  c'est  en  Suède  que  nous  trouvons  la  législation 
la  plus  complète  sur  la  matière  et  qui  pourrait  nous  servir  de  type  en 
certaines  parties.  D'après  un  statut  du  24  août  1815,  tout  individu 
qui  a  été  vu  ivre  est  condamné  pour  la  première  fois  à  une  amende 
de  trois  dollars  ;  pour  la  seconde  fois  à  une  peine  double  ;  pojir  la 
troisième  et  la  quatrième  fois  à  une  amende  plus  forte  encore ,  avec 
privation  du  droit  de  voter  aux  élections ,  de  celui  d'être  nommé 
représentant  ^  et  de  quelques  autres  droits  fondés  sur  la  confiance 
que  peuvent  avoir  en  lui  ses  concitoyens.  En  outre ,  il  est  exposé 
publiquement  dans  sa  paroisse  le  dimanche  suivant.  S'il  est  trouvé 
en  faute  une  cinquième  fois,  il  est  enfermé  dans  une  maison  de 
correction  et  condamné  à  six  mois  de  travaux  forcés,  et,  s'il 
recommence,  il  est  emprisonné  pendant  une  année  entière.  — 
Si  le  scandale  a  lieu  dans  une  assemblée  publique ,  comme  une  foire , 
une  vente  à  l'enchère .  etc. ,  l'amende  est  double  •  et  si  c'est  dans 
une  église,  le  délinquant  est  traité  plus  rigoureusemeot  encore.  ~ 
Quiconque  est  convaincu  d'avoir  entraîné  un  autre  à  s'enivrer  est 
condamné  à  une  amende  de  trois  dollars .  qui  est  doublée  lorsque 
celui  qu'il  a  dérangé  est  un  mineur.  —  Un  ecclésiastique  coupable  de 
ce  délit  perd  immédiatement  son  emploi  ;  si  c'est  un  laïque  qui  occupe 
quelque  place  considérable ,  il  est  suspendu  de  ses  fonctions  et  sou- 

(*)  Nous  empruntons  ce  détail  de  mœurs  au  curieux  ouvrage  de  MM.  Francisque 
Michel  et  Edonard  Foomier  que  nous  avons  déjà  cité  plusieurs  fois ,  et  qui  nous 
fournira  tout-à-rbeure  sur  la  Suède  un  document  des  plus  intéressants. 


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BB  LA  NÉCESSITÉ  DB  RÉPRIMER  L'IVRESSB.  ttS 

vent  destitué.  —  L'ivresse  n'est  en  aucun  cas  admise  comme  excuse 
d'une  autre  faute.  —  Quiconque  est  ivre  dans  les  rues»  ou  faisant  du 
bruit  dans  un  cabaret ,  est  sûr  d'être  emprisonné  et  détenu  jusqu'à 
ce  qu'il  soit  dégrisé ,  sans  être  pour  cela  dispensé  de  l'amende.  De 
ces  amendes  une  partie  revient  aux  dénonciateurs  ,  qui  d'ordinaire 
sont  des  officiers  de  police  ;  l'autre  est  donnée  aux  pauvres.  Si  le  dé* 
linquant  est  sans  argent ,  il  est  gardé  en  prison  ,  au  pain  et  à  l'eau , 
jusqu'à  ce  que  quelqu'un  ait  payé  pour  lui  ou  qu'il  se  soit  acquitté  de 
dix  journées  de  travail.  Deux  fois  par  an  ces  ordonnances  sont  lues 
du  haut  de  la  chaire  par  les  pasteurs ,  et  tout  aubergiste  est  tenu , 
sous  peine  d'une  forte  amende  »  d'en  avoir  un  exemplaire  affiché  dans 
les  principales  chambres  de  sa  maison.  Un  voyageur,  le  docteur 
Schubert  «  Reise  durch  Schweden ,  atteste  que  cet  édit  a  obtenu  les 
plus  heureux  résultats.  (<) 

VI. 

Nous  pourrions  pousser  plus  loin  ces  recherches  de  législation 
comparée  ;  mais  nous  avons  hâte  d'arriver  à  notre  législation  natio- 
nale. Dans  l'ancienne  France ,  nous  trouvons ,  dès  le  commencement 
du  neuvième  siècle ,  des  lois  répressives  de  l'ivrognerie.  Un  édit  de 
Charlemagne  de  802  faisait  défenses  à  toutes  personnes  de  s'enivrer , 
de  ravir  le  bien  d'autrui ,  de  voler ,  de  blasphémer ,  et  d'avoir  des 
querelles  et  des  différends,  c  Ainsi  »  dit  Delamarre,  dans  son  savant 
Traité  de  la  police ,  tom.  i«%  p.  195 ,  ce  prince  me(  l'ébriété  à  la  tête 
de  tous  ces  grands  crimes ,  parce  qu'elle  en  est  souvent  la  source.  • 
—  Par  cinq  ordonnances  de  802  •  803 ,  810 ,  812  et  815 ,  ce  même 
prince  déclare  les  ivrognes  d'habitude  indignes  d'être  ouïs  en  justice 
dans  leur  propre  cause ,  et  incapables  de  rendre  aucun  témoignage 
pour  leur  prochain  ;  il  défend  de  s'exciter  les  uns  les  autres  à  boire 
avec  excès  jusqu'à  s'enivrer ,  à  peine  d'être  condamnés  à  ne  boire 
que  de  l'eau ,  et  d'être  séparés  de  toute  société  pendant  un  certain 
temps;  il  défend  enfin  de  s'abandonner  à  l'ivrognerie  sous  peine 
d'une  punition  corporelle.  ~  Après  deux  siècles  de  troubles  intérieurs 
qui  firent  taire  les  lois ,  des  dispositions  de  même  nature  ftirent 
reproduites  par  Saint-Louis  et  Philippe-le-Bel.  Enfin  François  i**  ayant 

(')  Francisque  Michel  et  Edouard  Foumier ,  op.  eit. ,  tom.  ii ,  p.  216. 


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été  ioformé  des  désordres  qoe  rhrrognerie  causait  dans  sa  province 
de  Bretagne»  y  poqrvut  par  un  édit  général  dn  304'aofit  1536  pour 
tout  le  royaume  »  lequel  était  ainsi  conçu  :  c  Pour  obvier  aux  oisivetés, 
blasphèmes  9  homicides  et  autres  inconvénients  et  dommages  qui 
arrivent  à  rébriété,  est  ordonné:  que  quiconque  sera  trouvé  ivre^ 
soit  incontinent  constitué  et  retenu  prisonnier  au  pain  et  à  Tean  pour 
la  première  fois ,  et  si  secondement  il  est  repris ,  sera,  outre  ce  que 
devant ,  battu  des  verges  ou  fouets  par  la  prison ,  et  la  troisième  fois 
fttsUgé  publiquement,  et ,  s'il  est  incorrigible,  sera  puni  d'amputation 
d'oreille ,  d'infamie  et  de  bannissement  de  sa  personne ,  et  si  est  par 
exprès  commandé  atfx  juges ,  chacun  en  son  territoire  et  district , 
d'y  regarder  diligemment.  >  (t) 

vn. 

Cette  ordonnance  est  restée  en  vigueur  jusqu'à  notre  première 
révolution  ,  époque  où  l'on  rêvait  un  perfectionnement  universel  par 
làgrflcedes  institutions  politiques.  (>)  Pourquoi  donc,  aijyourd'hui 
que  l'expérience  nous  a  éclairés  sur  la  cause  toiyours  plus  agissante 
d  une  infinité  de  délits ,  ne  ferait-on  pas  revivre  des  dispositions,  qui» 

(*)  Aac.  gén.  des  ane.  Uns  franc.;  par  MM.  Istmbert,  Decmssy  et  Armet, 
tom.  XIII ,  p.  p.  527.  —  La  même  ordonDance  ajoutait  :  «  Et  s'il  advient  que  par 
ébriété  ou  chaleur  de  vin  ,  les  ivrognes  commettent  aucun  mauvais  cas ,  ne  leur 
sera  pour  cette  occasion  pardonné ,  mais  seront  punis  de  la  peine  due  au  dit  délit, 
et  davantage  pour  la  dite  ébriété  à  l'arbitrage  du  juge.  » 

(')  «  L'ivresse  elle-même  est  une  espèce  de  délit  public  dont  la  punition  est 
réservée  à  la  sagesse  des  Juges  :  une  ordonnance  de  François  i« ,  etc.  »  (Rép.  de 
Guyot ,  Vo  excuse ,  p.  45.) —  «  Un  homme  ne  peut  pas  excuser  une  mauvaise  ac- 
tion y  parce  qu'il  l'a  commise  étant  ivre.  Son  état  seul  est  un  crime ,  U  a  consenti 
ou  dn  moins  il  s'est  exposé  à  perdre  la  raison  ;  c'est  assez  pour  le  condamner.  » 
(Denisard,  \^.ivrogtwrie.)  Voy.  aussi  Despeisses,  tom.  u,  part,  r*»  titre  xn» 
sect.  1^ ,  no  4.  C'est  dans  cet  auteur  qu'on  trouve  cette  définition  oratoire  de 
llvrésse ,  que  nous  croyons  empruntée  aux  Pères  de  l'Eglise  :  —  Ebrieias  est 
hlandus  dœmon ,  duke  venmum ,  quam  qui  habetf  se  ipsitm  non  habet ,  quam 
gui  faeii  peeeatum  non  faeit ,  sed  ipse  totus  est  peeeatum,  Shrietas  est  flagitiorum 
omnium  maier,  radix  eriminum ,  origo  vitiorum ,  turbatio  capUis,  subversio 
sens^ ,  fffiNfMfffcu  Unguœ  ,  proeella  eorporis ,  naufragium  casOtatis ,  iMiHU 
YOLONTARIA ,  turpUudo  morum ,  dedeeut  vUw ,  honestatis  infamia  et  anima  eoT" 
rvptela. 


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DE  LA  NÉCESSITA  1»  BÉFRIMm  L'IVRBSSB.  187 

ftaiif  des  pénalhés  dont  la  première  était  pourtant  fort  ingénieuse , 
offrent  en  déOnitive ,  dans  l'état  de  nos  mœurs  »  le  seul  moyen  efficace 
de  prévenir  les  effets  désastreux  de  c  rébriëté  ou  chaleur  du  vin?  i 

Nous  ne  nous  flattons  pas  sans  doute  qu'une  pareille  loi  parvien* 
drait,  comme  par  enchantement,  à  déraciner  des  habitudes  si  pro« 
fbflMlément  ancrées  dans  les  mœurs  du  peuple;  mais,  ce  qu'on  ne 
saurait  dénier,  elles  les  généraient  à  coup  sAr ,  et  les  modifieraient. 
Ce  résultat  ne  serait-il  pas  déjà  un  immense  bienfait?  —  Mais  c'est 
surtout  dans  l'arrestation  immédiate  que  nous  voyons  l'utilité  directe 
de  la  mesure.  Qui  oserait  contester  qu'on  éviterait  une  foule  de  délits, 
qu'on  préviendrait  une  infinité  de  souflirances ,  en  arrêtant  tons  cet 
hommes  qni  n'ont  plus  c  le  gouvernement  de  soy  i  (t)  sur  la  pente 
où  ils  vont  glisser  dans  le  crime ,  en  les  arrachant  à  la  possibilité  de 
le  commettre? 

VIII. 

Nous  entrevoyons  encore  une  dernière  objeetion.  Comment  carac- 
tériser et  constater  un  pareil  délit  »  nous  dira-t-on  peut*étre  ?  L'ivresse 
n'est  pas  un  fait  simple  et  uniforme  ;  elle  a  des  degrés  divers,  des' 
anances  plus  ou  moins  perceptibles ,  qui  en  diversifient  singulière- 
ment les  effets  ou  le  danger.  Ne  faudra-t-il  pas ,  pour  être  Juste , 
distinguer,  avec  les  anciens  criminalistes,  entre  l'ivresse  complète 
et  l'ivresse  légère ,  entre  celle  imprévue  et  celle  procurée  ?  La  loi 
entrera-t-elle  dans  tous  ces  détails  difficilement  saisissables  par  le 
commun  des  témoins  ?  Se  livrera-t-elle  au  danger  des  définitions?  ou 
bien  se  confiera-t-elle  à  l'appréciation  arbitraire  du  juge?  Détona 
c6téa,  on  le  voit,  la  mesure  proposée,  qui  n'est  qu'une  honnête 
utopie ,  vient  se  heurter  contre  des  écueils. 

Ces  appréhensions  et  ces  difficultés  nous  paraissent  chimériques. 
Aujourd'hui .  pas  plus  qu'en  4556 ,  il  ne  sera  nécessaire  de  définir  un 
Ihit  on  un  désordre  des  sens  qui  se  trahit  par  des  signes  extérieun 
non  équivoques ,  C)   et  se  qualifie  ainsi  de  lui-même.  Sans  se 

(*)  IkWTAiCNE ,  Etêais ,  chap.  il ,  De  VTvrov^erie. 
(*) Quum  vini  vis  penetravit 

Contequitur  gravitât  mêmbrorum  ,  prœpediuntur 

Crura  vtuillanti ,  tardeteit  lingtui ,  mmdet  mmu , 

Nant  oeuU  -,  clamor^  iinguHui ,  jurgia  gUâcurU. 

LdcbèGB  ,  Ul ,  47tf . 


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BEVUB  D'ALSàCB. 

perdre  dans  des  distinctions  casaistiqaes ,  la  loi  se  bornerait  à  dire  : 
L'ivresse  est  an  délit.  —  Quiconque  sera  trouvé  ivre  dans  un  calNirec 
ou  tout  autre  lieu  public  »  sera  incontinent  arrêté ,  et  détenu  jusqu'à 
ce  qu'il  soit  dégrisé.  —  Il  sera  en  outre  punissable  d'une  amende  de 
â5  à  100  fr. ,  laquelle  sera  partagée  entre  les  officiers  de  police  qui 
auront  procédé  à  l'arrestation  et  les  pauvres.  — En  cas  dlnsolvabîlité, 
la  peine  sera  convertie  en  celle  de  l'emprisonnement ,  qui  ne  pourra 
excéder  trois  mois  ni  être  inférieure  à  six  jours.  —  Ces  peines  seront 
doublées  en  cas  de  récidive  dans  l'année  du  délit  »  le  tout  sauf  l'ap- 
plication de  l'art.  465  du  Code  pénal.  —  Nous  voudrions  en  outre  que, 
comme  en  Suède ,  la  loi  fût  affichée  dans  tous  les  cabarets  ou  auberges, 
sous  peine  d'une  forte  amende ,  et  que  de  plus ,  conformément  au 
droit  coutumier,  aucune  action  ne  fût  accordée  pour  les  dettes  de 
cabaret. 

Personne  assurément  ne  se  tromperait  sur  le  sens  d'une  pareille 
loi ,  et  son  application  offrirait  peu  de  difficultés.  Qui  ne  sait  en  effet 
saisir  le  moment  où  commence  l'ivresse  proprement  dite ,  voloniaria 
'vMania  ?  Ne  se  traduit-elle  pas  par  la  décomposition  des  traits ,  la 
divagation  de  la  parole ,  les  emportements  sans  cause  et  l'accent 
tapageur?  Aucun  témoin  ne  s'y  trompe.  Aussi  tous  ceux  auxquels  on 
demande  :  Un  tel  était-il  ivre  ?  répondent ,  sans  hésiter ,  oui  on  non. 
N'oublions  pas  d'ailleurs  qu'il  s'agit  d'une  loi  qui  serait  faite  en  vue 
du  peuple ,  contre  et  pour  lui  tout  à  la  fols.  Or ,  le  peuple  ne  connaît 
pas  la  demi-ivresse  particulière  aux  classes  plus  élevées  ;  il  n'a  pas  le 
don  de  savoir  déguiser  ses  vices.  Son  ivresse  à  lui  est  franchement 
bruyante  ;  elle  se  dessine  en  gros  caractères.  Elle  débute  par  des 
chants ,  auxquels  succèdent  bientôt  des  vociférations  et  des  menaces 
qui  vont  se  traduire  infailliblement ,  si  la  force  publique  n'intervient, 
en  querelles  et  en  coups.  C'est  ainsi  que  procède  d'ordinaire,  se 
signale  et  s'envenime  l'ivresse  du  peuple ,  surtout  dans  nos  contrées 
où ,  par  un  phénomène  des  plus  étranges ,  le  chant,  à  la  sortie  du 
cabaret ,  n'est  que  trop  souvent  le  précurseur  du  couteau  et  la  san- 
glante préface  du  meurtre  !  —  En  présence  de  caractères  aussi  éner- 
giquement  accusés ,  l'on  n'a  pas  à  craindre  la  difficulté  des  consta- 
tations ou  le  danger  des  méprises. 

IX. 

En  résumé ,  la  mesure  que  nous  proposons  ne  présente  pas  les 
incertitudes  d'une  innovation;  ce  n'est  pas  seulement  en  France 


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DB  LA  NÉCESSITÉ  DE  RÉPRIMER  L'IVRBSSE.  289 

qu'elle  a  eiisté  jadis  :  les  peuples  anciens  et  modernes  en  ont  reconnu 
la  nécessité  ;  elle  vit  encore  et  fonctionne  chez  presque  toutes  les 
nations  étrangères  de  l'Europe;  partout  elle  a  produit  les  plus 
heureux  fruits;  elle  s*appuie  aujourd'hui  sur  la  meilleure  des 
épreuves,  l'expérience.  La  France  seule,  qui  se  dit  le  pays  du 
progrès»  qui  prétend  marcher  à  la  tête  de  la  civilisation  »  continuera- 
t-elle  à  se  croiser  les  bras  devant  le  développement  d'un  mal  qui 
démoralise  et  décime  sa  population  agricole  et  ouvrière?  Restera-t- 
elle  plus  longtemps  insensible  au  spectacle  ou  plutôt  à  la  cause  de 
ces  innombrables  querelles  trempées  de  sang  et  de  vin ,  contre  les- 
quelles la  justice  épuise  en  vain  ses  rigueurs  ?  Laissera- t-elle  plus 
longtemps ,  sans  daigner  y  jeter  un  regard ,  la  plaie  s'envenimer ,  et 
n'est-il  pas  temps  enfin  d'aviser  au  remède  qui  doit  la  guérir  ou  la 
diminuer  ? 

Ce  remède,  nous  croyons  l'avoir  indiqué.  Une  expérience  de  chaque 
jour  nous  en  a  révélé  l'impérieuse  nécessité.  Et  ce  n'est  pas  seulement 
sur  l'étroit  théâtre  où  nous  vivons,  que  les  excès  du  vin  sont  déplo- 
rables et  pernicieux  :  ouvrez  les  journaux  judiciaires ,  qui  nous 
apportent  chaque  jour  les  tristes  bulletins  du  crime  ;  dans  la  plupart 
des  méfaits  vous  trouverez  le  doigt  de  l'ivresse  ! 

c  L'ordre  public  doit  s'armer  plus  fortement  contre  ceux  qui  le 
menacent  davantage.  >  (^)  Conçoit-on  qu'après  avoir  posé  ce  principe 
pour  justifier  ses  dispositions  contre  le  vagabondage  ,  le  législateur 
de  1810  n'ait  pas  songé  à  l'ivresse  qui  est  une  situation  cent  fois  plus 
dangereuse  pour  l'ordre  public  ? 

En  signalant  cette  déplorable  lacune,  nous  croyons  entrer  dans  les 
vues  d'un  gouvernement  qui  s'occupe  avec  une  si  touchante  sollicitude 
du  sort  des  classes  populaires.  Notre  appel ,  nous  osons  l'espérer , 
trouvera  des  échos  :  heureux  si ,  répété  par  des  voix  plus  autorisées , 
il  parvient  à  éveiller  l'attention  publique  sur  un  des  sujets  les  plus 
dignes  de  l'occuper. 

De  Netremand  , 

président  du  tribunal  ciTil  d'Altkircb. 


[*)  Bbrlier  ,  Sxp,  des  motifs  du  chap.  ni  da  Utre  !•'  du  Code  pénal.  (  Locfià  , 
Ugisl.  eiv.  si  erim.,  toiu.  xxx  ,  p.  26 J.) 

9«ABBét.  19 


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MÉMOIBE 


SUR  L'ANCIENNE  COHMÀNDERIE  DE  L'ORDRE  DE  HALTE , 
SITUÉE  A  SOULTZ  (BAUT-RHIN). 


§1. 

DE  L'ORDRE  DE  MALTE  EN  GÉNÉRAL. 

Bien  longtemps  avant  la  prise  de  Jérusalem  par  les  croisés  «  il  exis- 
tait dans  cette  ville  une  confrérie  d'hommes  qui  s'occupaient  à  loger 
et  à  soigner  les  pèlerins  qui  venaient  en  terre  sainte. 

Le  fondateur  de  celte  institution  se  nommait  Gérard. 

Plus  tard  »  quand  la  Palestine  était  acquise  aux  chrétiens ,  du  temps 
du  roi  de  France ,  Philippe  i«%  en  l'an  i  100 ,  Raymond  Dupuy  »  geuUl- 
homme  du  Dauphiné,  réorganisa  cet  ordre  et  aux  premiers  statuts 
de  l'hospitalité ,  ajouta  l'obligation  de  porter  les  armes  contre  les 
ennemis  de  la  religion. 

Dupuy  divisa  son  personnel  en  trois  classes  :  les  chevaliers ,  les 
frères  servants  et  les  chapelains  ou  aumôniers. 

Les  chevaliers  prirent  la  croix  blanche  à  huit  pointes  sur  un  habit 
noir  ;  ils  furent  appelés  chevaliers  de  Saint-Jean  de  Jérusalem ,  hospi- 
taliers ,  et  plus  tard  chevaliers  de  Rhodes  et  de  Malte,  (i) 

C'est  sous  ces  derniers  noms  qu'ils  remplirent  le  monde  du  bruit  de 
leurs  exploits  sur  les  infidèles  ;  ils  firent  une  guerre  à  mort  aux  Turcs 
et  aux  barbaresques  d'Alger ,  de  Tunis  et  de  Tripoli. 

Charles-Quînt  leur  avait  donné  l'île  de  Malte ,  ce  rocher  dont  Fran- 
çois I*'  disait»  dans  sa  légèreté  »  que  le  don  ne  valait  pas  le  parchemin 

(*)  Les  Templiers  portaient  no  babit  blanc  et  une  croix  rouge  à  huit  pointes  ; 
cet  ordre  militaire  fat  aussi  fondé  par  un  Français ,  Hugues  de  Payens ,  en  1118  ; 
il  fût  aboli  en  1512  sous  Philippe-le-Bel.  Les  hospitaliers  héritèrent  en  grande 
partie  des  biens  de  cet  oi\ire. 


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MÉMOIRE  ,  ETC.  291 

sar  lequel  Tacte  était  écrit.  Or ,  la  position  de  l'ile  de  Malle  est  telle , 
qae  deux  Tai^seaux  qui  croisent  à  l'Est  de  cette  Ile  jusqu'en  Sicile , 
et  deux  autres  à  l'Ouest  jusqu'en  Barbarie ,  peuvent  interrompre  tout 
le  commerce  de  la  Méditerranée  et  du  Levant. 

Charles-Quint  avait  lé  créé  un  surveillant  et  un  protecteur  utile  au 
commerce  ;  les  Anglais  de  nos  jours  ont  mieux  compris  que  Fran- 
çois i^^"  l'importance  de  cette  position ,  aussi  s'en  sont-iis  emparés. 

Des  îles  de  Rhodes  et  de. Malte»  les  religieux  militaires  de  cet  ordre 
se  répandirent  dans  touie  l'Europe  et  formèrent  des  établissements 
connus  sous  le  nom  de  commanderies.  Ces  commanderies  acquirent 
des  richesses  énormes ,  soit  par  des  legs ,  des  dotations ,  soit  aussi 
par  faveur;  c'est  ainsi  que  Phiiippe-le-Bel  en  i 31 4  leur  donna  un  grand 
nombre  de  biens  provenant  des  Templiers  ;  c'est  ainsi  encore  qu'ils 
absorbèrent  les  biens  de  l'ordre  de  S'-Anloine  de  Viennois ,  ordre  qui 
fut  incorporé  dans  leur  congrégation. 

En  1790  il  y  avait  en  France  deux  cent  cinquante-quatre  comman- 
deries f  dont  le  revenu  net  était  de  3,600,000  livres. 

Pour  empêcher  la  révocation  de  l'ordre  ,  le  grand  prieur  de  France 
fit  offrir  à  l'assemblée  nationale  un  don  patriotique ,  formant  le  quart 
du  revenu  général,  c'est-à-dire  près  de  900,000  francs;  de  plus ,  un 
mémoire  fut  rédigé  par  M.  de  Meyer  (i)  à  l'effet  de  démontrer  »  par 
des  considérations  politiques  et  commerciales ,  la  nécessité  de  main- 
tenir l'ordre  de  Malte  tel  qu'ifétait. 

La  révolution  passa  outre  :  l'ordre  fut  aboli  et  ses  biens  vendus 
comme  propriété  nationale. 

Les  immunités  et  les  privilèges  de  cette  corporation  religieuse  et 
indépendante  étaient  très-larges;  elles  leur  furent  accordées  en  1194 
par  Richard  d'Angleterre ,  duc  de  Normandie ,  de  Guyenne  et  comte 
d'Anjou  t  et  plus  tard  renouvelées  en  1190  par  Philippe-Auguste ,  en 
1225  par  Louis  viii ,  en  1267  par  Saint-Louis,  et  en  1312  par  Philippe- 
le-Bel ,  et  enfin  en  dernier  lieu  par  Louis  xvi.  (^) 

L'ordre  de  Malte  comptait  sept  commanderies  en  Alsace  qui  dépen- 
daient du  grand  prieuré  d'Allemagne;  ces  commanderies  étaient 
celles  de  Soultz ,  de  Colmar ,  de  Strasbourg ,  de  Schlestadt ,  de  Wis- 
sembourg ,  de  Dorlisheim  (près  de  Molsheim)  et  celle  de  Mulhouse , 

{')  Voyez  aux  pièces  jusUficatives  l'analyse  du  mémoire  de  M.  Mejer ,  N^"  5. 
(')  Pièces  justificatives  N«  3,  relatant  les  fr»n'»hises  de  l'ordre. 


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293  REVUE  D'ALSiCB.    . 

ville  confédérée  alors  de  la  Suisse.  (Il  y  avait  aassi  une  commanderie 
à  Bâie). 

Lorsque  TAIsace  fut  réunie  à  la  France,  le  traité  de  Ryswick,  en 
date  du  30  octobre  1697  ,  garantit  à  Tordre  de  Malte  tous  les  pri- 
vilèges qui  lui  avaient  été  accordés  par  Tenipereur  Frédéric  en  1185,  (i) 
par  l'empereur  Louis  en  1309,  par  Charles  iv  en  1366,  par  Nathias 
en  1378,  par  Frédéric  en  1466,  et  plus  tard  par  les  empereurs 
Charles  v ,  Haiimîlien ,  Rudolph ,  Ferdinand ,  etc. 
.  A  côté  des  établissements  de  l'ordre  de  Malte ,  il  y  avait  en  Alsace 
plusieurs  commanderies  de  Tordre  teutonique ,  ordre  qui  en  France 
n'avait  aucun  établissement  ;  il  y  avait  une  commanderie  de  cet  ordre 
à  Guebviller ,  maison  Munscb  ,  rue  de  la  Commanderie. 

§n. 

LA  GOMMAimERlB  DE  SOULTZ. 

Dans  le  faubourg  de  Saint-Jean ,  actuellement  le  faubourg  de  Gueb* 
willer ,  sur  la  gauche  en  sortant  de  la  ville  de  Soultz ,  il  existait  jadis 
un  vaste  établissement  religieux  et  militaire  :  c'était  la  comnoanderie 
des  chevaliers  de  Saint-Jean  de  Jérusalem.  Cet  établissement  avait 
pour  limites ,  au  sud  la  rivière  dite  l'Altenbach ,  au  nord  et  à  l'ouest 
les  remparts  et  à  Test  la  rue  dite  de  Saint-Jean. 

Là  il  y  avait  deux  grands  corps  de  bikliments ,  des  écuries ,  des 
granges,  des  hangars,  de  magnifiques  jardins,  cinq  cours,  deux  fon- 
taines jaillissantes ,  un  étang  poissonneux ,  une  belle  avenue  d'arbres , 
puis  des  salles  spacieuses ,  des  caves  voûtées  et  une  magnifique  église, 
dite  église  de  Saint-Jean. 

La  commanderie  de  Soultz  était  très-riche  ;  elle  possédait  des  biens 
dans  tout  le  Haut-Rhin ,  et  après  bien  des  pertes  et  bien  des  frustra- 
tions elle  avait  encore  en  1789  un  revenu  net  de  12,000  livres.  (^) 

C*est  Jean ,  dit  de  Saint-Amarin ,  chanoine  de  Lautenbach  (près 
Guebwiller)  qui  a  fait  en  1312  une  magnifique  dotation  en  faveur  de 
cet  ëiablissement  religieux  ;  nous  reviendrons  sur  ce  fait  sous  peu, 
car  il  nous  servira  à  prouver  l'ancienneté  de  cette  commanderie.  (') 

«— i^»^-^»^—  — 1— ■— ^—1 i— — ^—  ,,  I  — — — — fc  I       1.  !■■     I  ■     Il 

(']  Voyez  aux  pièces  jusUflcaUves  N»  4. 
(')  Mercklen  ,  Histoire  d*Ensisheim, 

{*)  Ce  Jean  dil  de  SaiDl-Amario  est  le  personnage  que  Schœpflin  appelle  Nort- 
wind  et  qui  bfttit  le  chSteau  de  Uerrenfluch  près  de  Waitwiller. 


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MÉMOIRB,  BTC.  293 

Bo  1528  elle  fat  englobée  daos  les  fortifications  de  la  ville  comme 
le  prouve  une  lettre  de  Jean  de  Dirpheim  ,  évéque  de  Strasbourg  et 
seigneur  de  Souliz ,  au  commandeur  et  aui  frères  chevaliers  résidant 
à  Soullz.  (1) 

Les  préceptorats  de  Colmar ,  de  Friesen  et  de  Mulhouse  dépendaient 
de  cette  commanderie ,  dont  le  titulaire  portait  le  nom  de  Receptor 
in  Oberdeuuchland, 

Conrad  de  Schwalbach ,  mort  le  1 7  mars  1568,  s'intitulait  :  Detuscher 
Landen'Commenihur  xu  Francfurt,  Sulu  und  Colmar;  un  autre  signait  : 
Receptor  im  Oberdeuuchland ,  Commenihur  in  Wyssel  et  Schwobisthat^ 

Lors  de  la  révolte  des  paysans  en  1525 ,  la  commanderie  fut  sac- 
cagée; elle  fut  restaurée  aux  frais  de  la  ville  comme  le  prouve  une 
quittance  signée  du  commandeur  Schyllung.  (^) 

En  1792  elle  fut  vendue  (le  verger  y  compris)  comme  bien  national. 

ÉGUSE  DE  SAINT-JEAN. 

L'église  de  Saint-Jean  (c'est-à-dire  l'église  de  la  commanderie)  oc« 
cupait  rem($lacement  qui  s'étend  depu's  la  brasserie  Hug,  parallèlement 
an  château  de  M.  de  Heeckeren,  jusque  vers  la  fontaine  de  la  porte  de 
Guebwiller.  C'était  un  grand  et  bel  édifice  à  triple  nef  et  à  style  ogival; 
les  chapelles  présentaient  des  mausolées  et  de  nombreuses  pierres 
tombales  provenant  de  chevaliers  inhumés.  On  y  voyait  aussi  le  mau- 
solée de  Christophe  d'Angreth ,  mort  et  enterré  le  6  juin  1710. 

Au  chœur  étaient  suspendus  des  étendards  pris  aux  infidèles.  En 
1774  y  cette  église ,  qui  menaçait  ruine ,  fut  démolie  et  une  chapelle 
fut  bâtie  à  sa  place  ;  cette  chapelle  existe  encore:  elle  sert  de  grange 
au  sieur  Wolff.  On  y  voit  deux  pierres  tombales^  dont  je  recommande 
Tacquisition  à  la  Société  archéologique  de  l'Alsace, 

1®  La  première,  celle  de  gauche,  représente  le  baron  Jean  de 
Scbwinzbell ,  en  tenue  guerrière ,  prosterné  aux  pieds  d'un  Christ  en 
croix  ;  Scbwinzbell  avait  été  tué  en  duel  par  Rheinhold  de  Rosen ,  le 
22  décembre  1692.  (») 

(')  Voyez  aux  pièces  jusUScatives  le  N®  2. 

{*)  Pièces  jasUfieatives  N«  6. 

(')  Ce  Rosen  éuit  venu  en  Alsace  à  la  suite  des  Suédois. 


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2ri  i  REVUE  D* ALSACE. 

^'^  La  seconde ,  celle  de  droite ,  concerne  le  commandeur  Connid 
de  Scbwalbach ,  mort  le  17  mars  1568. 

Voici  son  épitapbe  : 

Anno  Domini  1568 ,  den  17  Merz ,  ïsi  in  GoU  venchieden,  der  êhr* 

ivurdige  adel  und  geslrenger  Herr  Conrad  von  SehwMach  »  RiUer 

Sand  Johanns  Ordens ,  deuîscher  Landen-Commenihur  xu  Francfurt , 

Sullz  und  Colmar  ,  des  und  allen  christgheubigen  Setlen  de  aUnuech- 

tige  GoU  durch  Yerdienii  und  Mitleiden  eine  chmUiche  Aufeniehung 

geben  woUt. 

Amen» 

Dans  récurie  du  dit  sieur  Wolff,  on  voit  une  pierre  sépulcrale 
énorme  sur  laquelle  est  représenté  un  commandeur  en  grand  cos- 
tume ;  cette  pierre  à  moitié  mutilée  laisse  encore  distinguer  les  mots 
suivants:  An.  D.  M.  CCCXIIIXocu  mag.  5^  Jom.  P.  Alaman.  («) 

§  111. 

LISTE  DBS  COMMANDEURS  DE  SAlNT-iEAN. 

1287.  Schœpflin  cite ,  comme  étant  commandeur  de  Souitz  en  1387 , 
un  certain  Jacques  de  Neufcbâtel  ;  je  n'ai  pas  rencontré  ce 
personnage  dans  mes  recherches  «  mais  parcontre 

1292.  j'ai  constaté  qu'en  1292  il  y  avait  une  contestation  entre  les 
Waldner  de  Freundstein  et  un  commandeur  de  Saint-Jean. 

1300.  En  1300  il  est  aussi  question  d'un  certain  baron  de  Mulbeim. 

1 31 1 .  Rodolphe  de  Massevaux ,  celui  à  qui  Jean  de  Saint-Amarin  légua 
tant  de  biens.  (Cartulaire  de  la  commanderie  en  ma  possession, 
page  313  et  suivantes.) 

1372.  Conrad  de  Suitzmatt.  (Cart.  ibid.  p.  233). 

1381.  Reinbardt  Poiren.  (Ibid.  p.  302). 

1420.  Jean  de  Massevaux. 

1460.  Loujs  de  Melchingen.  (Cart.  p.  195  et  220).     ^ 

1526.  Philippe  Schyllung.  (Cart.  p.  201). 

1533.  Georges  de  Hohenheim  dit  Bombast.  (Cart.  p.  176,  195,  297). 

1563.  Jean-Philippe  Lœsch  de  Molenbeim. 

(')  Si  cette  pierre  était  dégagée  du  mur ,  oo  pourrait  mieu  analyser  riiiacrip- 
tion  qu'elle  porte. 


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MEMOIRE,  STC.  298 

4603.  Marimann  de  ta  Thano  »  iHulaire  de  Colmar. 

4643.  Balthasar  de  Ramsvag. 

4655.  Pierre  Rauch ,  coadjuteur. 

4658.  Gotfried  Drost ,  baron  de  Fischingeriao. 

4686.  Jean  Henri ,  baron  de  Schventzbell ,  tué  par  Rosen,  en  4693. 

4697.  Henri  Ferdinand  de  Stein,  baron  de  Reichenstein ,  titulaire  des 

préceptorats  de  Colmar  et  de  Mulhouse. 
4754.  François  Joseph»  baron  de  Foreli ,  commandeur  de  Soultz ,  de 

Colmar ,  de  Mulhouse  »  de  Friesen ,  chapelain  de  sa  Majesté  le 

roi  de  Pologne ,  et  conseiller  et  ministre  de  son  Altesse  élec- 

rale  de  Saxe. 
1789.  Le  dernier  commandeur,  de  Hompesch. 

§1V. 

ORIGIMB  DE  LA  COMMAHDERIB  DE  SOULTZ. 

Selon  François  Méglin ,  (^)  qui  dans  le  temps  a  foit  une  petite  notice 
historique  sur  Soultz  »  la  commanderie  de  cette  ville  appartenait  en 
principe  aux  Templiers  qui  vinrent  se  fixer  en  Alsace  vers  l'an  4260. 

Lors  de  leur  fatale  catastrophe  et  de  la  suppression  entière  de  leur 
ordre  en  4343  >  leurs  possessions  furent  concédées  à  celui  de  Saint- 
Jean  de  Jérusalem  dit  de  Malte. 

Le  docteur  Méglin  se  trompe  :  la  commanderie  de  Soultz  apparte- 
nait aux  hospitaliers  dès  l'an  4344  »  comme  il  nous  est  facile  de  le 
prouver. 

Dans  le  vieux  cartulaire  que  nous  avons  déjà  cité ,  nous  trouvons 
une  très-riche  dotation  que  Jean ,  dit  de  Saint-Amarin  ,  établit  au 
profit  de  Rodolphe  de  Massevaux ,  commandeur  des  hospitaliers  à 
Soultz  ;  cette  dotation  est  datée  du  samedi  avant  la  fête  de  Saint* 
Barthélémy»  en  4344 ,  donc  bien  avant  la  ruine  des  Templiers.  (Voyez 
la  note  N«  4). 

Tout  nous  porte  à  croire  que  cet  établissement  fut  fondé  vers  le 
milieu  du  treizième  siècle ,  vers  Fan  4250-60;  nous  ne  possédons  rien 

(')  La  notice  que  le  docteur  Méglin  a  écrit  sur  Soultz  est  extraite  d*un  mémoire 
inédilr  de  l'abbé  Graudidier ,  mémoire  dont  feu  le  docteur  Méglin  a  été  mis  en 
possesiion ,  J'Ignore  de  quelle  manière. 


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206  REVUE  D' ALSACE. 

de  posilif  à  cet  égard  ;  le  titre  le  plus  ancien  ne  remonte  pas  au-deli 
de  l'année  4300. 

ANALYSE  DES  PIÈCES  JUSTIFICATIVES. 

N«  \. 

DOTATION  DE  JEAN  DB  SAINT-A MARIN. 

Le  samedi ,  avant  la  fête  de  la  Saint-Barthélémy ,  en  iSii  »  ont 
comparu  devant  le  SchuUheiss  et  le  magistrat  de  la  ville  de  Soultz  » 
du  diocèse  de  Bâie ,  le  frère  Rodolphe  de  la  vallée  de  Massevaux ,  de 
l'ordre  de  Saint-Jean  de  Jérusalem»  commandeur  des  frères  da  même 
ordre  de  la  maison  de  Soultz ,  d'une  part  ;  et  maître  Jean  de  Saint- 
Âmarin ,  chanoine  de  l'église  de  Lautenbacb ,  d'autre  part.  Le  même 
maître  Jean,  sain  d'esprit  et  de  corps,  donne  »  par  dotation  entre  vifs, 
aux  dits  commandeurs  et  frères ,  tous  les  biens ,  champs ,  maisons  et 
possessions  qu'il  possède  dans  les  bans  de  Ruelesheim ,  Wittenheim , 
Kingersheim,  Ungersheim,  etc.  (Cette  pièce  est  écrite  en  latin, 
page  31 1-312  du  Cartulaire). 

N«2. 

LETTRE  DE  L'ÉVÉQUE  JEAN. 

Jean  de  Dirpheim ,  par  sa  lettre  en  date  du  dernier  samedi  après  la 
Saint-Mathieu  en  l'année  i3!28,  informe  le  commandeur  de  Soultz, 
que  la  commanderie  va  être  englobée  dans  les  fortifications  de  la 
ville.  (Cart.  p.  120). 

N«  3. 

Mémoire  pçur  les  commanderies  de  Malte  pour  être  exemptées  du 
20* ,  porté  par  l'édit  du  mois  de  mars  1749. 

L'auteur  de  ce  mémoire  relate  les  franchises  de  l'ordre  ;  il  cite 
toutes  les  lettres-patentes  accordées  par  les  empereurs  et  rois ,  et 
supplie  le  roi  de  France ,  actuellement  maître  de  l'Alsace,  de  res- 
pecter ces  immunités.  (Texte  français). 

NM. 

Cette  pièce  écrite  en  allemand  est  une  lettre-patente  de  Louis  xvi , 
en  date  de  l'année  1776,  confirmant  les  privilèges  de  Tordre  de  Malte. 

KœntgUcher  Vrkundsbrief  wekher  die  Privilegien  und  FreyheUen  des 
Maltaer  ordent  betuetigen. 


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MÉMOIRE,  ETC.  297 

Ici  te  place  le  mémoire  de  U.  de  Meyer. 

Ce  mémoire  que  je  possède  9  fat  écrit  en  4790  par  un  noble  de 
Heyer;  il  renferme  68  pages  et  a  été  adressé  aux  membres  de  l'as- 
semblée nationale.  M.  de  Meyer  énamère  les  services  que  l'ordre  de 
Halte  a  rendus  au  commerce  français,  il  examine  la  nature  des  biens 
de  l'ordre ,  son  revenu  et  conclut  à  son  maintien.  Pour  mieux  faire 
accepter  cette  proposition,  l'ordre  offre  à  la  France  une  contribution 
patriotique,  se  montant  au  quart  de  son  revenu,  c'est-à-dire  à 
900,000  fr. ,  somme  que  le  chevalier  d'Estournerel ,  procureur  général 
de  l'ordre  de  Malte  au  grand  prieuré  de  France,  s'oblige  de  payer  au 
trésor  dans  un  bref  délai ,  désirant  faire  ce  sacrifice  comme  un  hom- 
mage de  plus  de  son  dévouement  à  la  nation  française.  (Texte 
français). 

Cette  pièce  est  la  quittance  que  Philippe  Schyllung ,  commandeur 
de  Saint-J6an  ,  donne  au  magistrat  de  Souitz  quant  aux  réparations 
que  ce  dernier  a  fait  faire  à  la  commanderie ,  par  suite  des  dégrada- 
tions faites  par  les  paysans  révoltés  (1525)  et  que  la  bourgeoisie  a 
laissés  entrer  dans  la  ville;  ces  réparations  se  montaient  à  450  livres. 
(Féxte  allemand). 

Charles  Knoll,  aîné,  méà^wh-yMnnmn. 


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NOUVELLE  CONJECTURE 

SUR  LE  LIEU  OU  S'EST  LIVRÉE  LA  BATAILLE  DÉCISIVE  ENTRE 
JULES-CÉSAR  ET  ARIOVISTE. 


Ad  de  Rbme  596  ;  Av.  J.-€.  58. 


On  connaît  la  diversité  des  opinions  émises  par  nos  historiens  sur 
le  lieu  où  Jules-César,  à  la  tête  de  ses  légions ,  livra  au  fameux  irto- 
wisi  (f)  des  Germains  la  grande  bataille  qui  eut  pour  résultat  la  dé- 
faite complète  et  la  fuite  précipitée  de  ces  derniers  »  et  la  soumission 
aux  aigles  romaines  d'une  partie  de  la  Gaule. 

En  effet,  les  uns  ont  cherché  le  champ  de  bataille  dans  le  Sundgau, 
soit  à  Folgensbourg ,  soit  près  de  l'église  de  Saint^ApoUinaire ,  soit  au 
canton  dit  t  6dm  rofh^n  Rœderhubel ,  »  près  Mulhouse  ;  soit  enfin 
entre  Ensislieitii  et  Cemay  ;  tandis  que  d'autres  l'ont  placé  dans  les 
environs  de  Co\mar\  d'autres  à  une  lieue  de  Porreniruy;  aux  environs 
de  Belfort  ou  à  Dampierre  »  à  cinq  milles  au-dessus  de  Montbéliard. 

M.  le  conseiller  J.  Boyer ,  dont  le  premier  et  unique  volume  de 
son  Histoire  d'Alsace ,  (')  si  riche  en  conjectures  nouvelles  et  hardies, 
place  le  champ  de  bataille  à  YOchsenfeld^  cette  vaste  plaine,  en 
grande  partie  inculte  et  qui  a  une  étendue  de  dix  kilomètres  carrés. 
Cest  là ,  sur  ce  terrain ,  illustré  par  tant  de  légendes  populaires  ,  et 
qui  revendique  aussi  l'insigne  honneur  d'avoir  été  le  théâtre  de  la 
trahison  des  fils  de  Louis-le-Débonnaire  »  qu'il  faudra  donc  chercher 
désormais  la  poussière  ensanglantée  des  Germains ,  mêlée  aux  osse- 
ments décomposés  de  leurs  vainqueurs.  M.  Boyer  appuie  son  opinion 
sur  des  preuves  péremptoires ,  à  noire  avis ,  qu'on  lira  avec  plaisir 
aux  pages  266-270  de  son  ouvrage. 

Un  savant  militaire  allemand ,  M.  le  baron  Auguste  de  Gœler , 
c  colonel  et  adijudant  de  S.  A.  R.  le  grand-duc  Frédéric  de  Bade ,  > 

(')  De  art  ou  hari,  armée ,  Heer ,  et  owist ,  conducteur,  chef;  smtoUûs  éua^. 
[   (>)  Gobnar,  1855. 


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NOUVELLE  CONiBCnmB,  ETC.  399 

se  fondant  à  la  fois  sur  des  preuves  stratégiques  et  philologiques , 
arrive  au  même  résultat,  bien  qu'il  ne  s'accorde  pas  avec  H.  Boyer 
sur  les  mesures  de  distance  entre  le  point  de  départ  de  la  fuite  des 
Germains  et  le  Rbin.  (>)  Voici  la  substance  de  son  raisonnement  : 

Après  avoir  été  défait  par  Jules-César ,  Ariavisîe  prit  la  fuite  avec 
les  débris  de  son  armée  et  se  dirigea.,,  sans  s'arrêter  »  vers  le  Rhin , 
éloigné  du  champ  de  bataille  d'environ  deux  lieues  et  un  tiers.  La 
rivière  de  VIll  était ,  à  cette  époque ,  jointe  à  un  bras  du  Rhin ,  et  le 
passage  des  Germains  sur  la  rive  opposée  de  ce  bras ,  eut  c  indubi- 
tablement »  lieu  près  de  Mulhouse, 

César ,  en  parlant  de  l'endroit  pu  commença  la  faite  »  relativement 
à  celui  où  le  combat  eut  lieu  »  dit  :  c  miUia  passuum  ex  eo  loco  cir- 
citer  fum^ue.  » 

Les  éditions  des  Commentaires  de  Nipperdei ,  faites  sur  les  Codices 
Cassaris,  accusent ,  c  quinque  miliia  passuum»  i  ^)  tandis  que  des  textes 
postérieurs  présentent  la  variante  tquinquaginta,  i  (3)  variante  d'au- 
tant plus  regrettable  »  selon  M.  de  Gœler,  qu'elle  a  fait  chercher  le 
champ  de  bataille  beaucoup  trop  à  l'ouest. 

L'auteur  a  déjà ,  en  partie  •  répondu  à  l'objection  qu'on  pourrait 
lui  faire  quant  à  la  distance  qui  existe  entre  le  Rtm  et  la  ville  de 
Cemay  ;  car  c'est  entre  cette  dernière  ville ,  comme  limite  septen- 
trionale 9  et  Àspach'le-Haut ,  comme  limite  méridionale,  qu'il  place 
ce  champ  de  bataille.  H  appuie  son  assertion  sur  l'autorité  de  TuUa , 
qu'il  appelle  c  le  fondateur  des  coupures  du  Rbin ,  >  (^)  et  qui  »  selon 
lui ,  dans  une  brochure ,  imprimée  comme  manuscrit  et  tirée  seule- 
ment à  un  petit  nombre  d'exemplaires ,  a  établi ,  d'une  manière  po- 
sitive» qu'un  bras  du  Rhin  traversait  jadis  le  bassin  de  YIll ,  et  que 
la  distance  entre  ce  bras  et  Cemay  n'était  réellement  que  de  deux 
lieues  et  un  tiers,  ou  ,  comme  le  dit  César;  f  Circiter  quinque  milita 
passuum.  > 

D'après  M.  de  Gœler  »  il  est  vraisemblable  que  les  Germains  »  dans 
leur  fuite,  ont  suivi  la  rive  droite  de  la  DoUer ,  aflDuent  de  l'Ill ,  dont 

(*)  Cœsar's  galliseher  Krieg  ,  etc.  Kriegsunueniehaftlieh  und  phUologisch 
hêorbeiiei ,  mit  iOTaféln.  Stuttgart,  1858 ,  chez  Karl  Aue. 

O  C*est  là  aussi  Topinion  émise  par  Napoléon  i»  dans  son  PréeU  des  guerres 
de  César,  Paris  1856 ,  p,  35. 

(*}  Elle  a  été  adoptée  par  M.  Boyer, 

(^)  GrUnder  dsr  BhéndurohsehnUte. 


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300  ftEVCE  D'ALSACE. 

le  cours  irrégulier  aurait  opposé  quelques  difficultés  à  la  cavalerie 
romaine  qui  les  serrait  de  près.  Les  troupes  d'Arioviste  se  seraient 
portées  de  ce  cAté  dès  que  Talle  droite  des  Romains  se  fut  repliée  sur 
eux  pendant  le  combat.  Arrivés  sur  les  bords  du  Rhin  ,  ou  plutôt 
d'un  de  ses  bras ,  près  de  Mulhouse ,  les  Germains ,  et  parmi  eux 
Arioviste ,  se  seraient  jetés  dans  le  fleuve  ou  auraient  confié  leur 
salut  à  quelques  nacelles  dont  ils  purent  s'emparer.  Tous  les  autres , 
on  le  sait,  furent  atteints  et  taillés  en  pièces  par  la  cavalerie  romaine. 

AuG.  Stqbbeb  , 


LETTRE 

QUE  LB8  RBLIGIBUSES   DU  GOUVBNT  DES  UITTERLINDEN  IHS  LA  VILLE  DE 
OOLMAR  Omr  ADRBSSfiE  A  LA  CONVENTION  NATIONALE,  EN  FÉVBIER  1791 . 

c  A  no9  trèt'Chert  et  fidèles ,  les  Députés  de  C  Assemblée  nationale 

de  France, 

c  Messieurs , 

«  Les  reliffieuses  d'Unterlinden,  ordre  S^  Dominique  à  Golmar,  ne  cessent 
d'être  inquiétées  par  des  menaces  continuelles  de  la  privation  du  monastère 
qui  leur  sert  de  retraite. 

€  EUes  se  persuadaient  que  s'étant  distinguées  par  la  soumission  la  plus 
respectueuse  aux  décrets  émanés  de  votre  autorité ,  par  la  déclaration  la  plus 
complète  de  leurs  biens ,  par  une  telle  exactitude  dans  la  manière  dont  elles 
ont  rendu  leurs  comptes  qui  «euls  n'ont  pas  été  rejetés ,  par  l'abandon  sans 
plaintes  ni  murmures  de  biens  immenses ,  en  un  mot ,  par  des  témoianages 
non  équivoques  de  leurs  paU*iottsme  et  leur  entier  dévouement  à  la  Consti- 
tution ,  elles  pourraient  au  moins  jouir  sans  trouble  de  l'avantage  que  leur 
promettaiCEi  différents  décrets ,  de  fmtr  leurs  jours  ensemble  puisqu'étant 
au  nombre  de  39 ,  elles  excèdent  de  beaucoup  celui  auquel  votre  sagesse  a 
fixé  la  conservation  des  maisons.  Cependant  à  peine  la  nouvelle  d'une  déci- 
sion du  comité  de  constitution  ecclésiastique  les  eût-elle  rassurées ,  il  y  a 
quelques  jours,  qu'elles  ont  eu  la  douleur  d'apprendre  qu'il  se  faisait  de 
nouveaux  efforts  pour  les  déjeter  de  cet  asile ,  seul  et  unique  lieu  qui  leur 
reste  ;  et  que  le  département  du  Haut-Rhin  ainsi  que  la  municipaUtc  de  cette 
irille  ne  tarderont  pas  à  vous  adresser  de  nouveaux  mémoires  qui ,  sans  être 
le  vœu  unanime  de  ces  corps,  n'en  seront  pas  moins  des  adresses  dignes  de 
votre  attention. 


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LETTRE ,  ETC.  301 

c  Comme  il  leur  importe  de  prévenir  les  impressions  que  ces  adresses 
pourraient  produire  sur  vos  esprits ,  elles  vous  supplient  d  observer  que  le 
monastère  n'étant  sous  aucun  rapport  propre  à  des  casernes ,  le  prétexte  qui 
servira  à  légitimer  ces  efforts  nouveaux  n'est  rien  moins  que  relevant  et  que 
rintérét  qui  guide  la  municipalité  contrarie  celui  de  la  nation. 

c  Leur  monastère  est  un  très-ancien  bÂliment  dont  on  ne  pourrait  pas 
conserver  un  seul  mur  pour  un  édifice  tel  qu'il  en  faut  pour  oes  casernes. 
La  rivière  qui  coule  le  long  de  son  mur  d'enceinte  et  que  l'on  annoncera 
sans  doute  comme  la  plus  grande  considération  qui  doive  porter  au  choix  de 
cet  emplacement  n'est  rien  moins  que  |>ropre  à  cette  destination ,  la  plupart 
du  temps  chargée  des  couleurs  des  fabriques ,  de  la  poussière  malfaisante  des 
usines  a  broyer  le  chanvre  et  des  tanneries  établies  sur  son  cours,  ce  qui  ne 
manquerait  pas  de  procurer  des  épidémies. 

f  Les  vuidanges  d'ailleurs ,  et  des  casernes  et  des  écuries  infecteraient  in- 
failliblement la  ville  si  on  les  établissait  à  l'entrée  des  eaux  dans  la  ville,  et 
les  très-humbles  exposantes  ne  croient  trop  s'avancer,  en  disant  que  la  munici- 
palité remplirait  mal  le  vœu  de  la  commune  en  lui  causant  un  tel  mconvénient. 

c  Enfin  il  n'est  personne  à  Golmar  qui  ne  sache  qu'au  moindre  froid  l'on 
est  obligé  de  détourner  les  eaux  qui  se  prennent  d'abord ,  de  peur  de  causer 
des  inondations  et  que  souvent  il  se  passe  des  mois  entiers  sans  qu'on  puisse 
les  faire  rentrer,  en  sorte  que  Ton  serait  sans  abreuvoir  pendant  un  temps 
aussi  considérable. 


c  Les  mêmes  inconvénients  ne  se  présenteraient  pas ,  si  Ton  employait 
pour  caserne  la  cour  de  S^  Jean  ;  cet  emplacement  fort  étendu  est  baigné 
par  une  rivière  bien  plus  large  qui  dans  cet  endroit  est  au  moment  de  se 
porter  hors  de  la  ville ,  qui  jamais  n'est  dans  le  cas  d'être  détournée  et  qui, 
produite  en  grande  partie  par  des  eaux  de  source ,  n'a  pas  été  gelée  de  mé- 
moire d'homme. 

c  N'y  ayant  donc  ni  avantage»  ni  nécessité  de  les  priver  de  l'asile  qu'elles 
ont  juré  de  n'abandonner  jamais  et  qui ,  à  raison  de  sa  localité  même ,  n'est 
pas  entré  pour  peu  dans  le  choix  qu'elles  ont  fait ,  pourraient-elles  avoir  à 
craindre  d'en  être  arrachées?  il  y  a  plus  de  cinq  siècles  qu'il  est  occupé  par 
leur  ordre  ;  elles  l'afilectionnent  ;  il  renferme  les  dépouilles  des  amies  que  la 
mort  leur  a  enlevées  ,  il  les  rappelle  sans  cesse  a  la  contemplation  et  à  la 
prière  à  ce  qu'elles  ont  promis  au  Dieu  saint  qu'elles  adorent.  Rien  ne  pour- 
rait remplacer  le  prix  qu'elles  y  attachent  ;  elles  y  sont  accoutumées  à  une 
vie  innocente  et  heureuse  ;  jamais  elles  ne  se  consoleraient  de  la  privation 
d'une  retraite  qu'elles  ont  mille  motifs  encore  de  chérir. 

f  Les  condamner  à  vivre  avec  des  étrangères ,  ou  leur  assigner  un  autre 
ciel  serait  les  vouer  à  la  mort.  Telle  ne  sera  sans  doute  pas ,  après  les  saeri* 
fices  qu'elles  ont  faits,  la  résolution  des  Représentants  d  une  nation,  toujours 
juste ,  toujours  généreuse ,  toujours  compatissante.  Leur  auguste  Assemblée 
ne  rejettera  pas  les  prières  d'un  sexe  faible  et  timide  qui  s'est  voué  au  repos 
et  qui  a  couronné  sa  renonciation  sérieuse  au  monde  par  l'abaidon  de  ses 
biens  temporels  pour  n'embrasser  que  le  but  unique  qu'il  s'est  proposé  :  la 
félicité  éternelle. 

c  Sœur  Marie-âlbert  Reighstetter  ,  supérieure. 

t  Sœur  Marie-Rosaue  Ghristnaght  ,  économe. 

[Cùmmuniqué  par  C.  Gûnther  fils.) 


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BIBLIOGRAPHIE. 

L'ANNte  SCIENTIFIQUE  ET  INDUSTRIELLE ,  par  M.  L.  FiGUIER. 

2*  année  —  4858  —  i  vol.  in-48  —  avec  une  carte. 


ta  science  a  encore  bravement  marché  pendant  l'année  1857  et 
M.  L.  Biguier  Ta  bravement  suivie  dans  sa  nouvelle  année  scienti- 
fique. Astronomie ,  physique»  chimie,  constructions,  marine,  chemins 
de  fer,  télégraphie  électrique,  linguistique,  histoire  naturelle, 
physiologie,  médecine,  hygiène,  agriculture,  arts  industriels,  voyages 
scientifiques  :  tous  les  progrès  qui  se  rattachent  à  ces  branches  des 
connaissances  humaines  sont  consciencieusement  passés  en  revue 
dans  ce  volume,  qui  se  termine  par  un  résumé  du  rapport  sur  l'eipo« 
sition  universelle  de  1855,  présenté  à  PEmpereur  par  le  prince 
Napoléop  ;  puis  une  énumération  des  prix  décernés  par  l'Académie 
des  sciences  et  la  Société  d'encouragement.  La  carte  est  consacrée  au 
hardi  projet  du  tunnel  sous-marin  entre  la  France  et  l'Angleterre, 
conçu  par  H.  Thomé  de  Gamond. 

Pour  donner  une  idée  de  cette  nouvelle  publication,  nous  nous  bor- 
nerons i  mettre  en  relief  deux  sujets  de  genre  tout-à-fait  opposés,  l'un 
de  science  élevée,  l'autre  de  science  vulgaire;  la  comète  du  iS  juin 
et  la  fabrication  des  allumettes.  Après  avoir  rapporté  tout  ce  que  la 
science  a  dit ,  dans  son  temps ,  au  sujet  de  cette  fameuse  comète , 
râuteur  termine  par  une  spirituelle  raillerie  à  l'adresse  de  ceux  qui 
ont  eu  peur. 

'  €  Il  y  a  trente  ans ,  dit  M.  Figuier,  le  comédien  Periet  jouait  un 
f  ifaudeville  intitulé  :  Lei  inconvénknu  de  la  diligence.  Au  troisième 
<  acte ,  la  jiligence  était  arrêtée  par  un  voleur ,  qui  avait  eu  l'idée 
c  ingénieuse  de  disposer  sur  les  bords  de  la  route  six  mannequins 
c  vêtus  en  brigands ,  armés  jusqu'aux  griffes ,  et  dont  le  terrifiant 
c  aspect  ajoutait  à  l'épouvante  des  habitants  de  la  machine  roulàbte. 
c  Mais  bientôt  le  subterfuge  était  reconnu  et  les  mannequins  détollés, 
c  Cette  constatation  établie,  on  voyait  Periet,  une  fois  bien  sûr  de  son 
c  fait ,  s'élancer  avec  intrépidité  à  la  gorge  de  l'un  des  brigands  pos- 
c  liclies ,  en  s'écrianl  :  —  Ahl  lu  n*e8  qu*un  mannequin  I 


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BIBLIOGRAPmB.  SOS 

ff  Et,  le  8aisi88aDt  par  sa  barbe  de  filasse,  il  le  traînait  sur  le  théâtre, 
c  à  la  grande  joie  des  spectateurs  ;  il  l'accablait  dé  coups  de  poing  et 
€  de  coups  de  pied  pour  se  yenger  des  terreurs  qu'il  avait  ressenties, 
€  en  s'écriant  toujours  : 

c  —  Ahl  tu  n'es  qu'un  mannequin  l 

c  Ce  qui  s'est  passé  le  43  juin ,  à  propos  de  la  comète ,  rappelait 
c  l'histoire  du  mannequin  des  Variétés.  Toutes  les  personnes  bien  plus 
c  nombreuses  qu'on  ne  l'imagine,  qui  avaient  conçu  de  secrètes  et 
«  de  très^réelles  alarmes  sur  le  terrible  conflit  dont  la  comète  nous 
I  menaçait  de  par  Hathieu  Lœnsberg,  étaient  aussi,  après  ce  jour 
1  redouté ,  les  plus  empressées  à  accabler  de  leurs  sarcasmes  l'astre 
c  vagabond,  cause  innocente  de  leurs  terreurs.  Ces  intrépides  du 
t  lendemain  n'avaient  pas- assez  de  mépris,  pas  assez  de  colère  contre 
«  le  mannequin  céleste  qui  venait  de  s'évanouir.  » 

Dans  le  premier  volume  de  l'Année  scientifique  et  induslrielle  un 
long,  et  intéressant  article  a  été  consacré  au  phosphore  et  aux  allu* 
mettes.  Les  allumettes  phosphorées  présentent  de  graves  inconvé-' 
nients:  ,i^  La  pâte  constitue  un  dangereux  poison  dont  l'usage  com- 
mence à  trop  se  répandre;  3<^  par  leur  extrême  inOammabilité  elles 
sont  une  cau§e  fréquente  d'incendie;  5"  leur  préparation  est  dange- 
reuse pour  les  ouvriers  auxquels  les  vapeurs  de  phosphore  donnent 
une  affreuse  maladie ,  la  nécrou  ou  carie  de  la  mâchoire.  Il  y  a  plu- 
sieurs années  un  chimiste  de  Vienne ,  M.  Schrôttert  a  trouvé  qu'en  sou- 
mettant le  phosphore  pendant  plusieurs  jours  à  une  température 
élevée  et  à  l'abri  de  l'oxygène,  il  prend  une  couleur  rouge,  perd  son 
inflammabilité  à  l'air,  ses  propriétés  vénéneuses,  etc.  Dans  cet  état 
on  l'appelle  phosphore  rouge  ou  phosphore  amorphe.  Il  est  prouvé 
aujourd'hui  qu'au  moyen  du  phosphore  ainsi  modifié ,  on  peut  fMr^ 
des  allumettes  qui  ne  présentent  aucun  des  inconvénients  indiquée 
ci-dessus.  Dans  son  nouveau  volume ,  H.  Figuier  a  repris  cette  ques» 
tion  pour  la  suivre  dans  son  évolution  progressive  et  le  chapitre  qu'il 
y  a  consacré  est  l'un  des  plus  intéressants.  Il  le  termine  par  la  citation 
d'un  fait  qui  donne  beaucoup  à  réfléchir  : 

f  Causant  un  jour  avec  un  honorable  lieutenant  du  corps  des  sapeurs- 
(  pompiers  de  Paris ,  nous  reçûmes  de  lui  l'assurance  que  les  neuf 
«dixièmes  des  incendies  ne  reconnaissent  que  deux  causes:  i*"  les 
<  allumettes  chimiques  ;  ^  le  cigare.  La  première  de  ces  causes  est 
«  sur  le  point  de  disparaître  ;  la  seconde  serait  plus  difliclle  à  ei^tirper.  » 


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304  REVUB  D' ALSACE. 

Voici  les  Alsaciens  qui  figurent  sur  )a  table  des  noms  d'auteurs 
cités  dans  ce  livre  : 

M.  Bérard .  professeur  de  physiologie  à  la  faculté  de  médecine  de 
Paris  (né  au  fort  de  Licbtenberg)  :  Digestion  et  absorption  des  matières 
grasses  sans  le  concours  du  fluide  pancréatique. 

H.  Boiusingault ,  professeur  au  Conservatoire  des  aru  et  métiers  : 
Questions  de  physiologie  végétale  ;  insalubrité  des  eaui  employées  à 
Paris  pour  la  confection  du  pain. 

M.  Grager,  de  Mulhouse:  Sels  ammoniacaux  dans  les  eaux  de  pluie. 

titH.  Hauftmann ,  Jordan  et  Htm,  au  Logelbach,  prèsColmar: 
Cordes  métalliques  pour  transmission  de  mouvement;  application  de 
rhydrostat  de  M.  Kseppelin. 

M.  Heibnann^  Joiué,  de  Mulhouse  :  Prix  du  marquis  d'Argenteuil 
pour  l'invention  de  la  pàgneuse  mécanique. 

M.  HiffeUhem ,  D' en  médecine  à  Paris  :  Prix  Monthyon  pour  ses 
recherches  et  ses  expériences  sur  les  mouvements  du  cœur  chez  les 
animaux. 

H.  Kœffelïn,  professeur  à  Golmar  :  Invention  de  YhydT09iat,  nouvel 
instrument  de  pet»age. 

M.  Kûhlmann^  à  Lille:  Emploi  pour  la  peinture  du  silicafe  de  potasse. 

M.  LerebouUet ,  professeur  de  zoologie  à  la  faculté  des  sciences  de 
Strasbourg  :  Grand  prix  des  sciences  physiques  remporté  à  l'Académie 
des  sciences  pour  ses  études  sur  le  développement  de  l'embryon. 

M.  MûUer ,  Emile,  de  Mulhouse  :  Prix  de  la  Société  d'encourage- 
ment pour  sa  publication  sur  les  habitations  ouvrières. 

M.  Nicklèt ,  Jérôme ,  professeur  de  chimie  à  la  faculté  des  sciences 
dQ  Nancy  :  Nouveaux  gisements  du  fluor,  sa  présence  dans  beaucoup 
d'e^x  minérales  (entr'auires  celle  de  Cbftlenois  qui  en  est  une  des 
l^us  riches)  ;  procédé  perfectionné  pour  découvrir  ce  corps. 
.  M.  Sacc,  à  Wesseriing:  Emploi  alimentaire  de  la  racine  du  cerfeuil 
bulbeux. 

M.  Schauenmann,  directeur  des  minés  de  Bouxwiller  :  Action  des 
sels  ammoniacaux  sur  la  végétation. 

M.  Tourdei ,  professeur  de  médecine  légale  à  la  faculté  de  médecine 
de  Strasbourg  :  Expériences  sur  Tamylène  comme  anesthésique. 

Le  succès  de  cette  publication  annuelle  est  assuré  ;  elle  trouvera 
place  dans  toutes  les  bibliothèques. 

Napoléon  Nicklès. 


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LES  mm  DE  LA  PRINCESSE  DE  WURTEMBERG. 


(sounraat  du  consEiuioimâtaM^'ALSACE.*) 

Dans  les  premières  années  da  dix-baitM«gg.^j|j^e,  Tivaient  au  cbfl* 
teau  d'Ostbelm  deux  sœurs ,  dames  de  haute  naissance  :  c'étaient  les 
princesses  Edwige  et  Anne  de  Wurtemberg.  En  vertu  d'arrangements 
de  famille ,  ce  village  avait  été  distrait  de  la  seigneurie  de  Riquewibr 
et  conféré  en  toute  propriété  à  la  duchesse  Anne ,  avec  les  droits 
seigneuriaux  qui  s'y  ratiachaient.  Quand  le  bon  Schœpflin  nous  dit 
qu'elle  gouverna  tranquillement  ce  domaine  jusqu'à  sa  mort  »  arrivée 
en  4733»  c'est  une  façon  de  parler:  jamais ,  au  contraire»  on  le  verra 
bientôt ,  il  n'y  eut  de  gouvernement  plus  tourmenté  et  plus  agité  que 
celui  de  la  princesse  Anne ,  à  Ostbeim. 

Il  faut  bien  le  dire  »  dussions-nous  être  accusé  de  manquer  au  res- 
pect dû  au  rang  et  au  sexe  des  deux  sœurs ,  c'étaient ,  chacune  dans 
son  genre ,  deux  extravagantes  qui  capsèrent  à  leur  frère  Léopold-* 
Eberbard ,  duc  régnant  de  Montbéliard ,  bien  des  soucis  et  des  désa- 
gréments de  tout  genre.  Un  instant  même  »  elles  parurent  se  com- 
promettre gravement,  en  s'engageant  dans  une  politique  hostile  à  la 
France.  C'était  en  4703  »  pendant  lu  guerre  de  la  succession  d'Espagne; 
l'Alsace  avait  été  envahie»  Landau  était  tombé  au  pouvoir  de  l'ennemi. 

*  Ce  récit  est  tiré  d'aa  volame  déposé  à  la  bibliothèque  de  la  ville  de  Colmar , 
et  qui  se  compose  de  documents  mauuscrits  réunis  en  vingt-sept  dossiers  divers. 
Tout  indique  que  ce  volume  dépareillé  provient  des  papiers  de  M.  le  premier 
président  de  Corberon  et  faisait  partie  d*uDe  collection  beaucoup  plus  considérable 
Où  ce  laborieux  magistrat  a  pris  les  matériaux  dont  il  a  formé  le  recueil  connu 
sous  le  nom  de  :  Note*  d'arrêts  du  Conseil  souverain  d' Alsace,  Nous  devons  la 
cwnmnniimtion  de  ce  manuscrit  à  M.  Hugot ,  le  savant  bibliothécaire  de  la  ville. 

V.  R. 

iHAmét.  20 


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306  RETOE  D' ALSACE. 

Un  jour ,  on  vit  entrer  au  château  d'Ostheîm  un  homme  simulant 
l'ivresse ,  porteur  de  gro^  paquets  paraissant  renfermer  des  papiers. 
On  sut  bientôt  que  c'était  un  émissaire  du  gouverneur  de  Landau . 
chargé  de  répandre  des  mandements ,  en  venu  desquels  des  imposi- 
tions venaient ,  au  nom  de  l'empereur ,  frapper  diverses  parties  de  la 
province.  La  princesse  Anne  ne  craignit  pas  d'envoyer  tout  ouvert» 
au  bailli  de  Riquevibr,  le  mandement  par  lequel  le  bnilliage  était 
taxé  pour  une  somme  de  SâOO  Oorins;  et ,  comme  cette  officier  refu- 
sait de  le  recevoir,  elle  déclara  hautement  que  c'était  elle  qui  se 
chargerait  d'en  faire  publier  le  contenu.  M.  de  Corberon  »  Premier 
Président  du  Conseil  Souverain ,  informé  du  fait ,  en  donna  aussitôt 
avis  au  ministre  de  la  guerre  et  à  M.  de  la  Houssaye ,  Intendant 
d'Alsace.  Une  eûquéte  eut  lieu  ;  te  prince  de  Montbéliard  adressa  des 
excuses  au  roi ,  et  comme  il  fut  établi  qu'aucun  inconvénient  sérieox 
n'était  résulté  de  cet  événement ,  que  les  baillis  avaient  élé  partout 
bien  et  dûment  avertis  de  n'avoir  aucun  égard  à  ces  mandements  •  oo . 
ne  jugea  pas  à  propos  de  pousser  les  choses  plus  loin,  c  D'ailleors, 
écrivait  M.  de  la  Houssaye,  en  parlant  de  la  princesse  Anne»  sa  teste 
est  si  mal  timbrée  »  sauf  le  respect  deu  à  sa  naissance»  qu'il  faut  ioy 
pardonner  ce  qu'on  ne  passeroil  pas  à  d'autres.  > 

Cependant  la  princesse  Edwige  »  tourmentée  de  je  ne  sais  quelle 
humeur  vagabonde ,  allait  partout ,  parcourant  la  province  »  battant 
la  campagne  ,  se  livrant  à  mille  extravagances.  On  parla  beaucoup  » 
dans  le  temps,  d'une  fugue  qu'elle  fit,  de  l'autre  côté  du  Rhin  ,  au- 
près du  prince  Louis  de  Baden,  qu'elle  alla  trouver  à  Rastadt»  seule, 
sans  escorte  ni  passeport.  A  son  retour,  passant  à  Strasbourg,  elle 
vendit  son  carosse  •  ses  chevaux ,  ses  effets  ;  à  peine  garda-tielle  les 
vêlements  qui  la  couvraient.  Elle  en  fit  tant  »  qu'à  la  fin  son  frère-,  le 
prince  de  Montbéliard ,  se  vit  obligé  de  la  rappeler  et  de  la  garder 
auprès  de  lui.  La  princesse  Anne  resta  donc  seule^dans  sa  seigneurie 
d'Ostheim:  nous  allons  voir  les  effets  de  ce  gouvernement  pabible 
dont  parle  si  complaisamment  Schœpflin. 

La  princesse  aimait  passionnément  les  chiens  :  elle  en  avait  cens* 
'  tamment  vingt-cinq  ou  trente  dans  sa  chambre.  Si  ces  chiens  étaient 
restés  enfermés  au  château ,  certes  personne  n'eût  pu  trouver  à  redire 
à  un  pareil  goût;  malheureusement  ils  se  répandaient  souvent  au- 
dehors  et  faisaient  alors  le  désespoir  du  village ,  mordant  les  jambes 
des  manants  et  étranglant ,  sans  pitié ,  leurs  volailles.  Encore  si  les 


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LES  CHIENS  DE  LA  PRINCESSE  DE  WURTEMBERG.  307 

\ 

choses  s'étaient  bornées  là ,  peut-être  les  pauvres  gens  se  seraient-ils 
résignés  à  faire  le  sacrifice  de  leurs  mollets  et  de  leurs  poulets,  mais 
ils  avaient  à  subir  bien  d'autres  tribulations.  La  princesse  était  aca- 
riâtre ,  tracassière  »  en  même  temps  que  d'un  orgueil  indomptable. 
Les  paysans  de  ses  domaines  étalent  »  pour  elle  »  l'objet  d'un  profond 
mépris.  Elle  voulait  bien  consentir  à  les  laisser  vivre  et  à  ne  pas  leur 
mesurer  trop  l'air  qu'ils  respiraient  ;  mais  quant  à  leur  reconnaître 
des  droits  quelconques ,  soit  comme  individus  »  soit  comme  membres 
de  tommunauté ,  elle  n'admettait  rien  de  pareil.  En  conséquence  » 
elle  meltajt  la  main  sur  tout  ;  elle  disposait  en  maître  des  propriétés 
communales,  des  pâturages •  des  forêts,  toutes  choses  sacrées ,  en 
quelque  sorte ,  et  de  première  nécessité  pour  une  population  rurale  ; 
elle  créait  arbitrairement  ou  surélevait  les  taxes  seigneuriales.  Depuis 
longtemps  déjà ,  la  dame  d'Ostbeim  avait ,  par  sa  conduite  excen- 
trique ,  perdu  toute  considération ,  ces  mesures  la  rendirent  odieuse. 
Froissés,  humiliés,  mal- menés  de  toute  manière,  les  habitants  se 
roidirent  contre  l'oppression;  on  leur  demandait  ce  qu'ils  ne  devaient 
pas,  ils  finirent  par  ne  plus  rien  vouloir  accorder  du  tout,  si  bien 
qu'ils  refusaient  même  ce  qui  était  le  plus  légitimement  dû  à  leur 
seigneur.  Il  en  résulta  des  conflits ,  des  débats  sans  fin ,  attisés  par 
les  nombreux  procureurs  dont  la  princesse  était  constamment  en- 
tourée, et  qui  exploitaient  habilement  son  humeur  tracassière  et 
processive. 

Voilà  donc  le  Conseil  Souverain  appelé.à  prononcer  entre  les  par- 
ties. Toutefois ,  tel  était  encore ,  à  cette  époque ,  le  prestige  du  rang 
et  de  la  naissance,  que  les  efforts  du  Conseil  s'appliquèrent,  avant 
tout ,  à  réprimer  énergiquement  tout  ce  qui  était  de  nature  à  porter 
atteinte  au  respect  dû  à  la  princesse.  Ainsi ,  une  rixe  sans  gravité 
s'éleva ,  un  jour,  entre  des  habitants  et  des  gens  du  château.  Aussitôt 
le  Premier  Président  se  croit  obligé  d'en  donner  avis  au  gouverne- 
ment ;  une  information  est  ordonnée  par  le  Conseil.  Il  en  ressort  que 
les  gens  de  la  princesse  ont  presque  tous  les  torts ,  néanmoins  ce 
sont  les  paysans  qui  paieront  pour  tout  le  monde,  c  Voilà ,  Hon- 
c  seigneur,  écrivait  H.  de^Corberon  à  M.  de  Chamillart ,  tout  ce  qui 
<  résulte^  de  cette  information ,  d'où  il  paroist  que  le  boucher  et  le 
c  cocher  de  cette  princesse  ont  attaqué  imprudemment  une  troupe 
c  d'habitants  qui  estoient  plus  forts  qu'eux  et  qui  auroient  esté  en 
«  estât  de  leur  faire  un  mauvais  party ,  s'il  n'avoient  esté  retenus  par 


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308  RBVCB  D'ALSAGB. 

I  le  respect  qu'ils  loi  doivent.  Cependant  le  Conseil  d'Alsace  ne  lais* 
c  sera  pas  »  par  l'arrest  qu'il  rendra  dans  cette  affaire ,  de  scevir 
c  contre  les  babiians  qui  s'y  trouvent  impliquez ,  afln  de  leur  foire 
c  connoistre  que  rien  ne  peut  excuser  le  manquement  de  respect 
•  pour  elle  en  la  personne  de  ses  domestiques.  > 

Mais  là  s'arrêteront  les  complaisances  de  la  justice  :  quand  il  s'agira 
de  statuer  sur  des  contestations  régulièrement  portées  devant  elle , 
c'est  le  droit  qu'elle  appliquera,  rien  que  le  droit ,  sans  acception  de 
personnes ,  et  quelles  que  puissent  être  les  suites  de  ses  arrêts.  C'est 
ainsi',  pour  passer  du  petit  au  grand  ,  que  le  Conseil  eut  à  s'occuper 
d'abord  des  licences  que  se  permettaient  par  fois  les  chiens  de  la 
princesse ,  et  dont  on  n'hésiia  pas  à  la  déclarer  responsable.  Nous 
voyons  notamment ,  par  une  annotation  de  la  main  de  M.  de  Cor» 
beron  ,  que  le  22  juillet  1706,  ces  chiens  mordirent  craellement  une 
femme  qui  passait  à  Ostheim  :  c'était  la  veuve  d'un  nommé  Rossée t 
dit  Belle-Rose ,  soldat  de  la  compagnie  de  Lampadeux  «  régiment  des 
carabiniers ,  tué  récemment  près  de  Spire,  allant  en  parti.  Un  arrêt» 
rendu  par  provision ,  lui  adjugea  30 1. 

c  Sur  quoy  elle  a  receu  : 

c  Un  manteau  d'estamine  qui  a  cousté  7  I. 

c  Un  flchu 1  I.  13  s. 

c  En  argent  pour  avoir  du  pa>n  •    .  H  s.  > 

C'est  là  ,  paratt-îl ,  tout  ce  qu'obtint  la  pauvre  femme. 

La  princesse  Anne  ne  fut  pas  plus  ménagée  dans  les  procès  injustes 
qu'elle  soutint  contre  la  communauté  d*05ibeim.  Elle  avait  établi  une 
taxe  de  20O  sacs  de  grain  ;  on  la  réduisit  à  100.  Elle  avait  dépouillé 
les  habitants  de  leurs  droits  au  pâturage,  de  leurs  droits  d'usage  dans 
les  bois ,  droits  dont  l'origine  se  conrondait  avec  celle  de  la  commu* 
nauté  elle-même,  droits  maintes  fois  consacrés  par  les  titres  les  plus 
authentiques  ;  la  Cour  réprima  toutes  ces  usurpations.  Ces  décisions 
irritèrent  au  plus  haut  degré  la  dame  d'Ostheim ,  et- quand  elles  lui 
furent  signifiées  à  la  requête  des  habitants ,  elle  s'en  prit  à  une  insU- 
tution  qui  ne  leur  était  pas  moins  chère,  parce  qu'elle  était  l'apanage 
le  plus  précieux  de  leur  autonomie  communale ,  et  qu'ils  étaient  par- 
venus à  la  conserver  intacte,  au  milieu  des  vicissitudes  du  moyen- 
âge.  Deux  fois  lu  princesse  flt  casser  par  son  procureur  fiscal  et  par 
son  bailli  les  jurés  élus  par  les  habitants ,  qui  composaient  la  justice 
locale  ;  deux  fois  le  Conseil  Souverain  les  rétablit  solennellement  dans 


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LB8  CHIENS  DE  LA  PRINCESSE  DE  WCRTEMBEBG.  309 

leurs  foDctioDS.  Tant  d*échecs«  subis  coup  sur  coup»  achevèrent 
d'exaspérer  la  princesse ,  qui  jeta  les  hauts  cris  »  se  plaignant  d'être 
sacrifiée ,  et  cependant ,  il  est  constant  que  les  gens  d'Ostbeim  n'a- 
Taient  fait  que  se  défendre  contre  les  agressions  dont  ils  avaient  été 
injustement  l'objet.  C'est  ce  qu'il  leur  fut  facile  d'établir  dans  un 
mémoire  qu'ils  adressèrent  au  Premier  Président  du  Conseil ,  et  dans 
lequel  ils  énumèrent  toute  la  série  de  leurs  griefs.  Après  avoir  rappelé 
les  taxes  illégales  dont  ils  ont  été  frappés ,  les  procès  qu'ils  se  sont 
vus  dans  la  nécessité  d'intenter ,  à  raison  de  leurs  pâturages  et  de 
leurs  forêts ,  ils  exposent  que  leurs  droits  de  propriété  ont  subi  bien 
d'autres  atteintes  encore.  Le  seigneur  s'est  emparé  de  tous  les  bâti- 
ments ^  de  toutes  les  places  publiques  »  de  la  maison  commune  même, 
si  bien  que  la  communauté  ne  sait  plus  où  tenir  ses  assemblées.  Il 
n'y  a  pas  jusqu'à  l'horloge  •  avec  sa  cloche ,  dont  il  n'ait  cru  devoir 
s'emparer.  A  son  tour»  la  princesse  adressa  à  la  Cour  un  mémoire  en 
réponse  à  celui  des  rebelles  tOnhem.  Ce  facmm ,  nous  l'avons  lu  sous 
les  yeux  :  on  croit  rêver  en  le  lisant  ;  il  semble  que  l'on  soit  reporté 
en  plein  treizième  siècle  »  aux  plus  beaux  jours  du  Famirechi,  Un 
instantlecœur  se  serre,  mais  bientôt  on  se  sent  soulagé  quand  on 
se  rappelle  que  c'est ,  après  tout ,  une  folle  qui  parle.  Non ,  ce  ne 
sont  pas  là  les  sentiments  de  l'ancienne  noblesse  alsacienne ,  qui ,  en 
général  »  se  montrait  bienveillante  dans  ses  rapports  avec  ses  vassaux. 
Ce  sont  bien  moins  encore  les  sentiments  des  princes  de  celte  illustre 
maison  de  Wurtemberg-Monibéliard ,  dont  l'administration  populaire 
et  paternelle  a  laissé,  dans  le  cœur  de  nos  populations ,  des  souvenirs 
qui  ne  se  sont  pas  encore  effacés. 

Le  mémoire  est  signé  :  Anna ,  duchesse  de  Wirtemberg.  La  seule 
inspection  de  la  signature  témoigne ,  chez  son  auteur ,  d'une  liitéra* 
ture  for.t  médiocre.  Nous  en  dirons  autant  du  rédacteur  de  la  pièce  » 
dont  le  style  et  l'orthographe  laissent  singulièrement  à  désirer.  La 
princesse  commence  par  manifester  son  étonnement  de  voir  le  Conseil 
accueillir  si  facilement  les  plaintes  des  rebelles  d'Osiheim,  tandis 
qu'ils  ne  mériteraient ,  en  réalité ,  qu'une  seule  chose ,  à  savoir , 
d'être  pendus  et  roués.  Cette  canaille  n'a  évidemment  qu'un  but , 
c'est  de  la  compromettre  aux  yeux  du  Roi ,  sous  la  protection  de  qui 
elle  s'est  placée.  Passant  ensuite  à  l'examen  des  divers  griefs  de  la 
communauté ,  la  princesse  les  réfute  un  à  un.  On  va  voir  que  si  ses 
molib  ne  sont  pas  très-concluants ,  ils  ne  laissent  pas»  du  moins» 


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310  REVUE  D'ALSACE. 

que  d'être  très-câCégoriques  :  c  Nous  tous  prions  d'avoir  esgard  à 
c  Nous;  que  Nous  ne  soient  pas  traitté  comme  cela  pour  passer  pour 
c  une  servante  de  paisans ,  et  que  Nous  serons  maintenu  dans  nos 
c  droits,  car  Nous  ne  dépendons  pas  des  paisans ,  mais  ils  dépendent 
c  de  Nous ,  et  la  justice  appartient  à  Nous  et  pas  aux  paisans;  cepen^ 
i  dant  ils  osent  prendre  l'hardiesse  à  se  mesler  de  la  justice  •  ce  qui 
c  n'a  pas  esté  jamais  oui ,  et  que  nous  n'appartient  pas  de  souffrir . 
€  car  s'il  nous  souffriroient  cela  »  ce  seroit  aussi  un  despect  à  Sa  Ma- 
c  jesté ,  que  si  Elle  ne  peut  pas  maintenir  une  princesse  dans  ses 
c  droits.  Le  village  nous  appartient  en  propre,  ainsi  il  est  à  Noos  , 
i  quand  il  y  a  une  cloche  ou  horloge ,  d'indiquer  et  dire4'endroit  où 
c  Nous  voulons  qu'on  les  mette.  La  justice  appartient  aussi  à  Nous , 
c  et  Nous  pouvons  faire  ce  que  Nous  voulons,  et  non  pas  les  paisants. 
<  La  permission  à  bastir  Nous  appartient  aussi  et  pas  aux  paysants. 
c  Les  places  communales  appartiennent  à  la  Seigneurie ,  et  elle  a 
•  commandement  dessus  »  et  pas  les  paysants.  Le  bois  appartient  aussi 
c  à  la  Seigneurie ,  et  a  le  commandement  dessus ,  et  pas  les  pay^ils^ 
c  La  taxe  en  grain  appartient  pareillement  à  la  Seigneurie ,  et  elle  a 
c  le  commandement  dessus ,  et  pas  les  paysans.  » 

Nous  touchons  au  dénouement.  Les  détails  qui  vont  suivre  feraietfl 
presque  sourire,  s'ils  ne  témoignaient  une  fois  de  plus,  du  degré  de 
misère  et  d'aberration  où  peut  parfois  conduire  l'infirmité  de  la  nature 
humaine. 

La  princesse ,  avons-nous  dit ,  aimait  passionnément  les  cJhieill. 
Chaque  portée  nouvelle  était,  à  son  avèhement ,  l'occasion ,  au  dhi- 
teau ,  de  fêtes  et  de  réjouissances.  Les  nouveaux  venus  recevaient . 
avec  un  simulacre  de  baptême  »  des  noms  de  saints.  A  leur  mort ,  il 
leur  était  fait  des  funérailles  en  règle  ;  les  choses  en  vinrent  au  poidt 
que  la  princesse  voulut  contraindre  le  curé  à  les  enterrer  dans  sOta 
église ,  et  il  ne  fellut  rien  moins  qu'un  arrêt  du  Conseil  Souveraiki 
pour  empêcher  cette  odieuse  profanation  de  s'accomplir.  Ce  fiit  en* 
suite  dans  le  temple  protestant  qu'elle  voulue  inhumer  ses  bêtes  » 
mais  le  ministre  résista  à  son  tour,  et  la  princesse  n'osa  pas  insister. 
Elle  prit  alors  le  parti  de  construire  t  pour  ses  chiens ,  une  chapelle 
funéraire  qu'elle  fit  établir  à  grands  frais.  Au  milieu  de  la  nef  s'élemlt 
un  mausolée  surmonté  de  l'écusson  ducal  de  Wurtemberg,  avec  cette 
inscription  :  Par  la  grâce  de  Dieu,  nom  tanvnei  ee  que  noUê  i&mmë. 


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LES  CHIENS  DE  LA  PRINCESSE  DE  WURTEMBERG.  514 

Sur  les  quatre  faces  du  monumeni  étaient  gravés  les  passages  de 
VËcriture-Sainte  se  rapportant  aux  chiens  de  Job  et  à  celui  de  Tobie. 

Dans  les  premiers  jours  du  mois  de  juillet  i7i2,  un  des  chiens 
fovoris  de  la  duchesse  vint  à  mourir.  Cette  perte  la  plongea  dans  une 
profonde  douleur.  Pendant  plusieurs  jours ,  elle  s'enferma  chez  elle , 
observant  le  jeûne  le  plus  rigoureux.  Pour  mieux  honorer  la  mémoire 
du  défunt  et  lui  faire  des  obsèques  plus  solennelles  »  elle  décida  que 
l'inhumation  aurait  lieu  le  jour  de  la  Sainte-Anne  •  qui  était  celui  de 
sa  fête.  En  conséquence  ,  durant  trois  semaines  entières ,  elle  garda 
le  cadavre  de  la  béte  dans  sa  chambre  et  même  •  dans  son  lit.  Enfin 
le  jour  de  rinhùmation  arriva  :  les  obsèques  se  firent  avec  une  pompe 
extraordinaire;  le  corps  »  recouvert  d'un  voile  noir,  fut  porté  à  la 

chapelle  par  une  des  femmes  de  la  princesse ,  qui  pleurait du 

rôle  humiliant  qu'on  lui  faisait  remplir ,  en  même  temps  que  de  l'o- 
deur infecte  qui  se  dégageait  de  dessous  le  drap  mortuaire. 

Ce  n'est  pas  tout  encore.  Dans  sa  douleur,  Is  princesse  s'était  ima- 
giné que  la  béte  avait  été  empoisonnée  par  son  cocher  et  par  une  de 
ses  servantes ,  et  elle  .  résolut  de  punir  ce  crime  par  un  châtiment 
exemplaire.  Sur  ses  ordres,  le  cocher  fut  arrêté  et  enfermé  dans  un 
des  caveaui  du  château ,  avec  défense  de  lui  servir  aucune  nourriture. 
Le  malheureux  serait  infailliblement  mort  de  faim ,  si  des  personnes 
charitables  n'étaient  parvenues  à  lui  glisser,  â  la  dérobée,  quelques 
aliments ,  au  risque  d'encourir  elles-mêmes  la  disgrâce  de  l'impi- 
toyable princesse.  Quant  à  la  servante ,  dès  qu'elle  avait  appris  les 
sonpçons  dont  elle  était  l'objet ,  prévoyant  le  sort  qui  l'attendait , 
elle  s'était  empressée  de  fuir  et  de  se  réfugier  auprès  de  sa  famille; 
mais  sur  la  sommation  qui  lui  fut  adressée  de  venir  se  justifier ,  elle 
fut  ramenée  au  château  par  son  père  lui-même.  La  princesse  la  fit 
enfermer,  comme  elle  avait  fait  du  cocher,  puis,  elle  manda  le 
bourreau  de  la  seigneurie  de  Riquevrihr  et  lui  ordonna  de  faire  subir 
la  question  à  rincul[)ée.  Fort  heureusement ,  le  bourreau  craignit  de 
se  compromettre  et  refusa  son  ministère  ;  mais  la  pauvre  fille  n'en 
fut  pas  moins  l'objet ,  de  la  part  de  la  princesse ,  des  violences  les 
plus  graves  et  les  plus  coupables. 

Ces  faits ,  qui  violaient  si  outrageusement  les  bonnes  mœurs  et 
l'humanité ,  avaient  eu ,  dans  la  contrée ,  iin  retentissement  scanda- 
leux. Sur  les  réquisitions  du  Procureur  général,  le  Conseil  Souverain 
ordonna  une  information  au  criminel  ;  mais  bientôt  des  considérations 


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Si  2  REVUE  D'ALSACE. 

particulières  vinrent  «  encore  une  fois ,  entraver  ta  marche  de  la  jos- 
tice.  D'une  part,  l'insanité  d'esprit  de  la  princesse  était  notoire* 
d'autre  part ,  la  haute  position  du  prince  régnant  de  Montbéliard  était 
de  nature  à  mériter  quelques  égards.  Le  roi  fit  donc  savoir  au  duc 
qu'il  serait  sursis  à  toute  poursuite  ultérieure  contre  sa  sœur,  sous 
la  condition  expresse  qu'elle  sortirait ,  sans  délai ,  du  royaume.  Le 
difficile  était  de  faire  prendre  ce  parti  à  la  princesse  qui  «  bien  con- 
vaincue qu'elle  avait  agi  dans  la  plénitude  de  ce  qu'elle  appelait  son 
autorité  souveraine ,  se  croyait  à  l'abri  de  toute  recherche.  En  vain  le 
prince ,  son  frère ,  fit-il  auprès  d'elle  toutes  les  démarches  possibles 
pour  l'attirer  ù  Montbéliard ,  il  ne  put  rien  obtenir ,  et  pourtant  il  lai 
répugnait  de  recourir  à  la  violence.  Son  intendant  »  qu'il  envoya  sur 
lesMbx,  obtint  du  Premier  Président  six  agents  sûrs,  parmi  lesquels 
le  prévôt  de  la  maréchaussée  d'Alsace  •  qui  reçurent  l'ordre  de  lui 
obéir  ponctuellement  et  de  se  tenir  entièrement  à  sa  dévotion.  Toiit 
en  ménageant  l'esprit  de  la  princesse  »  on  parvint  à  lui  faire  entrevoir 
le  danger  de  sa  position  et  l'éventualité  d'une  arrestation  possible  ; 
elle  se  décida  alors  à  partir  et  se  retira  à  Montbéliard.  Cependant , 
moins  de  six  mois  après  »  une  autre  dame  de  Wurtemberg ,  connue 
sous  le  nom  de  princesse  douairière  de  Silésie»  qui  était  fort  bien 
vue  à  la  cour  de  Versailles ,  supplia  le  roi  d'accorder  sa  grâce  à  sa 
sœur  et  de  lui  permettre  de  rentrer  dans  ses  domaines  d'Ostheim  » 
s'ofl'rant  comme  caution  de  sa  conduite  pour  l'avenir.  Du  reste .  l'im- 
pression produite  par  les  faits  que  nous  avons  rapportés  avait  été 
s'affaiblissant  de  plus  en  plus,  la  chapelle  t  cause  principale  de  tant 
de  scandale,  avait  été  rasée  à  la  diligence  de  l'Intendant  d'Alsace, 
les  parties  lésées  avaient  été  désintéressées  :  le  roi  ne  vit  donc  aucun 
inconvénient  ù. accorder  la  grâce  qui  lui  était  demandée  «  et  la  prin- 
cesse reprit  possession  de  sa  seigneurie  d'Ostheim.  Etait-elle  revenue 
réellement  â  des  sentiments  meilleurs ,  ou  bien  était-ce  l'efl'et  des 
sévérités  du  Conseil ,  ce  qui  parait  certain  »  c'est  que  la  justice  n'eut 
plus  ù  s'occuper  d'elle  «  à  dater  de  cette  époque. 

Peut-être  SchœpOin  faisait-il  allusion  aux  dernières  années  de  la 
vie  de  la  princesse  Anne  quand  il  disait  :  Anna  hœc  princept ,  ad  an, 
MDCCXXXllI  usque  quo  obiii ,  vicum  islam  tranquille  pouedit, 

VÉRON-RëVIUJE. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES 

Dl  L'AncmiNB  AlSAa. 


LANDAU. 

RefenoDft  à  la  coDStitotioD  de  Landau.  Le  Schœffen-Raih  ou  conseil 
des  écbevins  était  depuis  longtemps  odieux  aux  tribus  plébéiennes 
parce  qu'il  n'avait  jamais  été  composé  que  de  patriciens.  On  le  sup- 
prima donc  et  on  lui  substitua  quatre  bourguemestres  d'abord  élus 
directement  par  les  tribus,  puis  se  renouvelant  non  seulement  dans 
le  sein  du  sénat  mais  dans  le  sein  des  tribus  par  le  cboix  des  bour- 
guemestres en  exercice  au  fur  et  à  mesure  des  vacances.  Ces  charges 
d'abord  annuelles  ne  tardèrent  pas  à  devenir  à  vie  comme  l'avaient  été 
précédemment  celles  des  écbevins.  Elles  conféraient  à  la  fois  les 
pouvoirs  administratifs,  politiques  et  judiciaires.  Quant  aux  sénateurs 
ils  étaient  pris  indifféremment  parmi  les  bourgeois  des  diverses  tribus 
et  élus  par  le  magistrat  collectif  ou  réunion  des  quatre  bourgue- 
mestres et  des  sénateurs  en  exercice.  Le  premier  d'entre  les  séna- 
teurs avait  le  titre  de  maréchal  comme  à  Haguenau  et  à  Wissembourg; 
il  assistait  le  bourguemestre  en  exercice  dans  toutes  ses  fonctions , 
il  était  aussi  en  quelque  sorte  le  représentant  par  excellence  de  la 
démocratie ,  et  ne  conservait  ses  fonctions  que  pendant  trois  mois' 
ainsi  que  le  bourguemestre  en  exercice;  (^)  ce  qui  implique  ou  semble 
impliquer  que  tous  les  trois  mois  les  sénateurs  élisaient  dans  leur 
sein  le  maréchal.  Plus  tard  le  nombre  des  maréchaux  assistant  le 
bourguemestre  en  exercice  fut  porté  à  deux.  (^) 

n  Voir  les  livraisons  de  février,  mars  et  juin,  pages  49 ,  97  et  £{7. 
(*)  BiEMiàOM ,  pages  iii  et  112. 
(■)  BiRiiBiiM ,  ibidem. 


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514  BEVUE  D'ALSACE. 

C'est  ici  le  cas  d'établir  uue  distinction  entre  les  fonctions  du  mare- 
chai  dans  les  villes  libres  et  dans  les  villes  impériales  simples.  Dans 
ces  dernières ,  à  Laudau  par  exemple  «  tant  que  l'office  impérial  de 
schuhheis  fut  à  la  disposition  de  Tévèque  de  Spire  et  tant  que  ce 
dernier  resta  substitué  aux  droits  de  l'empereur  »  le  soin  de  la  police 
et  le  commandement  de  la  force  armée  appartinrent  exclusivement 
au  délégué  de  l'évéque ,  le  stadt-vogt  ou  i'unter-vogt.  Les  offices 
d'échevins  étant  pour  lors  des  espèces  de  fiefs  entre  les  mains  des 
familles  patriciennes»  l'empereur  ou  le  seigneur  étranger  qui  le  rem- 
plaçait à  titre  d'eng^îste  avaient  jugé  à  propos  d'adjoindre  à 
l'échevin  en  exercice  un  magistrat  plébéien  avec  le  titre  de  maréchal. 
C'était  en  quelque  sorte  une  satisfaction  donnée  à  la  vanité  de  la  bour- 
geoisie, mais  ces  fonctions  se  trouvaient  être  plus  honorifiques  que 
réelles  •  elles  ne  conféraient  au  titulaire  que  fort  peu  d'autorité  »  et 
ne  lui  assuraient  guères  que  le  pas  sur  les  autres  conseillers  plébéiens 
de  la  ville  et  les  délégués  des  tribus. 

Il  n'en  fut  plus  ainsi  dès  que  i'élément  plébéin  eut  décidément  la 
prépondérance  à  Landau.  L'importance  du  maréchal  de  la  ville  grandit 
avec  la  puissance  démocratique ,  il  devint  l'édile  de  la  cité  comme  les 
bourguemeslres  en  étaient  les  consuls .  et  il  en  fût  sans  doute  devenu 
le  tribun  si  l'aristocratie  avait  essayé  de  ressaisir  le  pouvoir. 

Les  tribus  de  Landau  étaient  an  nombre  de  douze  ;  elles  existaient 
dès  avant  l'ère  de  l'indépendance  de  la  ville,  peut-être  toutefois 
n'étaient-elles  que  onze  avant  l'émancipation  de  1511 ,  ou  du  moins 
il  y  a  lieu  de  supposer  que  sous  l'évéque  de  Spire ,  la  première  d'en- 
tr'elles  n'était  pas  précisément  une  tribu ,  mais  plutôt  le  corps  de  la 
noblesse»  une  curie,  marchant  en  tête  des  tribus  plébéiennes  eo  vertu 
de  son  droit  propre. 

En  effet  cette  première  tribu  conserva  même  après  la  révolution 
du  commencement  du  seizième  siècle  le  nom  de  tribu  des  chevalien , 
et  elle  se  composa  non-seulement  des  anciens  castrensei  et  des  autres 
membres  des  familles  patriciennes  restées  dans  la  ville ,  mais  encore 
des  professions  réputées  libérales  ou  plus  ou  moins  en  rapportavec  la 
noblesse.  Ainsi  à  Landau,  au  moins  à  partir  de  i  51 7  et  peut-être  même 
de  1508  ou  de  1504,  les  écrivains,  les  rentiers,  les  verriers,  les 
financiers  ou  argentiers ,  les  chirurgiens-barbiers ,  les  divers  officiers 
municipaux  et  même  les  hôteliers ,  (<)  faisaient  partie  de  la  tribu  des 

DBlRNBAUM,  page  115. 


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TILLES  LIBRES  ET  imbtrALBS  DE  L'ANGENNE  ALSACE.  SIS 

cbëvatters,  les  ans  sans  doute  parce  que  leurs  foDCtioDS  les  ennoblis- 
saient en  quelque  sorte  »  les  autres  parce  qu'en  raison  de  leur  profes- 
sion même  ils  se  trouvaient  en  relations  plus  directes  avec  l*aristo« 
craUe.  On  devrait  supposer  que  l'annexion  des  hôteliers  dflftait  surtout 
de  la  réaction  démocratique ,  cette  classe  de  la  bourgeoisie  ayant 
intérêt  i  se  mettre  le  plus  possible  sur  un  pied  d*égaHté  avec  ttM 
patriciens»  principaux  habitués  de  ses  poêles  ou  buvettes»  (TVttiefc- 
Siuben) ,  et  pour  la  plupart  ses  débiteurs.  Cependant  comme  la  mêniis 
aasimilalion  des  hôteliers  aux  professions  nobles  se  retrouve  dans 
beaucoup  d'autres  statuts  municipaux  d'Allemagne  »  et  ce  »  même 
dans  des  villes  soumises  au  pouvoir  féodal  d'un  simple  baron  »  on 
pourrait  l'attribuer  à  un  préjugé  populaire  et  à  une  sympathie  généi^te 
en  leur  faveur,  sympathie  qu'expKquerait  le  goût  prédominonit  des 
vieux  et  bons  Allemands  pour  la  boisson  et  dont  »  en  tiraift  un  peu  tes 
choses  par  les  cheveux ,  on  découvrirait  le  germfe  dans  ce  titre  de  6f»$h 
hôte  »  donné  naguères  par  les  Franks  âf  leurs  cbeft  et  à  leurs  juges. 

Les  autres  tribus  de  la  bourgeoisie  de  Landau  étaient  :  celle  du 
hoi$t  comprenant  les  tonneliers»  tourneurs»  charrons  »  charpenilers. 

Celle  des  lotUeun»  à  laquelle  appartenaient  les  fripiers  et 'reven- 
deurs de  vieux  habits. 

'Celle  des  cordaitnierM  et  savetiers. 

Celle  des  matùm ,  y  compris  les  tailleof^  de  pierres  et  -potiera. 

Celle  des  marchamU  de  1^  cloise  »  ou  commerçants  en  draps  »  en 
soie  et  en  cuirs. 

Celle  des  marchandé  de  P  elaue  »  tels  que  merciers  »  conAseurs  » 
tMieurs  »  marebands  de  comestibles. 

Celle  du /eu  on  des  serruriers»  maréchanx-ferraflts  »  armoriera^ 
couteliers. 

Celle  des  tanneurt  et  ehamoueurs. 

'Celle  des  bouehen,  d'où  dépendaient  les  saucissiers  »  chandeliem» 
snifflers. 

Celle  des  boulangers. 

Celle  des  braueun  et  garçons  brasseurs. 

Celle  des  vigneroni.  (i) 

Les  chefs  de  ces  diverses  tribus  étaient  élus  chaque  année  par  les 
membres  de  la  tribu.  Ils  étaient  de  véritables  fonctionnaires  et  comp- 


ntoiaitiii»  p.  iiS. 


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Si6  RETOB  h'àlMa. 

tables  I  chargés  non-seulement  de  la  police  de  la  tribn  »  mais  encore 
des  recettes  et  des  dépenses  qui  la  concernaient  comme  corporation  ; 
chaque  tribn  et  chaque  fraction  de  tribu  ou  métier  avait  sa  bannière. 

Il  est  probable  que  cette  organisation  en  tribus  d'artisans  datait  du 
treizième  siècle  ou  du  quatorzième ,  et  était  contemporaine  ou  du 
grand  mou?ement  municipal  provoqué  et  encouragé  par  la  chute  de 
la  maison  de  Hohenstaufen ,  ou  au  moins  de  la  révolution  démocra- 
tique de  Strasbourg  »  pendant  les  luttes  de  Liouis  de  Bavière  et  de 
Frédéric»le-Bel  d'Autriche.  Le  nombre  des  tribus  dut  être  plus  res* 
treint  à  cette  première  époque  »  quelques  unes  même  »  telle  que  celle 
des  brasseurs  •  ne  se  formèrent  sans  doute  que  longtemps  après.  Les 
deux  tribus  de  marchands  dites  de  1^  et  de  S*  classes  témoignent  de 
l'importance  du  commerce  de  Landau  ;  pour  diviser  ainsi  en  deux 
classes  les  vendeurs  de  produits  non  ouvrés  par  leurs  mains  «  il  fallait 
que  le  commerce  fût  non-seulement  très-considérable  en  gros  et  en 
détail,  mais  occupât  un  grand  nombre  de  personnes. 

Les  dénominations  de  tribus  du  boU  et  du  feu  ont  quelque  chose 
d'ingénieux;  cette  classification  des  métiers  ressemble  à  celle  de 
quelques  grands  établissements  industriels  de  notre  temps ,  elle  est 
fort  remarquable  dans  un  petit  centre  de  population  où  cbaque  métier 
devait  dans  l'origine  empiéter  sur  le  métier  voisin,  et  où  la  sépara- 
tion du  rabot  et  de  l'enclume  n'a  pu  se  produire  que  par  un  fort  déve- 
loppement d'industrie. 

Le  rang  assigné  à  la  tribu  du  bm  ou  des  tonneliers ,  menuisiers  » 
charrons ,  etc. ,  indique  aussi  que  ces  métiers  étaient  les  plus  floris- 
sants à  Landau  à  l'époque  de  l'organisation  en  tribus.  Ainsi  les  tonne- 
liers marchaient  immédiatement  après  les  chevaliers;  on  pourrait  se 
demander  pourquoi  pas  les  marchands  «  qui  «  n'étant  pas  artisans  ou 
ouvriers  de  leurs  mains ,  avaient  plus  d'analogie  d'éducation  et  de 
fortune  avec  les  patriciens  et  les  professions  assimilées  à  ces  derniers? 
Serait-ce  parce  que  les  cinq  premières  tribus  étaient  plus  anciennes , 
et  parce  que  les  autres  ne  furent  que  des  démembrements  des 
premières ,  démembrements  nécessités  par  l'extension  du  commerce 
et  de  l'industrie?  A  Strasbourg ,  par  exemple»  les  négociants  for- 
maient la  sixième  tribu ,  et  ils  étaient  précédés  par  les  bateliers  ou 
industriels  en  bois.  Hais  à  Strasbourg  où  l'expansion  démocratique 
fut  beaucoup  plus  prompte  et  plus  complète  qu'à  Landau ,  les  tribus 
d'artisans  avaient  un  certain  nombre  d'afiUiés  étrangers  à  la  profession 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  ME  L'ARGIEMNE  ALSACE.  S17 

indiquée  par  la  bannière»  et  que  pour  cela  on  appelait  dérisoirement 
membres  oisirs  on  fainéants  {BÊûssiggœnger)  ^  ou  plus  oflBcleliement 
Zudienrr  (assistants),  (t)  Cette  admission  des  rentiers  et  des  gens  de 
loisir  (Contioffler)  dans  les  sections  d'artisans  devait  avoir  plus  d'un 
inconvénient,  que  la  constitution  de  Landau  parait  avoir  voulu  éviter 
en  rangeant  dans  la  tribu  des  chevaliers  tous  les  bourgeois  sans 
profession  manuelle  ou  commerciale. 

Il  faut  d'ailleurs  bien  se  garder  de  confondre  ce  qu'on  peut  appeler 
la  démocratie  du  moyen-âge  avec  ce  qu'on  entend  généralement  au- 
jourd'hui par  ce  mot.  Les  tribus  de  métiers  ou  d'artisans ,  quelque 
démocratiques  que  fussent  leurs  tendances  et  leurs  entreprises»  étaient 
des  corps  presqu'aristocratiques  »  si  on  veut  les  comparer  à  la  liberté 
des  individus  et  des  professions  dans  nos  sociétés  modernes.  Ao 
moyen-âge  c'était  la  corporation  qui  visait  à  l'indépendance  et  ;iion 
l'individu.  Le  Zunftmeister  avait  dans  chaque  tribu  une  autorité  qui  pa- 
raîtrait bien  arbitraire  et  excessive  aujourd'hui  :  N'était  pas  d'ailleurs 
artisan  qui  voulait  ;  pour  appartenir  à  une  tribu  quelconque  il  fallait 
être  reçu  par  cette  tribu ,  il  fallait  »  sauf  l'exception  des  Zudiener  stras- 
bourgeois,  faire  ses  preuves  de  cordonnier  ou  de  tonnelier  ou  de 
tailleur  comme  le  gentilhomme  était  obligé  de  faire  ses  preuves  de 
noblesse  pour  entrer  dans  tel  ou  tel  chapitre;  en  un  mot,  les  asso- 
ciations d'artisans  pendant  les  siècles  féodaux  étaient  de  petites  oli- 
garchies ,  vivant  de  privilèges  comme  la  noblesse. 

Le  diplôme  de  i29i  par  lequel  Rodolphe  de  Habsbourg  conféra  i 
Landau  tous  les  droits  et  privilèges  de  la  ville  de  Haguenau ,  semblait 
autoriser  implicitement  cette  ville  à  avoir  un  atelier  monétaire.  Sous 
Albert  i**  il  y  eut  en  eflet  un  fief  caurense  de  monnayeurs  à  Landau  » 
bien  entendu  de  monnayeurs  au  coin  ou  poinçon  impérial.  Mais  l'im- 
pignoration  de  la  ville  et  de  ses  fiefs  castrenses  à  l'évéque  de  Spire  fit 
passer  peu  après  aux  mains  de  l'évéque  ce  droit  de  monnaie.  Con- 
serva-t-il  l'atelier  de  Landau  ?  o'est  ce  qu'il  est  difficile  d'établir.  Il 
avait  déjà ,  comme  abbé  de  Wissembourg  et  comme  évéque  de  Spire»' 
droit  de  monnaie ,  ces  droits  locaux  conférés  au  même  prince  ne 
tardèrent  pas  à  se  confondre  ;  l'usage  des  bractéaies  muettes ,  ce 
mode  monétaire  si  expéditif  »  si  mobile ,  si  défectueux  et  si  barbare , 
ne  permet  pas  de  suivre  l'application  du  droit  de  monnaie  à  Landau 

(')  HsaEMAiCf  »  iVoffCM  histariqu€$  »  itoHitifuM  »  etc.  »  Und.  u  ,  p.  3, 


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31:8  EEVUK  n'àUUCM. 

^fldam  la  période  de  reogagemeot  à.  l'évéché.  Wisaemboarg  Tut 
iMms-  keiireux  $ou8.  ce  rapport ,  parce  que  Tabbaye  avait  »  même  lors- 
qu'elle étaii  gouvernée  par  le  même  prélat  que  l'évéché  de  Spire , 
son  coin  particulier.  Il  est  d'ailleurs  assez  probable  que  pendant  cette 
période  l'atelier  de  Landau ,  s'il  exista  »  ne  fut  qu'une  succursale  de 
l'atelier  épiscopal  de  Spire ,  et  eut  par  conséquent  le  même  coin  ou  le 
même  poinçon  ou  le  même  moule  gravé  en  creux  pour  les  solides 
doubles  ou  unifaces»  comme  pour  les  bractéades*  les  uns  et  les  autres 
éiant  a»  surplus  également  anonymes. 

La  busse  monnaie  »  car  il  but  bien  appeler  par  son  nom  cette  inva- 
siMi  de  ietoBS  anonymes  ayant  cours  forcé  et  dépourvus  de  valeur 
intrinsèque»  offrait  des  ressources  fiscales  trop  faciles  et  trop  sûres 
de  rimpoaîté  pour  que  les  petits  souverains  ecclésiastiques  et  laïques 
de  l'Allemagne  se  fissent  faute  de  la  substituer  dans  les  ateliers  dont 
ils  disposaient  aux  solides  impériaux  plus  ou  moins  conservateurs  du 
titire  et  du  poids  carlowingjens.  Quelques  uns  de  ces  seigneurs ,  et 
sprDout  ceux  qui  appartenaient  à  l'Eglise  »  avaient  cependant  le  scru- 
pule d'établir  deux,  aiteliers  »  l'un  de  monnaies  à  titre  et  à  poids  plus 
réguliers  qu'ils  signaient  de  leur  écusson  ou  de  quelque  signe  destiné 
à  les.  bire  reconnaître,  l'autre  de  bracLéates  libres,  formées  des 
alliages  les  plus  divers,  Eohl-Mûnum,  Blech-lfunuen ^  Schûssel' 
Mûnuen.  destinées  à  servir  de  monnaie  vulg^iire,  de  monnaie  du 
peuple ,  dans  l'étendue  de  la  seigneurie  et  qui ,  une  fois  sorties , 
étaient  proscrites  par  le  seigneur  lui-même  comme  entachées  de 
fausseté,  et  ne  pouvaient  plus  rentrer,  (i) 

Il  serait  possible  aussi  que  les  monnayeurs  de  Landau ,  car  il  n'est 
pas  douteux  qu'une  partie  des  patriciens  de  cette  ville  n'ait  porté  ce 
titre  synonyme  de  noble  au  moyen-âge  féodal ,  se  fussent  trouvés 
tenanciers  d'un  atelier  établi  hors  de  la  ville  dans  un  des  fiefs  cas- 
iremet  qui  en  dépendaient  ou  même  sur  quelque  territoire  de  mou- 
vance indépendante  de  Landau.  Avoir  un  atelier  monétaire  ou  avoir 
dana  ses  murs  des  monnayeurs  sont  chose  fort  différente  et  qu'il  ne 
but  pas  confondre.  Tels  monnayeurs  pouvaient  résider  à  Landau  et 
être  bénéficiers  ou  oflBciers  d'un  atelier  existant  hors  de  Landau. 
Cela  est  vrai  surtout  pour  les  monnayeurs  (Mûnix-Genouen ,  MûntZ" 

(*)  Bnai  Idêtoriquê  êur  ViÊiMimmê  m(mniriê  de  Si^  parL  Lbvxaqlt, 

pages  S52  et  suifaotes. 


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VILLES  LIBRES  ET  DIPÉRIALES  DE  L'ANHEMNE  ALSACE.  519 

Jlwnkem ,  Mûntz^Herren  du  quatorzième  et  du  quinzième  siècles  ,  où 
les  bractéates  et  semi-bractéates  unifaces  changeaient  souvent  d'ate- 
liers «  les  impignorations  monétaires  étant  devenues  un  abus  dont  il 
importait  de  dérober  le  scandale  au  public  et  surtout  à  la  chambre 
impériale.  Tant  Ton  était  déjù  loin  du  temps  où  Tévéque  de  Stras- 
bourg, Archambauit,  prescrivait  à  ses  monnayeurs  de  faire  battre 
toujours  la  monnaie  dans  une  seule  et  même  maison  afin  que  tout  le 
monée  pût  être  témoin  de  la  besogne  ie$  ouvriers  !  {^) 

L'atelier  des  monnayeurs  domiciliés  à  Landau  a  dû  être  caché  pen- 
dant la  période  des  plus  mauvaises  bractéates  anonymes  dans  quel- 
qu'un de  ces  châteaux  possédés  en  commun  par  les  Burgnuenner  de 
cette  ville.  S'il  faut  ajouter  foi  à  Sébastien  Munster,  ces  châteaux  au- 
raient été  en  très-grand  nombre  aux  environs  de  Landau,  car  il  compte 
jusqu'à  trois  cent  cinquante  villages  et  hameaux  groupés  dans  un 
rayon  de  deux  milles  d'Allemagne  autour  de  la  ville ,  et  dont  plusieurs 
auraient  eu  leur  Burg.  (^) 

Parmi  ces  Burgs  était  Drachenfels,  qui  n'est  pas  le  seul  château  de 
ce  nom  dans  les  contrées  rhénanes ,  et  qui  »  en  partie  allodial ,  en 
partie  fief  palatin  de  Denx-Ponts-Bitsche  par  provenance  de  l'abbaye 
dé  Klingen ,  fut  assiégé  et  rasé  plus  ou  moins ,  comme  servant  de 
repaire  .à  des  brigands,  par  les  intrépides  milices  strasbourgeoises 
en  J355.  (')  Ce  château  de  Drachenfels  relevé  ou  réparé  peu  après  , 
cédé  par  la  maison  de  Deux-Ponts-Bitsche  à  un  chevalier  Eckbrecbt 
de  Durckheim,  mais  pour  une  part  seulement,  et  pour  l'autre  part 
inféodé  par  Télecieur  palatin  à  plusieurs  associés  nobles  de  Landau  • 
(Burgnuenner  ou  Ganerben)  n'a  pas  cessé  déjouer  un  rôle  assez  néfaste 
dans  l'histoire  féodale  de  la  frontière  alsaio-palatine.  La  tradition 
veut  qu'il  ait  servi  i  des  faux-monnayeurs ,  et  il  était  maudit  dans  la 
contrée  même  avant  le  temps  de  François  de  Sickingen  et  de  ses 
vingt-trois  compagnons  de  ganerbinat  à  Drachenfels.  Sa  prise  en  1517 
par  l'électeur  palatin ,  l'électeur  archevêque  de  Trêves  et  le  landgrave 
de  Hesse  fut ,  comme  l'on  sait,  un  de  ces  faits  d'armes  populaires  que 
l'histoire  et  la  poésie  se  sont  plu  à  célébrer.  (^) 

(*)  Buai  hiêtoriquê  $ur  Vaneienne  monnaie  de  Strasbourg ,  p.  146. 
(')  Sébastien  Munster  ,  Cosmographia ,  lib.  ii,  cap.  clv. 
(*)  Kqenigsboten  ,  cap.  v,  p.  322. 

n  ScBLEGfiL,  tfi  9ita  Casp.  aquUœ,  p.  il2 ,  et  Barth.  Latomos,  voyez  Scrip- 
torss  rsrum  germ, ,  lom.  ii ,  p.  130. 


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3S0  BBVOB  D'ALaAGB. 

LechflleaiideHadenbonrg,  donl  il  a  d^jà  été  qoesliOD  dans  ce 
travail ,  pourrait  aussi  avoir  servi  d'atelier  aoonyme  pour  ces  Sehuud- 
Uûnizen  et  HohUMûntzen  qui  inondèrent  l'AHemagne  dans  les  qua- 
torzième et  quinzième  siècles»  et  dont,  à  l'instar  des  monnayenn 
mayençais ,  les  nobles  monnayeura  landaviens  ont  dû  se  rendre  les 
éditeurs  peu  scrupuleux. 

Enfin  un  autre  château  non  loin  de  là  a  pour  lui  ou  contre  loi  om 
notoriété  plus  grande  encore,  le  chflteau  de  Scharflenberg  ou  Scbar- 
feneck»  encore  aujourd'hui  appelé  dieMûntze  (la  Monnaie)  (t)  et  situé 
à  côté  de  l'antique  cbAteau  à'Andm  sur  l'une  des  trois  crêtes  de 
rocbera  à  pic  qui  ont  valu  son  nom  à  la  non  moins  antique  ruine 
castrale  de  Trifels ,  si  célèbre  pour  avoir  servi  de  refuge  à  rinfortoné 
empereur  Henri  iv  après  son  excommunication  et  la  révolte  de  ses  fils, 
de  résidence  à  Frédéric  Barberousse ,  et  de  prison  à  l'archevêque 
Adalbert  de  Hayence,  au  margrave  Wiprecht  Groltscb  de  Lausitzet 
au  roi  d'Angleterre  Richard  Cœur-de-Lioo,  0 

Ce  château  de  Scharfenberg  possédé  avant  l'année  1307  par  Jean 
de  Châlons ,  seigneur  d'Arles  et  inféodé  à  cette  époque ,  1307 ,  par 
l'emiiereur  Albert  i"'  à  son  protonotaire  Nicolas  de  Spire ,  (>)  éuit  en 
I3i8  aux  mains  de  Nicolas  Bernbach,  chanoine  de  Spire ,  qui  Favait 
cédé  à  trois  ganerbiens,  Epho,  doyen  de  Spire,  Pierre  d'Erbqltzbeim 
et  Emich  Wollensleger ,  chevalier.  Ces  trois  ganerbiens  sentent  déjà 
fort  les  faux  monnayeura  de  bractéates  anonymes.  El  il  semble  que 
ce  fut  pour  leur  arracher  la  monnaie  que  Louis  de  Bavière  inféoda 
Scharfi'nberg  en  1339  à  Eberhardt ,  abbé  de  Wissemboorg*  Cette 
inféodation  motivée  par  une  acquisition  antérieure  de  1334,  que 
l'abbé  Jean  de  Frankenstein  obtint  d'un  Sigismond  de  Mulhnhoven, 
parait  n'avoir  pas  été  suivie  de  mise  en  possession ,  car  en  1366  seule- 
ment Jean ,  abbé  de  Wissembourg ,  successeur  d'Eberhardt ,  fut 
insulié  à  Scharfenberg  par  l'électeur  palatin  Robert.  («)  Tel  éuit 
apparemment  l'importance  monétaire  de  Scharfenberg  dans  ce  temps 
de  fabrication  sans  contrôle  que  les  abbés  de  Wissembourg,  gardiens 

{*)  G.  LOBSTEIN ,  Hiitorùekê  Naehriehtm  Ubêr  dm  TrifnU ,  p.  7. 
f  )  GoSTB ,  NoticB  sur  Trifeli^  Rwue  d'Àlêac$  de  1881. 
(*)  ScBOBPFLiif ,  AU.  ill. ,  tome  ii ,  Terres  de  Tévèché  de  Spire. 
(*)  L.  Sfach  ,  Vahhaye  de  Wiuembourg ,  p.  137 ,  note  dsns  le  tome  i*'  du 
BulkHn  de  la  Société  de  coneervaHon  dee  momumehU  hieUniquee  d'Àleoee, 


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VILLES  LIBRES  ET  IICPÉRIifLBS  DE  l'aNOENNE  ALSACE.  5^1 

eo  général  assez  coiwdencienx  da  coin  ofl3ciel  on  1^1 ,  comme  le 
fareùi  pteaqae  to«s  les  princes  ecclésiastiques ,  durent  faire  d'assez 
larges  concessions  à  leurs  tenanciers  de  Sebarfenberg ,  Wentz  de 
UnzwiUer  en  1408,  Jean  de  Witenmâble  en  1425,  Spirer  dit  Altdorf 
Cleisel  en  444S,  Kontz  PfOI  d'Utenbach  en  4445,  et  Reinfried  Jong- 
ISintli  en  4447 ,  (i)  pour  empécber  le  retour  des  monnayeurs  ano- 
nymes. V^rs  h  On  dti  qninaème  siècle ,  lors  des  luttes  entre  Tabbaye 
de  Wissembourg  et  l'électeur  palatin,  le  fief  de  Sebarfenberg, 
dont  disposait,  on  ne  sait  i  quel  titre,  le  duc  de  Bavière  Alexandre, 
était  redevenu  un  ganerbinac  qui  compuit  parmi  ses  membres  des 
patriciens  de  Landau.  L'émission  de  la  monnaie  anonyme  dut  donc 
reprendre  à  Sebarfenberg  et  continuer  jusqu'en  4554,  époque  où 
rOM  Rndiger  inféoda  ce  chflteau  i  Robert  de  Deux-Ponts-Teldentz, 
petit-fils  de  Louis4e-Noir,  qui  en  4400  l'avait  remis  aux  mains  de 
l'électeur  Frédéric  i".  («) 

Le  retour  que  nous  venons  de  faire  vers  l'époque  antérieure  à  la 
complète  émancipation  de  Landau  a  eu  pour  but  de  montrer  que  si 
des  Bwgnwsrmer  de  cette  ville  se  trouvaient  avoir  fabriqué  dans  ses 
nrars  ou  au-dehors  des  bractéates  muettes ,  Landau  ne  saurait  en 
être  responsable  devant  le  tribunal  de  l'histoire  au  moins  tant  que  . 
dura  son  engagement  à  l'évéché  de  Spire.  Une  fois  libre  et  pourvue , 
diaprés  les  termes  mêmes  du  diplôme  de  Haximilien  i«',  du  droit  de 
disposer  des  anciens  fiefs  caurenies ,  la  ville  a-t-elle  usé  pour  son 
compte  des  privilèges  monétaires  attachés  selon  toute  apparence  à 
l^un  ou  à  l'autre  de  ces  fiefe?  Si  elle  l'a  fait,  il  parait  au  moins 
qu'eMe  n'a  pas  eu  de  coin  à  elle ,  car  on  ne  connaît  pas  d'autres 
monnaie»  commémoratives  de  Landau  que  les  pièces  obsidionales  du 
siècle  de  Louis  xiv.  (S) 

Cependant  die  aurait  eu  le  droit  de  battre  monnaie,  non  en  vertu 
d'un  diplôme  spécial  que  Schœpflin  confesse  avoir  vainement  cher- 
ché, (^)  et  que  H.  de  Berstett  croit  n'avoir  Jamais  existé ,  (')  mais  en 

{*)  L.  Spach,  Vahbayede  Wiuembourg^  note  dans  le  tome  i*^  du  BulUHn 
de  la  SœUti  d»  ctmurwaioH  dtê  momimmCff  hi$toriqmu  d^AUaee ,  ptge  i57. 
(')  ScHCEPFLiN ,  Alt.  iU. ,  tome  u ,  Terres  de  réyèché  de  Spire. 
(')  Berstett  ,  Venueh  nner  MOnU-GetehiehU  dtê  BUasm ,  p.  22. 
{*)  ScHOEPFLiM ,  AU.  iU. ,  tome  u ,  page  399. 
(')  Bebstett  ,  page  23. 
d'Amie*.  21 


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323  REVUE  D'ilLSÀCE. 

vertu  des  diplômes  impériaux  qui  lui  conféraient  tous  les  droits  pré- 
cédemment accordés  à  la  ville  de  Haguenau.  Ëi^ n'usant  pas  de  ce 
droit  de  monnaie  la  villQ  libre  et  impériale  de  Landau  pourrait  avoir 
été  retenue  par  la  conscience  du  discrédit  des  anciennes  monnaies 
anonymes  de  ses  Burgmœnner  de  Tépoque  épiscopale  >  noble  exemple 
de  désintéressement  qui  prouverait  le  haut  degré  de  moralité  des 
bourgeois,  et  leur  soin  de  répudier  toute  responsabilité  des  pièces 
de  mauvais  aloi  antérieures  à  leur  liberté. 

Avant  l'engagement  de  Landau  à  la  ville  même  »  le  tribut  annuel  ou 
Steuer  impérial  à  payer  à  Tévêque  de  Spire  était  de  SOOilorins  d'or. 
Ce  tribut ,  après  avoir  fait  retour  à  l'Empire  en  i5ii ,  fut  cédé  à  la 
ville  en  i5i7 ,  et  elle  ne  fut  plus  assujettie  qu'à  une  redevance  de  45 
florins  d'or  à  la  chambre  impériale ,  avec  exemption  du  droit  de  pro- 
tection que  les  autres  villes  de  la  décapole ,  à  l'exception  de  Wissem- 
bourg ,  de  Munster  et  de  Landau  »  devaient  payer  au  landvogt  d'Al- 
sace. {})  Landau  était  aussi  exempt  de  prêter  serment  à  r{7n<er-  Yogi.  (^) 
Son  contingent  pour  les  guerres  de  l'Empire  diies  expéditions  ro- 
maines ,  était  de  deux  cavaliers  complets  et  de  dix-huit  fantassins. 
Landau  ,  comme  les  autres  villes  de  la  décapole  »  avait  en  outre  des 
frais  de  cotisations  accessoires  et  accidentels.  Ainsi  pour  toutes  dé- 
penses provinciales  ou  autres  ù  supporter  en  commun  par  les  villes 
d'Alsace ,  Haguenau  et  Colmar  avaient  à  fournir  la  moitié ,  Schlestadt 
et  Wissembourg  le  quart»  Landau  ei  Obernai  l'un  des. huitièmes , 
tandis  que  l'autre  huitième  était  réparti  entre  Kaysersberg,  Munster, 
Turckheim  et  Rosheim.  Les  frais  éventuels  étaient  parfois  assez  con- 
sidérables et  avaient  pour  but  de  contribuer  aux  dépenses  des  guerres 
de  l'Empire  •  ainsi  en  i628 ,  lors  de  la  guerre  de  ^rentç  ans  Landau 
fut  taxé  à  250  florins  d'or.  (3) 

Landau ,  conune  les  autres  villes  impériales  d'Alsace ,  avait  dans 
les  diètes  la  préséance  sur  la  noblesse  immédiate,  malgré  les 
contestations  de  la  noblesse ,  contestations  qui  ne  paraissent  avoir 
commencé  qu'au  seizième  siècle.  (^) 

* 

(')  ScHCEPFLiN,  Altai,  ilkitt. ,  tome  ii.  —  Landau,  par.  754,  et  par.  527. 

(')  Ibidem ,  par.  527. 

n  Ibidem,  par.  522. 

(*)  Ibidem  ,  paragraphrs  i>âl  oi  717.      • 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRL4LES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  323 

Les  armes  de  Laodau  »  telles  que  nous  les  montrent  les  sceaux  et 
les  titres  de  l'ère  d'indépendance  sont  de  gueules  à  la  porte  d'argent 
surmontée  de  deux  tours  de  même ,  desquelles  issent  de  chaque  côté 
trois  personnages,  les  deux  premiers  paraissant  représenter  des 
moines  ou  des  clercs  à  genoux  »  et  les  deux  derniers  des  gardes  son- 
nant de  la  trompe  ou  du  cor.  La  porte  est  sommée  d'un  écu  d'argent 
à  lion  de  sabk  debout  et  attaquant.  Cet  écu  est  soutenu  par  deux 
personnages  à  tète  nimbée ,  placés  l'un  à  dextre,  l'autre  à  sénestre, 
dans  l'angle  de  l'écu  et  de  la  tour.  Ces  deux  saints  sont  probablement 
ou  S'  Guillaume  et  S*  Eberhardt,  patrons  de  l'église  curiale,  ou 
S' Justin ,  patron  de  l'église  dite  chapelle ,  et  S^  Catherine.  La  porte 
est  accompagnée  d'étoiles  en  pal  de  chaque  côté,  deux  autres  étoiles 
couronnant  l'écusson  et  deux  en  support.  Sous  la  période  française 
ces  étoiles  Turent  remplacées  par  des  fleurs  de  lys  d'or. 

Le  territoire  de  Landau  comprenait ,  à  l'époque  où  nous  sommes 
parvenus,  les  trois  villages  de  iVuM(ior/f,  Damheim  et  Queichheim. 
Le  village  de  Mulhausen^  dont  le  marché  transféré  à  Landau  par 
concession  de  Rodolphe  de  Habsbourg,  avait  été  l'origine  des  démêlés 
de  la  ville  avec  les  comtes  de  Linange  et  l'évéché  de  Spire ,  n'existait 
déjà  plus ,  ses  habitants  s'étant  empressés,  dès  l'époque  de  la  première 
enceinte  de  la  ville ,  de  se  fondre  dans  la  population  urbaine.  (<)  Plus 
tard  9  en  1462,  (*)  le  territoire  du  village  abandonné  fut  acquis  par  la 
ville ,  mais  deux  ans  après  cédé  par  elle  aux  comtes  de  Linange  à 
titre  de  fief  épiscopal  de  Spire ,  (^)  transaction  destinée ,  comme  il  y 
a  lieu  de  le  croire ,  à  terminer  les  diflërends  féodaux  nés  des  préten- 
tions des  Linange  sur  leurs  anciens  vassaux  de  Mulhausen  devenus 
bourgeois  de  Landau.  La  population  de  Landau  s'était  aussi  accrue  à 
cause  de  son  enceinte,  cette  amorce  si  puissante  au  moyen-âge  i  des 
paysans  A'Iizingen  et  û*Ober'Bomheim  ou  S^*Justin ,  dont  le  territoire 
quoiqu'acquis  depuis  longtemps  par  la  ville  •  était  encore  néanmoins 
au  seizième  siècle  grevé  de  dîmes  au  profit  de  quelques  familles  nobles 
ou  de  bourgeoisie  impériale ,  entr'autres  celles  de  Haller  et  Lang.  (^) 
Les  habitants  d'ObeuBomheim  ou  S^-Jttfitn  une  fois  établis  à 

(')  ScHCEPFLiN ,  Aliat.  illuitr» ,  tom.  il,  par.  729.  Landau, 
(•)  Ibidem  ,  par.  738. 

('}  SiMûNis  ,  Besehreibung  aller  BUchoffm  zu  Speyr, 
(*)  MoSER ,  Rviehi  Hoffratki  Procen  ,  lom.  m  ,  p.  736. 


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324  REVUB  D'ALSAGB. 

Landau  donnèrent  ausai  an  patron  de  lear  TiUage  droit  de  boorgeottie 
dans  la  ville  »  en  lui  faisant  dédier  l'église  dite  chapeUe  fondée  nm 
un  couvent  de  religieuses  sur  Tancien  empiacenent  du  chfttean  de 
Rymberg  en  vertu  d'un  dipidme  de  Frédéric-le-Bel  d'Autriche,  daté 
de  Scblestadt  le  S  des  kalendes  d'avril  1315.  (t)  Cette  église  dont  le 
vaisseau  existe  encore  et  appartient  à  un  particulier ,  se  voit ,  quoique 
masquée  en  grande  partie  par  une  construction  moderne»  derrière  la 
halle  commerciale  {Kaufhauie).  D'après  TinscriptioB  d'un  des  piliers 
elle  aurait  été  bâtie  en  1344,  quoique  son  caractère  soit  plutôt  celui 
du  quinzième  siècle.  Le  couvent  de  religieuses ,  qui  y  atlenàit  i  a 
servi  depuis  aux  dépendances  de  l'hôtel  de  la  Fleur  et  à  quelques 
maisons  voisines.  La  cloche  de  cette  église  servait  à  appeler  aux 
séances  les  membres  du  magistrat  et  du  sénat.  On  y  voit  ou  w  y 
voyait  encore ,  il  n'y  a  pas  très-longtemps ,  quelques  pierres  sépul- 
chrales ,  et  puisque  nous  y  sonmiee ,  nous  anticiperons  sur  les  évé- 
nements qui  nous  restent  è  rappeler ,  en  citant  dès  à  présent  ce  fait 
d'une  femme  tuée  par  un  boulet  dans  celte  église  pendant  le  siège 
de  1704.  (3) 

Le  village  de  iVtii«dor/f  ou  Nutdarf  éiBii  une  ancienne  dépendance 
de  la  seigneurie  de  Madenbourg.  Il  fut  acheté  par  la  ville  de  Landau 
à  Conrad  de  Heydeck  ou  Heddeg  en  ilS08  pour  la  somme  de  3000 
florins.  Ce  village  avait  trois  siècles  auparavant ,  en  iWè,  donné  lieu 
à  d'asseï  vives  contestations  entre  l'évéché  de  Strasbourg  d'une  part 
et  d'autre  part  Bertbold  et  Henri  de  Seharfenbeiig ,  la  tenancière  de 
Nussdorff,  une  certaine  dame  Bertrade  ayant  été  déclarée  avec  son 
frère»  ses  fils «t  ses  agnats  mmiitériate  de  l'église  de  Strasbourg, 
tandis  que  les  sires  de:  Scharfenberg  prétendaient  qu'elle  était  leur 
mnisiériak.  (^)  En  4498  Jean  de  Heydeck  avait  aCfrandii  les  paysans 
de  Nussdorff  de  l'obligation  de  fournir  des  corvées  à  Madenbourg , 
attendu  l'éloignement  de  ce  château.  Originairement  l'électeur  palatin 
et  fai  ville  de  Spire  avaient  des  hommes  en  propre  dans  ce  village , 
l'évéché  de  Spire  et  la  maison  de  Linange  y  prétendaient  aussi  des 
droits ,  si  bien  qu'après  avoir  acquis  Nussdorff  de  Conrad  Heydeck , 


(*)  Sghoepflin  »  Ali.  Biplom. ,  u>m.  n ,  p.  IIS , 

(')  BiRNBAIJH. 

(')  SCHOEPFUN ,  AU,  ilL  y  tom.  n ,  par.  30Si ,   Terres  de  Vévêché  de  Spire ,  et 
par.  I!$06 ,  Propriétés  des  wlles  libres. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉaiÀLES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.    ^      ÔTÔ 

la  ville  de  Landau  dut  encore  payer  200  florins  d'or  à  Emîcon  de  Li- 
nange ,  uSn  d'éviter  tout  conflit  avec  cette  maison  »  qui  lui  avait  si 
souvent  déjà  été  hostile.  Au  surplus  Nussdorff  ayant  été  une  dépen- 
dance de  Madenbourg  devak  déjà  avoir  été  possédé  par  Landau  dans 
le  quioEièilie  siècle,  lorsque  la  ville  acquit  l'hypothèque  du  chftteau , 
et  ce  Alt  probablement  pour  rentrer  dans  d'anciens  droits  on  pour 
mettre  sa  possession  à  l'abri  de  toutes  réclamations  ultérieures  qu'elle 
traita  à  la  fois  avec  le  tenancier  de  Madenbourg ,  Conrad  de  Heydeck 
et  avec  Emicon  de  Linaoge. 

Datnhem  étpit  possédé  par  la  ville  de  Landau  depuis  129S  en  vertu 
de  la  concession  à  titre  onéreux  d'Adolphe  de  Nassau ,  dont  il  a  déjà 
été  fait*  mention.  C'était  primitivement  une  ferme  impériale ,  compre- 
nant  des  hommes  >  des  terres  arables  et  des  forêts,  et  devenue  village, 
comme  presque  tontes  les  anciennes  fermes  impériales  >  par  le  béné* 
fice  du  temps.  {^) 

Nous  avons  vu  qu'avant  d'être  ville  et  d'avoir  son  enceinte  de  murs 
Landau  faisait  partie  de  la  cure  probablement  régionale  de  Queich^ 
Adm,  et  qu'une  fois  devenue  vHIe ,  l'aBnexe  absorba  le  chef-Ueu  ecclé" 
siastiqueetméme  le  domaine  temporel.  L'engagement  de  Queichheim'i 
révêché  de  Spire  consenti  par  la  ville  pour  vingt  ans,  en  1465,  ne  donna 
lieu  à  rachat  qu'en  1958,  suivant  Schœpflin,  (>)  mais  il  est  plus  que 
probable  que  dès  1808  ou  au  moins  4547  Qu^hheim  Ait  retiré  par  la 
ville,  et  en  devint  dès  lors  un  domaine  utile.  Ce  rachat  de  4588  aura 
dû  suivre  d'assez  près  un  nouvel  engagement  temporaire  moiivé 
peut-être  par  les  embarras  pécuniaires  de  la  ville  à  la  suite  du  séjour 
bit  en  ses  murs  par  Charles-Quint  et  du  passage  sur  son  territoire  de 
l'armée  de  Henri  n,  roi  de  France. 

Indépendamment  de  ces  trois  domaines  la  ville  de  Landau  possédait 
aussi  de  nombreux  droits  de  Geraydie  ou  Gere^dt.  Les  geraydies 
fOidtyenf  Hayngeraidt^  Bruderschaffi ,  Canfrateniiiai ,  GerdUe^ 
WMgenaêienJ  sont  une  des  coutumes  alsaciennes  les  plus  anciennes , 
et  la  tradition  en  rapporte  Torigine  à  l'un  de  nos  rois  Dagober^  Elles 
sembleraient  dans  ce  cas  être  nées  bien  près  de  Landau ,  car  d'après 
les  traditions  frissemboui|[ecrises  le  testament  de  Dagobert  en  foveur  des 
geraydies  fut  écrit  par  un  certain  Emfericus  Morolius,  alors  que  le  roi 

(*)  ScHOEPFLiN,  Altat.  ilhut, ,  tome  ii ,  par.  806  et  732. 
L*)  Ibidem,  par,  730. 


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326  REVUE  d'alsàce. 

habitait  le  château  de  Landeck ,  (>)  avant  de  se  rendre  à  celai  de 
GockUnga.  Ce  qui  parait  prouvé  c'est  l'espèce  de  parenté  des  geray^ 
die$  avec  les  deux  mundats  d'Alsace ,  et  surtout  avec  le  mundat  de 
Wissembourg.  Schœpflin  qui  fulmine  très-vivement  contre  le  malen- 
contreux Emfericus  Morolius  a  compté  seize  geraydies  qui  s'étendaient 
depuis  la  Queich  et  par  de  là  cette  rivière  jusqu'au-delà  de  Turck- 
heim.  (<)  Ces  droits  d'usage  forestiers  accordés  ou  possédés  de  temps 
immémorial  constituaient  en  faveur  des  localités  usufruitières  une 
sorte  de  propriété  par  indivis  moins  viagère  et  moins  conditionnelle 
que  celle  des  colonges  et  des  ganerbinats  avec  lesquels  d'ailleurs  elle 
a  plus  d'un  point  de  ressemblance.  C'était  en  effet  Tassociaiion  établie 
entre  certaines  localités  au  lieu  ,de  l'être  entre  certains  nobles  ou 
entre  certains  fermiers  plébéiens.  La  geraydie  dont  Landau  avait  sa 
part  était  In  septième  et  la  plus  considérable»  elle  comprenait  des 
territoires  situés  sur  les  deux  rives  de  la  Queich  et  avait  plus  de  seize 
lieues  de  circuit ,  près  de  vingt  lieues  suivant  Schœpflin.  C)  On  l'ap- 
pelait Gereydt  de  Godranutein  ou  Oberhayngereydt ,  et  Landau  foissiit 
partie  de  la  troisième  Zent  ou  division  de  cette  geraydie  »  {Vnter" 
Zent).  Ses  co-partageants  étaient  les  villages  •  bourgs»  châteaux  ,  ou 
lieux  d'exploitation  de  Godramstein,  de  Siebeliingen,  de  BurckweSer, 
de  Grevenhausen ,  d'AWersweiler ,  de  Frankweiler ,  de  Queich^Ham" 
bach ,  de  Savnt^Jean  »  de  RûsseUorff  et  de  DahUnheim.  En  outre ,  la 
ville  de  Landau  avait  ou  prétendais»  à  titre  d'ancienne  engagiste  de 
Madenbourg  »  des  droits  de  forêts  dans  la  confratemitas  ou  geraydie 
de  LerazweiUr.  Quant  à  l'autre  geraydie ,  ses  droits  sont  établis  par  un 
titre  de  1291  de  Rodolphe  de  Habsbourg  »  titre  qui  témoigne  de  l'an- 
cienneté des  Gereydu  d'Alsace  dès  cette  époque.  Etrange  chose  que 
ce  moyen-âge  où  l'on  voit  les  faibles  et  les  manants  autorisés  par  des 
chartes  et  en  vertu  de  droits  préexistants  à  entrer  en  partage  des 
domaines  royaux ,  et  où  l'association  à  tous  les  degrés  cdtoie  le  vas* 
selage  »  où  les  ganerbinats  nobles  »  les  colonges  »  les  geraydies  sem- 
blent autant  de  précurseurs  ou  d'aïeux  pour  ces  questions  d'associa- 
tion si  redoutables  et  si  ardues  en  nos  sociétés  modernes  ! 

(^)  Jac.  Beyrlini,  Antiquit.  Paka.  in  Miegii  monummUii,  p.  261 ,  et  7rtuf. 
Wiisemhurgemu. 

(')  SCHILTER ,  Cod.  Jur.  Feud,  akm,  de  euriit  Dominical ,  pag.  575 ,  et 
ScBGEPFUN ,  Altai.  m, ,  tom.  Il ,  par.  215. 

(')  Ibidem I  époque  francique,  par.  64  et  65. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  527 


ÉPOQUE  DE  LA  RÉFORMATION. 

Tel  était  dépuis  bien  pea  de  temps  Télat  civil  et  politique  de  Landau 
lorsque  la  nouvelle  cité  libre  eut  à  passer  par  deux  terribles  épreuves, 
la  guerre  des  paysans  et  la  réformation. 

Dès  les  premières  controverses  du  moine  audacieux  de  Wittemberg 
la  doctrine  du  libre  examen  avait  rencontré  un  ardent  adepte  i  Landau. 
Jean  Bader  était  curé  de  Téglise  collégiale  de  cette  ville.  Jeune  homme 
de  passion  et  d*énergie ,  érudit  théologien,  préilicateur  fougueux, 
il  ne  tarda  pas  à  embrasser  avec  enthousiasme  la  cause  de  Témanci- 
pation  religieuse.  II  avait  été  précepteur  de  Louis  ii ,  prince  de  Deux« 
Ponts,  qui  fut  par  la  suite  Tun  des  protecteurs  du  naissant  protesun- 
tisme  en  Allemagne  >  (})  et  il  était  en  relations  actives  avec  Jean 
Schwebel,  le  réformateur  de  la  cour  de  Deux«Pont8.  C)  Bientôt  les 
sermons  de  Bader  dans  la  chaire  encore  catholique  de  Landau  de- 
viennent si  hostiles  à  la  vieille  orthodoxie ,  que  les  chanoines  s'é- 
meuvent; ils  croient  leur  conscience  Intéressée  à  ne  pas  tolérer  dans 
leur  collégiale  un  langage  aussi  hardi ,  aussi  subversif  des  traditions , 
et  ils  dénoncent  le  curé  à  i*évéque  de  Spire ,  qui  »  en  perdant  ses 
droits  temporels  sur  Landau,  y  avait  conservé  la  juridiction  spiri- 
tuelle. Hais  Bader  ne  tient  nul  compte  de  ces  premières  protestations, 
et  Ton  peut  présumer  que  les  rancunes  encore  mal  éteintes  des  bour- 
geois nouvellement  émancipés  de  Landau  contre  leur  ancien  enga- 
giste ,  l'évéque  de  Spire ,  aidèrent  puissamment  l'opposition  de  Bader 
à  l'évéché ,  ainsi  que  l'œuvre  4e  la  nouvelle  foi  au  sein  de  la  cifé.  En 
effet  la  réforme  religieuse  ne  devait  pas  seulement  apparaître  aux 
yeux  d'un  grand  nombre  de  Landaviens  comme  une  conquête  de  la 
liberté  de  conscience ,  mais  comme  une  garantie  de  plus ,  une  sorte 
de  fortification  de  plus  contre  l'ancien  seigneur  ecclésiastique  ;  elle 
mettait  plus  d'intervalle  entre  ce  dernier  et  la  ville  ;  elle  sanctionnait 
pour  ainsi  dire  et  semblait  devoir  rendre  éternel  leur  divorce.  Si  l'on 
veut  bien  creuser  l'histoire  de  cette  époque ,  et  si ,  pour  la  mieux 
apprécier,  on  se  dégage  un  instant  des  préventions  de  l'esprit  de 

(*)  ROEHRiCH ,  lom.  i«,  pag.  589. 

(')  M.  Th.  de  Bossierre  ,  Histoire  de  la  Réformation  à  Strasbourg ,  tom.  i«% 
page  319. 


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S28  REVUE  D'aLSAGE. 

parti  8oit  catholique,  ftoit  protestant»  on  trouvera  assez  généraleiDent 
les  mêmes  causes  pour  les  mêmes  effets.  Oui ,  presque  partout  les 
villes  où  TEglise  posséda  le  plus  de  privilèges  séculiers  furent  aussi 
les  premières  à  rompre  avec  l'EgUse,  presque  partout  des  rivalités 
purement  temporelles  amenèrent  les  divorces  spirituels»  presque 
partout,  comme  à  Strasbourg,  à  Munster,  à  Wissembourg  et  à 
Landau ,  entr'autres  villes  d'Alsace ,  la  bourgeoisie  se  fit  protestante 
parce  qu'elle  avait  ou  croyait  avoir  des  griefs  mdns  contre  r«nsei« 
gnement  que  contre  le  pouvoir  temporel  ou  les  prétentions  de  pou* 
voir  temporel  du  clergé  catholique.  Les  meilleures  institutions,  et 
sous  le  rapport  historique  celle  du  pouvoir  temporel  de  l'Eglise  est 
de  ce  nombre ,  ont  ainsi  leurs  époques  néCutes  où  l'on  ne  tient  jplus 
compte  des  bienfaits  ou  des  services  du  passé ,  et  où  les  paisioiis  du 
moment  détruisent  sans  rien  ou  presque  rien  édifier  en  place.  Peut- 
être  la  ville  de  Landau,  ù  l'exemple  de  ses  soeurs  les  villes  d'Obemai» 
de  Schlestadt ,  de  Rosheim  et  de  Kaysersberg  »  serait*elle  resiée  4» 
seizième  siècle  à  la  religion  catholique  »  si  elle  n'eût  pas  eu  si  longleiups 
pour  chef  féodal  ou  engagiste  un  évéque  ? 

En  1522  la  réformation  naissante  eut.  à  Landau  deux  promoteurs 
bien4liSérents,  quoique  tous  deux  également  aaife  et  puissants.  Si 
l'un  était  prêtre,  l'autre  était  soldat ,  François  de  Sickingen  •  aussi 
terrible  à  l'orthodoxie  catholique  par  l'épée  que  Bader  par  la  parole. 
Singuliers  alliés  que  ces  deux  hommes,  l'un  aussi  brouillé  jivecil'iBoH 
pire  que  l'autre  avec  la  papauté,  et  s'attaquant  avec  Jine  mène 
ardeur ,  chacun  de  son  côté ,  avec  des  armes  différentes ,  à  l'aniorité 
temporelle  et  à  l'autorité  spirituelle..  Ce  baron  féodal  et  €e  «prêtre 
représentent  tons  deux  parfaitement  cette  alliance  des  passions  veli- 
gieuses^et  des  ambitions  terrestres  auxquelles  est  dû  le  suooès  de  la 
réformation  en  Allemagne. 

François  de  Sickingen,  4'un  des  principaux  membres  deganer» 
binât  de  Drachenfels  et  l'un  des  héritiers  des  anciens  engagistes.de 
Madenbouif; ,  était  presqu'un  eniant  de  Landau ,  et  avait ,  dès  sa  jeu- 
nesse ,  une  influence  fort  grande  en  cette  ville.  Peu  de  cbefode  parti 
résument  en  eux ,  autant  que  François  de  Sickingen ,  les  oaradènss 
et  les  abus  de  l'organisation  féodale.  On  a  de  nos  jours  encore,  en  se 
faisant  fort  innocemment  l'écho  des  vieilles  passions  catholiques  et 
protestantes  du  seizième  siècle,  beaucoup  trop  vanté  et  beaucoup 
trop  rabaissé  ce  champion  des  guerres  de  religion. 


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VILLES  LIBRES  ET  DfPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  329 

Çûadoltier  allemand  »  il  noos  apparaît  dès  sa  première  jeunesse 
comoie  ùMsai  fort  bon  marché  des  convictions  et  lenr  préféi:aQt  les 
iAtéréts.  Ifeus  le  voyons  mettre  son  épée  au  service  des  causes  les 
plus  opposées.  D'abord ,  prenant  la  défense  de  Georges  de  Rodalba 
contre  son  suzerain^  le  comte  de  Deux-Ponts ,  il  fait  la  guerre  à  ce 
dernier  en  dépit  de  l'arbitrage  du  landvogt  d'Alsace  et  des  villes  de 
Strasbourg,  de  Haguenau  et  de  Wissembourg.  Puis  avec  les  soudarts 
qu'il  a  réussi  à  grouper  autour  de  lui ,  il  se  met  au  service  de  Maxi- 
milieu  et  va  combattre  la  République  de  Venise.  Plus  ricbe  de  renom- 
mie  militaire  que  d'argent  à  la  suite  de  cette  expédition  qui  tourna 
mal  pour  les  troupes  de  l'empereur,  il  revient  à  son  cbâteau  bérédi- 
taire  de  Nannstein,  près  Landstuhl,  et  obtient  d'être  admis  à  la  solde 
de  l'archevêque  de  Mayence.  Bientôt  la  guerre  intestine  de  Worms 
lui  otBrant  l'occasion  de  prendre  les  armes  pour  son  propre  compte , 
il  se  déclara  le  champion  du  parti  vaincu  à  Worms ,  parti  dont  les 
principaux  membres  s'étaient,  en  1515 ,  réfugiés  à  Landau,  (i)  Frantz 
de  Sickingen  marche  contre  Worms  et  essaye  de  prendre  cette  ville 
par  un  coup  de  main ,  mais  la  surprise  n'ayant  pas  réussi ,  et  ayant 
été  obligé  d'investir  la  ville  régulièrement,  il  ne  tarde  pas  à  se 
trouver  réduit  è  lever  le  siège  devant  les  forces  qu'amène  l'unter- 
landvogt  d'Alsace.  Cet  éthec,  précurseur  de  celui  qu'il  devait  quel- 
ques années  plus  tard  rencontrer  devant  Trêves ,  ne  le  décourage 
pas.  Le  voili  qui  prend  bit  et  cause  pour  le  comte  de  Hoh-Géroldseck 
contre  le  duc  Antoine  de  Lorraine ,  mais  le  duc  le  désarme  en  lui 
faisant  payer  quelques  centaines  de  florins.  Notre  audacieux  aven- 
turier passe  alors  successivement  aux  services  opposés  du  roi  de 
France  et  de  l'empereur  Charles-Quint ,  se  vendant  ou  plutôt  se  louant 
au  plus  offrant  avec  sa  bande  de  plus  en  plus  nombreuse.  Tout-à-coup 
l'aurore  des  guerres  de  religion  se  lève  sur  l'Europe  centrale ,  et 
Sickrogen  n'a  garde  de  laisser  échapper  l'occasion  de  jouer  un  rôle 
important  en  Allemagne.  En  se  rangeant  du  côté  des  partisans  de  la 
réforme  naissante  était-il  mû  par  un  sentiment  religieux?  D'après  ce 
que  l'histoire  nous  montre  du  caractère  de  ce  soldat  mercenaire,  il  est 
permis  d'en  douter,  et  l'on  ne  saurait  s'étonner  si  François  de 
Sickingen  embrassa  la  cause  de  la  réforme  plutôt  par  ambition  poli* 
tique  que  par  dévouement  d'apôtre. 

(')  Archives  do  sénat  de  Landau ,  le  vendredi  aprèe  la  Saira-Ofiw  1513. 


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550  REVUE  D'ALSACE. 

C'est  à  Landau  que  François  de  Sickingen  forma  ou  inaugura  la 
première  ligue  prolestante ,  dont  après  lui  les  principaux  adhérents  du 
corps  de  la  noblesse  furent  les  sires  de  Fleckenstein  ,  de  Schwarzen- 
berg,  de  Windeck,  de  Rudesheim,  de  Venningen  et  de  Durckheim.  (<) 
Cette  ligue  ne  tarda  pas  à  le  mettre  à  la  tête  de  5,000  reitres  et  de 
14,000  lansquenets  avec  lesquels  il  put  d'abord  remporter  d'assez 
brillants  succès,  jusqu'à  ce  que»  repoussé  de  devant  Trêves  et  de 
devant  Lutzelstein  d'Alsace ,  abandonné  par  une  partie  de  son  armée 
et  assiégé  à  son  tour  dans  son  château  de  Landstuh|  par  l'électeur 
palatin  »  l'archevêque  de  Trêves  et  le  landgrave  de  Hesse  »  il  tomba 
frappé  d'un  boulet  en  défendant ,  quoique  malade ,  la  brèche  de 
Nannstein,  le  7  mai  1525,  sans  qu'il  ait  été  possible  de  déterminer  si 
dans  ses  derniers  instants  il  témoigna  des  sentiments  de  retour  à  la 
foi  catholique  ou  d'adhésion  à  la  foi  protestante. 

L.  Levrault. 
(La  suite  à  la  prochaine  livraison). 


(')  BmNBAUM ,  p.  181  ,  et  dans  Mûngh  ,  tome  n  ,  p.  188 ,  l*acte  d*alliaace  dit 
li^  de  Landau, 


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LBS  FOUILLES  DES  TUMULl  D'ENSISHEIH. 


En  parcourant  la  plaine  de  l'Alsace,  l'observatear  atteniif  est 
frappé  do  nombre  de  petits  monticules  qui  s'y  rencontrent  ;  on  les 
voit  isolés  près  de  SouUz ,  à  Uffboitz ,  à  Bergboltz  et  à  Issenbeim  ; 
agglomérés  dans  la  forêt  d'Ensisbeim ,  près  de  Wittenbeim  et  de 
Battenbeim  ;  que  signifient-elles  ces  éminences?  quelle  était  leur  des- 
tination ?  étaient-ce  des  points  fortifiés  ?  ou  bien  sqnt-ce  là  des  tom- 
beaux romains»  ou  des  sépultures  germaines  comme  l'insinue  le 
savant  Schœpflin.  (i) 

Pour  répondre  catégoriquement  à  cette  question  ou  a  fouillé  les 
tumoli  (car  c'est  ainsi  qu'on  désigne  ces  éminences)»  on  a  renversé 
ces  tertres  »  et  des  résultats  divers  ont  été  obtenus  ;  à  Schlestadt ,  à 
Heidolsheim  et  à  Brumath  on  a  découvert  des  tombeaux;  on  a 
'  trouvé  dans  ces  buttes  des  squelettes  »  on  a  déterré  des  bracelets , 
des  anneaux  en  or  et  en  bronze  »  des  objets  en  ivoire  ;  à  Brumath 
même  »  M.  de  Ring  a  trouvé  le  couteau  sacré  du  druide  avec  un  kelt 
en  bronze.  (^) 

Nous  aussi  »  nous  avons  fait  des  recherches  et  nous  ayons  obtenu 
des  résultats  divers.  Le  monticule  de  Soultz  »  que  Schœpflin  considé- 
rait comme  un  tumulus  dû  aux  Vandales ,  me  renferme  autre  chose 
que  les  ruines  d'un  château  fort  ;  (')  là  était  peut-être  le  burg  d'AIsch- 
vriller.  Un  monticule  pareil  se  voit  à  Bergboltz  près  de  la  tuilerie  »  et 
cache  dans  son  sein  les  restes  du  château  des  nobles  de  ce  village;  (*) 
à  Issenbeim  le  même  fait  se  répète  :  là  aussi  existe  une  butte  où  s'éle- 

(*)  Alioee  illuttréej  par  Schœpflin-Ravenèz  ,  article  tnmuli. 

(')  BuUeHn  de  la  société  pwr  la  eomervation  dei  monuments  historiques 
d'Alsace ,  2«  livraison ,  tome  ii ,  p.  93. 

(')  Voyez  la  Bmme  d'Alsace  de  1858 ,  numéro  da  mois  de  mars»  page  157. 

(')  Ce  cbàteaiii  dont  il  restait  encore  une  tour  carrée  du  temps  de  Schœpflin  , 
était  l'œuvre  de  la  famiUle  noble  de  Bergholtz ,  dont  U  est  souvent  quesUon  au 
treizième  siècle. 


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352  REVUE  D'ALSACE. 

vaît  le  cbâleaa  d'Ostein.  (<)  Nous  pourrions  maltiplier  les  ciiations 
mais  celles-ci  sont  suflBsanles. 

Notre  opinion  maintenant  est  formée.  Nous  croyons  que  les  mon- 
ticules isolés  renferment  des  raines  semblables  à  celles  trouvées  dans 
la  butte  de  Saint-Georges,  mais  nous  pensons  qu'il  y  a  des  tombeaux 
là  où  il  y  a  une  agglomération  de  tertres  ;  nous  faisons  cependant  une 
réserve  :  un  cas  particulier  peut  se  présenter  ;  d'un  groupe  de  tumuli 
il  peut  n'en  rester  qu'un  ou  deux,  les  antres  ayant  été  nivelés  par  le 
Soc  de  la  charrue ,  comme  cela  se  voit  près  de  Réguisheim  et  au 
Westenfeld  à  Ensisheim.  (*) 

Ces  considérations  posées ,  abordons  notre  sujet. 

La  forêt  communale  d'Ensisheim ,  (')  appelée  VAUmend,  renferme 
une  vingtaine  de  tertres  ;  nous  en  avons  fouillé  plusieurs  «  et  nous  y 
avons  trouvé  tout  ce  qui  caractérise  les  tombes  celtiques  :  des  char* 
tN)ns  provenant  du  sacrifice,  des  squelettes ,  des  vases  cinéraires ,  (^) 
des  colliers  en  bronze ,  des  fibules  en  ambre ,  des  coulants  en  ivoipe« 
mais  pas  d'armes;  là  étaient  inhumés  non  des  guerriers ,  mais  de 
|]fd8lbles  G^es-laboureurs  provenant  de  la  population  primitive  dé 
l'Alsace. 

Les  ouvriers  que  nous  employions,  et  qui  croyaiem  que  nous  étions 
à  la  recherche  de  quelque  trésor,  étaient  saisis  d'une  sainte  liorreur 
à  l'aspect  4é ces  vases  qui  renfermaient  des  os  d'hommes  et  d'animaux, 
et  à  la  vue  de  ces  squelettes  confiés  à  la  terre  il  y  a  peut-être  déni 
mille  ans. 

Jules-César  raconte  dans  ses  commentaires ,  que  dans  les  temps 
antérieurs  à  son  arrivée  en  Gaule  et  quand  un  chef  de  tribu  mourait, 
m 

(')  Le  village  (fOstein  n'existe  plus  ;  il  était  situé  à  l'Est  d'Kssenheim.  On  a 
déooQVert  snr  cet  emplacement  beaucoup  de  cercaells  en  pierre  qui  servent  main- 
tenant â'abrenvdrs. 

(*)  Les  deux  buttes  de  Réguisheim  se  trouvent  vers  la  fofèt  du  Rothlenblé , 
près  du  Scfawitzerstrœslé ,  l'ancienne  voie  romaine  qui  passait  par  les  maisons  du 
péage  d'Ensisheim ,  et  qui  se  dirigeait  par  ie.Heidenwincliel  de  Battenbeim  sur 
Urnnci  (Ulzaoh). 

(')  La  ville  d'Ensisheim  porte  un  nom  celtique  ;  au  huitième  siècle ,  époque  où 
Enaisbflim  Qgurepour  la  première  fois,  on  écrivit  Enghèsehaim ,  ce  qui  vaut  dire 
en  celtique  Wohnttm,  endroit  habité.  (Sghccpfun  ,  tom.  iv ,  p.  165 ,  et  Mome  , 
CêUitehe  Forsehungm), 

(*)  M.  de  Ring  a  emporté  une  vingtaine  de  ces  unies  i  dont  dei^x  sont  à  i 


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LES  FOUILLES  DES  TUMULI  D'ENSISHEIM.  335 

on  brûlait  sa  femme,  ses  esclaves ,  son  cheval  et  son  chien  ;  les  osse- 
ments provenant  de  ce  sacrifice  étaient  alors  renfermés  dans  des 
âmes  qu'on  déposait  près  da  mort. 

Noos  avons  été  à  même  de  vérifier  ce  fait.  Dans  la  tombe  N<»  3  nous 
rencontrâmes  un  squelette  d'homme  entre  deux  couches  de  charbon; 
autour  de  la  tète  »  formant  comme  une  auréole ,  se  trouvaient  trois 
vases  hermétiquement  fermés  qui  renfermaient  des  os  d'hommes  et 
d'animaux;  il  était  facile  de  distinguer  sur  ces  os,  les  effets  de  la 
combustion.  Un  quatrième  vase  déposé  à  la  droite  du  cadavre  avait 
renfermé  assurément  le  dernier  repas  du  trépassé,  (t) 

Une  question  maintenant  :  à  quelle  époque  remontent  ces  sépul- 
tures? sont-elles  celtiques,  romaines,  gallo-romaines  ou  mérovin- 
giennes? 

Les  Romains  brûlaient  le  cadavre ,  car  ils  avaient  horreur  des  vers 
et  de  la  putréftction  ;  cette  société  délicate  tenait  à  une  longue  durée 
matérielle  et  elle  demandait  au  feu  de  purifier  les  restes  de  l'homme, 
afin  de  conserver  plus  longtemps  ces  restes;  les  cendres  étaient  dé- 
posées dans  des  urnes ,  les  unes  en  plomp ,  les  autres  en  verre ,  et 
d'autres  enfin  en  terre  de  toute  forme  et  de  toute  couleur.  (^  Les 
tnmuli  où  l'on  trouve  des  squelettes  ne  sont  donc  pas  des  tombeaux 
romains.  Ils  ne  datent  pas  non  plus  de  l'époque  mérovingienne.  En 
tWdi ,  chez  le  Franc ,  le  corps  est  rendu  à  la  terre ,  le  cadavre ,  après 
avoir  séjourné  quelque  temps  sur  le  sol ,  est  déposé  dans  un  coffire 
de  bois  ou  dans  un  cercueil  de  pierre ,  puis  descendu  dans  une  fosse. 
Ce  squelette  est  confié  à  la  terre ,  couvert  de  ses  plus  beaux  vête- 
ments et  paré  de  son  plus  riche  butin ,  et ,  comme  derniers  témoins 
de  cette  coutume  disparue ,  nous  trouvons  autour  du  mort  la  lance , 
la  hache ,  le  sabre ,  le  poignard  et  le  casque  en  fer.  Dans  ces  tombes 
aussi ,  l'on  trouve  les  indices  du  christianisme  et  souvent  le  mono- 
gramme du  Christ. 

Dans  les  tombes  celtiques ,  dans  les  tombes  gauloises ,  dans  les 
collines  funèbres  appelées  tumuli ,  on  voit  peu  de  fer ,  mais  du  bronze, 

(*)  M.  de  Ring  fournira  un  rapport  détaillé  quant  à  ce  qui  concerne  les  objets 
trouvés  :  chose  curieuse ,  pas  une  seule  médaille ,  pas  une  seule  arme  n'a  été 
ooDStatée  ;  la  forme  grossière  des  vases  funèbres  et  Tabsenoe  de  toute  arme  iadlque 
un  peuple  ignorant  et  primitif. 

(*)  Fm  Normandie  touterraine ,  par  Tabbé  Cochet,  page  16. 


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334  REVUE  D'ALSACE. 

des  poteries  grossières ,  des  hachettes  en  silex ,  des  armatures  de 
flèches  en  os  ;  là ,  les  squelettes  formant  souvent  une  ronde  de  dan- 
seurs, sont  couchés  sur  le  charbon  provenant  du  sacrifice.  Voici, 
d'après  M.  de  Ring ,  comment  se  pratiquait  à  cette  époque  l'inha- 
mation. 

Le  druide  avec  la  baifbette  traçait  le  cercle  sacré,  qui  représentait 
la  divinité,  géométriquement  parlant,  vu  que  le  cercle  n'a  ni  com- 
mencement ni  fin.  Le  terrain  était  purifié  par  le  feu  0)  et  les  cendres 
provenant  du  sacrifice  répandues  par  terre  ;  puis  on  couchait  les 
morts  dessus ,  ensuite  on  élevait  le  tertre.  Chaque  habitant  de  la 
bourgade  apportait  un  mouchoir  ou  un  vase  plein  de  terre  pour  for- 
mer cette  élévation  ;  or  ne  voyons-nous  pas  encore  de  nos  jours  le 
prêtre  jeter  la  première  pelletée  de  terre  sur  le  cadavre .  et  ce  au  nom 
de  la  communauté ,  et  n'élevons-nous  pas  aussi  une  éminence  sur  la 
fosse  sépulcrale.  Hais,  dira-t-on,  ces  tumuli  ne  sont  pas  si  an- 
ciens qu'on  veut  bien  le  dire  !  Ils  ne  sont  pas  romains  «  cela  est 
vrai ,  ils  ne  sont  pas  mérovingiens ,  cela  est  vrai  encore ,  mais  proba- 
blement  ils  datent  de  l'époque  gallo-romaine. 

Voici  notre  réponse  :  ces  tombes  ne  sont  d'abord  pas  chrétiennes  ;  (^) 
elles  appartiennent  aux  habitants  primitifs  du  pays  ;  nous  accordons 
qu'à  l'époque  gallo-romaine  et  plus  tard  même ,  les  gentils  avaient 
conservé  l'habitude  d'enterrer  les  morts  dans  des  tertres ,  et  ce  qui 
le  prouve ,  c'est  la  citation  suivante  empruntée  à  un  des  capitulaires 
de  Cbarlemagnê  où  cet  empereur  défend  d'enterrer  les  Saxons  chré- 
tiens dans  les  tumuli ,  suivant  l'ancienne  coutume  tu  corpora  chrii^ 
tianorum  êoxonum  ad  cœmeterïa  eccleriœ  deferantur  et  non  ad  tumulos 
paganorum.  Dos  ist  wortUch  Heidengrâber,  (S) 

Car  l'habitude  chez  un  peuple  est  invétérée,  et  lorsqu'il  était  chris- 
tianisé il  conservait  encore  des  coutumes  païennes.  Témoin  Grégoire 
de  Tours  qui  nous  apprend  qu'on  couvrit  de  gazon  le  corps  de  Tévêque 
d'Avemum  (Clermont)  en  554  ;  quelque  fois  aussi  on  couvrait  le  mort 
de  gazon  dans  son  cercueil,  et  on  le  portait  ainsi  dans  la  tombe; 
aujourd'hui  encore ,  on  pourrait  conseiller  fortement  aux  chrétiens 

(*)  La  purification  par  le  feu  est  antérieure  à  la  purification  par  Teau. 
(*)  Vber  Christengrëbem  hahen  $ich  bisjetxt  noch  keine  HUgel  findw  laum. 
thu  gemianisehe  Todienlager  bei  Selsen,  par  LinDensciiihdt  ,  page  50,  note  20. 
(')  MoNE  ,  UrgescMchU  dei  badiichen  Landea. 


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LES  FOUILLES  DES  TUMULl  D'ENSISHEIV.  55S 

de  notre  temps  cet  usage  des  barbares ,  car  je  oe  connais  rien  de 
plus  sinistre  ni  de  plus-douloureusement  impressionnant,  dit  l'abbé 
Cochet ,  (^)  que  le  bruit  fait  par  la  terre  'roulant  sur  un  cercueil 
sonore. 

Ainsi  le  Celte  enterrait  le  cadavre  et  élevait  le  tertre .  le  Romain  le 
brûlait  et  le  Gallo-Romain  faisait  les  deux,  et  le  Franc  isolait  le 
mort  dans  un  coffre  en  pierre  ou  en  bois.  Si  donc  Ton  trouve  dans  un 
tumulus  des  squelettes ,  des  urnes  cinéraires ,  mais  pas  de  médailles 
romaines,  peu  de  fer  et  beaucoup  de  bronze  •  Ton  peut  dire,bardiment 
que  ce  tumulus  est  celtique  ou  gallo-romain. 

Nous  avons  remarqué  que  les  tumuli  se  trouvent  de  préférence  le 
long  des  voies  romaines;  cela  s'explique.  En  arrivant  en  Alsace,  les 
Romains  devaient  faire  passer  leurs  routes  par  les  bourgades  habi- 
tées ,  de  même  que  les  Français  de  nos  jours  font  passer  leurs  routes 
en  Algérie  par  les  bourgades  arabes  ;  or ,  à  ces  bourgades  étaient 
annexés  des  cimetières  ;  l'habitation  de  l'homme  a  disparu ,  celle  du 
mort  est  restée.  (^) 

Charles  KNO^^L,  atné,  médecin-yétérinaire. 

i*)  La  Normandie  iouterraine. 

(^]  Wo  Menschm  gewesm ,  da  sind  auch  Gràber  geweien ,  hat  man  aueh  die 
Wiuur  der  Lehenden  versttfrt ,  jene  der  Todten  hlieben  m  Ruhe,  Wae  ouf  dem 
Boden  stand  iet  in  vielen  Orten  tpurlot  vertchwunden  ;  die  Fundainente  unter 
der  Erde^  die  versehUtteten  TrUmtner  und  die  Gritber  Hnd  noeh  griSixtentheiU 
g^borgen^  aber  awk  verbargen.  (Mone*,  tom.  i-,  pag.  214 ,  UrgeechiehU  des  ba- 
disehen  landes,) 


BIBLI06RÂPHIE. 


Gedichte  vonF.  k  JAakcker  ,  etc.—  Poésies  de  F.  A.  M^rcker.  Seconde 
édition ,  très-augment^e ,  2  vol.  —  Berlin  ,  1858. 

Les  sentiments  qui  nous  unissent  aux  auteurs  entrent  si  souvent  dans  nos 
appréciations  de  leurs  œuvres  qu'on  peut  les  avouer,  les  professer  bien  ouver- 
tement. Je  professe  les  miens  pour  le  poète  que  je  signale  aux  lecteurs  de  la 
Rem^,  Et  ces  sentiments  sont  vifs  ;  les  hommes  de  beaucoup  d'esprit  et  d'une 
grande  instruction  n'en  inspirent  pas  d'autres.  Ce  ne  sont  pourtant  pas  des 
assertions  qui  me  font  parler  de  ces  deux  volumes  ;  ce  sont  des  raisons  :  ils 
sont  beaux ,  ils  sont  peu  connus  en  France  et  peuvent  y  être  très-utiles.  Enfin 


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536  BBTDB  D*AL8ÀCB. 

'ûs  ont  un  cachet  spécial  qni  me  sédnit  et  qui  me  semble  excuser  le  phUosophe 
de  parler  d'un  poète  :  ils  sont  très-philosopbiqiies.  Us  viendraleiit  prouver , 
au  oesoin ,  que  si  la  religion  et  la  poésie  sont  sœurs ,  la  philosophie  est  leur 
très-proche  parente. 

Yoici  la  preuve  qu'ils  en  fourniraient  au  besoin. 

Je  traduis  Ultéralement  la  petite  composition  intitulée  :  L'Homme. 

t  Que  la  plus  haute  parure  de  l'homme  soit  la  liberté.  Que ,  libre  it  élève, 
sa  tête  jusques  aux  étoiles.  Qu'il  marche  le  frost  haut ,  le  roi  de  la  teire.  Car 
lui^  seul  devine ,  sent  celui  qui  l'a  créé ,  qui  a  marqué  les  routes  à  l'armée 
des  sphères.  Peuples ,  élevez  vos  regards  vers  celui  dont  l'amour  appela  des 
mfllions  de  créatures  dans  l'univers  étoile  ;  vers  celui  qui ,  de  génération  en 
génération ,  règne  sur  l'homme,  en  père. 

c  C'est  à  son  image  qu'il  créa  l'homme.  Que  l'homme  vive  donc ,  diene 
fils  de  son  père ,  créant ,  vivifiant ,  sans  cesse  agissant  et  sans  lassitude , 
libre  et  fort ,  image  sur  la  terre  de  l'Etemel  dans  les  cieux.  > 

Voilà  ie  crois  l'origine  de  l'bomme ,  la  mission  de  l'homme ,  la  liberté 
morale  de  l'homme ,  c'est-à-dire  l'élévation  de  son  esipnt  dans  la  hidde  ré- 
gion des  étoiles,  bien  formulées,  ou,  comme  disent  les  poètes ,  bien  chantées. 

Je  n'ai  pas  eu  la  prétention  de  reproduire  le  rythme  du  vers ,  la  beauté  du 
style  :  j'ai  eu  le  simple  désir  de  rendre  des  idées  que  je  trouve  bdles ,  parce 
qu'elles  sont  vraies  et  suj^mes. 

Après  l'homme  religieux  et  sa  mission ,  vient  l'homme  politique  et  sa  mis- 
sion. Ici  le  poète  ne  chante  pas  seulement,  il  enseigne.  Son  chant  est  iotimM  : 
Ma  Patrie.  Sa  patrie ,  il  ne  la  veut  pas  plus  grande  qu'elle  n'est ,  il  la  de- 
mande plus  vivante  ;  il  veut  qu'elle  soit  elle-même  et  à  elle  seule.  On  n'a  pas 
{>lus  raison  et  on  if  est  pas  plus  fort.  Et  tous  les  grands  sujets ,  M.  Maercker 
es  traite  de  même.  A  cette  hauteur  la  poésie  est  réellement  la  sœur  de  la 
religion  et  de  la  philosophie ,  si  différente ,  si  parée  et  si  periée  que  soit  sa 
toilette.  Elle  ne  devrait  jamais  oublier  cette  parenté  auguste ,  fors  même 
qu'elle  remplit  sa  mission  spéciale. 

Car  elle  a  la  sienne.  Si  la  philosophie  a  celle  d'expliquer  la  vie,  la  religion 
celle  de  la  consoler  et  de  la  sanctifier ,  la  poésie  a  celle  de  la  pmdre  et  de 
la  chanter. 

Nos  deux  volumes  n'y  manquent  pas.  Ils  pelraeni  et  diantent  quelques  uns 
des  plus  grands  et  des  plus  beaux  moments  du  drame  d'une  vie  bûmaîne. 
J'entends  une  vie  de  Berlin ,  une  vie  où  les  idées  figurent  largement  à  cêté 
des  aJBTections.  La  jeunesse ,  le  sentiment  (Virginie  et  Marie),  la  maison  ou 
le  foyer ,  la  patrie  :  tels  sont  les  sujets  principaux  qu'aborde  le  poète.  Mais , 
on  le  pense  bien ,  les  élégies ,  les  sonnets ,  les  épigrammes ,  les  idylles ,  les 
xénies  et  les  dédicaces  ne  manquent  pas  dans  ce  recueil ,  et  M.  Msercker 
verse  sur  la  variété  des  situations  de  la  vie  toute  la  richesse  d'idées  d'bn 
esprit  très-cultivé.  Son  langase  nourri  des  meilleurs  modèles  et  inspiré, 
porté  par  l'étude  des  chef»-a'œuvre  de  l'âge  moderne  comme  de  ceux  de 
l'antiquité ,  est  singidièrement  propre  à  plaire ,  ce  nous  semble ,  dans  un 
pays  qui  a  toqours  aimé  la  poésie.  J'entends  l'Alsace ,  qui  aime  tovyours 
encore ,  et  beaucoup ,  une  langue  qui ,  pour  n'être  plus  cette  de  ses  àteo- 
tions  politiques ,  est  tot^ours  celle  qu'il  a  parlé  autrefois  avee  amour ,  qu'il 

|u'il  apprendra  désormais  avec 

â'our  où  elle  ne  sera  plus  la 
!e  voisins  conduits  par  des 
écrivains  noblement  inspirés ,  très-lettrés ,  grands  savants ,  éminents  philo- 
sophes. 

Matter. 


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MOUVEMENT  ET  TRAVAIL. 


Dès  qoe  nous  élevons  nos  esprits  vers  Tautear  de  la  splendide  et 
merveilleuse  création  qui  nous  entoure ,  nous  nous  le  représentons , 
placé  au  sein  de  deux  immensités  »  infinies  comme  lui  ;  l'une ,  est  la 
série  des  siècles  s'écoulant  les  uns  à  la  suite  des  autres  pour  aller  se 
perdre  dans  Tablme  de  Tétemité ,  sans  origine  ni  fin  ;  l'autre ,  est 
rincommensurable  succession  des  espaces  «  qui ,  incessamment  fran- 
chie >'dans  une  même  direction ,  par  Talle  de  la  pensée ,  ne  lui  pré- 
senterait jamais  un  seul  point  de  repos,  et  lui  offrirait  toujours  et 
toujours  de  nouveaux  vides  à  parcourir ,  des  vides  sans  rives  et  sans 
bornes  ! 

Au  sein  de  ces  deux  infinis  de  l'espace  et  du  temps ,  Dieu  créa  les 
globes  lumineux  qu'il  y  dispersa  de  toute  part  dans  un  ordre  immuable, 
et  auxquels  il  imposa  les  lois  d'un  immense  mouvement  ;  et  par  ce 
travail  éternel  des  globes  célestes ,  il  maintient  l'harmonie  instituée 
comme  base  de  son  œuvre  adorable  et  puissante  ! 

Parmi  les  mondes  tombés  de  la  main  de  Dieu ,  il  en  est  un  dont  la 
tâche  est  de  se  mouvoir  autour  de  son  brillant  soleil ,  dans  une  partie 
restreinte  de  l'étendue  infinie  ;  et  «  de  sa  surface ,  nous  contemplons 
avec  jidmiration  ,  le  splendide  firmament  que  forment  autour  de  lui 
les  astres  étincelants  de  lumière ,  jetés  dans  cette  étroite  portion  de 
l'immensité:  et  de  même  qu'autour  de  lui  tout  est  mouvement  et 
harmonie  céleste ,  de  même  en  lui  et  sur  lui ,  tout  est  harmonie  et 
travail. 

Embrasé  d'abord  d'une  chaleur  ardente,  il  n'était  •  dans  l'origine , 
qu'une  masse  incaudescente  et  liquide ,  entourée  d'une  atmosphère 
lourde,  épaisse  et  obscure.  Livré  au  travail  qui  résultait  de  sa  propre 
nature ,  il  se  modifia  à  mesure  que  les  siècles  s'accumulaient  dans  sa 

0*  Année.  2^2 


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338  BKVUB  D'àLSACB. 

dorée.  Il  vint  un  jour  où  il  put  envelopper  sa  surface  d'une  eoucbe 
solidifiée,  et  où  les  eaux  »  jusqu'alors  suspendues  dans  les  airs  à  l'état 
de  vapeurs,  purent  se  liquifier  à  leur  tour  et  se  répandre  de  toute 
part  sur  cette  surface  solide,  si  récente  encore»  et  vers  laquelle 
l'atmosphère  é|Airèe ,  (til4[)ide  et  transparente ,  laissait  parvenir  enfin 
les  rayons  du  soleil. 

A  partir  de  ce  moment ,  un  long  et  immense  travail  s'exécute  in- 
cessamment à  la  surface  de  la  terre ,  devenue  terne  et  opaque  :  tantôt 
les  feux  souterrains  qui  constituent  aujourd'hui  encore  sa  masse 
presqu'entière  «  s'agitent  violemment  sous  la  croûte  solide  qui  les 
entoure,  l'ébrânlent,  la  soulèvent,  la  déchirent»  et  lancent  à  travers 
«es  icl^evtttaes;»  d^énermes  amas  de  ses  matières  fluides  internes  <;  ttitôt 
ses  eamx  »  pmssanMMnt  agitées  par  ces  ébranlemeiits  formidables^, 
Aandonnent  les  lieux  où  elles  se  trouvaient  accumulées  et  s'élancent 
au  Mù ,  etttrrinaat  avec  eUes  d'innombrables  débris  qu'elles  vont 
déposer  lentement  ou  jeter  avec  violence ,  sur  les  nouvelles  contrées 
qu'elles  parcourent  ou  qu'elles  creusent  en  profonds  et  larges  bassins. 
Fréquemment  bouleversée  par  ces  grands  cataclysmes,  chaque  partie 
de  la  surfiice  de  ta  terre  subit  alternativement  l'action  des  feux  inté- 
rienn  et  ceHe  des  eaux  non  moins  puissantes  :  les  continents  s'y 
transformaient  en  vastes  mers  et  du  sein  des  mers  surgissaient  deb 
eontinenls  tfouveauxv  <ik  ne  formèrent ,  dans  la  sdite  des  temps ,  ces 
ebatnes  ûolcfssales  dont  nous  voyons  les  cimes  orgueilleuses  et  sadi- 
vages  s'élever  jusqu'aux  nues  ^  et  ces  océans  immenses  qui  embrassent 
de  Ieu#8  •étreinies  agitées  et  mugissantes,  les  flancs  des  terres 
modernes. 

Tmidis  que  ee  grand  travail  s'exécutait  dans  la  nature  terrestre , 
«He  s'animait  |^ar  la  présence  d'dtres  vivants  dont  les  races  apparais- 
aaient  et  di^araissaieM  tour-'à-toor ,  par  la  volonté  puissante  du 
Oétfteur.  Dès  que  les  eaux ,  devenues  tièdes  enfin ,  purent  tolérer  la 
lAe  dans  leur  sein ,  il  les  fNfn(rfa  d'animaux  marins  ;  dès  que  les  terres 
Airent  suflkamment  consolidées,  il  les  couvrit  d'une  végétatien  luxu- 
riante $  dès  que  les  airs  fnroit  épurés ,  il  répandit  à  profusien  la  ifc 
sur  le  globe,  par  des  myriades  d'insectes ,  de  quadrupèdes  et  d'oi- 
seain. 

fin  passant  par  tous  ces  grands  phénomènes  du  travail  el  de  la  vie, 
la  terre  est  devenue  ce  qu'elle  est  aujourd'hui ,  et  propre ,  enfin ,  à 
servir  de  séjour  à  Thomme ,  réservé  par  Dieu  pour  être  le  dernier 


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MOUVEMfilfr  ET  TRAVAIL.  359 

preduk  de  cMe  vaace  création  tarresire  dont  il  vonlait  le  rendre 
maiire  et  souverain» 

Mais  le  globe ,  tel  qu'H  est  de  nos  joars,  n'est  pas  entré  en  repos  ! 
Ne  nous  montre-t-il  pas  encore  en  tons  Uenx ,  dans  sa  matière  inerte» 
le  travail  continuel  auquel  il  est  soumis,  et  que  Tair,  la  terre  et  l'eau 
subissent  ou  exécutent  incessamment?  La  terre,  ne  la  voyons-nous 
pas  s'ébranler  sous  le  choc  de  ses  fluides  intérieurs,  se  soulever, 
s'affisiisser ,  déchirer  ses  entrailles ,  briser  ses  rivages .  entr'ouvrir  les 
cratères  de  ses  volcans ,  et  lancer  jusqu'au  ciel  les  nuages  de  fumées 
et  de  cendres  qui  obscurcissent  des  contrées  entières ,  ou  épancher 
les  larges  flots  de  ses  laves  brûlantes  ? 

Si  les  agitations  subies  par  les  continents  actuels,  pour  les  étendre, 
les  restreindre  ou  les  modifier,  ne  sont  plus  que  locales  et  acciden» 
telles ,  il  n'en  est  pas  de  même  de  celles  qui  mettent  sans  cesse  en 
mouvement  cette  immense  quantité  de  substances  gaseuses»  dont  le 
l^be  est  entouré  comme  d'un  voile  limpide  et  transparent.  Là  le 
repos  n'existe  jamais,  et  les  mouvements  se  succèdent  sans  interrup- 
tion :  tantôt ,  faibles  et  doux ,  ils  produisent  ces  légers  z^birs  qui 
rafratcbissent  de  leur  haleine  et  balancent  gracieusement  dans  Içs 
airst  les  feuillages  de  nos  bois;  tantôt,  forts  et  puissants,  ils  forment 
les  veais  impétueux  dont  l'aile  rapide  emporte  sur  les  contrées  les 
plus  lointaines ,  les  flots  de  nuages  élevés  sans  cesse  du  sein  des 
mers  ;  quelque  fois  encore  ils  atteignent  le  degré  d'eflroyable  violence 
qui  se  manifeste  sur  la  terre ,  ravagée  par  la  fureur  de  ces  ouragans 
dont  l'impétuosité  ne  souffre  aucune  résistance  et  détruit  tout 
obstacle. 

Mais  en-dehors  de  ces  mouvements  généraux,  dont  la  tâche  est  de 
distribuer,  d'une  manière  plus  égale ,  la  température  aux  diverses 
régions  du  globe ,  d'y  disséminer  les  gaz  alimentaires  des  plantes  »  et 
4e  leur  envoyer  les  pluies  el  les  neiges  fécondantes,  il  en  est  d'antres 
eioore  cbarg:és  d'un  travail  plus  régulier  et  plus  constant*  Ce  sont 
les  grands  courants  atmosphériques  qui ,  dans  les  régions  équatoriales, 
viennent jidoudr  alternativement,  dans  chaque  hémisphère,  les 
ardeurs  croissantes  d'un  soleil  brûlant;  et  ces  douces  brises  dont  les 
jeox  inverses  de  jour  et  de  nuit ,  égalisent  la  température  des  rivages 
des  mers. 

Les  eaux  qui  couvrent  la  plus  grande  partie  de  la  surface  du  globe. 
ne  nous  montrent  pas,  dans  leurs  vastes  seins,  moins  de  mouvement 


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iiO  lUSVtJE  D*AL8AGE. 

et  d'action.  Nous  y  découvrons  avec  admiration  des  courants  puis- 
sants ,  agitant  d'une  manière  régulière ,  l'immense  masse  liquide  jns^ 
qu'au  fond  de  ses  gouflï*es  les  plus  profonds.  Nous  y  voyons  aussi , 
sous  l'influence  des  deux  grands  astres  qui  nous  éclairent ,  les  flots 
se  soulever  et  s'abaisser  alternativement  dans  une  admirable  hâr- 
monie,  et,  deux  fois  par  Jour  »  se  précipiter  en  mugissant  sur.  les 
rivages  qu'ils  assaillent  et  franchissent  »  et  deux  fois  encore  entraîner, 
en  fuyant  ces  rivages ,  les  nombreux  débris  qui  s'y  sont  accumulés. 

En  sus  de  ce  travail  des  eaux ,  dont  l'objet  est  de  régulariser  la 
température  des  mers  et  de  maintenir  la  pureté  de  leur  constitution, 
il  en  est  un  autre  »  plus  remarquable  même ,  qu'elles  exécutent  avec 
une  harmonie  si  parfaite,  qu'un  savant  étranger  voulait  considérer  le 
globe  comme  un  grand  être  animé  dont  le  mouvement  de  l'eau  serait 
la  vivifiante  circulation. 

Sur  toute  l'immensité  de  la  plaine  liquide  s'élèvent  les  vapeurs 
légères  qu'aspire  la  bienfaisante  chaleur  du  soleil  ;  mêlées  à  Tair , 
dont  elles  augmentent  d'abord  la  limpide  transparence ,  elles  se  ré- 
pandent avec  lui  sur  toute  la  surface  du  globe,  pour  y  porter  la  fraî- 
cheur et  les  douces  rosées  qui  raniment  les  plantes  altérées  ;  ou  bien 
encore,  rapprochées,  obscurcies,  elles  se  rassemblent  en  masses 
nuageuses  dont  les  formes  mobiles  et  changeantes  obéissent  à  tous 
les  caprices  des  vents ,  et  s'élancent  avec  eux,  en  quelques  heures , 
jusqu'au  centre  des  plus  vastes  continents.  Là ,  elles  s'alourdissent , 
davantage,  s'abaissent,  et  bientôt  se  résolvent  en  pluies  ou  en  neiges, 
fertilisant  ainsi  les  terres  qu'elles  impreignent  des  principes  alimen- 
taires des  plantes.  Ailleurs  encore ,  elles  vont  s'accumuler  en  neiges 
éternelles  sur  les  cimes  glacées  des  grandes  chaînes  dont  le  front 
audacieux  s'élève  jusqu'aux  régions  de  ces  nuages  qui  viennent  leur 
former  une  majestueuse  mais  fragile  couronne.  * 

Amenées  ainsi  sur  les  continents,  les  eaux  y  produisent  les  sources 
limpides  d'où  jaillissent  les  nombreux  ruisseaux  qui  sillonnent  les 
terres ,  en  y  répandant  de  toute  part  la  grâce ,  la  fertilité  et  la  vie , 
et ,  bientôt  réuuis  en  rivières ,  vont  se  rassembler  au  fond  des  grands 
bassins  que  parcourent  de  leurs  flots  rapides  les  fleuves  aux  larges 
bords  ;  ceux-ci  enfin  vont  se  précipiter  et  se  perdre  dans  les  abîmes 
des  mers.  Ce  puissant  travail  des  eaux  et  des  vapeurs,  établit  l'admi- 
rable harmonie  du  niveau  général  des  océans ,  et  donne  aux  diverses 
contrées  du  globe ,  la  vie ,  la  force  et  la  beauté.  —  En  eflet ,  c'est 


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MOUVEMENT  ET  TRAVAIL.  541 

SOUS  son  influence  que  croisseni  et  se  uiuliiplient  ces  plantes  innom- 
brables qui  couvrent  la  surface. de  la  terre,  et  forment:  là,  les 
immenses  savanes  que  peuplent  les  hantes  herbes;  ailleurs»  les  vastes 
forêts ,  sombres  asiles  de  la  solitude ,  dont  les  plus  anciennes  pro- 
tègent un  sol  vierge  encore;  et,  sur  nos  plaines  fertiles,  les  riches 
moissons ,  les  prairies  émaillées  de  fleurs ,  et  les  bois  pleins  de  fraî- 
cheur et  de  silence. 

Cette  végétation  puissante  devient  le  principe  et  le  moyen  d'exis- 
tence de  la  multitude  d'êtres  vivants  auxquels  le  Créateur  a  accordé 
le  don  précieux  de  parcourir  l'espace  à  volonté .  et  celui,  bien  plus 
précieux  encore ,  de  sentir  et  d'aimer. 

Quelque  part  que  nous»portions  nos  regards  vers  la  terre ,  nous  la 
voyons  peuplée  d'une  foule  immense  d'animaux  qui  vivifient  to  sur* 
face  par  leurs  travaux ,  leurs  jeux  et  leurs  combats.  Les  profondeurs 
des  mers  nous  oflTrent  le  spectacle  non  moins  merveilleux  de  popu- 
lations infinies  sillonnant  leurs  flots.  Les  airs  eux-mêmes  étincellent 
en  tout  lieu  sous  l'aile  de  myriades  d'insectes  et  sous  les  brillantes 
couleurs  des  oiseaux  qui  les  franchissent  de  leur  vol  rapide  et  léger. 

Tous  ces  êtres  animés  que  la  main  de  Dieu  a  multipliés  avec  une 
inépuisable  profusion  ,  et  qu'il  a  appelés  à  une  agitation  incessante , 
puisent  dans  la  nature  végétale  les  éléments  nécessaires  à  leur  exis- 
tence ;  et  c'est  ici  que  se  manifeste  à  nos  esprits  ravis ,  Tune  des 
plus  belles  et  des  plus  grandes  harmonies  de  la  création.  En  effet , 
ces  éléments  que  les  animaux  reçoivent  des  plantes ,  ils  les  exhalent 
constamment  pendant  leur  vie,  et  surtout  quand  ils  tombent  dansl'appa- 
rente  immobilité  de  la  mort ,  par  la  transformation  de  leur  propre 
substance ,  en  fluides  qui  retournent  à  la  terre,  au  moyen  des  jeux  de 
l'atmosphère,  et  reviennent  ainsi  servir  d'aliments  aux  plantes  elles- 
mêmes.  C'est  par  cette  vaste  et  merveilleuse  métempsycose ,  que  les 
mêmes  éléments  passent  et  repassent  sans  cesse  dans  le  grand  cycle 
des  êtres  organisés ,  et  que  les  sujets  et  les  espèces  se  succèdent  à 
travers  les  siècles. 

Nous  venons  de  le  voir ,  la  loi  du  travail  a  été  imposée  par  la  créa- 
tion ,  à  la  nature  entière ,  pour  exécuter  les  grands  phénomènes  que 
nos  regards  émerveillés  contemplent  dans  le  ciel ,  dans  les  eaux , 
dans  les  airs ,  sur  la  terre ,  et  dans  j'incommensurable  ensemble 
d'existences  qui  produit  toutes  les  nations  vivantes  dont  la  surface 
du  globe  est  peuplée  avec  tant  de  magnificence.  Mais  combien  cette 


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34S  REVUE  D*  ALSACE. 

loi  du  travail  se  montre  à  nous  avec  des  eiiefences  plus  rigonreoses 
encore»  quand  nous  examinons  les  oondilîons  soiis  lesquelles  est 
placée  chacune  de  ces  existences  dont  nous  venons  d'évoquer  la 
pensée.  Notre  cadre  est  trop  restreint ,  pour  pouvoir  les  présenter 
en  un  tableau  complet ,  tableau  dont  les  innombrables  détails  dépas-* 
seraient  la  portée  de  nos  regards  ;  contentons-nous  d'y  choisir  seulfr- 
ment  quelques  traits  épars  dont  les  esquisses  légères  et  trèSHmpir* 
faites,  sans  doute,  pourront  cependant  faire  ressortir  la  vérité  de 
cette  grande  loi  du  travail  que  Dieu  a  imposée  à  toutes  ses  créatures* 
Un  ohéne  majestueux  et  couvert  de  ses  fruits  »  protège  un  vaste 
terrain  de  son  puissant  ombrage  :  parvenu  à  sa  maturité ,  Ton  d'entre 
eux  se  détache  et  tombe;  emporté  par  le  vent ,  entraîné  par  le  bible 
ruisseau  qui  murmure  sous  le  feuillage ,  ou  enlevé  même  par  qoel- 
Qtt'animal  insoucieux  de  l'utiliser ,  il  est  jeté  à  quelque  distance  de 
l'arbre  qui  l'a  produit  et  se  fixe  à  la  terre.  Bientôt  un  travail  plein  de 
prodiges  s'exécute  en  lui ,  et  sous  l'influence  de  la  chaleur ,  de  l'air 
et  de  l'eau ,  sa  propre  substance  se  transforme  en  une  liqueur  suave 
qui  sert  d*aliment  au  germe  imperceptible  renfermé  dans  son  sein. 
Ce  germe  se  développe  alors ,  s'étend  ,  plonge  en  terre  ses  faiblea  et 
premières  racines,  soulève  vers  l'air  une  tige  frêle  el  légère,  et 
devient  plante  à  son  tour»  Par  sa  racine ,  il  va  incessamment  puiser 
dans  le  sol ,  les  sucs  humides  qu'elle  recherche  en  s'allongeant  et  se 
contournant  pour  les  atteindre  ;  il  les  absorbe ,  les  élève  dans  sa  tjgé» 
s'en  nourrit  activement ,  s'accroît  chaque  jour ,  el  se  couvre  4e 
feuilles  et  d'un  léger  branchage.  Son  jeune  feuillage  prend  alors  part 
à  ses  travaux  :  il  fait  circuler  la  sève ,  exsude  l'excès  des  fluide 
aqueux ,  respire  et  absorbe  les  gaz  nutritifs  répandus  dans  l'atmO"» 
sphère ,  et  transforme  les  sucs  séveux  en  aliments  nouveaux»  Toutes 
les  parties  de  la  jeune  plante  travaillent  et  fonctionnent,  et  de  l'en^ 
semble  de  leurs  actions  résulte  le  merveilleux  phénomène  qui  change 
un  fruit  infime  en  un  arbre  robuste,  dont,  pendant  deuxou  troii$ 
siècles ,  la  cime  majestueuse  et  puissante  s'élèvera  dans  les  nues  9t 
osera  y  braver  la  foudre  et  les  tempêtes. 

Et  ce  que  fait  le  chêne ,  dans  son  imposante  grandeur ,  chaque 
plante ,  même  la  plus  chétive ,  l'exécute  avec  une  activité  et  une 
énergie  semblables.  Hais  ces  premiers  labeurs  de  la  plante  ne  sont 
pas  les  seuls  qu'elle  ait  àeflectuer .  et  elle  doit  encore  perpétuer  son 
espèce.  Pour  satisfaire  à  cette  obligation  nouvelle,  elle  se  couvce  de 


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MOUVEMBNT  ET  TRAVAIL.  34S^ 

fleura  aux  brillantes  couleurs ,  aux  odeurs  suaves  »  aux  formes  ^lé- 
gaBtes  ei  variées.  Ces  fleurs  reniermeot  de  gnacî^x  pnHM^es  appefé^ 
à  se  vivifier  réciproqnemeai ,  tantôt  par  leup^  propres  oiouyeaoemj^ , 
et  tantôt  par  le  secours  des  vents»  des  oiseaux  et  surtout  des  ia$|^c^ 
de  Tair  qui  ont  reçu  pour  mission  d'échanger  leurs  dou:i^  me^sige^ 
Cette  viviflcation  des  organes  internes  de  1^  fleur  produit  Ueii^  {^ 
transformation  en  un  fruit  dont  les  graines  renferment  les  gerif^^ 
dastinés  à  perpétuer  la  race,  et  si  nombreux  »  que  d'une  seul|9  pl9Q|.a 
naîtrait  en  quelques  années,  s'ils  pouvaient  tous  rencontrer  )^  cou? 
ditions  nécessaires  à  leur  développement ,  une  popuUt^n  de  SHji^ 
capable  de  couvrir  la  surface  entière  du  globe. 

Tout  merveilleux  qu'il  soit ,  ce  travail  intçri^  4es  pl^qtej^  QSt  Py^ 
inférieur  i  celui  qui  s'exécute  dans  les  anlipaux  n)é(i^le9pl^  îffNWi'- 
faits.  Pour  ceux-ci  •  il  nesuflStplus,  en  eSist»  d's^rb^  dos^&uç^ 
nourriciers,  mais  il  faut  pouvoir  lest  çlierçbpr  et  les  choisi^.  \ff\\^ 
travail  grandit  et  s'élève,  car  il  doit  produire,  non seul^ept  def^ 
mouvements  intérieurs ,  mai«  encore  des  q^vepents  extéri^r^  ^ 
propres  à  rendre  ranimai  capable  de  frapcbir  l'e^^cf»»  ^e  trouver  .^ 
aliments  ^  de  fuir  ses  ennemis. 

De  quelle  admiration  ne  sommes-nous  pas  saisis,  dans  la  cqntjÇffiit 
plation  des  nombreux  instruments  de  travaV ,  dppt  l'eaieipl^e  oqw^ttie 
yétre  complexe  doué  des  facultés  de  se  mouvoir  et  ^  s^bif*  le^.  i^n 
pressions  mystérieuses  qui  forment  les  sensations  !  Que  de  varX^ 
dans  le  nombre ,  la  disi^sjlion^t  l'arjrangement  ^  tPW  <^  org;s^^s, 
dont  chacun  exécute  son  labeur  spécial ,  ppur  concourir  a^  dével^p* 
pepent,  à  l'entretien,  à  la  vie  si  active  et  si  agitée  de  l'anUnfl  in^mq 
•le  plus  débile;  et  combien  ne  nous  apparaissent-ils  pas  pleins  4ei.  pro- 
diges ,  quand  nous  les  examinons  tels  qu'ils  se  présentant  à  pqi^  d^ 
les  animaux  supérieurs  et  surtout  dans  l'homme  ? 

Lesi  nns  composent  ces  chairâ ,  souples  et  fermes ,  agents  actifs  ^ 
mouvement,  qui  donnent  au  corps  se$  ^létgants  contpurs,  e^qim 
couvre  et  protège  une  enveloppe  mince ,  unie ,  flexible  et  susceptible 
de  mille  sensations  variées.  Les  autres ,  prodiguent  à  toutes  1^  parties 
de  l'étpe,  la  liqueur  généreuse  oq  elles- pui^nf  leurs  substances  mjir 
tritives  et  une  douce,  uniforme  et  constante  chaleur-  D'autres  ^pcore 
sont  appelés  à  servir  nos  sens  et  notre  intelligence ,  cette  sublime 
émanation  de  la  puissance  divine  !  A  ceux-ci ,  il  a  confié  Ip  pouvqir 
d'apprécier  lea  oA^qrs  1/bs  plus  siubtilesi ,  les  saveurs  les  plus  waves  ; 


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Si4  REVUE  n'ALSACK. 

les  impressions  si  multiples  et  si  profondes  des  sons ,  dont  le  choix 
et  l'arrangement  savent  exercer  sur  nous ,  avec  tant  de  charmes  » 
leurs  mélodieuses  influences  ;  et  celles  bien  plus  nombreuses  »  plus 
continues ,  plus  saisissantes',  qui  nous  dévoilent  le  magique  spectacle 
de  la  nature  entière ,  avec  toutes  ses  beautés ,  ses  richesses,  ses  mer* 
veilles,  sa  majesté  et  son  incommensurable  grandeur.  Pour  eux, 
enfin  »  il  a  conformé  un  visage  plein  de  noblesse  et  de  grâce ,  par 
l'assemblage  de  ces  traits  dont  Faction  et  le  mouvement  s'ajoutent  au 
don  précieux  de  la  voix,  en  complètent  les  effets»  et  expriment, 
avec  et  même  sans  elle ,  nos  pensées ,  nos  joies ,  nos  douleurs ,  nos 
passions ,  et,  dans  upe  certaine  limite,  nos  fiatcultés  intellectuelles  et 
nos  dispositions  morales. 

Mais  c'est  en  vain  que  l'on  tenterait,  par  de  bibles  paroles,  de 
tracer  rapidement  les  merveilles  de  cette  splendide  organisation  de 
l'homme  et  des  animaux  les  plus  parfaits!  Aussi  n'avons-nous  eu 
d'autre  espoir,  en  les  signalant,  que  de  rappeler  le  travail  actif , 
continuel  et  spécial  de  toutes  les  parties  de  notre  être ,  et  d'observer 
que  de  l'ensemble  de  ces  nombreuses  et  admirables  fonctions,  résulte 
la  vitalité  puissante  qui  est  le  principe  et  le  moteur  de  l'existence 
animée. 

II  nous  reste  à  voir  maintenant ,  de  quelle  manière  cette  vitalité  si 
active  et  si  variée  dans  ses  moyens ,  se  manifeste  en  mouvements 
extérieurs. 

Examinée  au  microscope ,  une  faible  goutte  d'eau ,  à  peine  percep- 
tible à  l'œil,  apparaît  comme  un  petit  monde  peuplé  d'animaux 
divers.  Les  uns  s'agitent  rapidement  en  tournant  sans  cesse  sur  eux* 
mêmes;  d'autres  se  meuvent  par  dés  roues  attachées  à  leurs  flancs; 
d'autres  encore  nagent  à  la  manière  des  serpents,  et  il  en  est  qui , 
insaisissables  prêtées,  changent  de  forme  à  chaque  instant  de  leur 
vie.  Quelle  agitation  et  que  de  labeurs ,  dans  tous  ces  petits  éures 
imperceptibles  qui  peuplent  les  abîmes  de  l'infinfe  petitesse  ! 

Si ,  de  la  contemplation  d'une  simple  goutte  d'eau ,  nous  passons  à 
celle  des  vastes  mers ,  nous  lés  voyons  remplies  d'une  nombreuse 
population  d'animaux  dont  l'organisation  n'est  guères  plus  complète 
que  celle  des  précédents ,  et  qui  cependant  exécutent  de  remar- 
quables travaux.  Là  se  trouvent  ces  innombrables  polypes  qui  élaborent 
et  produisent  les  éponges,  le  corail  et  les  roches  madréporiques  dont 
les  arêtes  puissantes  s'élèvent  du  fond  de  l'Océan  pacifique  pour  y 


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MOUVEMENT  ET  TRAVAIL.  34S 

lormer  des  bancs  immenses»  de  larges  écueils,  et  des  lies  nombreuses 
et  bienlèt  vivifiées  et  rendaes  florissantes  par  les  chaudes  influences 
d*an  soleil  ardent.  Là  aussi  se  rencontrent  à  profusion  cas  êtres  d'une 
organisation  plus  parfaite  déjà  »  habiles  à  se  construire  de  solides  et 
brillantes  demeures  dont  nous  admirons  les  couleurs  et  l'éclat  et 
qu'enrichit  la  matière  précieuse  de'  la  nacre  et  des  perles.  Des  my- 
riades de  poissons  illuminent  les  vagues  du  reflet  scintillant  de  leurs 
écailles  ai^entées  et  de  leurs  nageoires  d'or ,  occupés  qu'ils  sont 
constamment  à  poursuivre  leur  proie ,  se  fuir  ou  se  rechercher  les 
uns  les  autres  »  choisir  les  eaux  où  ils  doivent  déposer  les  germes  de 
leur  postérité  future ,  ou  accomplir  la  rude  tâche  de  ces  migrations 
lointaines  qui  les  amènent,  chaque  année,  des  goufiires  des  mers 
polaires,  à  des  rivages  qu'éclaire  un  ciel  plus  doux  et  où  ils  viennent 
apporter  la  richesse  de  leur  propre  substance  à  des  nations  entières. 

Le  travail  individuel  imposé  à  chacun  des  êtres  vivants ,  se  montre 
encore  plus  facilement  à  nous,  dans  l'innombrable  multitude  d'in« 
sectes  que  nos  regards  rencontrent  de  toute  part  à  la  surface  de  la 
terre  et  dans  les  airs.  Mais  chez  presque  tous,  ce  travail  se  manifeste 
déjà  sous  une  forme  nouvelle  qui  a  pour  caractère  la  prévision  néces- 
saire  au  salut  de  leur  postérité.  En  eflèt,  la  plupart  périssent  dès 
qu'ils  ont  produit  les  germes  de  leur  progéniture;  aussi  chacun  d'eux 
les  dépose-t-il ,  et  souvent  avec  d'admirables  précautions ,  sur  les 
objets  capables  de  présenter  à  sa  future  &millé,  un  séjour  et  des 
aliments  assurés.  L'un  confie  ses  œufs  à  la  fleur  qi|i  plus  tard  produira 
le  fruit  dont  ses  jeunes  descendants  devront  se  nourrir  ;  un  autre ,  à 
Yèoorce  de  l'arbre  dont  les  bourgeons  pourront  seuls ,  dans  quelques 
mois ,  leur  ofiHr  l'abri  et  la  nourriture  nécessaires  à  leurs  premiers 
jours.  La  plupart  des  insectes  sont  attachés  ainsi,  à  certaines  plantes 
spéciales  qu'ils  aiment  et  recherchent,  et,  voltigeant  sans  cesse  de 
l'un  à  l'autre  des  siyets  de  cette  espèce ,  ils  servent  à  échanger  entre 
eux  la  poussière  fécondante  qui  doit  en  vivifier  les  fleurs  et  en  per- 
pétuer la  race. 

Dans  le  feuillage  du  mûrier  s'ébat  un  papillon  dont  les  douces 
teintes  n'ont  pas  l'éclat  brillant  qui  décore  l'aile  de  la  plupart  de  ces 
gracieux  habitants  de  l'air  ;  il  dépose  ses  œufs  sur  les  branches  de 
l'arbre  qu'il  chérit ,  et  dès  que  celui-ci  se  sera  couvert  de  feuilles 
nouvelle^  et  tendres ,  de  chacun  d'eux  sortira  un  petit  être  délicat  et 
Irêle  auquel  elles  oflriront  une  pâture  abondante  et  salutaire.  Aussi 


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346  RETUB  D'ALSACE. 

se  développe-t-il  si  rapidement  dans  sa  hâtive  croissance  »  que  »  ciuatre 
fois  en  peu  de  josrs  ^  il  renouvelle  sa  légère  tunique  ;  puis  il  fisiit  suc- 
céder à  son  activité  avide»  un  travail  nouveau  :  insoucieux  d'aliments, 
il  choisit  une  branche  à  laquelle  il  attache  un  mince  fil  de  soie  qu'il 
prol(Hige  et  tisse  avec  une  infatigable  ardeur ,  jusqu'à  oe  qu'il  ait  su 
s'envelopper  entièrement  de  la  brillante  étofié  qui  le  cache  à  la  lu- 
mière. Dans  cette  chaude  et  douce  demeure ,  il  perd  le  mouvement, 
sa  souplesse  et  sa  forme  primitfve  ;  puis,  quelques  joinrs  après»  il  se 
réveille  de  ce  repos  léthargique ,  brise  son  cocon  doré  »  agite  l'air  de 
ses  jeunes  ailes ,  voltige  de  branche  en  branche ,  les  couvre  de  germes 
nouveaux  «  et ,  ce  dernier  travail  accompli ,  il  s'afibiblit  et  meurt  ! 

Kon  moins  habile  ouvrier  que  l'insecte  précieux  dont  nous  venons 
d'esquisser  les  travaux^  l'araignée  nous  fait  admirer  la  toile  légère 
qu'elle  tisse  d'un  fil  subtil  dont  chaque  brin  est  le  merveilleux  assesH 
Mage  d'une  centaine  de  filaments  réunis  avec  art.  Le  délicat  réseau 
se  brise  à  chaque  instant;  mais  le  lsdiM>rieux  insecte  ne  se  décourage 
jamais  et  reconstruit  incessamment  les  fileu  destinés  à  saisir  et  enlacer 
sa  proie. 

Cependant  »  tous  ces  labeurs  individuels  sont  bien  faibles  auprès 
des  travaux  qu'exécutent  en  commun  certains  insectes  rassemblés  en 
peuplades  nombreuses.  Aussi  ne  pouvons-nous  assez  admirer  hi  coa- 
struetion  légère^  vaste  et  solide  suspendue  par  la  guêpe  à  quelque 
branche  flexiMe  dont  l'ombre  protectrice  abrite  la  ville  aérienne  ;  et 
surtout  l'œuvre  meneeiMeuse  de  ces  abeilles  qui  s'assooieM  par  milliers 
pour  construire  leurs  ruches  et  tes  remplir  d'un  miel  succulent.  Ce 
qui  rend  la  loi  du  travail  surtout  évidente  chez  ces  laborieux  artisans, 
c^est  que  sur  un  peuple  de  MiOM  sujets,  plus  de  19,000  vivent  ubh 
quemenl  fOur  le  travail  et  ne  sont  point  admis  à  perpétuer  la  race  ; 
4  eux  seuls  revient  le  soin  de  réoolter  la  cire  et  le  miel  dans  les  prés 
et  lesbooages  voisins ,  de  bâtir  les  cellules,  et  d'élever  et  nourrir  les 
jeunes  rejetons  de  celte  nation  »  active  et  si  industrieuse.  Lesiermiles 
et  les  fourmis  nous  ofiirent  de  nouveaux  exemples  d'un  nombre  imr 
mense  de  citoyens ,  réunis  en  société ,  pour  fonder  la  cité,  la  défendre, 
l'approvisionner,  l'enrîobir,  et  y  élever  les  jeunes  générations  que 
quelques-uns  d'entre  eux  seulement  sont  destinés  à  produire. 

La  vie  des  animaux  d'organisation 'supérieure  nous  dévoile  mieux 
encore  le  spectacle  continuel  du  travail  exigé  par  te  besoin  de  s'â- 
briier ,  de  se  nourrir  et  de  pourvoir  à  l'éducation  de  la  fiindUe.  Tous, 


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MODTBMENT  CT  TRAVAIL.  347 

sans  exception ,  sont  soumis  à  ces  labeurs  ;  mais  beaucoup  se  diva- 
guent dans  la  foule  »  par  la  nature  même  de  lemrs  travaux*.  N'est*ce 
pas  ua  admirable  sujet  d'observation  •  giie  celui  d^  ç^  douioes , 
chaudes  et  légères  demeures  suspendues  au  fem'lli«e  p^r  les  oiseaux^ 
et  où  ils  couvent  leurs  œufs  avec  tant  de  zèle  et  d'amour  ?  N'est-ce 
pas  ou  touchant  spectacle  »  que  de  les  voir  suffire  ^  à  force  d'4nergie 
et  d'activité,  à  tous  les  besoios  de  leur  nombreuse  et  avide  progé- 
niture i  Enfin ,  ne  sofomes-nous  pas  ravis  d'un  étonnement  profond  t 
en  considérant  les  remarquables  travaux  des  castors ,  qui  savent»  eu 
ingémeurs  et  architectes  habiles^  protéger  par  de  larges  digues  et  di^ 
solides  barrages  les  rives  marécageuses  où  ils  coostruiaent  sur  pilotjs 
leurs  commodes  et  spacieuses  cabanes  ? 

Mais  «ne  chose  importante  et  graine  fait  mieux  encore  ressortir  la 
lui  do  travail  imposé  à  tous  les  animaux  :  c'est  le  dévouement  labo- 
oeux  manifssté  par  ceux  qui  se  sont  soumis  à  la  domination  dfi 
l'homme  et  emploient  leur  vie  à  le  servir^ 

Comment  «'adwrerions^nous  pas  avec  un  vif  sentiment  de  grati* 
tode,,  la  persévérance  et  la  ^gueur  du  bœuf,  creusant  péniblement 
les  firofonds  sillons  de  nos  guérets  ;  rintelligente  volonté  des.tiamas 
4u  Pérou  ei  de  ces  utiles  «înumx  que  le  génie  de  Buffon  osa  nommer 
les  vaisseaux  du  désert  i,  se  repliant  sur  eui:-méines  pom*  recevoir  tes 
(aideapixdont  ils  apprécient  Je  poids  avec  tant,  de  jqstesse,.  qu'ils 
rsfusent.d'en  accepter  ua  excès  qui  dépasserait  leurs  tarces;  la  docile 
et  puissante  énei^e  des  éléphants ,  A  la  taille  colossale ,  emportant 
d^im  pas  iafatig^e  les  chargea  immenaes.  des  marchandises  qu'é- 
changent entre  elles  les  cités  populeuses  de  l'Orient»  la  touchw^ 
affiicti#a  du  chien  ^  se  livrant  ponr  l'homme  aux  travaux  det  la  Kavde 
de  ses  troupeaux  ^p'fl  surveille  avec  «ne  si  remarquable  mCBUigeni^ 
et  défsnd  avec  un  si  noble  courage  »  ou  à  ceux  de  la  cbassfi  amNHels 
U  s'abandonne  avec  une  passion  si  vive  et  si  désinté^ressée  ;  euQn  )e«s 
f9i|gueuses ardeurs  du  cheval,  entfainant  dans  sa  comw rapide 4e 
fihai!  auquel  il  se  laisse  attacher ,  qu  précipiunt  jusqu'aaseio  d^ 
tumulte  des  batailles  »  à  travers  le  bruit ,  les  cris ,  le  fer  et  le  feu  »  le 
pierrier  qa'expite  au  combat  l'amour  sacré  de  la  {)atrie  ! 

Ainsi  nous  le  voyons ,  tous  les  êtres  doués  de  mouvement  subissent 
Ja  loi  immuable  du  travail ,  base  de  leur  existence  et  de  la  perpétqité 
de  leur  race;  et  parmi  eux  il  en  est  un  certain  nombre  qui  com- 
j^enneni  et  aiment  le  trawl  en  lui-ménçie ,  comtne  ils  Ja  prouveMten 


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348  REVUE  D'ALSACE. 

rexécutant  généreusement  pour  d'autres  et  sans  que  ses  résultats 
s'appliquent  à  leurs  propres  besoins. 

Après  avoir  ainsi  fixé  notre  attention ,  par  d'incomplètes  esquisses, 
sur  tout  ce  qu'il  s'effectue  d'actions  et  de  travaux  dans  la  nature  inerte 
et  dans  la  nature  vivante  et  animée  »  il  ne  nous  reste  plus  qu'à  la 
porter  sur  l'homme ,  que  Dieu  a  donné  pour  chef  à  la  création  ter- 
restre. —  Taât  que  l'homme  vit  en  faibles  peuplades ,  les  seuls  travaux 
auxquels  il  se  livre ,  sont  ceux  de  la  chasse ,  de  la  pèche,  de  la  cour 
fection  de  quelques  vêtements  et  de  la  construction  de  sa  cabane.  Et 
cependant  quelle  activité  ne  faut-il  pas  qu'il  déploie  déjà  et  que  d'ba- 
bileté  pour  la  fabrication  de  ses  filets,  de  sa  nacelle ,  de  ses  armes  et 
des  ornementa  dont  il  fait  sa  parure?  —  Isolé  au  sein  des  vastes  hori- 
zons de  l'Océan  pacifique,  le  Mélanésien,  le  plus  chétif  des  humains, 
emploie  ses  jours  à  façonner  sa  pirogue,  son  pagne,  et  les  objets 
dont  il  orne  sa  chevelure ,  ses  oreilles  et  ses  narines.  L'Esquimau  et 
le  Kamtschadale ,  situés  aux  confins  du  monde ,  dans  des  régions 
glacées,  trouvent  par  leur  industrieuse  énergie,  leurs  aliments,  leurs* 
costumes,  leurs  barques  audacieuses  et  les  matériaux  de  leurs  buttes 
et  de  leurs  foyers ,  dans  les  produits  de  la  chasse  dangereuse  qu'ils 
font  incessamment  aux  amphibies  marins  qui  habitent  seuls  avec  eux 
les  froides  et  obscures  régions  voisines  du  pôle.  L'Indien  et  le  Pata- 
gon»  dispersés  sous  des  cieux  moins  inhospitaliers,  savent  déjà  asso- 
cier le  cheval  et  le.chien  à  leurs  travaux  de  chasse ,  de  pèche  et  de 
guerre. 

Si  de  ces  peuplades  primitives,  nous  portons  nos  regards  sur  celles 
que  la  bienfaisante  influence  d'un  soleil  plus  doux  ,  une  intelligence 
plus  civilisatrice,  ou  quelqu'autre  circonstance,  rassemblent  en  hordes 
pli|s  nombreuses,  nous  les  voyons  passer  du  travail  incertain  qu'exige 
la  poursuite  des  animaux  sauvages ,  à  celui  d'en  dompter  quelques* 
uns  et  de  les  réduire  à  l'état  domestique.  Alors  se  forment  ces  peuples 
de  pasteurs  qui  vivent  du  produit  des  troupeaux  asservis  par  leurs 
soins.  —  Dans  les  froides  contrées  du  Nord ,  le  Lapon  satisfait  à  tous 
ses  besoins,  par  les  trophées  de  sa  conquête  sur  les  rennes ,  presque 
sauvages  encore,  tandis  qu'à  l'extrémité  opposée  de  la  terre,  le 
Cafre  et  le  Hottentot  savent  trouver  des  ressources  suffisantes  dans 
les  chétifs  bestiaux  qu'ils  ont  à  défendre  sans  cesse  contre  la  famine 
des  grandes  sécheresses  et  contre  les  hôtes  féroces  de  leur  aride  et 
brûlante  patrie;  et  que  l'Arabe ,  sous  le  beau  ciel  de  l'Orient,  pro- 


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MOUVEMENT  ET  TRAVAIL.  549 

mène  sa  tente  d'oasis  en  oasis ,  pour  abriter  sons  leurs  frai?  ombrages, 
ses  brebis  et  ses  chamelles  dociles. 

La  nature  même  des  travaux  des  peuples  pasteurs,  développe  leur 
intelligence ,.  adoucit  leurs  mœurs ,  fait  naître  en  eux  le  sentiment 
qui  attache  Thomme  à  son  lieu  natal  »  et  l'appelle  ainsi  à  une  mission 
plus  élevée  :  celle  de  tirer  de  la  terre  elle-même  les  objets  nécessaires 
à  son  existence.  Fatigué  do  sa  vie  nomade ,  il  établit  sa  demeure  sur 
quelque  rive  fertile  où  il  trouve  les  plantes  nécessaires  à  l'entretien 
de  sa  famille  et  des  animaux  devenus  ses  utiles  auxiliaires  ;  il  donne 
à  ces  plantes  les  soins  qui  les  font  prospérer  ,  et  acquiert  ainsi  les 
premières  notions  de  l'agriculture.  La  terre  «  reconnaissante  de  ses 
soins /lui  prodigue  bientôt  ses  plus  beaux  fruits;  et,  sûr  ses  champs 
couverts  de  moissons ,  il  peut  élever  ses  premières  bourgades ,  qui 
deviennent  en  peu  de  temps  des  centres  de  civilisation  et  de  progrès. 
C'est  alors  que  naissent  les  premiers  arts ,  car  il  sent  le  besoin  de 
posséder  des  demeures  plus  vastes  et  plus  durables ,  des  armes  plus 
parfaites,  des  vêtements  plus  commodes  et  plus  gracieux ,  des  instru- 
ments de  culture  plus  puissants. 

Le  progrès  du  travail  produit  les  premières  relations  commerciales 
entre  ces  bourgades  agricoles  qui  cherchent  à  échanger  entre  elles 
les  fruits  de  leurs  labeurs.  Chaque  membre  de  ces  petites  sociétés  » 
^nimé  du  désir  d'améliorer  le  bien-être  de  ceux  qu'il  chérit  et  d'élever 
son  intelligence  »  se  livre  avec  ardeur  à  la  recherche  de  tout  objet 
dont  la  découverte  pourra  contribuer  à  augmenter  ses  richesses  par 
le  commerce ,  et  de  cette  source  féconde  découlent  les  premiers 
bienfaits  dé  l'industrie.  Les  relations  s'étendent  de  hameaux  en  ha- 
meaux, des  pays  voisins  aux  contrées  lointaines,  et  finissent  par  ras- 
sembler les  hommes  en  grandes  et  puissantes  nations  »  constituant 
ainsi  la  société  civilisée. 

Ces  transformations  des  associations  humaines ,  fondées  sur  le  tra- 
vail ,  éclairées  par  le  flambeau  de  l'intelligence ,  embellies  par  la 
naissance  et  le  développement  des  lettres  et  des  arts,  ont  produit  les 
PjBuples  antiques  dont  l'histoire  de  la  Chine  et  des  Indes  nous  apprend 
l'ancienneté,  et  que  suivirent,  dans  la  voie  des  siècles ,  la  Perse, 
l'Egypte,  la  Grèce,  et  Rome  enfin,  Rome,  dont  la  civilisation  glo- 
rieuse se  répandit  en  quelques  jours  sur  la  plus  grande  partie  du 
monde  connu. 

A  la  suite  de  ces  temps  est  venue  l'ère  nouvelle ,  l'ère  de  la  charité 


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MSO  MKVUË  D'âUMCt. 

«t  de  Itt  frutemité  ëimt  fès  ttonmès .  rèrre  du  Christ  tiMm^tir.  Les 
principes  divins  du  christianisme,  e»  flbOllMmt  Fesclavirge,  Mt 
«ppelé  tods  les  ffiMibres  de  la  société  homahie  ft  s'y  revidre  miles 
par  leurs  travaui  et  ont  eotistitoé  la  société  moderne ,  si  rettarqnaMe 
fw  raciMté  qui  anitte  d'un  fea  sacré  >  chacun  de  ses  enfants.  Jetés 
att&  cœurs  de  la  race  énergique  dont  l'Europe  est  le  berceau,  les 
{luîmes  ^viNsateurs  otit  développé  en  elle  «ne  irrésistiMe  puissance 
qM  M  «bttmei  «ncoeasivetnent  tôui  les  t>edpl0s  4a  wonde ,  «i  dont 
^èNe  finira  fiar  répandre  les  finihs  bienfiiisanis  sur  l'entière  étendue  du 
fildie  te(twm> 

Fertidtts  «É  'mettent  loa  Mgands  sur  oette  société  moderm^  où 
tiMft  irataillent  avec  une  noUe  àrdèur  «  qui  dok  dtre  pour  tous  aussi 
«m  sujet  constant  d'émulation  et  de  zèle« 

Uvré  «ans  cesse  i  ses  pénfl)le8  mais  attruyànts  travaux  »  le  cultfm- 
tettir  laboure  »  «ntemence ,  défruîte  et  laboure  eucoru  ^  sans  repos  et 
sHtas  relâche,  la  terre  nourricière  des  peuples.  L'artisan  commence 
sa  longue  journée  dès  l'aurore  et  la  prolonge  juaques  dans  les  ombres 
de  la  nuit ,  s'interrompant  à  peine  pour  prendre  ses  aiodestea  repas 
et  livrer  au  sommeil  ses  meud)res  fatigués.  Le  commerçant  sc^gne 
ses  marchandises ,  s'occupe  de  ses  yemes ,  et  «onsacre  sou  uaips  aux 
taicttls  com(>liqués  qu'exigent  «es  échafngesi.  L^tndustriel  parcourt  ses 
mffiufaMdreSt  stimule  le  xèle  de  ses  ouvriers^  et  obtient  chaque  joiir, 
du  génie  de  ses  onécuniciens  et  de  ses  chimistes,  demmueaux  per- 
ftctlonneibents  et  de  nouveaux  progrès.  Chuque  jour  mbsî  le  littéra- 
téurecruniéliefiroduisent  de  plus  éclatants  diefnl'oeuvre ,  nobles 
émUéb  «tt  safvant  qui  passe  ua  vie  à  approfoudir  les  secrets  de  3a 
nature  «t 'lui  urracherde  plus  utiles  bienfaits^  Lelégisleconsacre  aen 
existence  à  l'étude  des  laisdetônées  4  garantir  Isa  droits  de  dmoun 
des  membres  de  la  société  ;  tandis  que  le  prêtre  les  «assiste  dans-leurs 
eéuÉlritticea,  lus 'encourage  par  la  prière,  «I  que  tle^soldat  apprend  à 
les  détendre  avec  «ne  4iabileiié  digne  de  eon  courage  et  «de  «on  dé- 
tommenft.  ftrmi  les  nfâfgistrau  cfnfin ,  lesflusf^reclameni'lesfiriu- 
tipes  divins  de  Ift  (justice ,  é«aboretft  >et  tsmiuatgueut  les  lais  que  les 
autres  onctN)tir  devoir  d'appliquer  avec  ttftégrité  et 'nageuse. 

Tous  "se  livrent  uvec  ardeur  aux  travaux  qu>exlgem  leurs  litières 
il  Variées ,  'et  de  tous  ces  labeurs  réunis ,  vésiflte  le  grand  tnMN , 
incessamment  progressif,  de  la  société  humaine ,  donttcspedUide 
imposant  nous  frappe  d'étonnement  et  d'admiration. 


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MOUVEMBNT  ET  TRAVAIL.  3SI 

C'est  lui  qui  nous  montre  la  surface  presqu'entière  de  la  terre  , 
ornée  de  riches  et  nombreuses  cultures ,  du  milieu  desquelles  s'élève 
une  multitude  de  tiameaux ,  <k  boufgades  et  de  (^"andes  et  floris- 
santes tités  reliées  entre  elles  par  un  lititneitse  réseau  idé  hAites ,  de 
canaux  et  de  voies  ferrées  que  sillonnent  incessamment  une  foule  de 
chars ,  de  bateaux ,  de  navires  et  de  convoie  rapides  chargés  de  mar- 
chandises et  de  voyageurs.  Il  nous  dévoile  encore  le  magique  aspect 
des  mers  »  couvertes  de  milliers  the  vaisseaux  franchissant  les  vagues 
sur  l'aile  de  la  vapeur  et  des  véai^  »  iet  peuplant  l'Océan  de  la  grande 
et  valeureuse  nation  des  marins.  Cest  lui  enfin  qui  présente  à  nos 
regards  émerveillés ,  dans  nos  viUes  populeuses ,  ces  assemblages  de 
temples  »  de  palais  »  de  demettrëb  élégantes  et  de  vastes  ateliers  y  où 
s'accumulent  avec  une  inépuisable  profusion  »  toutes  les  richesses  de 
l'industrie ,  des  sciences  M  des  arts  ;  touk  ces  funésors  ^ae  lé  génie  de 
l'himme  a  su  conquérir  par  le  travail  intMtcHMwpn  et^ntioellles 
siècles  écoulés  >  et  que  chaque  génération  «doii  augmeoitfr  •encore -et 
léguer  en  héi^itage  à  la tgénération  suivante,  chargée  à  son  tenr  de 
t€to  nuttipller  et  les  «dévelepper ,  po»  en  ftire  ove  «owrce  noiJMVlte 
de  bien^ute  intellectuel  ^  moral  et  «nuériel  i 

'prt>teùé6r  &  pfi3%tque  au  lycée  im(MSrial  ét'Co&Ok. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES 

DB  L'ARCISIINI  ALSACE. 


LANDAU. 

Cependant  la  mort  de  François  de  Sickiogen  ne  refroidit  pas  le 
zèle  de  Bader ,  et  le  lutteur  de  la  chaire  tient  encore  quand  le  lutteur  du 
champ  de  bataille  a  succombé.  En  vain  Georges  Mnsbach  »  promoteur 
de  révéché  de  Spire,  le  cite  à  comparaître  devant. le  tribunal  de 
révéque ,  en  vain  l'excommunication  épiscopale  est  fulminée  contre 
lui  9  (^)  en  vain  la  chambre  impériale  elle-même  le  condamne.  O  A 
Tanathéme  de  l'Eglise,  Bader  répond,  le  dimanche  de  Cantate  1524, 
par  un  sermon  des  plus  violents  :  Il  parvient  à  entraîner  tout  le  corps 
du  magistrat  et  du  sénat ,  qui  le  soutient  hautement ,  signe  séance 
tenante  une  protestation  contre  la  sentence  épiscopale ,  et  joint  sa 
demande  à  celle  des  nouveaux  Etats  dissidents  d'Allemagne  pour 
obtenir  de  la  Diète  de  Nuremberg  la  convocation  d'un  concile  libre.  (^) 

Cette  désertion  du  curé  catholique  de  Landau  et  ce  passage  du 
magistrat  de  la  ville  libre  dans  le  camp  de  la  réforme  ne  se  font  pas 
toutefois  sans  de  vives  protestations  d'un  grand  nombre  de  bourgeois 
restés  fidèles  à  l'ancien  culte.  Bientôt  des  troubles  éclatent ,  catho- 
liques et  séparatistes  sont  en  présence ,  les  uns  maudissant  et  mena- 
çant Bader  qu'ils  appellent  un  apostat ,  les  autres  l'exaltant  et  jurant 
de  le  défendre.  A  la  tête  des  partisans  de  l'antique  foi  est  Nicolas  de 
Winden  ^  vieillard  qui  veut  mourir  dans  la  religion  de  ses  pères ,  et 

0  Voir  les  livraisons  de  février,  mars ,  Juin  et  juillet,  pages  49, 97, 257  et  SIS. 
{*)  M.  Th.  de  Bossierre  ,  Histoirô  de  la  BéfomuUion  à  Stratbowrg  et  en 
AUaee,  page  317. 
(2)  ScHQKPFLm ,  Ali.  iU, ,  tom.  ii ,  par.  737. 
O  ibidem ,  et  Actes  du  iénat  de  Landau ,  vol.  B. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉEIALES  DE  L* ANCIENNE  ALSACE.  353 

qui  trouve  dans  son  zèle .  dans  ses  convictions ,  la  force  de  lutter , 
quoique  sans  mission  ecclésiastique  et  sans  caractère  officiel  »  contre 
le  curé  toujours  en  possession  de  la  chaire  malgré  l'interdit  »  et  contre 
le  sénat  son  protecteur.  Ce  dernier  »  soit  pour  apaiser  les  troubles  » 
soit  pour  faire  acte  de  soumission  apparente  ù  l'autorité  impériale, 
s'était  enfin  décidé  à  inviter  Bader  à  plus  de  modération.  Inutile 
recommandation  !  La  modération  »  celte  vertu  des  tempéraments 
calmes  ou  des  consciences  timorées  ne  pouvait  convenir  ù  ce  prêtre 
si  ardent  à  fouler  aux  pieds  ce  qu'il  avait  adoré  et  juré  d'enseigner  à 
adorer.  De  nouveaux  troubles  excités  par  Bader  ne  tardent  donc  pas 
à  surgir  »  Nicolas  de  Winden  et  les  principaux  chefs  du  parti  catho- 
lique sont  chassés  successivement  de  la  paroisse  et  de  la  ville  ;  ils  se 
retirent  comme  des  guerriers  blessés  mais  non  pas  découragés,  et  ils 
vont  faire  retentir  de  leurs  plaintes  non-seulement  le  palais  épiscopal 
de  Spire ,  mais  la  chambre  impériale. 

Us  ne  furent  que  trop  bien  vengés  par  les  désordres  qui  survinrent 
peu  après ,  et  qui  «  après  avoir  ruiné  les  bourgeois  de  Landau ,  fail- 
lirent coûter  à  la  ville  son  indépendance  à  peine  acquise.  En  1525, 
six  ans  après  l'avènement  de  Charles-Quint  à  l'Empire  d'Allemagne , 
et  huit  ans  après  les  premières  controverses  de  Luther ,  un  mouve- 
ment plus  ou  moins  prononcé  de  révolte,  non-seulement  contre 
l'Eglise ,  mais  contre  toute  espèce  de  propriété  et  contre  tous  les 
genres  d'autorité,  avait  éclaté  en  Allemagne.  Ce  mouvement,  qui  eut 
ses  phases  diverses  et  distinctes  au  nord  et  au  midi ,  ne  s'inspirait 
pas  seulement  d'une  sorte  de  fanatisme  biblique  né  de  la  doctrine 
nouvelle  du  libre  examen  ,  mais  d'idées  communistes ,  que  l'on  est 
fort  étonné  de  rencontrer  au  seizième  siècle  se  formulant  presque 
dans  les  mêmes  termes  que  de  nos  jours.  Ce  communisme ,  dont  les 
jacqueries  des  époques  précédentes  semblent  avoir  recelé  le  germe , 
et  qu'il  faut  bien  avouer  avoir  été  provoqué  par  l'extrême  misère  des 
paysans ,  tant  serfs  attachés  à  la  glèbe ,  que  bas-vassaux  des  fiefs 
sans  glèbe  reconnue  ou  des  domaines  ecclésiastiques ,  nous  apparaît 
en  traits  curieux  dans  la  chronique  de  Berler  que  l'administration 
municipale  de  Strasbourg  a  éditée  il  y  a  quelques  années.  (0  On  le 
voit  dès  avant  la  réformation ,  et  dégagé  encore  de  toute  passion 
religieuse  ,  préluder  par  des  conspirations  ou  des  émeutes  contre  les 

(*)  Codex ,  2»  partie  ,  chronique  de  Materne  Berler  .  p.  104  et  suivantes. 


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S54  REVUE  D^ALSACE. 

pouvoirs  temporels  et  surtout  contre  le  pouvoir  temporel  des  commu* 
nauiés  ecclésiastiques.  Pourquoi  s'aitaquait-il  de  préférence  à  ces 
dernières?  n'était-ce  pas  d'autant  plus  injuste  que  l'histoire  du  moyen* 
âge  prouve  de  la  part  des  seigneurs  ecclésiastiques  une  mansuétude 
pour  leurs  serfs  ou  leurs  vassaux  bien  supérieure  à  celle  des  seigneurs 
laïcs?  Mais  peut-être  cette  mansuétude  »  qui  ressemblait  parfois  à  de 
la  faiblesse ,  encourageait-elle  à  son  insu  l'esprit  de  révolte  »  ou  bien 
la  conscience  des  communistes  de  ce  temps-là  se  révoltait  moins 
peut-être  à  la  pensée  de  détruire  les  biens  des  communautés  mona- 
cales ou  chapitrales  que  ceux  des  familles  ou  des  particuliers.  Con- 
traste étrange!  Les  aflSliés  encore  catholiques  des  Bunuchu  de  i483 
et  de  1515  en  voulaient  surtout  aux  biens,  des  couvents  ou  des 
abbayes ,  tandis  que  les  farouches  sectaires  de  i525  et  de  1555  fai- 
saient main  basse  sur  toutes  les  propriétés ,  tant  ecclésiastiques  que 
baroniales  et  même  bourgeoises  ! 

En  Alsace  la  conjuration  ou  le  Bundschu  de  rUogersberg  «  ce 
rendez-vous  de  paysans  rebelles ,  à  qui  ejà  1495  il  n'a  peut-être  manqué 
que  le  succès  et  un  but  plus  patriotique  pour  prendre  dans  l'histoire 
les  proportions  poétiques  de  la  célèbre  conjuration  du  Gruttli»  fut  le 
préliminaire  ou  l'éclair  précurseur  de  l'ouragan  communiste  de  1525, 
Et  il  semble  que  ses  chefs ,  au  nombre  de  trois ,  comme  les  trois 
grands  chefs  de  la  révolution  helvétique ,  Jean  Ulman  de  Schlestadt» 
Jacob  Hanser  de  Blienswiller,  et  Nicolas  Ziegler  de  Stotzheim  »  l'aient 
prévu  y  lorsque,  leur  complot  ayant  été  déjoué  par  Ik  fermeté  d'Albert 
de  Bavière  »  évéque  de  Strasbourg,  ils  s'écrièrent,  dit-on,  en  congé- 
diant leurs  adhérents  :  L'heure  n'est  pas  venue  encore ,  mais  elle 
viendra  !  prédiction  que  deux  d'entr'eux  ne  craignirent  pas  de  répéter  * 
après  être  tombés  entre  les  mains  de  leurs  juges  et ,  lorsque  sur  le 
point  de  subir  le  sort  réservé  aux  conspirateurs  vaincus  »  ils  mar- 
chèrent à  l'échafaud.  (<) 

On  la  voit  en  effet  revenir  dès  le  comencement  du  siècle  suivant, 
cette  heure  de  l'insurrection  des  prolétaires  •  cette  heure  du  Bund' 
schu,  invoquée  en  mourant  par  Ulman  et  par  Ziegler.  Dès  1515  les 
paysans  du  Brisgau,  ralliés  par  uu  certain  nombre  de  paysans 
du  muudat  de  Rouffach  et  du  Sundgau ,  menacent  Fribourg  et  Bri- 
sach ,  après  avoir  mis  à  feu  et  à  sang  la  contrée  environnante.  (^) 

C)  Codw ,  2«  part.,  chronique  de  Materne  Berler,  p.  105.  —  (')  Ibidem,  p.  126. 


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TILLES  LIBBES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  ^58 

Vaincus  enfin  et  dispersés  malgré  les  efforts  de  leurs  chefs  Jérôme  . 
Fritz  Jost  et  Jacob  Hanser,  ils  trouvent  pour  la  plupart  un  refuge  sur 
les  territoires  de  Bâle  et  de  Schaffbouse  ,  où  les  ferments  d'insurrec- 
tion future  parviennent  à  couver  assez  librement. 

Ces  ferments  se  font  jour  en  1524  avec  la  conspiration  de  Schûiz 
de  Traubach  à  Schlestadt;  (i)  Et  le  sang  de  Schûiz,  exécuté  peu  après 
à  Strasboui^ ,  ne  parvient  pas  à  les  éteindre  ;  comme  pour  lotîtes  les 
passions  ou  les  maladies  morales  dont  le  paroxysme  est  arrivé ,  il 
semble  que  les  armes  de  la  compression  ne  soient  plus  en  quelque 
sorte  que  des  stimulants. 

En  i525  la  chance  étai^  devenue  meilleure  pour  ces  réactions  de  la 
misère  contre  la  propriété.  Aussi  les  paysans  se  soulèvent-ils  dès  lors 
en  masse ,  non-seulement  sur  les  rives  du  Rhin .  mais  dans  toute 
TAIIemagne ,  au  nord  comme  au  midi.  Leurs  soulèvements  ont  enfin 
un  point  d'appui  nouveau  dans  la  fermentation  des  passions  religieuses 
éveillées  au  contact  de  la  réforme.  La  révolution  religieuse  du  sei- 
zième siècle  a  en  effet ,  surtout  en  Allemagne ,  ce  point  de  ressem- 
blance avec  notre  révolution  française  qu'elle  donna  naissance  à  des 
doctrines  et  à  des  excès  que  ses  premiers  et  plus  célèbres  chefs  ne 
prévoyaient  guères  •  et  qu'ils  désavouaient  ou  auraient  voulu  désa- 
vouer. Tandis  qu'au  nom  de  la  liberté  de  conscience  les  princes  et  les 
villes  s'insurgaient  contre  la  hiérarchie  ecclésiastique  •  au  nom  de 
cette  même  liberté  les  paysans  s'insurgèrent  contre  les  princes ,  les 
seigneurs  et  les  villes.  Le  libre  droit  d'interpréter  la  Bible  servit  ainsi 
à  organiser  le  communisme  du  seizième  siècle ,  comme  la  déclaration 
des  droits  de  l'homme  et  les  travaux  des  économistes  modernes  ont 
servi  à  accréditer  les  idées  communistes  de  notre  époque. 

Ce  communisme  contemporain  de  la  réformation  et  qui  se  formula 
surtout  chez  les  premiers  anabaptistes»  devait  à  son  farouche  et 
sombre  mysticisme  une  faculté  d'expansion  dont  est  bien  loin  sans 
doute  cette  opinion  plus  philosophique  peut-être  ou  spéculative  que 
pratique ,  qu'on  appelle  aujourd'hui  le  communisme.  A  l'époque  de 
Luther  les  déshérités  de  la  société  étaient  bien  plus  nombreux  et  bien 
plus  irrévocablement  liés  à  leur  sort  que  ceux  d'aujourd'hui.  Ils 
avaient  à  souffrir ,  non-seulement  de  la  pauvreté ,  mais  de  la  servitude 

(*)  Voyez  Beatds  Ruenanus  ,  rerwn  Germ. ,  lib.  m ,  p.  304 ,  et  Strobel  , 
kme  IV ,  page  12. 


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SS6  REVUE  D'ALSACE. 

corporelle ,  de  la  glèbe  ou  du  vasselage ,  de  l'arbitraire  seigneurial , 
et  d*une  foule  de  préleutions  ou  de  droits  excentriques  qui  blessaient 
la  dignité  humaine  et  les  plus  humbles  instincts  de  la  vie  de  famille 
ou  de  ménage.  Aussi  se  livrèrent-ils  bientôt  à  tous  lés  excès  lorsqu'ils 
rencontrèrent  des  chefs  ou  des  prédicants  pour  leur  promettre  à  la 
fois  le  paradis  en  ce  monde  et  dans  l'autre. 

Il  ne  peut  entrer  dans  notre  plan  de  retracer  l'histoire  de  ces  ter- 
ribles insurrections  qui  couvrirent  de  tant  de  sang  et  tant  de  raines 
les  diverses  contrées  de  l'Allemagne ,  mais  les  annales  de  Landau  ont 
aussi  leur  page  de  désordres  et  de  souffrances  à  offrir  à  cette  histoire. 

Egalement  aptes  h  posséder  des  fiefs ,  les  villes  impériales  et  les 
bourgeois  de  ces  villes  ne  partagèrent  que  trop  le  sort  des  barons  et 
des  domaines^ecclésiastiques  pendant  ces  années  de  meurtres  »  de 
pillages  t  et  de  sévices  de  toutes  sortes.  Celles  surtout  d'entre  ces 
villes  qui  avaient  ouvert  leurs  portes  et  leurs  églises  aux  novateurs 
religieux»  furent  les  plus  exposées  aux  malheurs  de  la  guerre»  parce 
qu'en  leur  propre  sein  les  paysans  insurgés  trouvèrent  plus  facilement 
des  adhérents  ou  des  complices  de  fanatisme ,  qui  les  pouvaient  aider 
à  faire  brèche.  A  Landau  comme  à  Wissembourg  quelques  gens  de 
métier,  et  surtout  les  valets  et  les  serviteurs  des  gens  de  métier, 
ainsi  que  les  journaliers  et  fermiers  des  terres  de  la  ville  avaient  dé- 
passé bien  vite  en  enthousiasme  réformateur  leurs  maîtres  ou  leurs 
patrons.  C'était  au  nom  de  l'égalité  chrétienne  qu'ils  demandaient 
l'égalité  des  droits,  le  partage  des  biens,  l'abolition  des  privilèges, 
des  dîmes  et  même  des  canons  de  fermages.  Bader  contribua-t-il  à 
les  pousser  à  la  révolte  ?  Cela  est  probable ,  car  nous  le  voyons  à  peu 
près  à  cette  époque  obligé  de  quitter  la  ville ,  chassé  par  ceux  mêmes 
qu'il  avait  rangés  sous  la  bannière  du  libre  examen.  Ce  fut  pendant 
cet  exil  qu'il  publia  à  Strasbourg  «  en  1526 ,  sa  lettre  apologétique  à 
l'électeur  palat|n  •  lettre  où,  comme  dans  son  catéchisme ,  mais  a  un 
degré  moindre ,  on  reconnaît  l'exagération  et  le  radicalisme  de  la 
doctrine  de  Schwenckfeld ,  (^)  ce  sectaire  également  odieux  aux 
catholiques  et  à  la  msyorité  des  protestants ,  et  dont  Luther  disait  que 
le  diable  avait  vomi  les  écrits. 

Quelqu'aient  été  en  réalité  les  relations  de  Bader  avec  les  Insurgés 
de  1525  et  quelqu'ait  pu  être  la  cause  de  la  mesure  quF  le  bannit 


(<}  SCBCEPFLIM ,  Àls.  m.  f  tom.  u ,  par.  727. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  357 

momentanément  de  la  chaire  paroissiale  d'où  il  venait  de  bannir  l'an* 
cienne  lithurgie ,  le  jetant  comme  un  proscrit  ou  comme  un  rebelle 
hors  des  murs  d'une  cité  peu  de  mois  auparavant  si  enthousiaste 
encore  de  sa  parole»  on  ne  saurait  douter  que  Bader  fut  à  Landau  le 
chef  du  parti  le  plus  exalté ,  parti  recruté  surtout  comme  à  Wissem- 
bourg  par  la  classe  la  plus  pauvre  »  et  dont  les  bourgeois  à  pignon 
sur  rue»  quoique  zélés  partisans  de  la  réforme»  commençaient  à 
avoir  plus  de  peur  que  du  parti  catholique.  ^ 

Dès  le  mois  d'avril  1525,  en  même  temps  que  les  villageois  du 
Sundgau  »  du  haut  mundat,  des  bailliages  de  Dachstein  et  de  Saverne 
se  soulevaient  ou  s'agitaient  pour  se  soulever ,  des  troubles  graves 
avaienté  éclaté  dans  le  Mundat  inférieur.  Ces  troubles  »  provoqués  » 
comme  quelques  historiens  le  prétendent ,  (<)  par  les  démêlés  de  l'abbé 
de  Wissembourg,  Rudiger»  avec  les  bourgeois  de  cette  ville  ou  plutôt 
seulement  occasionnés  par  cette  querelle  féodale  »  et  nés  des  mêmes 
causes  que  les  autres  soulèvements  de  cette  époque,  n'avaient  pas 
tardé  à  prendre  toutes  les  proportions  d'une  insurrection  terrible.  Au 
signal  de  la  révolte  d'abord  donné  à  Neubourg  puis  à  Cléebourg ,  un 
grand  nombre  de  paysans  s'étaient  rassemblés  sur  ce  dernier  point . 
accourant  non-seulement  de  Schvireighofen  et  des  autres  villages 
abbatiaux»  mais  du  Palatinat»  de  l'évéché  de  Spire  »  des  terres  de 
Fleckenstein  et  de  Veldentz»  et  en  général  de  tout  le  pays  compris 
entre  Seltz  et  Worms.  (3) 

Le  chef  de  cette  armée»  car  bientôt  le  rassemblement  de  Cléebourg 
devint  une  armée ,  était  Bacchus  Fischbach  »  vigneron  de  Wissem- 
bourg. Ce  Bacchus  qui  ne  devait  peut-être  son  surnom  mythologique 
qu'à  la  manie  de  latiniser  les  noms  si  fréquente  au  seizième  siècle , 
ou  peut-être  aussi  à  une  certaine  propansion  à  boire  outre  mesure 
que  ses  adversaires  lui  reprochaient ,  avait  marqué  par  son  exaltation 
et  son  énergie  dès  le  début  de  la  querelle  entre  l'abbaye  et  la  ville  de 
Wissembourg.  Obligé  de  quitter  la  ville  et  traqué  par  les  gens  de 
l'abbaye  dans  les  divers  villages  du  ressort  il  s'était  jeté  à  corps  perdu 
dans  un  mouvement  qui  promettait  à  la  fois  sanction  à  ses  rancunes 
et  à  ses  rêves  d'amélioration  sociale.  Dès  les  premiers  jours ,  à  la  tête 

{*)  Voyez  Strobel  ,  lom.  iv ,  p.  64. 

(']  Petr.  Gondalius,  Seditio  repentina  vulgi  prcBCipue  Rwtieorum  anno  1525 
exorta.  me  »  Hmrici  Petn  »  1570  »  8o,  page  158. 


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358  REVUE  D'ALSACaS. 

de  quelques  milliers  d'insurgés^  il  avait  investi  le  château  abbatial  de 
Saint-Remy.  Ce  château ,  défendu  par  une  brave  garnison  »  aurait  pu 
tenir  longtemps  contre  des  paysans  armés  de  fauli  et  de  haches,  si  les 
intelligences  de  Bacchus  avec  une  partie  de  la  tribu  des  vignerons  de 
Wissembourg  »  ne  lui  eussent  fait  livrer  les  fauconneaux  et  les  engins 
d'artillerie  que  renfermait  l'arsenal  de  cette  ville.  Grâce  à  cet  équi- 
page de  siège  le  château  de  Saint-Reipy  fut  bientôt  forcé  de  capituler, 
et  de  capituler  en  pure  perte ,  car  les  paysans,  sans  respect  de  la  foi 
jurée ,  pillèrent  aussitôt  et  incendièrent  la  forteresse  à  eux  livrée  ou 
confiée. 

Pendant  que,  de  plus  en  plus  animés  par  ce  premier  succès ,  ils 
allaient  investir  Wissemboui^,  de  toutes  parts  dans  les  environs  s'or- 
ganisait la  révolte  contre  les  seigneuries  dynastiques  ou  municipales» 
Les  paysans  du  village  de  Nussdorf ,  l'un  des  fiefs  de  la  ville  de 
Landau ,  se  montrèrent  ardents  parmi  tous  dans  cette  insurrection* 
Aidés  par  une  partie  des  artisans  de  Landau,  ils  faillirent  s'emparer  de 
la  ville ,  qu'ils  menaçaient  hautement  de  livrer  au  pillage.  C'était  an 
nom  de  Dieu ,  au  nom  de  l'égalité  chrétienne ,  que ,  comme  leurs 
adhérente  campés  devant  Wissembourg ,  ils  sommaient  le  magistrat 
et  le  sénat  de  Landau  de  leur  rendre  la  ville.  La  situation  du  gouver- 
nement municipal  de  Landau  était  certes  fort  difficile  ;  il  ne  voulait 
pas  appeler  à  son  aide  la  réaction  catholique ,  et  cependant  il  se  sen- 
tait miné  par  l'exaltation  d'une  partie  des  adhérents  de  la  réforme , 
et  il  voyait  à  chaque  instant  du  jour  et  de  la  nuit  les  vassaux  révoltés 
de  la  ville  sur  le  point  de  s'emparer  des  portes  et  des  murailles  pour 
ensuite  livrer  au  sac  et  au  meurtre  les  maisons  des  meilleurs  bour- 
geois. 11  parvint  toutefois  à  refouler  hors  des  murs  une  partie  des 
habitante  les  plus  compromis  avec  les  insurgés  de  Nussdorf ,  (i)  et 
grâce  à  cette  énergie  d'un  instant  il  réussit  à  se  maintenir  dans  une 
sorte  de  neutralité  entre  Bacchus  et  les  princes  qui  s'armaient  pour 
le  combattre.  Ses  complimente  et  même  ses  bons  offices  étaient  pour 
les  insurgés ,  auxquels  il  ne  se  faisait  faute  de  donner ,  comme  on  dit 
vulgairement ,  de  l'eau  bénite  de  cour ,  mais  tout  en  caressant  les 
chefs  des  paysans ,  il  n'avait  garde  de  leur  ouvrir  les  portes  de  la 
ville  ,  et  il  affectait  de  faire  une  distinction  entre  les  vassaux  révoltés 
de  la  ville  de  Landau  et  les  vassaux  révoltés  des  seigneuries  voisines, 


(')  ScuoEPFUK ,  Ali,  m. ,  tom.  a ,  p.  740. 


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TILLES  LIBRE8  ET  IHPÉRULES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  589 

bien  que  la  cause  des  uns  el  des  antres  fût  la  même,  et  bien  qu'en 
bonne  logique,  si  les  rebelles  de  Schweigtaofen ,  de  Gléebourg  et  autres 
lieux  avaient  raison ,  les  rebelles  de  Nnssdorf  ne  pussent  avoir  tort. 

Déjà  les  paysans ,  enorgueillis  par  leurs  succès  et  encore  ivres  des 
excès  commis  à  Saint-Remy,  avaient  successivement  emporté  et  pillé 
les  cbflteaux  de  Gravenstein  et  de  Landeck ,  Bergzabern  et  Anweiler, 
lorsqu'un  matin ,  appelés  par  leurs  confédérés  de  Nussdorf  et  par  leurs 
complices  de  l'intérieur  de  Landau ,  ils  se  présentèrent  en  masse  sous 
la  conduite  de  Michel  Busch  aux  portes  de  la  ville  ^  demandant  à  y 
être  reçus  en  amis  et  menaçant  des  dernières  extrémités  si  cette 
réception  amicale  n'avait  lieu  incontinent.  En  même  temps  les  jour- 
naliers et  une  partie  des  vignerons  de  Landau  s'agitaient ,  menaçant 
d'aller  ouvrir  les  portes. 

Le  magistrat  dut  se  résoudre  à  laisser  entrer  ces  hordes  indiscipli- 
nées qui  s'abattirent  aussitôt  sur  les  cloîtres  et  surtout  sur  les  caves 
et  celliers  des  Augustins»  ainsi  que  sur  les  autres  biens  ecclésiastiques, 
dont  les  bourgeois  se  gardèrent  d'autant  plus  volontiers  peut-être  de 
prendre  la  défense  qu'ils  espéraient  éviter  par  là  qu'on  ne  s'attaquât 
à  leurs  propres  biens.  Cette  tolérance  ou  cette  coupable  connivence 
ne  réussit  toutefois  qu'à  demi  »  et  plus  d'un  vit  sa  cave  et  sa  maison 
pillée  aussi  bien  que  les  caves  et  le  couvent  des  infortunés  Augustins. 
Cependant  l'autorité  municipale  ayant  paru  dans  cette  occasion  faire 
-cause  commune  avec  les  envahisseurs ,  parvint  à  se  prévaloir  de  sa 
complaisance  pour  persuader  aux  insurgés  de  passer  outre.  Cette 
bande  s'était  mise  en  marche  sous  prétexte  d'aller  rejoindre  Bacchus 
devant  Wissembourg.  Et  vite  le  magistrat  de  Landau  tâcha  de  faire 
écouler  le  torrent  dans  la  direction  de  Wissembourg  ;  la  rubrique  était 
toujours  la  même ,  c'était  toujours  l'abominable  abbé  Rudiger  et  sa 
riche  abbaye  qu'il  s'agissait  d'anéantir.  Ce  malheureux  abbé  Rudiger 
reste  encore  aiyonrd'hui  chargé  des  malédictions  de  quelques  écri- 
vains. Cependant  il  semble  n'avoir  été  qu'une  sorte  de  bouc  émissaire  ; 
sa  destinée  voulut  qu'il  se  trouvât  être  à  la  fois  le  dernier  abbé  sou- 
verain du  monastère  de  Wissembourg  et  le  premier  prévôt  mttré  du 
chapitre  des  chanoines  séculiers  substitué  au  monastère  par  la  bulle 
de  Clément  vu  du  25  août  1524.  Cette  sécularisation  de  l'abbaye  au 
moment  même  des  prédications  des  premiers  réformateurs  ne  pouvait 
que  prêter  beaucoup  aux  vieux  ferments  de  discorde  entre  l'abbaye 
et  la  ville  de  Wissembourg.  Aussi  Rudiger  devint-il  en  peu  de  temps 


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360  REVUE  D*ALSACB. 

\e  but  de  toutes  les  attaques  non-seulement  des  adversaires  du  pou- 
voir temporel  de  Tabbaye,  mais  des  ennemis  de  sa  juridiction  spiri- 
tuelle. Il  eut  celte  chance  ou  ce  malheur  de  résumer  en  lui  tous  les 
griefs  des  nouveaux  sectaires  «  et  de  paraître  aussi  odieux  à  la  bour- 
geoisie qu'aux  prolétaires  des  bandes  pillardes  de  Bacchus.  Enfin  sa 
restauration  par  les  armes  des  princes  ses  alliés  acheva  de  vouer  sa 
personne  et  sa  mémoire  à  Texécration  des  Wissembourgeois. 

Cependant  la  défaite  des  principaux  corps  d'armée  des  paysans  à 
Scberwiller  et  à  Saverne  par  le  duc  Antoine  de  Lorraine  »  celle  d'une 
autre  de  leurs  bandes  ù  Pfeddersheim  par  l'électeur  palatin  Louis  v, 
et  la  terreur  panique ,  qui  à  la  suite  de  ces  désastres  et  même  de 
l'escarmouche  assez  insignifiante  de  Pfaffenhofen  s'empara  des  masses 
mobiles  de  l'insurrection ,  avaient  dispersé  presqu'aussi  vite  qu'elle 
s'était  formée  cette  armée  du  désordre.  Les  insurgés  fuyant  et  se  dé- 
bandant de  toutes  parts  avaient  laissé  la  plupart  de  leurs  chefs  à  la 
discrétion  d'un  vainqueur  impitoyable.  Des  échafauds ,  des  gibets  » 
des  mains  coupées  ou  des  doigts  coupés  avaient  été  les  trophées  de 
la  répression.  La  bourgeoisie  de  Wissembourg  avait  dû  payer  cher 
sa  prétendue  neutralité  entre  Bacchus  et  l'abbé  Rudiger ,  qui  s'était 
réfugié  dans  l'armée  combinée  de  l'archevêque  de  Trêves  et  de  l'élec- 
teur palatin,  après  avoir  réussi  à  quitter  furtivement  le  château 
abbatial  bloqué  par  les  paysans.  Le  supplice  de  Jean  Merckel  »  de 
Cléebourg ,  (<)  ce  prédicant  peu  auparavant  si  cher  aux  insurgés ,  ne 
présageait  rien  de  bien  rassurant  aux  partisans  de  Jean  Bader  à 
Landau.  Le  sénat  de  cette  ville  avait  donc  été  réduit  à  passer  d'une 
inquiétude  à  une  autre.  S'il  était  rassuré  quant  aux  éventualités  dont 
le  menaçaient  Bacchus  et  les  rebelles  de  Nussdorf»  il  pouvait  et. devait 
craindre  l'éventualité  d'une  attaque  par  les  troupes  palatines  et  archi- 
épiscopales de  Trêves.  Et  l'exemple  de  Wissembourg  assiégé  «  bom- 
bardé et  forcé  de  capituler,  était  là  pour  lui  faire  redouter  une  restau- 
ration semblable  à  celle  de  l'abbé  Rudiger ,  une  restauration  plus 
désastreuse  encore ,  celle  de  Tévêque  de  Spire. 

La  ville  de  Landau  se  tira  assez  heureusement  de  ce  mauvais  pas. 
Elle  obtint  sinon  la  bienveillance ,  du  moins  la  non-intervention  de 
rélecteur  palatin  et  de  ses  alliés  en  leur  fournissant  des  vivres  pour 
leur  armée.  Elle  se  chargea  aussi  de  faire  la  police  chez  elle  en  chas- 

C)  Strobel  ,  tome  iv ,  page  30. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L*ANGfENKE  ALSACE.  361 

sani  les  priDcipaox  complices  de  rinsnrreciion  des  rustauds ,  ou  les 
plus  compromis  d'entre  ses  bourgeois;  et  en  livrant  quelques  uns 
des  paysans  qui»  sans  y  être  autorisés,  s'étaient  réfugiés  en  ses 
murs.  Grâce  à  cette  conduite  prudente  et  grâce  aussi  à  l'intervention 
de  l'unter-landvogt  d'Alsace ,  Jacques  de  Mttrsperg  ou  Morimont . 
elle  échappa  au  sort  de  sa  malheureuse  voisine  d'en-deçà  de  la  Lauter. 

C'est  peut-être  alors  seulement  que  Bader  fut  forcé  de  s'éloigner 
de  sa  chaire  devenue  un  danger  pour  les  intérêts  matériels  de  Landau. 
Nous  venons  de  le  voir  réfugié  à  Strasbourg  et  y  écrivant  en  4526  sa 
lettre  à  l'électeur  palatin.  U  ne  tarda  pas  à  retourner  à  Landau  ,  ou 
du  moins  il  y  revint  après  les  poursuites  faites  en  4528  par  ordre  du 
sénat  de  cette  ville  contre  les  adhérants ,  fauteurs  ou  complices  des 
^abapfistes.  Ses  sermons  toujours  marqués  au  coin  d'une  sorte >de 
mysticisme  sombre  et  farouche  lui  suscitèrent  encore  h  diverses 
reprises  des  démêlés  avec  les  plus  modérés  des  partisans  de  la  ré- 
forme, quoiqu'il  ne  paraisse  pas  avoir  pris  parti  ostensible  dans  la 
querelle  des  sacramentaireSi.  Il  ne  mourut  qu'en  1545,  après  avoir 
mis  la  dernière  main  à  l'édition  de  son  catéchisme,  publié  en  1544.  (i) 

Son  successeur  à  la  cure  de  Landau,  Léonard  Brunner ,  de  Worms, 
acheva  son  œuvre  et  maintint  plus  paisiblement  dans  la  paroisse  l'en- 
seignement de  la  doctrine  des  réformateurs.  Brunner  avait  publié  à 
Strasbourg  des  concordances  sur  la  Bible  et  le  Nouveau-Testament  ; 
il  est  aussi  l'auteur  d'une  iofstruction  sur  la  conduite  à  tenir  au  lit  des 
malades  et  des  mourants.  (^) 

On  sait  que  Landau  fut  avec  Munster  l'une  des  deux  premières  cités 
d'Alsace  qui  adhérèrent  à  la  formule  dite  de  Concorde. 

Notre  petite  république  venait  à  peine  de  cicatriser  les  plaies  faites 
à  ses  finances  par  la  guerre  des  paysans  et  les  exigences  des  princes 
victorieux ,  lorsque  la  guerre  dite  de  Smalkalden  les  compromit  de 
nouveau.  Quoiqu'il  ne  paraisse  pas  que  Landau  ait  pris  une  part  active 
à  cette  guerre ,  les  sympathies  de  la  ville  pour  le  parti  protestant  ne 
lui  valurent  pas  moins  le  courroux  de  Charles-Quint ,  et  elle  dut  payer 
sa  part  des  amendes  imposées  par  l'empereur  aux  villes  impériales 
qui  avaient  adhéré,  noq-seulement  ouvertement  comme  Strasbourg, 


(')  SciKEPFLiN ,  j41s,  m. ,  tome  II ,  Landau* 
(2)  Strobel  ,  tome  iv ,  page  126* 


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362  .  REVUE  D'ALSACB« 

mais  même  tacitement  et  par  leurs  vceox  plas  on  ,m<^ns  exprimés 
spontanément ,  à  la  ligue  de  Smalkalden. 

La  ville  avait  dû. aussi  accepter  Vimirim^  cette  transaction  que 
Charles-Quint  fit  décréter  dans  la  diète  d'Augsbourg  de  1548  »  et  qui 
devint  également  odieui»  aux  catholiques  et  aux  protestants ,  parce 
que  tout  en  rétablissant  la  messe  dans  les  paroisses  où  elle  avait  été 
abolie»  elle  autorisait  les  prêtres  mariés  à  conserver  leurs  femmes  au 
moins  jusqu'après  la  décision  du  prochain  concile,  et  à  continuer  & 
administrer  à  leurs  ouailles  la  communion  sous  les  deux  espèces. 

En  1552  Henri  ii  »  roi  de  France,  s'étant  déclaré  le  protecteur  de 
la  liberté  germanique  contre  l'empereur  d'Allemagne ,  avait  Tait  mar- 
cher son  armée  vers  le  Rhin.  Déji  son  avant-garde  aux  ordres  du 
connétable  de  Montmorency  s'était  avancée  jusqu'au  territoire  de 
Strasbourg»  et  le  roi  »  après  s'être  emparé  des  trois  évéchés  lorrains, 
avait  donné  rendez-vous  à  Saverne  aux  princes  et  aux  députés  des 
villes  protestantes ,  (^)  lorsque  l'insurrection  des  paysans  des  environs 
de  Saverne  et  de  Bouxwiller  provoquée  par  l'indiscipline  de  ses  sol- 
dats ,  ainsi  que  le  mauvais  vouloir  des  Etats  protestants  pour  ce  pro- 
tecteur étranger  et  catholique,  déterminèrent  le  changement  du  plan 
de  campagne  et  le  retour  du  roi  de  France  vers  Metz  en  passant  par 
îa  partie  nord  de  la  Basse-Alsace  et  par  la  principauté  de  Deux-Ponts. 

Les  troupes  du  connétable  de  Montmorency  irritées  d'avoir  vu 
tomber  entre  les  mains  des  paysans  vosgiens  et  alsaciens  une  partie 
de  leurs  équipages  démontés  dans  les  mauvais  passages  des  Vosges , 
et  plus  irritées  encore  de  la  réception  à  coups  de  canon  faite  à  leurs 
coureurs  sous  les  murs  de  Strasbourg ,  (')  se  livrèrent  dans  cette 
retraite  à  toutes  sortes  d'excès»  et  les  terres  de  Landau  »  se  trouvant 
malheureusenaent  sur  leur  route  •  eurent  surtout  à  souffrir. 

Le  territoire  de  Landau  ne  devait  pas  en  être  quitte  pour  ces  pre- 
miers sévices  de  l'année  1552  ;  peu  après  les  Français,  vinrent  les 
Brandebourgeois  du  margrave  Albert  »  et  quoique  ces  troupes  aussi 
se  présentassent  au  nom  de  la  cause  protestante,  elles  n'en  traitèrent 
pas  moins  en  ennemis  les  malheureux  vassaux  de  la  ville. 

Henri  u  et  Albert  de  Brandebourg  eurent  une  entrevue  à  Landau 
afin  de  se  concerter  sur  les  opérations  ultérieures  de  la  campagne. 

(')  H.  DE  Kentzinger  .  Docununts  da  arehivet  de  Strasbourg ,  lom.  l'S  p.  37. 
(*j  Ibidem ,  page  40 ,  ei  Strobel  ,  lon^e  iv ,  page  90. 


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VILLES  UBRES  ET  DIPÉRULES  DE  L'ANGENNE  ALSACE.  S65 

Mais  la  convention  de  Passaa  du  2  août  suivant  ayant  neutralisé  leurs 
projeu  »  ils  ne  tardèrent  pas  à  se  séparer ,  le  roi  de  France  pour  aller 
achever  la  conquête  du  pays  de  Luxembourg  et  aller  ensuite  Caire 
une  diversion  en  Italie ,  tandis  que  le  margrave  de  Brandebourg  se 
«  portait  en  partisan  sur  les  derrières  de  l'armée  impériale  qui  marchait 
du  Tyrol  sur  le  Rhin. 

Cette  troisième  armée  n'avait  pas  tardé  à  achever  dans  la  Basse- 
Alsace  l'œuvre  de  dévastation  commencée  par  les  armées  française  et 
brandebourgeoise.  S'il  restait  encore  aux  vassaux  de  la  ville  de  Landau 
quelque  champ  non  ravagé  ou  quelque  maison  échappée  au  pillage 
des  soudarts  de  Montmorency  ou  des  lansquenets  d'Albert  de  Brande- 
bourg ,  les  piquiers  espagnols  et  les  arquebusiers  italiens  de  Charles- 
Quint  ne  manquèrent  pas  d'en  faire  table  rase. 

Pour  comble  de  ruine  Sa  Majesté  Impériale  et  Royale  daigna 
octroyer  le  don  de  sa  visite,  et  d'une  assez  longue  visite»  à  la  ville  de 
Landau. 

Charles-Quint  »  qui  arrivait  de  Strasbourg  et  se  disposait  à  aller 
foire  le  siège  de  Metz ,  que  devait  si  glorieusement  défendre  le  duc 
de  Guise ,  fit  son  entrée  à  Landau  avec  une  grande  pompe.  Moins 
complaisant  qu'à  Strasbourg  pour  les  susceptibilités  des  bourgeois, 
il  avait  voulu  être  accompagné,  non  pas  comme  en  cette  grande  ville 
par  une  très-faible  escorte ,  mais  par  une  partie  de  son  armée.  Il 
fallut  remettre  à  ses  hallebardiers  castillans  les  portes  de  la  ville ,  et 
cette  garde  étrangère ,  enorgueillie  d'appartenir  au  monarque  le  plus 
puissant  de  l'Europe,  zélée  catholique  comme  le  furent  toujours,  au 
moins  jusqu'à  ces  derniers  temps,  les  Espagnols,  mit  bientôt  le 
comble  à  la  stupéfaction  des  protestants  de  Landau ,  en  témoignant 
hautement  de  son  mauvais  vouloir  et  de  son  dédain  pour  les  sectateurs 
du  nouveau  culte.  Cet  effroi  redoubla  encore  lorsque  les  bourgmestres 
et  le  sénat  étant  allés  recevoir  l'empereur  et  lui  présenter  les  clés  de 
la  ville,  le  virent  s'avancer  précédé  par  de  nombreux  chapelains  et 
aumôniers  à  cheval ,  qui  formaient  en  quelque  sorte  ses  gardes-du- 
corps  spirituels,  tandis  qa'une  brillante  chevalerie  autrichienne, 
flamande  et  espagnole  dressait  derrière  eux  sa  formidable  forêt  de 
lances  à  banderoles  et  de  casques  empanachés. 

Malgré  ces  pronostics  d'hostilité  Charles-Quint,  pendant  les  seize 
jours  qu'if  séjourna  à  Landau ,  se  montra  fort  peu  hostile  aux  protes- 
tants de  cette  ville.  Bienqu'il  ne  fût  plus  dans  la  période  de  sa  poli- 


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304  REVUE  D'ALSACE. 

tique  qui  avait  caressé ,  pour  s'en  faire  une  force  contre  Rome  »  les 
dissidents  d'Allemagne ,  il  sut  dans  cette  circonstance  faire  taire  son 
zèle  et  rester  sourd  aux  suggestions  de  son  entourage.  Au  moment 
d*avoir  sur  les  bras  les  forces  du  roi  de  FrancCi  il  ne  voulait  pas  laisser 
derrière  lui  en  Allemagne  des  foyers  nouveaux  d'insurrection.  Aussi  * 
se  borna-t-il  à  montrer  sa  prédilection  aux  quelques  catholiques 
restés  à  Landau  en  faisant  célébrer  une  messe  solennelle  dans  l'église 
qui  était  depuis  près  de  trente  ans  déjà  l'objet  du  litige  entre  les 
partisans  de  l'ancien  et  du  nouveau  cultes.  Cette  église  ne  fut  pas 
même  enlevée  par  là  aux  prédications  des  ministres  luthériens  »  soit 
que  dans  la  pensée  de  l'empereur  elle  dût  rester  mixte ,  soit  plutôt 
que  Charles-Quint  affectât  de  croire  qu'en  y  faisant  une  fois  célébrer 
la  messe  il  la  rendait  implicitement  aux  catholiques. 

Les  stipulations  de  Passau  ramenaient  d'ailleurs  quelque  peu  Fem- 
pereur  vers  le  parti  qti'à  son  avènement  au  trône  germanique  il  avait 
paru  vouloir  favoriser  ou  du  moins  ne  pas  contrarier.  Vintérim  venait 
d'être  aboli  en  attendant  la  réunion  d'une  nouvelle  diète  destinée  à 
terminer  à  l'amiable  les  disputes  sur  la  religion ,  et  les  protestants 
avaient  reçu  l'assurance  de  jouir  en  sécurité  de  la  liberté  de  conscience 
Jusqu'après  les  décisions  de  cette  diète  substituée  au  concile  pour  le 
jugement  du  dogme.  Promesse  leur  avait  même  été  faite  que  si  la 
diète  ne  parvenait  pas  ù  accorder  catholiques  et  luthériens  »  la  trans- 
action de  Passau  et  la  liberté  de  conscience ,  qu'elle  stipulait ,  devien* 
draient  loi  de  l'Empire ,  (*)  ou  auraient  force  de  loi  perpétuelle.  Ce 
retour  de  Charles-Quint  vers  les  idées  de  tolérance  ne  réussit  pas  »  il 
est  vrai ,  à  faire  tomber  les  armes  des  mains  de  tous  les  protestants. 
Le  margrave  de  Brandebourg-Bareuth ,  mis  au  ban  de  l'Empire,  per- 
sistait à  refuser  de  se  soumettre  et  continuait  les  hostilités  contre  les 
princes  ecclésiastiques  de  la  Franconie  et  de  la  province  rhénane. 
Peut-être  était-il  sous  main  encouragé  par  la  politique  de  l'empereur, 
qui ,  tout  en  se  déclarant  le  champion  de  la  foi  catholique  en  Alle- 
magne, n'était  pas  fâché  de  voir  les  princes  des  deux  cultes  s'affaiblir 
les  uns  les  autres  par  leurs  querelles  et  préparer  ainsi  eux-mêmes  les 
voies  au  pouvoir  absolu  du  nouveau  Charlemagne. 

Ce  fut  peut-être  pour  ménager  à  la  fois ,  comme  on  dit  vulgaire- 
ment ,  la  chèvre  et  le  chou ,  que  Charles-Quint  alla  se  loger  à  Landau 

(')  Pfeffel  ,  Histoire  du  droit  publie  de  VAUemagne ,  tome  u ,  page  177. 


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TILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  o6î> 

dans  la  maison  d'Ëhrliardt  de  Helmsladt ,  (i)  qui  élall  ù  la  fois  proche 
parent  de  Tévéque  de.  Spire  el  de  l'un  des  principaux  membres  de 
l'ancienne  ligue  de  Landau  sous  Frantz  de  Sickingen. 

Rassuré  sur  les  disposition  des  bourgeois  de  Landau  par  ce  séjour 
de  plus  de  deux  semaines  au  milieu  d'eux ,  et  plus  rassuré  encore  sur 
l'échéance  possible  de  leurs  mauvais  vouloirs  par  la  mise  à  sec  des 
épargnes  municipales ,  ruinées  coup  sur  coup  dans  le  cours  de  celle 
année  1552  d'abord  par  le  passage  du  roi  de  France ,  Henrj  ii ,  el  du 
margrave  de  Brandebourg  »  puis  par  sa  gracieuse  visite ,  Charles* 
Quint  quitta  enfin  Landau  pour  marcher  a  la  tête  de  son  armée  conlre 
le  duc  de  Guise  retranché  dans  Metz. 

Toutefois ,  à  l'exemple  des  empereurs  ses  prédécesseurs ,  il  ne  se 
mit  pas  en  route  sans  payer  l'hospitalité  des  bourgeois  par  quelques 
coufirmalîons  de  privilèges.  Car  Landau  n'en  était  plus  à  avoir  besoin 
de  privilèges  nouveaux.  Déjà  en  1521  il  avait ,  par  un  diplôme  daté 
de  Worms ,  ratiOé  l'annexion  définitive  de  la  ville  à  la  landvogley 
d'Alsace  et  confirmé  l'engagement  de  la  ville  ù  la  ville  même.  Ces 
confirmations  de  privilèges  ou  de  droits  dès  lors  non  contestés,  étaient 
sans  doute  un  papier-monnaie  peu  coûteux  pour  la  chancellerie  impé- 
riale,  mais  elles  avaient  toujours  l'avantage  de  rassurer  les  bourgeois 
de  Landau  sur  les  chances  inconnues  de  l'avenir,  surtout  lorsque,  par 
suite  de  la  cession  des  duchés  d'Autriche  et  de  Wurtemberg  à  l'ar- 
chiduc Ferdinand ,  frère  de  l'empereur,  le  titre  de  landvogt  d'Alsace, 
d'abord  conféré  à  ce  dernier,  fut  restitué  à  l'électeur  palatin.  Ce  retour 
de  la  landvogley  d'Alsace  à  la  maison  palatine  n'était  d'ailleurs  qu'un 
engagement  ou  plutôt  un  sous-engagement  provisoire.  Chose  étrange 
que  ces  engagements  et  sous-engagements  de  la  féodale  Allemagne! 
La  landvogley  d'Alsace  retirée  par  Maximiiien  i®'  à  la  maison  palatine, 
avait  été  par  lui-même ,  en  sa  qualité  d'empereur ,  engagée  à  la 
maison  d'Autriche ,  et  c'était  la  maison  d'Autriche ,  non  l'empereur . 
c'était  Charles-Quint  chef  de  la  maison  d'Autriche ,  plutôt  que  Charles- 
Quint  empereur  d'Allemagne  »  qui  engageait  de  nouveau  celte  land- 
vogley aux  Palatins ,  moyennant  40,000  écus  du  Rhin  et  une  rente  de 
8000  florins  d'or  sur  les  Pays-Bas.  (^)  Il  fallait  que  l'abus  des  engage- 

(*)  Voyez  BiRNBiiim. 

(*]SCH(EPFUN,  Alt.illf  tomeu,  Landvogis  d'Alsace  ^  paragraphe  266  des 
généalogies  historiques. 


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366  REVUE  D'ALSACE. 

menu  eût  poussé  de  bien  profondes  racines  en  Allemagne  ponr  que 
même  l'empereur  Cbarles-Quini,  si  riche  déjà  de  ses  possessions 
espagnoles  de  Flnde  occidentale ,  n'eût  pas  bonté  d'y  avoir  recours. 
Mais  ce  retour  au  comte  palatin  ne  fut  pas  de  longue  durée ,  car  en 
1556  la  landvogtey  d'Alsace  retirée  à  l'électeur  Otton-Henri  »  fils  de 
Rupert  ou  Robert,  rentra  dans  la  maison  d'Autriche,  qui  la  conserva 
jusqu'aux  traités  de  Westpbalie. 

Landau»  comme  le  reste  de  l'Alsace ,  n'eut  plus  de  rôle  marqué , 
depuis  1552 ,  dans  la  guerre  entre  la  France  et  l'Empire ,  guerre  que 
ne  finit  pas  même  immédiatement  l'abdication  de  Charles-Quint.  Elle 
avait  fourni  pour  cette  'guerre  son  contingent  de  soldats  à  l'armée 
impériale. 

La  période  de  paix  ou  plutôt  la  trêve  armée  dans  laquelle  les  catho* 
liques  et  les  protestants  d'Allemagne  entrèrent  pour  leur  commun 
avantage  vers  la  fin  du  règne  de  Cbarles-Quint  et  sous  son  successeur 
Ferdinand  i**,  eut  peut-être  pour  Landau  plus  de  bienCaiils  encore 
que  pour  la  plupart  des  autres  cités  où  les  deux  cultes  restaient  en 
présence.  Il  y  a  lieu  sans  doute  d'en  faire  honneur  à  la  modération  du 
parti  dominant,  mais  peut-être  l'épuisement  des  finances  de  la  ville 
contribua-t-il  à  cette  modération ,  car  l'abus  de  la  force  contre  les 
bourgeois  restés  catholiques ,  aurait  eu  pour  effet  de  les  obliger  à 
s'expatrier ,  ce  qui  n'aurait  pu  se  faire  sans  de  nouveaux  dommages 
pour  la  fortune  publique.  Au  contraire  grâce  à  la  tolérance  on  à  la 
prudence  montrée  en  cette  occasion  par  le  magistrat  de  Landau ,  la 
situation  financière  ne  tarda  pas  à  s'améliorer  assez  rapidement, 
malgré  les  années  de  sécheresse  qui  sévirent  à  cette  époque,  entr'autres 
et  surtout  l'année  1559. 

Ce  n'est  pas  que  pendant  la  seconde  moitié  du  seizième  siècle 
Landau  ait  pu  tout-à-fait  se  garer  des  malheurs  de  ce  temps.  Le 
contre-coup  des  guerres  de  religion  ne  pouvait  manquer  de  s'y  faire 
parfois  sentir.  La  lutte  entre  catholiques  et  protestants ,  quoiqu'elle 
eût  passé  avec  ses  plus  grandes  fureurs  du  sol  de  l'Allemagne  sur  le 
sol  de  France,  avait  parfois  des  incidents  désastreux  pour  les  pro- 
vinces fi-ontières ,  mais  ces  accidents  n'étaient  pas  assez  prolongés 
pour  altérer  sensiblement  leur  bien-être. 

A  titre  de  voisine  du  théâtre  de  la  guerre  la  ville  de  Landau  eut 
donc,  comme  d'autres  villes  d'Alsace,  à  souffrir  assez  souvent  du 
passage  des  reitres  et  des  lansqueneu  levés  en  Allemagne  pour  aller 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  567 

renforcer  rarmée  des  huguenots  de  France.  Ainsi  en  i  868  la  cani- 
pagne  autour  de  la  ville  fut  fort  maltraitée  •  malgré  la  communauté  de 
principes  religieux ,  par  le  contingent  que  Casimir ,  fils  de  l'électeur 
palatin  ,  Frédéric  ui ,  amena  à  l'amiral  de  Coligny. 

Dans  cette  même  année  1568  une  autre  troupe  de  huguenots  réfu- 
giée à  Strasbourg  sous  les  ordres  du  capitaine  dauphinois  La  Coche  (* ) 
ayant  fait  une  tentative  sur  Neubourg  y  y  avait  été  taillée  en  pièces 
par  le  duc  d'Aumale  accouru  de  Metz  à  la  tête  d'un  corps  de  troupes 
royales.  Une  partie  des  vaincus  avait  cherché  un  refiigesur  les  terres 
de  Deux-Ponts  et  jusques  sur  le  territoire  de  Landau ,  mettant  tout  à 
feu  et  à  sang  sur  son  passage ,  si  bien  que  même  les  paysans  protes- 
tants s'armèrent  contre  eux ,  et  les  traquèrent  comme  des  bêtes 
fauves ,  tandis  que  les  coureurs  du  duc  d'Aumale  menaçaient  à  leur 
tour  les  campagnes  du  Palatinat  et  de  la  Basse-Alsace.  Cette  dernière 
invasion  fut  heureusement  arrêtée  grâce  aux  vives  réclamations 
de  l'empereur  Maximilien  u  auprès  du  roi  de  France,  Charles  ix»  qui 
invita  le  duc  d'Aumale  à  ne  pas  continuer  la  poursuite  sur  les  terres 
de  l'Empire* 

La  nouvelle  armée  que  Jean  Casimir  vint  au  mois  de  juillet  1887 
réunir  près  de  Strasbourg  aux  régiments  suisses  levés  par  Clairvaut 
pour  le  service  de  Henri  iv  ou  plutôt  Henri  de  Navarre ,  ne  fit  pas 
moins  sentir  son  passage  aux  terres  de  Landau  qu'à  celles  de  Stras- 
bourg» et  les  regrets  témoignés  par  le  chef  des  réformés  de  France  à 
ses  bons  amis  les  magnifiques  ieigneun  Ammeistre ,  SteUmeisîreê  H 
Conseil  de  la  République  de  Strasbourg  (>)  au  sujet  des  excès  commis 
contre  leurs  corréligionnaires  d'Alsace  par  les  soldats  mercenaires 
levés  en  Allemagne  et  en  Suisse  auraient  pu  à  aussi  bon  droit  être 
adressés  aux  bourguemestres  et  sénat  de  la  ville  impériale  et  libre  de 
Landau. 

En  1877 ,  le  il  mars ,  fut  renouvelé  le  pacte  de  défense  mutuelle 
entre  les  dix  villes  libres  de  la  landvogtey  d'Alsace ,  parmi  lesquelles 
Landau ,  quoique  la  dernière  venue,  eut  le  8«  rang.  (') 

La  mort  de  l'évêque  de  Strasbourg ,  Jean  de  Manderscheid ,  avait 
rallumé  dès  iS92  ce  fatal  brandon  des  guerres  de  religion  qui  »  depuis 

(*)  Strobel  9  tome  iv ,  page  186.  * 

(')  Documents  des  archives  de  Strasbourg ,  par  M.  DE  Kbntzinger,  t.  i<S  p.  108.  ' 

(*)  Strobel,  tome  iv ,  p.  176 ,  oote. 


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368  REVUE  D'ALSACE. 

d 556,  avait  été  éloigné  du  pays  par  la  sagesse  des  successeurs  de 
Gbarles-Quiut.  La  dignité  épiscopale  de  Strasbourg  ou  plutôt  la  prin* 
cipauté  épiscopale  se  trouvait  disputée  par  des  représentants  des 
deux  cultes.  D'une  part  Jean^Georges  de  Brandebourg  élu  fiar  les 
quatorze  chanoines  protestants  du  grand  chapitre^  et  d'autre  part  le 
jeune  cardinal  Charles  de  Lorraine ,  évéque  de  Metz,  élu  par  les  sept 
chanoines  restés  catholiques ,  avaient  couru  aux  armes.  Il  peut  pa- 
raitre  assez  singulier  de  voir  une  mitre  d'évéque  servir  ainsi  de  but 
à  l'ambition  non-seulement  d'un  prince  catholique  mais  d'un  prince 
protestant  ;  mais  la  mitre  épiscopale  de  Strasbourg  ne  conférait  pas 
seulement  des  droits  spirituels ,  elle  était  en  outre  le  signe  d'une 
puissance  féodale  aussi  riche  que  militaire. 

Landau,  quoique  ne  faisant  point  partie  du  diocèse  de  Strasbourg, 
n'avait  pu  garder  une  complète  neutralité  dans  cette  querelle.  Les 
vœux  du  parti  dominant  étaient  pour  la  ville  de  Strasbourg  et  son 
prétendant  protestant  à  Tévéché.  Aussi ,  lorsque  les  chances  de  la 
guerre  eurent  tourné  en  foveur  du  cardinal  de  Lorraine ,  lorsque  la 
prise  de  Wasselonne  et  de  son  château  eut  permis  aux  troupes  épis- 
copales  de  Lorraine ,  de  pousser  des  partis  en-dehors  de  leur  ligne 
d'opération  et  de  menacer  les  alliés  ou  les  adhérents  des  Strasbour- 
geois,  on  put  craindre  un  instant  à  Landau  quelqu'attaque  du  cardinal. 
Déjà  des  préparatifs  étaient  faits  pour  soutenir  un  siège,  et  les  portes 
de  la  ville  avaient  reçu  double  garde  de  bourgeois  armés  de  pied  en 
cap.  Mais  tout  se  borna  à  quelques  sévices  de  maraudeurs  sur  les 
terres  de  Nussdorf  et  autres  de  la  dépendance  de  Landau.  La  trêve  de 
dix  ans  conclue  à  Sarrebourg  entre  le  cardinal  de  Lorraine  et  le  mar- 
grave de  Brandebourg  ôta  bientôt  à  nos  bourgeois  toute  inquiétude 
touchant  les  projets  du  cardinal ,  et  lorsque  cette  trêve  expira  vers  la 
fin  de  l'année  1602,  il  ne  paraît  pas  que  Landau  ait  pris  aucune  part, 
même  par  quelque  démonstration  sans  portée,  au  renouvellement  des 
hostilités. 

L.  Levhaclt. 


(La  tuite  à  la  prochaine  Hvraiion). 


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HYDROLOGIE  ALSACIENNE. 


Longtemps  dominée  par  des  vues  purement  empiriques,  la  méde- 
cine thermale  semblait  ne  pouvoir  s'engager  dans  la  voie  du  progrès 
si  largement  ouverte  aux  différentes  branches  de  l'art  médical.  Au- 
jourd'hui de  nombreux  et  importants  travaux  et  plusieurs  revues 
d'hydrologie  médicale  témoignent  de  l'intérêt  toujours  croissant  qui 
s'attache  à  ce  mode  de  traitement  contre  lequel  la  classe  aisée  se 
révolte  rarement. 

La  vallée  du  Rhin  »  déjà  favorisée  sous  tant  de  rapports ,  compte 
un  grand  nombre  de  sources  minérales»  mais  personne  encore  n'avait 
songé  à  faire  le  précieux  inventaire  de  ces  richesses  hydrologiques , 
en  réunissant  dans  un  seul  ouvrage  l'histoire  médicale  de  ces  sources 
et  leurs  indications  thérapeutiques.  Comprenant  cette  exigence  du 
moment  H.  le  docteur  Robert  vient  de  combler  cette  lacune  de  la 
manière  la  plus  heureuse  par  la  publication  d'un  livre  qui  se  recom- 
mande à  la  juste  appréciation  des  médecins  et  des  touristes. 

Indispensable  comme  guide,  vrai  comme  expression  thérapeutique 
de  la  valeur  des  eaux ,  riche  d'érudition  hydrologique ,  le  livre  de 
M.  Robert ,  capricieux  comme  un  voyage  »  vient  nous  distraire  sou- 
vent de  l'aridité  et  de  la  monotonie  de  l'analyse  chimique  par  des 
détails  historiques  et  la  description  artistique  de  la  contrée ,  consi- 
dérée au  point  de  vue  de  l'économie  sociale.  L'ouvrage  de  M.  Robert 
a  encore  le  mérite  de  réhabiliter  nos  établissements  français,  surtout 
ceux  de  l'Alsace ,  dont  quelques  uns  rivalisent  d'élégance  et  de  con- 
fortable. C'est  une  attention  toute  patriotique  dont  nous  félicitons 
très-sincèrement  le  docteur  Robert.  Car  il  faut  bien  l'avouer,  il  est 
peu  de  médecins  qui  n'aient  pas  vu  accueillir  avec  un  sourire  de 

0*  Atiflév.  24 


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370  RBVCE  D'ALSACB. 

dédaigneuse  incrédulité ,  la  prescripUon  d'une  saison  à  Tun  de  nos 
établissements  thermaux.  Quelque  salutaire  que  soit  l'action  spécifique 
des  eaux ,  quelque  pittoresque  que  soit  la  contrée»  quelque  gracieuse 
que  soit  la  naïade  ou  la  légende,  le  charme  et  le  prestige  restent  à  la 
rive  étrangère.  L'écho  lointain  du  bruissement  de  l'or  et  des  billets  de 
banque  des  salons  de  M.  Benazet  se.  mêle  au  chant  des  sy rênes  qui 
murmurent  sur  la  rive  droite  de  fallacieuses  promesses,  et  bientôt  l'on 
est  séduit  par  ce  raflSnement  attractih  Les  chances  de  santé  et  de 
fortune  sont  donc  en  raison  directe  du  carré  des  distances  parcourues. 

Nous  revenons  à  un  sujet  plus  sérieux ,  l'analyse  chimique ,  détail 
aride  et  insignifiant  pour  la  plupart  des  touristes  »  mais  très«intéressant 
^  au  point  de  vue  médical.  Recueillies  avec  beaucoup  de  soins  par  le 
docteur  Robert  »  ces  analyses  chimiques  ont  presque  toutes  été  faites 
par  des  hommes  occupant  une  position  éminente  dans  là  carrière 
scientifique.  Celles  du  pays  de  Baden  sont  le  résultat  de  travaux  récenu 
et  encore  inédits  du  professeur  Bunsen,  de  Heidelberg.  Sous  ce 
rapport  on  ne  peut  rien  désirer  de  plus  complet.  Ce  détail  a  été  né- 
gligé par  M.  C.  James  qui ,  sur  cent  quatre-vingt-quatre  bains  dont 
il  fait  mention  dans  son  traité  »  ne  donne  que  soixante-une  analyses; 
les  médecins  qui  consultent  cet  ouvrage  sont  donc  obligés  pour  cent 
vingt-trois  sources  d'accorder  une  foi  aveugle  aux  indications  tbéra- 
peutiques  formulées  par  l'auteur. 

Peut*étre  le  docteur  Robert  aurait-il  dû  joindre  à  son  ouvrage 
quelques  relevés  de  statistique  ou  de  clinique  thermale.  Hais  l'on  ne 
peut  pas  trop  exiger  d'une  première  édition.  D'ailleurs  M.  Robert 
qui  parait  embrasser  la  spécialité  de  la  médecine  thermale ,  vient  de 
fonder  une  Revue  d'hydrologie  médicale  ;  il  est  donc  en  mesure  de 
répondre  aux  desiderata  formulés  par  les  confrères  les  plus  exigeants. 

Nous  croyons  bien  faire  en  reproduisant  dans  la  Revue  â^AUaee 
un  travail  du  plus  haut  intérêt  :  Sur  la  fornuuian  des  eourcei  miné- 
raies ,  publié  dans  la  Revue  hydralogique  médicale  de  Strasbourg ,  par 
M.  le  docteur  Charles  Braun. 

La  solution  de  ce  problème  grandiose  a  de  tour  temps  vivement 
sollicité  les  efforts  des  intelligences  d'élite  ;  mais  »  par  un  contraste 
frappant  »  le  géDie  de  l'homme  qui  surprend  dans  les  régions  éthérées 
le  secret  de  la  lumière  et  les  lois  de  la  mécanique  céleste  »  ne  peut 
qu'avec  peine  sonder  les  profondeurs  du  chaos.  Longtemps  l'esprit 
humain  n'a  pu  saisir  aucune  des  scènes  du  grtind  drame  géologique 


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HYDROLOGIE  ALSAHENNE.  S7l 

qui  se  déroule  au  centre  de  notre  globe»  souvent  ébranlé  par  la  ré- 
volte incessante  d'éléments  encore  inconnus.  Aujourd'hui  la  question 
de  ininéralisaiion  et  de  thermalisalion  des  sources  se  rattachant  aux 
phénomènes  les  plus  considérables  de  notre  planète,  semble  marcher 
vers  une  solution  définitive ,  et  malgré  la  boutade  de  Rabelais  (^)  la 
science  moderne  triomphera.  Nous  laissons  parler  M,  le  docteur 
Charles  Braun  »  nos  lecteurs  n*y  perdront  rien. 

Jules-Frédéric  Pothod,  docteur  c 


FORMATION  DES  SOURCES  MINÉRALES  DE  WEESBADEN , 
par  H.  Charles  Braun,  docteur  en  médecine  et  en  chirurgie.  (^ 

Un  article  sur  la  formation  des  eaux  minérales  aurait  déjà  dû  fi^rer 
dans  un  des  premiers  numéros  de  notre  Revue ,  comme  introduction  à 
la  science  hydrologiqye  ;  malheureusement  cette  question  est  encore  à 
l'état  de  théories  ou  d'hypothèses  plus  ou  moins  fondées;  ces  documents 
sont  épars ,  et  nous  ne  les  avons  encore  nulle  part  trouvés  réunis  en 
faisceau  comme  dans  le  savant  ouvrage  de  notre  honoral>Ie  confrère  y 
M.  le  docteur  Braun ,  intitulé  :  Monographie  des  eaux  minérales  de 
Wiesbaden.  Nous  ne  pouvons  donner  un  exposé  plus  clair  et  nlus  érudit 
de  cette  Question  ,  qu  en  extrayant  textuellement  le  chapitre  VlII  de  cet 
ouvrage.  Bien  qu'il  traite  des  eaux  de  Wiesbaden  ,  il  n'en  résume  pas 
moins  toutes  les  théories  qui  ont  cours  dans  la  science  sur  ce  sujet. 

Les  eaux  minérales ,'  et  principalement  les  sources  thermales ,  pré- 
sentent un  phénomène  de  la  nature  si  remarquable ,  leur  emploi  dans 
les  cas  les  plus  graves  ,  a  produit  des  résultats  tellement  merveilleux , 
que  l'étude  de  leur  origine  et  des  conditions  de  leur  existence  ne  saurait 
être  indifférente  pour  personne.  Pour  le  médecin ,  elle  est  d'un  grand 
intérêt  en  ce  qu'elle  lui  fait  connaître  la  véritable  cause  de  l'efficacité 
des  eaux ,  leurs  prppriétés  curatives  et ,  par  voie  de  conséquence ,  l'op- 
portunité et  le  mode  de  leur  application. 

Dans  tous  les  temps ,  l'origine  et  la  formation  ^es  sources  minérales 
ont  été  un  sujet  de  méditations  et  de  recherches  pour  le  philosophe  et 
pour  le  naturaliste ,  et  ont  donné  lieu  à  des  théories  telles  que  les  com- 
portait l'état  des  sciences  naturelles  de  l'époque ,  à  des  doctrines  répon- 


(*)  Livre  ii .  chapitre  xxxin.  «i  Et  m'éhahys  grandement  d*un  taz  de  folz  philo- 
sophes et  midicins  qui  perdent  temps  Ik  desputer  d*ou  vient  la  chaleur  de  ces  dictes 
eaues  si  c'est  à  cause  du  baurach  ou  du  soulphre  ou  de  l'alun  ou  du  salpêtre  qui 
est  dedans  les  minières  car  ilz  n'y  font  que  rauasser  et  mieux  leur  vauldrait  aller 
se  frotter  le  cul  au  Panicault  que  de  perdre  ainsi  le  temps  à  desputer  de  ce  dont 
ils  ne  savent  l'origine. 

(*)  Les  eaux  minirake  de  Wiesboden ,  par  M.  G.  Braun ,  docteur  en  médecine 
et  en  chirurgie.  i85â. 


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Wi  RBVUB  D'ALSACE. 

dant  à  des  idées  préconçues  des  écoles  philosophiques  ou  en  harmonie 
avec  la  disposition  d'esprit  des  savants  qui  les  avaient  imaginées. 

Ces  théories  appartiennent  à  deux  ordres  d'idées  très-différents.  Les 
unes  assignent  à  la  formation  des  sources  minérales  une  cause  surnatu- 
relle ;  les  autres  expliquent  leur  origine  au  moyen  des  lois  de  la  phy- 
sique et  sont  par  conséquent  du  domaine  de  là  science.  Les  premières 
reposent  souvent  sur  une  donnée  purement  religieuse.  L'antiquité 
payenne  ^*  par  exemple ,  voyait  dans  les  sources  thermales  autant  de 
divinités  bienfaisantes  ;  dans  les  idées  du  moyen-âge  elles  passaient  pour 
des  émanations  de  la  volonté  divine  et ,  suivant  Origène  ,  ce  sont  ded 
larmes  versées  par  les  anges  déchus  en  expiation  des  péchés  de  l'hu- 
manité. D'autres  fois  ces  théories  s'élèvent  à  des  considérations  philoso- 
phiques et  y  quoique  datant  d'une  époque  plus  rapprochée  de  la' nôtre , 
elles  ne  sont  guères  plus  judicieuses  que  les  précédientes  et  reposent  en 
général  sur  les  conceptions  erronées  de  l'école  de  la  philosophie  natu- 
relle. Pour  les  inventeurs  de  ces  dernières,  Keferstein^  (<)  Steffens, 
Alexis  et  autres,  les  eaux  thermales  sont  le  produit  organique  du  travail 
vital  de  la  terre ,  du  principe  vital  primordial.  En  donnant  libre  carrière 
à  leur  imagination ,  ils  ont  dit  sur  cette  matière  des  choses  fort  belles^ 
mais  hélas  ,  bien  peu  vraies  !  Keferstein  fait  dériver  la  formation  des 
sources  du  travail  respirîttoire  de  la  terre  ;  il  veut  y  voir  le  produit  d^ 
l'acte  d'exhalation  du  globe.  Steffens  va  plus  loin  dans  cette  voie  fantas- 
tique ;  il  attribue  à  l'organisme  terrestre  une  acUon  spontanée  sur  la 
lune  en  vertus  de  prétendus  rapports  de  polarité ,  et  considère  les 
sources  comme  le  produit  d'organes  de  sécrétion  de  notre  planète ,  ce 
ui  fit  dire  plaisamment  à  Berzelius  que  la  terre  devait  être  pourvue 
l'un  grand  nombre  de  reins.  Nous  ne  mentionnons  ces  singulières  élu- 
cubrations  que  comme  un  objet  de  pure  curiosité  et  tenons  toute  espèce 
de  réfutation  pour  superflue. 

Parmi  les  théories  qui  reposent  sur  une  base  scientifique ,  trois ,  de 
nos  jours ,  comptent  encore  des  partisans  ;  celles  du  travail  électro- 
galvanique ,  de  la  sublimation  et  du  lavagç. 

La  théorie  du  travail  électro^lvanique  appartient  aussi  à  l'école  4e 
la  philosophie  naturelle ,  mais  elle  a  la  prétention  de  s'appuyer  sur  les 
données  de  l'histoire  naturelle  et  sur  les  lois  de  la  physique.  En  Alle- 
magne ,  ses  défenseurs  les  phis  ingénieux  furent  Hariess  et  Wurtzer.  En 
France  même,  elle  eut  des  adhérents  dans  Socquet,  Martinet  et Fodéré. 

Elle  suppose  dans  l'intérieur  du  globe  des  couches  immenses  de  fos- 
siles juxtaposées  et  superposées,  formant  de  gigantesques  batteries 
galvaniques  en  activité  et  oéposant  des  sels  à  leurs  extrémités  polaires 
en  même  temps  qu'il  s'y  développe  du  calorique;  c'est-à-dhre  un  modèle 
de  la  pile  de  Volta  exécuté  par  la  nature  sur  une  échelle  colossale.  Par 
les  efiets  continus  et  d'une  intensité  toujours  é^le  de  ces  batteries 
gigantesques ,  les  partisans  de  cette  doctrine  croient  expliquer  les  pro- 
portions toujours  constantes  dans  la  composition  chimique ,  l'égalité^de 


î 


(')  Keferstein,  Rvdimentt  d'histoire  tiaturelli  du  corps  terrestre,  Leipzig  1834. 


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tlYDBOLOGlB  ALSACIENNE.  375 

la  température  ainsi  que  la  durée  des  sources  minérales  qu*ils  appellent 
les  créations  vivantes  de  l'organisme  minéral  primordial  ou  les  produits 
organiques  de  l'organisme  terrestre. 

Il  est  inutile  de  dire  que  cette  théorie  ne  repose  sur  aucune  preuve 
fournie  par  Texpérience.  La  géologie  n'a  jusau'à  ce  jour  découvert  nulfe 
part,  dans  le  sein  des  montagnes,  des  coucnes  dans  un  état  de  tension 
et  d'activité  électro-galvanique. 

Supposons  d'ailleurs  que  le  hasard  se  soit  chargé  de  construire  dans 
le  sein  du  globe  une  immense  pile  voltaïque  ;  cette  pile  serait  insuffi- 
sante pour  expliquer  l'origine  des  sources  minérales ,  car  à  l'un  des 
pôles  il  ne  se  formerait  que  des  bases ,  à  l'autre  que  des  acides ,  et  il 
faudrait,  pour  arriver  à  la  formation  des  sels  contenus  dans  les  sources, 
imaginer  à  côté  de  la  première  une  seconde  pile  composée  de  couches 
inversement  disposées.  Remarquons  en  outre  que  si  les  partisans  du 
travail  électro*çalvanique  veulent  mener  leur  théorie  à  bonne  fin ,  ils 
doivent  nécessairement  admettre  dans  le  sein  de  la  terre  l'existence  de 
ces  immenses  magasins  de  sels  si  vivement  combattue  par  eux  dans  la 
théorie  de  la  formation  des  sources  par  le  lavage ,  à  moins  qu'ils  n'aillent 
jusqu'à  affirmer  que  les  bases  et  les  acides  sont  tirés  du  néant  par  l'ac- 
tion galvanique ,  conformément  à  la  belle  découverte  de  Paciani  à  la- 
quelle aucun  naturaliste,  pas  même  son  auteur,  ne  saurait  croire 
sérieusement. 

Dans  la  théorie  par  la  sublimation,  on  envisage  les  sources  minérales 
comme  les  manifestations ,  les  productions  durables  et  paisibles  d'un 
foyer  volcanique.  On  y  admet ,  et  en  ceci  elle  est  d'accord  avec  la  plui)art 
des  systèmes  anciens  ajnsi  qu'avec  la  théorie  du  lavage,  qu'il  existe 
dans  les  profondeurs  de  la  terre  une  masse  ignée  ,  cause  coëffîcente  des 
sources  minérales  ;  mais  elle  s'écarte  de  cette  dernière  en  ce  qu'elle 
considère  les  eaux  comme  le  produit  direct  de  ce  foyer  central ,  tandis 
que  la  théorie  du  lavage  n'en  Jait  dépendre  que  certaines  conditions  de 
la  formation  des  sources. 

Stift  {^)  est  le  premier  qui  se  prononça  ouvertement  pour  la  théorie 

Sr  la  suolimation.  Suivant  lui  les  sources  minérales  sont,  à  l'instar  des 
uptioas  volcaniques ,  un  effet  de  ce  feu  central ,  témoin  irrécusable 
Se  notre  globe  est  sorti  des  mains  du  Créateur  à  l'état  de  masse  en 
non.  «  Aussi  longtemps ,  dit-il ,  que  les  émanations  gazeuses  de  ce 
foyer  furent  contenues  par  les  masses  des  montagnes ,  leur  force  expan- 
sive  dut  augmenter  jusqu'à  ce  qu'elle  leur  frayât  un  passage  par  des 
soulèvements  et  des  déchirements.  Au  même  instant  les  laves  firent 
éruption ,  les  roches  volcaniques  se  formèrent  et  les  émanations  terres- 
tres trouvèrent  une  issue  à  travers  les  crevasses  de  ces  roches.  Puis  les 
éruptions  cessèrent ,  le  ^rand  travail  de  la  nature  dans  les  entrailles  de 
la  terre  s'organisa  régulièrement  et  put  se  manifester  d'une  manière 
continue  dans  les  sources  minérales  auxquelles  l'eau  météorologique , 
affluant  par  les  fissures  du  sol ,  servit  de  véhicule.  » 


(*)  Dueription  géognoitique  du  duché  de  Naaau. 


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374  REVUE  D*  ALSACE. 

Voici  les  faits  sur  lesqu*5ls  cet  auteur  prétend  baser  son  opinion  : 

i^  Les  sources  minérales  sont  généralement  répandues  sur  la  terre  ; 
elles  prennent  naissance  dans  toutes  les  formations  montagneuses  ,  de 
même  que  ces  dernières  sont  toutes  traversées  par  des  productions 
volcaniques. 

2®  Leur  composition  chimique,  leur  température,  leur  principal 
caractère,  dans  une  contrée  donnée,  ne  varient  pas;  il  en  est  de  même 
des  caractères  distinctifs  des  produits  volcaniques. 

3^  Elles  sont  remarquables  comme  les  volcans  par  leurs  exhalaisons 
gazeuses. 

A^  La  plupart  des  éléments  des  eaux  minérales  se  trouvent  également 
à  l'état  de  subUmation  dans  les  produits  des  éruptions  volcaniques. 

5*^  Les  tremblements  de  terre  les  plus  étendus  et  les  plus  destructeurs 
ne  se  font  que  faiblement  sentir  dans  les  contrées  qui  possèdent  des 
sources  minérales.  ' 

6^  Quelques  sources  minérales  ont  été  visiblement  influencées  par  des 
tremblements  de  terre  considérables  dont  le  foyer  était  cependant  très- 
éloigné. 

7^  Les  éruptions  volcaniques  donnent  fréquemment  naissance  à  des 
sources  minérales  nouvelles  qui  tarissent  lorsque  les  productions  volca- 
niques cessent ,  ou  sont  périodiaues  comme  les  éruptions  elles-mêmes; 
toutes  les  contrées  où  il  existe  des  traces  d'un  foyer  volcanique  éteint , 
possèdent  également  des  sources  minérales  contenant  plus  ou  moins  les 
principes  (]ui  constituent  le  caractère  distinctif  de  la  production  volcanique. 

Stift  rejette  Faction  exclusive  de  la  sublimation  dans  la  formation  des  • 
eaux  minérales ,  et  admet  le  concours  de  certains  phénomènes  atmo- 
sphériques. II  suppose  même  que  la  majeure  partie  de  l'eau  des  sources 
minérales  chaudes  et  toute  celle  des  froides  n'est  autre  que  de  l'eau 
météorologique  qui  s'infiltre  dans  les  profondeurs  de  la  terre  par  les 
voies  déjà  indiquées ,  tantôt  pour  se  combiner  avec  l'eau  formée  au  foyer 
central  et  chargée  de  substances  minérales ,  tantôt ,  sans  pénétrer  jus- 
qu'au foyer  même ,  pour  en  recevoir  les  exhalaisons  et  les  sublimations 
et  de  là ,  revenir  au  jour  en  vertu  des  lois  hydrostatiques  dont  la  puis^ 
sance  est  encore  augmentée  par  la  pression  des  gaz. 

La  théorie  de  la  sublimation  se  distingue  de  la  précédente  en  ce  qu'elle 
repose  sur  une  base  véritablement  scientifique.  Elle  a  été  développée 
avec  beaucoup  de  talent ,  et  il  est  à  regretter  que  Slifl  n'ait  pas  tenu  sa 
promesse ,  en  poussant  iusqu^au  bout  ses  savantes  investigations.  Nous 
mettrons  à  profit ,  pour  la  théorie  du  lavage ,  son  excellente  démonstra- 
tion de  l'origine  simultanée  des  roches  volcaniques  et  des  sources  miné- 
rales. Un  grand  nombre  de  celles-ci ,  on  ne  saurait  le  méconnaître , 
doivent  leur  naissance  à  l'action  volcanique ,  et  dans  J)ien  des  cas ,  les 
eaux  n'ont  dû  recevoir  leurs  principes  minéraux  qu'à  la  suite  d'un  travail 
de  sublimation.  Mais  par  contre ,  dans  beaucoup  d'autres  cas ,  il  serait 
difficile  de  prouver  qu'une  pareille  action  ait  jamais  existé  ou  existe 
encore.  La  proportion  toujours  constante  des  substances  minérales , 
régalité  de  la  température  et  du  volume  des  sources  ne  témoignent  pas 


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UTDROLOOIE  ALSAaBN!«B.  375 

en  faveur  de  Faction  volcanique  continue  ;  elles  la  rendent  au  contraire 
invraisemblable ,  car  on  com])rend  aisément  qu'un  volcan  puisse  s'é* 
teindre ,  mais  non  comment  il  se  réduirait  aux  proportions  minimes 
d'un  feu  égal  et  modéré. 

Nous  arrivons  maintenant  à  la  théorie  qui  explique  la  formation  des 
eaux  minérales  par  le  lavage  des  fossiles  terrestres ,  théorie  qui  dans 
ces  derniers  temps  a  été  Totyet  de  nombreuses  recherches  et  s'est  élevée 
par  des  démonstrations  scientifiques  au  rang  des  vérités  les  mieux  éta- 
blies. Elle  remonte  à  l'antiquité  la  plus  reculée.  Aristote  dit ,  dans  sa 
météorologie  et  ses  problèmes ,  que  la  couleur  et  la  saveur  de  l'eau  dé- 
pendent des  propriétés  du  sol  qu'elle  traverse.  Pline  formule  toute  la 
théorie  en  ce  peu  de  mots  :  taies  sutU  aquœ  qualis  est  terra  fer  quam 
fiuunt  (Telle  est  la  terre ,  telles  les  eaux  qui  la  pénètrent).  Mais  ce  qui 
n'était  pour  l'antiquité  qu'un  axiome  philosonhique ,  fut  confirmé ,  dans 
les  temps  modernes ,  par  les  découvertes  ae  la  science.  D'abord ,  des 
savants  comme  Berzetius,  Fontan,  BischofT  et  Vetter ,  montrèrent,  la 
grande  conformité  de  la  composition  chimique  des  eaux  minérales  avec 
celle  des  roches  qui  se  trouvent  dans  leur  voisinage.  Ensuite ,  on  dé- 
montra que,  dans  de  certaines  conditions ,  les  roches  abandonnent  aux 
eaux  filtrant  à  travers'  leurs  assises  les  substances  chimiques  constitu- 
tives des  eaux  minérales.  C'est  à  Struve  (i)  qu'appartient  le  mérite  d'avoir 
le  premier  prouvé  ce  fait  directement  au  moyen  de  l'analyse  chimique 
et  d'avoir  par  là  dissipé  toute  espèce  de  doute  sur  la  formation  d  un 
grand  nombre  de  sources  minérales.  Il  produisit  artificiellement ,  à 
.Quelques  diflérences  insi^ifiantes  près  et  en  opérant  sous  une  pression 
ne  deux  atmosphères  environ ,  de  l'eau  de  Bilin  (Josephsquelle)  avec  du 
porphyre  schisteux  venant  du  Donnersberg ,  près  Tœplitz  (Bohème)  et 
de  Teau  chargée  d'acide  carbonique.  La  voie  étant  ainsi  tracée,  de  nou- 
velles investigations  firent  voir  que  le  sol  des  montagnes ,  aux  environs 
des  sources,  en  contient  tout  les  éléments,  et  par  des  travaux  ultérieurs, 
Struve  put  se  convaincre  que  l'eau  chargée  d'acide  carbonique  opère 
dans  la  plupart  des  roches,  même  sous  la  pression  modérée  dune 
atmi^phère  et  demie ,  la  décomposition  des  silicates  de  soude  et  de  po- 
tasse ,  que  l'eau  pure  exerce  déià  une  action  décomposante  sur  certaines 
roches  et  dissout ,  dans  le  porphyre  schisteux  et  les  basaltes  de  Platten- 
berg ,  le  carbonate  de  soude  et  surtout  le  sulfate  de  soude  et  le  chlorure 
de  sodium ,  mais  qu'il  faut  que  l'eau  soit  chargée  d'acide  carbonique , 
pour  dissoudre  les  silicates  et  donner  naissance  à  des  bicarbonates 
solubles. 

(La  suite  produsinement). 


(*)  Beproduetion  orHficieUê  des  mnw  mMraUs  thermc^. 


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SAINTE  FOI,  SAINTE  ESPÉRANCE  ET  SAINTE  CHARITÉ, 

FILLES  DE  SAINTE  SAPIENCE. 
ÉTUDES  HAGIOGRAPHIQUES. 


Non  seulement  tons  les  dieux  du  ciel  «  non  seulement  ceux  de  le 
terre  et  de  l'agriculture,  ceux  des  montagnes ,  des  mers,  des  fleuves, 
des  fontaines,  tous  ceux,  en  un  mot,  qui  présidaient  à  la  nature 
physique ,  avaient  un  culte  à  Rome ,  mais  encore  les  génies  qui  pré- 
sidaient aux  phénomènes  les  plus  abstraits  de  l'esprit  humain ,  y 
avaient  des  autels.  Je  citerai ,  enlr'autres ,  la  Raison .  (>)  la  Piété ,  (') 
la  Pndkité ,  (3)  la  Vertu ,  (*)  l'Hoaneor ,  (»)  1* Excellence ,  (<)  la  Pro-^ 
prêté-,  O  l'Equité ,  if)  la  Clémence.  (*)  La  Foi  y  eut  aussi  plusieurs* 
temples.  (^^)  On  l'adorait  comme  une  divinité»  fille  de  Jupiter.  Numa, 
diiaitron  «  lui  avait  dédié  le  plus  ancien  de  ses  sanctuaires  sur  le  mont 
Palatin.  Elle  en  eut  par  la  suite  deux  autres ,  dont  Tun ,  sous  l'invo- 
cation de  Ftdei  fubUca  (la  foi  qui  préside  aux  droits  des  nations)  fut 
consacré  dans  le  Capitole  par  EmiliusScaurus,  et  dont  l'autre,  sous 

•    ■    ■'  '  ■'■'■'      l'i  I    II  ■■    .1      ■■■,  I  I         ,.-    I.     ,  .1.    .1    .y  ■■    . 

(*)  Jtfimt.  —  V.  Oto).  ,  Fatt. ,  vi ,  241  ;  Liv. ,  xin ,  9  et  20  ;  Cic. ,  N.  D.  n  : 
S2,  Ug.  u ,  il  ;  Augustin  ,  4v,  21  ;  Lactant.  ,  i  ,  20 ,  13. 

(*)  Jyroi.  —  V.  Pl».  ,  H..N.  VII ,  36  ;  Valbr.  Hax.  ,  v  ,  4 , 7.  Son  tfimple 
éiait  placé  à  c6té  da  UiéStre  de  Maroellos 

(']  FudUitia.  —  Y.  Lrv. ,  x ,  23  ;  Festus  ,  p.  207  ;  P.  Victor  ,  ng.  tiré.»  vin» 

(*)  Yirtui.  —  V.  Liv. ,  xxvu ,  23  ;  xxix  ,11;  Valer.  Max.  ,1.1,8. 

(•)  Bbfiot.  —  V.  Cic.  ,  l0^.  ii  ,  23  ;  P.  Victor  ,  r§g.  urb.  i. 

(•)  Proêstana,  —  V.  Arnob.  ,  iv  ,  3. 

(^J  Mundiiieê.  -—  V.  P.  Victor  ,  reg.  utb.  xul 

(•)  ASquitas.  —  V.  Arnob.  ,  rv,  1. 

OCUmmtia.  —  V.  Plir.  ,  n,  S,  7. 

('*)  Fidet.  ^  V.  Liv.  ,  i  ,  21  ;  Servius  ,  JBnrid. ,  i ,  296 ;  Lactamt.  ,  i ,  20, 
26;HORAT.,acl.i,33,21. 


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ÉTUDES  mGIOGRAPHIQUBS.  377 

rinvoGation  de  Ftdei  eanéUda  (la  foi  pure,  ou  sincère)»  le  fut»  en  l'an 
400  de  Rome  »  dans  le  Forum  par  Attilius  Calatinus  •  auquel  fut  dû  » 
la  même  année  »  celui  de  l'Espérance  ^  (*)  situé  devant  la  porte  Car- 
mentale.  Au  service  du  temple  du  Capitole  était  préposé  le  collège 
des  prêtres  féciaux  au  nombre  de  vingt. 

L'Amour  ou  la  Charité  avait  aussi  un  autel  à  côté  de  celui  de  la 
Concorde  dans  le  temple  de  Jupiter  Capitolin.  La  fête  de  ces  deux 
génies  avait  Ifeu  sous  le  nom  de  Chartitia,  le  vui  de  kalendes  de  mars 
on  22  février.  On  brûlait  l'encens  devant  leurs  images  ;  et  »  en  les 
invoquant»  on  joignait  à  leurs  noms  celui  de  Junon  Conciliatrice ,  qui 
avait  son  temple  sur  le  mont  Palatin.  C'était  dans  ce  dernier  temple 
que  se  rendaient  principalement  les  épouses  malheureuses,  pour 
confier  à  la  tagt  déeue  la  cause  des  discordes  qui  les  éloignaient  de 
leurs  maris.  Elles  y  témoignaient  de  leur  f<A  envers  elle  et  de  lenr 
apéranee  en  sa  protection.  Cette  fête  des  Charisties  était  encore  d'u- 
sage sous  les  règnes  de  Constantin  et  de  Julien  »  a|i  iv«  siède  de  l'ère 
chrétienne.  (*) 

Lorsque  le  christianisme  finit  par  devenir  l'unique  culte  de  la  niasse 
des  habitants  de  Rome  »  et  que  le  paganisme  n'exista  plus  que  dans 
la  campagne»  on  substitua  à  la  Charité  payenne  Sainte  Charité  et  l'on 
broda  sur  cette  prétendue  sainte  une  légende.  On  en  fit  la  sœur  de 
Sainte  Foi  et  de  Sainte  Espérance  »  et»  comme  ces  deux  dernières . 
la  fille  de  Sainte  Sapience  ou  de  Sagesse  ;  c'est-à-dire  qu'on  réunit 
dans  cette  petite  histoire  tous  les  noms  des  différents  génies  qu'on 
invoquait  an  jour  des  Charisties. 

n  fallait  »  à  cette  époque»  peu  d'effort  de  la  part  du  clei^é  »  pour 
répandre  de  telles  histoires.  Grâce  aux  nouveaux  noms  mis  en  scène, 
au  cuite  qu'on  rendit  à  ces  saintes  »  aux  prières  qui  furent  composées 
en  l'honneur  de  leur  prétendu  martyre»  le  culte  de  la  Foi»  de  l'Espé- 
rance et  de  la  Charité  »  vertus  que  l'ancienne  religion  faisait  découler 
du  sein  de  Junon  Sospita^  personniBcation  la  plus  parfaite  de  la 
fenune  déesse»  à  laquelle  avaient  recours  non  seulement  les  matrones» 
mais  encore  les  vierges»  ce  qui  lui  fit  donner  à  It  fois  le  titre  de 
Vierge  et  celui  de  Reine  »  que  Ton  transmit  par  la  suite  à  la  Vierge 
chrétienne»  fut  bien  vite  oublié.  On  ne  parla  que  de  Sapience»  qui  » 

(*)  Spêi,  —  STiTics  parle  de  cette  déesse. 

(*}  Calendrier  de  Constantin  »  dans  Petad  »  Uranolog. ,  tom.  m. 


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578  REVUE  d'alsacb. 

avec  une  sagesse  an-dessas  de  tout  éloge ,  avait  fSa  résister  à  toutes 
les  épreuves  de  sa  nature  de  mère ,  pour  laisser  immoler  ses  filles 
plutôt  que  de  renier  son  Dieu. 

La  légende  raconte  que  Sainte  Sapience  était  la  veuve  d*un  illustre 
Romain ,  laquelle  venue  dans  la  capitale  de  Fempire  avec  ses  trois 
filles  Foi  »  Espérance  et  Charité,  y  avait  été  dénoncée  comme  chré- 
tienne au  temps  de  la  persécution  de  Dioclétien.  Invitée  à  se  rendre 
au  tribunal  du  préteur»  elle  n'avait  pas  hésité  à  reconnaître  le  fait. 
Mais  loin  de  se  disculper,  elle  engagea  ses  filles  à  témoigner 
de  leur  foi  en  Jésus-Christ.  Envain  le  préteur  tenta  tons  les  moyens 
pour  la  ramener  à  d'autres  sentiments.  Pensant  que  son  cœur  faibli- 
rait en  présence  des  peines  infligées  à  ses  filles ,  Il  fit  mettre  à  nu  la 
plus  Jeune,  et  la  fit  attacher  au  pilori ,  pour  être  battue  de  verges. 
La  mère  t  loin  de  s'émouvoir ,  ne  parla  que  pour  encourager  son 
enfant  à  souffrir ,  et,  par  ses  discours ,  releva  son  courage»  chaque 
fois  que  la  douleur  lui  arrachait  un  cri.  Elle  assista  de  même  la  se« 
conde ,  de  même  i'alnée ,  ne  cessant  d'invoquer  le  Christ .  et  leur 
montrant  le  ciel  ouvert,  d'où  la  palme  de  martyre  leur  était  présentée. 
Sourde  à  toutes  les  remontrances ,  et  n'ayant  point  voulu  sacrifier 
aux  faux  dieux ,  le  préteur  ordonna  qu'elle  fût  pour  toujours  privée 
de  ses  enfants.  Il  les  fit  l'une  après  l'autre  décapiter  en  sa  présence , 
sans  que  Sapience  pût  être  timorée.  Elle  contemplait  le  ciel,  et»  dans 
son  extase  •  semblait  suivre  le  vol  de  chacune  de  ses  filles  vers  le 
Dieu  qui  les  appelait  pour  les  couronner.  Enfin,  privée  de  tout  ce  qui 
lui  fut  cher ,  elle  fut  jetée  dehors  du  prétoire ,  et ,  ainsi  seule ,  et 
sans  autre  soutien  que  sa  foi ,  son  espérance ,  la  charité  qui  lui  or* 
donnait  de  prier  pour  ses  bourreaux ,  elle  passa  le  reste  de  sa  vie 
dans  l'isolement  et  la  méditation,  jusqu'à  ce  qu'après  tant  d*eprenves» 
Dieu  enfin  eut  pitié  d'elle  et  l'appela  dans  son  sein. 

Cette  légende  date  évidemment  de  l'époque  où  lé  culte  des  trois 
génies  païens  fut  abandonné ,  mais  où  néanmoins  lajnémoire  en  était 
encore  en  partie  restée.  Elle  acquit  d'autant  plus  de  popularité  que , 
par  les  autels  qui  furent  mis  sous  Tinvocation  des  trois  saintes ,  où 
leur  martyre  fut  consacré  par  la  peinture,  où  l'on  montra  même  leura 
reliques  (car  bon  nombre  d'églises  en  contiennent  encore  de  nos 
jours) ,  le  nouveau  culte  voulut  en  constater  la  vérité ,  et  que ,  par 
les  prières  qu'il  formula  en  leur  honneur ,  il  provoqua  chez  les  fidèles 
la  demande  d'intercession  de  ces  bienheureuses  auprès  de  Dieu. 


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ÉTUDES  HAGIOORAPHIQUES.  579 

Quelques  générations  s'étaient  à  peine  succédées  •  que  personne  t 
parmi  le  peuple ,  ne  douta  plus  de  leur  existence  réelle*  Si  TEglise 
elle-même  »  i  une  époque  moins  lointaine  »  regarda  comme  symbo- 
lique cette  conjonction  de  noms ,  qui  ne  sont  que  l'exprestfon  des 
Tertus  les  plus  parfaites  du  chrétien ,  elle  n'osa  plus  néanmoins  s'é- 
lever^contreleur  authenticité  historique,  et,  au  contraire  »  lescon* 
signa  toujours  depuis  dans  ses  martyrologes ,  dans  ses  litanies ,  dans 
ses  prières  comme  ceux  d'êtres  réels. 

De  Rome  la  légende  passa  de  bonne  heure  aux  Grecs  qui ,  de  noms 
pris  dans  leur  langue ,  appelèrent  les  trois  saintes  PistU ,  Elpk  et 
Agapé.  Ils  leup  donnèrent  pour  mère  Sophia,  cette  sagesse  éternelle, 
sous  la  tutelle  de  laquelle  Censtaniin ,  dans  sa  ville  du  Bosphore , 
avait  placé  Téglise ,  qui ,  après  les  nombreuses  reconstructions 
qu'elle  eut  à  subir ,  porte  encore  aujourd'hui  ce  nom  comme  mos- 
quée.  (1)  Chez  eux  néanmoins ,  comme  chez  les  Ladns ,  le  culte  des 
trois  saintes  ne  réunit  pas  toujours  leurs  trois  noms.  Souvent  chacune 
d'elles  est  isolée,  ainsi  que  l'étaient  les  trois  génies  de  l'antiquité. 
Comme  emblèmes  des  vertus  théologales  et  chrétiennes,  on  les' 
trouve  au  contraire  toujours  représentées  ensemble,  et  souvent, 
peintes  sous  les  figures  les  plus  gracieuses  ,  tenant  l'une  la  croix  et 
le  livre  quien  explique  les  mystères ,  l'autre ,  portant  ses  regards 
vers  le  ciel  qui  s'entr'ouvre ,  et  vers  lequel  son  âme  vole  ;  la  troi- 
sième ,  donnant  le  sein  à  un  jeune  enfant  qu'elle  allaite ,  et  distri- 
buant du  fruit  et  de  l'or  aux  autres  enfaots  qui  l'entourent.  C'est  sans 
contredit  la  plus  précieuse  allégorie  que  nous  ayons  imitée  de  l'anti- 
quité ;  je  dirai  même  que  nous  l'avons  embellie,  autant  que  la  morale 
chrétienne ,  dégagée  de  tout  fanatisme  religieux ,  l'emporte  sur  celle 
du  paganisme. 

Les  Allemands  reconnaissent  les  trois  saintes  sous  les  noms  de 
Ftdei,  Spei  et  Charitas  que  leur  donne  la  légende  latine.  Néanmoins, 
comme  êtres  allégoriques,  ils  leur  laissent  la  dénomination  allemande 
de  Glaube,  Hoffhung  et  Liebe.  La  légende  chez  eux  a  remplacé  lé 
mythe  bien  plus  ancien ,  qui  se  perd  dans  l'origine  de  la  nationalité 
germanique  et  qui  mettait  en  scènes  les  trx>is  Nomes  ou  filles  du 
destin.  Elles  représentaient  le  passé ,  le  présent  et  l'avenir ,  c'est*à- 

[*)Âia  Sofia,  Y.  les  différentes  bâtisses  de  ce  roonoment,  Robert  Wàlsh, 
traddctioD  de  Kaisbr  ,  Cinutantinapêl  und  seine  Umgehungm ,  p.  96. 


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380  RETUE  D*ALSAGB. 

dire  le  cercle  de  réternité  à  laquelle  présidé  celte  sagesse  éternelle 
et  imInl1able^«  d'où  découlent  les  vertus  que  le  christianisme  a  per- 
sonnifiées. 

L'on  n'a  reproché  ma  philosophie  panthéique.  C'est  certainement 
le  reproche  que  je  mérite  le  moins,  puisque,  convaincu  qu'il  n'existe 
qu'une  seule  et  unique  cause  immatérielle ,  je  tends  au  contraire  à 
persuader  qu'il  ne  peut  y  avoir  de  médiateurs  entre  cette  cause  im- 
matérielle, quelque  nom  qu'on  lui  donne,  et  l'homme,  et  qu'en 
l'admettant ,  on  ne  fait  que  remplacer  par  des  êtres ,  souvent  fictifs , 
telles  que  le  sont  les  quatre  saintes  dont  je  viens  de  commenter  la 
légende,  d'autres  êtres  fictifs  dont  l'ancien  culte  avait  peuplé  la 
nature,  et  qu'il  subordonnait  au  Grand^oui. 

Max,  db  Ring. 


BIBLIOGRAPHIE. 


ETUDES  MYTHOLOGIQUES. 

Mœurt  •  eouiumei  et  croyanees  iuper$titieu$e$  du  peuple  tyrolun ,  par 
M.  IGN.  ZiNGERLÉ.  —  SUten,  Br&ttche  und  Meinungen  des  Iiroler 
Foiftej,  .gesammelt  und  herausgegeben  von  Ignaz  Zingerl^.  •— 
Innsbruck ,  1857 ,  8»,  213  pages ,  avec  xxii  pages  renfermant  l'in* 
troduction  et  la  littérature. 

En  recueillant  avec  soin  les  légendes  populaires  ainsi  que  les  contes 
de  famille  et  d'enfants ,  s!  répandus  en  Alfemagne ,  les  frères  firrtmm 
ont  jeté  les  véritables  fondements  du  système  reUgieux  des  ancien» 
Germains.  Ils  ont  fait  plus,  leur  exemple  a  provoqué,  non-seulement 
dans  leur  patrie ,  mais  encore  dans  le  reste  de  l'Europe,  des  recueils 
analogues ,  qui ,  outre  leur  intérêt  local ,  présentent  des  points  de 
comparaison  importants  et  permettent  de  poursuivre  jusqu'à  son 
origine ,  la  grande  filiation  des  peuples  de  race  japhétfque.  (^) 

(*)  C'est  ce  qu'oui  entrepris  aussi  MM.  DÉsnÉ  MomaER  et  AniÉ  VnusTRnaiR 
dans  lean  Traditions  pofuUiirm  comparées  ^  dont  le  premier  volume  lenfénnQ 


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BlBLlOGtUPHIB.  381 

Il  appartenait  au  créateur  de  la  grammaire  historique ,  à  l'iobti- 
gable  Jacob  Grimm,  de  rassembler  les  éléments  épars,  d'en  établir 
la  véritable  signification ,  de  faire  revivre  œs  grandes  figures  mytho- 
logiques ,  telles  qu'elles  se  présentent  soit  dans  les  épopées  natio- 
nales »  soit  dans  les  chansons  ou  les  légendes  populaires;  en  un  mot  » 
de  devenir  aussi  le  créateur  de  la  mythologie  germanique. 

Grâce  à  lui  »  la  science  »  qui  p  trop  longtemps  »  s'était  uniquement 
adressée  aux  parchemins  ou  aux  monuments  d'architecture  et  de 
sculpture  •  est  descendue  des  régions  élevées  où  elle  planait ,  pomr 
interroger  aussi  les  traditions  i>opulaires ,  ces  documents  vivants  » 
transmis  fidèlement  de  génération  en  génération  sous  des  formes  aussi 
riches  que  variées.  En  effet ,  elle  étudie  maintenant  avec  ardeur  ^  ce 
qu'autrefois  elle  avait  ignoré ,  négligé  ou  dédaigné  :  les  contes  des 
veillées  et  les  légendes  xles  prêtres  et  des  chasseurs ,  les  croyances 
superstitieuses  et  les  chansons  populaires,  voire  même  jusqu'aux 
rondes  et  aux  jeux  d'enfants.  Heureusement  elle  a  commencé  à  se 
mêler  de  ces  bluettes  si  pleines  de  sens»  de  ces  niaiseries  si  profondes 
et  si  riches  en  résultats  !  c'est  à  elle  »  c'est  à  la  science  critique  sur- 
tout qu'était  dévolu  le  droit  de  coordonner  tous  ces  éléments  •  de  les 
trier ,  d'en  élaguer  les  faux  joyaux  ;  car  »  de  même  qu'il  y  a  des  fabri- 
cants d'antiques  et  d'antiquailles ,  il  existe  des  faiseurs  de  contes  et 
de  légendes,  faussaires  non  moins  condamnables  que  les  premiers» 

M.  Ignace  Zingerlé,  professeur  au  gymnase  d'Innsbruck  »  dont  nous 
annonçons  un  recueil  de  Moeurs ,  ccutumes  et  croyancei  iupers6tieu$ei 
du  peuple  îgroUen,  n'est  certainement  pas  du  nombre  de  ces  derniers. 
Il  n'en  est  pas  non  plus  à  son  début ,  dans  ces  recherches  si  pleines 
d'intérêt  ;  il  nous  a  déjà  donné»  conjointement  avec  son  frère  cadet, 
H.  Joseph  Zingerlé ,  prêtre  à  Méran  »  deux  beaux  volumes  de  Contes 
de  famille  du  Tyrol,  et  a  publié  récemment  un  travail  remarquable 
sur  la  pbétiqne  Légende  de  S^  Oswald  »  ainsi  que  d'autres  productions 
estimées  de  tous  ceux  qui  s'occupent  d'études  mythologiques  ou  de 
poésie  populaire. 

les  nègnss  de  Voir  €i  de  la  tsrre^  Pans  1854»  802  pages  iii-8«;  tandis  que  le 
rédacteur  de  la  il0vu0  mylAoJo^iM  {Zeitsehrift  fUr  âsuUeh»  Mythologis) ,  vient 
de  nous  donner  ses  Mythes  germaniquss  {Germanisehe  Fonehungen)  »  l^*  parUe» 
Berlin  1858  »  400  pages  iii-8%  dans  iesqueMes  il  chexcbe  à  ratUcher  les  principales 
divinités  Scandinaves  ou  germaniques  k  leurs  prototypes  correspondants  dans  la 
myibologie  indienne. 


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S82  REYins  d'alsacb. 

Sorli  de  la  bonne  école  des  Grimm  et  des  Simroek^  M.  ZingerU  a 
réuni  dans  le  volume  doni  nous  parlons  »  une  série  de  notices  inté- 
ressantes sur  la  vie  intima  et  les  croyances  pieuses  ou  superstitieuses 
de  ce  peuple  du  Tyrol  si  simple  et  si  primitif  encore  »  et  que  nous 
nous  garderons  bien  de  juger  d'après  ces  chanteurs  ambulants ,  dont 
l'extrait  de  naissance  est  d'ordinaire  peu  d'accord  a?ec  leur  pitto- 
resque travestissement. 

Le  travail  de  M.  ZingerU  est  serré ,  sobre  dans  l'expression  »  mais 
d'autant  plus  substantiel  dans  son  contenu.  En  analyser  les  différentes 
parties  y  serait  chose  diflScile;  car,  à  peu  d'exceptions  près  »  cène 
sont,  pour  ainsi  dire,  que  des  aphôrismes  populaires ,  dont  997  nu- 
méros se  rattachent  aux  usages  et  aux  croyances  populaires ,  et  326 
aux  chansons  on  énigmes  d'enfants.  Dans  chacune  de  ces  deux  caté- 
gories ,  noDS  avons  trouvé  bon  nombre  de  morceaux  connus  aussi  en 
Alsace.  Voici ,  d'ailleurs ,  la  division  du  recueil  tyrolien  : 

I.  La  naiuance  et  les  années  d'enfance.  —  II.  L'amour  et  le  mariage. 
—  III..  La  maison.  —  IV.  La  mort  et  les  esprits.  —  V.  Le  diable ,  les 
sorcières ,  les  sortilèges.  —  VI.  Les  animaux.  —  VII.  Les  plantes.  — 
VIII.  Les  vents  et  les  différents  phénomènes  météorologiques.  —  K.  l'an- 
née  du  paysan ,  les  fêtes  et  les  usages  qui  s'y  rattachent.  —  X.  Varia  et 
euppléments. — Xli  Chansons  et  énigmes  du  jeune  âge. — XII.  Appendice. 

Cet  appendice  renferme  un  fragment  très-curieux  d'un  poème  du 
quinzième  siècle  ,  intitulé  :  c  La  fleur  de  la  vertu ,  i  par  le  Tyrolien 
Tintler  et  dont  il  existe  un  manuscrit  à  la  bibliothèque  d'Innsbruck. 
M.  Zingerlé  a  choisi  les  passages  de  cet  auteur  qui  traitent  des  super- 
stitions populaires <du  Tyrol,  à  l'époque  où  vivait  Yintler^  poète  aussi 
gracieux  que  plein  de  sens.  Son  poème  mériterait  bien  l'honneur 
d'une  publication  complète  et  consciencieuse ,  et  personne  ne  serait 
mieux  que  U.  Zingerlé,  en  état  de  se  charger  d'un  pareil  travail,  que 
le  monde  savant ,  nous  en  sommes  sûr ,  accueillerait  avec  un*  vif  sen- 
timent de  reconnaissance. 

AUG.  Stoeber, 

pporMwnr  an  ooUége  de  MoIhmiM. 


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BtBLlOORAPHlB.  38S 

Zoologie  du  jbunb  âge  ou  HUtom  naturelle  de»  ammanx,  écrke  pour 
la  jeunesse ,  par  M.  bBREBOULLBT  »  professenr  à  la  faculté  des 
aciences  de  Strasbourg ,  directeur  du  musée  d'histoire  naturelle  » 
chevalier  de  la  Légion-d'Houneur,  etc.  (<) 

Rieu  n'est  rare  comme  les  bons  ouvrages  de  zoologie  à  la 
|K>rtée  de  tous  les  esprits.  Les  livres  d'histoire  naturelle  destinés  à  la 
jeunesse»  ne  sont  ordinairement  que  des  Collections  d'images  {dus  ou 
moins  mal  faites,  accompagnées  de  descriptions  entachées  d'erreurs  et 
de  fables.  S'ils  peuvent  servir  à  amuser  la  basse  enfance,  ils  sont  com- 
plètement insuffisants  pour  jeter  dans  les  jeunes  têtes  les  bases  d'une 
instruction  solide.  Aujourd'hui  les  sciences  naturelles»  quoique  basées 
uniquement  sur  l'observation,  visent  à  l'exactitude  et  ai  elles  ne 
peuvent  prétendre  à  une  précision  mathématique ,  elles  tiennent  au 
moins  à  l'exactitude  des  faits.  Il  importe  beaucoup  que  tout  ce  qui 
est  destiné  à  la  jeunesse ,  porte  un  cachet  absolu  de  vérité.  L'erreur 
inculquée  à  une  jeune  intelligence ,  détermine  une  déviation  d'esprit 
bien  difficile  à  redresser  plus  tard.  On  veille  avec  tant  de  sollicitude 
à  préserver  les  enfants  de  toute  difformité  physique ,.  pourquoi  n'en 
ferait-on  pas  autant  à  l'égard  des  difformités  d'esprit?  Disons«le  tout 
de  suite ,  cet  écueîl  n'est  pas  à  craindre  avec  un  observateur  aussi 
consciencieux  que  M.  Lereboullet  ;  il  n'avance  que  ce  qui  lui  est 
prouvé ,  et  s'il  est  amené  à  parler  d'un  fait  douteux ,  il  a  soin  de  ne  le 
donner  que  pour  ce  qu'il  vaut. 

L'histoire  naturelle  des  animaux  a  acquis  une  nouvelle  importance 
par  les  utiles  travaux  de  la  Société  zoologique  d'acclimatation  ;  donc 
au  mérite  de  combler  une  lacune  dans  les  moyens  d'enseignement , 
l'ouvrage  de  M.  Lereboullet  joint  encore  celui  de  l'à^propos.  SI  l'au- 
teur le  destine  tout  modestement  à  la  jeunesse ,  il  sera  souvent  étudié 
ou  consulté  avec  fruit  par  l'âge  mûr  et  il  vaudra  certainement  plus 
d'un  membre  de  plus  à  cette  illustre  société. 

£a  zoologie  du  jeune  âge  commence  par  une  introduction  où 
M.  Lereboullet  précise  les  caractères  des  différents  règnes  de  la  nature  ; 
puis  il  s'arrête  au  règne  animal  et  termine  par  un  tableau  de  classifi* 
cation  des  animaux. 

(*)  A  Strasbourg,  librairie  Dériraiiz  ,  me  des  Hallebardes.  Une  livraison  toai 
les  dix  Jours ,  texte  in-4o,  à  deux  colonnes,  320  dessins  ooloriés. 


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384  Mvm  d'alsâcs. 

Confonnément  aux -principes  de  Umi^  il  déflnit  aîasi  les  trois 
règnes ,  tels  qu'on  les  admet  généralement  : 

c  Les  minéraux  sont  inertes,  ils  ne  vivent  pas,  mais  ils  cmuem, 
—  Les  végétaux  iToûieni  et  vivent,  —  Les  animaux  crotfâeni  •  vtveni 
et  êentenu  —  Chaque  règne  »  ajoute-t*il .  s'élève  donc  d'un  degré  au- 
dessus  du  règne  qui  précède.  » 

En  ce  qui  concerne  rhonune ,  M.  Lereboullet  paruge  les  idées 
modernes  et  il  Texclut  ^  avec  raison ,  du  règne  animal,  c  A  ces  trois 
règnes  de  la  nature ,  dil-il  »  on  pourrait ,  disons  mieux  »  on  devrait 
en  ajouter  un  quatrième,  un  règne  particulier  pour  l'homme* 
L'homme  «  en  effet ,  est  de  deux  natures  ;  outre  sa  nature  animale 
qui  le  fait  participer  au  reste  de  la  Création ,  il  a  une  nature  spiri- 
tuelle étrangère  à  toute  autre  créature  terrestre  et  qui  se  révèle  par 
les  actes  de  son  Intelligence.  L'homme  est  le  seul  être  qui  ait  de  la 

raison ,  qui  pense  et  qui  parle... L'homme  doit  donc  étreséparé 

des  animaux ,  et  son  histoire  naturelle ,  qui  constitue  une  science 
étendue,  désignée  sous  le  nom  d'anifcropoloj^ ,  doit  être  traitée  A 
part.  La  zoologie  sera  donc  pour  nous  YhUloire  naturelle  des  anwMux 
proprement  diu.  i 

Passant  à  la  classification ,  il  divise  le  règne  animal  en  quatre  grands 
embranchements ,  savoir  :  Les  animaux  vertébrée  ;  les  animaux  orA- 
eulés  ou  anneléê;  les  animaux  moUusquei  ;  les  animaux  rayonnes  ou 
zoophytes» 

Nous  nous  arrêterons  là  de  cette  analyse.  Dans  des  articles  vM* 
rieurs  nous  passerons  «n  revue  ces  quatre  embranchements  à  mesure 
de  leur  publication. 

•  Il  faut  beaucoup  de  science  pour  bien  faire  un  ouvrage  élémentaire* 
Nous  sommes  heureux  que  M.  Lereboullet  se  soit  dévoué  à  oe  travail 
aussi  ingrat^qu'utile  ;  la  jeune  génération  en  sera  reconnaissante  à 
notre  savant  lauréat  de  l'Institut.  Le  succès  immanquable  de  la  Zoo-' 
togie  du  jeune  âge  prouvera  à  l'éditeur,  que  malgré  les  préjugés  de 
centralisation  qui  existent  en  France,  l'on  peut  toi^ours  entreprendre 
en  province  la  publication  d'un  bon  livre ,  surtout  lorsqu'on  dispose 
d'une  typographie  comme  celle  de  M.  Silbermann ,  qui  sait  exécuter 
les  planches  coloriées  avec  autant  de  perfection  que  le  texte. 

Le  livre  de  M.  Lereboullet  trouvera  place  dans  toutes  les  familles 
ei  dans  toutes  les  écoles. 

NaI>0LÉ0N  NlCRLÈS, 

correspondant  do  rAoadéinio  de  Stanifln. 


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GERTRUDE  DE 


Si  desplakkes  de  la  Lorraine  oa  de  l'Alsace  rapprochées  des  oioau 
▼osgiens ,  le  fôyagear  porte  ses  regards  vers  ces  derniers  »  il  manqae 
rarement  de  s'enqaérir  d'une  roche  en  grès  rouge ,  couronnée  d'une 
chapelle  •  et  qui  dessine  sa  masse  irrégulière  sur  l'azur  du  del  ;  cha- 
cun alors  de  lui  répondre  :  c'est  le  clocher  de  Dagsbourg  «  aujour- 
d'hui Dabo,  au  sommet  du  Schbmberg ,  à  la  base  duquel  jaillit  la 
source  de  la  Bièvre  qui  ya  arroser  la  yallée  sablonneuse  de  BrimzUuU. 
Au  sommet  de  la  roche  était  le  Burg  seigneurial  du  comté  de.  Dags- 
bourg que  les  Français  ont  détruit  Q). 

En  4906 ,  son  possesseur  éuit  Adelbert  III ,  de  la  famille  de  Saint- 
Léon  et  l'un  des  plus  puissants  seigneurs  de  l'Alsace;  car,  aussi  loin 
que  sa  Tue  pouvait  s'étendre  depuis  la  plate-forme  de  son  donjon ,  il 
n'était  guère  de  domaine  qui  ne  relevât  de  lui  à  un  titre  quelconque. 
Deux  fils  dans  la  force  de  l'âge  et  de  la  plus  belle  espérance ,  Henri 
et  Wilhelm ,  et  une  fille  du  nom  de  Gertrude*  composaient  sa  famille 
pour  laquelle  il  rêvait  les  plus  brillantes  destinées  «  lorsqu'un  jour  le 
gardien  des  échanguettes  lui  signala  l'approche  d'un  messager  dont 
la  cotte  de  mailles  était  recouverte  d'un  surcot  noir  :  on  le  vit  gravir 
lentement  le  Schhuberg ,  s'approcher  du  pont-levis  et»  saisissant  la 
trompe  appendue  auprès  »  il  en  tira  un  son  rauque  et  sauvage  ;  la 
porte  lui  est  bientôt  ouverte ,  et  le  messager»  admis  en  présence 
d' Adelbert»  è'incline  respectueusement  et  lui  remettant  entre  les 
mains  une  lettre  qu'entourait  un  large  ruban  noir»  relié  à  ses  extré- 
mités par  uii  sceau  en  cire  de  même  couleur,  c  Noble  comte,  dit-iU 
de  la  part  de  Monseigneur  Tévêque  de  Liège.  »  Adelbert  a  pâli 

(*  Le  13  novombiN'  1679. 

9*  Amm.  â5 


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386  REVUB  D'ALSiCB. 

il  brise  le  sceau  d'une  main  tremblante C'était  Tannonce  de  la 

mort  de  ses  deux  fils  qui  \  dans  un  tournois  donné  à  Andenne  »  s'é- 
itaient  tous  deux  frappés  mortellement  !  (1200.) 

Âdelbert»  resté  sans  d'autre  enfant  que  Gertrude,  s'occupa  dès 
lors  à  lui  donner  une  éducation  brillante,  et  elle  répondit  à  ses  soins. 
Quand  elle  apparut  sur  la  scène  du  monde  »  on  s'entrtf  enait  encore 
dans  toute  l'Allemagne ,  mais  surtout  en  Alsace ,  de  la  haute  piété  et 
des  éclatantes  vertus  du  Saint*Pape  Léon  IX.  Comme  lui  »  Gertrude 
allait  briller  quoique  d'un  éclat  bien  différent.  De  sa  beauté  nul  ne 
parlait ,  mais  chacun  célébrait  à  l'envi  l'esprit  »  le  savoir,  mais  sur- 
tout les  richesses  de  la  fille  d'Adelbert ,  de  la  future  héritière  des 
comtés  d'Ggui&heim ,  de  Dagsbourg  et  de  Metz.  Les  reUgimx  de 
Biarmoutier  avaient  été  ses  maîtres  ;  la  langue  latine«e  lui  était  pas 
moins  familière  que  l'allemande  et  la  française ,  et  sa  mémoire  était 
ornée  des  traits  les  plus  saillants  de  ces  Romains  de  chevalerie  dont 
les  belles  châtelaines  faisaient  alors  leurs  délices  ;  ces  lectures  jointes 
aux  Lkds  des  Minenagers ,  exercèrent  une  grande  iofluenoe  sur  la 
jeune  comtesse  qui  se  plaisait  surtout  en  la  compagnie  de  ces  hommes 
dont  la  vie  se  passait  à  aller  demander  de  château  en  château  une 
hospitalité  qu'on  était  heureux  de  l^r  donner^  et  soldant  leur  dé« 
pense  avec  des  chants  de  guerre  ou  d'amour  ;  ces  chants  firent  une 
vive  impression  sur  l'esprit  de  Gertrude  et  développèrent  en  elle  avec 
le  génie  de  la  poésie  un  vif  penchant  à  l'amour  «  dont  la  nature  avait 
déposé  le  germe  au  fond  de  son  coeur  et  qui  devait  fatalement  influer 
sur  sa  vie. 

A  peine  Gertrude  était^elle  parvenue  à  l'âge  de  seize  ans  qu'on  vit 
afQuer  au  Bwrg  seigneurial  les  jeunes  nobles  alsaciens  »  désireux  d'ob- 
tenir sa  main;  mais  tous  se  retirèrent  bieqtôt,  quand  Thiébaud,  le 
fils  de  Ferry ,  duc  de  Lorraine ,  et  l'un  des  plus  beaux  hommes  de 
son  temps  {}) ,  se  présenta.  Qui  aurait ,  en  effet,  osé  faire  concur- 
rence à  un  prétendant  qui ,  indépendanunent  de  ses  avantages  per- 
sonnels,  devait  placer  une  couronne  fermée  au  front  de  4son  épouse? 
Leurs  noces  furent  célébrées  en  grande  pompe  »  à  Colmar ,  en  1216 , 
et  Frédéric ,  roi  des  Romains  »  les  honora  de  sa  présence.  Peu  de 
temps  après ,  Adelbert  mourut ,  et  son  corps  fut  placé  dans  le  tom- 

(^)  Formosittimus  fuU  omnium  kominumewisuntiuminpravinciam»  (Alberic, 
ad  anno  1215). 


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OEBTMMB  ns  DAGSiOURG.  38/ 

beau  •  reréia  de  son  «nnare  ^mplèie ,  ainsi  qa*il  était  d'usage  en 
Allemagna  poor  les  DObles  dbnt  la  its^Dée  s'éteignait  en  eut.  Lors- 
qu'en  1828 ,  on  ouTrit ,  au  flanc  du  Schh$iberg ,  le  chemin  qui  con- 
duit an  pied  de  la  roche ,  les  ouvriers  trouTèrent,  m*a-t*ôn  assuré  » 
un  coffre  en  pierre  recouvert  d'une  dalle  épaisse  :  il  renfermait  des 
ossements  >  un  glaive  à  demKrongé  par  -la  rouille  et  des  éperons.  Ne 
sont-«e'pas  les  restes  du  comte  4e  Dagsbourg,  dont  le  hanbert 
mnîUé ,  en  usage  de  son  temps  »  a  été  oiûdé  et  délmit  entièrement? 

Le  dac  Ferry  lui  survécot  de  peu.  Ainsi  Gertrnde  et  son  époux  se 
trouvèrent  en  possession  de  leurs  riches  héritages,  etl'évéquede 
Metz  »  qui  avait  le  droit  de  reprendre  le  comté  de  cette  ville  après 
t'exlinctloQ  de  la  ligne  masculine»  consentit  à  ei|  lafsser  la  jouissance 
viagère  ft  Gerirude.  Quel  brillant  avenir  s'offrait  dès  lors  en  per- 
spective aux  jeunes  époux  1  Esprit ,  beauté ,  gloire  »  puissance  »  ils 
réimîsaaienl  tout  ce  qui  fait ,  dit-on ,  te  bonhenr  »  et  cependant  pen 
d'existences  ftirent  plus  tourmentées  et  plus  malheureases  que  la 
leur»  ainsi  qu'on  va  le  voir. 

Vers  cette  éfoqfÊ» ,  deux  puissants  eompiéciteors  se  disputaient 
l'empire  :  c'était  Frédéric  II»  roi  des  Romains  >  et  Othon  »  qui  venait 
de  prendre  la  couronne  impériale.  Le  premier  avait  jugé  à  propos  de 
s'assurer  Tassistaiioe  du  duc  Ferry»  moyennant  la  promesse  de  4»000 
marcs  d^argent  »  pour  quoi  il  lui  remit  en  gage  la  ville  de  Rosheim , 
m  Alsace  ;  mais  à  la  mort  de <op  dernier»  Frédéric  s'en  remit  en  pos* 
session  sans  avoir  rien  déboursé  »  et  au  grand  déplaisir  de  Tbiébaud 
qui  avait  formé  des  projeta  d'agrandissement  de  ce  côté  et  voulait 
Ure  de  Rosheim  la  base  de  ses  opérations  htures  :  il  résolut  donc 
d'y  rentrer  a  tont  prix  et  envoya  à  cet  effet  un  corps  de  milices  sons 
le  conMOÉndeflient  de  Lambyria  d'Arches»  son  migordome»  s'em- 
busquer dans  la  vallée  de  la  Bruche  »  située  à  la  frontière  de  son 
comté  de  Dagsbourg.  Ce  dernier  avait  ordre  d'y  attendre  le  duc  » 
mais  ne  voyant  arriver  personne  et  tochant»  du  reste»  que  les  portes 
de  la  ville  n'étaient  pas  gardées ,  Il  pénétra  sans  peine  jusqu'au 
centre  »  et  aussitôt  ses  hommes  se  mirent  à  piller  et  se  livrèrent  à 
tous  les  excès  trop  ordinaires  à  ceux  qui  prennent  une  place  d'assaut. 

Cependant  les  bourgeois  »  surpris  »  s'étaient  d'abord  retirés  dans 
l'église  et  le  cimetière.  Un  chevalier  »  nommé  Othon  »  qui  se  trouvait 
avec  eux  »  se  mit  à  leur  tête  »  et  quand  il  vit  que  les  hommes  de 
Lamhyrin ,  repus  de  viandes  et  de  boisson  «  avaient  peine  ù  f;e  sou- 


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388  a8?0K  d'alsacs. 

tenir ,  il  fil  ttoe  sortie ,  toiDl>a  snr  eux  et  en  massicra  la  plus  grande 
partie.  Lambyrin  lai-méme  eut  granéTpeine  à  s'écbapper  pour  aller 
faire  part  au  duc  de  sa  mésaventure  (i). 

Frédéric  •  qui  était  alors  occupé  à  guerroyer  contre  Otboo ,  ne 
pouvait  songer  à  tirer  vengeance  de  ce  guet-apens  ;  mais  Thiébaud , 
qui  en  redoutait  les  conséquences  pour  l'avenir  si  Frédéric  avait  le 
dessus ,  crut  .devoir  les  prévenir  en  allant  se  joindre  à  Otbon  éous  les 
enseignes  duquel  il  combattit  bravement  ;  toutefois  l'issue  de  cette 
guerre  ne  lui  fut  pas  favorable.  Frédéric  vainquit  son  rival  dans  les^ 
plaines  de  Bouvines  et  dès  lors  Tbiébaud  fit  tous  ses  efforts  pour  se 
réconcilier  avec  lui  et  vint  même  lui  faire  visite  i  Metz  (1214).  Mais, 
ne  pouvant  se  consoler  de  la  perte  de  Rosbeim  «  il  entreprit ,  trois 
ans  après ,  de  s'en  rendre  maître  et  cette  fois  il  y  réussit.  Frédéric 
indigné ,  convoqua  à  la  bâte  ses  vassaux ,  marcha  contre  Thiébaud 
qui  n'était  pas  en  mesure  de  tenir  la  campagne  et  le  contraignit. à 
chercher  un  refuge  au  château  d'Amance  où  il  l'assiégea  avec  l'aide 
des  troupes  que  lui  fournirent  Blanche  de  Champagne  et  Henri,  comte 
de  Bar  »  lesquels  avaient  de  graves  siyets  de  plainte  envers  le  duc  de 
Lorraine. 

Durant  ces  événemenu,  que  faisait  Gertrude? 

Délaissée  par  son  volage  époux ,  (')  elle  cherchait  des  distractions 
dans  l'étude  «  la  poésie  et  les  etbau  ammreux  dont  ne  u  fil  ftmUe. 
Cette  conduite  fut  dénoncée  au  duc  qui  chassa  probablement  d'auprès 
d'elle  des  amu  par  trop  compromettants ,  et  la  fit  rigoureusement 
surveiller  ;  c^est,  du  moins ,  ce  qu'on  peut  conjecturer  en  lieant  les 
strophes  suivantes  où  elle  déplore  d'une  manière  un  peu  vive  la  perte 
d'un  de  ses  amis  et  l'éloignement  des  autres ,  et  leur  exprime  ses 
regrets  de  n'avoir  pas  fait  pour  eux  tout  ce  qu'ils  poavafeni  déitm*. 

LA  DtJCHAlSSE  DE  LORRAINE. 

I. 

Per  tnintat  fois  Bor^i  esteit  requiie 
C'ains  ne  chantai  ainû  com'  je  soléie. 
Car  je  suis  si  aloignie  de  joie 
Ke  j'en  devraie  èstre  plut  entreprise 

—     ^    -  -  - 

(*)  RicuR,  Chron.  Senon.  ^  11b.  tif ,  c.  tu.  ^  Alberic  ,  Chron. ,  p.  465. 
(■}  E8SAR0,  dans  iÊory^'Elvange.  Soivadt  <5Bt  écrivain ,  on  avait  noué  Vaipùl- 
ktt$  à  Tbiéinad. 


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GERTRCDB  DB  DA66B0UR6.  589 

Al  mien  Toloir  mondé  en  iteil  gaiie 
Com  celle  Ûst  cul  je  «embler  voroie  • 
Dido  ke  ftut  por  Enéag  occise. 

il. 

Ahi  aims,  tout  à  vostro  devise 
Ke  oe  fls-ge  tant  com  je  vo  veoie  ! 
Gens  vilainne ,  cui  je  tant  redovtoie 
M'ont  si  greveit  et  si  arière  mise, 
C'ains  ne  vos  pot  mérir  votre  senrixe , 
S'estre  poet ,  plux  m'en  repentlroye 
C'Adam  ne  fist  de  la  pome  c'et  prise. 
III. 

Çains  por  Forcon  ne  fit  tant  Anfeliie  (') 
Com  je  por  vos ,  amis  s'or  vos  r'avoie  ; 
Haix  ce  n'iert  j'ai  la  première  moroie  • 
Naix  je  ne  puis  morir  en  itel  guisse 
C'ancor  me  r'ait  amors  joie  promise. 
Ci  veul  doloir  an  len  de  meneir  joie  : 
Poene  et  travail  iert  mais  ma  rente  aiise. 

IV, 

Per  Dien ,  amis ,  en  grant  dolor  m'ait  meiae. 
Mort  vilaine ,  ke  tout  le  monde  guerroie  • 
Veux  m'a  tolut  la  riens  ke  tant  amoie  ; 
Or  suis  fénix ,  lasse  »  soûle  et  eschive , 
Dont  il  n'est  c'uns  si  comme  on  le  devise  » 
Mais  à  Boiennes  m'en  reconfortiroie 
Se  por  ce  non  c'amors  m'ait  en  justice.  (*) 


(*y  Ces  deux  amants  sont  les  héros  de  la  chanson  de  Gest  de  Foulqua  de  Candie, 
branche  de  Guillaume  au  Gourt-nes. 

(*)  Traduction  littérale  : 

I. 
Maintes  fois  j'û  été  requise 
De  chanter  suivant  ma  coutume , 
Mais  je  suis  si  éloignée  de  toute  joie. 
Qu'il  faudrait  que  je  lusse  mieux  disposée ,  (que  je  ne  le  suis) 
Car  mon  vouloir  serait  de  mourir 
Comme  celle  à  qui  je  voudrais  ressembler , 
Didon  qui  mourut  pour  Enée. 


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S90  REVmt  B'ALSACS. 

Ces  stances  font  partie  d'un  recueil  maonscrit  de  poésies  do  trei- 
zième siècle  que  possède  la  bîUiotbèqoe  impériale  (>)  ;  elles  existent 
aussi  »  mais  avec  quelques  transpositions  et' variantes  »  dans  un  ma- 
nuscrit de  la  bibliothèque  de  Berne  »  sous  le  titre  de  la  Duehai$$e  de 
Lorraine  (^).  Or,  cette  duchesse  »  qui  pourrait-elle  être  sinon  Ger- 
trude  9  la  dame  aux  ùurigues  et  etbau  amoureux  ?  Que  pour  le  style 
et  la  versification  ces  strophes  soient  inférieures  à  celles  du  comte 
Thiébaud  de  Champagne ,  nul  ne  le  conteste  »  mais  il  y  a  dans  celles 
de  Gertrude  plus  de  sensibilité  et  de  naturel  ;  on  doit  d'ailleurs 
prendre  en  considération  que  Gertrude  écrivait  dans  une  langue  qui 
n'était  pas  la  sienne.  Maintenant  revenons-en  à  son  malheureux 
époux  »  que  nous  avons  laissé  assiégé  dans  son  château  d'Amance. 

u. 

Hélas  !  amis,  que  ne  fU-je  tout  i  votre  pUisîr 

Pendant  que  je  vous  avais  ; 

Mais  les  enideuz  que  tant  je  redoutais 

M'ont  teUement  adlii^e  et  humiliée , 

Que  je  n'ai  pu  récompenser  vos  services. 

Si  cela  eut  été  possible ,  je  me  repentirais  (de  ne 

L'avoir  pas  fUt)  plus  qu'Adam  d'avoir  pris  la  pqmme. 

m. 

Certes  Forcon  ne  fit  pour  Amfélize 

Autant  que  je  ferais  pour  vous ,  amis ,  si  je  vous  r'avais  ; 

Mais  cela  ne  saurait  être  que  la  première  que  je  mourusse  ; 

Et  je  ne  puis  mourir  ainsi 

Avant  quO"  l'amour  ne  me  procure  encore  quelque  joie , 

Maintenant  je  veux  me  plaindre  loin  de  me  réjouir. 

Peine  et  travaU  seront  désormais  ma  rente  assurée. 

!Y. 
Pour  Dieu ,  amis ,  je  suis  mise  en  grande  douleur. 
Mort  cruelle ,  qui  faites  la  guerre  à  tout  le  monde , 
Vous  m'avez  ravi  la  chose  que  j'aimais  tant  ! 
Maintenant ,  malheureuse ,  délaissée ,  sans  ressources , 
Je  suis  comme  le  phénix  qui  est  seul ,  oomme  on  le  dit  ; 
Toutefois  je  m'en  consolerais  sans  peine 
Si  je  n'éprouvais  le  besoin  d'aimer. 

(*)  Collection  de  Saint-Germain,  n»  1989. 

(')  N*  389.  On  en  doit  la  connaissaaoe  4  M.  A.  JiibiBal. 


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GERTRUDE  DE  DAGSBOURG.  391 

Eq  présence  d'un  péril  si  imminent  »  le  duc  de  Lorraine  envoya  des^ 
messagers  reguérir  l'aide  de  ses  nobles ,  qui  la  lui  refusèrent  »  et  il 
reçat  en  même  temps  la  nouvelle  que  plusieurs  d'entre  eux  s'étaient 
joints  à  ses  ennemis.  Y  a*t-il  lieu  de  s'en  étonner  ?  Et  pourquoi?  Richa 
et  puissant ,  Thiébaud  s'était  fait  détester  pour  son  orgueil  ;  tombé 
dans  l'infortune  »  il  ne  trouvait  pins  que  dédain  et  abandon  ;  juste 
chfltimMt  des  princes  qui ,  aveuglés  par  la  prospérité ,  ne  craignent 
pas  d'humilier  leurs  sujets  ou  ceux  qu'ils  ont  vaincus*.  Tous  se  sou* 
mettent  d'abord  ;  tons  courbent  la  tête  et  dévorent  en  sîlenee  lea 
affronts  ;  mais  que  le  vent  de  l'adversité  vienne  à  souffler  sur  le  co- 
losse »  alors  les  esclaves  se  relèvent  »  ils  le  frappent  à  l'envi  ;  ils  sa 
vengent ,  et  souvent  d*une  façon  cruelle.  Ainsi  fut-il  de  Thiébaud  ; 
non-seulement  sa  chevalerie  lui  refusa  son  secours ,  mais  elle  sq 
réanît  en  assemblée  générale  pour  aviser  au  sort  de  l'Etat  et  élire 
un  autre  souverain  à  sa  place  (*).  La  duohesse  Gertrude  ne  fat  pas  » 
dit-on  9  étrangère  i  ces  menées ,  qui  d'ailleurs  restèrent  sans  résuU 
tatsP). 

TUébaud ,  se  voyant  abandonné  de  ses  sujets  et  serré  de  près  par 
ses  ennemis ,  sortit  un  jour  du  chAteau  d'Amance  et  vint  se  jeter  aux 
pieds  de  Frédéric  en  sollicitant  un  pardon  qne  ce  dernier  voulut  bien 
lui  •accorder»  mais  en  le  lui  faisant  acheter  chèrement.  D'abord  il  le 
traîna  durant  quelque  temps  à  sa  suite  comme  prisonnier  ;  puis  il 
l'emmena  en  Allemagne  pour  y .  attendre  la  décision  qu'il  prendrait 
à  son  égard.  Ce  fut  dans  une  modeste  auberge  de  'Wurtzbonrg  que 
Richer  rencontra  le  souverain  de  la  Lorraine.^  Quatre  gentilshommes 
et  un  .page  composaient  la  suite  de  Thiébaud ,  dont  l'orgueil  était 
alors  bien  abaissé  (').  11  se  prêta  à  tous  les  sacrifices  qu'on  exigea  de 
lui ,  et  obtint  à  ce  prix  sa  liberté ,  dont  il  ne  devait  pas  jonir  long- 
temps ,  car 9  de  retour  en  ses  Etats ,  il  y  traîna  une  vie  languissante, 

.  (*)  Ce  ùÀi ,  tout  extraordinaire  4u'il  paraisse ,  ne  dépassait  pas  les  droits  de 
raneienne  chevalerie  lorraine ,  qui  formait  un  corps  peu  nombreux.,  mais  distinct 
de  la  noblesse.  H  ju|feait  souverainement  dans  les  assises ,  et  le  duc  lui-même  éUit 
soumis  à  ses  arrêts.  Pour  faire  partie  de  ce  cçrps  il  fallait  qu'un  gentilhomme  f&t 
noble  de  nom  et  d'armes  ,  et  que  son  origine  se  perdit  dans  la  nuit  des  temps. 

(')  «  Ce  qui  surprist  les  bons  et  affidés  serviteurs  à  Monseigneur ,  c'est  que  la 
duchesse  Gertrude  ne  parut  en  porter  plalncte ,  mais  bien  approuver  les  susdits 
déportements.  »  (Florentin  de  Thiriat  ,  dans  Mary  d'Elvange.) 

(')  Chron,  Senon, ,  lib.  lu.  Errard  raconte  cette  affaire  d'une  façon  différente. 


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593  KEvas  d'àlsaci. 

et  mourut  au  bout  de  deux  ans  (1220)  »  non  sans  quelque  soupçon  de 
poison. 

Cette  perte  dut  affliger  médiocreiçent  Gertmde.  Désormais  plus  de 
contrainte ,  plus  d'incommodes  surveillants  ;  elle  pouvait  à  son  gré 
se  livrer  à  ses  pencbants  ;  elle  était  jeune  «  spirituelle ,  riche  de  ses 
domaines  héréditaires ,  riche  du  douaire  qui  lui  avait  été  assuré  par 
son  contrat  de  mariage  ;  et  cependant  la  veuve  du  duc  de  Lorraine  « 
au  lieu  dé  jouir  de  son  indépendance  ,  se  hâta  de  la  sacrifier  en  don- 
nant sa  main ,  trois  an^  après  »  à  Thiébaud  »  comte  de  Champagne. 

La  cour  de  ce  prince  était  alors  renommée  pour  son  élégance  et 
son  bon  goût.  On  y  voyait  affluer  les  artistes  et  ceux  qui  faisaient 
profession  de  gaie  tâence;  lui-même  »  comme  on  sait  »  était  l'un  des 
poètes  les  plus  distingués  de  son  temps  ;  Gertmde  aussi  était  poète. 
Mais  Thiébaud  •  bien  que  plus  tard  il  ait  fait  preuve  de  constance 
dans  ses  amours  avec  la  reine  Blanche ,  mère  de  saint  Louis  »  était 
d'un  caractère  léger  «  et  parait,  en  épousant  Gertrude,  avoir  eu 
plutôt  en  vue  la  possession  du  comté  que  celle  de  la  comtesse  (>)• 
Celle-ci ,  de  son  côté ,  se  voyant  négligée ,  et  se  considérant  comme 
une  femme  tncompriie ,  ainsi  qu'on  dit  aujourd'hui ,  tenait  peu  à  ses 
*  liens  ;  aussi  quand  »  au  bout  de  deux  années  de  mariage ,  Thiébaud 
se  pourvut  à  Rome  pour  en  obtenir  la  dissolution  sous  prétexte  de 
stérilité  et  d'une  parenté  au  moins  douteuse ,  Gertmde  n'y  mit-elle 
pas  obstacle ,  et  »  la  séparation  ayant  été  prononcée  »  elle  retourna 
dans  ses  domaines  d'Alsace. 

On  pouvait  croire  que  deux  hymens  aussi  malheureux  détourne- 
raient la  comtesse  de'  prendre  un  troisième  époux  ;  il  n'en  fut  rien 
cependant  »  car ,  peu  de  temps  après ,  elle  donnait  sa  main  à  Sigis- 
mond  ou  Simond  de  Leinîngen  »  comte  d'Altorf  »  de  l'illustre  maison 
de  Sarrebmck;  un  mde  guerrier  vraiment ,  mais  beaucoup  plus 
propre  à  manier  la  lance  et  l'épée  qu'à  devit  galans  et  gais  propoi 
qui  plaisaient  tant  à  Gertmde.  L'admioistration  de  ses  domaines , 
devenue  difficile  par  la  turbulence  de  ses  vassaux  et  les  tentatives 
d'usurpation  des  nobles  ses  voisins  »  lui  en  firent  peut-être  une  né- , 
cessité  ;  peut-être  aussi  elle  y  fut  amenée  par  ce  besoin  d'aimer  qui 
influença  tous  les  actes  de  sa  vie.  Trouva-t-elle  dans  les  bras  de 
Simond  ce  bonheur  qu'elle  avait  attendu  en  vain  de  ses  devanciers? 

(')  Chron.  Seium. ,  cap.  uni. 


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GBRTRTOE  DE  DAG8B0UEG.  303 

On  ne  sait-,  mais  »  en  tout  cas  »  leur  union  Ait  de  bien  courte  durée  ; 
en  iS25  »  la  femme  qui  atait  surmonté  sa  couronne  ducale  de  celle 
de  poète  expiait  par  une  mort  prématurée  les  erreurs  de  sa  fie  ;  elle 
s'éteignit  sans  postérité  (<)  «  et  de  sa  double  gloire  il  ne  reste  plus 
aujourd'hui  qu'un  nom»  un  titre  et  quelques  vers  qu'on  vient  délire» 
et  qui  sont ,  jusqu'à  présent ,  les  seuls  qu'un  hasard  ait  fait  parrenir 
jusqu'à  nous. 

.DUOAS  DB  BBAULIBU. 


(')  Richer ,  lib.  iv ,  fait  entendre  atec  beaucoup  de  réierve  que  oft  fut  ea  pani« 
tion  de. son  inoonduite.  Si  fa$  estei  ot  ponere  ta  eœlum,  dit-il,  dicerem  çuare 
iam  nolrilis  progenies  ei  tam  iancta  penœpe  dieiam  nrnUerem  hmmit  OÊruU. 
Gertnide  Ait  iolinmée  &  l'abbaje  de  Stunelbronn. 


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LE  PAGANISME 


ET 


SA  SIGNIFICATION  POUR  LE  CHRISTIANISME , 

PAR  LE  D'  SEPP  » 
•  Prdretseor  d'Histoira  à  lUnivmtté  dd  Munich. 


Suite  $t  fin  (*). 

LIVRE  m. 

LE  CULTE  DES  HÉROS  ET  LES  MESSIES  DES  PAYENS. 

C'est  rinipatieoce  des  peuples  de  voir  se  réaliser  leur  attente  d'un 
Sauveur  qui  donne  naissance  au  culte  des  Héros ,  ou  comme  dit  l'au- 
teur,  des  Mesiies  avant  le  Mam. 

c  Partoia  c'est  un  Dieu  qui  descend  dans  ce  monde  »  s'introduit  dans 
une  famUle  royale  et  engendre  avec  la  fille  de  la  Terre  le  fils  du  temps 
nouveau,  dont  procède  un  renversement  et  un  renouvellement  des  choses. 
Cest  ce  qui  fait  de  lui  le  fondateur  d'une  nouvelle  époque  historique, 
£une  ère  nouvelle,  après  quoi  il  a  à  souffrir  des  persécutions  semblables 
à  celles  de  notre  Sauveur  et  souvent  il  finit  aussi  de  la  même  manière.  » 
(Tome  3 ,  p.  6). 

L'idée  de  l'attente  d'un  Sauveur  se  retrouve  surtout  dans  le  mythe 
de  Prométhée  et  d'Hercule  souvent  reproduit  d'une  manière  si  frap- 
pante dans  1^  Trilogie  d'Eschyle  sur  Prométhée.  On  peut  lire  dans 
notre  auteur  une  étude  approfondie  de  ce  mythe ,  tout-à-fait  d'accord 
avec  les  résultats  de  recherches  analogues  faites  par  d'autres  savants 
défenseurs  de  la  religion.  En  rapprochant  le  mythe  de  Prométhée  de 
celui  de  Pandore  on  trouve  un  rapport  visible  avec  le  récit  de  la  faute 
originelle  et  de  la  punition  d'Adam  et  d'Eve  selon  la  Genèse.  Cette 

(*)  Voir  les  liTraispns  de  septembre  et  novembre  .1857  ^  pages  414  et  M4, 


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LE  PAGANISME  ET  SA  SIGNIFICATION  POUR  LE  GHRISTIANISHE.      S98 

férité  ressort  surtout  du  rapprochement  de  ceriains  passages  du 
poème  de  la  Thégonie  d'Hésiode  et  de  son  poème  des  Travaux  et  dei 
Jown  (I). 

Ces  deux  mythes  ont  on  rapport  non  moins  intime  avec  celoi 
A'itereule,  comme  l'a  fait  ressortir  Eschyle  dans  les  trois  tragédies 
qn'il  a  Csntes  sur  ce  sujet  d*nne  si  haute  importance  pour  les  destinées 
de  l'humanité,  c  Dans  cette  Trilogie,  dit  H.  Nicolas»  il  avait  disiriboé 
c  les  trois  grandes  phases  de  l'humanité  personnifiée  dans  Prométhée. 
c  La  première  avait  ponr  titre  :  Pramitkée  dirobeur  de  feu  ;  ta  seconde , 
c  ffomàkèe  emhainé;  et  la  troisième,  Promithie  dilivrirW  nTest 
c  malheiireusement  parvenu  Jusqu'à  nous  que  la  seconde  de  ces  trois 
c  pièces;  Fromiihie  enehaÈni.  Entre  autres  vers  insignifiants,  un  vers 
<  prridevx  de  la  troisième  a  été  conservé  négligemmentpar  Ptetarqne. 
f  Néanmoins,  ce  monument  des  traditions  grecques^  ainsi  rédnit, 
c  laisse  percer,  à  travers  l'obscurité  terrible  qui  l'enveloppe,  des 
c  traits  de  lumière  qui  découvrent  visiblement  le  dogme  chrétien 
€  dans  les  profondeurs  de  l'aveirir.  i  Nous  engageons  ceux  des  lectetoMrs 
de  la  Ktvue  qui  sont  désireux  d'approfondir  ce.mythe  de  lire  les  pages 
si  remarquables  que  M.  Nicolas  lui  a  consacrées  dans  ses  JBfiubi 
pbilotopbiquee  eur  le  ehriitkmume. 

La  même  idée  de  la  nécessité  d'une  Rédemption  se  retrouvé  encore 
d'une  manière  plus  surprenante  dans  les  mythes  indiens.  Le  caractère 
figuré  se  montre  surtout  dans  celui  de  Crischna. 

c  Dans  la  grande  épopée  Ramayana,  *le  poète  chante  d'abord  Vin- 
carnation  de  Viscbnu,  sous  le  nom  de  Rama»  puis  dans  le  Mt^habha" 
rata,  la  Théophanie  du  même  dieu  sous  le  nom  de  Crischna.  Crischna 
est  rincamation  la  plus  récente  et  la  plus  parfaite  de  la  seconde 
personne  de  la  Trinité  indoue;  c'est  ce  vainqueur  prifiguratif  Au  ser- 
pent qui  réunit  dans  sa  vie ,  d'une  manière  prophétique ,  les  traits 
principaux  du  Rédempteur  promis  au  moude.  Viscbnu ,  dont  la  vie  a 
pour  symbole  comme  celle  du  Christ ,  o  ixêfc ,  le  poisson  »  consola  un 
jour  la  Terre,  son  épouse  et  tous  les  dieux  avec  la  promesse  :  c  Qu'il 
c  viendrait  un  Rédempteur  qui  apportera  un  remède  à  leurs  peines  et 
c  mettra  un  terme  à  la  domination  des  Daytias  ou  démons.  Dans  ce 


C)  HteûM,  IhéogmiÊt  (y.  510  etsoiv.)  Des  Tnmtm  et  in  Jown,  (r.  47 
ets8iiv«>. 


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t 

S96  REYOB  D*AL8ACB. 

c  but  il  s'abaissera  à  s'incarner  lui-même  «  dans  la  hnlte  d'un  berger, 
c  el  &  vivre  au  milieu  d'eux  comme  un  -frère.  > 

c  Viscbnu  descendit  donc  du  ciel  et  se  fit  homme.  Il  viendra  au 
c  monde  dans  la  ville  de  Scambelam  un  brahmane  •  un  prêtre  (est-il 
<  dit  dans  le  très-ancien  poème  sacré  Barta  ChMramJ,  et  c'est 
€  VUchnu  Jemdu.  Il  vivra  au  milieu  des  hommes  »  purifiera  la  terre  de* 
c  péchés ,  en  fera  une  demeure  de  la  justice  et  de  la  vérité ,  et 
I  appwtera  un  saerifice.  i 

c  L'impatience  de  voir  réalisée  cette  promesse  fit  également  croire 
aux  Indous  qu'elle  avait  été  accomplie  depuis  longtemps.  C'est  pour- 
quoi les  Puranoi  racontent  comment  Viscbnu  résolut  pour  sauver  les 
hommes,  de  s'incarner  dans  le  sein  d'une  vierge  et -de  venir  sur  la 
terre  sous  le  nom  de  Crischna ,  pour  accomplir  son  neuvième  arofor.  s 

(Page*0)- 

Une  antre  incarnation  on  aratar  de  Vischnu,  c'est  celle  de  Bouddha 
Sakjfa  Mouni  (le  Pohi  des  Chinois) ,  ce  grand  réformateur  du  Brah- 
manisme qui  provoqua  une  révolution  sociale  si  considérable  dans 
l'Inde  en  renversant  les  barrières  des  castes,  c  II  mourut ,  dit  le  IK  Sepp  » 
selon  les  données  les  plus  certaines  »  l'an  544  on  543  av.  J.  C.  Jamais 
mortel  n'exerga  une  plus  grande  influence  sur  l'humanité  »  car  les 
adhérents  du  Bouddhisme  dans  l'Ile  de  Ceylan,  l'Inde ,  la  Chine»  le 
Thibet  et  la  Mongolie  s'élèvent  à  250  et  jusqu'à  300  millions ,  et 
dépassent  du  double  le  nombre  des  croyants  du  Brahmanisme.  » 

Qn  mythe  semblable  a  été  retrouvé  chez  les  Japonais  sous  le  nom 
de  Chekia  ou  Chaka  »  et  en  Amérique  chez  les  Astèques  »  sous  le  nom 
de  Quetzaikoatl. 

La  religion  des  Perses  nous  montre  dans  l'Asie  centrale  des  mythes 
analogues  dans  celui  de  Hithras ,  cette  seconde  personne  de  la  Tri- 
nité persane,  et  dans  cehii  de  Sosioeh.  Sosioch  est^  selon  le  ly  Sepp, 
identique  avec  Saos ,  Saoset  ou  Saothes ,  le  grand  instituteur  de  la 
religion  et  du  culte  des  mystères  dans  l'Occident,  t  A  la  fin  des  temps, 
c  est-il  dit,  dans  le  Zendavesta  (III ,  411),  quand  le  mal  aura  pris  le 
c  dessus  parmi  les  hommes,  apparaîtra  soudainement  Sosioch,  le 
c  Sauveur,  le  fiU  d*une  Vierge ,  pour  tenir  le  jugement  dernier.  > 

c  Qae  l'attente  d'un  Rédempteur  dans  un  temps  où  l'humanité  en 
c  sentait  le  plus  grand  besoin  fut  l'objet  d'une  antique  croyance  des 
c  peuples,  c'est  ce  que  ne  démontre  pas  seulement  la  manière  dont 
f  il  en  est  parlé  dans  les  livres  zends  comme  d'une  chose  généralement 


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LB  PAGAIUSIIB  ET  SA  SIGNIPiCATIO!!  POCE  LB  CHRISTIAlflSiaL      307 

t  coniHie,  mais  encore  de  ce  qu'elle  forme  le  food  de  loat  le  système 
c  relis^eux  des  Indous  (^).  > 

La  même  pensée  religieuse  se  joue  encore  dans  la  fiiUe  de  Persée» 
et  en  partie  dans  celle  de  Siegfried  »  le  héros  germain»  dans  les 
légendes  de  Paris  et  d'Hellène,  de  Cyrii39  d'Alexandre-le-Grand ,  de 
Romnlus,  d'Arthur,  de  Charlemagne»  etc. 

Quand  le  temps  fut  venu  où  le  Sauveur  réel  devait  paraître  eonfor* 
mément  à  l'attente  des  nations  »  l'adulation  des  courtisans  des  empe- 
reurs romains  les  porta  à  diviniser  ces  princes.  Us  se  com|riurent  à 
reconnaître  Auguste  et  ses  successeurs  pour  le  Sauveur  promis  au 
monde.  L'apothéose  des  empereurs  romains  n'a  pas  d'autre  origme. 
C'est  l'attente  générale  des  peuples  de  la  venue  du  Sauveur  à  cette 
époque  qui  donna  lieu  à  cette  bassesse  impie. 

La  quatrième  églogue  de  Virgile  nous  montre  à  quel  point  l'esprit 
public  était  préoccupé  è  Rome  de  Tapparition  prochaine  du  Sauveur 
du  monde.  Aussi ,  no|re  auteur  regarde-t-il  cette  églogûe  comme  un 
véritable  chant  memanique.  Virgile  s'y  fait  l'interprété  des  idées  qui 
avaient  cours  dans  Rome  sur  l'attente  de  cet  enfant  divin  dont  les 
oracles  avaient  annoncé  la  naissance ,  et  auquel  les  dieux  de  l'Olympe 
devaient  céder  le  pouvoir  (>)•  Le  poète  chante  le  retour  du  règne  de 
Saturne  indiqué  par  l'apparition  de  la  constellation  d' Astrée ,  la  Vierge 
céleste,  c  Astrée ,  la  déesse  de  la  justice,  fille  de  Jupiter  et  de  Thémis, 
et  soeur  d'Eunomie  et  d'Irène ,  c'est-à-dire ,  de  l'Ordre  et  de  la  Paix, 
qui  habitait  au  milieu  des  hommes  dans  l'âge  d'or  de  Saturne ,  lors- 
qu'ils vivaient  dans  l'innocence  et  en  communication  confidentielle 
avec  les  dieux ,  mais  qui ,  dans  l'âge  d'airain ,  épouvantée  par  leurs 
crimes,  s'était  enfuie  dans  les  cieux.  Elle  figure  dans  le  Zodiaque 
comme  la  Vierge  céleste  >  (t.  3,  p.  266).  Virgile  monu*e  le.Paganisme 
dans  l'attente  de  la  délivrance  de  cette  terreur  continuelle  qui  l'obsé- 
dait depuis  cette  époque  fatale  : 

Si  qua  manent  tceleru  tfe$tigia  nottri 
Irrita  perpeîiia  tolvent  formidine  terrai. 

('  )  Rhode  ,  Die  heilige  Sage  de$  Zmdvolks.  (TradUion  ioerée  des  Aryene). 

(*]  Un  onde  attribué  à  VAppolon  de  Delphes  et  dlé  ptr  Suidas  disait  : 

«  Un  en&nt  de  la  race  des  Hébreux  qui  commande  aux  dieux  m'ordonne  de 
quitter  cette  demeure  et  de  retourner  dans  le  Hades  (l'enfer).  » 

La  sibylle  de  Cumes  avait  également  annoncé  la  naissance  du  Sauveur;  c'est 
d'elle  que  parle  Gicéron  dans  sou  traité  de  la  DivinatUm, 


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S98  BBi^mE  h'àiâkcE. 

<  Le  poète  payeB  nom  oavre  ici ,  A  la  fin  de  l'aoeien  temps ,  «ne 
vie  merveilleuse ,  ce  qui  en  fait  un  véritable  prophète  dtt  cbrisiiasnisaie. 
Dans  le  iiiît ,  les  poésies  de  Virgile  forent  longtemps ,  à  cause  de  leur 
signification  religieuse,  l'objet  d'une  considération  telle  ^'on  les 
employait  comme  des  oracles.  On  voit  entre  antres  Le  Dante  attriboer, 
dans  le  vingt-deuxième  cbant  de  son  Pitrgatmre,  à  cette  prophétie  de 
son  guide  une  infloence  extraordraaîre  sur  la  conversion  des  pay^s  » 
et  spécialement  sur  celle  du  poète  Stace.  Arétin  (H ,  41d)  ajoute  au 
nom  de  ce  poète  ceux  de  Secundianus  Jogalus»  de  Verianus,  le  peintre , 
et  de  Mtercelliamis  »  orateur  distingué ,  que  la  vue  de  la  constance  des 
martyrs  chrétiens  et  l'influence  exercée  sur  leur  esprit  par  la  lecture 
de  cette  églogue  de  Virgile  convertirent  au  christianiékne.  On  prétend 
même  que  ce  Chant  vraimeni  meêikaàque  doit  avoir  exercé  de  l'in- 
fleooe  sur  la  conversion  de  Constantin»  quoique  le  poète  de  Mantooe 
qui  parait  s'être  inspiré  de  l'oracle  de  la  Sibylle,  a'ait  pas  été  initié 
au  sens  caché  et  à  la  portée  élevée  de  cette  prophétie  >  (t.  3 ,  p.  M7). 
~  «  De  même  que  la  naissance  du  Rédempteur  du  monde  n'a  pu 
rester  inconnue  au  pagairisme,  au  t^nps  d'Auguste  »  aœsi  peu  put 
le  rester  sa  mort.  » 

c  Une  histoire  bien  remarquable  c'est  ceHe  qae  Mutarque  rapporte 
dans  son  écrit  intitulé  :  La  Chute  des  (hadei,  comme  étant  arrivée 
dans  le  temps  du  règne  de  l'empereur  Tibère ,  et  qu'il  à  insérée  dans 
un  dialogue  entre  des  philosophes  romains.  Voici  comment  il  la 
raconte  : 

«fiptthersèsy  le  père  du  rhéteur.  Emilianus ,  mou  concitoyen  »  et 

<  professeur  de  grammaire  »  qne  quelques-uns  d'entre  vous  ont  en- 
c  tendu ,  raconte  qu'il  avait  une  fois  fait  le  voyage  d'Italie  «ur  un 
t  vaisseau  marchand  qtii  avait  beaucoup  de  passagers  à  bord.  Un  soir 
c  lorsqu'ils  passaient  près  des  Ilet  Echmeiiet  (>) ,  le  vent  tomba  et  le 
c  vaisseau  fut  poussé  près  de  l'Ile  de  Paxos.  La  plupart  étaient  encore 
c  éveillés  »  beaucoup  d'entre  eux  buvaient  encok*e  après  le  souper, 

<  lorsqu'on  entendit  tout-à-coup  une  voix  venant  de  cette  Ile  qui 
f  semblait  appeler  Thamus.  C'était  le  nom  du  pilote»  un  Egyptien, 

<  que  le  petit  nombre  de  passagers  connaissait  cependant  par  son 
c  nom.  Cela  causa  une  stupéfaction  générale ,  et  le  pilote  ne  répondit 

(*)  Gibbon,  But,  de  la  décadence  de  l'empire  romain ,  (chap.  20). 

C)  Aujourd*liui  Goreolari,  Paxos  et  AntNPaxos,  dans  le  voîsioago  de  Gorfou. 


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LB  PA6ANISMB  BT  SA  ftlGNlFlGATiÛII  POUR  LB  GHBISTIANISMB.     399 

pas  malgré  ua  second  appeU  A  la  troisième  fois  seufement  il  répon- 
dit; la  voix  lui  répliqpia  fortement  :  c  Quand  tu  arriveras  à  Fendroit 
nommé  Paiudeê ,  annonce  que  le  grand  Ptm  eu  moru  i  Tout  le 
monde  fat  extrêmement  frappé  »  comme  le  racontait  Epithersës  ; 
on  examina  eosemble  si  Ton  devait  réelleatent  obéir  à  cet  ordre» 
ou  ne  s'en  pas  soucier  et  laisser  la  cbose  là*  Tiiamus  déclara  que  si 
le  vent  soufflait»  il  laisserait  le  vaisseau  passer  silencieusement, 
mais  que  si  le  calm^le  forçait  à  s'arrêter  en  oet  endroit*  il  dirait  ce 
qu'il  avait  entendu. 

c  Lorsque  donc  on  arriva  près  de  Palades ,  et  que  ni  le  vent  ni 
le  flot  ne  se  faisaient  sentir,  Thamus  cria  de  l'arrière  du  vaisseau , 
la  face  tournée  vers  le  rivage ,  ainsi  qu'il  l'avait  entendu  :  c  Le 
grfind  Pan  est  mort  1 1  A  peine  avait-il  prononcé  ces  mois ,  qu'on 
entendit  de  grands  soupirs  mêlés  de  paroles  de  stupéfaction  venant 
non  d'un  seul  mais  d'une  foule.  Comme  il  y  avait  beaucoup  de 
monde  sur  le  vaisseau,  cet  événement  fut  biratôt  le  si^t  de  toutes 
les  conversations  à  Rome ,  et  l'empereur  Tibère  fit  appeler  Thamus , 
pour  se  le  faire  confirmer  par  lui.  Tibère  y  v^o^fSi  tellement  foi, 
qu'il  fit  (Jj^ire  des  recherches  minutieuses  sur  lou(  ce  qui  concernait 
Pan.  Les  nombreux  philosophes  de  son  entourage  émirent  rofunion 
que  ce  devait  être  Pan ,  le  fils  de  Mercure  et  de  Pénélope. 

c  Quelques-uns  des  auditeurs  de  Philippe  (le  narrateur)  avaient 
entendu  eux-mêmes  le  récit  de  cet  événement  du  vieillard  Emilia* 


Le  D'  Sepp  recherchant  à  son  tour  quel  pouvait  être  le  Dien  Pan 
dont  il  est  question  dans  cette  remarquable  histoire ,  et  d'où  pouvaient 
venir  ces  soupirs  et  ces  plaintes ,  est  perte  à  croire  qu'ils  venaient 
des  démons  déplorant  la  chute  de  leur  pouvoir  sur  le  monde  par  la 
mort  de  Jésus-Christ. 

c  C'est  ainsi ,  dit-il ,  que  des  apparitions  surnaturelles  eurent  lieu 
sur  toute  la  terre  à  la  mort  du  Fils  de  Dieu ,  que  le  paganisme 
ressentit  ce  grand  événement  dans  le  plus  profond  de  son  organisme, 
les  oracles ,  et  que  les  démons  soupirèrent  à  cause  de  leur  chute.  De 
même  qu'à  Ja  naissance  du  Sauveur  l'étoile  du  salut  apparut  comme 
un  signe  céleste  aux  Mages  de:  l'Orient  savants  dans  l'histoire  des 
astres ,  ainsi  fut  révélé  aux  Occidentaux ,  au  centre  même  du  paga- 
nisme ,  à  Rome ,  par  les  oracles  de  l'Abtme ,  la  mort  de  .celui  qui  est 
descendu  aux  enfers  >  (tome  3 ,  p.  269-271). 


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400  BBYUB  D'ALSiCa. 

L'auteur  termine  son  ouvrage  par  rélucidation  de  deux  question! 
ëminemment  intéressantes  :  Tinfluence  du  paganisme  sur  la  société 
civile,  et  son  influence  sur  l'homme  privé»  sur  son  salut  étemel. 

c  Toutes  les  religions  payennes  »  observe*t-il ,  étaient  des  religions 
nationales  •  et  le  monde  payen  tout  entier  ne  connut  que  des  Eglises 
d'état;  le  Mosaisme  lui-même  resta  confiné  dans  le  sein  du  peuple 
d'braêL  Le  cbristianisme  seulement  abolit  ce  privilège  religieux  et 
fut  établi  par  son  divin  fondateur  comme  rel^on  universelle  pour 
tous  les  peuples  et  tous  les  temps  »  (tome  3  »  p.  271); 

Puis»  prenant  Rome  pour  exemple,  il  trace  à  grands  traits  Thistoire 
religieuse  de  la  cité  impériale  ;  mais  comme  il  se  laisse  aller  à  des 
rapprochements  politiques ,  incompatibles  avec  le  tempérament 
actuel  des  Revue»  périodiques,  nous  nous  interdirons  de  les  citer:  Il 
y  a  là  cependant  des  pages  dignes  de  Tacite  ;  mais  comme  celles  du 
grand  écrivain  romain  «  nous  craignons  fort  qu'elles  ne  soient  tout 
aussi  inutiles  pour  l'amendement  de  ses  contemporains  que  celles  de 
Tacite  l'ont  été  pour  les  siens.  —  c  C'est  ainsi  que  finit  le  paganisme 
dans  un  affaissement  général ,  religieux ,  politique  et  social ,  lors- 
qu'apparut  dans  Je  même  temps  le  divin  Padficaieur,  qui  remplit 
l'ardent  désir  des  peuples  de  voir  venir  un  Sauveur  et  un  Rédempteur, 
prit  sur  lui  leurs  croix  et  leurs  souffrances ,  et  par  son  obéissance 
jusqu'à  la  mort  et  la  grâce  qui  en  découla  .  allégea  le  joug  qui  pesait 
sur  l'humanité ,  et,  depuis,  aida  à  le  porter  à  tous  ceux  qui  en  ont 
été  trop  péniblement  chargés.  > 

c  Et  celui  qui  fut  ainsi  la  clef  de  voûte  de  l'ancien  temps  et  la 
pierre  fondamentale  des  temps  nouveaux ,  et  qui  scella  la  nouvelle 
alliance  de  son  sang ,  c'est  Jésus ,  l'oint  du  Seigneur,  i 

c  Dès  son  apparition ,  les  Anges  chantent  :  GUnre  à  Dieu  dam  leê 
eieux  et  ptùx  eur  la  terre  aux  hommes  de  bonne  volonté ,  par  conséquent , 
aussi  paix  et  pardon  aux  payons  qui  avaient  servi  Dieu  jusqu'ici  avec 
de  bonnes  intentions  et  des  vues  honnêtes ,  quoique  d'une  manière 
erronnée.  C'est  à  eux  avant  tous  que  la  bonne  nouvelle  ou  l'Evangile 
tomba  en  partage,  c  en  tant  qu'eux,  qui  n'avaient  pas  de  loi ,  ont  fait 
c  d'après  la  nature  ce  que  commande  la  loi ,  et  furent  à  «eux-mêmes 
c  la  loi ,  ou  montrèrent  que  le  contenu  de  la  loi  était  écrit  dans  leurs 
c  cœurs.  Rs  seront  jugés  d'après  leur  conscience ,  et  leurs  pensées 
I  les  absoudront  ou  les  condamneront.  (II*  ^P*  ^^^  Romains,  chap. 
•'X,  14).  f  C'est  avec  celte  annonce  consolante  qu'entre  tous ,  Paul , 


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tB  nôAinmE  n  sa  sicranCATiôN  M>im  le  cmusTumsiiB.    401 

l'apôtre  des  gentils ,  se  hxh  connailre  aux  payens ,  et  conduit  eu  foule  les 
brebis  égarées  dans  l'Eglise  de  la  nouvelle  alliance  i  (t.  3,  p.  285-86). 
Nous  avons  terminé  notre  tâche.  Paissent  ces  citations,  nécessai* 
rement  insuflBsantes ,  engager  les  lecteurs  sérieux  de  la  Reime  à  lire 
dans  sa  langue  originale  ce  livre  remarquable  &  plus  d'un  titre,  dans 
lequel  le  savant  professeur  de  Munich  à  su  réfuter  avec  une  érudition 
et  une  profondeur  de  vues  qu'on  a  pu  apprécier  les  idées  systéma- 
tiaues  des  écrivains  de  l'école  mythiste. 

J.  Fessemmateh  • 

ptennaeiMi  k  Noof-BriMAb. 


ERRATAS  DES  ARTICLES  ANTÉRIEURS  ! 

iSS7.  Page  414  »  ligne  18 ,  lisez  tentatives  su  lieu  de  teniatiom* 
Page  4Se  ^  ligne  IS ,  Usez  animé  au  lieu  d*ameni. 

—  lignes  15  et  S7,  lisez  antéchréliennee  au  lieu  d'onlt- 

ehrétiennee. 

—  ligne  20  ,  lisez  intuitiom  au  lieu  dHntentions. 

Page  426  ,  ligne  34  ,  lisez  philologique  au  lieu  de  philoiophique. 
Page  427 ,  ligne  25  ,  lisez  Ghillany  au  lieu  de  Ghillang. 

—  ftgne  17  ,  lisez  ohiter  au  lieu  à*obita. 

Page  517  /dans  les  citations  de  Prudence ,  lisez  arctum  et  denrU 

au  lieu  d'aretum  et  d'escrt(. 
Page -520  ,  ligne  7 ,  Uses  cènes  au  lieu  de  «cénei. 
Page  52S ,  ligne  27 ,  Usez  Attidamie  au  lieu  d*A$timadie,  etc.»  «te. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES 

Dl  L'ARaKUlK  ALSACI. 

SmUO* 

LANDAU. 

GUBBRB  DB  TRENTB  ANS  ET  GB88I0B  A  LA  PRAIICB* 

Le  rôle  politique  et  militaire  de  Landao  ne  fut  pas  préctsément  trte* 
brillant  «  mais  pour  ainsi  dire  très-accidenté  pendant  les  viciasiUiâes  de 
ces  grandes  luttes  de  la  première  moitié  du  dix-septième  siède  où 
Suédois ,  Espagnols ,  Français ,  Anglais  »  Allemands  du  Nord  et  da 
Midi,  catholiques  et  protestants,  se  ruèrent  les  uns  contre  les  autres, 
en  Alsace  et  sur  les  bords  du  Rhin,  comme  en  Belgique,  en  Bohème, 
en  Saxe  et  en  Hollande. 

Dès  la  naissance  de  ce  siècle  rhorizon  s'étsit  montré  de  plus  en 
plus  obscurci  par  ces  nuages  bas  et  épais  qui  recèlent  et  annoncent 
la  tempête.  La  paix  assez  mal  plâtrée  entre  les  princes  et  Etats 
catholiques  et  protestants  atait  d^à  maintefois  été  troublée  par  des 
prises  d'armes  isolées  telles  que  la  lutte  entre  la  ville  de  Strasbourg  et 
son  prince-évéque,  ou  celle  qui  fit  expulser  de  Cologne  Farchevéq^ 
électeur  Gerhard  de  Tnichsess,  ce  vieillard  amoureux  qui,  pour 
épouser  la  belle  Agnès  de  Mansfeld ,  avait  rompu  avec  TEglise  et 
s'était  fait  calviniste.  Chaque  incident  de  la  guerre  des  Pays-Bas 
contre  TEspsgne  avait ,  comme  dans  le  siècle  précédentes  luttes  de 
la  Ligue  en  France,  son  contre-iX>up  en  Bohème  et  sur  le  Rhin 
allemand.  Les  passions  fermentaient  de  plus  en  plus,  les  têtes  se 
montaient ,  en  attendant  que  partout  les  épées  sortissent  toutes  seules 

0  Voir  les  livraisoDS  de  lénier,  mars,,  juin.  Juillet  et  «oSt ,  ptges  40,  07, 
«SI  «S. 


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VILLES  LIBRES  ET  OnÉRIALES  DE  L'ANGIENIIE  ALSiCE.  403 

du  fonrreaii.  Do  côié  des  proiesumts  les  moUb  de  mécomentement 
étaient  le  caractère  astucieux  ou  faible  de  Rodolphe  II,  les  relations 
toujours  plus  intimes  du  chef  de  l'Empire  germanique  avec  ITspagne , 
sa  partialité  dans  les  querelles  relatives  à  la  succession  des  duchés  de 
JuUers  de  Clèves  et  de  Berg,  et  dans  les  nouvelles  querelles  et  luttes 
à  mainfarmeé  de  Tévéque  de  Strasbourg,  Léopold  d'Autriche,  contre 
sa  ville  épiscopale  devenue  Tune  des  capitales  du  protestantisme , 
enfin ,  et  surtout  dans  l'abolition  de  la  suprématie  protestante  dans 
les  villes  impériales  d' Aix-la-Chapelle  et  de  Donavertb  (1599  et  1606) , 
et  la  destruction  de  Mulheim  par  les  troupes  Espagnoles  (1614). 

De  leur  côté ,  les  princes  ecclésiastiques  et  les  villes  restées  catho- 
liques s'indignaient  des  violences  et  des  insultes  trop  prodiguées  à 
leurs  coréligionaires  dans  les  lieux  où  ces  derniers  étaient  en  minorité, 
des  coups  portés  à  Tabbé  de  Sainte-Croix  à  Donaverth  pendant 
qn'9  oflBciait  dans  une  procession,  des  tendances  protestantes  de 
l'arehidttc  Matbias ,  le  futur  successeur  de  Rodolphe  II ,  surtout  des 
ligues  on  pactes  d'union  des  Etats  protestants  à  Heilbronn ,  à  Fried- 
berg ,  à  Francfort ,  ft  Spire ,  à  Heidelberg ,  à  Aschausen ,  à  Halle ,  à 
Nuremberg  I  de  leurs  intelligences  avec  le  roi  de  France,  Henri  IV» 
et  avec  le  ministère  de  son  successeur. 

Ainsi  des  deux  côtés  déjà  en  Allemagne  les  deux  partis  étaient  si 
exaspérés  qu'ils  ne  se  bornaient  plus  à  vouloir  vider  leurs  querelles 
entKeux ,  mais  qu'ils  cherchaient  des  appuis  à  l'étranger;  les  prptes- 
lams  allemands  tournaient  leurs  regards  vers  la  France  comme  les 
catholiques  allemands  tournaient  les  leurs  vers  l'Espagne ,  et  il  était 
dès4ors  focile  de  prévoir  que  la  guerre,  une  fois  allumée,  se  ferait 
surtout  au  profit  de  l'une  ou  l'autre  de  ces  deux  puissances  étran- 
gères. * 

L'introduction  du  protestautisme  en  Allemagne  avait  donc  été  un 
dissolvant  de  plus  pour  cette  unité  germanique  déjà  si  diflScile  à 
maintenir  alors  qu'une  seule  religion  y  flori&sait. 

Landau  appartenait  entièrement  à  cette  époque  à  l'alliance  protes- 
tante. Non  pas  qu'il  n'y  eût  plus  de  catholiques  à  Landau ,  mais  ils 
avaient  perdu  toute  influence ,  et  n'étaient  plus  que  tolérés ,  ce  qui , 
dans  ce  temps-là ,  ne  laissait  pas  que  d'être  un  assez  rare  mérite  de 
ia  part  du  culte  dominant  et  fait  honneur  à  la  modération  des  protes- 
tants de  Landau. 

Ces  derniers  a?aient  donné  une  nouvelle  preuve  de  cette  modéra- 


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éOi  REVUB  D'ALSiCB, 

lion  en  adoptant  les  premiers  en  Alsace  atec  Monster  la  farmuk  de 
concorde»  cette  profession  d'orthodoxie  noavelle  que  le  lathéranisme 
opposa  ao  protestantisme  plus  radical  de  Calvin,  sor  le  point  de 
s'étendre  en  Allemagne  et  de  modifier  profondément  l'œuvre  du 
réformateur  de  Witiemberg.  Il  est  probable  que  si  Bader  eût  encore 
vécu  à  cette  époque  il  se  fût  indigné  de  cette  reculade  ou  4e  cette 
halte  de  ses  ouailles  dans  la  voie  qu'il  leur  avait  ouverte.  Car  la 
fomnule  de  concorde  était  dans  le  fond  aussi  hostile  au  principe  de  la 
libre  interprétation  de  l'Evangile^que  pouvait  l'être  la  doctrine  catho- 
lique,  et  le  synode  assemblé  à  Haulbronn,  puis  à  Bergen ,  ne  pouvait 
prétendre  à  plus  d'auiori$é  que  le  pape  et  le  concile  de  Trente.  On 
peut  conjecturer  que  les  sentiments  alsaciens  des  habitants  de  Laodan 
furent  pour  quelque  chose  dans  cette  adhésion  »  car  les  théologiens 
du  Palatioat  repoussaient  la  formule  de  concorde ,  undis  qu'à.  Stras* 
bourg  même,  cet  ancien  chef-lieu  de  la  Tetrapole»  on  abandonnait  on 
se  disposait  à  abandonner  l'œuvre  de  Hédion  pour  revenu  à  la  con- 
fession saxonne. 

Hais  à  l'approche  de  la  guerre  de  trente  ans  il  ne  s'agissait  guères 
de  doctrine;  les  intérêts  matériels  des  deux  cuhes,  devenus  des 
partis  politiques ,  avaient  bien  plus  d'empire  que  les  contestations 
théologiques,  et  le  canon  allait  devenir  le  seul  argument  des  cultes 
opposés ,  ou  plutôt  les  cultes  opposés  n'allaient  plu^  servir  que  de 
prétextes  ou  d'appoint  à  l'ambition  de  la  domination  temporelle.  . 

Repoussé  de  la  Bohème  après  la  défaite  de  l'union  protesumte  à 
Weisenberg,  près  de  Prague,  le  8  novembre  iOSO»  le  conœ  de 
Mansfeld  était  venu  former  une  nouvelle  armée  aux  lieux  mêmes  ou 
un  siècle  auparavant  François  de  Sickingen  avait  organisé  les.premières 
phalanges  luthériennes.  Il  avait  grand  besoin  d'argenwet,  habituée 
ne  pas  ménager  beaucoup  plus  les  cités  protestantes  que  les  cités 
catholiques,  il  en  avait  demandé  au  magistrat  de  Landau.  Ce  n'était 
pas  le  compte  de  la  ville;  ses  sympathies  étaient  toujours  encore 
pour  l'armée  des  princes  protestants ,  mais  elle  ne  voulait  pas  risquer 
de  se  brouiller  avec  l'empereur  Ferdinand  II  en  faisant  trop  ouverte* 
ment  cause  commune  avec  ses  ennemis  déclarés.  La  somme  exigée ., 
20,000  florins,  était  d'ailleurs  exorbitante  aux  yeux  des  bourgeois, 
lis  représentèrent  humblement  à  Mansfeld  que  l'épargne  municjpate 
ne  contenait  pas  20,000  florins,  et  restèrent  même  insensibles  i  la 
répanse  un  peu  ironique  peut-être  du  t;énéral  protestant  :  Bah .  mes 


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VILLK8  UBRB8  ET  IMPÉRUUU  DB  t'ÀNaBMm  ALSACE.  40S 

\  j  songtt  donc  qu'il  8'agil  de  aotre  religion  !  Ne  préférez  pas  les 
biens  de  ce  monde  aux  biens  éternels  (*). 

Impatienté  du  p^u  d'eflet  que  son  homélie  paraissait  faire  sar  les 
gens  de  Landan  »  et  des  délais  qu'ils  apportaient  à  payer  les  20»000 
florins»  le  comté  de  Mansfetd  vint  de  son  camp  de  Franckenthal 
investir  Landau  et  y  entra  après  une  faible  résistance.  Tandis  que  les 
reitres  pillaient  les  maisons  des  bourgeois  »  il  renouvela  au  sénat  sa 
demande  de  subvention  ajoutant  que  par  égard  pour  ses  coreligion- 
naires il  se  contenterait  de  15,000  florins. 

Il  fallut  bien  cette  fois  s'exécuter,  mais  où  prendre  même  les  15,000 
florins?  Le  trésor  public  comme  les  bourses  des4>articuliers  venaient 
d'être  mis  ft  sec  par  les  reitres ,  les  lansquenets  et  les  mousquetaires 
à  pied  du  terrible  champion  de  l'union  protestante.  Dans  cette  extré« 
mité  le  sénat  de  Landau  eut  recours  à  la  ville  de  Strasbourg ,  cette 
protectrise  née  pour  ainsi  dire  des  autres  cités  d'Alsace.  11  députa 
denx  de  ses  membres  à  Strasbourg  et  ils  en  revinrent  avec  la  somme 
demandée  (*) ,  et ,  de  plus ,  avec  toutes  sortes  de  bons  conseils  que 
les  sages Ammeistre,  Steltmeistres,  Treize,  Quinze  et  Vingt  et  un 
de  Strasbourg  ne  manquèrent  pas  l'occasion  de  leur  donner  à  l'effet 
du  règlement  de-cette  somme  à  titre  de  don  particulier  et  non  à  titre 
de  subside ,  afin  d'éviter  de  se  commettre  avec  l'Empire. 

Mansfeld  n'était  pas  homme  à  chicaner  beaucoup  sur  le  mot,  pourvu 
que  la  chose  fût  payée.  Il  daigna  donc  accepter  les  15,000  florins  à 
titre  de  don  particulier  des  habitants  de  Landan .  puis ,  voyant  qu'il 
n'y  avait  plus  rien,  pour  le  moment,  à  tirer  de  la  ville,  il  partit  avec 
son  armée  pour  aller,  en  passant,  livrer  au  pillage  l'abbaye  de 
Wissembourg ,  mettre  à  rançon  la  ville ,  assiéger  et  prendre  Lauter- 
bourg ,  Haguenau ,  Niedernai ,  Obernai ,  Andiau  ,  Rosheim ,  B<£i*scb , 
Mutzig  (3) ,  investir  à  deux  reprises  et  sans  succès  Saverne ,  insulter 
Wasselonne,  alors  seigneurie  de  Strasbourg,  mettre  &  contributions 
cette  grande  cité  libre  elle-même ,  pousser  des  partis  jusqu'à  Brisach , 
Ensisheim,  Cemay;  dévaster  à  sac,  feu  et  sang,  les  villages  de  la 
plaine,  aussi  bien  les  protestants  que  les  catholiques,  et  enfin, 
exécré  par  les  deux  partis ,  évacuer  l'Alsace  ruinée  devant  les  forces 

.  (?)  Strobel  ,  tome  iv ,  page  126. 
(«)  ïbiùem, 
(»)  U>ldem. 


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40%^  RBVDS  D'ALSACB. 

bavaro-autrichiennes  et  espagnoles  de  l'archiduc  Léop(dd|  pourav 
replier  par  l'évéché  de  Spire  et  le  Palatinat  sur  la  Belgique. 

Ces  deux  campagnes  de  Mansfeld',  commencées  dans  l'autonme 
1631  et  terminées  vers  l'automne  de  l'année  suivante  »  avaient  près- 
qu'autant  alarmé  les  cités  protestantes  de  l'Alsace  que  les  catholiques  » 
car  le  comte  avait  témoigné  hautement  l'intention  de  se  foire  de 
l'Alsace  une  principauté ,  et  en  attendant ,  ses  soldats  avaient  bk 
main  basse  sur  tout  le  pays  sans  guères  respecter  davantage  les 
docherS  protestants  que  les  clochers  catholiques.  Aussi  l'arcblduG 
Léopold  en  sa  qualité  de  Landvogt  d'Alsace,  sinon  en  celle  de  prince- 
évéque  de  Strasbourg,  fût-il  reçu  sans  trop  de.défaveur  par  les  protes- 
tants des  villes  et  des  campagnes.  Landau ,  aussi ,  n'avait  pas  de 
regrets  à  donner  au  départ  de  Mansfeld ,  Aais  l'arrière-garde  de  ce 
dernier  ayant  laissé  quelque  garnison  dans  la  ville ,  les  bourgeoia 
durent  à  cette  circonstance  la  mortiflcation  d'un  investissement  par 
les  troupes  espagnoles  détachées  de  l'année  de  Spinola  et  mises  à  b 
disposition  de  l'archiduc  Léopold,  investissement  qui  aboutit  non 
sans  quelque  effusion  de  sang  à  rentrée  des  Espagnols  dansXiandau. 

Le  théâtre  de  la, guerre  ayant  ensuite  été  porté  en  Saxe  ei  les 
victoires  de  Tilly  ayant  assuré  sur  le  Rhin  la  domii^ation  împ^iale , 
la  garnison  espagnole  ne  tarda  pas  à  quitter  Lsvidau  qui  jouit  pendant 
quelques  années  d'un  simulacre  de  neutralité  et  d'indépendance  soos 
le  bon  plaisir  des  généraux  de  l'Empire.  Hais,  en4626,  les  hostilités 
ayant  recommencé  avec  assez  de  vivacité  sur  le  Rhin  par  suite  de  la 
prise  d'armes  du  margrave  de  Bade*Dourlach  qui,  après  la  mort  de 
Man$reld ,  avait  rallié  quelques  débris  de  son  armée  et  l'avait  réor- 
ganisée en  Alsace,  les  troupes  austro-espagnoles  de  l'archiduc- 
landvogt  revinrent  investir  Landau ,  y  entrèrent  par  capitulation  et 
l'occupèrent  jusqu'en  1 631 . 

Cette  année  à  jamais  célèbre  de  la  j^uerre  de  trente  ans  qui  marqua 
l'apparition  en  Allemagne  du  héros  de  la  Suède  ne  tarda  pas  à  avoir 
pour  Landau  et  pour  l'Alsace  sa  part  de  combats  et  de  malheurs.  La 
victoire  de  Leipsîck  avait  ouvert  aux  Suédois  l'accès  de  la  haute 
Allemagne,  et  le  rhingrave  Louis  Otton  qui  commandait  leur  avant- 
garde,  après  avoir  défait  les  Espagnols  près  de  Franckenthal ,  s'em- 
para successivement  de  Spire ,  de  Germersheim  et  de  Landau.  Cette 
dernière  place  avait  été  abandonnée  par  les  impériaux  et  se  rendit 
sans  coup  férir  aux  Suédois.  C'était  la  quatrième  prise  de  cette  ville 


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TOUS  uhatt  n  HinbuALBs  db  L'ANoram  albâcb.       J07 

depvis  le  eonmeiioemeiit  de  la  guerre  »  et  ce  ne  deTait  pas  être  la 
dernière. 

Cependant  les  Espagnols  avaient  repris  possession  de  Franckenthal 
et  finsaient  de  fréquentes  sorties  sur  le  territoire  de  Landau ,  tandis  - 
^e  le  colonel  Ossa ,  chassant  devant  lui  en  Alsace  les  corps  Suédois 
que  le  comte  palatin  Christian  de  Birckenfeld  y  avait  cantonnés  et 
trop  disséminés ,  débloquait  Haguenau ,  reprenait  Lauteril>ourg  et 
s'avançait  «pour  reprendre  aussi  Landau.  Mais  il  dut  s'arrêter  sur  la 
Lanter  à  l'approche  du  duc  de  Saxe*Weimar  qui  partit  de  Worms 
pour  se  porter  entre  lui  et  FrancMInthal  *  afin  d'empêcher  la  jonction 
des  Espagnols  et  des  Impériaux  devant  Landau. 

Ce  mouvement  sauva,  sans  doute,  Landau  d'une  reprise  immé- 
diate,  mais  les  Espagnols,  commandés  par  le  comte  d'Embden ,  avaient 
été  renforcés  par  un  fort  détachement  sous  les  ordres  de  don  Philippe 
de  Silva  ;  ils  purent  reprendre  la  campagne  et  menacer  les  places  du 
parti  protestant.  En  attendant  l'arrivée  de  leur  principale  armée  qui 
s'avançait  des  Flandres  »  ils  avaient  déjà  repris  Spire  sur  le  colonel 
suédois  Homeck,  lorsque  la  jonction  des  corps  suédois  et  protestants 
du  rUngrave ,  du  comte  de  Nassau,  d'Oxenstiem ,  et  du  duc  de  Saxe- 
Wdmar  les  força  de  battre  en  retraite,  en  se  bornant  à  ravitailler 
Franckenthal  où  ils  lainèrent  trois  cornettes  ou  escadrons  de  cava* 
lerie  et  ISOO  fantassins  {^). 

Bientôt  après  arrivèrent  à  Wissenbourg  et  devant  Landau  les 
premiers  coureurs  de  l'armée  française  envoyée  pour  agir  de  concert 
avec  les  Suédois  contre  les  diverses  places  du  Palatinat  et  de  la 
Souabe  restées  au  pouvoir  des  Impériaux  et  des  Espagnols ,  mais  le 
maréchal  d'Effiat  qui  la  commandait  étant  venu  à  mourir  à  Lutzelstein , 
ses  troupes  reçurent  l'ordre  de  se  porter  sur  la  Moselle  et  de  couvrir 
l'attaque  de  Coblentz  par  le  maréchal  Horn ,  qui  se  remit  ensuite  en 
possession  de  Spire,  et,  pour  aider  Landau  à  se  protéger  contre  la 
garnison  de  Franckenthal ,  y  jeta  quelque  faible  détachement. 

Pendant  les  opérations  de  l'armée  du  maréchal  Horn  et  du  rhin* 
grave  contre  les  places  tenues  en  Alsace  par  les  Espagnols,  les 
Lorrains  et  les  Impériaux ,  Landau  ne  fut  pas  à  l'abri  non  plus  des 
calamités  de  la  guerre ,  car  les  Espagnols  tenaient  toqours ,  non- 

O  £0 Mdolni^doîi  1634 ,  p.  474. 


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408  REYim  d'alsagk. 

seulement.  Frankeotbal  mais  Germersbeim  et.  de  l'autre  côté  do  Rhin , 
Heidâlberg.  D*abord  cooteous  par  le  voisinage  des  forces  suédoises  et 
françaises ,  ils  n'avaient  pas  tardé  »  dès  que  les  premières  s'étaient 
répafidues  dans  Téveché  de  Strasbourg  «  et  les  secondes  concentrées 
sur  la  Moselle  »  à  pousser  leurs  sorties  au  loin  pour  essayer  de  faire 
divension  pendant  l'aitaque  d'Obernai  et  surtopt  pendant  le  siAge  de 
Benfeld.  Les  villages  du  territoire  de  Landau  se  ressentirent  plusieurs 
fois  de  leurs  incursions. 

La  mort  de  Gustave-Adolphe  et  la  dislocation  de  l'armée  suédoise  • 
par  suite  de  cet  événement»  ne  tbangèrent  pas  beaucoup  d'abord 
la  situation  de  l'Alsace  que  les  Suédois  continuèrent  à  occuper»  mène 
après  le  départ  de  leur  illustre  chef»  pour  aller  rejoindre  avec  une 
partie  de  ses  troupes  le  duc  Bernard  de  Saie-Weimar  et  tenter  de 
faire  lever  le  siège  de  Nôrdiingen.  La  défaite  des  armées  suédois^  ei 
protestante  près  de  celte  ville ,  le  6  septembre  1634  »  par  l'archiduc 
Ferdinand ,  roi  de  Hongrie  »  l'infant  d'Espagne  »  les  généraux  Gallas 
et  Piccolominl ,  eut  des  retours  plus  caractérisés  pour  les. récentes 
conquêtes  suédoises  en  Alsace.  Pendant  que  le  rhingrave ,  pressé  d'un 
c6té  par  l'inj^urection  des  paysans  du  Sundgau  et  par  le  duc  de 
Lorraine»  de  l'autre  par  les  Espagnols  du  duc  de  Feria  »  se  repliait 
avec  sa  petite  armée  de  six  ou  sept  mille  hommes  »  les  villes  catho- 
liques de  l'Alsace ,  un  Instant  soumises  aux  Suédois  »  se  déclarèrent 
de  nouveau  pour  l'Empii  e  »  et  d'autre  part  les  cités  protestantes , 
plutôt  que  de  retomber  aux  mains  des  Espagnols  et  des  Impériaux 
appelaient  à  leur  aide  les  troupes  françaises*  « 

Le  cardinal  de  Richelieu  ,  cet  adversaire  implacable  des  protestants 
de  France  et  cet  allié  dévoué  des  protestants  d'Allemagne,  épiait  ce 
moment  pour  intervenir  avec  plus  d'autorité  dans  les  affaires  de 
l'Empire.  Tandis  qu'une  armée  française»  aux  ordres  du  cardinal  de 
La  Valette ,  s'avançait  au  secours  des  vaincus  de  Nôrdiingen  »  un 
détachement  moins  considérable»  commandé  par  le  maréchal  de  La 
Force ,  fournissait  des  garnisons  à  Hagu^nau  »  au  château  de  Hoh-Barr 
et  à  Reichshoffen»  occupait  ensuite  Ingwiller»  Neuwiller  et  Bischvriller» 
et  courait  investir  Landau  où  une  garnison  impériale  venait  à  peine 
de  s'installer  après  le  di'part  de  Tan  ière-garde  suédoise. 

Le  siège  ne  fut  pas  long  et  en  4634  les  Français  entrèrent  dans 
Landau  »  où  ils  laissèrent  garnison  ainsi  qu'au  château  de  Madenburg 
sous  le  commandement,  du  comte  d'Arpajôn,  Landau  fut  ainsi  »  avec 


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VILLES  LIBRES  ET  UIPiRIALES  DE  L'A!!«GIElllf E  ALSACE.  109 

les  localités  ci-dessus  citées,  l'une  des  premières  places  de  l'Alsace  qui 
passa  sous  la  domination  de  la  France  (0* 

Désormais  la  guerre  avait  changé  de  caractère  et  de  but.  Il  ne 
s'agissait  plus  d'assurer  en  Allemagne  la  prépondérance  de  la  religion 
catholique  ou  de  la  religion  protestante,  mais  de  conserver  la  pré- 
pondérance de  la  maison  d'Autriche  ou.de  lui  substituer  la  domina- 
tion du  roi  de  France  et  de  son  ministre,  le  cardiqal  de  Richelieu. 
Les  troupes  royales  de  France,  ces  mêmes  troupes  qui  avaient  com- 
battu à  La  Rochelle  les  dernières  bandes  calvinistes,  étaient  appelées 
par  les  Etats  protestants  d'Allemagne  pour  leur  servir  de  dernier 
appui  contre  l'empereur  et  l'Empire ,  et  ce  qu'il  y  avait  de  plus 
étrange ,  c'est  que  Tecclésiastique  catholique  qui  gouvernait  le 
royaume  de  Louis  XIII  chargeait  un  autre  ecclésiastique  catholique 
(le  cardinal  de  La  Valette)  de  commander  les  troupes  envoyées  au 
secours  des  hérétiques  allemands.  Cette  politique,  qui  n'était  au  fond 
que  la  continuation  de  la  politique  de  Henri  IV,  et  qui ,  on  ne  saurait 
le  nier,  porta  à  son  comble  dans  le  dix-septième  siècle  la  grandeur 
de  la  France,  eut  pour  phase  première,  en  Alsace,  l'achat  par  la 
France^en  4635  des  places  de  la  province  occupées  par  les  Suédois  oa 
plutôt  l'érection  de  la  landvogtey  en  un  gouvernement  pour  le  doc 
de  Saxe-VITeimar,  chef  des  régimenu  suédois  et  allemands  passés  à  la 
solde  de  France.  Si  l'on  pouvait  douter  que,  dès-lors,  l'Alsace  fut  con- 
sidérée par  Richelieu  comme  devant  rester  française,  il  suffirait  de 
se  rappeler  que  le  même  acte  qui  octroya  l'Alsace  au  chef  de  l'armée 
weimarienne ,  détermina  que  12,000  hommes  de  troupes  française^ 
feraient  partie  de  cette  armée  (>). 

Toutefois  l'Alsace  n'avait  pas  encore  échappé  à  l'étreinte  impé- 
riale. Le  traité  de  Prague ,  en  terminant  la  guerre  de  Bohème  et 
en  séparant  de  l'alliance  franco-suédoise  l'électeur  de  Saxe  ainsi  que  les 
autres  princes  de  l'union  protestante  à  l'exception  du  landgrave  de 
Hesse-Cassel  et  du  duc  de  Saxe-Weimar  (^) ,  avait  permis  aux  géné- 
raux de  l'empereur  de  s'occuper  davantage  des  possessions  hérédi- 
taires de  l'Autriche  en  Alsace  et  des  Etats  d'Empire  en  cette  pro- 
vince. Ils  se  remirent  en  possession  de  Saverne  et  du  Sundgau , 

(*)  BéunUm  de  V Alsace  à  la  France,  par  M.  le  baroa  Hallez-Glaparède,  p.  106. 

(')  Traité  de  Compiègne  du  26  octobre  1635. 

(')  Pfeffkl  ,  BieUnre  ifÀUmnagne ,  tome  n ,  page  331. 


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410  BETtB  D'ALSACK. 

s'emparèrent  de  PbHippsboui^  et  forcèrent  la  petite  g^mbon  fran- 
çaise de  Landau  d'évacuer  cette  place  afin  de  ne  pas  se  trouver 
compromise  entre  les  Bavarois  et  les  Espagnols  du  Palatinat  »  et  les 
Impériaux  redevenus  maîtres  de  la  Haute-Alsace  et  de  Tévéché  de 
Strasbourg. 

Landau  dut  à  ces  opérations  militaires  de  pouvoir  reprendre» 
pendant  quelque. temps,  son  autonomie  et  de  pouvoir  se  garder 
elle-même  comme  aux  beaux  jours  de  son  indépendance»  mais  ce 
répit  octroyé  au  patriotisme  des  bourgeois  ne  fut  pas  long. 

Brentôt  le  combat  de  Vandrevange  ayant  cbassé  le  général  Gallas 
et  le  duc  de  Lorraine  de  la  ligne  de  la  Saar,  les  troupes  françaises 
etweimariennesreprirent  possession  de  la  Basse -Alsace,  moins  les 
quelques  places  encore  occupées  par  les  Impériaux.  Les  Français 
rentrèrent  alors  dans  Landau  »  et  ce  fut  de  leur  quartier  général  en 
cette  ville  que  les  maréchaux  de  La  Force  et  de  Brézé  partirent  pour 
investir  Spire,  de  concert  avec  le  duc  de  Saxe-Weimar  (<). 

L'occupation  de  Landau  par  la  France  n'avait»  d'ailleurs»  rien 
encore  de  permanent;  elle  se  modifiait  suivant  les  circonstances  de 
la  guerre»  et  celle-ci  ayant  de  nouveau»  en  1636»  permis  aur Impé- 
riaux et  aux  Espagnols  on  mouvement  offensif»  Landau  fut  deredief 
remis  à  la  garde  de  ses  bourgeois  »  et  il  ne  paraît  pas  que  les  Fran- 
çais en  aient  peu  après  repris  possession  »  lorsque»  par  suite  des  opé- 
rations du  cardinal  de  La  Valette  pour  faire  lever  le  siège  de  Colmar» 
et  des  succès  dii  maréchal  de  La  Force  et  du  duc  de  Saxe-Weimar» 
les  Lorrains  et  les  impériaux  furent  de  nouveau  refoulés*  jusqu'au 
Rhin. 

Mais  en  1638^  le  duc  de  Saxe-Weimar  préluda  par  la  prise  on 
f  occupation  de  Landau  à  cette  brillante  campagne  qui  aboutit  à  la 
bataille  de  Rheinfelden  et  à  la  conquête  de  Brisach.  Ce  qui  n'empê- 
cha pas  ou  ce  qui  fut  cause  que  l'année  suivante  les  Impériaux  »  aux 
ordres  du  général  de  Bamberg»  s'en  remirent  en  possession  lorsque 
la  garnison  weimarienne  en  fut  retirée  pour  marcher  avec  le  comte 
de  Nassau  au  secours  de  Brisach  ('). 

-  Possession  de  courte  durée  »  car  les  Français  »  commandés  par  le 
duc  de  Longueville»  vinrent  dans  cette  même  année  16S9  assiéger 

(*)  LlGCU^LB  »  Histoire  d^Àlioce  »  page  125. 
(S)  Uidem  »  tome  u  »  pages  152-185. 


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TILLES  LIBRES  ET  IMPÉRULBS  DE  L^ANCIENME  ALSACE.  411 

Landaa  et  s'en  rendre  mattre  ainsi  que  de  Nenstadt,  AnwiHèr  et 
Bergzabern,  après  une  lutte  courte  mais  fort  vive.  C'était ,  pour  Je 
coup ,  la  septième  fois  de  la  prise  et  reprise  de  Landau  par  les  deux 
partis  belligérants  depuis  le  commencement  de  cette  longue  guerre. 

Suivant  Schœpflin,  les  Français  ne  cessèrent  plus  de  Toccuper 
depuis  Tannée  1639  jusqu'en  1650»  après  la  paix  de  Westpbalie  (t)  ; 
mais  il  parait  que  cette  occupation  fut  de  nouveau  interrompue  par 
les  succès  de^mpériaux  du  général  Mercy ,  au  commencement  de  la 
campagnedel644.  Après  labaiailledeFribourg,  gagnée  par  Coudé  et  par 
Tnrenne  contre  ce  général  »  les  places  précédemment  évacuées  forent 
réoccupées,  et  l^andau  fut  du  nombre  (^).  Tandis  que  le  prince  de  Condé 
se  portait  avec'  le  gros  de  l'armée  sur  PhiKppsboarg  et  Mayence , 
Tttrenne  reprenait  pour  la  France,  Landau,  Crentznach et  Bingen  (>)• 

C'est  donc  aux  grands  noms  de  Turenne  et  de  Condé  que  se 
rattache  la  conquête  définitive  de  Landau  par  la  France,  dans  les 
dernières  années  de  la  guerre  de  trente  ans ,  et  cette  ville  déjà  prise* 
et  reprise  depuis  1634 ,  par  les  Français ,  ne  cesse  plus ,  i  partir  de 
1644  jusqu'à  la  paix  de  Munster  et  même  après  la  paix  de  Munster 
jusqu'en  1650 ,  d'avoir  une  garnison  française.    - 

Dire  combien  Uandau  dut  souffrir  pendant  ces  fluctuations  de  la 
guerre  de  trente  ans  et  ces  prises  et  reprises  continuelles  par  les  ar- 
mées belligérantes ,  c'est  faire  saigner  les  plaies  de  la  plupart  de  nos 
villes  d'Alsace  pendant  cette  période.  Délabrement  des  finances, 
pillage  des  propriétés  municipales  et  particulières ,  sévices  contre  les 
personnes ,  famine ,  peste ,  tout  concourut  à  frapper  les  malheureux* 
bourgeois  de  Landau ,  qui ,  dès  le  début  de  cette  guerre ,  avaient  eu 
le  désappointement  de  voir  leur  ville  prise  et  rançonnée  par  leur 
coreligionnaire  Mansfeld ,  et  qui ,  à  force  de  subir  mêmes  rigueurs  et 
mêmes  exactions  de  la  part  des  défenseurs  de  la  ligue  catholique  et 
de  la  ligue  protestante ,  de  la  part,  en  un  mot ,  de  tous  les* géné- 
raux allemands ,  avaient  été  conduits  à  saluer  avec  joie  les  lys  de 
France  comme  une  garantie  de  repos ,  de  sécurité  et  de  bien-être. 

Indépendamment  des  contributions  de  guerre  •  tant  en  nature 
qu'en  argent ,  des  corvées  imposées  par  les  chefs  et  même  par  les 

(')  ScHCEPFLiN, \ilt.  m. ,  tom.  u ,  latuiaii. 

(*)  BmiiBAUif ,  Gêichiehte  der  Stadt  Landau  ^  page  330. 

(')  Hêuclt  ,  page  714  du  tome  m ,  et  Pfeffel >  tome  n,  page  544. 


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ils  REVUE  D'aLSACS. 

soldats  des  diverses  années  •  de  la  destruction  des  moissons  et  des 
vignes  ^  des  pillages  et  des  incendies  »  la  ville  de  Landau  était  restée 
imposée  pendant  toute  cette  période  aux  charges  légales  envers  TEm* 
pire*  Seulement  chaque  maître  du  moment  prétendait  bénéficier  du 
paiement  de  ces  impositions  »  ce  qui  faisait  souvent  payer  deux  fois 
la  mém^  contribution  dans  le  cours  d'une  même  année ,  suivant  que 
la  ligue  Hispano-impériale  ou  Tuaion  franco-prptestante  dominaient 
dans  la  ville. 

Aussi  le  traité  de  Munster»  signé  le  24  octobre  1648 ,  fut-il  pour 
Landau ,  cdmme  []t>ur  le  reste  de  l'Alsace ,  le  commencement  d'une 
ère  de  prospérité  ou  du  moins  une  trêve  bienfaisante  »  car  la  nou* 
.  velle  frontière-  du  Rhin  ne  devait  pas  tarder  à  être  de  nouveau  le 
théâtre  de  la  gueire  entre  l'Empire  et  la  France.  En  attendant ,  l'Al- 
sace put  s'occuper  de  panser  ses  blessures  ;  mais  si  ce  traité  favorisait 
ses  intérêts  matériels ,  il  froissait  vivement  ses  traditions  et  son  juste 
orgueil  de  pays  privilégié  d'Empire.  Les  dix  villes  libres  et  impériales 
surtout  ne  voulaient  point  devenir  françaises  ;  elles  s'indignaient  de 
l'abandon  de  l'empereur ,  de  l'abandon  des  Electeurs ,  de  l'abandon 
de  tout  le  monde  ;  elles  s'agitaient  pour  garde^leur  individualité  au 
sein  du  grand  corps  germanique  ;  elles  regrettaient  cette  suprématie 
autrichienne  à  laquelle  la  plupart  »  surtout  les  cités  protestantes  > 
avaient  si  souvent  essayé  de  résister  ;  enfin  elles  unirent  leurs  pro- 
tesutions  à  celles  de  la  ville  et  de  l'évêque  de  Strasbourg ,  .d'accord 
pour  cette  fois  »  et  à  celles  des  princes  de  Deux-Ponts  »  de  Valdentz  » 
du  comte  de  Hontbéliard  (à  cause  de  Horbourg  et  de  Reichenvreiler)» 
du  comte  de  Hanau  »  du  baron  de  Fleckenstein ,  des  princes-abbés 
de  Murbach  et  de  Munster  au  val  Saint-Grégoire  »  de  l'évêque  de  Bftie 
et  de  l'abbesse  d'Andlau  (t)  • 

La  ville  de  Landau  avait  en  outre  un  motif  particulier  de  réclamer» 
motif  fondé  sur  le  maintien  de  la  garnison  française  après  la  signa- 
ture du  traité  de  paix.  La  ville  prétendait  que  le  roi  de  France  ne 
pouvait  avoir  plus  de  droits  sur  les  villes  libres  de  la  Landvogtey  d'Al- 
sace que  n'en  avait  eus  l'empereur  d'Allemagne;  or  l'empereur  d'Alle- 
magne n'avait  pas  le  droit  de  mettre  garnison  permanente  en  ses 
murs  ;  si  »  pendant  les  vicissitudes  si  diverses  de  la  guerre  de  trente 
ans  »  la  ville  avait  été  occupée  successivement  par  les  divers  belli- 

(')  Béunhn  de  l'Àlioee  à  la  France^  par  H.  le  baron  HaUefr-Giapsfède,  p.  214. 


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TILLES  LIBRES  ET  mPÉIlULBS  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  413 

gérants  »  cet  état  de  choses  devait  cesser ,  disait-elle  •  dès  qoe  les 
bostilités  cessaient  0). 

Elle  fit  tant  de  bruit  de  ses  doléances  que  lors  de  la  ratification  de 
la  paix  à  Nuremberg,  le  2  juillet  4650,  elle  obtint  le  départ  de  sa 
garnison  qui  évacua  ses  murs  le  7  août  suivant  0.  Cette  faveur  Ait 
peut-être  autant  le  résultat  de  la  guerre  de  la  Fronde  que  de  son 
crédit  aux  conférences  de  Nuremberg ,  Mazarin  avait  besoin  des 
troupes  françaises  restées  fidèles  au  roi  pour  les  opposer  aux  Fron» 
deurs.  Henri  de  Lorraine ,  comte  d'Harcourt,  nommé  par  Louis  XIV, 
le  20  avril  i649 ,  gouverneur  de  l'Alsace  avec  le  titre  de  grand  bailli 
de  Haguenau  »  avait  envoyé  des  lettres  réversaleè  à  Landau,  où  selon 
Tusage  des  Landvogts ,  ses  prédécesseurs^  il  garantissait  à  la  ville 
toutes  ses  franchises ,  possessions ,  libertés  et  immédiateté  envers 
l'Empire  (').  Ces  reversâtes ,  dictées  selon  toute  apparence  par  te 
désir  de  se  concilier  l'Alsace  pour  s'en  faire  un  point  d'appui  dans 
les  éventualités  de  la  guerre  de  la  Fronde ,  ayant  ensuite  été  rap- 
portées ,  j|j|pisi  que  celles  données  par  le  comte  d'Harcourt  aux  autres 
villes  impériales  de  la  Landvogtey ,  lors  de  l'accomodement  de  ce 
prince  avec  te  maréchal  de  La  Ferté ,  Landau  n'était  nullement  ga- 
ranti par  le  départ  momentané  de  sa  garnison  contre  les  éventualités 
d'un  prochain  retour  des  troupes  du  roi. 

C'était  au  surplus  un  singulier  imbroglio  que  cette  première  ces* 
sion*  de  l'Alsace  à  la  France  par  le  #ai(é  de  i646.  Les  diplomates 
français  comprenaient  pat*  là  une  cession  absolue ,  une  sorte  d'incor- 
poration de  l'Alsace  à  la  monarchie  française  ;  les  diplomates  alle- 
mands, au  contraire ,  et  surtout  ceux  de  la  maison  d'Autriche  ;  en- 
tendaient ou  afl'ectaient  d'entendre  que  le  roi  de  France ,  substitué 
aux  droits  de  l'empereur  d'Allemagne ,  n'exercerait  qu'une  sorte  de 
protectorat  sur  l'Alsace  qui  n'en  resterait  pas  moins  pays  d'Empire 
et ,  comme  tel ,  soumis  aux  décisions  de  la  Diète.  Si  le  Sundgau  et  les 
autres  possessions  autrichiennes  étaient  dévolus  au  roi  à  titre.de 
cessionnaire  de  la  maison  d'Autriche ,  pour  tout  te  reste  il  ne  devait» 
selon  eux ,  être  considéré  que  comme  une  sorte  d'Ober-Landvogt ,  à 
peu  près  comme  au  temps  où  la  Landvogtey  d'Alsace  était  engagée 

{*)  Archives  de  Landau. 

(')  ScHOEPFLiN ,  Ali,  m. ,  toc.  XI,  Lctûdaut  et  Scbkxtt,  Neuere  G^êekkhtÊ  dtr 
Dnsiêehm ,  Buch  vi ,  Cap.  29. 
(*)  Archives  de  Laadau.  , 


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414  ISVOS  B'ALSiGB. 

aux  Electeurs  pahitins.  En  outre ,  la  ville  de  Strasbourg  devait  rester 
Indépendante  de  la  France ,  et  les  antres  villes  Jalousaient  fort  cette 
prérogative ,  elles  ne  cessaient  de  négocier  pour  faire  plaider  leur 
cause  par  la>chaneellerie  impériale  «  par  la  Diète  de  TEmpire  et  pour 
se  Ëii^e  des.  protecteurs  en  Allemagne. 

La  matricule  de  Nuremberg  avait  fixé  le  subside  dit  Rcememumau 
pour  cbacune  des  dix  villes  de  la  Landvogtoy  d'Alsace.  Ce  subside 
était  pour  Landau  96  florins  «  pour  Wissemboiffg  112 ,  pour  Hague- 
nau  192 ,  pour  Rosheim  24 ,  pour  Obernai  80 ,  pour  Scblestadt  146, 
pour  Kaysersberg  48 ,  pour  Turckbeim  20 ,  pour  Munster  48 ,  pour 
Colmar  168.  Les  dix  villes  auraient  voulu  continuer  à  le  payer  à  l'Em- 
pire ,  mais  la  France  s'y.  opposait.  De  là  nouvelles  complications. 

En  outre  «  la  chambre  impériale  de  Spire  prétendait ,  malgré  la 
cession  à  la  France ,  continuer  à  recevoir  le  subside  spécial  qui  fau 
était  dû  par  la  décapole,  conformément  aux  anciennes  constitutions 
de  l'Empire.  La  ville  de  Landau  n'aurait  pas  demandé  mieux  que  de 
refuser  sa  quote-part ,  car  tout  argent  versé  à  Spire  lui^^ait  dou- 
blement et  réveillait  ses  vieux  ressentiments  contre  Spire.  Ce  con- 
tingent était  toujours  de  45  florins ,  et  elle  fut  la  première  des  villes 
d'Alsace  à  le  refuser. 

Indépendamment  de  ces  subsides  fixes  ou  réguliers»  la  ville 
.mi,  par  suite  des  traités  de  Munster,  d'assez  fortes  sommes  à  verser 
comme  charges,  non  phis^de  guerre,  mais  de  départ  des  guer- 
royants. Ainsi  elle  eut  sa  part  des  Schwedischen  evacualiani  GeUer, 
cette  indemnité  de  5  millions  de  Reichsthalers  consentie  par  les  Etats 
de  l'Empire  à  la  couronne  de  Suède,  pour  rançon  des  places  qui  lui 
restaient  dans  l'Empire.  Elle  eut  en  outre  à  payer  sa  quote-part  des 
frais  d'évacuation  de  Franckenthal  pour  les  Espagnols  (Francken^ 
thaliichen  évacuation»  GelderJ,  et  il  est  probable  qu'elle  paya  cette 
dernière  quote-part  plus  volontiers  que  l'autre ,  car  pendant  toute  la 
guerre  de  trente  ans  le  voisinage  des  Espagnols  de  Franckenthal  avait 
été  son  cauchemar  perpétuel. 

De  l'année  1650  à  la  coalition  de  1672,  nous  voyons  Landau, 
.comme  les  autres  villes  de  la  Landvogtey  d'Alsace,  guerroyer  à  coups 
de  protocoles  ou  plutôt  à  coups  d'épingles ,  moîns  contre  la  suzerai- 
neté de  la  France  que  contre  les  prétentions  du  grand-bailli  français 
de  hi  préfecture  de  Haguenau,  qui,  délégué  d'une  centralisation  plus 
forte  que  celle  de  l'Empire  germanique ,  ne  cessait  d'avoir  des  exi- 


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TOLLES  UBliBS  ET  ttPÉRUU»  DE  L'ANCaDOIB  ALSiCB.  415 

genees  que  les  anciens  Landvogts  impériaux  se  gardaient  depuis 
longtemps  de  montrer. 

On  peut  appeler  cette  première  époque  de  la  domination  française 
en  Alsace  l'époque  des  protestations.  L'esprit  des  parlanents  de  la 
Fronde  inspirait  peut-être  ces  protestations  autant  que  le  Yieil  esprit 
germanique;  et,  au  fond ,  la  lutte  des  Yilles  impériales  de  l'Alsace 
contre  la  suprématie  du  gouyemement  français  n'était  que  la  conti- 
nuation de  leur  vieille  lutte  contre  la  suprématie  de  l'empereur 
d'Allemagne  et  du  comte  palatin  du  Rbin» 

En  1655 ,  lors  des  réclamations  des  dix  villes  à  la  Diète  de  Ratis- 
boune ,  Landau  ne  se  fit  pas  représenter  par  un  député  pris  dans 
son  sein ,  mais  confia  sa  cause  aux  délégués  de  Golmar  et  de  Haguo'» 
nau ,  Jean-Baitbasar  Schneider»  Daniel  Bûrr  et  Jean-Jacques  Barth , 
se  bornant  à  adbérer'  purement  et  simplement- à  la  délibération  du 
9  novembre  1655.  En  cela,  Landau  se  montra  plus  avisé  qu'Obemai  » 
qui ,  obéissant  à  des  susceptibilités  municipales  fort  déplacées  plutôt 
qu'à  l'intérêt  bien  entendu  de  la  cité ,  voulut  faire  assez  follement 
bande  k  part ,  s'aliéna  ainsi  l'intérêt  des  autres  villes  »  et  subit»  par 
suite  de  cette  maladresse,  des  conditions  plus  humiliantes  ou  au  moins 
des  échecs  de  vanité ,  malgré  les  efforts  dévoués  de  son  délégué  spé- 
cial ,  François  Pistorius. 

Ce  fut  à  cette  époque  »  1655 ,  que  nos  dix  villes  durent ,  bon  gré 
mal  gré,  prêter  serment  au  roi  et  au  Landvogt  royal,  1^  comte 
d'Harcourt. 

L.  Lbvrault. 


(Zfl  «iiili  à  la  prochaine  Uvraiêon). 


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TROISIÊHE  RÉUNION  DES  CHANTEURS  ALSACIENS. 
GRAND  FESTIVAL  DE  COLMAR. 


Mir  wird  dU  Brust  io  wiU ,  $o  umU , 
AU  ob'9  d'rin  bluht  und  triêbe. 
KomfMt  du  noch  einmal,  JugenàMit?,... 
*      Geibel. 
(FrUhlingi'Anfang ,  par  les  chanteun  de 
Mayence.) 


Qui  donc  nous  a  dit  que  les  cbemins  de  fer  et  les  Iocomoti?es  étaient 
les  agents  de  destruction  de  toute  poésie  »  et  que  désormais  notre 
existence,  réglée  par  l'ingénieur  et  par  le  mécanicien  »  ne  connaîtrait 
plus  que  des  joies  positives  comme  les  théorèmes,  et  aussi  prosaïques 
que  la  démonstration  du  carré  de  l'hypotbénuse? 

Oh  faiblesse  de  la  perspicacité  humaine,  oh  présomption  de  Téphé- 
mère  créature  !  Celte  désolante  assertion  a  été  répétée  sur  tous  les 
tons,  et  adoptée  sans  réplique  •  même  par  les  amis  du  progrès,  se 
résignant  à  faire  leur  deuil  de  la  pqésîe  de  Texistence ,  en  présence 
des  avantages  humanitaires  obtenus  an  moyen  de  la  merveilleuse 
invention  du  dii-neuvième  siècle. 

Et  les  rails  et  la  locomotive  datent  d'hier,  et  déjà  leur  union  a 
engendrée  les  associations  de  chanteurs  et  leurs  festivals  aussi  riches 
de  poésie  pour  Toeil  de  l'esprit,  que  de  brillantes  couleurs  pour  celui 
du  corps  I 

Qui  donc  aurait  pu  réaliser,  jadis,  d'aussi  nombreuses  et  d'aussi 
cordiales  réunions?  Qui  donc  aurait  pu  voir ,  à  jour  fixe ,  accourir  de 
tous  les  points  de  l'horizon ,  dans  un  but  d'harmonie  et  de  fraternité, 
des  citoyens  de  toutes  les  localités  de  notre  antique  Alsace,  des 
bords  de  la  Moselle ,  du  Rhin  inférieur,  et  jusque  du  cœur  de 
l'Helvétie? 


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GRAND  FESTIVAL  DE  COtMAB.  4^17 

Les  classes  moyennes  doivent  être  économes  de  temps  et  d'argent  ; 
la  vapeur,  aujourd'hui ,  les  a  nflfranclues  pour  de  certaines  occasions 
de  celte  préoccupation  prosaïque  ;  clic  a  mis  ù  leur  portée  les  jouis- 
sances que  jadis  n'auraient  |;û  se  permettre  même  des  princes. 
li9ibour|nrs ,  artisans ,  commerçants  »  hommes  de  science ,  vous  tous 
qui  faites  le  Tond  vivace,  intelligent  et  producteur  de  la  nation ,  vous 
tous  que  le  travail  matériel  ou  intellectuel  recommande^  la  sympathie 
de  rbomme  de  cœur,  tout  en  vous  enchuinant  ù  la  Res  augusia  Jomi , 
vous  pouvez  aujourd'hui  y  quand  le  moment  en  est  venu«  vous 
rapprocher,  vous  connaître,  vous  estimer  dans  de  solennelles  et 
^  brillantes  réunions,  popr  peu  que  votre  cœur  et  votre  esprit  soient 
accessibles  aux  nobles  émotions  que  procure  la  culture  du  plus 
simple,  du  plus  naturel,  du  plus  sympathique  de  tous  les  instruments 
de  musique ,  de  la  voix  humaine. 

C'est  \à  le  progès  au  point  de  vue  humanitaire,  et  ce  progrès  est  le 
flrnit  immédiat  du  chemin  de  fer  et  de  la  locomotive  tant  calomniés 
par  la  sensiblerie  de  certaines  ftmes  pseudo-poétiques. 

Hais  si  la  vapeur  et  ses  applications  ont  fourni  les  moyens  de  se 
réunir,  n'oublions  pas  que  la  culture  de  l'art  musical  et  de  la  musique 
vocale  surtout ,  est  devenue  le  grand  levier  civilisateur  qui  a  adouci 
les  mœurs  et  qui  a  rapproché  les  cœurs. 

Qui  eut  osé  réunir  dans  un  autre  but,  le  même  jour,  dans  une 
localité  relativement  aussi  restreinte  que  Colmar,  tous  ces  cœurs  plus 
ou  moins  enthousiastes ,  toutes  ces  têtes  chaudes ,  tous  ces  hommes 
aux  sentiments  plus  ou  moins  exaltés  par  le  bruit,  la  multitude,  une 
chaleur  tropicale  faisant  mûrir  le  bon  raisin  de  4858 ,  et  les  libations 
faîtes  de  préférence  avec  le  pétulant  vin  de  la  dernière  réculte  ;  qui 
eut  osé  rassembler  ainsi  et  mettre  en  contact  près  d'un  millier 
d'hommes  depuis  la  chaleureuse  adolescence  jusqii'à  l'âge  mûr  et 
consciencieux  de  sa  force ,  toutes  ces  naiionàliiés  diverses  ,  tous  ces 
préjugés  de  localité,  ce  chaos  de  convictions  politiques  et  religietises, 
fervents  disciples  de  l'Eglise  et  libres-penseurs ,  catholiques ,  protes- 
tants ,  Israélites,  enthousiastes  du  gouvernement  impérial  et  républi- 
cains boudeurs  t  rêveurs  légitimistes ,  fusionistes  et  orléanistes  ,  qui 
eut  osé  faire  cela  sans  appréhender  les  plus  fâcheuses  complications? 
Que  les  magistrats ,  que  les  administrateurs ,  que  1rs  chefs  mili- 
taires qui  ont  vécu  pendant  un  certain  temps  au  milieu  de  nos 
populations»  répondent. 


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418  REVUE  D'ALSACE. 

Que  nous  ont  montré  les  fêtes  de  Colmar?  Rien  qu'amitié  et  hien- 
veillance  mutuelles.  Français,  Allemands,  Suisses,  Alsaciens  do 
Haut-  et  du  Bas-4\hin  ,  tous  se  serrant  la  main ,  se  féliciiant  d'avoir 
pu  apprendre  à  se  connaître ,  et  Tratemisant  tous  dans  un  sublime  et 
merveilleux  accord  »  à  la  faveur  de  Tbospitalîté  cordiale  de  Qolmar  %t 
de  ses  environs  (i). 

«  Des  classes  qu'à  peine  on  éclaire 

<  Relevant  les  mœurs  et  les  goûts 
t  Par  toi ,  devenu  populaire 

«  Vart  va  faire  vn  del  plus  doux. 

«  Les  notes  sylphides  puissantes 

«  Rendront  moins  lourd  soc  et  marteau, 

<  Et  feront  des  mains  menaçatUes 
«  Tomber  l'homicide  couteau. 

<  BÉRÀIIGER   à   WlLHEM.   * 

Il  est  évident,  pour  tout  esprit  droit,  que  ce  beau  résultat  est  dû, 
uniquement,  à  la  puissance  civili^lrlce  et  humanitaire  de  la  musique, 
et  la  queëiion  posée  par  une  des  plumes  les  plus  compétentes  sur  la 
matière  est  résolue,  désormais,  parmi  nous,  c  L* esprit  tT association, 
,  c  se  détournant  des  voies  politiques ,  ou  il  a  si  souvent  erré ,  oii  U  a 
c  tant  de  fois  engendré  de  funestes  discordes ,  envahirait  'il  le  royaume 
c  de  l'harmonie  non  plus  pour  diviser  les  eœurs  ,  mais  pour  Us  rtàlier 

{*]  Les  sociétés  chantantes  venues.au  festival  sont  les' suivantes  : 
•  1.  Paris  :  Les  enfants  deChoisy,  2.  Harmonie,  3.  Conservatoire,  4.  Alsacienne. 
5.  Sainte-Marie-aux-Mines  :  Société  chorale.  6.  Schiltigheim  :  Société  chorale. 
7.  Strasbourg  :  Société  Chorale ,  8.  Union  ,  9.  Harmonie ,  10.  Société  phUhar- 
monique.  ll.Nutzig  :  Chorale.  12.  Mulhouse  :  Saint^Cécile ,  18.  Union  chorale, 
14.  Harmonie.  15.  Les  sociétés  de  Carlsrube.  16.  Metz  :  Sainte^Cédle ,  17.  Or- 
phéon. 18.  Thann  :  Société  chorale.  19.  Brumath  :  Cercle  choral.  20.  Oôle  :  Les 
enfants  du  Jura.  21.  Porrentruy  :  le  Mœnnerchor.  22.  Dijon  :  Société  chorale. 
23.  Wihr-en-plaine  :  Union  musicale.  24.  Baden  :  Eintracht.  25.  Colmar  : 
Harmonie,  26.  Orphéon.  27.  Wintzenheim  :  Chorale.  28.  Guebwiller  :  Har- 
monie.  29.  Schlestadt  :  Harmonie.  30.  Saint-Âmarin  :  l'Echo  de  la  vallée.  81. 
La  Ferté-sous-Jouare  :  Orphéon.  32.  Haguenau  :  Société  chorale.  33.  Bâlc  : 
Liedertafel.  84.  Pfafienhoffen  :  Société  chorale.  85.  Guebwiller  :  Orphéenne. 
36.  Achern  :  tiesangverein.  87.  Eclcwersheim  :  Orphéon  villageois.  88.  Barr  : 
Union  chorale*  39.  Munster  :  Chorale.  44).  Mayence  :  Kirehenmusiekverem. 
41.  Les  sociétés  de  Zurich. 


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GRAND  FESTlTAt  DE  COLMAB.  419 

c  comme  U  rallie  lee  votx  »  et  pour  réahur  de  la  sorte ,  au  point  de  vue 
«  moral ,  et  au  point  de  vue  artistique ,  un  double  progrès  i  (i). 
'^  NéaDoioins,  malgré  cette  évideoce,  ces  associations  artistiques , 
cette  discipline  f  ces  réunions ,  ces  fôtes ,  forment  encore  toujours  un 
sujet  de  préoccupation  chez  de  certains  esprits  timorés  et  superficiels , 
ou  même  chez  de  bons  esprits  mais  qui  n'ont  pas  eu  l'occasion,  ou  la 
volonté,  ou  le  temps,  d'examiner  cette  question  ave*c  attention  ,  et 
d'en  scruter  scrupuleusement  les  conditions  et  les  éléments.  Elles 
forment  un  sujet  de  préoccupation  bien  plus  fort  encore  dans  un 
certain  monde ,  fort  respectable  aussi ,  mais  qui  ne  pourra  se  vanter 
jamais,  s'il  persiste  dans  son  exclusivisme,  de  conquérir  les  sym- 
pathies nationales,  qui  au  contraire ,  possède  le  talent  d'aliéner  de 
plus  en  plus  celles  qui  lui  restent  encore. 

Dans  ce  monde  là ,  on  entend  dire  :  Méfiez-vous ,  c'est  le  carba* 
narisme ,  ce  sont  des  clubs ,  c'est  le  socialisme ,  c'est  la  terreur  qui 
préludent  par  ces  chants  pacifiques  à  leurs  futurs  et  terribles  ébats. 
Eh  bien  non ,  rassurez-vous ,  braves  gens  ;*  les  chanteurs  sont  plus 
charitables  que  vous ,  et  en  vous  voyant  vous  isoler  au  milieu  de  la 
joie  générale ,  en  vous  voyant  vous  réunir  dans  vos  conciliabules 
épouvantés ,  aucun  d'eux  ne  songe  à  vous  soupçonner  seulement  de 
vouloir,  à  l'aide  d'un  nouveau  père  Letellicr  et  d'une  nouvelle  Madame 
de  Maintenon ,  nous  ramener  à  une  seconde  édition  de  la  révocation 
de  redit  de  Nantes ,  ou  des  dragonnades ,  ou  en  remontant  encore 
plus  haut  dans  l'histoire,  à  une  nouvelle  Saint-B;irihélémiy.  Imitez-les 
donc ,  ne  soyez  pas  plus  méfiant  qu'eux  »  ils  sont  aussi  incapables  de 
bire  ce  que  vous  redoutez,  que  vous  n'êtes  vous-mêmes  désireux  de 
commettre  les  crimes  dont  iU.  ne  vous  accusent  pas. 

Ce  cortège  que  vous  voyez  passer,  ces  bannières,  ces  figures 
épanouies ,  cette  réunion  de  tant  de  gens  venus  de  si  loin  et  réunis 
fraternellement  pour  la  première  fois  ,  c'est  tout  bonnement  le 
Progrès ,  le  Progrès  social  (et  non  socialiste .  ne  faisons  pas  de  con- 
fusion). La  Sainte-Cécile  de  Mulhouse  vous  l'a  chanté ,  leur  devise 
est  :  Alliance  et  Progrès, 

Les  réunions  de  chanteurs  n'ont  qu'un  but  humanitaire;  s'ils 
adoptaient  un  autre  but  quelconque,  elles  se  dissoudraient  immédia- 
tement, vft  la. variété  infinie  des  convictions  représentées  dans  leur 

(*)  Georges  Kastner  ,  Les  chants  de  la  vie.  Paris  1SS4# 


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420  RBVtJB  D'ALSACB. 

sein.  El  ici  encore  noas  invoquerons  l'autorité  de  celui  qui  dans  ses 
Chant»  de  lavievL^  pour  ainsi  dire ,  codifié  l'art  de  former  et  de  diri- 
ger les  sociétés  chorales  et  qui  termine  les  conseils  donnés  aux  chan- 
geurs par  la  phrase  suivante ,  dictée  autant  par  le  bon  sens  que  par 
une  solide  expérience,  c  Somme  toute ,  il  importe  au  plu»  haut  point 
c  que  le»  société»  de  chanteur»  d^homme»  ne  »oientjameù»  exploitée»  au 
c  profit  d'un  parti  politique  ou  d'une  secte  religieu»e  i  (i). 

C'est  en  ce  sens  que  le  but  du  festival  choral  de  Colmar  a  été  com- 
pris par  les  autorités ,  et  le  département  du  Haut-Rhin  ainsi  que  la 
ville  de  Colmar  doivent  se  féliciter  hautement  d'avoir  vu  conGer  la 
direction  de  leurs  affaires,  publiques  à  des  magistrats  aussi  éclairés. 
Des  esprits  élevés  comme  M.  le  Préfet  du  Haut-Rhin»  des  hommes  de 
cœur  comme  M.  le  Maire  de  Colmar  savent  servir  aussi  bien  le  Gou- 
vernement qui  les  a  institués ,  ^ue  diriger  et  concilier  les  populations 
qu'ils  doivent  représenter.  Certainement  l'exercice  de  l'autorité  a  des 
exigences  que  le  grand  public  ne  sait  pas  toujours  comprendre ,  et 
qu'il  n'est  que  trop  disposé  à  critiquer,  à  condamner  ;  l'autorité  doit 
avant  tout  être  respectée  et  obéie ,  mais  après  cela  elle  peut  être 
exercée  de  différentes  manières  ,  et  il  est  diflScile  de  se  rendre 
compte  des  dangers  auxquels  s'exposent  ses  dépositaires ,  lorsque 
dans  une  grande  occasion  ils  savent ,  comme  on  l'a  vu  à' Colmar,  se 
concilier  l'estime  des  esprits  d'élite  et  les  sympathies  des  masses. 

Les  commandants  militaires  aussi  ont  droit  à  là  plus  vive  recon- 
naissance de  tout  ceux  qui  de  près  pu  de  loin  se  sont  intéressés  au 
festival.  Leur  concours  seul  a  pu  rendre  la  fête  possible»  les  nombreux 
moyens  dont  ils  ont  si  libéralement  disposé  en  sa  faveur»  en  ont 
certainement  relevé  l'éclat  d'une  manière  tout«à*fait  exceptionnelle. 

Le  but  de  ces  lignes  ne  peut  pas  être  de  donner  un  récit  détaillé  » 
une  amplification  pittoresque  du  programme  du  festival»  un  grand 
nombre  d'autres  publications  s'étant  déjà  chargé  de  ce  soin.  Hais  son 
appréciation  sous  le  point  de  vue  social»  moral»  ou  poétique» 
n'exclut  point  une  relation  de  ses  épisodes  les  plus  marquants  »  une 
espèce  d'aperçu  sommaire  de  ce  qu'il  a  été  pour  ceux  qui  y  ont 
participé. 

Et  »  d'abord  »  il  est  bon  de  constater  que  la  science  héraldique 
commence  à  revivre  pour  les  chanteurs  »  et  qu'elle  émaille  de  ses 

C)  G»  KASTKSR  ,  0.  c.  p.  109. 


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GRAND  FESTIVAL  DE  COLMAE.  4l4 

brillante»  couleurs  ces  cortèges  que  notre  costume  contemporéla 
rendrait  assez  ternes  sans  elles.  Bien  des  blasons  nobles  ont  disparu 
dans  la  grande  tempête  qui  a  régénéré  notre  nation ,  mais  patrieien» 
et  plébéiens»  partout  où  ils  étaient  constitués  en  communes,  ont  con- 
sente les  emblèmes  traditionnnels  de  leur  antique  existence  politique. 
Aujourd'hui  »  ces  écussons  sont  adoptés  généralement  pour  orner 
et  distinguer  les  bannières  des  sociétés  de  chant ,  et  l'on  a  pu  voir 
fraternellement  réunis  sur  Testrade.de  la  mairie  et  sur  l'orchestre  do 
manège  la  masse  d'armes  de  Golmar  en  champ  de  gueules  et  de 
sinople,  la  bande  de  gueules  en  champ  d'argent  de  Strasbourg, 
l'écusson  d'argent  et  de  sable  de  Metz  »  la  rose  d'argent  en  champ 
d'azur  de  Haguenau ,  les  roues  de  Mayence  et  de  Mulhouse;  les 
herses  de  Barr  et  de  Wasselonne ,  et  tant  d'autres  qui  mériteraient 
d'être  cités  au  même  titre.  Si  toutes  ces  bannières  ne  sont  pas  toujours 
correctes  au  point  de  vue  de  la  science  du  blason  «  beaucoup  d'entre 
elles  se  distinguent  par  une  grande  richesse  ou  par  une  remarquable 
élégance.  Les  bannières  serrent  à  distinguer  les  sociétés  en  corps , 
les  chanteurs  se  distinguent  individuellement  par  des  rosettes^,  des 
emblèmes ,  des  petites  cocardes ,  qui  relèvent  le  costume  »  donnent 
un  air  de  fête  à  tous  les  participants,  et  facilitent  la  bonne  entente  et 
le  maintien  du  bon  ordre.  Le  costume  oblige  »  et  ces  décorations 
constituent  déjù  un  costume.  Il  serait  à  désirer  que  pour  le  complé- 
ter, les  chanteurs  adoptassent  une  coiffure  uniforooe  et  moins  banale 
que  ne  l'est  notre  chapeau-tuyau  de  rigueur  avec  notre  tenue 
habillée.  Il  faut  que  leurs  cortèges  se  distinguent  de  tous  les  autres» 
il. faut  surtout  ne  pas  s'y  rendre  habillé  comme  pour  un  convoi 
funèbre.  Le  feutre  gris  de  forme  basse  »  léger  et  souple ,  semblerait 
tottt-à-fait  acceptable.  Il  n'embarasseralt  pas,  lorsque  réunis  en 
masse  on  doit  rester  tête  nue ,  comme  dans  les  concerts  ;  il  ne  fati- 
guerait pas  quand  il  faut  rester  couvert  longtemps  ;  comme  dans  les 
cortèges  et  autres  cérémonies  en  plein  air,  il  peut  parfaitement  se 
porter  avec  l'habit  noir  ;  il  comporte  des  ornements  et  des  signes  de 
ralliement  »  et  ne  serait  aucunement  déplacé  avec  son  petit  air  éman- 
cipé dans  des  occasions  oit  l'art  et  la  poésie  font  disparaître  pour  un 
moment  les  prosaïques  préoccupations  de  la  vie  matérielle. 

En  récapitulant  les  nombreux  épisodes  qui  ont  marqué  les  divers 
jours  sur  lesquels  Vest  répartie  la  fête,  on  arrive  à  constater  la 
consolante  vérité  que  les  grandes  réunions  .d'hommes  »  lorsqu'une 


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423  RBTns  d'alsaci. 

bonne  pensée  les  a  rassemblés ,  foni  éclater  et  exaltent  les  bons 
sentiments.  Cette  vérité  balance  ainsi  pour  Thonneur  du  genre 
humain  la  proposition  »  trop  souvent  sanctionnée  par  Texpérience  « 
que  les  réunions  en  masse  peuvent  faire  éclater  et  peuvent  exalter 
les  plus  mauvaises  passions. 

La  soirée  de  l'arrivée  des  chanteurs  vit  inaugurer  une  innovation* 
dans  les  annales  de  nos  festivals  alsaciens*  Le  champ -de- mars  pré^ 
sentait  un  aspect  féerique  avec  la  douce  lumi<^re  répandue  par  les 
innombrables  lampions  de  couleur»  suspendus  en  guirlandes  aux 
arbres  de  celle  magnlGque  promenade.  Le  kiosque  resplendissait  de 
lumière ,  et  la  musique  du  3®  régiment  de  cuirassiers  »  que  Tarmée 
musicale  par  excellence ,  Tarrnée  autrichienne  nous  envierait , 
répandait  des  flots  d^barmonie  sur  les  masses  compactes  qui  Tentou* 
rent,  et  auxquels  on  voit  mêlés  déjà  de  nombreux  chanteurs.  Plus 
Için  y  la  belle  musique  du  97«  régiment  de  ligne ,  et  près  de  la  statue 
de  Rapp  la  musique  des  sapeurs- pompiers  de  Colmar»  coulinueni  la 
tâche  si  bien  commencée  par  les  cuirassiers  »  alternent  ensemble  et 
cxé<  iitent  un  concert  populaire  sur  cet  immense  espace. 

fout-à-coup  le-  canon  tonne,  ne  puisse-t-il  plus  jamais  résonner 
sur  nof  frontières  que  pour  des  fêtes  aussi  gaies  l  et  les  chan- 
teurs se  groupent  autour  des  écritaux  portant  le  nom  de  leurs 
sociétés ,  et  dont  le  sort  a  réglé' la  préséance.  Les  torches  s'allument, 
les  musiques  précédéf's  de  nombreuses  lanternes  fixées  au  bout  de 
perches  divisent  le  cortège  en  trois  sections  »  qui  prend  le  chemin 
de  la  ville,  accompagné  de  la  multitude  émerveillée  de  ce  spectacle 
grandiose.  Une  grande  partie  de  la  ville  est  ainsi  traversée  par  ce 
torrent  de  feu  et  d'enthousiasme;  de  chaleureux  vivats  éclatent 
quand  il  passe  devant  la  préfecture  •  car  les  chanteurs  ne  sont  point 
des  ingrats,  et  ils  sont  heureux  de  témoigner  leur  reconnaissance  au 
protecteur  de  leur  fêle  qui  commence  si  bien. 

Le  dimanche  la  lumière  d*un  solt^il  éclatant,  a  remplacé  la  lueur 
des  torches,  et  à  midi  les  (Jianteurs  se  groupent  de  nouveau  à' leurs 
places  désignées.  L'abandon  de  la  veille  a  fait  place  à  des  dispositions 
plus  graves,  presque  solennelles.  Tout  le  monde  a  revêtu  les  habits 
de  fétc;  les  bannières  de  grande  cérémonie  sont  déployées  ;  hier  on 
a  pris  possession  de  la  ville,  aujourd'hui  il  s'agit  de  se  montrer 
dignes  des  honneurs  qu'on  a  reçus,  de  la  confijnce  des  hommes 
éminents  qui  ont  engagé  leur  respousabiliiéi  et  de  la  cordiale  hospi- 


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6RAKD  FESTIfAL  DB  GOLMAlt.  498 

talilé.  dont  déjà  on  a  pn  apprécier  les  mérites  ;  il  s'agit  de  se  mon- 
trer dignes  d'interpréter  les  œuvres  de  tant  d'hommes  de  talent  et 
de  génie  ;  il  s'agit  surtout  de  prouver  que  la  musique  est  le  but  et 
noo  le  prétexte  de  la  fête.  Le  cortège  se  met  en  mouvement  ;  le 
Maire  de  Colmar»  entouré  des  membres  de  son  administration ,  tous 
en  costume  oflBciel  «  marche  en  tête,  sanctionnant  ainsi  de  la  manière 
la  plus  solennelle  l'harmonie  qui  doit  régner  dans  un  pays  bien  gou- 
verné et  bien  administré ,  la  confiance  mutuelle  et  indispensable  entre 
gouvernants  et  gouvernés. 

Aussi  t  dès  l'entrée  en  ville  l'enthousiasme  éclate  sans  qu'il  soit 
facile  de  dire  s'il  est  propagé  des  chanteurs- an  public  ou  bien  da 
public  aux  chanteurs.  Le  fait  est  que ,  par  une  réaction  sympathique, 
il  s'est  propagé  en  grandissant  des  uns  aux  autres.  Les  spectateurs 
sont  impressionnés  par  ce  brillant  cortège ,  par  ces  musiques  entrai* 
nantes  ;  le  cortège  Test  par  ces  rues  enguirlandées,  pavoisées,  par 
ces  devises  tantôt  spirituelles ,  tantôt  cordiales ,  par-dessus  tout  par 
cette  multitude  pressée  aux  croisées  et  le  long  des  maisons.  De  belles 
mains  font  tomber  sur  lui  une  pluie  de  bouquets,  les  distributrices 
sont  récompensées  par  de  joyeuses  acclamations ,  souvent  par  des 
démonstrations  plus  significatives  qu'excuse  le  moment ,  que  justifie 
la  galté  générale. 

Voici  les  chanteurs  de  Strasbourg  qui  reconnaissent  à  une  fenêtre 
une  charmante  compatriote,  une  sœur  en  Apollon ,  venue  tout  exprès 
pour  relever  l'éclat  de  la  féie.  Les  vivats  enthousiastes  saluent  un  talent 
hors  ligne  aussi  bien  que  l'amabilité  et  la  modestie  du  caratctère. 

Les  chanteurs  ont  la  mémoire  du  cœur.  Plus  loin  »  c'est  M.  le  Maire 
de  Barr  qu'ils  reconnaissent,  lui,  /jui  l'année  passée  à  pareille  époque 
les  a  accueillis  chez  lui  dans  des  circonstances  analogues ,  et  avec  la 
même  cordialité.  Les  plus  sympathiques  acclamations  éclatent  et  se 
propagent  à  travers  tout  le  cortège ,  et  il  lui  en  arrivera  de  même 
tontes  les  fois  qu'il  se  montrera  dans  une  grande  réunion  de  chan- 
teurs alsaciens.  Si  M.  Paul  Odent  et  M.  H.  de  Peyerimhoff  n'aiment 
pas  les  ovations  bruyantes  quoique  coNiales ,  il  faut  leur  conseiller 
fortement  de  ne  pas  se  montrer  aux  fêtes  qui  devront  avoir  lieu ,  en 
I8è9,  à  Schlestadt,  et,  en  1860,  à  Mulhouse.  Si  au  contraire  ils 
ne  les  dédaignent  pas,  et  ils  auraient  tort  de  le  faire,  car  ces  démons- 
trations parties  du  cœur  honorent  ceux  auxquels  ils  s'adressient , 
qu'ils  y  viennent ,  et  ils  verront  s'ils  ont  fait  des  ingrats. 


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m  RËVCE  o'aLSACB. 

Mais  voici  le  cort<^go  devant  la  mairie ,  occupant  en  colonne  serrée 
le  vaste  f:uibourg  de  Bûle.  Los  bAinières  se  groupent  sur  Testrade  et 
le  président  du  comité  ceniral  présente  à  M.  le  Maire  l'association  des 
sociétés  chorales  d'Alsoce  et  le  remercie  eh  terme  chaleureux  de 
Taccueil  sympathique  et  empressé  qu'elle  a  trouvé  dans  la  cité  hospi* 
tal  ère  d<'  Colmar. 

M.  de  Peyerimhoff  prend  alors*  la  parole  au  milieu  d'un  silence 
religieux.  On  était  sûr  d'entendre  de  généreuses  pensées ,  d'y 
retrouver  la  courtoisie  pai faite  du  gentilhomme,  la  cordialité  du 
représentant  de  la  ville  de  C«>lmar,  dont  toutes  les  dispositions  de  la 
fêle  avait  déjà  révélé  rheureuse  inllotïnce;  mais  tous  les  cœurs  se  mirent 
ù  battre  plus  vite  lorsque  dès  les  premiers  mots  on  put  reconnaître  la 
sympathie  profonde  qu'éprouvait  IVrateur  pour  la  belle  cause  du 
progrès  social  dont  il  avait  devaut  lui  les  pacifiques  représentants  ; 
et  »  lorsqu'en  s*adress:int  aux  chanteurs  de  Paris  et  des  provinces  de 
l'intérieur,  il  les  salua  au  nom  du  penseur  profond  »  du  philosophe 
charitable  ,  du  chanteur  aimé  du  peuple ,  de  l'infatigable  promoteur 
des  unions  chorales ,  lorsque  le  nom  de  Déranger  fut  sorti  de  ses 
lèvres,  un  tonnerre  d'acclamations  éclata  et  ne  se  calma  que  par 
respect  pour  l'orateur  et  pour  ne  point  se  priver  plus  longtemps  de 
ses  sympathiques  paroles.  Aîors  seulement  H.  le  Uaire  put  terminer 
sa  phrase  qui  excita  de  nouveaux  transports,  c  Chanteun  de  Parti  et 
c  des  provinres  de  l'intérieur,  vous  serez, au  milieu  de  nous  comme 
t  tâcho  de  la  voix  de  Déranger ^  éieinie ,  héla»  l  mais  loupurs  vibrante 
c  dans  le  ccettr  des  Français  ;  car  ta  corde  qu'elle  a  touchée  est  celle  du 
c  palrintisme  cl  de  tons  les  seniiments  généreux»  i 

Après  avoir  complimenté  It^s  chanteurs  d^AHemagne  au  nom  de 
leurs  grands  poètes  et  de  leurs  grands  musiciens  ,  les  chanteiirs  de 
rilelvétio  au  nom  de  la  nature  grandiose  au  milieu  de  laquelle  ils- 
vivent  et  dont  ils  s'inspirent ,  et  les  chanteurs  alsaciens  au  nom  de  la 
noble  émulation  qu'ils  montrent  et  au  iiom  des  devises  de  leurs  ban^ 
nières  :  Harmonie' Union ,  deux  vers  de  la  chanson  de  Béranger, 
dédiée  à  son  ami  Wilhem  et  intitulée  :  V Orphéon,  terminent  ce 
sympathique  discours 

«  Les  cœurs  sont  bim  près  de  s'entendre 
«  Quand  les  voix  ont  fraternisé,  > 
qni  provoque  un  enthousiasme  impossible  à  décrire. 
Le  vin  d'honneur  est  alors  offert  dans  la  coupe  que  les  chanteurs 


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GRAND  FESTIVAL  DE  CALMAR.  4S5 

lorjf^ois  ayaient  donoé  le  matin  même  au&  cbanleurs  d*Aisace  et 
confiée  à  la  garde  des  chanteurs  de  Coloiar,  en  souvenir  d'une  alliance  - 
qui  avait  été  cimentée  entre  Zurich  et  Coimar  par  un  traité  datant  de 
raiinéeil353. 

Pendant  que  le  vin  d'honneur  municipal  se  dégustait  à  l'estrade» 
une  concurrence  toute  amicale  s'établit  dans  un  local  voisin  de  la 
mairie  »  occupée  par  la  Corporation  des  vigneron»  qui ,  eux  aussi  • 
tiennent  à  fêter  les  chanteurs.  Ce  vin  d'honneur  tout  officieux  <BSt 
offert  e(  accepté  avec  lu  même  cordialité. 

Mais  voici  le  générallissime  de  celte  armée  pacifique ,  voici  Louis 
Libb£  qui  monte  sur  l'estrade.  Il  saisit  le  bâton  de  commandement  » 
et  le  solennel  chœur  de  Mozart,  VEiniracht  est  entonné  par  un  millier 
de  vois  9  avec  une  précison  et  un  sentiment  musical  qui  auront  enfin 
pu  convaincre  les  plus  incrédules  qu'ils  étaient  en  présence  de  chan- 
teurs sérieux ,  ayant  fuit  une  étude  conscienv  ieuse  du  chant  choral , 
et  que  réellement ,  comme  il  a  été  dit  déjà ,  la  musique  était  le  but 
et  non  le  .prétexte  de  leurs  réunions. 

Rien  lie  saurait  rendre  l'effet  grandiose  de  celte  composition  exé- 
cutée dans  de  pareilles  circonstances ,  et  avec  des  moyens  si  puis- 
sants. 

Après  un  nouveau  trajet  triomphal  à  travers  des  quartiers  nqn 
encore  visités,  le  Cortège  arrive  au  beau  manège  de  cavalerie  disposé 
eu  salle  de  concert  et  offrant  un  coup  d'œil  ravissant.  Les  chanteurs 
descendent  dans  l'arène  qui  va  être  témoin  de  leurs  luttes  pacifiques. 

La  solennité  s'ouvre  par  une  nouvelle  exécution  du  cœur  de  IMozart 
qui  immédiatement  rassure  toutes  les  oreilles  compétentes  sur  les 
excellentes  qualités  acoustiques  de  l'immense  local.  L'intérêt  du 
public  9  dont  une  partie  s'était  attendu  à  une  production  assez  mono- 
tone ,  s'acçroit  de  morceau  en  morceau ,  et  si  quelques  productions 
plus  faibles  recueillent  des  applaudissements  d'encouragement ,  par 
contre  les  morceaux  réellement  remarquables  font  éclater  des  trans- 
ports d'enthousiasme.  Les  morceaux  d'ensemble,  d'un  effet  merveil- 
leux ,  alternent  avec  des  cbœurs  ou  des  quatuors  dotiblés ,  triplés  et 
quadruples  des  différentes  sociétés  et  c'est  dans  cette  dernière  caté- 
gorie qu'éclate  la  perfection  véritablement  artistique  à  laquelle  sont 
arrivées  certaines  réunions  chantantes  venues  à  cette  fêle. 

La  Chorale  de  Mutxig ,  la  Samle^Cicile  de  Mulhouse .  V Harmonie , 
VVnion  musicale  et  la  Société  chorale  de  Strasbourg ,  le  Kirehenmusik". 


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416  REYUB  D'ALSACE. 

verein  de  Mayence  fie  couvrent  de  gloire  ;  de  celte  gloire  noblt  et 
pure ,  qui  ne  sacrifie  personne  »  élève  les  cœurs  et  ne  fait  couler  que 
des  larmes  de  joie. 

Quelques-uns  des  morcejiqx  d'ensemble  se  terminent  par  d^émou- 
vants  épisodes.  Le  Chàni  de»  batelière  ,  composé  par  le  savant  prési- 
dent honoraire  du  comité  central  »  G.  Kastner»  lui  vaut  une  ovation 
de  la  part  des  chanteurs ,  à  laquelle  toute  sa  modestie  ne  peut  le 
soustraire.  Autant  en  arrive  à  un  membre  de  la  Société  chorale  de 
Strasbourg  »  le  D'  F.  Sirohl  •  pour  sa  belle  composition  intitulée  : 
Am  Abend.  Mais  la  démonstration  la  plus  chaleureuse  échoit  au  direc* 
teur  musical  de  toute  la  solennité,  à  Louis  Liebé  auquel  les  chanteurs 
d'Alsace  sont  redevables  en  grande  partie  des  éclatants  progrès  faits 
depuis  une  série  d'années.  Après  l'exécution  du  chœur  général-,  c  An 
einem  Fruhlingsmorgen ,  >  composé  par  lui  »  des  tonneres  de  bravos 
éclatent  dans  toute  la  salle  et  parmi  les  chanteurs  •  et  ceux-ci  »  qui 
avaient  pu  faire  ample  provision  de  bouquets  dans  leur  pérégrination 
à  travers  la  ville ,  grâce  à  la  charmante  libéralité  des  dames  d^ 
Colmar,  les  font  pleuvoir  maintenant  dans  un  bombardement  à  jet 
continu  sur  leur  chef  aimé.  L'enthousiasme  est  porté  à  son  comble 
lorsque  M.  le  Maire  vient  lui  remettre  une  couronne  au  nom  des 
comités  de  CoImai\ 

Le  culte  de  )a  musique  et  surtout  du  chant  choral  console  les  cœurs 
attristés ,  raffermit  les  convictions ,  élève  l'âme.  Si  dans  ces  solen- 
nités «  dans  un  but  de  variété  qu'on  ne  saurait  perdre  de  vue ,  on 
exécute  des  morceaux  gais  et  quelquefois  badins ,  par  contre  on  en 
exécute  d'autres  ayant  pour  texte  de  subKmes  poésies ,  et  lé  recueil- 
lement avec  lequel  de  pareils  morceaux  sont  interprétés  témoigne 
hautement  de  Timpression  qu'ils  produisent  sur  l'esprit  des  chan- 
teurs eux-mêmes.  Quelle  place  peuvent  trouver  dans  les  cœurs  des 
sentiroens  vulgaires  ou  condamnables  «  quand  on  chante  comme  l'a 
chanté  VVnion  muêicale  de  Strasbourg  des  strophes  comme  celles  qui 
terminent  le  magnifique  Mânnergesang  : 

Der  Erde  Sohn  von  oben  siammt , 
Der  Odem  Gottes  ihn  umweht  ! 
Dos  deutet  ihm  sein  heilig  Amt , 
Dos  skhert  ihm  sein  fromm  Gebet. 
Morgensegen  «et  dein  Klang  , 
Fnnhmer,  frc/nmer  Mttnnenang  i 


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GRAND  FESTIVAL  DR  ClOLMAR.  427 

Mais  le  concert  se  termine  an  milieu  de  la  joyeuse  agitation  excitée 
par  le  cbœur  général  La  Sainê^ Hubert ,  de  Laurent  de  Rillé  »  et  le 
cortège  se  reforme  pour  se  diriger  vers  la  salle  du  banquet. 

Le  vaste  hôtel  de  l'Europe  a  peine  à  contenir  les  convives  »  qui  ne 
peuvent  tous  trouver  place  dans  la  même  salle.  Les  différentes  so- 
ciétés ,  dont  beaucoup  de  membres  ne  s'étalent  jamais  vus ,  frater- 
nisent ensemble  autant  que  le  permet  l'espace  encombré.  Ce»  dé« 
monstrations  d'une  cordiale  confraternité  s'échangent  surtout  entre 
les  tables  que  le  hasard  a  rapprochées. 

Le  président  du  comité  central  prend  la  parole  le  premier  et  porte 
un  teste  à  l'Empereur,  protecteur  des  arts.  Dès  ses  premières  paroles 
ses  intentions  sont  comprises ,  et  il  n'a  pas  encore  prononcé  le  nom 
de  l'Empereur  que  de  toutes  parts  de  chaleureux  vivats  éclatent  »  et 
que  tous  ces  démocrates  »  tant  redoutés  dans  de  certains  milieus  » 
saluent  de  leurs  acclamations  spontanées ,  le  grand  disciplinateur  de 
la  démocratie ,  le  représentant  inébranlable  des  nobles  sentiments  de 
h  nationalité  française. 

De  nombreux  testes  de  circonstance  se  succèdent ,  tous  accueillis 
avec  transport,  mais  celui  qui  provoqua  une  démonstration  colossale, 
celui  qui  excita  un  véritable  délire  de  reconnaissance,  fut  celui  porté 
à  M.  le  Maire  de  Golmar  et  à  l'hospitalité  de  ses  administrés.  Les 
voix  ne  paraissant  plus  suffisantes  pbur  exprimer  toute  la  gratitude 
dont  les  chanteurs  se  sentaient  pénétrés ,  un  roulement  formidable 
fut  exécuté  sur  les  tables  accompagné  d'un  trépignement  de  joie^è 
faire  crouler  la  maison. 

L'atmosphère  étouffante  de  la  salle  contribua  peut-être  avec  Tes 
attraits  du  feu  d'artifice  à  faire  lever  la  sëance  plutôt  qu'on  ne  le  pro* 
jetait  j  mais  cette  circonstance  para  aux  inconvénients  qui  auraient 
pu  résulter  d'une  prolongation  au  milieu  de  la  surexcitation  générale. 

Ici  encore  l'influence  civilisatrice  du  but  commun  se  révéla  d'une 
manière  victorieuse.  Pas  une  inconvenance ,  rien  de  repréhensible 
ne  fut  remarqué. 

La  dernière  journée  du  festival  fut  riche  encore  en  émotions  artis- 
tistiques  et  poétiques.  Le  concert  instrumental  avait  réuni  un  public 
encore  plus  nombreux  que  le  concert  vocal  ;  à  tort  peut-être ,  car 
l'effet  produit  par  les  masses  de  chanteurs  réunis  le  premier  jour  ne 
peut  être  égalé  par  aucun  autre  genre  de  musique. 

La  magnifique  symphonie  en  ut  mneur  de  Beethoven,  exécutée  par 


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428  MBYUB  D'ALSACE. 

un  orchestre  porté  ao  quiotople  des  orchestres  ordinaires  »  remplit 
d'admiration  l'auditoire  émerveillé  »  destiné  à  marcher  de  surprise  en 
surprise.  Car  immédiatement  après  la  symphonie  «  la  perle  de  la  fête, 
l'aimable  et  modeste  cantatrice  »  elle  que  ses  compatriotes  les  chan* 
teurs  de  Strasbourg  avaient  si  joyeusement  acclamé  la  veille,  apparut 
sur  l'orchestre ,  parée  des  insignes  de  YUnion  musicale  qui  devait 
l'accompagner  dans  te  grand  air  de  Norma, 

Les  pathétiques  accens ,  la  beauté  et  la  flexibilité  de  son  organe , 
le  goût  parfait ,  la  sensibilité  exquise  •  tout  ce  qui  peut  contribuer  i 
faire  une  cantatrice  d'élite ,  fut  saisi  •  applaudi,  exalté  par  l'auditoire 
le  plus  sympathique  devant  lequel  elle  ait  peut-être  jamais  chanté. 
Puis  ce  fut  le  tour  de  MM.  Schvaedérlé  et  Oudshom,  puis  de 
M.  Wuille ,  puis  la  cantatrice  obtint  un  nouveau  triomphe  avec  la 
valse  de  Venzano ,  qui  Ht  ressortir  encore  davantage  la  perfection  de 
son  éducation  artistique;  puis  les  chanteurs  de  Mayence  se  cou* 
vrirent  de  nouveaux  lauriers  avec  le  Stândchen  d'Otto  »  une  compo- 
sition de  leur  directeur  musical ,  M.  Gênée:  Der  Frûhlingianfang ,  et 
durent  répéter  la  satyre  musicale  exécutée  au  concert.de  là  veille»  le 
Hummoristische»  Quodlibet.  Impossible  de  passer  sous  silence  les  ou- 
vertures i'Obiron  et  de  Guillaume  Tell,  magistralement  exécutées. 

Somme  toute ,  la  ville  de  Colmar  peut  dire  à  juste  titre  que  jamais 
elle  n'a  connu  de  jouissances  musicales  comparables  à  celles  que  lui 
ont  préparées  les  deux  journées  du  8  et  du  9  août  4858. 

Mais  déjà  les  chanteurs  commencent  à  se  séparer  ;  pourtant  avant 
de  disparaître  pour  longtemps  et  en  répondant  aux  généreux  senti- 
ments de  M.  le  Maire ,  ils  vont  encore  exécuter  leurs  beaux  chœurs 
généraux,  au  kiosque  du  Champde-Mars  »  faisant  ainsi  participer  toute 
la  population  de  Colmar  aux  douces  émotions  du  festival. 

Ils  terminèrent  en  remplissant  un  devoir  bien  doux ,  celui  d'ex- 
primer à  leur  manière  leur  reconnaissance  aux  prindpaux  protec- 
teurs  et  |>romoteurs  de  la  fête ,  en  leur  portant  des  sérénades.  H.  le 
Maire  »  qui  a  conquis  les  cœurs  ^e  tous  les  chanteurs ,  prit  congé 
d'eux  avec  l'émotion  qu'on  éprouve  en  se  séparant  d'anciens  amis . 
et  les  présidents  du  comité  local  et  du  comité  de  patronage  purent 
se  dire  avec  satisfaction  qu'ils  n'avaient  point  travaillé  pour  des  in- 
grau. 

Un  brillant  bal ,  très*appréclé  par  la  partie  la  plus  jeune  des  chan* 


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GBAim  RESnVAL  DE  COLKAR.  4S9 

leun  et  offert  par  la  ville  de  Colmar,  termina  joyeusement  ce  beaa 
cycle  de  fêtes. 

Tel  fut  le  3«  festival  des  chanteurs  alsaciens  à  Colmar,  qu'aucune 
dissonnance  n*est  venue  troubler,  réponse  victorieuse  à  tous  les 
doutes ,  à  toutes  les  appréhensions ,  triomphe  des  cœurs  généreux , 
confusion  des  âmes  timorées  ou  des  détracteurs  systématiques. 

Honneur  à  tous  ceux  qui  l'ont  qrganisé,  protégé,  facilité;  hon- 
neur aux  chanteurs  et  aux  artistes  qiy  l'ont  illustré. 

ly  EissfiN, 


/ 


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BIBLIOGRAPHIE. 


Pbtbr  Marttk  Vermigli.  Lehen  ttnd  ausgfwàhUe  Schriften  naeh 
handgehrifiUchcn  und  gleichMeitigen  Quellen.  (Pierre  Martyr  Yer- 
MiGLi  »  d'après  des  sources  manuscrites  et  contemporaines)  vm  D* 
C.  Schnùdl,  Profeêior  der  Théologie  xu  Strasburg.  —  Elberfeld 
1858.  1  vol.  de  S96  pages  in-8<>.  Prix  :  6  francs  (par  souscription 
4  francs). 


Sous  le  titre  de  :  Vie  et  œuvres  ehoiriet  des  pères  et  fondateurs  de 
F  Eglise  réformée ,  une  librairie  d'Allemagne  publie  une  collection  de 
biographies  en  9  volumes.  L'ouvrage  que  nous  annonçons  en  forme 
le  septième;  le  premier  et  le  huitième  qui  ont  déjà  paru*  contiennent 
les  vies  de  Zwingli ,  d'Oiévianus  et  d'Ursinus  (réformateurs  du 
Palatinat). 

Plusieurs  de  ces  biographies  intéresseront  l'Alsace  »  les  hommes 
distingués  dont  elles  s'occupent  ayant  enseigné  à  l'ancienne  et 
illustre  Université  de  Strasbourg  ;  de  ce  nombre  est  Pierre  Martyr 
Vermigli. 

Ge  réfonoofateur  excite  l'intérêt  à  d.'autres  titres  encore.  Il  fut  de 
cette  phalange  d'hommes  savants  et  convaincus  qui  enseignèrent  les 
principes  de  la  réforme  en  Italie  et  qui  s'expatrièrent  plus  tard 
pour  éviter  le  sort  de  Jérôme  Savonarola ,  ce  moine  dominicain  • 
brûlé  vif  à  Florence»  pour  avoir  attaqué  les  mœurs  du  clergé. 
Aujourd'hui  »  à  trois  siècles  de  distance ,  ils  ont  trouvé  des  succes- 
seurs ;  leurs  noms  sont  tirés  de  l'oubli»  leurs  livres,  détruits  autrefois 
par  la  main  du  bourreau,  sortent  de  quelque  coin  obscur  d'une 
bibliothèque  et  sont  réimprimés  à  des  milliers  d'exemplaires  (')• 

Vermigli  a  été  le  plus  illustre  de  tous  ces  anciens  protestants  ita- 
liens ;  Théodore  <le  Bè^e  l'appelle  le  c  phénix  sorti  des  cendres  de 

— 

C)  Noua  fatsonK  allusion  ici  au  magniflque  traité  :  del  beneficio  di  Cristo ,  par 
Aon  10  Paleario  ,  retrouvé  en  Angleterre  et  déjà  traduit  dans  plusieurs  langues. 


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BlBLIOGRAPfllB.  491 

SaToranola.  >  Il  eoseigna  dans  trois  capitales  de  la  réforme: 
à  Strasbourg ,  à  Oxford ,  à  Zarich  ;  sa  correspondance  s'étendit  sur 
presque  tous  les  autres  pays  protestants.  II  assista  au  colloque  de 
Poissy.  Il  eut  une  grande  part  à  la  rédaction  définitive  du  common 
frayer  book ,  c'est-à-dire  »  de  la  liturgie  anglicane  qui  est  en  usage 
encore  maintenant  ;  sa  doctrine  sur  la  Sainte  Cène  est  très-remarquable 
et  exerça  une  grande  influence;  enfin,  il  fut  tout  près  de  justifier  son 
prénom  de  Pierre  Martyr  sous  le  règne  de  Marie  la  sanglante, 
pendant  lequel  288  protestants  furent  brûlés  en  Angleterre  dans 
l'espace  de  cinq  ans.  Vermigli  avait  quitté  ce  pays  en  temps  utile; 
un  peu  plus  tard  le  corps  de  sa  femme ,  morte  auparavant ,  Ait 
exhumé  de  l'église  d'un  couvent  d'Oxford  et  jeté  dans  un  lieu  d'infâ- 
mie.  —  On  avouera  que ,  vis-à-vis  de  faits  pareils  dont  l'histoire  de 
tons  les  pays  est  remplie,  un  certain  parti  dans  le  journalisme  actuel 
ne  fait  pas  précisément  preuve  d'habileté  ni  de  bon  goût  en  jetant 
constamment  à  la  face  de  l'Eglise  réformée  le  nom  de  Servet. 
Remarquons  de  plus  •  en  passant ,  que  rexéciiiion  de  ce  malheureux 
est  aujourd'hui  unanimement  reprouvée  par  cetteEglise— tandis  que 
le  parti  dont  nous  parlons  ne  demanderait  pas  mieux  que  de  rallumer 
les  288  bûchers  de  Marie  —  plus  ceux  de  tous  les  autres  pays. 

Revenons  à  Vermigli.  Il  nacquit  à  Florence ,  le  8  septembre  4500 , 
d'une  famille  considérable.  Son  prénom,  lui  vient  d'un  moine  domi- 
nicain ,  tué  par  des  gentilshommes  catharres  et  canonisé  après  sa 
mort ,  auquel  la  mère  de  Vermigli  consacra  son  enfant.  A  l'âge  de  seixe 
ans  il  entra  dans  l'ordre  des  Augustins  à  Fiésole.  Ses  supérieurs 
l'envoyèrent  étudier  à  Padoue ,  \i'oii  il  sortit  pour  se  vouer  à  la  pré- 
dication et  à  l'enseignement  de  la  philosophie.  Bientôt  ses  qualités  le 
firent  élever  au  poste  d'abbé  de  Spolète,  où  il  devait  réformer  les 
mœurs  des  couvents  d'hommes  et  de  femmes  ;  il  passa  de  là  à  Naples 
en  qualité  de  prieur  de  St.-Pierre  ad  aram.  C'est  dans  celle  ville 
qu'il  copnut  les  doctrines  des  réformateurs  allemands  et  suisses  II 
en  fut  pénétré  et  se  mit  à  prêcher  la  justification  par  la  foi.  On  le 
nomma  visiteur  des  couvents  de  son  ordre  en  Italie  ;  mais  la  sévérité 
qu'il  déploya  dans  cette  charge  le  fit  détester  et  il  fut  placé  de  nou* 
veau  comme  prieur  de  San  Fredtan^  à  Lucques.  Ici,  comme  à 
Naples  »  il  trouva  un  certain  nombre  d'adhérents  de  la  réforme  ;  ses 
convictions  se  fortifièrent  et  finirent  par  lui  attirer  une  accusation 
d'hérésie  au  tribunal  de  l'inquisition.  Cité  devant  le  chapitre  de 


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432  REYITB  D'iiSACE. 

l'ordre  à  Gènes,  il  comprit  qu'il  n'y  avait  plus  de  sëcarité  pour  luieD 
Italie  et  il  prit  le  parti  de  la  fuite  —  eo  même  temps  que  son  ami , 
Bernardino  Ocbino ,  général  des  Capucins.  Vermigli  se  dirigea 
d'abord  sur  Ferrare  à  la  cour  de  Renée  de  France»  fille  de  Louis  XII  » 
épouse  du  duc  Hercule  d'Esté  ,  qui  réunissait  autour  d'elle  un  petit 
nombre  de  protestants  distingués.  De  là  il  passa  en  Suisse.  Il  avait 
alors  atteint  l'âge  de  42  ans. 

Nous  ne  suivrons  pas  en  détail  ses  destinées*  ultérieures.  Disons 
seulement  qu'il  enseigna  avec  éclat  à  Strasbourg  à  deux  reprises , 
depuis  i542  jusqu'en  1547  et  depuis  1553  jusqu'en  1556.  Entre  ces 
deux  périodes  il  vécut  à  Oxford,  où  il  fut  r^oint  par  deux  autres 
théologiens  strasbourgeois  :  Butzer,  le  plus  célèbre  de  tous ,  et  son 
ami  Paul  Fage»  lesquels  quittaient  leurs  places  par  suite  de  l'intérim. 
Revenu  à  Strasbourg  pour  échapper  à  la  persécution ,  Vermigli  fat 
bientôt  attristé  par  les  malheureuses  dissensions  entre  les  lathérieoa 
et  les  réformés.  Genève  »  Heidelberg  et  Zurich  se  disputèrent  l'hon- 
neur de  le  posséder  ;  il  choisit  cette  dernière  ville  où  il  trouva  Ocbiiio 
et  une  communauté  protestante  italienne.  C'est  comme  député  de 
Zurich  qu'il  se  rendit  à  Poissy  où  il  fut  comblé  d'honneurs.  Il  mourut 
à  Zurich  le  12  novembre  1562»  après  avoir  confessé  sa  foi  en  ces 
paroles  :  c  Je  n'espère  le  salut  et  la  vie  que  par  Jésus-Christ  •  que  le 
Père  a  donné  aux  hommes  comme  Sauveur  unique.  >  Il  laissa 
plusieurs  ouvrages  dont  la  célébrité  fut  telle  qu'en  1575  Robert 
Hasson  «  pasteur  français  à  Londres  «  put  en  extraire  quatre  livres  de 
c  loci  communes  >  concernant  le  dogme  et  la  morale. 

Nous  avons  donné,  dans  ce  qui  {)récède>  un  aperçu  bien  aride  du 
contenu  d'un  livre  qui  se  recommande  autant  par  la  facilité  de  )â 
narration  que  par  la  profondeur  de  l'érudition  historique.  Il  est 
d'une  lecture  agréable  en  même  temps  qu'instructive;  aucun  de 
ceux  qui  connaissent  les  publications  antérieures  de  H.  le  professeur 
Schmidt  ne  s'étonneront  de  retrouver  ici  des  qualités  qu'ils  ont 
appréciées  ailleurs.  11  nous  a  tracé  d'une  main  sûre ,  guidée  par  un 
cœur  sympathique»  la  vie  d'un  savant  distingué,  d'un  réformateBr 
influent  et  d'un  homme  d^  bien. 

Strasbourg. 

H.KlENLKR. 


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L'ALSACE  ROMAINE. 

ÉTUDE 

SUR  LES  ANCIENNES  VOIES  DE  COMMUNICATION. 


Les  recherches  historiques  de  notre  époque  ont  jeté  un  jour  tout 
nouveau  sur  les  migrations  des  peuples  anciens  d'Orient  en  Occident. 
Nous  n'ignorons  plus  aujourd'hui  d'où  sont  venues  les  populations 
Gaéliques  et  les  Belges  qui  les  ont  fait  reculer  vers  le  Sud.  Au  mo- 
ment où  Rome  fit  la  conquête  de  la  Gaule  transalpine ,  on  savait  en- 
core •  mais  par  tradition  seulement ,  que  les  Belges ,  qui  avaient  plus 
de  rapports  avec  les  Germains  que  les  Celtes ,  étaient  arrivés  des 
contrées  transrhénanes  et  avaient  refoulé  les  populations  Celtiques 
jusqu'aux  bords  de  la  Seine  et  de  la  Marne  (^). 

Les  Séquanais  s'étendaient  dans  la  plaine  de  la  haute  Alsace  jus- 
que vers  la  limite  actuelle  des  deux  départements  ;  au  nord  de  cette 
limite  commençaient  les  terres  des  Médiomatriciens.  Quant  aux  Rau- 
raques ,  ils  habitaient  les  environs  de  Bâle  (ville  fondée  vers  la  fin  du 
iv«  siècle)  et  occupaient  au  nord  les  collines  du  Sundgau.  Arioviste 
ayant  passé  le  Rhin  avec  des  Suèves  et  d'autres  bandes  de  Germains ,  au 
nombre  desquelles  on  voit  cités,  pour  la  première  fois,  les  Vangtons, 
Némètes  et  Triboques ,  ces  trois  peuples  restèrent  sur  le  sol  Gaulois 
après  la  défaite  du  chef  dont  ils  avaient  suivi  la  fortune  et  occupèrent 
les  régions  limitrophes  du  Rhin  chez  les  Médiomatriciens.  Les  Tri- 
boques devinrent  ainsi  possesseurs  de  la  Basse-Alsace ,  à  l'exception 
d'une  faible  portion  qui  échut  aux  Némètes ,  vers  le  nord.  Les  Mé- 
diomatriciens se  retirèrent  alors  au-delà  des  Vosges.  Les  nombreuses 

(')  CÉSAR,  Guerre  des  Gaules  ,  livre  i,  ch.  i. 

9*  Ai»M.  SB 


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454  IUSVIJ]Ë  D'AL8àGE. 

pierres  levées  que  ringénieur  Specklé  signalait  au  seizième  siècle 
comme  existant  sur  les  sommets  de  nos  montagnes,  et  dont  le 
Spitxstein  et  le  BreUenstein  des  environs  de  la  Petite-Pierre  paraissent 
être  les  derniers  témoins  restés  debout,  n'étaient  probablement 
autre  chose  que  les  limites  des  peuples  établis  sur  les  deux  versants 
des  Vosges  (<). 

Quant  à  la  partie  sud  de  l'Alsace ,  qui  était  habitée  par  les  Séqua- 
nais  et  les  Rauraques  avant  Tinvasion  d'Arioviste .  il  paraît ,  bien  que 
César  ne  parle  point  du  retour  des  Rauraques  dans  leurs  foyers ,  que 
ce  peuple  revint  prendre  sa  place  et  s'étendit  dès  lors  jusqu'au  pays 
des  Triboqnes. 

Nous  ne  raconterons  point  la  lutte  héroïque  soutenue  par  la  Gaule 
contre  l'un  des  plus  grands  capitaines  de  l'antiquité.  Alise,  Avaricum, 
Gergovie  et  leurs  nobles  défenseurs  seront ,  pour  tous  les  âges  et 
pour  lous  les  cœurs  qui  comprennent  le  sentiment  de  l'indépendance 
nationale ,  un  éternel  sujet  d'admiration. 

César  n'eut  pas  le  temps  d'organiser  la  Gaule  ;  il  ne  put  que  la 
comprimer,  la  dompter  (^].  Ce  n'est  qu'à  dater  du  règne  d'Auguste 
et  de  la  célèbre  assemblée  de  Narbonne  (an  27  avant  J.-C.)  que  date 
une  distribution  plus  régulière  de  cette  magnifique  conquête.  La 
Celtique ,  ayant  pour  capitale  la  nouvelle  colonie  de  Lyon  ,  fondée 
par  Munatius  Plancus  qui  conduisit  aussi ,  l'an  43  avant  J.-C. ,  une 
colonie  chez  les  Rauraques  et  fonda  la  ville  d'Augusta-Ranracorum 
ou  Rauricorum  •  la  Celtique ,  disons-nous ,  s'étendait  à  partir  de  cette 
époque  jusqu'au  Rhin  ,  et  l'Alsace  entière  se  trouva  comprise  dans  la 
Belgique  (3). 


(*)  On  trouve  des  exemples  analogues  de  pareilles  limiles  au-delà  du  Rhin ,  avant 
la  grande  invasion  du  v«  siècle.  «  Ubi  terminales  lapides  Alemannorum  et  Burgun- 
dionum  confinia  distinguebant ,  »  dit  Ammien  Marcellin ,  livre  xviii ,  chap.  ii«. 
(CoUecUon  Nisard  ,  page  94  ,  in-fine). 

(*)  <  Bellum  in  Galliâ  gcstum  est  :  domilœ  sunt  a  Cœsare  maxima  nationes  , 
sed  nundum  legibus ,  nondum  jure  certo ,  nondum  satis  firmâpace  devincti  GalU.  • 
GiCERO ,  in  oratione  de  Provinciis  Consularibus. 

(')  L'Alsace  fit  donc  partie  de  la  Belgique ,  puis  de  la  Germanie  supérieure  jus- 
qu'à l'époque  où  l'on  forma  la  Grande-Séquanaise  en  joignant  le  sud  de  l'Alsace  , 
le  pays  des  Rauraques  à  celui  des  Séquanais  :  c'est  aussi  à  dater  de  ce  moment  que 
les  deux  Germanies  sont  qualifiées  de  !>••  et  de  II*.  L'Alsace  du  Nord  fut  comprise 
dans* la  l^^,  et  y  resta  pour  la  juridiction  ecclésiastique  de  Mayence  ,  bien  que. 


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L'ALSACB  aOMAiNB.  435 

Nous  ne  suivrons  pas  Drusus  et  Germanicus  dans  leurs  luUes 
contre  les  Germains  :  elles  n'appartiennent  point  à  notre  pays. 
'  Drusus  établit  des  postés  de  défense  partout  où  il  prévoyait  quelque 
danger  pour  la  nouvelle  conquête  et  fit  construire  plus  de  cinquante 
forts  ou  castels  le  long  du  Rhin.  Florus  ,  qui  donne  ces  détails ,  ne 
désigne  remplacement  d'aucun  de  ces  postes  de  défense  (i). 

Rome ,  après  les  désastres  de  Yarus  »  ne  songea  plus  à  faire  la 
conquête  de  la  grande  Germanie  »  mais  toute  sa  sollicitude  se  porta 
sur  la  conservation  de  la  frontière  du  Rhin.  C'est  alors  que  nous 
▼oyons  apparaître  les  deux  commandements  de  la  Germanie ,  consti- 
tués dans  la  Belgique  et  comprenant  notamment  les  peuples  d'origine 
Germaine ,  transplantés  sur  la  rive  gauche  du  fleuve.  L'autorité  do 
chef  ou  des  chefs  de  ces  nouvelles  divisions ,  tantôt  confiée  à  un  seul 
général ,  tantôt  divisée ,  s'étendit  sur  les  terres  conquises  au-delà  du 
Rhin.  Huit  légions  occupèrent  cette  frontière  de  la  Gaule  depuis  te 
pays  des  Helvètes  et  des  Séquanais  jusqu'à  l'Ile  Batave.  Une  force 
aussi  imposante  permit  de  cultiver,  en  toute  sécurité ,  sous  la  pro- 
tection d'une  fortification  artificielle  partant  du  Danube  et  s'étendant 
le  long  de  la  forêt  Hercynienne  jusqu'au  Mein  (?). 

Des  routes  militaires  furent  ouvertes  dans  la  Gaule  transalpine  dès 
le  règne  d'Auguste ,  par  Marcus  Agrippa  ,  son  gendre  :  les  grandes 
artères  de  communication  qui  ont  sillonné  notre  province  et  dont  il 
nous  reste  des  fragments  si  imposants  ,  datent ,  plus  ou  moins ,  de 
cette  époque. 

César  ne  parle  ^ue  de  deux  villes  des  Séquanais,  Vesontio  et 
Uagétobria;  il  n'en  mentionne  aucune  de  l'Alsace.  Cependant  la 
science  archéologique  n'en  revendique  pas  moins  comme  villes  d'ori- 
gine ou  de  noms  celtiques  :  Olin,  Urunc,  Gramat,  Cambet,  Brisiac, 

dans  les  dernières. années  de  I*enipire,  elle  eut  été  détachée  de  la  province  pour 
former  un  district  spécial ,  placé  sous  l'autorité  d'un  Comte  ,  indépendant  du  Duc 
de  Mayence. 

(*)  Florus  ,  livre  iv ,  ch.  xii  :  «  Nam  per  Rheni  quidem  ripam  quinquaginia 
amplius  castella  direxit.  » 

(*)  Consulter ,  pour  là  description  de  ce  fossé  palissade ,  les  ouvages  suivants  : 
Bened.  Wilhelh  ,  Germanien  und  seine  Bewohner ,  8»,  Weimar  1813.  —  Mone  , 
Urgeschichte  des  badischev  Landes ,  1345.  —  Max.  de  Ring,  Eiablissements romains 
du  Rhin  et  du  Danube. 


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436  RBVOB  D'ALSàOS. 

Argenlouar,  Helvet  »  Argentorat  et  Breueomag  (i).  Rien  n'a  sunréctt  à 
la  conquête ,  de  ces  maisons  faites  de  claies ,  semblables  à  des  huttes 
de  cliarbonniers ,  qui  constituaient  les  habitations  gauloises;  il  en  est 
de  même  de  ces  rangées  alernalives  de  poutres  et  de  pierres  qui 
formaient  leurs  murailles  :  tout ,  jusqu'au  souvenir,  en  serait  perdu , 
si  César  ne  nous  en  avait  laissé  la  despription  »  car  les  Gaulois  brû- 
laient leurs  villes  à  rapproche  de  Tennemi  ou  quand  ils  voulaient 
émigrer. 

Les  routes  militaires  que  l'on  nommait  consulaires ,  prétoriennes  et 
quelquefois  regiœ  ou  basilicœ,  portaient  le  nom  de  leur  auteur,  c'est- 
à-dire  de  ceux  qui  en  ordonnaient  la  construction  0*  Auguste  n'é- 
pargna point  les  trésors  ni  même  les  statues  »  provenant  de  la  con- 
quête de  l'Orient  et  de  la  Grèce ,  pour  subvenir  aux  dépenses  qu'en- 
traînait la  création  des  grands  chemins  de  l'empire  »  aboutissant  tous 
au  milliaire  doré  du  Forum  de  la  capitale.  Les  travaux  exécutés  par 
les  Romains  pour  établir  leurs  routes  ont  bien  des  rapports  avec  les 
prodiges  réalisés  de  nos  jours  dans  les  constructions  de  chemins  de 
fer  :  alors  ,  comme  de  nos  jours ,  nul  obstacle  n'était  capable  d'ar- 
rêter les  ingénieurs  ;  marais  desséchés  et  comblés ,  vallées  jointes 
par  des  levées  ou  chaussées ,  montagnes  ou  roches  percées  et  quel- 
quefois tournées  afin  de  ménager  les  pentes ,  voilà  ce  qu'attestent  les 

(*)  Ptolémée  qui  a  composé  sa  géographie  du  temps  d'Adrien  ou  de  Marc-Aurèle 
(de  ]'an  125  à  135)  est  le  premier  auteur  ancien  qui  nous  parle  des  villes  d'Alsace. 
Voici  ce  que  Ton  trouve  au  livre  ii ,  ch.  ix  :  La  viii"  légion  Auguste  chez  les  Tri- 
boques ,  ayant  pour  villes  Breucomagus  et  Elcebus  (Brumath ,  £hl}  auxquelles  on 
peut  ajojiter  Argentoratum  qu'il  attribue  par  erreur  aux  Vangions.  Les  villes  des 
Rauraques  sont  Augusta  Rauracorum  et  Argentouarla.  — ,  Quant  aux  autres  villes  . 
elles  ne  sont  arrivées  à  notre  connaissance  que  par  Ammieo  Marcellin  et  les  Itiné- 
raires. —  Les  Gaulois  avaient  aussi  des  routes  dont  il  nous  est  impossible  de  con- 
stater plus  que  le  souvenir  :  ils  avaient  une  aptitude  particulière  pour  l'agriculture 
et  c'est  à  eux  que  l'on  doit  l'invention  de  la  charrue  :  «  GaUos  adinvenisse  formam  . 
aratri  cum  rôtis ^  etc.  »  Pline  l'ancien,  livre  xvui,  chap.  18. 

(^]  Digeste  ,  livre  xliii,  titre  8»,  loi  2,  §  21.  Ulpien  :  VUun  publicam  eam 
dicimus  cujus  eiiam  solum  publicum  est  :  ptiblicas  vias  didmus  (§  22}  quœ  Grœci 
Basilicas  id  est  Regias ,  nosiri  prœtorias  ,  alH  consulares ,  viûs  appellant.  — 
Isidore  de  Séville  ,  Origines  ,  livre  xv ,  chap.  16  ,  de  Hineribus  :  Primi  autem 
Pœni  (Carthaginois)  dicuntur  lapidibus  vias  stravisse:  posteà  Romani-  eas  pef 
omnem  penè  orhem  disposuerunt ,  propter  rectUudinem  ilinenim  et  ne  pUbs  otiosa 
esse  t. 


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L* ALSACE  ROMAINE.  437 

débris  des  voies  qui  couvrent  le  sol  de  l'ancien  Empire  romain.  Ces 
grandes  voies  étaient  ordinairement  faites  de  plusieurs  couches  de 
matériaux  »  superposées  à  une  assez  grande  profondeur  dans  le  sol  et 
variant  suivant  les  pays  que  Ton  avait  à  traverser.  La  chaussée  du 
milieu  »  Vaggery  était  la  voie  principale  ayant  au  moins  huit  pieds 
(romains)  de  largeur.  Elle  était  garnie  des  deux  côtés  de  bordures 
marginei,  espèces  de  trottoirs  »  qui  étaient  plus  élevées  et  servaient 
de  montoir  aux  cavaliers  »  les  Romains  n'ayant  point  d'étriers  (t). 

Lyon  était  véritablement  pour  les  Romains  le  commencement  de  la 
Gaule  :  jusque-là  ils  étaient  dans  la  province  qui  était  soumise  depuis 
longtemps.  C'est  de  Lyon  que  l'on  commençait  à  compter  par  lieues 
gauloises  (iSOO  pas  ou  demi-lieue  ancienne  de  France .  de  25  au  degré) 
et  que  partaient  les  grandes  voies  militaires  qui  conduisaient  aux 
extrémités  de  l'empire  (*).  Celle  de  Besançon  fut  établie  des  pre- 
mières :  elle  fut  prolongée  dans  la  direction  d'Âugusta  Rauracorum 
et  le  long  du  Rhin  ;  d'autres  routes  venant  des  Alpes  eurent  aussi 
pour  continuation  la  route  de  Mayence.  Cette  route ,  qui  venait  de 
Besançon  par  Handeure ,  entrait  en  Alsace  près  de  Féche-rEglise , 
décrivait  une  courbe  vers  le  nord  et  se  dirigeait  sur  Augusta-Raura- 
corum.  Près  de  Hirsingue  »  elle  poussait  un  embranchement  vers  la 
route  du  Rhin  qu'elle  coupait  pour  aller  à  Kembs  •  où  il  se  faisait  un 
passage  vers  Badenwiller,  etc.  La  route  du  Rhin  entrait  en  Alsace 
près  d'Arialbinum  (Binningen  »  en  Suisse) ,  passait  près  de  Kembs  » 
allait  à  Rumersheim  et  Bantzenheim ,  près  desquels  il  y  avait  un  relai 
itabula  et  se  dirigeait  sur  Mons-Brisiacus  ou  Argenlouaria.  Près  de 
Heiteren ,  la  voie  disparaît  sous  la  route  qui  conduit  à  Neuf-Brisach , 
et  «  à  peu  de  distance  de  cette  ville ,  elle  se  bifurque  :  l'embranche- 
ment de  droite  va ,  en  ligne  directe  »  sur  Biesheim  où  la  voie  rencon- 
trait les  premières  habitations  de  Mons-Brisiacus  ;  quant  à  l'embran- 
chement de  gauche»  il  continue  à  être  confondu  avec  la  route ,  tra- 
verse la  partie  sud  de  Neuf-Brisach,  sort  de  cette  ville  près  du 

(*)  Digeste  ,  livre  viii ,  litre  S»,  loi  l'«.  lier ,  le  sentier ,  a  deux  pieds  de  lar- 
geui'  ;  actus ,  cheif^in  d'une  bête  de  somme  ou  charette  de  culture ,  k  pieds  ;  via  , 
la  voie ,  8  pieds ,  pour  permettre  aux  chars  d'aller  et  venir.  —  Le  pied  romain  est 
do  10  pouces  10  ligpnes  6  ,  ou  0>",946,116. 

(')  Ammien  Marcellin  dit  en  parlant  de  Lyon  :  «  qui  locus  exordium  est  Gallia- 
rum  exindèque  non  millenis  passibus  sed  leugis  iiinera  metiuntur.  •  Livre  xv , 
chap.  XI. 


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438  REVUE  d'alsace« 

cimeiière  ,  longe  le  canal  Vaubaii  jusqu'à  Widensohlen  et  &e  dirige 
sur  Ârgentouaria  (près  d'Ohnenbeitn) ,  Helvelus  (Ehl)  et  Argenlora* 
tum.  Au-delà  de  Helvetus  ou  Elcebus»  La  voie  se  coufoud  avec  la  route 
de  Colmar  à  Strasbourg  ;  mais  elle  s'en  sépare  à  rentrée  de  Fegers- 
taeiffl  pour  aller  droit  vers  Kœnigshovea  ou  la  Chartreuse  »  puis  faire 
son  entrée  dans  l'antique  Argentorat ,  confondu  avec  la  voie  de  Sa- 
verne  ,  Très  Tabemœ.  Celle-ci  passait  par  le  Kochersberg  »  entrait  à 
Saverne  près  du  cimetière ,  entre  les  routes  actuelles  de  Marmoutier 
et  Hochrelden ,  franchissait  les  Vosges  et  se  dirigeait  vers  Metz.  Quant 
à  la  route  du  Rhin  que  nous  avons  quittée  pour  un  instant»  elle  allait 
en  droite  ligne  d'Argentorat  sur  Brumath  Brocomagus ,  puis  »  faisant 
un  coude  à  droite  »  longeait  la  lisière  méridionale  de  la  forêt  de  Ha- 
guenau  pour  s'approcher  de  Seltz ,  où  »  reprenant  sa  direction  en 
ligne  droite  »  elle  allait  vers  Lauterbourg  qui  a  remplacé  Concordia 
et  de  là  à  Mayence. 

Ces  routes  présentent ,  partout  où  l'administration  des  ponts  et 
chaussées  a  été  dans  le  cas  de  faire  des  décapements ,  une  couche 
épaisse  de  gravier  lié  avec  de  la  chaux  :  il  serait  tr^s-iniéressant  de 
rechercher  à  quelle  profondeur  s'étend  cette  couche  qui ,  dans  nos 
contrées  «  présentait  des  caractères  e£Qcaces  de  résistance  aux  eaux 
souterraines  d'infiltration.  11  est  à  présumer  qu'une  couche  supé- 
rieure »  composée  de  pierres  plus  larges ,  a  disparu  successivement 
quand  ces  routes  ont  cessé  d'être  entretenues  d'une  façon  régulière. 

Mais ,  à  côté  de  ces  voies  que  Ton  appelait  du  nom  de  leur  auteur 
(voie  Domitienne ,  Appienne  t  Agrippine ,  etc.) ,  il  existait  une  autre 
classe  de  chemins  publics  nommé  viœ  vicinales  ou  chemins  vicinaux, 
conduisant ,  par  exemple  »  d'une  grande  voie  militaire  à  une  autre , 
ou  bien  vers  les  villes ,  villas  et  postes  fortifiés,  tels  que  les  oppida, 
castels  et  camps  permanents ,  castra  siaiiva,  qui  n'étaient  point  pla- 
cés sur  les  grandes  voies.  Celaient  aussi  parfois  des  chemins  de  tra- 
verse qui  ne  conduisaient  qu'aux  exploitations  agricoles  où.iIs  s'ar- 
rêtaient sans  avoir  de  débouchés,  c  Les  traverses,  ditBergier,  auteur 
c  du  commencement  du  xv!!""  siècle ,  se  faisaient  à  la  diligence  des 

c  magistrats  (locaux) ausqnels  il  estoit  enjoint  de  les  faire  munir 

«  ou  paver  chacun  selon  son  destroit  (districtusj  ou  territoire ,  non 
c  pas  aux  despcns  du  public ,  mais  des  particuliers  qui  avoient  leur 

{*)  Histoire  des  grands  chemins  de  l'empire  romain,  tome  P'',  ch.  xxii,  §§  3  et  4. 


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L'ALSAGB  ROMÀiraS.  459 

c  domicile  en  ces  boargs  el  villages  ou  qui  poâsédoient  des  maisons , 
c  terres  et  héritages.  > 

c  Donc  ces  magistrats  dés  villages  »  etc. ,  faisoient  travailler  en  ces 
c  chemins  de  traverse  de  deux  manières  :  sçavoir  par  corvées  et  par 
c  contribations  :  car  ils  avoient  pouvoir  de  contraindre  ceux  de  la 
c  commune  populace  qui  y  possédoient  quelques  terres  »  d'y  venir 
c  travailler  en  personne  »  les  uns  pour  charrier  les  pierres  el  les 
c  cailloux  »  l'arène  et  le  gravois  arenam  et  glaream  et  autres  maté- 
<  riaux  nécessaires  qu'il  falloit  souvent  aller  quérir  en  lieux  fort  éloi- 
c  gnez  de  l'ouvrage  :  les  autres  à  cuire  la  chaux  :  les  autres  à  assem- 
c  bler  les  matières  par  ordre  ,  les  battre ,  massiver  et  affefmir  :  les 
c  autres  à  trancher  des  montagnes  »  à  combler  des  marais  »  escouler 
c  les  eaux  des  fondrières  et  y  faire  maints  autres  ouvrages  fascbeux 
c  et  difficiles ,  qui  ont  souvent  excité  de  grandes  plaintes  el  séditions 
€  par  les  Provinces.  » 

Celte  différence  entre  les  grandes  voies  consulaires  et  les  chemins 
vicinaux  a  encore  été  clairement  établie  par  deux  célèbres  juriscon- 
sultes ,  Paul  et  Ulpien  :  il  en  est  de  même  de  Siculus  Flaccus  dont 
nous  citerons  un  passage  (>). 

Les  chemins  publics ,  quel  que  fut  leur  nature»  consulaires  ou  vici- 
naux »  devaient  toujours  être  réparés  dans  les  mêmes  conditions , 
avec  les  mêmes  matériaux  :  il  était  sévèrement  interdit  d'apporter 


C)  Digeste  ,  livre  xuii ,  titre  ?•,  loi  3«  :  «  VicR  vicinales  quœ  ex  agris  privaio- 
mm  eoUatis  factœ  stmt ,  (puarum  memoria  rum  extat  (ne  portent  pas  le  nom  de 
leur  auteur)  publiearum  viarum  numéro  gunt.  (Paul  dit  aussi  :  VUb  tnainaleê  pu- 
blioarum  viarum  numéro  9un(),  Ulpieo  igoute,  à  ce  qu'il  a  dit  :  Sed  inter  ea$  et 
cœtera$  vias  mUitares  hoc  interest  :  quod  viœ  militares  exitum  in  mare  aut  in 
urhe$  aui  in  fiumina  publica  aut  ad  aliam  viam  militarem  habent  :  harum  autem 
vicinalium  viarum  dissimilis  conditio  est  :  nam  pars  earum  in  militares  vias  exi^ 
tum  habent ,  pars  sine  ullo  exiiu  intermoriuntur.  » 

SiGULUS  Flaccus  ,  de  conditionibus  agrorum  ,  libro  :  «  Nam  sunt  vice  publicx 
regales  ,  quœ  publiée  muniuntur  et  auctorum  nomina  obtinent  :  nam  et  Curatores 
accipiunt ,  et  per  Redemptores  muniuntur.  Sunt  et  vicinales  viœ ,  quœ  de  publicis 
divertunt  in  agros  et  sœpè  ad  altéras  pttblicas  perveniunt.  Hœ  muniuntur  per 
pagosy  id  est,  per  magistros  pagorum,  qui  opéras  a  possessoribus  ad  eas  tuendas 
exigere  soliti  sunt  :  aut ,  ut  comperimus ,  unicuique  possessori  per  singulos  agros 
certa  spatia  assignautur  ,  quœ  suis  impensis  iueantur.  » 


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440  REVIJE  D'ALSACE. 

des  modifications  à  leur  mode  de  constniclion  (^)  et  ils  étaient  de 
plas  imprescriptibles. 

Rome  occupa  assez  paisiblement  la  Gaule  pendant  les  deux  pre- 
miers siècles  et  une  partie  du  troisième.  Outre  la  ligne  du  Rhin  »  elle 
s'étendait  dans  la  Forét-Noire  jusqu'à  la  barrière  avtificielle  qui  la  sé- 
parait des  peuples  barbares  ;  les  terres  situées  entre  cette  ligne  de 
défense  et  le  Rbin  étant  distribuées  comme  terres  décumates  à  des 
colons  militaires  ou  celtes ,  toute  la  contrée  jouissait  d'une  véritable 
sécurité.  Les  monuments  d'Augusta-RauracorumydeBadenwiller, 
de  Zarten  ,  Tarodunwn,  près  de  Friboui^ ,  de  Riegel ,  Kgola,  de 
Baden-Baden  Aquœ-Badensei  et  les  nombreuses  voies  de  communi- 
cation qui  sillonnaient  la  plaine ,  le  KaysersthuI  et  la  forêt  Hercy- 
nienne ,  attestent  l'existence  d'un  établissement  solide  et  durable.  Si 
nous  passons  de  là  dans  l'Alsace  qui  était  placée  en  arrière  »  rela- 
tivement à  la  grande  Germanie  •  des  voies  vicinales  importantes , 
communiquant  avec  l'intérieur  de  la  Gaule ,  ou  traversant  le  pays 
dans  tous  les  sens»  en  se  rattachant  aux  grandes  voies  militaires  dont 
le  tracé  est  déjà  connu ,  devaient  nécessairement  av(Sir  été  créés  par 
les  possesseurs  et  habitants  de  cette  belle  contrée.  Le  sud  de  notre 
Province  »  qui  était  i  au  dire  de  César,  l'un  des  meilleurs  terroirs  de 
la  Gaule ,  se  serait-il  instantanément  couvert  de  marécages  et  de 
forêts  impénétrables  ?  Ne  voyons-nous  pas  que  les  Rauraques  l'habi- 
taient et  qu'ils  avaient  des  villes?  Larga  ,  Urunci ,  Mons-Brisiacus , 
Argentouaria  et  Horbourg  qui  recelait  dans  son  sol  des  restes  si  im- 
posants de  la  grandeur  romaine  »  mais  dont  le  nom  n'est  malheureu- 
sement point  parvenu  jusqu'à  nous.  Si  nous  allons  vers  le  nord  » 
habité  par  les  Triboques ,  ne  rencontrons-nous  pas  tout  prèsde  la 
limite  des  deux  peuples  (Rauraques  et  Triboques)  la  belle  mosaïque 
de  Bergheim  »  la  ville  d'Helvetus ,  espèce  de  Ville-Forum  ,  c'est-à^ 
dire  une  localité  importante  par  ses  iharchés  périodiques  :  Burgheim» 
le  mur  païen  de  Sainte-Odile,  Ittenwiller^  près  de  Barr,  les  nom- 
breuses antiquités  de  la  vallée  de  la  Bruche ,  Argentoratum ,  Broco- 
magus ,  Tres^Tabernse ,  les  bains  de  Bouxwiller,  Ingwiller,  et  toute 


{*)  Digeste  ,  livre  xliu  ,  titre  xk,  liv.  lef  et  loi  ï«.  Viam  publicam  populua 
non  utendo  amittere  non  potest  etiam  longissimo  tempore,  —  Titre  viii*,  g  22.  — 
Si  (via)  ex  collatûme  privatorum  reficialur  ,  non  utique  privata  est  :  refictio  enim 
idcircd  de  communi  fit ,  quia  usum  utilitatemque  communem  habet. 


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'  L'ALSACE  ROMAINE.  441 

la  vallée  de  Niederbruon ,  avec  Wœrth  et  LangensouUzbacb ,  aux- 
quels nous  pouvons  joindre  Concordia,  Saietio  et  Niederrœderen  diez 
les  Néfnètes  »  qui  journellement  nous  fournissent  de  nouveaux  trésors 
de  rart  antique.  Ne  trouvons-nous  point  là  des  témoignages  irrécu- 
sables de  la  prospérité  du  pays  après  la  conquête  romaine?  Ces  cen- 
tres d'babitations  n'avaient-iis  donc  pas  leurs  voies  de  communica- 
tion? Etaient-ils  perdus  dans  les  marécages?  Cela  est  inadmissible  : 
l'Alsace  eut ,  comme  toutes  les  autres  provinces  de  l'Empire ,  ses 
chemins  vicinaux  indépendamment  des  routes  consulaires.  Disons 
même  qu'elle  les  eut  dans  de  meilleures  conditions  de  solidité  »  de 
durée  que  les  pays  éloignés  de  la  Germanie. 

En  effet,  lorsque  les  armées  romaines,  oubliant  les  liens  salutaires 
de  la  discipline ,  ne  songèrent  plus  qu'à  flaire  et  à  défaire  des  empe- 
reurs ,  lorsque  les  rives  du  Rbin  étaient  à  tout  instant  dégarnies  des 
légions  qui  couraient  à  une  antre  extrémité  de  l'Empire  pour  com- 
battre un  chef  opposé  à  celui  qu'il  leur  avait  plu  de  choisir,  les  Alle- 
mands franchissaient  rapidement  le  fossé  palissade ,  traversaient  le 
fleuve  à  la  nage  et  venaient  dévaster  la  Gaule ,  en  étendant  souvent 
fort  loin  leurs  incursions.  Les  terres  de  la  rive  droite ,  n'étant  plus 
défendues ,  furent  abandonnées  par  leurs  possesseurs ,  et  le  Rhin  ftit 
désormais  la  seule  barrière  des  provinces  gauloises.  L'Alsace  elle- 
même  était  envahie  et  comme  perdue ,  au  iv«  siècle ,  lorsque  le  César 
Julien  livra  bataille ,  près  d'Argentoratum ,  aux  bandes  qui  l'occu- 
paient. Valentinien  P',  l'uïi  des  derniers  chefs  dignes  du  nom  romain , 
s'occupa  très-activement  des  fortifications  qui  furent  prodiguées  sur 
les  bords  du  Rhin.  C'est  à  lui ,  comme  à  Julien ,  que  l'on  peut  attri- 
buer la  création  des  castels  de  la  chaîne  des  Vosges  qui  formaient  une 
.  véritable  triangulation  de  défense  avec  ceux  qui  étaient  assis  sur  les 
bord  du  fleuve  (i). 

Les  chemins  vicinaux  de  l'Alsace  ont  dû,  à  partir  de  cette  époque, 
prendre ,  pour  la  plupart ,  le  caractère  de  voies  militaires  et  il  est 
probable  qu'ils  ont  été ,  dès-lors ,  refaits  dans  des  conditions  de  so- 

(')  Nous  citerons  1«  la  correspondance  qui  existait  entre  le  Sponeck  et  Limbour^ 
(Bade)  avec  le  Frankenbourj  (val  de  Ville)  ;  —  2»  entre  le  Frankenbourg  et  Burg- 
heim  (près  d'Obernai)  ;  —  entre  Burgheim  et  la  Heidenmauer  d'iine  part  et  le 
Glœckelsberg  (Blœsheim)  d'autre  part  ;  —  4»  entre  le  Gloeckelsberg  et  Ârgento- 
ratum,  etc. 


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44t  REVUE  D'ALUCX. 

lidité  telle  qu'il  en  doit  subsister  des  restes  comme  nous  en  avons 
des  voies  consulaires..Les  généraux  devaient  avoir  des  itinéraires  dé- 
taillés des  pays  qu'ils  avaient  à  parcourir  :  outre  les  villes ,  mansions 
et  mutations  avec  les  camps  et  postes  fortifiés ,  leurs  cartes  de  route 
devaient  indiquer  les  chemins  de  traverse ,  les  montagnes  »  fleuves , 
forêts ,  les  détours ,  les  courbes  que  décrivaient  les  routes  et  ne  rien 
négliger  de  ce  qui  pouvait  leur  indiquer  la  marche  à  suivre  sans 
compromettre  une  armée  (^). 

Puisque  les  itinéraires  comprenaient,  non-seulement  les  voies  con- 
sulaires mais  encore  les  autres  chemins  que  pouvait  suivre  une  ar- 
mée ,  n'est-il  pas  présumable  que  l'ignorance  de  ce  fait  a  dû  amener 
nécessairement  des  erreurs  de  calcul  dans  les  distances  qui  séparent 
les  stations  et  que  l'on  aura  voulu ,  plus  d'une  fois  »  et  bien  à  tort» 
placer  une  localité  »  dont  le  nom  ne  nous  est  parvenu  que  par  l'un 
des  deux  itinéraires  qui  nous  restent  »  sur  une  voie  consulab*e ,  alors 
qu'elle  trouverait  naturellement  sa  place  sur  un  chemin  de  traverse 
et  que  »  ce  chemin  étant  connu ,  les  distances  viendraient  à  s'expli- 
quer très-facilement? 

Après  la  grande  invasion  de  l'an  406  et  la  chute  de  l'empire  d'Oc- 
cident, les  chemins ,  surtout  les  grandes  voies ,  ont  dû  particulière- 
ment souffrir  du  passage  incessant  des  barbares.  Les  nations  de  la 
Germanie ,  qui  ont  conquis  le  territoire  de  la  Gaule ,  ne  se  sont 
point ,  suivant  leur  habitude ,  renfermées  dans  des  villes  et  n'ont  cer- 
tainement pas  relevé  les  ruines  fumantes  qui  attestaient  leur  passage 
et  leurs  dévastations.  Les  chemins  de  traverse  se  trouvaient  cepen- 
dant près  de  leurs  établissements  :  des  villas  détruites  furent  ça  et  là 

(*)  Itinéraire  ,  suivant  Isidore  de  Séville  vient  d*Itiner  itus  Umgœ  vue  et  ipse 
hbor  ambidandi  ut  quà  velis  pervenias. 

Itinerarium  dicitur  Mappa  geographica ,  inquâ  depinguntur  pretattones  mili- 
tares ,  loca  et  oppida  provinciarum  prcecipua  ,  cum  intervallis  ac  distantiis.  Voir 
VÉGÉCE ,  Collection  Nisard ,  page  693-94.  (Livre  m,  chap.  6). 

Les  cartes  de  ce  genre  étaient  anciennes  puisque  Pline  Tancien  cite  celle  d* Agrippa 
(de  qui  nous  avons  parlé  plus  haut) ,  qui  comprenait  tout  le  monde  ancien.  (Pline, 
livre  in ,  chap.  2,3,4,  &c.) 

La  Table  théodosienne  et  Titinéraire  dit  d'Ântonin  sont  des  cartes  de  ce  genre. 
—  Il  parait  qu'il  y  avait  beaucoup  de  cartes  où  étaient  figurées  les  villes  et  autres 
choses  nécessaires  à  connaître  ,  car  nos  trouvons  dans  la  3^  èpître  de  Saint-Jérôme  ; 
Sicut  a  qui  in  brevi  tabellâ  terrarum  situs  pingunt. 


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l'alsacs  romaine.  445 

rétablies  ;  de  plus»  quand  rautorîté  des  rois  cl  des  ducs  fui  plus  soli- 
dement assise ,  empruntant  alors  à  l'organisation  romaine  ce  qu'elle 
en  pouvait  comprendre  et  utiliser  à  son  profit ,  elle  fit  réparer  et 
entreteair  les  chemins  publics  :  c'est  ce  qu'attestent  de  nombreux 
passages  des  capitulaires  (i). 

L'Alsace  étant  occupée  par  des  peuples  de  langue  tudesque  et 
ayant  été  séparée  du  pays  des  Fraocks ,  les  chemins  ont  pris  »  dans 
les  anciens  titres  dés  monastères  et  des  seigneuries  qui  se  sont  suc* 
cessivement  établis ,  des  noms  allemands  qui  sont  en  partie  arrivés 
jusqu'à  nous.  C'est  dans  les  archives  où  se  sont'  conservés  les  titres 
des  redevances  féodales  »  que  l'on  rencontre  ça  et  là ,  dans  les  indi- 
cations de  limites  »  des  noms  de  chemins  et  de  cantons  qui  répon- 
dent à  ceux  de  chemin  élevé  ou  haute-chaussée  (Hohwey,  Hoh»ira$s) , 
chemin  de  pierres  {Stdnweg) ,  route  militaire  {Hêrweg  ou  Hêrsirati 
de  Heriitraxheerj  exercitus).  —  Quant  au  mol  weg,  weka  ou  wega 
dans  l'ancien  allemand,  il  a  plus  d'une  affinité  avec  via.  Varron  nous 
apprend  (livre  1")  que ,  de  son  temps ,  les  gens  des  campagnes  en 
Italie  disaient  vea  au  lieu  de  via  de  vehiculum  ou  vehere. 

M.  Moné  (^) ,  le  savant  archiviste  de  Carlsruhe ,  a  colligé  avec  pa- 
tience tous  ces  noms  pour  lesquels  il  a  fait  d'iieureuses  applications 
au  pays  de  Bade  :  ses  recherches  lui  ont  fourni  l'occasion  de  men- 
tionner des  désignations  similaires  pour  l'Alsace ,  et  il  nous  a  donné 
la  lisie  de  ce  qu'il  a  pu  recueillir  pour  notre  pays  (S). 

[*)  On  retrouve  un  vague  et  curieux  souvenir  de  l'usaf^e  que  Ton  faisait  de  ces 
voies  après  la  conquête  franke ,  dans  le  passage ,  suivant  de  Volzir  de  SéronviUe  : 
Expédition  du  due  Antoine  de  Lorraine  contre  le$  paysans  révoltés  d*Alsace ,  en 
1S%5.  Voici  ce  qu'il  dit  (livre  ii ,  ch.  8)  en  faisant  la  description  de  Saveme  : 

«  Et  s'appelloit  la  dite  ville  selon  Toppinion  de  plusieurs  anciennement  Tabema, 
pour  ce  que  les  Roys  anciens  partant  de  la  grant  cité  de  Soltom  (Solodurum  So- 
leure ,  route  de  Milan  à  Mayence  par  Strasbourg)  pour  euix  transporter  à  Trieue 
et  Belge  (Trêves  et  les  Belgiques) ,  rafreschissoient  leurs  gens  en  la  taverne ,  dont 
par  succession  du  temps  le  T  a  esté  conuerti  en  S  et  s'appelle  Sabema  ou  Sabemia, 
Saueme.  > 

(*)  Urgeschichte  des  badischen  Landes ,  8<>,  1845, 

(*)  Tome  i«',  page  148  : 
Munzen  ou  Muntzenheim  1420  hohweg, 
Baltersen  ou  Baltzenheim  1400  hohe-weg. 
Oriesheim  1450  hohe-siross. 


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444  REYUB  D'ALSACE. 

Les  explorations  de  M.  de  Golbéry  et  de  M.  Scbweigbseaser  avaient 
aussi  rois  en  relief  une  partie  de  ces  dénominations  qu'ils  ont  eu  soin 
d'indiquer  en  décrivant  les  grandes  routes  militaires  ;  celles-ci ,  en 
effet ,  ne  portent  pas  uniformément  le  nom  de  roiue  païenne  ou  /fet* 
denstrass,  mais  souvent  ceux  de  Hohweg,  Hohslrau,  etc.  Nous  avions 
aussi,  de  notre  côté,  colligé»  depuis  bien  des  années,  des  noms  de 
ce  genre .  en  attendant  l'occasion  d'en  faire  l'application. 

Les  travaux  de  la  topograpbie  de  la  Gaule  nous  ont  enfin  permis 
de  faire  une  expérimentation  assez  vaste  de  ce  genre  de  recbercbes 
dans  les  buit  cantons  composant  l'arrondissement  de  Schlestadt  et 
les  résultats  obtenus  ont  de  beaucoup  dépassé  nos  espérances.  L'exa- 
men de  la  carte  jointe  à  notre  travail  en  fournira  la  preuve  hi  plus 
convaincante.  Certainement  tous  les  cbemins  que  nous  y  avons  rc'* 
portés  ne  sont  pas  d'origine  romaine  :  mais  pour  ceux  même  qui  ne 
datent  que  du  moyen-âge,  il  était  urgent  d'en  conserver  le  souvenir, 
car  ils  appartiennent  au  même  titre  à  la  géograpbie  dç  notre  pays. 

GOSTB, 

Juge  tu  Iribuiial  civil  d«  Schtottadt. 


Dûrningen  14 7S  hohe-'Stross  der  heuenerweg. 

Wintenhausen  1478  dit  Herre^trass ,  hertweg. 

Gros-Kems  (lay®  siècle)  die  hohe-strass, 

Ohnenheim  1420  hoh^weg ,  hoh-stross, 

Sundhausen  (xiv«  siècle)  Herstras^e  ,  &c. ,  &c. 

A  ces  noms  il  est  essentiel  d'ajouter  celui  de  Dietoeg  ou  Ditweg ,  Dieiweg ,  che- 
min du  peuple ,  chemin  public  qui  par  corruption  ou  par  ignorance  est  devenu 
Diebsirœssle  ou  Diebweg.  H.  le  professeur  G.  Schmidt  a  eu  Tobligeance  de  nous 
communiquer  toute  une  série  de  ces  noms  pour  la  Basse-Alsace ,  et  nous  lui  en 
témoignons  ici  toute  notre  gratitude. 

Une  mention  spéciale  est  également  due  à  Grristophorus  pour  le  curieux  travail 
qu'il  a  communiqué  à  cette  Revue ,  dans  le  cours  de  Tannée  dernière ,  sur  les 
Herweg  de  Dirlinsdorif. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES 

Dl  yARGlENNB  âLSAGI. 


LANDAU. 

En  i654 ,  le  marquis  de  la  Suze  ayant  pris  à  Belfort  le  parti  des 
princes  contre  Mazarin ,  ce  dernier  écrivit  an  magistrat  et  sénat  de' 
la  ville  de  Landau  une  lettre  presqu'obséquieuse  pour  solliciter  le 
concours  des  bourgeois  aux  opérations  du  maréchal  de  la  Ferté  0) , 
ou  au  moins  leur  neutralité  pendant  les  attaques  de  Belfort  et  de 
Thann ,  ainsi  que  pendant  l'investissement  de  Brisach  où  la  Ferté 
.  força  le  comte  d'HaV^court  à  se  soumettre  au  cardinal-ministre.  Grâce 
à  ces  tristes  luttes  de  la  Fronde ,  l'orgueil  des  bourgeois  de  Landau , 
comme  celui  des  autres  bourgeois  des  cités  d'Alsace ,  put  encore  un 
instant  croire  à  un  simulacre  d'indépendance ,  car  nos  dix  villes  se 
virent  tour  à  tour  enjôlées  et  sollicitées  par  le  parti  des  princes  et 
par  celui  de  la  cour.  Mais  c'est  là  déjà  de  l'histoire  de  France. 

Nous  voyons  encore  Landau  se  joindre  en  i658  à  ses  confédérées 
de  l'Alsace ,  pour  protester  contre  la  création  du  Conseil  Souverain 
d'Ensisheim ,  appelé  à  remplacer,  avec  plus  d'attributions  administra- 
tives et  judiciaires,  la  CourRoyale  de  Brisach  créée  en  i651.  Puis  en 
16S9  et  en  i661  la  ville  prend  part  d'abord  anx  conférences  de  Stras- 
bourg ,  puis  à  celles  d'Obemai  des  25  juin ,  i"  et  2  juillet  et  20  sep- 
tembre i66i  f  à  l'effet  de  s'opposer,  autant  que  les  représentations 
des  faibles  pouvaient  s'opposer,  au  remplacement  »  sans  reversâtes 
satisfaisantes,  du  comte  d'Harcourt  par  le  cardinal  de  Mazarin  comme 

(*)  Voir  les  UvraisoDS  de  février ,  mars ,  juin ,  juillet ,  août  et  septembre,  pages 
49,  97,  887,  313 et 402. 
(')  Archives  de  Landau. 


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446  REYUB  D'ALSACE. 

grand  bailli  de  la  préfecture  de  Haguenau ,  et  à  la  substituiion  du 
duc  de  Mazarin  au  cardinal  son  onclef  (i).  Ces  conférences  n'aboutirent 
qu'à  obliger  les  villes  à  prêter,  d'assez  mauvaise  grâce ,  par  leurs  dé- 
putés réunis  à  Haguenau  »  serment  de  fidélité  au  roi  de  France. 

La  Diète  et  la  chambre  impériales  s'évertuaient  cependant  à  re- 
prendre autant  que  possible  les  dix  villes  à  la  France.  L'assemblée  de 
Ratisbonne  imagina  à  cet  effet  le  prétexte  de  la  guerre  des  Turcs . 
cette  croisade  officielle  et  toujours  populaire  dans  l'Empire  •  pour 
demander  aux  villes  impériales  de  la  Landvogtey  d'Alsace  de  concou- 
rir »  comme  par  le  passé ,  à  cette  guerre  »  non-seulement  par  des 
subsides ,  mais  par  un  contingent  en  hommes  destinés  à  être  incor- 
porés dans  l'armée  impériale.  Ce  condugent  fut  fixé  pour  Landau  au 
même  taux  qu'antérieurement  à  la  soumission  à  la  France ,  c'est-ù- 
dire  à  quatre  cavaliers  montés  et  équipés  et  à  trente-six  fantassins. 
Colmar  et  Scblestadt  durent  fournir  aussi ,  chacune  des  deux  villes . 
huit  cavaliers ,  et  Obemai  quatre  cavaliers  et  un  même  nombre  de 
fantassins  que  Landau.  Pour  mieux  prouver  à  nos  villes  d'Alsace 
qu'elles  étaient  toujours  considérées  comme  partie  intégrante  du 
saint  Empire  germanique  »  on  avait  décidé  que  ces  contingents  se- 
raient réunis  aux  contingents  de  Spire ,  de  Worms ,  de  Strasbourg , 
et  d'autres  villes  non  encore  soumises  à  la  France  »  pour  former  un 
même  escadron  de  cavalerie  et  un  même  demi-bataillon  d'infanterie. 
Le  drapeau  devait  être  le  même  que  l'ancien  drapeau  du  cercle  du 
Haut-Rhin  »  msûs  avec  les  écussons  de  Strasbourg ,  de  Landau ,  de 
Colmar,  d'Obernai ,  de  Scblestadt  »  de  Rosheim  »  unis  à  ceux  de  Spire 
et  de  Worms.  Le  rendez-vous  fut  à  Strasbourg  pour  la  cavalerie  et  à 
Francfort  pour  l'infanterie. 

Dès  que  les  officiers  de  la  préfecture  de  Haguenau  eurent  avis  de 
ces  levées 9  ils  s'y  opposèrent  vivement»  mais  tel  était  encore  le  pres- 
tige de  la  Diète  en  nos  villes  d'Alsace  et  telle  encore  la  confraternité 
germanique  inspirée  par  la  vieille  crainte  des  Turcs  que,  partout  où  il 
n'y  eut  pas  de  troupes  françaises  pour  s'opposer  au  départ  des  con- 
tmgents ,  ces  derniers  se  mirent  en  marche  au  milieu  des  acclamations 
et  des  hommages  de  la  foule.  Le  gouvernement  français  ne  jugea  pas 
à  propos  de  sévir  contre  ce  retour  déguisé  à  la  suprématie  impériale 
ou  aux  intérêts  allemands ,  car,  cédant  à  son  tour  à  l'opinion  euro- 

('}  Archives  de  Landau. 


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VnXBS  LIBRES  BT  IMPÉRIALES  DE  L'àNCIEMNE  ALSACE.  447 

péenne  qui  poussait  alors  à  s'opposer  aux  invasions  des  Turcs  en 
Hongrie  et  en  Bohême ,  il  ne  tarda  pas  à  joindre  à  l'armée  impériale 
et  rhénane  »  commandée  par  Montecuculli ,  le  margrave  de  Bade  »  et 
le  comte  de  Hohenlohe  »  une  Torte  division  française  sous  les  ordres 
du  comte  de  Coligui  et  du  marquis  de  la  Feuillade.  Ce  fut ,  comme 
l'on  sait ,  à  ce  corps  auxiliaire  français  que  l'armée  allemande  dut 
son  salut  à  la  bataille  de  Saint-Godard ,  le  2  août  i664  (<) ,  et  le  petit 
contingent  alsacien ,  qui  comptait  aussi  cinquante  cavaliers  strasbour- 
geois ,  y  fit  vaillamment  son  devoir  à  côté  des  soldats  de  la  vieille 
France. 

Malgré  cette  confraternité  d'armes  et  de  gloire  »  nos  dix  villes 
avaient  toujours  beaucoup  de  peine  à  se  soumettre  au  gouvernement 
français.  Dan^  toutes  les  occasions ,  elles  essayaient  de  défendre  leur 
indépendance  par  des  protestations  »  ou  tout  au  moins  d'humbles 
doléances. 

En  i664,  le  duc  de  Mazarin  »  grand-bailli  de  Haguenau  «  avait  pro« 
duit  un  édit  royal ,  connu  sous  le  nom  des  Quatre  articles ,  qui  sou- 
leva au  plus  haut  degré  l'opposition  de  la  décapole. 

Le  premier  de  ces  articles  assujétissait  les  dix  villes  à  la  juridiction 
des  tribunaux  du  roi  comme  précédemment  elles  l'avaient  été  pour 
certains  cas  à  la  juridiction  des  tribunaux  de*  l'Empire. 

Le  second  établissait  le  droit  du  roi  de  mettre  garnison  dans  les 
villes  et  de  disposer  de  leurs  fortifications  ainsi  que  de  leurs  armes  et 
munitions  de  guerre. 

Le  troisième  mettait  la  nomination  du  magistrsi^  à  la  disposition 
du  grand-bailli  de  Haguenau. 

Le  dernier  article  enfin  attribuait  au  roi  la  haute  surveillance  et 
direction  des  affaires  ecclésiastiques  dans  les  dix  villes. 

Ce  dernier  article  avait  trait  surtout  aux  villes  protestantes  dont  il 
semblait  menacer  la  liberté  de  conscience ,  du  moins  telle  qu'on  la 
comprenait  en  ces  cités ,  et  telle  qu'on  s'y  était  habitué  depuis  la 
transaction  de  Passau. 

Les  quatre  villes  protestantes  de  la  Landvogtey ,  Colmar,  Landau  » 
Wissembourg  et  Munster ,  se  montrèrent  donc  les  plus  ardentes  à 
réclamer  contre  ce  4*  article ,  en  même  temps  que  pour  les  trois 
autres ,  elles  joignaient  leurs  protestations  à  celles  des  six  villes  ca- 


'y})  Pfeffel  ,  tome  ii ,  page  TOO ,  et  Hënault  ,  lome  ni  »  page  778. 


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us  REVUE  D'ALSiCB. 

tholiqaes ,  ou  plutôt  des  cinq  villes ,  car  Hagaenau  s'abstint  ou  du 
moins  n'appuya  que  faiblement  ses  confédérées ,  ce  qui  s'explique 
par  la  présence  d'une  garnison  française  et  du  duc  de  Hazarin  en 
ses  murs. 

Ce  dernier  ayant  fait  sonner  la  grosse  clocbe  des  menaces  et  or- 
donné quelques  mouvements  de  troupes  contre  les  villes  récalci- 
trantes» il  avait  bien  fallu»  sinon  se  soumettre»  au  moins  accepter 
sous  conditions  les  quatre  malheureux  articles.  Landau  et  Wissem- 
bourg  émirent  l'avis ,  en  désespoir  de  cause,  d'en  référer  à  la  Diète 
de  Ratisbonne»  Obemai»  Scblestadt»  Colmar,  Munster»  Rosbeim» 
Kaysersberg  et  Turckheim  se  rallièrent  successivement  à  cet  avis ,  et 
l'on  vit ,  chose  assez  étrange  »  l'appel  d'un  édit  du  roi  de  France  sou- 
mis aux  délibérations  de  la  Diète  de  l'Empire  d'Allemagne  par  des 
villes  que  le  traité  de  Munster  avait  soumises  au  roi  de  France. 

Ce  qu'il  y  a  de  plus  curieux  et  ce  qui  prouve  combien  peu  encore 
le  gouvernement  français  se  rendait  compte  de  ses  droits  sur  l'Al- 
sace »  c'est  que  Louis  XIV ,  oui ,  Louis  XIV,  finit  par  tolérer  cet  appel 
à  la  Diète  de  Ratisbonne,  et  consentit,  en  i665»  à  ce  que  l'affaire  fut 
remise  à  des  arbitres.  Ces  arbitres  >  qui  n'entrèrent  en  fonctions 
qu'en  1667 ,  furent ,  pour  la  France  »  les  électeurs  de  Mayence  et  de 
Cologne ,  le  roi  de  Suède  et  le  Landgrave  de  Hesse  ;  pour  l'empereur 
ou  pour  les  dix  villes ,  l'électeur  de  Saxe,  les  évéques  d'Eichstett  et 
de  Constance  •  et  fe  magistrat  de  la  ville  de  Ratisbonne ,  siège  de  la 
Diète..  Leur  décision  ne  fut  rendue  qu'en  1672 ,  et  comme  on  pouvait 
s'y  attendre ,  e\[e  ne  satisfit  personne.  La  guerr^  rallumée  entre  la 
France  et  l'Empire  se  chargea  bientôt  de  l'annuler  complètement  et 
d'ôter  aux  dix  villes  toute  velléité  d'opposition  ultérieure. 

Pendant  ces  complications  ,  Landau  dut  à  son  voisinage  du  Pala- 
tinat  d'avoir  sa  part  des  troubles  occasionnés  par  la  revendication  de 
rélecteur  palatin ,  concernant  ses  anciens  droits  de  Wildfangiat ,  de 
péage  et  de  conduite.  En  vertu  du  premier  de  ces  droits  «  les  électeurs 
palatins  se  croyaient  fondés  à  réduire  en  une  sorte  de  servitude  et 
à  imposer  à  une  capitation  tous  les  étrangers  rencontrés  sur  leurs 
terres  qui ,  ne  pouvant  justifier  de  leur  qualité  ou  de  leur  nationalité, 
étaient  réputés  bâtards  et  vagabonds ,  et  comme  tels  assujettis  au 
Wildfangiat.  L'exercice  de  ce  droit;  négligé  pendant  la  guerre  de 
trente  ans ,  avait  d'autant  plus  révolté  les  populations  des  campagnes 
dans  le  Palatinat ,  que  par  suite  des  malheurs  de  cette  longue  guerre 


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VILLES  LIBBES  ET  IBfPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  449 

beaucoup  de  familles  étraDgères  étaient  venues  s'établir  sur  les  ter- 
rains vagues  ou  restés  en  friebe.  Or,  depuis  1491  jusqu*ù  Témanci- 
pation  complète  de  Landau  par  Maximilien  I'',  plusieurs  actes  de 
révéque  de  Spire  »  engagiste  impérial  de  la  ville ,  avaient  conféré  les 
mêmes  droits  de  WUdfangiat  à  Télecteur  palatin  sur  le  territoire 
mémo  de  la  ville  (i).  Ce  dernier  voulut  assez  intempestivement  les  ré- 
clamer, et  se  fondant  sur  un  article  de  la  paix  publique  de  i351 ,  qui 
soumettait  à  des  droits  différents  de  haut-conduit  les  vins  d'Alsace  et 
les  vins  du  Spiregau  (^),  il  voulut  aussi  faire  peser  sur  les  provenances 
des  vignobles  de  Landau  des  taxes  insolites.  On  l'accusa  même  d'avoir 
fait  enlever  »  sous  prétexte  qu'ils  étaient  bâtards  ou  vagabonds  »  et 
par  conséquent  ses  sujets  nés ,  des  vassaux  de  la  ville  afin  de  les  éta- 
blir sur  les  nombreuses  landes  incultes  du  Palatinat.  Le  sénat  de 
Landau  porta  d'abord  ses  plaintes  à  la  Diète  de  Ralisbonne ,  mais 
cette  dernière  n'ayant  point  paru  empressée  d'y  faire  droit ,  il  fallut 
bien  un  peu  à  contre-cœur  recourir  au  nouveau  maître ,  le  roi  de 
France.  Enfin  ,  après  des  conférences  fort  vives  à  Spire  et  à  Oppen- 
beim  •  l'électeur  palatin  consentit  à  s'en  rapporter  à  l'arbitrage  des 
rois  de  France  et  de  Suède  (^) ,  et  grâce  surtout  au  premier,  l'affaire 
fut  décidée  en  1667  dans  le  sens  des  intérêts  de  Landau  et  des  sei- 
gneuries alsaciennes  «  voisines  du  Palatinat. 

Dans  le  même  temps,  il  surgit  des  difficultés  au  sujet  des  droits  de 
Geraydies  (Gedeyen ,  GeraydeJ,  Nous  avons  vu  que  Lundau  était  dans 
la  troisième  zent  de  la  septième  Geraydie  qui  portait  le  nom  de  Go* 
dramstein  (^)  et  qui  comprenait  dos  forêts  tant  en  deçà  qu'audelà  de 
la  Queich.  L'électeur  palatin  prétendait  refuser  ou  du  moins  chica- 
nait à  Landau  ses  droits  dans  celles  de  ces  forêts  qui  étaient  situées 
sur  le  territoire  palatin.  Dans  cette  occasion  encore  la  France  inter- 
vint »  et  les  bourgeois  de  Landau  purent  reconnaître  que  s'ils  avaient 
perdu  leur  indépendance ,  ils  avaient  en  revanche  trouvé  un  protec- 
teur puissant. 

(*)  Considérations  sur  les  rapports  des  possessions  palatines  sous  la  souverain 
neté  de  la  France.  Paris ,  imprimerie  Didot,  année  1792 ,  page  41. 

n  Ibidem,  page.  210. 

(']  PrEFFEL ,  Histoire  du  droit  public  de  V Allemagne ,  tome  n ,  page  394,  et 
archives  de  Landau. 

(^)  SCHQEPFLIN ,  AlSé  ill» ,  tom.  Il ,  Landgraviat  infériear ,  Geraydies. 

9*  Ajinéii.  ^3 


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4S0  REVUE  D*ALSàCE. 


ÉPOQUE  FRANÇAISE. 

La  poix  de  Munster  avait  fait  trop  de  jaloux  à  la  France  pour 
qu'elle  pût  durer  bien  longtemps.  L'ambition  de  Louis  XIV  aiguil- 
lonnait d'ailleurs  sans  cesse  cette  jalousie.  Dès  i667»  la  guerre 
avait  recommencé  entre  la  France  et  l'Espagne ,  et  les  succès  des 
armes  françaises  en  Flandre  et  en  Francbe-Gomté  achevaient  d'irriter 
et  d'inquiéter  non-seulement  la  maison  d'Autriche ,  mais  l'Empire  et 
même  les  anciens  alliés  allemands  de  la  France  pendant  la  guerre  de 
trente  ans.  L'invasion  de  la  Lorraine,  en  1670,  et  celle  de  la  Hollande, 
en  1672 ,  firent  enfin  éclater  l'orage ,  et  pour  cette  fois  les  princes 
protestants  formèrent  alliance  avec  la  maison  d'Autriche  contre  la 
France. 

UéXecienr  de  Brandebourg,  l'électeur  de  Saxe ,  le  duc  de  Lorraine 
réunirent  leurs  troupes  à  l'armée  impériale  que  commandait  Monte- 
cuculli  ;  le  plan  des  alliés  était  de  pénétrer  par  le  Palatinat  en  Alsace 
et  de  reconquérir  cette  province  ainsi  que  la  Franche*Comté.  Ils  es« 
péraient  que  les  dix  villes  n'ayant  plus  de  garnison  française  devien- 
draient pour  eux  autant  de  places  de  sûreté  ou  de  lignes  d'opération; 
mais  celte  partie  du  plan  fut  déjouée ,  car  dès  le  commencement  de 
la  guerre ,  Louis  XIV  ordonna  au  duc  de  La  Feuillade  9e  se  remettre 
de  gré  ou  de  force  en  possession  des  dix  villes ,  et  il  mit  à  cet  eSet  à 
ses  ordres  un  corps  de  10,000  hommes.  Tandis  que  La  Feuillade  exé- 
cutait ses  instructions ,  démolissait  les  fortifications  de  Schlestadt  et 
de  Colmar,  désarmait  Obernai ,  Rosheim  ,  Kaysersberg ,  Turckheim  , 
et  occupait  Haguenau ,  Wissembourg  et  Landau ,  le  maréchal  de 
Tureune  passait  le  Rhin  .  allait  chercher  Montecuculli  sur  le  Mein , 
et  après  avoir  repoussé  les  ennemis  au  pont  d'Andernach  ,  les  pour- 
suivait eu  Westphalie ,  les  refoulait  au-delà  du  Weser  et  forçait  en  ^ 
deux  campagnes  brillantes  l'électeur  de  Brandebourg ,  dont  tous  les 
Etats  étaient  envahis ,  à  signer  pour  son  compte ,  le  10  avril  1673 , 
la  paix  ou  plutôt  la  capitulation  de  Saint-Germain  ratifiée  au  camp 
de  Wossem ,  près  Louvain  ,  le  6  juin  suivant. 

Louis  XIV  s'était  porté  de  sa  personne  en  Alsace  pendant  cette 
campagne  de  1675 ,  pour  de  là  reconquérir  la  Franche-Comté  et  as- 
siéger Besançon.  Les  vliles  impériales  envoyèrent  des  députés  au- 


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VILLES  LIBRES  ET  MPÉRULES  DE  L'aNCIENIŒ  ALSACE.  451 

devant  du  roi  jusqu'à  Naucy  »  pour  lui  présenter  non-seulement  leurs 
hommages ,  mais  surtout  leurs  doléances  au  sujet  de  la  mesure  qui 
prescrivait  leur  désarmement  et  la  démolition  de  leurs  foriincations 
au  moyen  de  brèches  que  le  marquis  de  Vauban  avait  ordre  d'ouvrir  à 
coups  de  canon ,  si  les  bourgeois  ne  se  prêtaient  pas  à  les  ouvrir  et  à 
les  déblayer  eux-mêmes.  Ces  députés ,  Antoine  Hitschler  de  Landau , 
Streit  d'Immendingen  de  Haguenau,  Jean-Georges  Schôpfif  de  Schles- 
tadt  et  Henri  Klein  de  Golmar,  furent  fort  mal  reçus  par  Louvois  qui 
conseilla  au  roi  de  ne  pas  leur  accorder  audience.  Louvois  leur  re- 
prochait d'avoir ,  par  leurs  continuelles  réclamations  depuis  le  traité 
de  Munster  et  par  leurs  appels  à  la  diète ,  contribué  à  encourager  ii 
nouvelle  coalition.  Les  ordres  de  désarmement  furent  donc  maintenus 
pour  toutes  celles  des  dix  villes  qui  ne  seraient  pas  jugées  susceptibles  . 
de  recevoir  garnison.  ^ 

La  trahison  du  prince-évêque  de  Wurtzbourg  ayant  sur  ces  entre- 
faites forcé  Turenne  à  se  replier  sur  le  Rhin  »  la  coalition  un  moment 
ébranlée  par  les  premières  victoires  du  maréchal  »  s'était  reformée 
plus  ardente  que  jamais,  et  l'électeur  de  Brandebourg  lui-même, 
violant  la  foi  jurée  quelques  mois  auparavant ,  s'y  était  rallié.  Mais 
Turenne  a  bientôt  repris  l'offensive,  il  laisse  un  détachement  à  Landau 
et  se  hâte  de  repasser  le  Rhin  à  Philippsbourg  avec  9,000  hommes . 
en  majeure  partie  cavalerie.  C'est  avec  cette  faible  armée  qu'il  livre  ù 
Sentzheim,  entre  Philippsbourg  et  Heilbronn ,  une  bataille  où  l'armée 
impériale ,  commandée  par  le  vieux  duc  de  Lorraine  et  par  Caprara , 
est  délogée  de  toutes  ses  positions ,  et  forcée  de  battre  en  retraite 
sur  l'armée  des  cercles  d'Allemagne  qui  accourt  à  son  secours  sous 
la  conduite  du  margrave  de  Bade-Durlach  et  du  duc  de  Brunswick- 
Lunebourg.  L'extrême  supériorité  numérique  de  ces  deux  armées 
réunies  force  toutefois  les  9.000  hommes  de  Turenne  à  se  retirer  et 
à  repasser  le  Rhin  pour  défendre  l'Alsace ,  car  la  ville  de  Strasbourg 
a  livré  son  pont  de  Kehl  aux  alliés.  Turenne  se  retranche  d'abord 
entre  la  Queich  et  la  Lauter ,  puis  II  établit  son  camp  à  la  Wan- 
tzenau  et ,  tandis  que  les  Lorrains  et  les  Impériaux  aux  ordres  du 
duc  de  Boumonville  et  du  général  Caprara  débouchent  de  Stras- 
bourg par  Illkirch  et  Grafenstaden ,  il  marche  à  eux  et  les  défait  à 
Entzheim.  Puis,  trop  faible  en  nombre  pour  les  déloger  immédiate- 
ment de  leur  camp  retranché  sur  la  colline  du  Glôckelsberg  et  der- 
rière la  ligne  de  l'Ergers ,  il  se  porte  d*abord  sur  Marlenheim , 


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tëi  REVUE  D'ALSACE. 

repasse  les  Vosges  par  une  manœuvre  habile»  et  comme  les  Impériaux» 
qui  ne  voyent  plus  d*enncinis  devant  eux ,  se  répandent  dans  la 
Haute-ÂIsace •  il  les  bal  coup  sur  coup,  le  8  et  le  9  janvier, 
en  débouchant  à  Timprovisle  des  montagnes  de  Bussang ,  à  Mul- 
house ^  à  Ensisheim ,  à  Turckbeim ,  les  forçant  à  évacuer  en  désordre 
FAIsace  par  ce  même  pont  de  Keltl  qui  leur  en  avait  ouvert  l'entrée. 

Celle  campagne,  que  les  écrivains  compétents  s'accordent  à  recon- 
naître comme  une  des  plus  belles  de  Turenne ,  fut  en  quelque  sorte 
la  conGrmation  des  conquêtes  assurées  vingt-cinq  années  auparavant 
par  le  traité  de  Munster  et  l'un  des  plus  beaux  titres  militaires  de  la 
France  à  la  possession  défînitive  de  l'Alsace. 

Cependant  MontecucuUi  fit  passer  le  Rhin  à  une  division  deTarmée 
impériale  et  la  porta  sur  Landau,  espérant  y  attirer  le  maréchal  fran- 
çais et  passer  ensuite  impunément  le  Hhin  avec  le  gros  de  son  armée 
par  le  pont  de  Kehl  ;  mais  Turenne  le  prévint ,  passa  lui-même  sur 
l'autre  rive  du  Hhin  ,  et  sut  y  reporter  le  théâtre  de  la  guerre  :  le 
boulet  de  canon  ,  qui  l'enleva  peu  après  à  l'armée  et  à  la  France  » 
amena  seul  le  retour  des  hostilités  en  Alsace ,  et  ramena  aussi  les 
mauvais  jours  pour  Landau.  La  petite  garnison  que  Turenne  y  avait 
placée  fut  contrainte  à  évacuer  celte  ville  lorsque  MontecucuUi,  pas- 
sant le  Rhin  h  Kehl ,  vint  assiéger  Haguenau.  Les  marches  et  contre- 
marches des  campagnes  qui  suivirent ,  campagnes  où  les  généraux 
français  ,  appelés  à  suppléer  à  Turenne  ,  disputèrent  si  souvent  et 
pied  à  pied  l'Alsace  aux  armées  impériales  et  des  cercles  d'Alle- 
magne .  eurent  pour  Landau  les  mêmes  vicissitudes  que  précédem* 
ment  pendant  la  guerre  de  trente  ans. 

Le  grand  Condé ,  envoyé  vers  la  Gn  de  1675  pour  prêter  le  pres- 
tige de  son  nom  à  l'année  veuve  de  Turenne  ,  avait  réussi  par  ses 
manœuvres  à  faire  successivement  évacuer  à  MontecucuUi  le  camp 
devant  Haguenau ,  la  position  d'Obernai  et  le  camp  devant  Saverne , 
pour  bientôt  abandonner  toute  l'Alsace.  Mais  la  campagne  de  1676 , 
où  le  maréchal  de  Luxembourg  remplaça  Condé  en  Alsace  et  où . 
MontecucuUi  fut  remplacé  par  le  jeune  duc  Charles  Y  de  Lorraine , 
beau-frère  de  l'empereur  Léopold ,  fut  plus  fâcheuse  pour  nos  armes. 
Le  duc  de  Lorraine  ayant  pris  Philippsbourg ,  la  ville  de  Landau  fut 
menacée  alors  par  l'armée  impériale.  Elle  lui  échappa  toutefois  pour 
le  moment  grâce  aux  brillantes  manœuvres  du  maréchal  de  Créqui , 
chargé  en  1677  de  remplacer  le  maréchal  de  Luxembourg  et  surtout 


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Villes  libres  et  impériales  de  l'ancienne  alsace.        453 

grâce  au  combat  du  Kochersberg  »  le  7  octobre  1677 ,  où  le  général 
impérial  SchuUz  fut  défait. 

'  Mais  en  1678  le  duc  de  Lorraine  à  la  léte  de  l'armée  impériale , 
voulant  dégager  Strasbourg  dont  le  maréchal  de  Créqui  menaçait  de 
faire  le  siège  et  doot  le  fort  de  Kehl  venait  déjà  d'être  pris  d*assaut 
par  le  régiment  de  Champagne  aux  ordres  de  M.  de  Bois-David  (*) , 
passa  le  Rhin  et  investit  Landau.  Cette  ville  ne  pouvait  encore  qu'être 
compromise  par  les  garnisons  qu'on  lui  imposait.  Elle  fut  prise  d'as- 
saut (^)  malgré  les  efforts  du  brave  détachement  qu'on  y  avait  laissé^» 
et  l'armée  allemande  la  traita  comme  on  traite  et  comme  on  traitait 
surtout  dans  ce  siècle  les  villes  prises  d'assaut.  Le  pillage  durait  en* 
core  lorsque  la  défaite  du  général  autrichien  Mercy,  à  Hochfelden , 
par  les  troupes  françaises  du  comte  de  Langalerie  ,  et  la  marche  du 
maréchal  de  Créqui  sur  la  Lauler  décidèrent  les  Impériaux  à  évacuer 
leur  conquête  et  à  repasser  le  Rhin. 

La  paix  de  Nimègue  ayant  enfm  en  1679  permis  aux  malheureux 
bourgeois  de  Landau  de  réparer  leurs  brèches  et  de  rebâtir  leurs 
maisons ,  Louis  XiV  »  qui  ne  voulait  plus  de  villes  immédiates  d'Em- 
pire dans  son  royaume ,  compléta  par  les  voies  juridiques  la  soumis- 
sion de  la  decapole  conquise  par  les  armes  à  la  France.  En  1680  »  le 
conseil  souverain  d'Alsace ,  érigé  en  chambre  de  réunion  ,  déclara 
qu'en  vertu  des  traités  de  Munster  et  de  Nimègue ,  ces  dix  villes 
avaient  cessé  de  relever  de  TEmpire  ,  ne  pouvaient  plus ,  sous  peine 
de  rébellion  ,  faire  appel  à  la  diète  d'Allemagne  »  et  devaient  échan- 
ger sans  délai  les  sceaux  et  armoiries  de  l'Empire  contre  les  Fleurs 
de  Lys  de  France.  Pour  les  consoler  un  peu  de  cet  arrêt  de  dé- 
chéance, le  roi  daigna  autoriser  les  dix  villes  à  se  faire  appeler 
royales  au  lieu  d'impériales  ;  mais  ce  n'était  là  qu'une  distinction  ho- 
norifique ou  plutôt  dérisoire,  le  mot  de  ville  royale  ne  pouvant  avoir 
en  France  l'acception  qu'avait  en  Allemagne  le  titre  de  ville  libre  et 
impériale. 

Cependant  Landau ,  quoiqu'à  l'extrême  frontière  de  France ,  du 
côté  du  Palalinat ,  offrait  d'assez  pauvres  fortifications ,  si  pauvres  ou 
si  faibles  que  depuis  Mansfeld  elles  ne  lui  avalent  guère  servi  qu'à 
être  prise  et  reprise  par  tous  les  belligérants. 

(*)  M.  DE  Kentzinger  ,  Documents  des  archivas  de  Strasbourg,  tom.  a  ,  p.  235. 
(*)  ScHOEPFLiN ,  AU,  m,  9  tome  n ,  Landau, 


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ioA  REVUE  D'ALSACE. 

Ce  n'était  encore  en  effet  que  le  revêtement  hérissé  de  nombreases 
tours  et  couvert  par  un  a^sez  large  fossé  que  Meriaa  nous  a  conservé 
dans  la  Topographia  Alsatiœ,  éditée  en  1663(1).  Ces  tours  et  ces 
courtines  avaient  reçu  mainte  brèche  pendant  la  guerre  de  trente  ans 
et  pendant  la  dernière  guerre.  Comme  de  vieux  soldats  couverts  de 
blessures  •  elles  avaient  peine  à  se  tenir  debout.  Par-ci  par-là  un  bas- 
tion en  terre  ou  redan  modernes  masquaient  les  brèches  les  plus 
béantes ,  mais  Tenceinte  n'était  plus  continue ,  et  un  ennemi  un  peu 
entreprenant  f&t  bien  vite  entré  dans  la  ville.  Cette  dernière  »  depuis 
que  l'art  de  la  guerre  avaîc  pris  des  dimensions  plus  colossales  et 
surtout  plus  coûteuses ,  n'était  plus  en  état  de  réparer  les  avaries 
faites  à  son  enceinte.  Louis  XIV ,  désireux  de  couvrir  par  une  bonne 
place  forte  la  frontière  de  France  du  tôté  du  Palatinat,  ordonna  donc 
en  1686 ,  au  célèbre  ingénieur  Vauban ,  de  dresser  le  plan  des  forti- 
fications nouvelles  de  Landau.  Vauban  se  mit  à  l'œuvre ,  mais,  malgré 
tout  son  zèle ,  ses  plans  de  fortifications  n'avaient  encore  reçu  qu'un 
commencement  d'exécution  lorsque  la  guerre  de  la  succession  pala- 
tine vint  à  éclater. 

La  campagne  de  1688  se  passa  presqu'aux  portes  de  Landau  ;  le 
dauphin  de  France ,  ayant  pour  lieutenants  MM.  d'Huxelles ,  de 
Boufflers  et  de  Montclar,  s'empara  successivement  de  Neusiadt,  de 
Kayserslautern ,  de  Spire ,  d'Openheim ,  de  Mayence  et  reprit  Phi- 
lippsbourg ,  cette  tête  de  pont  si  chère  à  la  France  pendant  ses  pre- 
mières luttes  pour  la  suprématie  rhénane.  Il  passa  ensuite  le  Rhin  et 
occupa  Mannheim  et  Heidelberg. 

Dans  la  seconde  année  de  cette  guerre  ,  en  1689 ,  le  Palatinat  des 
deux  rives  du  Rbin ,  déjà  dévasté  en  1674  par  les  ordres  de  Louvois 
et  malgré  Turenne  •  dont  le  cœur  saignait  à  ces  ordres  de  dévasta- 
tion impitoyable  »  fut  livré  entièrement  par  les  ordres  du  même  mi- 
nistre à  une  dévastation  bien  plus  terrible  encore.  Louvois  croyait  de 
bonne  politique  de  faire  sentir  cruellement  aux  Ëtats  voisins  de  la 
France  la  puissance  française.  Ce  fut  à  cette  époque,  1689  »  et  non 
pas  en  1674 ,  que  les  villes  de  Spire  et  de  Heidelberg  eurent  à  re- 
gretter la  perte  de  leurs  principaux  monuments.  On  a  donc  imputé  à 
tort  à  Turenne  leur  destruction  ou  leur  mutilation  »  et  le  héros  »  frappé 
si  glorieusement  à  Saspach  le  27  juillet  1675  »  était  inhumé  depuis 

(*}  Mérun  ,  page  28  et  planche  7. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  4oo 

quatorze  ans  sous  les  voûtes  de  l'abbaye  royale  de  Saini-Denis,  lors- 
que le  Palatinat  reçut  ces  douloureuses  blessures ,  presqu'encore 
saignantes  aujourd'hui  au  point  de  vue  des  monuments. 

La  démolition  des  remparts  de  Spire  par  ordre  de  Louvois ,  en 
4689  »  coïncide  avec  le  commencement  des  premiers  travaux  de  for- 
tification' de  Landau  d'après  les  plans  de  Yauban.  Le  canal  dit  de 
Landau  fut  alors  créé  pour  servir  non-seulement  au  transport  des 
matériaux  ,  mais  à  l'entretien  des  eaux  dans  les  fossés  de  la  place  et, 
au  besoin ,  aux  transactions  du  commerce.  Ce  canal  fut  un  des  pre- 
miers bienfaits  de  la  France  pour  Landau.  Il  a  un  peu  plus  de  deux 
lieues  de  long  et  part  d'Alberswiller.  En  outre ,  la  Queich  fut  rendue 
navigable  ou  plus  navigable  jusqu'à  son  arrivée  au  Rhin.  La  tradition 
rapporte  ou  prétend  que  beaucoup  de  pierres  provenant  de  la  démo- 
lition des  murs  de  Spire  furent  employées  aux  travaux  de  revête- 
ment des  fronts  nouveaux  de  la  place  et  aux  travaux  du  canal'.  Des 
bateliers  partis  de  Spire  les  auraient  conduits  par  le  Rhin  et  en  re- 
montant la  Queich.  Etrange  revanche  »  si  le  fait  est  vrai,  de  la  démo- 
lition des  premiers  murs  de  Landau  sur  la  demande  de  la  ville  de 
Spire  à  l'époque  de  Louis  de  Bavière  !  11  est  vrai  que  1%  ans  plus 
tard,  grâce  à  nos  désastres  de  1814  et  de  1815,  Spire  a  pu  aussi 
avoir  une  revanche ,  en  voyant  son  ancienne  ennemie  ou  vassale 
émancipée ,  la  ville  de  Landau ,  soumise  de  nouveau  à  une  régence 
établie  à  Spire. 

Les  campagnes  de  1690  ,  1691  et  suivantes  jusqu'à  la  paix  de  Rys- 
wick  en  1697 ,  laissèrent  toujours  Landau  aux  avant-postes  ou  sur  la 
ligne  stratégique  des  opérations  militaires.  Ses  fortifications  étaient 
encore  loin  d'être  achevées ,  et  elles  fureut  interrompues  par  suite 
de  la  guerre ,  qui  ne  permettait  plus  de  réunir  sur  ce  point  des  tra- 
vailleurs et  surtout  d'imputer  des  fonds  à  ces  travaux.  La  ville  perdit 
beaucoup  à  ce  retard ,  néanmoins  elle  fut  déjà  plus  difficilement  oc- 
cupée que  dans  les  guerres  précédentes  par  les  belligérants.  Son 
territoire  souffrit  davantage,  il  était  presque  toujours,  sinon  un  champ 
de  bataille ,  au  moins  un  champ  de  bivouac ,  mais  pour  peu  qu'une 
trêve  se  fit  entre  ces  marches  et  contremarches  dans  les  environs  de 
Landau  ,  telle  était  l'activité  des  bourgeois  et  telle  la  fertilité  du  sol 
que  fort  vite  la  cité  et  les  habitants  savaient  retrouver  de  l'aisance. 

Un  événement  malheureux  marqua  surtout  l'une  de  ces  luttes  des 
Français  et  des  Impériaux  devant  Landau ,  luttes  moins  vives  et  moins 


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48Ô  REVUE  D'ALSACE. 

importantes  que  dans  la  guerre  précédente ,  parce  que  les  grands 
coups  se  portaient  surtout  en  Flandre.  Un  corps  autrichien  s'étant 
approché  de  Landau ,  tout-ù-coup  l'explosion  d'un  magasin  à  poudre 
eut  Heu ,  sans  que  Ton  sache  encore  bien  si  cette  explosion  fut  déter- 
minée par  une  bombe  de  Fenneini  ou  par  quelque  circonstance  for- 
tuite. Quoiqu'il  en  soit  »  la  défense  ayant  été  rendue  impossible ,  le 
détachement  français  évacua  la  ville  où  les  Impériaux  s'établirent 
quelque  temps. 

Us  en  furent  presqu'aussitôt  délogés.  Ce  sinistre  fut  le  plus  grand 
sinon  le  seul  grand  malheur  éprouvé  par  Landau  pendant  la  guerre 
de  la  succession  d'Orléans  ;  il  eudommagea  la  plupart  des  monuments 
de  la  ville  ainsi  qu'un  grand  nombre  de  maisons  particulières  »  et 
força  de  recommencer ,  sur  nouveaux  frais,  une  partie  des  travaux 
de  fortification. 

Ces  dernières  n'étaient  pas  encore  achevées ,  lorsqu'en  i702  ,  la 
seconde  année  de  cette  terrible  guerre  de  la  succession  d'Espagne  « 
qui  allait  mettre  la  France  si  près  de  sa  ruine,  l'armée  des  alliés , 
aux  ordres  du  prince  Louis  de  Bade  »  envahit  la  Basse-Âlsace  et  mit 
le  siège  devant  Landau.  Cette  place ,  qui  jusqti'alors  avait  presque 
toujours  été  prise  aussitôt  qu'attaquée  »  protégée  cette  fols  par  les 
travaux  de  Vauban  »  quoique  ces  travaux  ne  fussent  encore  qu'à 
demi-exécutés ,  résista  pendant  quatre  mois  à  tous  les  efforts  de 
Tenneml.  Il  fallut  quatre-vingt*neuf  jours  de  tranchée  ouverte  »  il 
fallut  la  disette ,  les  épidémies ,  le  manque  de  munitions  et  de  bras 
pour  réduire  à  capituler  sa  brave  garnison  que  commandait  le  cheva- 
lier de  Mélac.  EnGn,  le  11  novembre  ,  l'archiduc  Joseph  ,  que  son 
père  l'empereur  Léopold  avait  fait  proclamer  roi  des  Romains,  obtint 
l'entrée  de  Landau  au  milieu  des  boulets  et  des  brèches ,  qui  attes- 
taient la  magnifique  défense  de  la  ville  et  qui  semblaient  glorifier  le 
génie  militaire  de  la  France  sur  les  décombres  de  cette  citadelle  à 
peine  créée. 

La  garnison  française  sortit  de  Landau  avec  les  honneurs  de  la 
guerre,  emmenant  son  artillerie,  ses  bagages  et  conservant  ses 
armes  pour  aller  rejoindre  l'armée  du  maréchal  de  Catinat.  Quant  à 
l'armée  allemande  •  elle  perdit  au  siège  de  Landau  un  grand  nombre 
de  ses  chefs  les  plus  distingués,  enir'aulres  le  prince  de  Bade- 

(*)BiRNBAUU,  page  286 


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TILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L*ÀNGIENNB  ALSACE.  487 

Dorlach ,  le  comte  de  Soissons ,  frère  da  prince  Eugène  de  Savoie  « 
et  le  comte  de  KœuiEseck. 

C'est  à  ce  siège  de  i7052  que  se  passa  un  de  ces  traits  militaires 
dans  le  goût  du  fameux  tirez  le$  premiers  de  Fontenoy.  M.  de  Mélac , 
averti  de  Farrivée  du  roi  Joseph  devant  Landau  ,  le  fait  prier  de  lui 
indiquer  son  quartier-général  afin  d'éviter  de  faire  tirer  dessus.  Le 
prince  autrichien  lui  répond  que  son  quartier-général  est  partout 
dans  le  camp  des  assiégeants ,  puis  pour  reconnaître  la  prévenance 
du  commandant  français  »  il  lui  envoie ,  sachant  que  la  disette  est 
grande  dans  la  ville ,  quelques  bourriches  de  venaison  que  Mélac 
s'empresse  de  partager  avec  ses  soldats  affamés  comme  lui. 

C'est  aussi  à  son  héroïque  défense  de  1702  et  à  son  brave  com- 
mandant français  que  Landau  doit  l'honneur  d'avoir  imprimé  pour  la 
première  fois  son  nom  sur  des  pièces  de  monnaie.  Il  ne  parait  pas , 
en  effet ,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  fait  observer  et  quoiqu'il  existe 
à  Landau  une  vieille  construction  appelée  encore  die  Mûnze  Oa  Mon- 
naie)» que  Landau  ait  battu  monnaie  à  son  coia  pendant  l'ère  de  son 
indépendance ,  Mélac  y  fit  frapper  des  monnaies  obsidionales  »  tant 
d'or  et  d'argent  que  de  cuivre ,  aux  fleurs  de  lys  au-dessus  du  Lion 
et  de  la  porte  à  la  tour  qui  formaient  l'écusson  de  Landau  à  cette 
époque. 

Cette  place  avait  pris  dans  la  guerre  du  commencement  du  i8«  siècle 
l'importance  lie  Philippsbourg  dans  les  deux  guerres  précédentes. 
Elle  était  devenue  pour  sa  gloire ,  mais  aussi  pour  son  malheur,  le 
but  des  opérations  stratégiques  sur  le  Rhin  et  l'ambition  des  chefs 
jaloux  de  la  renommée  que  l'opinion  du  temps  mettait  au-dessus  de 
toutes  les  autres  renommées  militaires ,  celle  de  conquérant  de  places 
fortes.  Aussi  dès  l'année  suivante  »  i 703  »  les  maréchaux  de  Tallard 
et  de  Vauban ,  après  avoir  repris  Brisach ,  vinrent-ils  mettre  le  siège 
devant  Landau.  Il  était  piquant  de  voir  le  célèbre  ingénieur,  dont  les 
plans  «  en  partie  seulement  exécutés ,  avaient  valu  à  Landau  une  si 
belle  défense  l'année  précédente ,  conduire  les  opérations  d'attaque 
contre  une  place  qu'il  avait  lui-même  fortifiée  ou  appris  à  fortifier. 
Les  alliés  »  pour  faire  lever  ce  siège ,  marchent  en  force ,  Anglais  » 
Hollandais  et  Allemands ,  sous  les  ordres  au  comte  de  Nassau  et  du 
prince  de  Hesse-Cassel ,  depuis  roi  de  Suède  sous  le  nom  de  Fré- 
déric 1®'.  Le  maréchal  de  Tallard  court  alors  à  la  rencontre  de  cette 
armée  et  la  défait ,  à  Speirbach ,  près  de  Spire  »  le  15  novembre 


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468  REVUE  D*ALSàCE. 

4703,  après  avoir  laissé  Vaaban  et  M.  de  Laabanie  continuer  le  siège 
de  Landaa.  Celte  ville  ,  que  commandait  pour  les  alliés  le  comte  de 
Pries ,  capitula  le  23  novembre  suivant  (i)  après  un  investissement 
d'un  mois  et  après  avoir  eu  le  spectacle  de  la  reprise  de  ses  princi- 
paux ouvrages  par  celui-méme  qui  les  avait  conçus. 

Cependant  »  Tannée  suivante ,  elle  échappa  encore  aux  mains  de  la 
France ,  mais  encore  après  un  glorieux  siège.  La  désastreuse  bataille 
de  Hochstett»  gagnée  par  Mariborough  et  le  prince  Eugène  sur  l'élec- 
teur de  Bavière  et  le  maréchal  de  Tallard  qui  y  fut  blessé  et  fait  prison- 
nier après  avoir  vu  tuer  son  fils ,  avait  rouvert  nos  frontières  aux 
armées  de  la  coalition  ,  et  la  pauvre  ville  de  Landau ,  toute  couverte 
des  blessures  mal  cicatrisées  des  sièges  des  deux  années  précédentes» 
avait  à  peine  eu  le  temps  de  s'entourer  à  la  hâte  de  retranchements 
de  campagne  pour  couvrir  les  brèches  faites  aux  revêtements  de  ses 
remparts  y  lorsque  le  roi  Joseph  et  le  prince  de  Bade  l'investirent, 
pendant  que  Mariborough  se  rendait  maître  de  Trêves.  Ce  nouveau 
siège  dura  deux  mois  et  demi ,  défense  aussi  admirable  que  celle  de 
i702  par  la  valeur  de  la  garnison.  Mélac  avait  été  dignement  rem- 
placé par  M.  de  Laubanie,  qui  derrière  des  remparts  brisés  re- 
poussa à  plusieurs  reprises  les  assauts  de  l'ennemi  ;  ayant  perdu  la 
vue  par  suite  de  l'explosion  d'une  bombe  »  il  s'était  fait  porter  sur  la 
brèche  •  semblable  à  ce  soldat  de  Tantiquiié  qui ,  ayant  eu  les  deux 
bras  coupés  »  combattait  encore  en  essayant  de  mordre  ! 

Cette  reprise  de  Landau  par  les  coalisés  eut  lieu  juste  un  an ,  jour 
pour  jour,  après  la  capitulation  de  l'année  précédente,  qui ,  le  S3  no- 
vembre ,  avait  remis  la  place  aux  Français  ;  elle  fut  précédée  par  la 
capitulation  conclue  le  17  novembre  au  quartier-général  de  Joseph  » 
à  libersheim ,  devant  Landau ,  par  l'électrice  de  Bavière ,  fille  du  roi 
Sobieskit  qui,  pour  sauver  au  moins  une  partie  de  ses  Etats,  déclara 
les  céder  tous ,  à  l'exception  de  la  ville  et  du  cercle  de  Munich  (>)• 

Ce  fut  peut-être  pour  donner  à  Landau ,  devenu  deux  fois  sa  con- 
quête ,  un  témoignage  éclatant  d'admiration  pour  ses  deux  belles 
défenses  que  Joseph ,  aussitôt  après  son  élection  à  l'empire  en  1703, 
lui  rendit  le  titre  de  ville  libre  et  immédiate  d'Empire  {^)  ;  ou  plutôt , 
il  voulut  par  là  réparer  le  mal  fait  par  ses  canons. 

(')  Hénaclt,  tom.  ui,  p.  893,  et  Ppeffel,  tom.  ii,  p.  471,  et  Birnbaum,  p.  293. 
C)  Pfeffel,  tome  ii,  page  477. 
(')  Ibidem,  page 488, 


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yUAM  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L'ANGIBMME  ALSACE.  459 

Dei70uà  1715,  Landau  reparaît  donc  comme  ville  d'Empire, 
mais  un  litre  non  moins  glorieux  était  acquis  à  Landau  devenu  ville 
française  par  tant  de  faits  d'armes  des  17«  et  18*  siècles.  En  vain 
rAllemagne  veut  conserver  cette  conquête  payée  si  cher;  en  vain  elle 
s'y  barricade  à  son  tour ,  et ,  après  la  victoire  de  Denain ,  qui  rend 
aux  armes  françaises  tout  leur  prestige ,  en  vain  elle  s'efforce  de 
retenir  Landau  en  y  mettant  pour  garnison  toute  une  armée  aux 
ordres  du  prince  Alexandre  de  Wurtemberg. 

Déjà  les  opérations  du  comte  du  Bourg  et  le  combat  de  Rumers- 
heim  avaient ,  en  1709 ,  mis  l'Alsace  à  l'abri  de  nouvelles  attaques 
des  alliés.  Il  ne  restait  plus  que  Landau  à  rendre  à  la  France  :  le 
maréchal  de  Villars  se  porte  devant  cette  ville  et  l'investit  le  9  Juin 
1713.  Hais  instruit  que  le  prince  Eugène ,  avec  une  nouvelle  armée 
ennemie ,  veut  dégager  la  place ,  il  marche  à  sa  rencontre ,  s'em- 
pare •  en  passant ,  de  Spire ,  de  Worms  et  de  Kayserslautern ,  passe 
le  Rhin  et  va  défaire  le  général  impérial  Vaubonne  dans  ses  retran- 
chements de  Fribourg.  Pendant  cette  brillante  offensive  de  Villars , 
le  maréchal  de  Bezons  ouvre  »  le  21  juin ,  la  tranchée  devant  Landau 
dont  depuis  près  de  huit  ans  les  troupes  impériales  et  palatines  ont 
relevé  les  fortifications.  De  vifs  combats ,  presque  des  batailles ,  ont 
lieu  en  avant  de  cette  ville,  car  le  prince' de  Wurtemberg  fait  de 
fréquentes  sorties ,  et  dans  une  de  ces  sorties  non  moins  vigoureu- 
sement repoussées  que  vigoureusement  conduites ,  le  maréchal  de 
Bezons  a  eu  le  bras  emporté.  Il  continue  néanmoins  à  diriger  le 
siège ,  et  enfin ,  le  SO  août ,  il  plante  du  bras  qui  lui  reste  le  drapeau 
de  la  France  sur  Landau  reconquis  {^). 

L.  Levrault. 


(La  fin  à  la  prochaine  Hvraiswi.) 


(*)  BiRNVAUM,  page  307. 


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ÉPITRE 


M.    AUGUSTE    LAMEY, 


JU6B  HOlfORAIRB  AU  TIUBUNAL  DK  STRASBOURG. 


J'ai  relu ,  cher  Lamey ,  vos  chants  si  poétiques ,  (*) 
Dont  la  verve  du  temps  a  su  braver  le  cours. 
Ces  hymnes  pleins  de  feu ,  d*élans  patriotiques  , 
D'une  époque  de  deuil  m'ont  rappelé  les  jours. 
Vous  étiez  jeune  alors  :  au  début  de  la  vie 
On  erre  volontiers  aux  champs  de  l'Utopie... 
Le  monde  vous  offrait  un  espoir  radieux  ; 
La  sainte  liberté ,  le  bon  droit ,  la  justice , 
Inspiraient ,  transportaient  votre  âme  encor  novice. 
Vous  rôviez  un  réveil  paisible  et  glorieux  ; 
Mais  le  sang  qui  souilla  ces  jours  dès  leur  aurore , 
Le  sang  de  ces  martyrs  que  nous  pleurons  encore  ; 
De  lâches  attentats ,  des  crimes  odieux 
Firent  tomber  à  temps  le  bandeau  de  vos  yeux , 
Et  jamais  votre  muse ,  en  ces  jours  déplorables 
Ne  prodigua  l'encens  à  d'ignobles  bourreaux... 
Sans  doute  des  bienfaits  immenses  et  durables , 
Mais  chèrement  acquit ,  font  oublier  ces  maux  : 
Puissent-ils  profiter  à  notre  expérience  ! 

Désormais,  cher  Lamey,  que  nous  faut-il  en  France 
Pour  fonder  sur  le  roc  notre  prospérité  ?  — 

(*)  Gedkhie  von  Augtut  Lamey ,  2  vol.  in-18.  Strasbourg  .  1856.  Les  premières 
poésies  de  M.  Lamey  datent  de  1789  ,  et  ont  été  souvent  réimprimées. 


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ÉPITRE  À  M.  AUGUSTE  LAHET.  46i 

L'ordre  public  y  la  paix  et  la  stabilité  ; 

Un  peu  plus  de  sagesse  et  moins  d'impatience. 

Ami  de  mon  pays ,  j'ai  déploré  souvent 

Son  eitréme  prestesse  à  tourner  à  tout  vent , 

A  sourire  aux  éclairs ,  à  provoquer  l'orage... 

N'étions-nous  pas  naguère  exposés  au  naufrage? 

Le  vaisseau  de  l'Etat  chancelait  démâté  ; 

Le  flot  socialiste  avait  monté ,  monté  ; 

La  discorde  régnait  au  sein  de  l'équipage  y 

Et  nous  allions  sombrer,  quand  un  homme  au  grand  cœur, 

—  Le  mien  reconnaissant  lui  rend  ce  libre  honunage  !  — 

Saisit  le  gouvernail  et  fut  notre  sauveur... 

Voilà ,  mon  cher  Lamey ,  ce  que  dira  l'histoire  ; 

Ah  !  que  du  moins  le  peuple  en  garde  la  mémoire  I 

Mais  le  peuple  français ,  hélas  I  très-oublieux  y 

Même  après  les  leçons  d'un  destin  bien  sévère , 

Sert  trop  souvent  d'enclume  à  des  ambitieux. 

Quelques  mots  séducteurs  nous  fascinent  les  yeux... 

Nous  maudissons  le  mal  et  nous  le  laissons  faire  y 

Tant  un  lâche  égoïsme  abat  le  caractère  I 

On  nous  a  vus  bridés  par  la  minorité  y 

Qui  d'un  coup  nous  prouva  ce  que  chez  nous  elle  ose. 

Nous  invoquons  toujours  nos  Droits,  la  Liberté, 

Sans  songer  au  Devoir  que  chaque  Droit  impose... 

Faut-il  en  accuser  la  pauvre  humanité? 

L'histoire  nous  apprend  qu'elle  a  toujours  boité  ; 

N'en  déplaise  à  l'orgueil  de  maint  tribun  classique  y 

Plût  à  Dieu  que  ce  fût  la  seule  infirmité 

Qui  dût  faire  avorter  chez  nous  la  République  ! 

Mais  au  lieu  de  céder  à  ses  trompeurs  appâts , 

Assurons  le  progrès  en  allant  pas  à  pas  ; 

Le  progrès  est  le  prix  de  la  persévérance , 

Et  quels  que  soient  les  temps  rései^és  à  la  France, 

Jusqu'au  jour  où  le  cœur  en  nous  se  glacera , 

Disons  :  «  Fais  ce  que  dois ,  advienne  que  pourra  t  > 

Cher  Lamey ,  vous  vivez  en  poète,  en  vrai  sage  ; 
Votre  esprit  en  son  vol  se  rit  du  poids  de  l'âge  ; 


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462  RETOS  D'ALSiCe. 

L'amour  du  vrai,  du  beau  soutient  son  libre  essor. 
Vous  dites  anathème  k  la  sotte  ignorance , 
Aux  bigots ,  s'ils  voulaient  nous  dominer  encor  : 
Plaider  pour  le  bon  sens ,  la  paix ,  la  tolérance  y 
C'est  en  gagner  déjà  la  noble  cause  en  France... 
La  docte  Germanie ,  écoute  avec  faveur 
Vos  chants  alsaciens  :  son  écho  les  répète  y 
Et  nous  confirmons  tous  son  jugement  flatteur... 
Digne  ami ,  puissiez-vous  au  sein  de  la  retraite 
Garder ,  comme  Nestor,  malgré  le  Temps  jaloux  y 
Cette  rare  vigueur ,  qu'on  voit  briller  en  vous. 
Que  votre  verve  encor  s'anime  et  vous  inspire 
Ces  généreux  élans  de  l'esprit  et  du  cœur  y 
Aimés  du  patriote ,  admirés  du  penseur  y 
Et  qui  de  la  raison  vengent  le  noble  empire  ! 

Strasbourg,  août,  IS&S. 

Paul  Lier. 


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CAUSERIES  LITTÉRAIRES. 


Paupérisme  et  bienfaisance  dans  le  Bas-Rhin  ,  par  L.  J.  Reboul- 
Denetrol»  secrétaire  général  de  la  préfecture,  docteur  en  droit, 
chevalier  de  la  Légion-d' Honneur,  comniandeur  de  2^  classe  de  V ordre 
du  mérite  de  Philippe  le  magnanime.  Paris  et  Strasbourg  »  chez 
veuve  Berger-Levrault  et  61$ ,  1858.  4  vol.  iD-8«. 


Dans  le  siècle  dernier  on  avait  la  manie  de  généraliser,  de  cons- 
truire des  systèmes ,  d'établir  des  formules  philosophiques  et  reli- 
gieuses ,  la  plupart  «du  temps  sans  connaître ,  ex-professo ,  la  matière 
traitée.  Quant  à  nous  —  et  c'est  en  noire  honneur  que  je  le  dis ,  — 
nous  avons  bien  changé  nos  allures.  Si  jamais  il  fut  dans  le  monde 
scientifique  une  époque  où  les  études  de  détail ,  les  monographies  de 
toute  nature,  ont  dominé ,  c'est  bien  la  nôtre.  Mal  avisé  serait  celui , 
qui  oserait  en  face  d'un  public  sérieux  —  je  ne  parle  ai  des  auteurs 
ni  des  lecteurs  futiles  —  entamer  un  sujet  dont  il  n'aurait  point  étudié 
toutes'  les  parties  ;  malvenu  serait  l'écrivain  placé  sur  un  terrain  dont 
il  ne  connaîtrait  pas  à  fond  toutes  les  sinuosités.  Depuis  un  certain 
nombre  d'années  l'Allemagne  scientifique  a  donné  au  monde  savant 
l'exemple  de  ces  ouvrages  consciencieux ,  où  l'on  applique  au  travail 
intellectuel  le  principe  de  la  spécialité ,  qui  domine  dans  le  monde 
de  la  production  matérielle.  En  France ,  cet  exemple  est  plus  ou 
moins  suivi ,  sans  qu'il  soit  nécessaire  pour  cela  de  renoncer  à  la 
puissante  faculté  de  généralisation  et  de  déduction  »  qui  semble 
l'apanage  du  génie  français. 

Ces  réflexions  me  sont  suggérées  naturellement  par  la  monographie 
dont  j'ai  transcrit  le  titre  en  tête  de  ces  causeries,  c  Paupérisme  et 
bienfaisance  dans  le  Bas^Rhin  !  i  C'est  prendre  un  bien  petit  coin 
dans  le  vaste  et  saisissant  tableau  ,  qu'ofire  l'aspect  de  la  misère  sur 
le  globe  entier,  et  surtout  dans  la  vieille  Europe  centrale  !  Qu'est-ce 
que  le  Bas-Rhin,  un  seul  département  de  la  France,'  qu'est-ce  que  la 


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464  REVUE  D'ALSACE. 

ville  de  Strasbourg  avec  sa  médiocre  étendaei  en  face  de  ces  gigan- 
tesques capitales  plus  vastes  que  Niuive  et  que  Rome  impériale ,  en 
face  de  ces  métropoles ,  où  côte  à  côte  du  luxe  le  plus  effréoé\  les 
spectres  de  la  famine  •  de  la  honte  et  du  désespoir  se  sont  établis  à 
demeure  ,  et  où  le  bruit  de  l'orgie  »  le  roulement  des  carosses  »  les 
fanfares  du  bal  ne  peuvent  étouffer  les  cris  d'angoisse  ou  de  colère , 
qui  partent  de  ce  mondç  souterrain  du  prolétariat. 

Nous  n'en  sommes  point  là ,  Dieu  merci ,  dans  notre  bonne  terre 
d'Alsace.  Il  s'y  rencontre  »  comme  partout  »  de  grandes  souffrances  ; 
mais  on  peut  encore  les  sonder  sans  trop  de  découragement  ;  et  »  à 
voir  les  nombreuses  associations  destinées  à  lutter  avec  le  génie  du 
mal  ou  du  malheur,  il  est  permis  de  penser  que  quelques  larmes  y 
sont  taries  »  et  quelques  blessures  cicatrisées.  Le  premier  mérite  de 
l'ouvrage  de  M.  Reboul  est  celui  d'être  complet  dans  sa  sphère 
restreinte  ;  le  second  est  celui  d'être  franc.  Il  n'omet  rien  et  ii  ne 
cache  rien.  En  limitant  son  sujet,  lia  pu  le  dominer  sans  trop  de 
peine  ;  en  sondant  son  cœur»  il  y  a  trouvé  inscrit  le  devoir  de  tout 
dire. 

Pour  ne  rien  omettre  dans  un  sijyet ,  immense  en  dépit  du  terrain 
étroit  à  explorer^  l'auteur  de  c  Paupérisme  et  bienfaisance  dans  le 
Bas'Rhin,  t  s'est  adjoint  un  grand  nombre  de  collaborateurs.  Sa 
position  oflScielle  lui  en  fournissait  les  moyens.  Les  curés ,  les  pas- 
teurs ,  les  maires  du  département ,  les  présidents  ou  les  secrétaires 
des  institutions  de  bienfaisance  publique  ou  privée ,  ont  répondu  aux 
questions  posées  sur  la  situation  •  les  mœurs ,  le  chiffre  des  pauvres, 
dans  leurs  paroisses  et  leurs  communes;  à  l'aide  de  ces  données i  qui 
arrivaient  par  centaines,  et  que  M.  le  secrétaire  générai  a  comparées, 
rectifiées,  triées,  complétées,  a  été  composé  l'ouvrage  remarquable, 
dont  nous  entretenons  les  lecteurs  de  la  Revue ,  et  qui  vaudra  ,  nous 
en  sommes  sûrs ,  à  H.  Reboul ,  le  suffrage  de  tous  les  hommes  com- 
pétents. Si  l'honneur  principal  lui  en  revient,  lui-même  reportera  les 
éléments  du  succès  que  nous  lui  prédisons ,  à  ces  travailleurs  béné- 
voles ,  qui  ont  livré ,  chacun ,  des  chiffres  et  des  réflexions  à  ce  for- 
midable appareil  de  tableaux  statistiques ,  et  à  la  belle  et  philoso- 
phique préface  qui  leur  sert  à  la  fois  d'introduction  et  de  com- 
mentaire. 

Lorsqu'un  auteur  traite  une  question  littéraire ,  un  sujet  emprunté 
au  monde  de  la  fantaisie  9  ou  même  de  l'histoire ,  il  est  assez  facile 


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CAUSERIES  LITTÉRAIRES.  46S 

d'inspirer  de  l'iniérét  ;  les  sources ,  où  puise  le  poète ,  le  romancier» 
l'historien .  lui  donnent  des  forces ,  et ,  s'il  m'est  permis  de  me  ser- 
vir de  cette  expression ,  font  pousser  les  ailes  »  qui  doivent  l'enlever 
au-dessus  de  la  terre  ou  dans  le  domaine  du  passé ,  et  emporter  avec 
lui  ses  lecteurs  dans  une  région  où  disparaissent  les  préoccupations 
du  jour.  —  Captiver»  enlever  des  suffrages  par  un  sujet  abstrait  ou 
triste  et  désespérant  en  lui-même»  comme  l'est  celui  du  paupérisme  » 
voilà  une  tâche  plus  ardue.  Or  l'introduclion  »  écrite  par  l'auteur  de 
cette  statistique  de  la  bienfaisance  dans  le  Bas-Rhin  »  non -seulement 
se  lit  sans  fatigue  —  je  parle  toujours  des  lecteurs  sérieux  —  elle 
attache  par  une  exposition  lucide  du  sujet»  ainsi  formulé  :  c  Rapports 
du  paupérisme  avec  le  travail  »  et  devoirs  qui  en  découlent  pour  la 
bienfaisance  ;  >  elle  présente  de  plus  à  l'intelligence  un  aliment  subs- 
tantiel» par  des  considérations  à  la  fois  élevées  et  pratiques. 
M.  Reboul  n'a  pu  avoir  et  n'a  point  eu  la  prétention  de  construire  des 
théories  nouvelles»  et  de  trouver  sur  un  sujet  traité  depuis  vingt-cinq 
ans  dans  toutes  les  langues  de  l'Europe  »  des  idées  neuves  »  hardies  » 
qui  déchirent  comme  un  éclair  les  nuages  du  doute ,  et  ouvrent  sur 
l'avenir  des  échappées  de  vues  prophétiques.  Hais  il  a  su  grouper 
habilement  les  causes  du  paupérisme  »  toujours  en  se  bornant  au  sol 
même  du  Bas-Rhin  ;  et  c'est  »  nous  le  répétons  »  cette  patiente  inves- 
tigation de  la  misère  alsacienne  »  qui  fait  le  mérite  principal  de  l'ou- 
vrage. Jamais»  aussi»  la  partie  historique  des  établissements  de  bien- 
faisance »  à  Strasbourg  et  dans  le  département  »  n'a  été  traitée  d'une 
manière  aossi  complète ,  et  par  cela  même  aussi  remarquable. 

Et  ceci  nous  le  disons  nullement  à  titre  d'éloge.  Agir  autrement  » 
dans  la  position  occupée  par  l'auteur»  c'eût  été  un  manque  de  tact  et 
une  absence  de  sentiment  d'équité.  Lorsqu'on  se  mêle  par  devoir  ou 
par  goût»  d'écrire  sur  des  matières  aussi  graves  que  celles  de  la  misère 
publique  et  les  remèdes  à  appliquer  à  ce  mal  rongeur,  la  droiture 
dans  le  jugement  est  indispensable.  On  éprouve  une  irrésistible  salis- 
faction  à  signaler  les  bons  médecins  partout  où  ils  se  montrent  »  et  à 
compter  un  à  un  tous  les  travailleurs  dans  cette  œuvre  commune  » 
qu'ils  agissent  sous  la  loi  de  Moïse  ou  celle  du  Christ  »  et  même  sous 
l'empire  seul  de  cette  impulsion  instinctive  »  qui  dirige ,  selon  l'ex- 
pression de  l'auteur,  le  pas  du  bon  Samaritain  vers  le  malheureux 
étendu  sur  le  bord  de  la  route. 

Dans  une  société  fractionnée  comme  celle  d'Alsace  par  les  divisions 


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466  RETUB  D'ALSACB. 

du  culte  i  récrivain  qui  touche  à  la  question  de  la  diarité  publique , 
doit  »  à  moins  de  se  Taire  rbomme  d'un  parti  »  Tavocat  eiclusif  de 
telle  ou  telle  Eglise ,  se  borner  à  laisser  aux  faits  et  aui  chifirea  leur 
éloquence  naturelle  ;  il  mettra  le  lecteur  en  mesure  de  juger,  en  lui 
fournissant  des  matériaux  bien  coordonnés. 

Je  prendrai  la  liberté  d'user  de  cette  latitude  que  l'ouvrage  de 
M.  Reboul  me  laisse;  pour  en  donner  une  idée,  je  découperai 
presqu'au  basard  quelques  lignes  dans  ce  vaste  recueil  de  faits ,  et 
j'exprimerai  la  pensée  qu'elles  m'inspireou 

Au  chapitre  de  la  bienfaisance  privée,  je  vois  à  la  première  section 
du  chapitre  II  •  «  œuvres  catholiques  » ,  douze  articles  consacrés  à 
l'exposé  du  but  et  des  moyens  d'action  de  quinze  sociétés  de  bienfai- 
sance privée  •  telles  que  la  société  de  St.-yincent  de  Paul ,  de  St.- 
Joaeph ,  de  la  Providence ,  de  S*«-Elisabeth ,  etc.,  etc.  La  section 
suivante  •  traitant  des  œuvres  protestantes ,  énumère  dans  27  articles 
une  trentaine  d'associations  charitables  protestantes.  Or.  les  adhérents 
du  culte  protestant  forment  à  peine  le  tiers  des  habitants  du  Bas-Rhin , 
et  même  en  tenant  compte  de  cette  infériorité  de  chiffre ,  les  pauvres 
des  confessions  protestantes  sont  infiniment  moins  nombreux  que 
ceux  appartenant  à  l'Eglise  catholique.  Je  n'ai  point  à  examiner  ici 
les  causes  de  cette  disproportion ,  toute  à  l'avantage  de  la  société 
protestante.  Je  prétends  seulement  dire ,  que ,  le  prolétariat  protes- 
.  tant  étant  bien  moins  considérable  que  le  prolétariat  catholique , 
il  semble  qu'un  nombre  plus  restreint  d'associations  charitables 
devrait  suffire  aux  besoins  physiques  et  moraux  de  la  classe  protes- 
tante dépourvue  de  moyens  de  subsistances ,  ou  de  nourriture  intel- 
lectuelle et  religieuse.  Or,  la  simple  énumération ,  telle  que  je  l'ai 
indiquée,  donne,  sous  la  rubrique  protestante,  deux  fois  plus  d'asso- 
ciations de  bienfaisance  que  pour  le  culte  catholique. 

Qu'est-ce  à  dire?....  la  charité  serait-elle  plus  active ,  plus  ingé- 
nieuse» plus  pratique  chez  les  protestants  d'Alsace?....  embrasserait- 
elle  ,  dans  sa  prévoyance ,  un  plus  grand  nombre  de  malheurs  ?  les 
nuances  de  la  douleur  privée  qui  se  cache  loin  des  yeux  de  la  foule , 
seraient-elles  mieux  révélées  aux  uns  qu'aux  autres?  les  philantropes 
protesunts  auraient-ils  des  moyens  d'action  plus  certains,  plus  variés 
que  les  membres  des  associations  catholiques  ? 

A  dieu  ne  plaise  ;  ce  serait  pour  ces  dernières  un  sujet  dé  bUme 
•t  de  comparaison  désavantageuse ,  qu'elles  n'accepteraient  point , 


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CAUSERIES  LITTÉRAIRES.  467 

OU  qu'elles  s'efforceraient,  au  besoin,  de  prévenir,  en  comblant  les 
lacunes  qui  leur  seraient  signalées  dans  leur  système. 

Mais  là  ne  git  point  la  cause  de  cette  notable  disproportion  dans  le 
chiffre  comparé  des  étabissements  charitables  des  deux  cultes. 
Il  est  d'abord  un  genre  d'infortunes,  qui  demeure  spécialement 
réservé  à  l'Eglise  protestante  ;  c'est  la  classe,  d'ailleurs  si  digne  d'in- 
térêt ,  des  veuves  de  pasteurs.  Le  célibat  des  prêtres  élevé  à  l'état 
d'institution  à  la  fois  religieuse  et  politique ,  dispense  les  6dèle8  de 
l'Eglise  romaine  de  pourvoir  au  sort  de  la  famille  de  ses  ministres. 
C'est  un  immense ,  un  Incontestable  avantage.  Mais ,  ce  point  admis , 
pourquoi  la  caisse  de  secours  en  faveur  des  veuves  de  pasteurs  protes- 
tants n'est-elle  point,  par  exemple,  réunie  à  la  caisse  de  l'éméritat  des 
pasteurs?  et,  en  supposant  que  ce  soit  impossible,  en  vue  d'une 
bonne  gestion  d'intérêts  distincts,  pourquoi  deux  sociétés  de  secours , 
une  pour  les  veuves  de  pasteurs  protestants  ,  à  Strasbourg ,  et  une 
autre  pour  les  veuves  et  orphelins  d'ecclésiastiques  de  la  confession 
d'Ângsbourg  en  Francet  n'y  a-t-il  point  là  uhe  regrettable  dissémi- 
nation de  force  et  de  moyens  d'action  ? 

Et  cette  observation  timide ,  indirecte ,  que  l'on  serait  tenté  d'a- 
dresser aux  fondateurs  de  ces  sociétés  diverses ,  ne  pourrait-on  pas 
la  répéter,  lorsque  dans  la  suite  des  mêmes  têtes  de  chapitre  on 
trouve  une  fondation  Blesstg ,  à  Strasbourg ,  destinée  à  faire  élever 
des  enfants  orphelins  dans  des  maisons  chrétiennes?  et  une  associa- 
tion évangélique  en  faveur  des  enfants  pauvres  à  Strasbourg?  N'y 
a-t-il  point  là  un  but  à  peu  près  identique  ,  poursuivi  par  deux  so- 
ciétés séparées?  la  fondation  Blessig  ne  serait-elle,  par  hasard,  point 
évangélique?  Certes  non,  puisqu'elle «st  destinée  à  l'éducation  d'en- 
fants privés  de  père  et  de  mère  dans  des  familles  chrétiennes  ?  ou 
bien  l'association  évangélique  appliquerait-elle ,  à  l'éducation  des  en- 
fants pauvres ,  des  principes  différents ,  opposés  à  ceux  qui  consti- 
tuent la  fondation  Blessig?  --  Je  le  répète,  les  questions  posées 
n'impliquent  point  une  critique ,  ni  contre  les  fondateurs ,  ni  contre 
les  exécuteurs  des  statuts.  Ce  serait  un  véritable  péché,  en  face 
d'œuvres  de  charité ,  sous  quelque  nom  qu'elles  se  présentent ,  et 
quelque  but  qu'elles  poursuivent.  Il  y  aurait  là  un  luxe  de  charité  , 
qu'il  faudrait  encore  l'encourager.  Mais  les  doutes  sur  la  distribution 
plus  ou  moins  avantageuse  des  moyens  d'action  doivent  être  permis. 
—  Or,  comment  ne  pas  reproduire  la  même  question,  lorsqu'un 


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168  REVUS  D'àLSàCS. 

peu  plas  loin  »  je  trouve  une.c  société  Privée  de  bienfaisance  pour  les 
pauvres  honteux ,  >  et  une  c  société  des  amis  des  pauvres  à  Stras- 
bourg. >  Ce  sont  là  évidemment  des  associations  qui  pourraient  avec 
avantage  être  fondues  en  une  seule,  et  doubler  leurs  moyens  d'action 
par  la  concentration  des  forces. 

Encore  quelques  lignes  plus  loin ,  je  vois  c  une  mission  intérieure  », 
se  subdivisant  en  société  pour  la  propagation  de  l'instruction  morale 
et  religieuse  à  Strasbourg ,  et  en  société  de  patronage  en  faveur  des 
familles  indigentes  à  Strasbourg.  Je  comprends  sans  peine  cette  sub- 
division de  travail ,  quoique  je  ne  voie  pas  la  nécessité  absolue  d'une 
séparation  en  deux  sociétés  de  ce  qui  pourrait  jse  faire  sous  une  seule 
et  même  direction.  Mais  comment  expliquer,  encore  quelques  lignes 
plus  loin ,  une  c  société  auxiliaire  de  dames  pour  la  confection  de 
vêtements ,  destinés  aux  protestants  disséminés ,  pauvres ,  et  visités 
par  la  société  d'évangélisation  à  Strasbourg?  i  Cette  spécialité  sorti- 
rait-elle du  cadre  de  la  mission  intérieure ,  dont  il  a  été  question  plus 
haut  ?  formerait-elle  un  département  tellement  distinct ,  qu'elle  ne 
puisse  être  fondue  dans  le  grand  tout  de  moralisation  et  d'adoucis- 
sement de  misère,  que  la  société  de  la  mission  intérieure  porte 
inscrit  sur  son  drapeau  ? 

La  c  société  de  patronage  à  Strasbourg  pour  Tamélioration  des 
détenues  protestantes  dans  les  prisons  du  Bas-Rbin  i  ne  trouve-t-elle 
pas  naturellement  sa  place  dans  la  mission  intérieure  ?  n'est-elle  pas 
une  branche  de  l'arbre  de  charité  qui  essaie  de  couvrir  de  son  ombre 
et  de  nourrir  de  ses  fruits  les  déshérités ,  les  pauvres  de  corps  et 
d'esprit? 

Il  y  a  donc  là ,  ce  me  semble ,  un  dédoublement  parfois  désavan- 
tageux ,  et  auquel  il  serait  facile  de  porter  remède ,  s'il  ne  trouvait 
sa  raison  d'être  dans  le  fractionnement  de  l'église  protestante  •  qui 
donne  naissance  à  ces  subdivisions  subtiles  dans  une  œuvre ,  où  tons 
les  cœurs  et  toutes  les  mains  devraient  agir  sous  l'empire  d'une  seule 
et  même  pensée ,  d'une  seule  et  même  impulsion. 

Je  voudrais  me  tromper;  mais  la  découverte  d'une  nouvelle  et 
dernière  rubrique  confirme  les  doutes  que  j'exprime.  L'article  XXV 
porte  :  Œuvres  charitables  des  vieux  luthériens  à  Strasbourg?  œuvres 
qui  se  subdivisent  en  trois  espèces  distinctes ,  contre  lesquelles  je 
n'élèverais  aucune  objection  et  qui  seraient  parfaitement  fondées ,  si 
le  parti  religieux  que  porte  sur  sa  bannière,  le  titre  de  c  luthériens  > 


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GÀUâBRlBS  LITTÉRAIRES.  460 

par  excelleace ,  avait  une  aërieuse  raison  d'être,  et  sll  ne  constituait 
dans  une  église  déjà  intérieurement  scindée ,  un  nouvel  élément  de 
séparation. 

J'ai  hâte  d'ajouter  que  Je  n'ignore  point  que  ce  fractionnement  est 
inévitable  partout  où  règne  la  liberté,  et  qu'il  faut  l'avouer*  l'accepter 
franchement  comme  on  accepte  un  revers  de  monnaie.  Pourvu  que 
la  grande  œuvre  de  charité  s'accomplisse ,  et  que  celui  qui  donne , 
le  fasse  librement,  à  son  gré.  Il  importe  moins  de  sauver  un  principe 
d'économie  politique ,  qui  veut  »  en  tout  état  de  cause ,  la  répartition 
régulière  des  ressources  ;  l'essentiel  c'est  d'opérer,  de  faire  le  bien  ;  sans 
contraindre  les  consciences  par  une  fusion  d'éléments  antipathiques. 

Je  crois  donc  avoir  trouvé ,  à  la  simple  lecture  de  quelques  létes 
de  chapitre  de  c  Paupérisme  et  bienfaisance  dans  le  Bas-Rhin  >,  une 
cause  réelle  de  la  singulière  disproportion  entre  les  sociétés  chari- 
tables des  deux  cultes ,  considérées  au  point  de  vue  de  leur  insiitu* 
tion  primitive  et  du  but  qu'elles  poursuivent.  H.  Reboul  ne  le  dit 
point,  et  ne  le  donne  point  à  entendre  ;  ce  n'était  point  son  but.  liais 
tout  lecteur  attentif,  en  examinant  de  près  les  tableaux  qui  consti* 
tuent  le  fond  du  travail  de  M.  le  secrétaire*général  du  Bas-Rhin , 
pourra  déduire  de  ce  vaste  appareil  de  chiffres ,  telle  conséquence 
qui  souvent  n'a  pas  dû  être  «dans  la  pensée  du  collecteur.  Tel  est  le 
caractère  propre  de  tout  ouvrage  de  statistique ,  en  le  supposant 
aussi  bien  disposé»  que  celui,  dont  nous  annonçons  la  publication  en 
ce  moment  ;  ces  recueils  livrent  à  la  réflexion  les  matériaux,  sur  les- 
quels on  lui  permet  d'exercer  son  activité  ;  comme  le  joueur  d'un 
instrument  de  musique  use  à  son  gré  de  l'embouchure  ou  des  cordes 
harmonieuses ,  que  le  facteur  a  remises  entre  ses  mains. 

Avant  de  faire  de  l'ouvrage  c  Sur  le  paupérisme  dans  le  Bas-Rhin  > 
le  sujet  d'un  entrelien  avec  les  lecteurs  de  la  Berne  d'Alsace ,  j'ai 
éprouvé  quelqu'hésitalion.  Je  me  suis  demandé  s'il  était  bienséant  de 
signer  de  mon  nom  des  réflexions  sur  un  écrit ,  sorti  de  la  plume 
d'un  homme ,  auquel  m'unissent  les  liens  d'une  vieille  amitié ,  et  qui 
est  placé  au-dessus  de  moi  dans  l'échelle  hiérarchique  de  l'admini- 
stration. Ne  serait-on  pas  en  droit  de  suspecter  l'indépendance  de 
mon  jugement ,  et  la  liberté  de  mes  allures?...  J'aime  à  me  flatter 
que  le  petit  nombre  de  personnes  qui  auront  jeté  les  yeux  sur  ces 
pages  perdues ,  rendront  justice  à  l'absence  de  toute  préoccupation 
personnelle ,  qui  les  caractérise.  Si  j'avais  eu  l'intention  de  me  rendre 


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470  KBYUE  D*AL8àCB. 

agréable,  soie  a  l'auteur,  soii  aux  lecteurs  qu'il  a  déjà-rencontrés» 
j'aurais  essayé  de  penser  ei  d'écrire  d'une  manière  toute  difTéreate. 
—  En  dernière  analyse ,  je  ne  vois  pas ,  pourquoi  il  serait  défendu  » 
en  face  de  l'indifférence  avec  laquelle  le  grand  public  accaeilled'babi- 
lude  les  productions  sérieuses ,  de  dire  le  bien  qae  l'on  pense  de 
l'œuvre  d'un  ami  :  je  ne  vois  pas  pourquoi  une  appréciation  hostile 
serait  seule  admise  en  face  d'un  auteur,  dont  vous  connaissez  la  peo^ 
sée  ,  et  lorsque  vous  lui  réservez  à  lui-^roéme  toute  latitude  de  cri- 
tique ,  s'il  était  tenté  d'appliquer  à  vos  propres  élucubrations  la  verve 
de  son  esprit  ou  la  sévérité  de  son  jugement. 

L.  Spach, 

Archiviite  dn  Bis-Rliin. 


CORRESPONDANCE. 

Au  Directeur  de  la  Revue  i* Alsace. 
Monsieur  » 

Permettez-moi  de  me  servir  de  ta  publicité  de  la  Revt^  et  Alsace 
pour  répondre  au  Rapport  que  M.  Delbos  a  présenté  à  la  Société 
tnrfiM(rte//6  de  Mulhouse ,  stir  ma  Flore  d'Alsace;  rapport  dont  les 
conclusions  m'honorent  d'une  médaille  d'argent.  Ce  rapport  est  inséré 
dans  \e  Bulletin  de  la  Société  industrielle,  n<*  444,  p.  37. 

Ne  pouvant  publier  cette  réponse  dans  le  Bulletin ,  j'ai  pris  la  liberté 
d'avoir  recours  ù  votre  bienveillance  connue  ! 

Je  crois ,  d'ailleurs ,  qu'il  est  bon  que  les  auteurs  jugés  puissent 
trouver,  dans  votre  recueil,  une  tribune  du  haut  de  laquelle  il 
leur  soit  permis  d'apprécier^  à  leur  tour  et  à  leur  point  de  vue ,  les 
opinions  et  les  arguments  d'un  rapporteur  ou  d'un  critique. 


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C0BRE8P0AIUNCE.  411 

En  général .  je  n*ai  qn*à  me  louer  des  procédés  de  M.  Delbof  4 
mon  égard.  Néanmoins»  il  y  a  quelques  points  que  j'aime  à  ditcoter 
avechii. 

M.  D.  commence  son  rapport  par  l'examen  des  limites  de  l'Alsace. 
11  cite  le  passage  de  l'introduction  qui  détermine  ces  limites.  *-  Je  dis 
que  V Alsace  actuelle  se  compose  exclusivement  des  deux  départements 
du  Rhin  ;  mais  que  les  bornes  administratives  ne  pouvaient  pas  me 
convenir  comme  limites  d'une  Flore  i'Âhace  et  qu'il  me  fallait  un 
domaine  plus  large ,  fourni  par  la  nature  orograpbique  et  géologique 
de  notre  sol ,  et  en  harmonie  avec  mes  moyens  d'exploration. 

Ce  qui  nous  intéresse  dans  une  flore  »  c'est  d'y  trouver  des  simili- 
tudes et  jdes  contrastes  fournis  par  les  divers  accidents  du  sol. 

Or,  YAUace  réduite  aux  deux  départements  du  Rhin  ne  me 
présentait  pas  assez  de  contrastes  et  ne  me  fournissait  pas  la  preuve 
de  similitudes  nombreuses.  Ainsi  il  fallait  montrer  que  la  flore  du 
système  vosgien  était  »  à  des  altitudes  égales ,  la  même  partout»  au  Nord 
comme  au  Sud ,  à  l'Est  comme  à  l'Ouest.  Il  était  absolument  néoes- 
saire  d'admettre  tout  le  système  des  Vosges  ;  tous  ses  chatnmis  » 
situés  dans  la  Haute-Saône  »  les  Vosges  »  la  Meurlhe ,  la  Moselle ,  la 
Bavière  et  la  Prusse  rhénanes»  afin  de  montrer  la  conformité  de  la 
végétation  dans  toutes  les  parties  de  notre  magnifique  chaîne  de 
montagnes.  Le  Haut -Rhin  appartient  pour  une  grande  partie  de  sa 
région  méridionale  (connue  sous  le  nom  de  Sanàgau)  au  système 
jurassique,  ofihint  dans  sa  végétation  des  contrastes  remarquables  et 
frappauts  avec  celle  des  Vosges;  contrastes  que  nous  avions  déjà 
signalés  en  1842»  mais  que  M.  Thurmann  a  fait  connaître  de  la  manière 
la  plus  saisissante  en  1848.  Le  versant  septentrional  du  Jura  sund- 
govien  nous  présente  le  bassin  de  l'Ill  (la  Largue  y  comprise)  ;  le 
côté  méridional  verse  ses  eaux  dans  la  Lucelle  (qui  se  jette  dans  la 
Birse)  et  dans  l'Alaine  qui  »  après  avoir  passé  par  Poreotruy  et  Délie  » 
va  se  réunir  au  Doubs  (près  de  Hontbéliard)  à  Voujaucourt^ 

On  se  rappellera  que  l'ancien  département  du  Mont-Terrible  fut 
réuni  »  sous  le  I"^  Empire ,  au  département  du  Haut-Rhin  ;  c'était  une 
raison  de  plus  »  en-dehors  des  motifs  géologiques  et  géographîco- 
botaniques  »  d'englober  les  anciens  arrondissements  de  Porentruy  et 
de  Delémont  dans  le  domaine  de  notre  flore.  Toutefois  nous  avoua  agi 
principalement  dans  le  but  de  montrer  le  contraste  entre  la  flore  juras- 
sique alpezire  et  montagneuse,  et  celle  des  Vosges  à  des  altitudes  de  800 


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472  REYUB  D'ALSACE. 

à  i,400  mètres;  le  Jura  sundgovien  seal  étant  trop  restreint.  Restait  le 
Schwarizwald  et  la  rive  droite  du  Rhin  ,  depuis  Bâie  jusqu'à  Mann- 
heim.  Ici  des  critiques  gaulois  pourraient  parfaitement  eicercer  leor 
piume  spirituelle  et  nous  objecter  :  Qu'aviez-vous  à  faire  au-delà  des 
limites  de  la  France?  Pourquoi  passez-vous  le  Rhin?  ce  fleuve  est  une 
limite  très-naturelle,  très-tranchée!  —  Je  répondrais  à  roonGauIob: 
Cher  ami»  votre  patriotisme  vous  emporte  et  vous  fait  dire  des 
sottises.  Voyez -vous  cette  belle  chaîne  de  montagnes  d'un  bien 
tellement  foncé  qu'elles  ont  paru  noirei  à  certains  yeux  ;  pour  cette 
raison  on  Ta  appelée  la  Forii^Noire  (Schwarzwalà)  ;  vous  le  voyez  • 
cette  chaîne  est  parallèle  aux  Vosges  !  Entre  ces  deux  sœurs  rivales 
coule  le  plus  magnifique  fleuve  de  l'Europe.  Le  Schwarzvirald  est  donc  « 
depuis  Lœrrach  jusqu'à  Heidelberg ,  l'encadrement  du  côté  droit  de 
la  vallée  rhénane  »  tandis  que  les  Vosges  dessinent  les  contours  de 
cette  vallée  sur  le  flanc  gauche.  La  végétation  est  presqu'Identique 
dans  les  deux  chaînes.  Un  seul  point  dans  le  Schwarwald  est  plus 
élevé  (de  80  mètres)  que  le  Ballon  de  Souitz ,  la  cime  la  plus  haute 
des  Vosges.  Cela  explique  la  présence  au  Feldberg  de  quelques  plantes 
alpestres  qui  manquent  à  nos  montagnes. 

Cette  similitude  frappante  devait  être  signalée  au  botaniste  alsacien 
qui»  certes»  n'oubliera  pas  de  faire  de  nombreuses  visites  au  Schwarz- 
vrald  ;  il  fallait  lui  indiquer  les  ressemblances  et  les  rares  dissem- 
blances. Il  fallait  encore  lui  parler  du  KaisersthuI  auquel  on  arrive  en 
beaucoup  moins  de  temps  qu'au  Ballon  de  Souitz;  et  que  les  habitants 
de  r Alace .  entre  Colmar  et  Schlestadt  »  ont  journellement  devant  leurs 
yeux.  Colline  admirable»  aux  points  de  vue  pittoresque,  botanique, 
agricole  »  géologique  et  minéralogique. 

Voilà  donc  nofr^  domaine  floral.  Nous  convenons  que  les  extrémités 
ne  sont  pas  tirées  au  cordeau  »  ni  découpées  à  l'emporte-pièce  !  C'est 
à  peu  près  le  panorama  du  Hohneck  (moins  les  Alpes)  qui  constitue 
notre  champ  d'étude  ;  il  est  vaste .  mais  il  est  naturel  ;  il  nous  ofijre 
des  contrastes  intéressants  »  et  des  similitudes  plus  intéressantes 
encore.  Certes...  il  ne  mérite  pas  répitbèted'ilbafîftte,  d'une  manière 
absolue  et  exclusive  ;  aussi  »  avons-nous  ajouté  au  titre  de  notre 
Flore  d^ Alsace  :  et  des  contrées  limitrophes, 

.  M.  Delbos  regrette  le  vague  de  ces  limites  !  Dans  son  opinion  une 
flore  devrait  se  borner  à  l'énuroération  des  plantes  d'une  région 
naturelle  (c'est  aussi  notre  opinion).  Pour  constituer  une .  région 


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CORRESPONDANCE.  47S 

DatareHe»  M.  Delbps  noas  construit  une  Alsice  à  sa  façon,  c  L'Alsace , 
dit-il,  coosidérée  dans  son  acception  la  plus  étendue»  est  cette  éiraile 
et  longue  plaioe ,  arrosée  par  le  RUn  qui  commence  au  pied  du  Jura 
de  Belfort  à  Bâie  et  se  prolonge  au  NordjusqrCau  Taunw  el  aux  eimroni 
de  Wetzlar,  bornée  à  VOuen  par  les  Vosges  et  le  Hundsruck  ,  à  Y  Est 
par  le  Schwarxwald ,  et  puis  à  pariir  de  Baden  par  Us  terrains  iriu' 
siques  jusqu'à  Aschaffenburg*  >  —  Respirons  un  peu  !  Ah!  si  nous 
avions  admis  ces  limites  pour  notre  Alsace ,  que  les  Allemands  nous 
seraient  tombés  dessus  l  cette  expression  vulgaire  est  encore  trop  peu 
énergique  !  On  nous  aurait  fustigé  jusqu'au  sang  et  avec  raison  ! 
Le  domaine  que  vous  nous  proposez  aurait  pu  porter  le  nom  de  : 
Flore  rhénane  depuis  B Aie  jusqu'à  Coblence  ou  Cologne  et  de  tous  les 
affluents  du  Rhin  entres  ces  villes  (bassins  du  Neckar  et  du  Hein ,  y 
compris).  Mais  conserver  (même  vaguement)  pour  un  domaine 
semblable  le  nom  d'iifaace,  étendre  celte  province  jusqu'à  Wetzlar 
et  Asehaffenburg ,  c'eût  été  annuler  d'un  trait  de  plume  ,  les 
deux  Hesses  »  le  duché  de  Nassau ,  la  ville  libre  de  Francfort  et 
plusieurs  autres  petites  principautés  germaniques.  Savez- vous  bien 
où  est  situé  Wetzlar?  à  75  kilomètres  Est  du  Rhin ,  à  55  kilom.  Nord 
de  Francfort  »  à  iO  kilom.  Ouest  de  Giessen  !  Savez*vous  bien  ce  que 
c'est  que  le  Hundsruck ,  que  vous  placez  à  l'Ouest  de  votre  plaine 
d'Alsace?  C'est  tout  le  système  de  montagnes  (Grauwacke)  situé  dans 
l'angle  formé  par  le  Rhin  et  la  Moselle  entre  Trêves ,  Mayence  et  Co- 
blence; système  qui  »  sur  la  rive  droite»  s'appelle  le  Taunus  et  le 
Westerwald,  au  pied  oriental  duquel  est  situé  Wetzlar.  —  Et  vous  vou- 
lez qu'un  botaniste  alsacien  s'occupe  de  la  flore  de  ces  régions  lointaines 
(d'ailleurs  parfaitement  étudiées  par  Wirtgen»  Bogenhardt,  Lôhr; 
Fresenius,  etc.,  etc.»  dans  leurs  Flores  respectives).  Je  n'ai  jamais  mis 
le  pied  ni  sur  le  Hundsruck .  ni  sur  le  Taunus  »  ni  sur  l'Odenwald.  — 
Non  »  M.  Delbos  !  l'Alsace  n'a  rien  à  voir  ni  à  Wetzlar»  ni  à  Asehaf- 
fenburg ,  ni  au  l'aunus  »  ni  au  Hundsruck  »  ni  à  l'Odenwald^  ni  même 
au  systè  me  houillier  à  Saarbrûck. 

L'Alsace,  au  point  de  vue  phytostatique  et  dans  sa  plus  vaste 
acception  »  ne  peut  aller  aa  Nord  que  jusqu'à  la  fin  du  Grès  Vosgien], 
près  de  Kaiserslautern.  Les  Allemands  accordent  ceci  aux  botanistes 
de  l'Alsace»  comme  dernière  limite.  Ils  ne  nous  permettent  pas 
d'aller  jusqu'au  Mont-Tonnerre  (conglomerat-porpbyrique)»  ni  jusqu'au 
calcaire-tertiaire  entre  Mayence  et  Dûrkheim.  On  nous  accordera 


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474  EKYDB  D'AUiCB. 

encore»  qaoîque  avec  répognaoce,  les  plaines  rhénanes  situées  entre 
Landaa,  Wîssemboorg,  Lanterboarg  el  Germersheim ,  que  l'on  a 
détachées  en  4815  du  département  du  Bas-Rhin.  Telles  sont  les 
limites  extrêmes  an  Nord  que  nous  avons  osé  revendiquer  comme 
faisant  partie  de  notre  domaine  fioral.  Aller  plus  loin  eût  été  plus  que 
téméraire. 

Arrivons  aux  limites  méridionales.  M.  Delbos  parle  ici  d'une  Abace 
française,  ayant  pour  limites  les  derniers  contreforts  du  Jura  au  Midi^ 
le  Rhm  à  VEn,  les  Vosges  cristallines  à  l'Ouest.  Qu'appelez -vous 
Y  Alsace  française?  Probablement  celle  où  le  peuple  parie  français  ou 
patois  !  Eh  bien ,  encore  ici ,  vos  limites  de  cette  Alsace  française 
sont  peu  conformes  à  la  vérité ,  et  je  doute  fort  que  vous  l'ayez  jamais 
parcourue  autrement  qu'en  chemin  de  fer  ou  en  diligence.  Les  limites 
de  cette  Alsace  française  sont  celles  des  bassins  de  la  Savoureuse  et 
de  l'Allaine.  Partout  ailleurs  c'est  le  plus  détestable  patois  allemand 
que  l'on  parle ,  surtout  entre  Ferrette  »  Buningue  et  Dannemarie.  Il 
nous  était  impossible  de  ne  pas  nous  occuper  de  la  ek>re  du  Jura 
sundgovien  et  même  du  Jura  dulmsien.  Le  premier,  au  point  de  vue 
historique  et  administratif»  fait  partie  du  Haut^Rhin.  De  plus  »  il  bk 
un  curieux  contraste  avec  nos  Vosges.  Quant  aux  Vosges  lorraines 
nous  ne  pouvions  pas  ne  pas  en  parler»  ni  renvoyer  nos  lecteurs  i 
M.  Godron  »  ni  forcer  le  botaniste  alsacien,  voyageant  dans  les  Vosges 
lorraines»  à  porter  deux  Flores  dans  sa  gibecière. 

M.  Godron  »  dans  sa  Flore  lorraine»  a»  d'ailleurs ,  négligé  une  foule 
de  considérations  dont  il  nous  a  paru  important  de  parier.  *— 
M.  Delbos ,  enfin  »  croit  que  nous  aurions  dû  noter»  par  un  signe 
typographique  »  les  espèces  se  trouvant  dans  les  limites  de  l'Alsace 
réelle.  Or»  nous  avons  toujours  indiqué»  dans  la  partie  phytostatique  » 
l'aire  d'extension  d'espèce  ;  en  sorte  que  le  lecteur  est  prévenu  ; 
d'ailleurs  »  dans  la  3*  partie  (qui  va  paraître)  nous  avons  catalogué  toutes 
les  espèces  contrastantes. 

En  résumé  »  les  prétendues  limites  naturelles  que  nous  propose 
M.  Delbos  sont  infiniment  plus  arbitraires  que  les  nôtres  »  que  nous 
n'avons  admises»  d'ailleurs»  qu'après  mutre  délibération.  En  prenant 
Strasbourg  pour  centre  nous  avons  admis  un  rayon  d'environ  de  120  à 
iSO  kilom.  vers  le  Nord  «  le  Sud  et  l'Ouest  ;  vers  l'Est ,  le  rayon  n*est 
que  de  50  kilom.  ;  les  bassins  du  Danube  et  du  Neckar  ayant  été  rejetés 
de  notre  champ  d'étude. 


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CaRBBSPONDAMGB.  47K 

Nôas  passons  à  d'antres  considéraiiotts.  M.  Deibos  a  {larfaitement 
raison  de  nous  reprocher  nn  manque  d'ensemble  dans  l'éiaboraUon 
du  i*'  vol.;  nous  avons  même  indiqué  franchement  ce  défaut»  et  nous 
avons  dit  que  c'était  la  partie  faible  et  vulnérable  de  l'ouvrage.  Je 
passe  condamnation ,  et  je  fais  mon  mea  culpa ,  avec  la  contrition  la 
plus  complète.  Il  a  fallu ,  dans  les  addenda ,  ajouter  une  foule  dô 
choses  qui  auraient  dft  faire  partie  du  texte.  Je  conviens,  au  surplus, 
qu'au  commencement,  je  n'avais  pas  encore  entre  mes  mains  les 
trésors  littéraires  qui ,  plus  tard  •  sont  venus  en  foule  s'accumuler 
sur  mon  bureau  !  Plusieurs  de  ces  trésors  étaient  enfouis  assez  profon* 
dément;  il  a  fallu  en  secouer  la  poussière  séculaire  ;  d'autres  ne  m'ont 
été  révélés  que  pendant  le  cours  de  la  publication  ;  de  là ,  une  foule 
dlnégalités  et  de  soubresauts  que  je  regrette  infiniment  aujourd'hui. 
Quand  je  pense  à  la  masse  énorme  du  matériel ,  qui  trop  souvent 
menaçait  de  m'écraser  ou  de  m'intimider,  je  m'étonne  maintenant 
que  je  n'aie  pas  succombé  à  la  peine, 

M.  D.  nous  donne  la  flore  parisienne  de  MM.  Cosson  et  Germain 
comme  un  modèle  typographique  à  suivre.  MM.  Cosson  et  Germain 
ont  eu  l'avantage  d'imprimer  à  Paris,  d'avoir  un  éditeur  habile.  Or, 
je  n'ai  pas  eu  d'éditeur  ;  généralement  nos  libraires  de  province  ne 
brillent  pas  par  le  courage ,  Ils  veulent  bien  profiter  de  vos  lubeurs, 
mais  ils  ne  vous  soutiennent  pas  ;  ils  sont ,  avant  toot ,  commerçants. 
Or»  M.  V.  Masson,  l'éditeur  de  MM.  C.  et  G.»  est  un  libraire 
rompu  aux  affaires  !  Les  imprimeurs  de  Paris  sont  fournis  admiraUe- 
meot  de  toutes  sortes  de  caractères  ;  il  y  a  là  des  protes  intelligents  et 
expérimentés.  Tout  cela  m'a  fait  défaut  ù  Strasbourg.  On  y  a  mis  tout 
le  zèle  et  toute  la  bonne  volonté  possibles  et  nous  avons  fait  tout  ce 
qui  était  dans  nos  petits  moyens.  —  C'est  là  mon  excuse  quand  en 
me  reproche  que  la  disposition  des  tableaux,  le  choix  des  caractères , 
la  composition  des  titres ,  etc.,  etc.,  laHfent  beaucoup  à  désirer»  Oh  ! 
j'en  conviens  parfaitement  I  ^ 

M.  D.  croit  que  j'aurais  dû  faire  comme  MM.  Cosson  et  Germain  , 
et  publier  les  analyses  dans  un  livre  à  part.  Tout  cela  m'aurait  coûté 
un  milier  de  francs  de  plus.  On  aurait  acheté  ce  c  poni  d'âne  >  et  le 
travail  sérieux  aurait  eu  le  temps  de  moisir. 

M.  Deibos  a  raison  de  dire  que  le  trop  riche  ou  trop  lourd 
addenda  rend  l'usage  de  la  flore  d'Alsace  un  peu  pénible.  J'en  con- 
viens ,  déjà  dans  la  préface ,  et  s'il  m'est  demie  de  publier  une  2« 


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476  REVtB  D'ALSACE. 

édition  du  1^'  volume,  les  considérations  éparpillées  dans  les  addenda 
seront  intercalées  dans  le  texte. 

M.  D.  aborde  ensuite  le  système  ou  la  méthode  suivis  dans  la  Flore 
SAlsace. 

Nous  trouvons  qu'ici  M.  D.  se  donne  beaucoup  trop  de  peine  pour 
nous  montrer  des  lacunes,  des  erreurs ,  des  choix  malheureux  »  des 
classes  inég^ales  ;  des  subordinations  arbitraires  ;  que  sais-je  encore? 
Rien  de  plus  facile  que  de  faire  de  la  critique  à  ce  point  de  vue.  Nous 
avons  déclaré  d'avance  que  nous  n'avions  pas  la  moindre  prétention.à 
la  nouveauté  »  que  nous  avions  modifié  le  système  de  Decandolle  par 
quelques  lambeaux  arrachés  à  Endiicher  ;  nous  aurions  pu  ajouter 
que  nous  avons  puisé  quelques  données  chez  Grisebach ,  Perleb^  Bart- 
ling,  Spenner,  Reicbenbach.  Nous  avons  fait  des  emprunts  par-ci  par- 
là  9  et  nous  avons  érigé  un  petit  système  qui  n'a  d'autre  but  que  de 
faciliter  aux  élèves  l'étude  de  la  subordination  des  caratères  généraux. 

Nous  n'imposons  à  personne  cet  essai  modeste  qui  n'est  même 
applicable  qu'à  la  flore  rhénane.  M.  Delbos»  à  en  juger  par  son 
rapport,  connaît  très-bien  l'histoire  des  systèmes  et  méthodes  depuis 
Jussieu ,  surtout  en  France;  il  connaît  les  Nexus  plantarum  de  Lindlbt, 
et  VEnchirMon  n'ENnucHER  ;  et  il  doit  être  arrivé  à  la  conviction 
que  tous  les  systèmes  modernes  se  valent  à  peu-près. 

Je  défends  la  subordination  des  familles  à  un  chef  immédiatement 
supérieur,  que  j'appelle  Ordre  et  qn'EndIicher  à  nommé  Classis  t  Mes 
ordres  sont  en  général  ceux  de  Bartling  et  de  Spenner;  et  puis,  j'ai 
subordonné  les  Ordres  aux  Classes  qui  sont  les  subdivisions  d'End- 
licber.  La  série  candoUéenne  ou  kochienne  m'a  paru,  en  général ,  peu 
satisfaisante  ,  quoique  la  plus  généralement  admise. 

M.  Delbos  a  eu  l'extrême  bonté  de  résumer  en  tableau  mon  petit 
système  ;  chose  que  je  n'ai||f3s  faite  d'une  manière  aussi  complète , 
aussi  synoptique  que  lui.  Encore  une  fois  »  c'est  une  partie  à  laquelle 
je  ne  liens  pas  ;  je  n'ai  pas  d'entrailles  de  père  pour  elle.  Avec  Gœthe 
j'ai  pour  principe  que  la  nature  n'a  point  de  système  (i)!  c'est 
Thorome  qui  en  a  besoin ,  comme  le  perclus  a  besoin  de  béquilles.  — * 
Certainement  il  faut  un  ordre  logique  dans  l'exposition  des  objets 

(')  DU  Natwr  hat  hein  System.  (Gcethe). 


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GOBRESPONDANGB.  477 

d'histoire  naturelle  »  mais  les  bases  de  cet  ordre  peuvent  être  très- va- 
riables; il  suflSt  de  suivre  une  méthode  plus  ou  moins  rigoureuse. 

Le  meillenr  classement  est  celui  qui  est  basé  sur  le  plus  grand 
nombre  de  ressemblances  fondamentales ,  fournies  par  la  physiologie 
et  la  morphologie  des  organes  les  plus  importants  de  la  vie  indivi- 
duelle et  surtout  sexuelle.  Tous  les  anciens ,  depuis  Gesner  et  Césal- 
pin»  ont  entrevu  ces  nécessités;  les  i7«  et  18« siècles  ont  travaillé 
presqa'exclusivement  dans  ce  sens;  Tournefort,  Rajus»  Wachendorf , 
Haller,  Linné ,  Jussieu»  etc.,  etc.,  ont  fait  merveille  à  cet  égard.  Au 
i9*  siècle  ces  questions  là  commencent  à  nous  intéresser  beaucoup 
moins  ;  nous  les  trouvons  trop  scolastiques ,  et  nous  pensons  que 
l'histoire  de  Y  Evolution  des  Etres  est  la  partie  la  plus  saisissante  »  la 
plus  dramatique ,  dans  l'étude  des  objets  d'histoire  naturelle. 

Cette  nouvelle  voie  a  été  ouverte  par  Wollf,  Batsch  et  Gœthe;  reprise 
pwDecandoUe ,  et  depuis ,  si  admirablement  poursuivie  par  Gh.  Schimper 
et  Al.  Brauriy  par  Jrmûch  et  Henri  Wydler.  Il  y  a  beaucoup  à  espérer 
de  ces  investigations  dans  l'intérêt  d'une  future  méthode.  Ge  que  nous 
avons  produit  jusqu'ici  en  fait  de  systèmes  et  de  méthodes  a  été  l^de 
travailler  pour  les  commençaots ,  de  leur  fournir  le  fil  d'Ariane ,  afin 
qu'ils  ne  s'égarassent  pas  trop.  S^  Aux  esprits  sérieux  et  philoso- 
phiques on  a  servi  le  Gênera  de  JussiEU  comme  un  modèle  admirable. 
D  l'a  été  pobr  son  temps  !  alors  on  pouvait  encore  maîtriser  ses  maté- 
riaux !  aujourd'hui  le  poids  en  est  écrasant.  Tout  devient  immense , 
et  se  gonfle  démesurément  en  tout  sens  !  Les  discussions  sur  les  sys- 
tèmes et  les  méthodes  deviennent  aujourd'hui  d'un  insupportable 
ennui 9  on  les  esquive  tant  qu'on  peut.  Ici»  on  laisse  à  chacun  le  droit 
de  faire  comme  bon  lui  semble;  la  critique  en  Allemagne»  ordinaire- 
ment aussi  hargneuse  que  Cerbère  »  s'endort  ou  s'amollit  même  lors- 
qu'il s'agit  de  systèmes  on  de  méthodes  en  botanique  !  Elle  est  satis- 
faite, dès  qu'elle  remarque  un  lien  logique  quelconque  entre  les 
divers  ternies  de  subordination  de  la  méthode.  Nous  n'en  dirons  pas  da* 
vantage  à  cet  égard  et  nous  passons  à  un  autre  chapitre. 

M.  Delbos  nous  reproche  l'emploi  de  certains  termes  nouveaux , 
par  exemple  :  conceptacle  carpique  (Fruchtgehœuse  des  Allemands) , 
au  lieu  de  péricarpe.  Le  mot  conceptaculum  est  depuis  longtemps 
employé  en  Allemagne ,  Gœthe  même  s'en  sert  fréquemment.  Nous 
avons  autant  que  possible  évité  le  mot  de  péricarpe  qui  nous  parait 
exprimer,  au  point  de  vue  étymologique ,  une  idée  fausse.  C'est , 


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478  REnJË  JfÀUkCE» 

d'ailleurs,  un  mot  fort  inuiile,  jd'uoe  signification  vague  et  incertaine. 
Si  nous  nous  sommes  servi  du  mot  carpidie  comme  synonyme  de 
carpelle,  c'est  que  la  construction  du  mot  carpeUe  a  été  vivement 
blâmée  par  les  Allemands.  Un  diminutif  latin  ne  doit  pas  être  appliqué 
à  un  mot  grec.  Nous  nous  sommes  servi  du  mot  préanthimk  et 
M.  Delbos  croit  qu'il  signifie  autant  que  préflvraifon  ;  erreur  !  il  signifie 
état  jeune  du  houion  d'inflore$eence  et  non  du  bouton  de  fleur!  Nous 
avons  rejeté  le  mot  de  glande  pour  certains  organes  des  Euphorbes . 
et  nous  avons  admis  celui  de  duque  nectarifluë  emprunté  aux  auteurs 
allemands.  Le  mot  glande  est  si  vague  qu'il  faut  le  réserver  aux 
organes  conglobés  ou  cellulaires ,  sécrétant  un  liquide  »  et  non  à  des 
organes  foliacés ,  métamorphosés.  Nous  avons  employé  le  mot  ec- 
blattésie,  créé  par  Engelmann»  adopté  depuis  15  ans  par  M.  ifo^usii- 
Tandem,  pour  indiquer  la  naissance  d'un  rameau  à  l'aisselle  d'un 
sépale  ou  d'un  pétale.  Nous  disons  innovations  avec  Fribs  (et  avec  une 
foule  d'autres)  pour  indiquer  le  renouvellement  (VerjûngungJ  non 
sexuel  des  plantes.  Capiul,  est  de  H.  Seringe»  mot  vieux  de  20  ans» 
pour  indiquer  la  réunion  en  petite  tête»  des  carpelles  libres  monos- 
permes,  des  renunculacées»  des  fragariés;  parapétale  et  parasiè^ 
nume  sont  des  mots  très-anciens.  CarpophiUe  (Fruchiblau}6eà\i\on' 
qu'on  veut  qiécialement  insister  sur  la  nature  foliaire  du  carpeUe. 
CoaUlion  ou  codeicence  ne  signifient  pas  adhérence  ou  cohérence,  mais 
des  actes  organiques  préparent  ces  états.  Podosiémone  indique  par- 
faitement le  pied ,  le  support  d'une  étamine  ;  isomères,  mêjo,  poly, 
onisomères  sont  des  mots  déjà  proposés  par  Decandolle;  admis  par  tous 
les  Allemands  ;  la  chimie  les  a  même  empruntés  à  la  botanique.  Je  dis 
ovaire  baccien ,  pour  dire  :  ovaire  qui  se  changera  en  une  bcùe*  Loges 
anthériques  est  très- vieux. 

.  Les  terminaisons  dimlnutlves  en  uscule  sont  très^anciennes  aussi  : 
puisque  decidius  et  cadueus  ne  sont  pas  synonymes  en  latin  (voyez 
.  RicnykRD).  U  est  évident  que  le  langage  technique  de  la  botanique  exige 
la  connaissance  du  latin  et  même  du  grec»  la  langue  française,  n'étant 
pas  une  langue-mère  »  ne  peut  puiser  des  mots  nouveaux  qu'à  ces  deux 
sources.  Lorsqu'un  terme  latin  ou  grec  a  été  créé  par  les  botanistes 
Allemands  on  anglais  ou  suédois,  et  qu'il  n'a  pas  d'équivalent  dans  le 
diaionnaire  de  la  langue  française,  pourquoi ,  quand  il  est  nécessaire, 
ne  pas  l'admettre  avec  une  terminaison  française  ?  La  morphologie  mo^ 
deme,  créée  en  Allemagne  ,  a  introduit  une  foule  de  mots  nouveaux, 


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CORRESPOmANCE.  479 

peur  des  idées  nouvelles.  Il  est  vrai ,  la  langue  allemande  a  une  fle- 
xibilité extrême ,  tandis  que  le  français  est  raide  et  tenace  dans  Tin- 
lérét  de  la  conservation  de  son  trésor  linguistique.  On  est  très-em- 
barrassé quand  on  veut  traduire  les  traités  et  mémoires  morphologiques 
allemands.  Des  mots ,  depuis  longtemps  dans  le  domaine  de  la  glos- 
sologie  botanique  »  n'ont  pas  leur  équivalent  en  français.  Par  ex.  : 
Vorblatt,  Hochblatt ,  Bûllblatt,  Niederblatt;  j*ai  traduit  ces  mots  par  : 
préphylle  ou  préfolîole  ;  feuille  suprême  ,  feuille  involucrale ,  feuiUe 
infime.  —  Voyez ,  dans  le  BulUiin  de  la  Société  botanique  de  France 
(passim) ,  à  quels  mots  les  botanistes  français  sont  obligés  d'avoir 
recours ,  et  vous  serez  forcé  de  convenir  que  j'ai  été  extrêmement 
sobre  et  retenu  dans  mes  termes  que ,  d'ailleurs  ,  je  n'ai  pas  créés , 
mais  simplement  empruntés  aux  morpbologues  allemands.  J'ai 
voulu  familiariser  mes  élèves  avec  les  termes  allemands  nouveaux; 
le  langage  botanique  français  de  MM.  Richard»  Mirbel»  Adr.  de 
Jossieu  ayant  beaucoup  vieilli,  quoique  ne  datant  que  de  4845  à  4845. 

Je  conviens  qu'un  petit  dictionnaire  est  indispensable  pour  les  per- 
sonnes qui  n'ont  pas  à  leur  disposition  les  livres  modernes  de 
terminologie  botanique.  Je  l'ai  promis ,  ce  petit  dictionnaire  ;  il  se 
trouvera  dans  le  5«  volume. 

Après  la  critique,  souvent  fort  jpste,  de  certains  mots  techniques, 
M.  Delbos  n*a  plus  que  des  éloges  ^  parfois  légèrement  tempérés,  par 
quelques  restrictions  ou  par  de  modestes  regrets. 

Ainsi ,  M.  Delbos  croit  que  nous  avons  été  sévère  envers  certains 
botanistes,  auteursdefloresgénérales  ou  locales,  pour  n'avoir  pas  fait 
remonter  Thistoire  de  leurs  espèces  de  plantes  au-delà  de  Linné. 
Nous  trouvons  le  mot  sévère  un  peu  trop  fort.  Ainsi ,  quant  à 
M.  Godet ,  nous  avons  simplement  exprimé  un  regret.  Quant  à  H.  Dœll , 
conseiller  aulique  et  bibliothécaire,  nous  avons  plus  vivement  regretté 
cette  absence  de  l'élément  historique.  On  exige  beaucoup  plus  de  celui 
qui  a  reçu  beaucoup ,  que  de  l'homme  dont  les  moyens  sont  plus 
restreints*  Nous  n'avons  pas  eu  cette  exigence  à  l'égard  de  MM.  Gre- 
nier et  Godron.  —  C'est  aussi  pourquoi  la  flore  de  France  est  encore 
à  refaire.  Une  flore  de  France ,  historique  comme  nous  l'entendons  , 
exigerait  la  collaboration  de  plusieurs  botanistes  non-seulement  versés 
dans  la  connaissance  critique  des  espèces ,  mais  encore  dans  l'histoire 
de  la  flore  depuis  le  i6<'  siècle  jusqu'à  nos  jours ,  dans  la  géographie 
botanique  ou  dans  la  phytostatique  de  tout  l'Empire.  C'estau  gouverne^ 


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480  ftBVtnt  d'alsâgb. 

ment  à  patroner  une  œuvre  semblable.  Il  faudrait  un  atlas  pour  les 
plantes  douteuses  et  nouvelles,  à  peu  près  comme  celui  de  MM.  Cos- 
son  et  Germain ,  mais  en  petit  in-folio  ;  à  peu  près  dans  le  genre  du  flora 
germanka  de  ReUhenbach.  De  plus ,  il  faudrait  les  noms  populaires 
et  les  usages  des  espèces  dans  les  diverses  provinces.  Je  ne  blâme  donc 
pas  les  auteurs  d'avoir  fait  selon  leurs  forces  et  moyens,  mais  je  dis  que 
leur  œuvre  est  incomplète  et  insuflBsante  •  au  point  de  vue  des  exigences 
modernes.  Je  suis  bien  loin  de  donner  la  Flore  d^AUace  comme  com- 
plète à  cet  égard.  Je  suis  même  le  premier  à  en  signaler  les  défauts, 
auxquels  j'ai  fait ,  dans  l'Introduction ,  une  large  part  ;  car,  j'ai 
beaucoup  appris  pendant  la  rédaction  de  ce  travail  (de  8  années). 
Toutefois  j'aime  à  croire  que  j'ai  contribué  à  remettre  les  flores  dans  la 
voie  historique  qu'elles  avaient  depuis  longtemps  abandonnée.  La 
première  partie  du  3«  volume  est  sur  le  point  de  paraître ,  les  pre* 
mières  six  feuilles  ont  été  déjà  distribuées  aux  membres  du  congrès 
botanique  de  Strasbourg  ;  déjà  on  en  a  fait  de  nombreux  extraits , 
dans  les  récits  de  nos  excursions  (du  46-2^  juillet).  J'ai  été  très- 
sobre  dans  ce  travail ,  et  je  n'ai  pas  voulu  faire  un  volume  de  600  pages. 
Cet  opuscule  n'a  que  8  feuilles  ou  192  pages  in-i2. 

Je  termine  cette  lettre  en  priant  M.  Delbos  de  croire  que  j'ai  été 
trèMensible  aux  éloges  qu'il  a  bien  voulu  donner  à  quelques 
parties  de -la  Flore  iAhace;  je  le  remercie  bien  sincèrement  de  ses 
condttslons  bienveillantes. 

F.  KmSGBLBGKB. 


CORRECTIONS  A  FAIRE  A  LA  CARTE. 

Schlestadt,  le  23  septembre  1858. 
Mon  cher  Directeur,  en  comparant  l'épreuve  à  la  carte  que  j'avais  ici,  j'ai  trouvé 
qu'il  existe  bien  des  chemins  qui  ne  sont  point  tracés  en  roug^  et  que  j'avais  calqués 
comme  routes  modernes  (à  droite  vers  le  bas).  !<>  la  route  de  Hilsenheim  à  Diebols- 
heim  ;  2»  de  Hilsenheim  à  Wittisheim  ;  S»  de  Muttersholtz  à  Wittisheim ,  io  de  Ralden- 
heim  sur  Richtolsbeim  et  Schœnau.  —  Gomme  il  n'y  a  rien  à  effacer  mais  à  ajouter 

un  trait  =  au  lieu  de veuilles  faire  la  correction  si  le  tirage  n'est  pas  fait. 

Au  haut  de  la  carte  il  y  a  Glœckels&our(7  au  lieu  de  herg.  Le  chemin  de  Krauter- 
l^rsheim  à  la  route  d'Obemai  à  Strasbourg  est  aussi  une  route  moderne  =  au  lieu 
de — .  Même  observation  de  Schœffersheim  à  Erstein  =  au  lieu  de  —  et  au- 
dessous  de  la  route  à  Kraffl  idem.  —  Le  cours  de  l'Andlau  n'est  pas  indiqué  de 
Valf  jusqu'à  Andlau ,  la  rivière  traverse  Andlau ,  Eichhoffen ,  etc. ,  on  pourrait 
écrire  Andlau  R  au-dessus  de  la  ville  de  ce  nom  pour  que  ce  ne  soit  pas  pris  pour 
un  chemin. 

Je  désire  que  ma  lettre  arrive  encore  à  temps.  Votre  dévoué  ,  CosTE. 

La  lettre  est  arrivée  trop  tard  ;  c'est  pourquoi  on  la  publie  comme  erratum. 


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L'ABBÉ  GRÂNDIDIER  ET  LE  fOftSEILLER  RADIUS. 


L'abbé  Grandidier  venait  de  mourir  àS^bftaye  fie  Lucelle.  Tous 
ceux  que  son  talent  et  son  caracJLère  avaienhMtîiinés  se  relevèrent 
presqu'aussitdt  et  montrèrent  par  leur  attitude  combien  ce  joug  leur 
avait  pesé.  On  put  juger  alors  seulement  de  l'influence  qu'il  avait 
exercée  dans  le  pays  et  du  soin  que  l'on  avait  pris  dans  les  rangs  les 
plus  élevés  pour  ne  pas  lui  déplaire ,  dans  les  questions  les  plus 
futiles. 

Ainsi  9  quelques  années  avant  sa  mort ,  on  avait  publié  à  Stras- 
bourg les  Vues  pittoresques  de  PAlsace  (*)  pour  lesquelles  il 
avait  fait  le  texte.  Dans  la  notice  sur  Guémar,  il  attribue  à  la  bour- 
geoisie la  faculté  de  présenter  des  candidats  pour  les  fonctions  de 
bourguemestre  et  de  conseillers»  qui  étaient  à  la  nomination  du 
'Seigneur  territorial.  M.  Radius,  conseiller  intime  du  prince  Maxî- 
milien  de  Deux-Ponts,  dans  les  domaines  duquel  était  compris 
le  village  de  Guémar ,  dut  être  froissé  vivement  de  l'assertion  de 
Grandidier  qui  donnait  un  privilège  inusité  aux  bourgeois  et  amoin- 
drissait les  droits  du  seigneur.  Réclamer  contre  ce  qu'il  appelait  une 
/fausseté-,  eut  pu  indisposer  l'auteur,  et  amener  une  polémique  dans 
laquelle  Radius  aurait  sans  doute  eu  le  dessous .  alors  que  de  tous 
côtés  déjà  s'élevaient  des  réclamations  conti'e  les  privilèges  de  la  no- 
blesse et  que  l'horizon  politique  commençait  à  s'obscurcir.  L'auteur, 

(*)  Cet  ouvrage  a  été  publié  en  1786  —  1  vol.  in-4o.  Il  renferme  12  planches 
dessinées  et  gravées  par  M.  Walter,  citoyen  de  Strasbourg  ;  elles  sont  accompagnées 
d'un  texte  historique  par  Grandidier  et  représentent  Ribeauvillé ,  le  château  de 
Girsberg ,  Busenbach ,  Zellenberg ,  Sainte-Marie-aux-Mines ,  Ëschery  ,  Guémar , 
Bergheim ,  le  lac  noir ,  Pairis ,  Kaysersberg  et  Munster  avec  la  vallée  de  Saint- 
Grégoire.  Ces  vues  pittoresques  sont  dédiées  au  prince  Maximilien-Joseph  de  Deux- 
Ponts  à  qui  appartenaient  alors  la  plupart  des  lieux  qu'elles  représentent. 

9*Aiaée.  31 


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483 


REVUE  D'ALSACE. 


d'ailleurs  »  aurait  peat-étre  produit  des  preuves  irrécusables  du  droit 
de  présentation  qu'avait  eu  la  bourgeoisie  de  Guémar  et  dont  elle 
avait  été  dépossédée  par  son  seigneur. 

Malgré  son  zèle  bien  connu  et  son  dévouement  absolu  aux  intérêts 
du  prince  de  Deux-Ponts  »  M.  Radius  garda  le  silence  et  attendit  le 
décès  de  l'abbé  Grandidier  pour  protester.  Après  5  années  d'attente , 
il  écrivit ,  au  nom  de  la  chambre  du  conseil  de  Ribeauvillé  dont  il 
était  l'âme  (^)  la  lettre  suivante  au  curé-recteur  de  Guémar  qui  avait 
été  l'ami  de  Grandidier. 

c  Ribeauvillé ,  le  50  janvier  4788. 
c  Monsieur  » 
c  Nous  voyons  dans  un  cahier  des  Vues  pittoresques  de  P Alsace, 
sous  l'article  de  Guémar ,  page  5 ,  les  expressions  suivantes  :  Le 
greffier  est  nommé  par  le  seigneur;  la  bourgeoisie  lui  présente  deux 
sujets  pour  les  places  de  bourgmaîtres  et  de  conseillers,  el  il  choisit 
l'un  des  deux. 

c  La  fausseté  de  cette  dernière  partie  rendue  publique  dans  une 
pièce  dédiée  à  S.  A.  S.  Monseigneur  le  prince  palatin  de  Deux- 
Ponts  même ,  nous  a  obligé  de  nous  informer  de  la  source  où  feu 
M.  Tabbé  Grandidier  doit  l'avoir  puisée. 

c  On  nous  a  dit  que  c'était  de  vous  que  cet  historien  avait  tiré  ce 
renseignement.  Mous  n'y  ajoutons  pas  foi ,  puisque  nous  vous  en 
savons  mieux  instruit  ;  mais  peut-Stre  pourriés-vous  nous  ensei- 
gner la  personne  qui  a  fournie  à  M.  Grandidier  cette  fausse  ane- 
docte ,  contre  laquelle  il  faut  que  nous  nous  élevions  en  particulier, 
sans  que  nous  entendions  par  là  adopter  tous  les  autres  objets 
renfermés  dans  la  description  de  Guémar. 
c  Nous  vous  prions  d'avoir  la  complaisance  de  nous  en  faire  quel- 
qu'ouverture  que  nous  espérons  d'obtenir  de  votre  amitié  dans  la 
considération  aussi  sincer  que  distinguée  avec  laquelle  nous  avons 
l'honneur  d'être ,  etc.  i 

La  réponse  de  H.  le  curé  Lefébvre  ne  se  fait  pas  attendre  ;  elle  est 
du  3  février.  Je  la  transcris  en  entier: 


C)  Quatre  conseillers  composaient  alors  cette  chambre  chargée  de  Tadministration 
de  la  seigneurie  de  Ribeaupierre  ;  c'étaient  le  conseiller  intime  Radius  qui  en  avait 
la  présidence,  et  les  conseillers  Wetzel,  Hedinger  et  Steinheil  ;  ce  dernier  était  en 
même  temps  archiviste. 


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L'ABBÉ  GRANDIDIEB  ET  LB  G0N8B1LLER  RADIUS.  485 

c  Messieurs  » 

c  II  y  a  déjà  plusieurs  années  que  feu  M.  Tabbé  Grandidier  m'a  fait 
c  l'honneur  de  m'addresser  une  feuille  portant  plusieurs  questions 
c  concernant  l'histoire  de  la  ville  de  Guémar,  sur  lesquelles  il  me 
c  prioit  de  lui  procurer  des  notions  et  des  éclaircissements.  Sentant 
>  l'importance  et  les  conséquences  de  cet  objet ,  j'ai  pris  d'abord  le 
c  parti  de  m'adresser  à  M.  Steinheil  votre  collègue  ,  conseiller  archi- 
c  vaire  de  S.  Â.  S°>« ,  à  qui  j'ai  présenté  dans  ma  lettre  une  copie  de 
c  la  feuille  sur  laquelle  je  devois  répondre. 

c  H.  Steinheil  m'ayant  déclaré  avec  toute  Thonnéteté  dont  il  porte 
c  toujours  l'empreinte  sur  sa  personne ,  qu'il  ne  lui  étoit  pas  libre 
«d'extrader»  quoique  ce  (di  des  archives  de  Ribeauvillé  sans  la  per- 
«  mission  expresse  de  son  prince ,  j'ai  été  obligé  de  me  retourner  de 
«  mon  mieux  ici  pour  satisfaire  aux  désirs  de  mon  ancien  ami.  Après 
c  des  conférences  avec  les  personnes  les  plus  notables  de  Guémar  et 
c  quelques  idées  qui  me  restoient  un  peu  confusément ,  de  ce  que 
c  m'en  avait  autrefois  appris  feu  mon  frère  »  j*ai  adressé  de  bonne 
c  foy  à  l'autheur  en  question  toutes  mes  remarques ,  en  le  priant  de 
c  ne  pas  trop  s'y  rapporter  »  eu  égard  à  la  source  dont  je  les  avois 
c  tiré  I  Mais  je  ne  crois  pas  m'étre  expliqué  jamais  de  la  manière 
«  dont  vous  l'exprimés ,  Messieurs ,  dans  votre  lettre  «  sur  les  droits 
ff  respectifs  de  S.  Â.  S^  et  la  ville  de  Guémar,  dans  la  nomination  aux 

<  places  de  Stettmeistre  et  conseillers  du .  magistrat.  Pour  vous  en 
«  convaincre  jusqu'à  l'évidence ,  je  vous  donne  ici ,  Messieurs ,  avec 

<  cette  simplicité  du  cœur  et  ce  dévouement  sans  réserve  dont  je  fais 
«  profession  avec  vous  «  la  minute  même  de  ma  réponse  à  M.  l'abbé 
«  Granddidier,  dans  tout  le  désordre  où  elle  se  trouve,  et  aux  risques 
c  d'être  peut-être  bien  censuré  de  votre  part,  vous  priant.  Messieurs, 
«  de  vouloir  bien  me  la  renvoyer  ;  c'est  vrajment  une  providence  que 
«  J'aye  conservé  cette  minute  d'ailleurs  si  peu  intéressante  ,  mais  qui 
«  me  le  devient  depuis  l'opinion  qu'on  a  voulu  vous  donner  de  plus 
«  d'influence  que  je  n'en  ai  dans  l'ouvrage  dont  il  s'agit. 

c  Au  reste,  je  m'offre ,  Messieurs,  de  donner  lecture  à  qui  vous 
«  jugerés  à  propos  de  votre  part ,  d'un  article  de  la  dernière  lettre 
«  de  feu  mon  ami ,  où  il  me  promet  de  rectifier  quelques  endroits 
V  de  l'histoire  de  Guémar  sur  lesquels  je  croyois  qu'il  pouvoit  s'expli- 
«  quer  autrement.  Ceci  vous  prouve  que  M.  l'abbé  Grandidier  ne  me 
«  doit  pas  tout  ce  qu'il  a  dit  et  écrit  sur  Guémar  ;  et  que  de  mon  côté 


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4M  BETOB  D'AUiCB. 

«  je  ne  sonscrirois  pas  partout  non  plas ,  quoique  je  n'aye  troQTé 
c  dans  cette  partie  de  son  ouvrage  aucune  erreur  essentielle. 

c  Je  suis  avec  un  respect  singulier,  Messieurs ,  le  plus  humble  et 
c  le  plus  dévoué  de  vos  serviteurs. 

c  Lefebvre. 

c  A  Guémar  »  ce  3  février  4788.  » 

A  cette  lettre  tout  à  lu  fois  humble  et  digne ,  l'auteur  avait  joint , 
comme  il  l'annonce  »  les  questions  que  son  ami  l'abbé  Grandidier  lui 
avait  adressées  sur  Gémar.  Voici  la  copie  textuelle  de  ces  questions 
présentées  sous  forme  de  note  et  qui  font  connaître  le  mode  adopté 
par  l'auteur  pour  la  composition  de  ses  notices  historiques, 
c  On  demande 

c  i.  Combien  de  familles  catholiques  il  y  a  à  Guémar;  combien  à 
«  Ulhœusseren? 

c  2.  Combien  y  a-t-il  de  luthériennes ,  calvinistes  et  juives  tant  i 
i  Guémar  qu'à  Illhseusseren? 

c  5.  Le  nombre  et  le  nom  des  portes  de  Guémar. 

c  4.  De  quoi  est  composé  le  magistrat  de  Guémar? 

c  5.  Quelles  sont  les  armoiries  de  Guémar  ? 

c  6.  Son  château  existe-t-il  encore?  Y  a-t-il  encore  des  restes  de 
c  ses  murs  »  de  ses  fossés  et  de  ses  anciennes  fortifications? 

c  7.  Quel  est  le  décimateur  du  ban  de  Guémar  et  de  celui  d'Ul- 
c  hseusseren? 

c  8.  Y  a-t-il  outre  la  cure ,  d'autres  bénéfices  sous  la  paroisse  ? 

c  9.  Quel  est  le  S^  Patron  de  l'église  paroissiale  ?  En  quel  tems  fut- 
<  elle  bâtie  ?  Combien  a-t-elle  d'autels  et  quels  sont  les  titres  des 
c  saints  de  ces  autels?  Y  a-t-il  quelques  confréries?  Y  a-t-il  quelques 
i  épitaphes  ou  monuments  remarquables? 

c  iO.  Quel  est  le  S*  Patron  de  l'église  d'Ilihseusseren  ? 

c  il.  Y  a-t-il  dans  le  district  de  la  paroisse  de  Guémar  quelqu'au- 
c  très  chapelles  ou  stations  ? 

c  42.  Qu'est-ce  que  c'est  que  la  chapelle  de  S*  Maximin? 

c  43.  Sur  quelle  rivière  est  placé  Guémar  ? 

c  44.  Le  ruisseau  d'Eckenbach  ou  le  Landgraben  est-il  éloigné  de 
c  Guémar  ?  de  quelle  paroisse  sont  les  habitans  voisins  de  cet  Ecken- 
c  bach  ? 

c  45.  Y  a-il  un  hôpital  à  Guémar  et  par  qui  fondé? 

c  16.  Y  a-t-il  quelques  cours  franches  à  Guémar? 


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L'ABBÉ  GRANblDIER  Ef  LE  CONSEILLER  RADIUS.  488 

c  i7.  Le  chapitre  de  la  primaliale  de  Naacy  et  celui  de  S'  Dié  ont- 
c  ils  encore  des  biens  à  Guémar? 

c  16.  Y  a-t-ii  des  traces  du  villag^e  inférieur  et  du  village  supérieur 
c  de  Guémar»  Under  et  Oberdorffî 

c  49.  Où  était  situé  le  château  de  Molckenbourg  ? 

c  20.  A  quel  titre  la  maison  de  Ribeaupierre  est-elle  Patronne  de 
c  la  cure  ? 

c  2i.  A-t-on  quelques  connaissances  sur  Jean  Jud  »  curé  de  Gué- 
c  mar,  en  4482? 

c  22.  En  quel  jour  se  tient  le  Uarck  Schwûriag  d'Illhaeusseren  et 
c  comment  il  se  tient?  i 


Le  curé  Lefébvre  a  répondu  à  toutes  ces  questions  :  le  mémoire 
qui  résume  ses  réponses  et  qu'il  a  soumis  à  la  chambre  du  conseil 
pour  sa  Justi6cation  »  me  parafe  digne  d'être  mis  sous  les  yeux  des 
lecteurs.  L'abbé  Grandidier  a  puisé  dans  ce  document  »  mais  la  plus 
grande  partie  des  indications  que  renferme  le  mémoire  est  demeurée 
inédite,  (i) 

c  Dans  la  ville  de  Guémar,  qui ,  à  ce  que  l'on  dit  »  est  de  plusieurs 
siècles  plus  ancienne  que  celle  de  Bergheim ,  il  se  trouve  aujourd'hui 
148  feux ,  non  compris  deux  au  château ,  lesquels  composent  64  fa- 
milles presque  toutes  bourgeoises  ,  parmi  lesquelles  on  peut  compter 
dix  familles  notables  et  patriciennes  :  il  n'y  a  jamais  eu  ni  juifs  ni 
luthériens  »  ni  calvinistes  dans  la  ville.  Le  château  est  habité  depuis 
un  temps  immémorial  par  des  calvinistes  (il  l'a  été  pendant  quelque 
tems  par  un  anabaptiste),  fermiers  du  seigneur  de  génération  ea 
génération. 

c  Illheussem ,  qui  n'était  composé ,  il  y  a  soixante  et  dix  ans ,  que 
d'un  très-petit  nombre  d'habitations ,  s'est  tellement  peuplé  depuis , 
que  l'on  y  compte  à  ce  moment  soixante-trdls  familles ,  dont  huit 
sont  calvinistes  et  la  principale  est  celle  de  Farny ,  anciens  fermiers 
du  seigneur.  Parmi  tes  catholiques ,  il  y  en  a  sept  plus  anciennes , 
qui  sont  les  notables  du  lieu.  A  un  quart  de  lieu  se  trouve  la  Rieth- 
muhl  9  une  emphyteose  seigneuriale ,  possédé  par  un  calviniste ,  qui 

(')  Cette  notice  et  la  correspondance  que  nous  publions  existent  à  la  préfecture 
du  Haut-Rhin  et  fait  partie  des  fonds  de  la  maison  de  Ribeaupierre. 


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486  REYUB  D'ALSACB. 

ainsi  que  les  deux  parcs  de  Guémar  et  de  Ribeaaviller  daos  le 
Gemeind  Rielh  ,  dépendent  de  la  paroisse  de  Guémar,  Il  n'y  a  jamais 
eu  ni  juifs  ni  luthériens  à  Ilibeussem.  Le  curé  de  Guémar  est  le 
propre  curé  des  calvinistes  pour  le  baptême ,  le  mariage  et  la  sépul- 
ture ,  parce  qu'ils  n'y  ont  aucun  exercice  de  religion.  Ils  vont  à  la 
Cène  à  S'^-Marie ,  et  fréquentent  les  prêches  indifféremment  à  Ost- 
heim  y  Ribeauviiler. 

c  II  n'y  a  jamais  eu  que  deux  portes  à  Guémar  ;  Tune  sur  la  place 
dite  Freytag  Platz,  qui  répondoit  au  Laadhofft  ou  port  de  Guémar  où 
les  bateliers  chargeoient  et  déchargeoient  ;  cette  porte  s'appeloît 
Ober  Thor  ou  Fischer  Thor,  au  dire  des  plus  anciens  habitanls.  Elle 
est  murée  depuis  que  la  tribu  des  bateliers  s'est  retiré  à  Illheussern  ; 
à  sa  place  on  a  pratiqué  une  fausse  porte  à  l'Orient  de  Guémar,  pour 
la  commodité  des  habitants.  L'autre  porte  est  la  porte  d'entrée  ac- 
tuelle ,  sans  ponts  levis  mais  on  y  dislingue  parfaitement  les  restes 
de  fortifications  »  tant  par  la  double  entrée  »  l'ancien  corps  de  garde 
qui  est  entre  ces  deux  portes ,  les  remparts  »  les  souterrins  •  les  fossés. 

c  Le  magistrat  de  Guémar  était  composé  autrefois  de  4  Stettmei- 
stress,  qui  avoient  chacun  à  son  tour  la  régence  une  année  et  tenoient 
audiance  à  Guémar  avec  le  baiilif.  Depuis  que  le  bailliage  de  Guémar 
qui  comprend  avec  celte  ville»  les  villages  d'Illheussern  »  Ohnenbelmy 
Heidolsheim .  Mussig  et  Jebsheim  a  été  uni  au  bailliage  de  Ribeauviiler» 
le  magistrat  de  Guémar  n'est  composé  que  du  greffier,  d'un  Slett- 
meistre ,  en  même  tems  prévAt»  et  de  trois  conseillers  qui  ne  siègent 
plus  ;  toutes  les  sentences  se  rendent  à  Ribeauvillé. 

c  Les  armoiries  de  Guémar  portent  sur  un  champ ,  les  3  talons 

de  Ribeauviiler»  une  herse»  au-dessus  de  laquelle  sont  deux  pois- 
sons »  qui  marquent  l'ancienne  tribu  des  pêcheurs  d'illheusseren  (i)» 
mais  qui  depuis^  leur  transmigration  ne  jouissent  plus  du  droit  de 
bourgeoisie  à  Guémar. 

c  Le  château  de*  Guémar  appelé  Holeckenbourg  »  fameux  dans 
l'histoire ,  va  être  rasé  entièrement  ;  on  a  commencé  sa  démolition  il 
y  a  déjà  trois  ans  ;  il  a  été  rebatti  plusieurs  fois.  Le  milliaire  qu'on  y 

(*)  Cette  indication  n'est  pas  exacte  :  les  talons  dont  parle  Tauteur  du  mémoire 
sont  les  trois  écus  ou  boucliers  de  gueules  de  la  maison  de  Ribeaupierre  sur  champ 
d'argent.  A  la  fm  du  seizième  siècle ,  le  sceau  du  tribunal  de  Guémar  porte  un 
poisson  au  Ueu  de  deux. 


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l'abbé  grandidibr  vt  le  conseiller  rabius.  487 

trouve  aujourd'hui  est  i580  ;  en  fouillant  on  y  a  trouvé  beaucoup  de 
grains  brûlés  aparement  du  dernier  siège  des  François  et  des  Suédois; 
on  dit  que  les  François  y  ont  fait  prisonniers  1500  Allemands ,  je  ne 
sais  à  quelle  époque. 

c  Illbeussern  n'a  aucun  ban.  La  seigneurie  a  distribué  à  quelques 
particuliers  des  portions  du  Gemein  Marck  pour  les  cultiver.  Le  gros 
décimateur  en  grains  à  Guémar,  est  le  seigneur.  Le  gros  decimateur  en 
foin  est  le  curé  qui  jouit  encore  de  la  dixme  de  l'Enclos  ou  Etter  et  des 
Novalles  qui  ont  existé  avant  l'époque  de  1768.  —  Le  même  curé  a  la 
dixme  du  vin  au  canton  dit  Rirlenberg  dans  le  ban  de  Bergbeim ,  une 
autre  en  vin  au  canton  dit  Altenberg,  etc.»  dans  le  ban  de  S^  Hypolite 
en  Lorraine.  Il  avait  aussi  dix  mesures  de  rentes  foncières  du  Geis- 
berg  au  ban  de  Ribeauviller,  mais  qui  est  prescrite  aujourd'hui. 

c  II  y  avait  deux  Chapellainies  autrefois  à  Guémar  »  avec  un  pré- 
missaire  ;  les  biens  du  primissariat  sont  entre  les  mains  de  la  sei- 
gneurie depuis  le  changement  de  religion. 

c  Le  Patron  de  l'église  de  Guémar  est  S'  Léger  évéque  d'Autun , 
ministre  de  Childéric  un  de  nos  rois  de  la  première  race  et  martyr. 
Comme  la  paroisse  de  S^  Denis  hors  les  murs  »  dont  Jean  Muller  étoit 
curé  en  1548  du  patronage  du  chapitre  de  S' George  de  Nancy  a  été 
reunie  à  celle  de  S^  Léger,  on  honore  comme  Patrons  les  deux  saints; 
cependant  la  fête  de  S' Léger  est  toujours  la  principale.  Personne  ne 
connaît  à  Guémar  l'époque  de  la  construction  de  l'ancienne  église  de 
Guémar,  celle  d'aujourd'hui  a  été  bâtie  en  1742  elle  est  fort  jolie  et 
très  bien  entretenue.  Il  s'y  trouve  3  autels  :  le  maitre  autel  est  dans  le 
goût  de  l'ancien  autel  de  la  cathédrale  de  Strasbourg ,  avec  des  pé- 
llers  pilastres ,  etc. ,  etc.  ;  les  autels  collatéraux  {iicj  sont  celui  du 
Rosaire  et  celui  de  S^  Sébastien.  Il  y  a  4  cloches ,  la  grande  a  plus 
de quintaux. 

c  II  y  a  une  confrérie  du  S^  Rosaire  qui  peut  avoir  12  à  1500^  de 
fond  ;  le  curé  recteur  en  est  le  prseces.  Le  magistrat  de  la  confrérie 
est  composé  de  2  prefects ,  deux  assistants ,  d'un  secrétaire ,  du 
senior,  le  premier  des  quinze  ou  quindecimvir  et  d'autres  employés  ; 
elle  est  fort  bien  en  ornementSé  Le  même  nombre  de  personnes  se 
trouve  parmi  les  filles  et  les  femmes  à  peu  près. 

<  Il  n'y  a  point  d'autres  monuments  à  Guémar,  que  sur  le 
cimetière  hors  les  murs  une  pierre  sépulcrale  qui  porte  le  nom  et 
les  armes  de  Hans  Juncker  von  Ottmarsheim  t  et  une  autre  qui 


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i88  REVUE  D'ALSACE. 

porte  pour  armes  un  bras  avec  un  marteau  en  main  et  qni ,  à  ce 
que  quelques  uns  pensent ,  marque  un  de  Schmittberg  enteré  à  c6té 
du  chevalier  d'Ottmarsheim.  Il  y  a  bien  apparance  qu'en  fouillant  on 
trouverait  encore  d'autres  monuments  distingués. 

c  II  n'y  a  qu'une  petite  chapelle  à  Illbeussern ,  où  cependant  an- 
jourd'hui  les  habitants  du  lieu ,  se  font  desservir  les  dimanches  et 
fêtes  ordinaires  à  leurs  frais  par  un  Augustin  de  Ribeauvillef  avec 
l'agrément  du  curé  et  tarit  qu'il  jugera  à  propos  de  le  permettre , 
parce  que  d'ailleurs  ils  sont  obligés  de  se  rendre  toute  l'année  à 
l'église  de  Guémar. 

c  La  construction  de  la  chapelle  de  S^  Maximin ,  la  seule  qui  reste 
dans  le  district  de  la  paroisse  de  Guémar,  se  perd  dans  les  siècles  les 
plus  reculés.  Le  milliaire  connu  est  de  1262.  On  ne  sait  quel  comte 
de  Ribeaupierre  l'a  bâtie.  Le  vulgaire  pense ,  que  c'est  le  comte 
Smassmann  après  son  retour  de  la  Terre  Sainte.  Mais  le  pieux  voyage 
de  ce  comte  a  eu  lien  postérieurement  à  l'époque  de  1262.  Il  y  a  ap- 
parance que  l'ancien  nom  de  cette  chapelle  appelée  Sanct  Smatmann 
n'est  autre  que  S' Maxioain ,  et  que  le  peuple  en  unisant  dans  la  pro- 
nonciation la  lettre  S ,  qui  signifiait  Sanct ,  au  mot  Masmann ,  sans 
distinguer  le  point  entre  cette  lettre  S  et  le  mot  suivant ,  en  a  fait 
Smasmann  et  ce  Masmann  vieux  mot ,  en  prononçant  Ts  par  un  x  » 
et  chiingeant  la  lettre  a  en  i  (ce  qui  est  arrivé  à  l'égard  de  bien 
d'autres  noms)  est  enfin  devenu  le  mot  d'aujourd'hui ,  Masimin  ,  on 
Maximin ,  quoique  bien  des  gens  conservent  encore  aujourd'hui  le 
nom  de  Schmasmann.  La  nef  de  cette  chapelle ,  qui  n'est  ni  parois- 
siale ni  bénéficiale ,  qui  n'a  plus  aucune  fondation ,  et  qui  parait 
être  purement  votive ,  a  été  rebâtie  de  ses  propres  fonds  en  1783.  II 
n'y  a  qu'un  autel  aujourd'hui ,  mais  très  bien  construit  en  bois , 
chargé  de  dorures ,  de  quantité  de  saints  ,  haut  de  plus  de  30  pieds, 
et  qui  tient  toute  la  largeur  du  chœur  bien  vonté.  Les  deux  autels 
collatéraux  qui  seront  placés  au  mois  d'aoftt  prochain  seront  faits  de 
bois  de  chêne  en  pilastres  avec  beaucoup  de  dorure  ;  à  droite  sera 
l'autel  du  Sacré  Cœur,  à  gauche  celui  de  la  S^«  famille.  Le  Marguillier, 
bourgeois  de  Guémar ,  jouit  pour  son  salaire  de  3  arpens  de  terre 
partie  en  vigne  et  d'une  bonne  habitation  qui  sera  rebâtie  toute  à 
neuve  cet  été.  Ce  qu'il  y  a  de  singulier,  c'est  que  cette  chapelle  a 
échappé  à  toutes  les  fureurs  des  guerres  et  de  la  révolution  de  reli- 
gion en  Alsace.  Les  comtes  de  Ribeaupierre ,  dont  les  personnages 


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L'ABBÉ  GRANDIDIER  BT  LE  CONSEILLER  RADIUS.  489 

et  les  armoiries  étoient  anciennement  peints  sur  les  vitrages ,  y  ve- 
noient  faire  leur  dévotion  avec  tonte  leur  cour.  La  fête  du  Saint  se 
tient  solennellement  le  29  may  et  le  mardy  de  Pentecôte  »  avec  les 
indulgences  plenières  et  le  concours ,  y  est  immense  ;  on  a  déjà 
compté  80  à  iOO  voitures  et  bennes.  Il  y  a  cinq  fondations  d'anniver- 
saires dans  celte  chapelle ,  i*  pour  un  Barth  »  greffier,  2°  une  dame 
Ândiauer ,  3"^  la  nièce  de  M.  Tévéque  de  Messala ,  4<^  et  deux  curés ,  et 
une  messe  fondée  tous  les  vendredis  ayec  un  concours  ordinaire  assez 
considérable.  On  y  fait  alors  chaque  fois  des  prières  publiques  pour 
la  conversion  des  hérétiques  de  la  Province. 

€  Guémar  est  placé  sur  la  rivière  de  la  Fecht ,  proprement  un  tor- 
rent qui  baigne  ses  remparts  vers  l'Orient ,  et  qui  se  jette  dans  l'ill  à 
nibeussern. 

€  Le  Landgraben  est  à  petite  lieue  de  Guémar,  il  coule  par  les  bans 
de  Bergheim,  ROdern ,  Rohrschvrihr  et  S^  Hypolite. 

€  11  n'y  a  jamais  eu  d'hôpital  à  Guémar. 

c  II  n'y  a  qtte  deux  cours  franches  à  Guémar;  le  château  et  le 
presbytère  qui  était  aussi  appelé  Freyhoff. 

c  Le  chapitre  de  la  Primatiale  de  Nancy  est  propriétaire  d'une 
grande  emphyteose  dont  les  Wendiing  sont  en  possession.  La  colonge 
de  Liepvre,  Leherauische  Dinckhof,  en  dépend  aussi.  L'Obermeyer  de 
ce  Pinckhoff  est  le  fermier  des  biens  du  même  chapitre  à  S^  Hypo- 
lite ;  rUntermeyer  est  le  fermier  ou  l'emphyteole  de  Guémar.  La 
colonge  se  tient  le  mardy  après  la  S' Martin.  Il  y  a  encore  2  Dinck- 
hoff  seigneuriaux  au  château.  L'un  appelé  der  trockene ,  parce  que 
les  colongers  n'y  ont  ni  à  boire  ni  à  manger;  l'autre  der  nasse,  parce 
qu'on  y  mange  et  boit  bien.  De  même  qu'a  l'autre  du  chapitre  de 
S^Diez ,  c'est  toujours  l'Untermeyer  qui  en  fait  les  frais.  On  y  édicté 
des  amandes  •  dont  on  appelle  à  d'autres  Dinckoffs ,  qui  prononcent 
en  dernier  ressort  ;  du  moins  le  conseil  ne  s'en  mêle  pas  et  y  renvoit. 
La  colonge  de  Liepvre  est  chargée  d'acquitter  annuellement  au  curé 
de  Guémar  25  livres  pour  une  messe  tous  les  mercredis  de  l'année. 

c  II  n'y  a  plus  d'autres  traces  des  villages  Unier  et  Oberdarf,  que 
les  décombres  souterrains  que  les  laboureurs  rencontrent  encore 
quelquefois  en  labourant.  Ces  deux  vilbges  étoient  situés  sur  le  ter- 
rain ,  qui  depuis  la  forêt  en  deçà  de  la  Fecht ,  prend  jusques  sur  la 
nouvelle  chaussée  royale  de  Colmar,  à  l'endroit  à  peu  près  de  la 
petite  chapelle  appelée  Obères  KapeUin ,  où  étoit  le  puit  appelé  der 


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490  REYUE  D'ALSàGE. 

Neuen  bronnen,  et  depuis  là  jusqu'au  Uûhlbaeh  qui  baigne  les  rem- 
parts du  château  et  de  la  ville  du  côté  du  midi. 

c  Guémar  appartenait  cy  devant  à  la  maison  de  Baden  qui  l'a  vendu 
à  un  nommé  Kunu  Meerschwein  de  Strasbourg  pour  onze  cent  GuU 
den.  Meerschwein  Ta  cédé  à  l'évéque  et  grand  chapitre  de  cette  ville 
et  l'évéque  l'a  donné  ensuite  en  fief  à  la  maison  de  Rappolstein  ;  c'est 
en  vertu  de  ce  fief,  que  cette  maison  est  patrone  de  la  cure.  On  peut 
tirer  les  lettres  d'investiture  des  archives  de  Saverne  ;  c'est  de  feu 
mon  frère ,  que  j'en  connois  ce  que  je  cite  ici ,  et  je  ne  suis  pas  tout 
à  fait  assuré ,  si  tout  ce  qui  compose  ce  fief  a  appartenu  à  la  maison 
de  Baden.  Il  serait  plus  sûr  de  consulter  le  titre  original. 

c  Jean  Jud  est  appelé  Luc  Juda  dans  l'abrégé  historique  et  géogra- 
phique de  l'Alsace  qui  a  paru  en  allemand  en  i782«  édition  de  Basle. 
On  n'en  sait  pas  la  moindre  chose  ici.  Il  paroit  que  c'était  un  sa- 
vant 0). 

€  C'est  la  seigneurie  qui  indique  annuellement  le  jour  de  Schwôr- 
tag  à  lllheussern ,  quand  il  lui  plaît ,  ordinairement  au  mois  de  roay. 
Tous  les  prévôts  des  sept  communautés  s'y  trouvent.  Le  bailly  donne 
le  serment  aux  paires ,  qui  les  oblige  à  ne  recevoir  aucune  pièce  de 
bétail  d'autres  communautés ,  à  ne  pas  souffrir  de  béte  malade,  etc., 
etc.  Tous  les  sept  ans  se  fait  solennellement  VVmrin,  ou  reconnais- 
sance des  pierres  bornes.  Auprès  de  chacune  on  lit  le  procès*verbal 
de  son  emplacement  en  présence  de  tous  les  préposés  des  7  commu« 
nautés ,  et  en  particulier  d'un  député  et  d'un  jeune  garçon  de  cha- 
cune avec  lui ,  afin  que  la  mémoire  locale  soit  mieux  imprimée»  Le 
bourreau  de  Ribeauviller  se  rend  aussi  à  cette  Umritt ,  et  porte  sur 
les  deux  premières  roues  d'un  chariot  dont  il  n'attelle  que  cette 
moitié  »  un  tonnelet  de  vin ,  pour  les  patres  qui  sont  obligés  de  l'In- 
former des  bêles  mortes  dans  le  Rieih  (^).  > 

(*]  Jean  Jude  ou  Juda  était  curé  à  Guémar  ;  son  fils  Léon  Jud ,  né  dans  cette 
commune ,  en  1482 ,  et  qui  devint  plus  tard  curé  de  Saint-Hypolite ,  a  été  un  des 
défenseurs  les  plus  ardents  de  la  doctrine  de  Zwingle. 

(*)  En  marge  de  cette  notice  se  trouve  l'annotation  qui  suit  : 
«  Liste  des  curés-recteurs  de  la  ville  de  Guémar  depuis  1600,  —  Magister 
«  Joannes  Straub  Scheimbergensis.  —  Hagister  Joannes  Freytag.  —  Carolus  Hamock. 
«  —  Johannes  Christoph  Zolleren.  —  Doctor  Franciscus.  —  Glaudius  François.  — 
«  Joannes  Christophorus  Hauss ,  episcopus  domit.  anopolitanus  ,  (il  a  resté  curé 
«  jusqu'il  sa  mort  et  des  chanoines  de  Golmar  desservaient  la  cure).  —  Niisolas 


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L*ABBÉ  GRAMDimBR  BT  LE  CONSEILLER  AÂDIUS.  491 

Les  preuves  produites  par  le  curé  de  Gaémar  paraissent  avoir  con- 
vaincu M.  Radius  »  s'il  faut  en  croire  la  lettre  qu'il  fit  écrire ,  le  len« 
demain  même  »  à  cet  ecclésiastique  par  la  chambre  du  conseil  et  que 
nous  reproduisons  ici  : 

4  février  i788. 
€  Monsieur 

c  Autant  que  nous  vous  sommes  obligés  des  éclaircissements  que 
c  vous  avés  eu  la  complaisance  de  nous  donner»  autant  sommes  nous 
<  surpris  de  la  transgression  de  H.  Tabbé  Granddidier  des  notions 
>  que  vous  lui  avés  fournies  sur  la  composition  du  magistrat  de 
ff  Guemar. 

c  Nous  ne  trouvons  dans  la  minute  de  vos  renseignements  aucune 
ff  trace  de  la  prétendue  élection  de  deux  membres  par  la  bourgeoisie 
t  de  Guémar. 

€  Il  faut  donc  que  l'historien  ait  eu  d'autres  indicateurs  ou  mal  in- 
c  struits  ou  intéressés  à  l'affciblissement  des  droits  du  seigneur  dans 
c  le  choix  des  membres  de  la  magistrature  (t). 

c  Nous  sommes  très  charmés ,  Monsieur ,  que  vous  nous  ayés  dé- 
€  trompé  et  par  les  assurances  que  vous  avés  eu  la  bonté  de  nous 
€  donner  et  p9r  la  minute  de  vos  renseignements  auxquels  nous  ajou- 
€  tons  toute  la  foi  deûe  à  la  dignité  de  votre  caractère,  à  l'excellence 
€  de  votre  cœur  et  à  la  noblesse  de  vos  sentimeots  auxquels  nous 
ff  faisons  un  hommage  d'autant  plus  sincer,  plus  que  {iicj  nous  avons 

«  Genger.  —  Jean-Baptiste  Hauss ,  frère  du  défont ,  évèque  de  Messala.  —  Jean- 
«  Baptiste  Léo ,  oiScinal  de  Basie  et  chanoine  de  la  cathédrale.  —  Jean-Henry 
«  Schnebelin.  —  Jean-Baptiste  Weegbecber,  doyen  du  chapitre  ultra  colles,  après 
«  l'avoir  desservi  sous  K.  Léo ,  comme  vicaire  résident  et  amanuel  pendant  32  ans , 
«  est  parvenu  à  en  être  curé  après  la  mort  de  M.  Léo  et  en  a  joui  de  dix  dernières 
«  années  de  sa  vie.  —  Jean-Ghristophe-Philippe  Lefebure,  conseiller  ecclésiastique 
•  de  révêché.  > 

{*)  Dans  la  minute  de  la  lettre  rédigée  en  entier  par  M.  Radius ,  ce  dernier 
avait  ajouté  ici  la  phrase  suivante  qu'il  a  retranchée  ensuite  :  <  Ce  que  nous  ne 
€  pouvions  réunir  dans  la  forme  de  nos  combinaisons ,  c'est  les  lumières  que  nous 
c  vous  connoissons  et  la  publication  d'une  fausseté  que  l'on  nous  asseura  venir  de 
«  vous ,  puisque  M.  l'abbé  Granddidier  doit  avoir  dit  peu  de  jours  avant  son  tré^ 
«  pas ,  tenir  de  vous  tous  les  renseignements  locaux,  » 


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492  RBVUi:  D'ALSAGB. 

€  l'hooneur  d'être  avec  l'estime  la  plus  Traye  et  la  considération  la 
c  plas  absolue.  > 

Cette  affaire  en  resta  là  ;  aucune  rectification  ne  fut  faite  pour 
donner  satisfaction  au  seigneur  territorial  et  détruire  le  mauvais  effet 
que  pouvait  avoir  produit  la  publication  de  la  phrase  incriminée  sur 
l'esprit  de  la  population.  M.  Radius  avait  d'autres  préoccupations  ;  il 
avait  à  lutter  dans  toute  l'étendue  des  domaines  seigneuriaux  contre 
les  incessantes  prétentions  de  la  bourgeoisie  ;  les  forêts  du  prince  » 
qu'on  avait  si  longtemps  respectées,  commençaient  à  être  dévastées; 
on  refusait  les  dîmes  et  les  corvées  ;  sur  divers  points  on  brisait  les 
bornes  qui  portaient  l'écusson  de  l'ancienne  maison  de  Ribeaupierre  i 
et  le  moment  n'était  pas  bien  loin  où  le  conseiller  Radius  ,  obligé  de 
céder  devant  la  colère  et  les  excès  du  peuple,  allait  suivre  sur  la  terre 
étrangère  son  seigneur  et  maître,  dépossédé  comme  lui,  de  ses  biens 
d'Alsace. 


J.  J.  DlETEICH  , 

«M  db  dhrWon  à  la  préflKCura  da  Bant-aUft. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES 


Dl  L'ARGnimi  ALS&a 


(•)• 


LANDAU. 

Le  traité  d'Utrecbt  en  1743  et  ceux  de  Rastadt  et  de  Baden-Argaa 
en  1714  confirmèrent  à  la  France  la  possession  de  Landau  que  lui 
avaient  déjà  reconnue  dans  le  siècle  précédent  les  traités  de  Munster» 
de  Nimègue  et  de  Ryswick. 

Ce  dernier  siège  de  1713 ,  et  ce  fut  en  effet  pour  Landau  le  dernier 
siège  jusqu'à  la  guerre  de  1793,  fut  marqué  comme  celui  de  1702 
par  des  monnaies  commémoratives.  Tandis  que  celles  de  Hélac  ont  les 
fleurs  de  lys ,  celles  du  prince  de  Wurtemberg  portent  Técusson  de 
sa  maison ,  avec  les  mots  :  Pro  Cœi.  Imp.  —  Landav. 

Indépendamment  de  ces  monnaies  obsidionales*  il  y  a  plusieurs 
médailles  commémoratives  de  l'importance  du  rôle  militaire  de 
Landau  pendant  la  guerre  dite  de  la  succession  d'Espagne.  Les  unes 
furent  frappées  à  Paris ,  les  autres  à  Vienne  »  en  l'honneur  des  géné- 
raux et  des  armées  qui,  de  1702  à  1713,  surent  si  vaillamment  se  dis- 
puter la  possession  de  cette  place  de  guerre.  La  dernière,  de  1713 , 
frappée  à  Paris ,  porte  à  l'avers  la  tête  de  Louis  xiv  et  en  légende 
Ludovicus  Magnm  rex  chri9lianis$mu9.  Au  revers  l'inscripiion  MARS 
DEBELLATOR  et  la  figure  du  dieu  Mars  foulant  aux  pieds  des 
boucliers.  En  légende  on  lit  :  Landavia  et  Friburgo  expugnatis, 
MVCCXIIL 


n  Voir  les  limisoDS  de  février,  mars ,  Juin ,  jaiUet,  août,  septembre  et  octobre, 
pages  49 ,  97 ,  257 ,  313 ,  402  et  445. 


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494  REVUB  d'alsàcb. 

Lorsqu'il  voit  ces  médailles  de  victoire  et  ces  monnaies  obsidionales , 
lorsqu'il  lit  le  récit  de  ces  grandes  guerres  dont  Landau  était ,  en 
quelque  sorte  Tenjeu ,  enjeu  gagné  au  prix  de  tant  de  sang  »  que  le 
Français  se  sent  au  fond  du  cœur  un  généreux  regret  en  pensant 
qu'aujourd'hui  Landau  n'est  plus  à  la  France  ! 

Pendant  la  guerre  de  i/55  pour  la  réintégration  du  roi  de  Pologne 
Stanislas ,  qui ,  après  sa  première  expulsion  de  Pologne ,  avait  été 
reçu  à  Landau  »  cette  ville  ne  fut  pas  menacée  »  mais  cet  avant-poste 
de  l'Alsace  eut  bientôt  à  faire  preuve  d'un  courageux  dévouement. 

Ce  fut  lors  de  cette  campagne  de  1744  où  le  duc  Charles  de 
Lorraine ,  après  avoir  fait  passer  le  Rhin  à  son  armée  et  forcé  la 
ligne  de  la  Queicb  »  naalgré  le  corps  allié  aux  ordres  du  comte  de 
Seckendorf,  envahit  l'Alsace  à  la  tête  de  ces  60,000  Hongrois 
et  Croates  dont  les  pillages  et  les  dévastations  ont  fait  appeler 
cette  guerre  la  guerre  des  pandours.  Grâce  aux  remparts  créés  par 
Vauban  et  au  peu  de  solidité  des  pandours  devant  des  batteries  de 
canon ,  la  place  fut  seulement,  à  cette  époque,  exposée  à  ua  blocas. 
Ce  blocus  ne  futpiéme  pas  très-long,  car  le  maréchal  de  Coigny.  imitant 
les  manœuvres  du  comte  du  Bourg  pendant  la  campagne  de  1709,  ne 
tarda  pas  à  rejeter  les  Autrichiens  et  les  Croates  du  prince  Charles 
au-delà  du  Rhin.  Mais  de  ce  blocus  date,  eo  quelque  sorte,  le 
patriotisme  français  des  habitants  de  Landau.  Jusqu'alors  ils  étaient 
restés  plus  ou  moins  neutres  entre  les  belligérants ,  et  le  regret  de 
leur  ancienne  Indépendance  locale  les  avait  laissés  presqu'indifférents 
entre  les  prétentions  opposées  des  Autrichiens  et  des  Français ,  pré* 
tentions  également  hostiles  à  cette  indépendance.  Pour  cette  fois  ils 
n'hésitèrent  plus ,  ils  coururent  en  aide  à  la  garnison  française ,  se 
formèrent  en  corps  de  milice  et  contribuèrent  à  maintenir  sur  leurs 
remparts  le  drapeau  de  la  France.  La  défense  de  cette  ville  fut  puis* 
samment  aidée  par  les  écluses  et  bâtardeaux  établis  en  1745  par  ordre 
du  maréchal  de  Saxe  et  qui  permirent  d'inonder  les  approches. 

Pendant  cette  période  la  ville  reçut  l'organisation  politique  des 
autres  cités  de  la  décapole.  Le  roi  lui  laissa  comme  à  ses  neuf  sœurs 
un  simulacre  d'indépendance.  Les  bourguemestres  et  le  sénat  conti- 
nuèrent à  être  élus  par  les  tribus  et  par  les  délégués  des  tribus,  fls 
purent  encore  administrer  ou  paraître  administrer  la  fortune  muni- 
cipale,  mais  tout  pouvoir  politique  leur  fut  enlevé  et  ils  furent  mis  en 


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TILLES  LDRES  ET  IMFÉIUALBS  W  L'AMCIENNE  ALSACE.  495 

tutèle  SOUS  an  délégaé  du  pouvoir  royal  revécu  ou  affublé  du  [titre 
romain  et  trop  pompeux  de  préteur. 

Grâce  à  cette  ère  de  paix  et  de  prospérité ,  Landau  put  à  loisir  se 
consoler  d'avoir  perdu  son  autonomie  en  prenant  sa  part  des  derniers 
éléments  de  vie  facile  et  commode  qu'offrait  encore  la  monarchie* 
Son  commerce  se  développa  aisément,  grâce  au  voisinage  de  la 
frontière  et  à  la  protection  du  roi  de  France.  Les  charges  de  la  ville 
étaient  peu  nombreuses,  car  c'était  toujours  à  peu  près  l'organisation 
financière  d'avant  la  réunion ,  seulement  l'impôt  se  payait  aux  offi- 
ciers du  fisc  français.  Ces  contributions  étaient  la  capUation,  le 
vingtième,  et  le  'droit  d*indu$tne;  la  caisse  municipare  faisait  l'avance 
des  fonds  sauf  à  se  récupérer  sur  les  habitants  par  l'entremise  de  son 
receveur  des  rentes.  Ce  mode  avait  l'avantage  de  ne  point  faire  peser 
sur  les  contribuables  l'action  du  fisc  central ,  et  le  receveur  de  la  ville» 
n'étant  pas  soumis  à  la  pression  des  fermiers  généraux ,  pouvait  de 
concert  avec  le  magistrat  laisser  une  assez  grande  latitude  pour  les 
payements.  On  ne  saurait  douter  que  cette  apparente  mansuétude  du 
fisc  royal  contribua  beaucoup  à  populariser  dans  les  anciennes  villes 
impériales  d'Alsace  la  vieille  monarchie  française.  Aussi ,  lorsque  les 
mauvais  jours  vinrent  pour  cette  monarchie ,  les  anciennes  villes 
impériales  devenues  royales  lui  fournirent-elles  un  assez  grand 
nombre  d'amis  plus  dévoués  et  plus  courageux  que  puissants  »  il  est 
vrai ,  mais  qui  auraient  pu  lui  venir  en  aide  plus  utilement  si  à  cette 
époque  l'ancien  régime  ne  se  fût  pour  ainsi  dire  abandonné  luf-méme. 

Ce  fut  aussi  pendant  cette  période  que  la  religion  catholique  reprit , 
non  la  suprématie  à  Landau ,  mais  une  position  d'égalité  avec  le  culte 
protestant.  La  garnison  française  et  les  divers  emplois  à  la  nomination 
royale  ou  ministérielle  n'avaient  pas  tardé  à  ramener  dans  la  ville  un 
grand  nombre  de  catholiques.  Plusieurs  s'y  fixèrent  et  augmentèrent 
Télénient  catholique  au  sein  de  la  population  qui  compta  bientôt  aussi 
un  grand  nombre  d'artisans  catholiques.  Il  fallut  donc  songer  à  donner 
plus  d'extension  à  l'exercice  du  culte  catholique  à  Landau ,  et  les 
capucins  furent  autorisés  à  y  établir  un  couvent  en  4740  (^). 

Dès  le  quatorzième  siècle  la  ville  avait  eu  des  béguines  et  en  4508 
le  magistrat  les  avait  autorisées  à  se  vouer  au  soin  des  malades  (^. 

(«)  ScHozPFLiN ,  Landau. 
(*)  Ibidem. 


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486  BBYOS  D*iJiSA€B. 

Hais  la  réformatioD  ne  tarda  pas ,  sinon  à  les  forcer,  au  moins  à  les 
délermioer  à  quitter  la  ^ille.  Cependant  il  ne  parait  pas  qu'on  ait 
confisqué  leurs  biens  ;  par  la  suite  d'autres  religieuses  y  revinrent  à 
l'époque  française ,  se  vouant  comme  leurs  devancières  à  la  sainte 
mission  de  sœurs  de  charité. 

Après  avoir  pendant  près -d'un  siècle  et  demi  vécu»  combattu  et 
prospéré  sous  le  vieux  drapeau  blanc ,  Landau  eut  en  1793  sa  noble 
part  des  dangers  et  des  luttes  qui  inaugurèrent  la  gloire  naissante  du 
Jeune  drapeau  tricolore.  Là,  comme  partout,  la  révolution  avait  déjà 
éveillé  et  déçu  bien  des  espérances ,  trompé  bien  des  dévouements , 
suscité  bien  de»  troubles  et  fait  couler  bien  des  larmes ,  lorsque  le 
canon  de  l'étranger  vint  rappeler  Landau  à  son  vaillant  rôle  de  boule- 
vard de  FAIsace  sur  la  frontière  du  Palatinat.  L'armée  des  coalisés , 
après  la  reddition  de  Mayence  et  la  retraite  des  troupes  françaises 
sur  les  lignes  de  Wissembourg,  avait  investi  Landau  dont  la  garnison 
réduite  à  un  chiffre  assez  faible  •  privée  de  plusieurs  de  ses  chefs  par 
l'émigration ,  et  très-mal  approvisionnée  de  vivres  et  de  munitions  « 
n'avait  guères  que  ses  baïonnettes  et  son  Intrépidité  à  opposer  à  la 
puissante  artillerie  de  l'ennemi.  Dans  cette  circonstance  encore  Lan- 
dau se  montra  digne  de  son  passé ,  digne  de  ses  belles  défenses  de 
1702  et  de  1704.  Et  mieux  qu'alors  les  habitants  de  Landau  surent 
&ire  cause  commune  avec  la  garnison  »  car ,  depuis  plusieurs  généra- 
tions» ils  étaient  français.  Aussi  la  garde  nationale  de  Landau ,  ren- 
forcée par  quelques  volontaires  slrasbourgeois  »  se  montra-t-elle  au 
niveau  du  patriotisme  d'alors»  et  les  bourgeois  laissèrent  stoïquement 
incendier  leurs  maisons  par  les  bombes  des  Autrichiens  et  des  Prussiens 
pour  courir  sur  les  remparts  rivaliser  de  courage  avec  les  soldats 
de  la  ligne. 

Ce  blocus  et  ce  siège  de  1793  offrent  quelques-uns  des  traits 
caractéristiques  de  l'époque  à  laquelle  l'histoire  laissera  pour  toujours 
le  titre  si  tragique  de  93. 

En  effet,  Landau  n'est  pas  seulement  menacé  à  cette  époque  parle 
feu  de  l'ennemi  »  mais  par  les  divisions  intestines. 

Dès  le  8  avril  1793  »  le  feld- maréchal  Wurmser  avait  fait  sommer 
de  se  rendre  l'adjudant-général  Gilot  qui,  sous  les  ordres  du  général 
Beauharnais ,  commandait  provisoirement  la  place  de  Laudau.  Cette 
première  sommation  étant  restée  sans  effet  et  même  sans  réponse,  le 
feld-maréchal  envoya  un  oflScier  au  général  Beauharnais  pour  lui 


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VILLES  L1BRB8  ET  IWÉIUALES  DE  L'aSCIENNB  ALSACE.  497 

représenter  que  Landau  •  dépourvu  de  vivres ,  de  munitions  et  de 
soldats,  '  ne  pouvait  tenir,  que  la  place  ne  pouvait  éire  secourue  par 
les  troupes  sous  ses  ordres  trop  Taibles  pour  livrer  bsuaillc  à  l'aruiée 
austro-prussienne ,  et  que ,  pour  éviter  une  effusion  de  san^  inutile, 
il  valail  mieux  auioriser  Gilot  à  faire  une  cnpiiulation  honorable. 

Dîtes  à  voire  cher,  ri^pond  Beaiiharnais  à  Taide-de-canip  auirichion, 
que  Landau  ne  se  rendra  pas ,  et  que  n'eus.«^é-je  plus  qu'un  seul  gre- 
nadier et  une  seule  cartouche ,  j'irai  au  secoui*s  de  la  place  ! 

Le  brave  et  infortuné  Beauharnais  Teùi  fait  comme  il  Tavnît  dit , 
mais  dénoncé  par  les  terroristes ,  qui  ne  pouvaient  lui  pardonmr  ni 
son  origine  et  ses  formes  arislocrutîques ,  ni  la  modération  de  ses 
opinions,  ni  l'attachement  de  ses  soldats,  il  fut  peu  après  enlevé  à 
l'armée ,  mandé  devant  le  comité  de  Salut  public ,  et  le  25  juillet 
1793 ,  cinq  jours  avant  la  chute  de  KulN^spierrc ,  il  dut  aller  expier 
sur  l'érhafaud  de  la  révolution  l'Iionneur  d'avoir  été  l'un  des  premiers 
et  des  plus  chevaleresques  rhcfs  de  ces  vaillantes  phalanges  dont  la 
gloire  allait  bientôt  s'identifier  avec  celle  de  sa  famille. 

Nouvelle  sommation  au  nom  du  roi  de  Prtisse  adressée  le  7  mai 
1793  à  Marie-Joseph  Laubadère,  uppeb'  au  commandement  su|)rri<*ur 
de  Landau.  Il  répond  comme  Beauharuais.  Le  blocus  durait  dôjù 
depuis  un  mois  et  la  famine  cominençaii  à  se  fairp  sentir.  C«'S  priva- 
tions aigrissaient  les  esprits ,  on  accusait  la  parcimonie  du  gênrrul 
qui  se  gardait  de  laisser  trop  vile  épuiser  les  ré&erves  des  magasins  ; 
on  alla  même  bientôt  à  accuser  son  patriotisme ,  et  les  membres  lies 
clubs  criaient  qu'il  voulait  laisser  mourir  de  faim  les  patriotes.  Le 
représentant  du  peuple  Denzel  se  fait  riuteriiréte  de  ces  murmures  ; 
il  somme  le  chef  militaire  de  prendre  des  mesures  plus  révoliaion- 
oaires  pour  pugmenter  les  rations  ,  de  faire  fouiller  les  maious  des 
suspects,  et  enlever  les  sacs  de  grains  qu'elles  recèlent  sans  doute;  il 
lui  dit  que  le  blocus  ne  peut  durer  longtemps  ,  que  la  nation  ne  sau* 
rait  tarder  à  délivrer  Landau ,  et  que ,  par  conséqttent ,  c'est  une 
trahison  que  de  garder  en  magasin  des  vivres  nécessaires  ù  la  nour- 
riture quotidienne  du  peuple. 

Laubadère  répondait  vainement  que  le  blocus  pouvait  durer  très- 
longtemps;  que  la  nation  avait  trop  d'ennemis  sur  les  bi*as  pour 
accourir  de  sitôt  en  masse  au  secours  de  Landau  ;  que  les  faniillcs 
des  pauvres  suspects  an  étés  par  ordre  de  Denzel  avaient  d<  jù  a.^scz 
de  peine  à  vivre  ;  que  les  patriotes  des  clubs  devaient  savoir  comme 

9*i 


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498  UtUB  ifMLUCÈ. 

ses  soldats  ji'ûner  et  mourir  pour  la  patrie  ;  que  si  l*oa  ^puittaît  eu 
un  jour  les  bibles  réserves  des  magasins ,  on  serait  réduit  à  se  manger 
vifs  le  lendemain  et  que ,  déiei miné  comme  il  Téiaii  à  ne  Jamais 
rendre  la  place,  il  voulait  en  les  diminuant  allonger  autaut  que 
possible  les  rations. 

Ces  diseussions  s'envenimaient  de  plus  en  plus;  Denzel  avait  d*abord 
eu  pour  auxiliaire  l'adjudani-général  Delmasdont  la  lK>nillunle  ardeur 
accusait  les  mesures  trop  méthodiques  de  Laubadère  ;  mats  bientôt  il 
s'était  rallié  au  commandant  supérieur  et  deux  camps  presqn'aussi 
hostiles  enir'eux  que  les  assiégeants  et  les  assiégés  s'étaient  formés 
dans  la  ville.  L'un ,  le  camp  militaire  ou  le  parti  militaire  avait  pour 
cbefk  Laubadère  et  Delmas  »  et  ralliait  ù  lui  la  majetire  partie  de  la 
garde  nationale  ;  l'autre  était  recruté  surtout  d'individus  étrangers  à 
la  ville»  venus  à  la  suite  de  l'armée  et  restés  sans  emploi ,  ainsi  que 
d'un  certain  nombre  de  réfugiés  du  Palaiinat ,  du  Liixembciurg  et  du 
duché  de  Deux-Ponts  qui  s'étairnt  compromis  par  des  démonstrations 
révolutionnaires  pendant  l'occupation  de  leur  pays  par  les  troupes 
républicaines,  et  qui  »  obligés  de  s'expatrier  par  suite  de  la  retraite 
des  Français ,  remplissaient  Landau  de  leurs  plaintes ,  de  leur  exaU 
tation  et  de  leurs  terreurs.  Ce  dernier  parti  avait  pour  chef  le  repré- 
sentant Denzel ,  originaire  du  Palatinat ,  et  que  ses  adversaires  accu« 
saient  de  n'avoir  embrassé  la  cause  de  la  révolution  que  pour  pécher 
en  eau  trouble. 

Les  choses  en  vinrent  au  point  que  Ton  allait  se  battre  entre  assié- 
gés  en  présence  des  assiégants.  Denzel  ne  se  lassait  pas  de  dénon(*er 
comme  ennemi  du  peuple  et  comme  traître  à  la  patrie  le  chef  des 
défenseurs  de  L.andau  ;  il  veut  même  le  déclarer  hors  la  loi  et  d»jà  un 
complot  est  formé  pour  s'assurer  de  sa  personne.  Mais  celui-ci  en 
prévient  l'exécution  et  fait  mettre  Denzel  aux  arréu. 

Cette  espèce  de  coup  d'Etat  ne  laisse  pas  cependant  que  de  mon* 
ter  encore  davantage  les  esprits ,  quelques  militaires  même  et  une 
partie  de  la  garde  nationale  hésitent  à  se  rendre  complices  d'une 
arrestation  que  la  Convention  nationale  pourrait  punir  avec  la  rigueur 
ordinaire.  On  se  rassemble,  on  demande  la  mise  en  liberté  du  repré~ 
sentant  du  peuple.  Par  bonheur»  en  ce  moment ,  l'ennemi ,  instruit 
par  les  espions  de  ce  qui  se  passe  dans  la  ville,  croit  le  moment  venu 
d'attaquer.  Le  général  s'écrie  aussitôt  que  c'est  aux  remparts  qu'il  faut 
aller  et  non  pas  &  la  maison  de  Denzel.  Il  se  met  à  la  tête  des  ses  sot 


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Villes  libres  et  impériales  de  l'ancienne  alsacb.        4Ô9 

dats ,  attire  dans  leurs  rangs  quelques-uns  des  plus  exaltés  d'entre  les 
émpuliers  ,  fait  une  sortie  et  repousse  les  Prussiens. 

Tant  d*énergie  de  la  part  du  cher  parvint  enfui  à  remettre  un  peu 
d'ordre  dans  la  ville  toujours  étroitement  bloquée.  Ce  blocus,  resserré 
davantage  encore  a  partir  du  f  août,  ne  lasse  pas  fins  letutirnge 
des  bourgeois  que  celui  de  la  garnison.  A  mesure  qu*îl  se  prolonge 
chacun  est  conduit  à  rcconnaiue  coiiibicn  le  général  a  agi  prudcuunfnt 
en  économisant  les  provisions.  A  défaut  de  viandes  rraiclics  on  se 
Douitissaii  gairinenl  de  farinagcs  et  de  quelques  salaisons,  ou  appai- 
saii  sa  faim  en  buvant  de  l't  au.  Le  vin  avait  ac(iuis  un  prix,  fabuleux , 
et  dans  les  cabaiets  on  veu'iait  de  la  déiiemi  e  de  bois  ou  de  \ieux 
cuir  pour  de  la  bieire.  De  fnquentes  sorties  toujours  heureuses 
ranimèreul  le  moi  al ,  c'était  ù  qui  ferait  le  coup  du  fusil  contre  les 
Autrichiens  et  les  Prussiens.' 

Les  femmes  même  s'en  mêlaient  ;  Landau  pondant  son  long  inves- 
tissement du  printemps  de  n95  à  fui  décembre,  blocus  devenu 
siège  vers  la  fin,  a  pu  contpter  >iiion  une  Jeanne  d'Arc  au  moins  plus 
d'une  intrépide  amazone.  Indépeuitammeni  d<'S  femmes  qui  se 
dévouaient ,  couformément  à  Tiusiiurt  de  leur  sexe,  pour  soigner  les 
malades  et  les  blessés  •  il  en  élait  qui  ue  rraiguaient  pas  d'aiïroirier 
les  balles  et  d'accompagner  le^  soldats  dans  les  sorties.  L'une  d'elles 
fut  prise  par  les  Prussiens  dans  une  de  ces  sorties  et  reconnue  malgré 
SQD  travestissement  en  garde  national.  Conduite  devant  le  roi  de 
Prusse  qui  venait  depuis  peu  d'arriver  au  camp ,  elle  fut  battue  de 
verges  par  ordie  du  monaïque,  ahu  d'apprendre  aux  autres  feuunes , 
s'écria  te  successeur  du  grand  Frédéric ,  ù  ne  plus  méconnaître  les 
convenances  de  leur  sexe  (^).  Cet  exemple ,  lo  n  d'eiïrayrr  les  jeunes 
guerrières  de  Landau  ,  les  exaspi  ra  ;  il  y  eut  comme  une  gageure  ù 
qui  monterait  sur  les  remparts  pour  faire  le  coup  de  fusil.  Sur  ces 
remparts  »  où  elles  couraient  s'exposer  si  follement ,  elles  risqu:iient 
bien  de  recevoir  la  moit,  mais  non  plus  d'être  battues  de  verges. 
Parmi  les  plus  audacieuses  se  faisait  surtout  remarquer  une 
jeune  fille  née  à  Lsmdau  où  son  père ,  ancien  soldai  du  régiment  de 
Béarn ,  s'était  fixé.  Mlle  irélail  pas  moins  ardente  révolutionnairo 
.  qu'intrépide  soldat ,  et  dans  l'émeuie  pour  la  mise  en  liberté  du  repré« 
sentant  Denzel  on  ne  Tavail  que  trop  remarquée.  Uè^  que  la  généi*ale 

(*)  âcs£RMAn:«  et  BiasBAUH ,  page  318. 


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500  RSVIJS  D*ALSàCB. 

était  battne  dans  la  ville  ou  dès  qu'un  coup  de  canon  se  faisah 
entendre  sur  les  remparts  •  elle  courait  aux  armes.  On  disait  que 
c'était  pour  venger  son  amant  ou  son  fiancé  qui  avait  été  tué  dans  un 
des  premiers  engagements.  Loin  de  se  cacher,  comme  ses  compagnes, 
sous  l'habit  de  soldat ,  elle  se  montrait  au  premier  rang  vêtue  en 
montagnarde  «  comme  on  disait  alors ,  c'est-à-dire  »  avec  le  jii|Hm 
court  et  un  large  casaquin  ou  carmagnole.  Sa  coiflure  était  le  bonnet 
rouge  auquel  se  fixait  la  cocarde  nationale.  Dès  qu'elle  voyait  l'ennemi 
elle  le  provoquait  par  ses  bravades  et  les  balles  pteuvaieni  ausbiiôt 
autour  d'elle.  Enfin  l'un  de  ces  projectiles  l'atieignit  et  l'enthotisiasle 
Maiîanne  mourut  en  soldat  sur  le  champ  de  bataille. 

Dans  les  premiers  mois»  l'ennemi  n'ayant  que  de  Tartillerie  de  cam- 
pagne ,  les  édiGces  de  la  ville  n'avaient  giières  eu  à  soulTrir  que  de 
quelques  boulets  perdus.  Mais  après  que  les  lignes  de  Wissembouiig 
eurent  été  forcées,  le  43  octobre*  les  opérations  du  siège  commen- 
cèrent  »  et  les  bombes  firent  d'assez  grands  ravages  dans  la  ville. 
Cependant ,  le  feu  de  la  place  fut  si  vif  que  l'ennemi  dut  suspendre 
l'attaque.  Elle  reprit  de  plus  belle  le  ^  octobre ,  à  trois  heures  du 
matin ,  et  le  bombardement  continua  sans  interruption  jusqu'au  29 
octobre  à  onze  heures  du  soir.  Des  incendies  éclatèrent  dans  tous  les 
quartiers  de  la  ville  et  détruisirent  les  magasins  d'approvisionnement  et 
d'effets  militaires.  Les  archives  de  l'hôpital  et  avec  elles  la  chronique 
de  Jacques  Marzolph  furent  brûlés  »  des  bourgeois  »  des  femmes ,  4^ 
enfants  furent  frappés  par  les  éclats  de  bombes  jusques  dans  leurs  caves. 
Puis»  le  50  et  le  31  octobre  encore  deux  bombardements,  moins  actifii 
toutefois,  et  quise  taisent  enfindanslanuiiduSloctobreaul'' novembre. 
Plus  de  30.000  bombes  et  boulets  ont,  dit-on ,  été  tirés  par  l'ennemi 
pendant  ces  attaques  et  les  munitions  paraissent  lui  manquer  pour 
coutinuer.  En  outre ,  le  but  de  l'ennemi  n'a  pu  être  atteint  ;  Lauba* 
dère ,  toujours  debout  sur  les  remparts ,  n'a  pas  permis  aux  paral- 
lèles d'avancer.  Une  vigoureuse  sortie  achève  d'arrêter  les  travaux 
de  siège ,  et  le  général  prussien  Knobelsdorf,  qui  a  remplacé  devant 
Landau  le  felJ-maréchal  Wurniser,  est  de  nouveau  réduit  à  se  borner 
à  bloquer  l'invincible  forteresse. 

Ne  pouvant  réussir  par  le  feu ,  l'ennemi  alors  a  recours  à  l'élément 
opposé ,  et  ne  pouvant  plus  brûler  la  ville  il  tente  de  la  noyer.  Ce 
plan  diabolique  aurait  été  suggéré  au  feld  -  maréchal  Wurmser» 


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yniUSS  UBRBS  BT  OfPÉRIÀLBS  M  L*AlfCIBllIIB  ALSACE.  SOI 

d'abord  »  pnU ,  an  général  Knobelsdorf  par  on  nommé  TraUteur  0) , 
de  Heldelberg.  H  ne  s'agit  de  rien  moins  que  de  barrer  le  cours  de  la 
Qiieich  au  sortir  de  Landau  pour  contraindre  les  eaux  à  reOuer  Vf  rs 
la  ville,  rinonder  et  se  transformer  au  pied  des  imprenables  remparts 
en  autaut  de  mines  ou  d'attaques  ù  la  sape  .  Mais  Laubudère  fait  exé* 
cuter  des  contre-travaux;  l'eau  repoussée  vers  la  ville  se  répand  »ur 
les  glacis  et  ne  sert  qu'à  couvrir  davantage  les  approches  de  la  plaee. 
Enfin  ,  puisque  tout  est  inutile  contre  Landau  »  le  fer  et  la  famine , 
l'eau  et  le  feu  »  le  général  ennemi  essaye  un  dernier  moyen  :  il  veut 
négocier  et  lâcher  de  faire  ouvrir  de  gré  ces  portes  qu*il  n*a  pu  forcer. 
Avant  la  révolution  M.  deLaubadère,  déjù  chevalier  de  St.-Louis , 
était  capitaine  du  génie  attaché  à  IVtat-major  de  cette  arme  à  Stras* 
bourg.  Il  avait  eu  l'occasion  d'y  rencontrer  M.  le  prince  de  Hohen* 
lohe  alors  colonel  d'un  régiment  allemand  au  service  de  France.  Ce 
prince  qui  a  émigré  et  qui  lommande  un  corps  de  l'armée  prussienne  « 
a  déj:\  une  fuis,  depuis  l'investissement  de  Landau  et  pour  obéir  à  un 
sentiment  de  courtoisie  chevaleresque  »  fait  parvenir  par  les  vedettes 
ses  compliments  à  M.  de  Laubadère.  Une  lettre  »  soie  écrite  par  le 
prince,  soit  supposée  venir  de  sa  part,  est  donc  remise  par  un  parle* 
mentaire  au  commandant  républicain  de  Landau.  Dans  cette  lettre , 
api*ès  les  félicitations  d'un  ancien  frère  d'armes  pour  sa  belle  défense, 
on  exprime  le  regret  que  tant  de  bravoure  et  de  talent  soient  dépen- 
sés pour  une  cause  perdue,  car,  assure-l  on,  sur  toutes  les  frontières 
les  armées  de  la  République  sont  battues ,  et ,  notamment ,  l'armée 
du  Rhin ,  n;foulée  jusques  sur  les  glacis  de  Strasbourg ,  est  dans 
l'impossibilité  de  dégager  ou  de  ravitailler  Landau.  Ne  vaut-il  pas 
mieux  évacuer  la  ville  pour  aller  rejoindre  cette  armée  que  s'obstiner 
à  défendre  des  murs  où ,  lurs  mémequ'un  nouveausiègeresteraltencore 
sans  résultat ,  il  tiudrait  finir  par  mourir  de  faim  ? 

Lanbadère  n'était  pas  homme  à  se  payer  de  cette  monnaie,  il  fit  one 
réponse  polie  mais  dont  chaque  phrase  disait  :  c  Landau  ne  se 
rendra  pai  I  i  Et  cette  réponse  il  la  renouvela  encore  deux  fois  •  le 
prince  royal  de  Prusse  et  le  général  Knobelsdorf  l'ayant  à  deux 
reprises  encore  fait  sommer  de  capituler  (<).  L.  Letrault. 

(La  fin  à  la  prochaine  livraison.) 

{*)  Bin?mACM ,  page  364. 

('}  UMdem ,  ptge  532  (preuves). 


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LISTE 

PCS  VILLAGES  DÉTRUITS  AINSI  QUE  DES  NOMS  DE  VILUCES 
DISPARUS,  DANS  LA  HAUTE- ALSACE. 


Srhœpflîn  a  donnô ,  dan^  YAhnifa  Uhixtrata .  une  liste  des  vîlta£:es 
dôtniiis  (le  notre  province  :  V.  tome  il ,  p.  3.VJ  de  lu  induction  de 
Ravenôz.  Celle  liste  «si  devenue  tncotnplèie  pir  snîie  des  travaux 
liisioiiqiios  pnMiés  depuis  cet  :uiienr.  Nous  allons  lâcher  de  la  mettre 
au  niveau  di>s  connaissances  actuelles,  pour  ce  qui  concerne  la  Haute* 
Alsace  et  le  Siind^au. 

S.  (h  AiUihhehn  ,  près  d'Ensîshcim  ,  est  compris  dans  la  b«)nliea6 
de  celle  ville  (Scliœpnin  ,  lor.  cil.).  M.  Meriklen ,  diinn  son  hisioire 
tTEnshlieiin ,  I,  156,  app(  Ile  ce  villa^^e  Adolheim  ou  linvoUhàm. 

S.  AhchwilU'r  et  AlmtztvUler,  Au  15*  siècle,  ces  deux  villai,'es  sont 
citôs  comme  formant  deux  paroisses  du  déc:inal  vUm  colles  Otionis. 
(Tronîllal ,  Momnwnts  de  lliisiohc  de  Vanckn  cvêché  de  Bâle ,  I , 
p.  Lxxvii).  L*oi'iho{;raptiedcsdenX  noms  s*esi constamment  maintenue 
di>lincie ,  de  sorte  qu'il  s'agit  bien  de  deux  villages,  quoique  Ton  ne 
sache  plus  ce  que  le  second  e>t  devenu  ,  ni  où  il  était  situé.  Quant 
au  premier,  on  sait,  pnr  RtM'ler,  qu'il  a  éié  détruit,  au  14* siècle,  |  ar 
les  Anglais  ,  et  qni>  les  habitams  se  rériigi(*'reni  a  Sutltz.  La  butte  de 
Sl.-Ge>»i'ges  ,  situé  au  canton  dit  OiNchwillerburg ,  corruption 
d'Alsi  h\villerbui*g ,  a  un  kilomètre  de  Soullz  ,  indique  encore  rem- 
placement de  ce  dernii-r  village. 

ANchwiller.  au  I3>îe(l0s  sVcrîvah  Aliswilre  (Schœpnin-Ravenèz » 
ÎV  ,  200)  et  ,  ai'Ienis  ,  Al>wilre .  en  I2G8. 

AIraizwiller.  A  l.i  même  époque,  s'écriv.ih  Aîricldswîlrc  (ibîd. ,  îV, 
200)  et  AIriaWilre ,  d  a|ircs  un  règlemeiil  colongcr  d'issjuheiiu  de 
1382. 

S.  Altenhrhn ,  près  de  Zeîlenberg.  Détruit  an  commencement  du 
K*  sièeîe  Le  territoîie  en  a  été  partagé  entre  Urblenheim  et  Zetlen- 

(*)  Nous  ferons  précéder  de  la  lettre  S  le»  noms  cités  par  Schopflin. 


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LIfTB  DBS  TfU^AGBS  DttmnTS,  BTC.  069 

berg  :  entendant  »  les  babilants  en  ont  été ,  ponr  la  plupart ,  trans- 
portas 6  Zelleiiberg  (ibid.,  IY«  190  et  S63).  Du  temps  de  Scbœpflin  on 
voyait  encore  la  fonlaine,  indice  d'anciennes  habitations,  -^  Un 
renouvellement  des  renies  de  la  cour  franche  de  Zellenberg ,  de  i568 , 
«ppellece  teriitoire  c  le  ban  commun.  » 

Bemhamen.  Berinbuson  est  cité  entre  Rubunlewa  et  Mietersbeim  » 
sur  les  confins  de  la  Hart,  dans  un  titre  de  1004  (ibid.,  iv,  98).  Dans 
un  autre  tiire  de  i040,  cet  endroit  est  appelé  Bembuson.  (Trouillat, 
J,  I6S). 

S.  ff/r/er/m]}^,  entre  Ober-etNiederhergheim.  (Scbœpflin-Ravenèi  « 
V,  3S9).  Au  14*  siècle,  Tabbesse  d*Crsieîn  y  possédait  une  cour  colon* 
gère. 

S.  Blrlingen .  près  de  Cernay.  Du  temps  de  Scbœpflin  il  y  avait 
encore  une  église  et  deux  habitations  (ibtd.,  iv»  i&iu  11  y  avait 
autrefois  un  prieuré  et  un  pèlerinage.  La  statue  miraculeuse  de  la 
Vierge,  qui  s'y  trouvait,  est  aujourd'hui  à  l'église  paroissiale  de 
Cernay. 

S*  Binen^  près  de  Huningue,  sur  l'emplacement  de  S.-Louis, 
(ibtd.,  V ,  359).  Cité  sur  l'autorité  de  la  topographie  d'Ichtersheim. 

Bleyenhem ,  près  de  GundoUbeim.  Dans  un  cartulaire  de  Tabbaye 
de  Murbach  (archives  du  département  du  Haut-lthin)  on  trouve  »  ù  la 
date  de  1453«  des  noms  tels  que  c  in  Blûenhein  velde^  zuo  Btuenhin, 
vff  dm  Blûwenhein  weg,  »  Un  titre  de  la  colonge  de  Gundolhbeim , 
de  1551,  porte:  t  zwiêchenl  GundeUxhin  und  Btûwenhin  bann,  > 
(mêmes  archives). 

BlidoUheitn ,  près  de  Bantz^nheim.  L'état  des  rentes  et  revenus 
de  la  maison  d'Auiiiche,  dressé  en  1303,  par  Bourcart  de  Frick 
(mêmes  archives)  cite  ensemble  :  die  zwei  dœrfer  %e  BUdulezhein 
vnn  ze  Banunhein. 

S.  BUemwiUer.  L'emplacement  de  ce  village,  près  de  la  route  entre 
&>lmar  et  S^-Croiien-plaine ,  est  encoe  connu  sous  le  nom  de 
Blieêchwihr.  Oa  y  voit  une  grande  quantité  de  tuiles.  La  iradiiion 
rap|>orie  qu'il  s'y  trouvait  un  couvent  de  fcnmes  :  on  croit  encore 
entendre  quelquefois  leurs  voix  dans  le  silence  de  la  nuit. 

D'après  Schœpflin  ce  village  aurait  péri  pendant  la  guerre  des 
Armagnacs,  au  15*  siècle,  et  le  t»*rritoii*e  en  aurait  i^té  réuni ,  en 
partie,  àcelui  deSundhofTen.  (Schœpflin-Ravenèz,  iv,  i81  etSiO). 

S.  Bmgwrun.  — *  Dans  le  Sundgau  (ibid.,  v,  339).  Le  Baamnhof, 


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i(04  REVUE  D'aUKX. 

--  contracté  de  Bmgarthof,  —  sur  le  territoire  de  Riespach ,  en  efC 
le  reste. 

Bnmen^  pr^s  de  Broni^Uilt.  A»  15*  Mècle,  paroisse  du  dfcanat  haef 
colleff.  iTi-otiUlat,  i,  p.  LXxx).  U'ic  croix  «  dite  Rurnenkreuz ,  seiroofe 
à  ronilroit  oii  élaii  sîuié  ce  villaj^e.  Cette  croix  remplace  elle-méim 
une  chapelle  démolie  pendant  la  révolution.  Tout  près  delà  sourd 
la  fontaine  dite  Burnonbrnnnen. 

Bnnik'trch.  Le  clocher  et  une  chapelle  existent  encore  près  d'Ill« 
fnrih.  Cité ,  au  15*  siècle ,  cooime  paroisse  du  décanat  du  Suodg^. 
(Ibid.,  I .  p.  LXXVIX). 

Bimincoiiri.  Un  litre  de  1 186  signale  une  église  de  ButiheoH  qui , 
d*après  des  indications  postérieures  ajoutées  sur  le  titre  méme^  doit 
être  la  ni^^me  que  celle  de  Habsheim.  (Trouillat,  i,  403).  H.  Troaillat 
Bupfiose  que  c*e>t  le  nom  français  de  Uabsbeim.  Peut-être  est-ce  celui 
d'un  ancien  village  détruit. 

Buicuheim,  près  de  Hombourg.  Cité»  au  l-V  siècle,  ooaime 
paroisse  du  décanat  cltra  BUeniun.  (Troutllat  «  i  •  p.  LXXViii). 

S.  Deckwitlcr^  anciennement  Dechunwilre.  Près  d'Oeleoberg ,  dans 
le  Sundgan.  (SchœpOin-ltavf  nèz ,  v ,  559). 

Un  urbaire  de  1581  (archives  du  Haut  Uhin»  fonds  Mazarin)  porte» 
page  122,  c  dht  Dorf  Bemwgen  hal  aber  dritthalben  bann^  al»  Reinm^ 
gen  vnd  /hrkhenwcijler  bnnn  gnr^  und  fltm^en  bnnn  tehier  haib.  » 

S.  Demhehn ,  près  de  Colmar.  Autrefois  Deigenheim  ou  Theigenheim. 
Ac(|uis  en  1319  «  par  la  ville  de  C'dmar,  il  y  fut  transporté  peu  après 
en  raison  dosnoml)rense^  déprédations  auxquelles  lf>s  habitants  étaient 
exposés.  (Scliœi»nin-l\jvencz  »  iv»  175).  11  y  a  encore  à  Colmar  un 
faubourg  de  Deinheim. 

S.  OintjMhem^  près  lie  S^  Croix-en-plaine.  Autrefois  Tûngensheim. 
A  péri  au  15*  siècle/  pendant  la  guerre  des  Armargnacs  :  le  territoire 
en  a  rié  réuni  a  celui  de  S'^-Croix.  (Schœpflin-Ravenèz,  iv,  219ï.  Il 
en  e:it  resté  uue  chapelle  et  une  niai^^ou  d'hennito  jusqu'à  la  révolution. 
Un  tertre  peu  étendu  »  à  Teodroit  dit  Dinzenplon ,  en  ludique  encore 
remplacement. 

S.  Dùnen-Loglenhcim  :  entre  Coîmar  et  Tûrckhelm.  A  péri  dans  la 
g/ierre  de  trente  ans  (ibiil.,  iv.  278).  Ce  village  dépendait  du  b^illage 
de  Wiiu'-aii-Val .  seigneurie  de  Ribeaupierre. 

S.  Edenburg^  près  Je  Riesh/im.  Ce  vilhige  a  été  d»*truit  pendant  le 
siège  de  Biûuch  »  eu  iCL8.  Les  titres  Tappelleut  Œden-Burckbeim. 


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LISTE  DES  VILUGBS  DÉTRUITS ,  ETC.  S05 

(Ibid.,  V ,  3S9).  Au  18*  siècle,  Œdenburgheim  était  encore  cité  comme 
paroisse  da  décanat  citra  Rhenum.  (Trouillat ,  i ,  p.  Lxxviii). 

S.  EUenwUler,  près  de  Ribeauvillé.  EleDwIller  élait  voisin  de  Reg« 
genbausen  »  autre  village  détruit ,  mais  plus  rapproché  de  la  ville. 
N'a  disparu  complètement  qu*à  la  An  du  i6«  siècle.  Un  couvent  de 
dominicains  »  sis  dans  le  village  »  a  péri  en  même  iempA  que  lui. 
(ScbœpOin-Ravenèz ,  iv ,  263), 

S.  EnwiUer.  cité  comme  ch&teau  avec  un  bourg ,  entre  Scbweig- 
bausenetMichelbach  (ibid.,  iv»  iH).  En  1187»  Anuwlrre.  (AU.  dipL, 
1,286.) 

S.  Brhsheim  :  entre  Cernay  et  Aspar*h-le-Hant.  SchœpOin  dit  qu*il 
en  reste  une  ferme  et  une  chapelle.  Les  habitants  ont  dû  se  transplanter 
i  Tbann,  vers  1544.  (SchœpOin-Ra venez,  iv,  103:  v,  360). 

Erbsbeim  est  nommé  Arabaahaîm ,  dans  un  tiire  de  784  (AU.  dipL, 
1 ,  53).  A  cette  occasion ,  Schœpflin  désigne  ce  li^u  comme  villa  hicena  ; 
cependant  •  Tidendité  des  deux  noms  parait  évidente.  Un  autre  titre 
de  1187  écrit  ce  nom  Berbheim.  (Ibid.,  i ,  286). 

EMchehzheim.  Eschoitzhein  est  cité  dans  deux  titres,  de  1273  et  de 
i278.  (Trouillat ,  Il ,  235  6t  264).  Il  s'agit  d'un  village  qui  est  aujour- 
d'hui réuni  à  celui  de  Rixheim  et  non  d*Eichentzwiller  comme  le 
suppose  M.  Trouillat. 

S.  Emuiller,  près  de  Schlierbach.  Suivant  Schœpflin,  ce  nom 
s'écrivait  EUweiler  et  figurait  dans  la  seigneurie  de  Lnndser.  (Schœpflin* 
Ravenèz,  v,  360).  Suivant  Bourcart  de  Frick  •  1303,  il  s'écrivait  Emwilr. 

Feldkirch,  près  de  Wettolsheim.  Au  18«  siècle,  paroisse  du  décanat 
ttbra  collet  Otionii.  (Trouillat ,  i ,  p.  Lxxvi).  L'église  était  dédiée  à 
St.-Fridolin  et  le  but  d'un  pèlerinage  fréquenté ,  lequel  fut  transféré 
en  1780  dans  le  village  de  Wettolsheim. 

S.  Genchwiller^  près  de  Pfetterhausen.  Il  en  restait  une  chapelle 
du  temps  de  Schœpflin.  (Schœpflin-Ravenèz,  v,  360). 

Ginperg^  près  de  SouUzbach.  Etait  aussi  appelé  Gei»perg,  Cité,  au 
15*  siècle  9  comme  église  paroissiale  du  àèc*ùnvtl  ullra  collet  Ouonis. 
(Trouillat,  i,  p.  lxxvi).  Un  urbaire  de  1441,  de  la  seigneurie  de 
.  Ribeaupierre  (archives  du  Haut-Rhin) ,  décrit  ainsi  le  ban  de  Girsperg  : 
c  Girgperg  izwing  und  ban  zu  beiden  Sbsscn  gehœrende  hebel  an ,  an 
dem  Mûmler  wege ,  der  da  gai  hinab  zwÎMchent  dem  Klemettelin  vni 
dem  tchûchfer  acker  vnd  zûhei  den  onlechl  wegk  (l'Erschlecht  actuel 
de  Wintzenbeim)  Un  jn  vnu  an  den  Bergk ,  vnd  zûheî  vnder  dem  Berge 


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tôt  BBVUR  D^AUACS. 

den  wfffk  kinjn  vnt9  an  dh  grotUetffe  vnd  die  grouVe/f  vffaUder  tm 
imilzel  vnU  an  den  bolutt  mnffen  »nd  d'us  une  nnùlii  vff  deia  graie 
herabe  vniz  an  den  ntargsteijn  der  zwischent  fVihr,  SuUzbach  vnd 
Girsperg  HaL  i 

Grenzarh.  Cilé  •  en  4503 ,  par  Bourcari  de  Frick  »  comme  faisaol 
partie  de  la  maii  ie  de  Srppois. 

GuizwUler.  Déli'uii  vers  la  fin  rlii  16*  siècle  et  réuni  à  Kœtzingeo« 
(BaqiiuL  Diction,  d* Alsace,  p.  i90).  CM  sous  les  formes  de  Giiez- 
wilre ,  eu  i  146  •  el  de  Cruzwilre  »  en  11S3,  par  Trouillal»  dans  le  i*^ 
toi.  de  ses  Htunumenis. 

IJammerâiadi ,  près  de  Rumersheim.  Au  15*  siècle,  paroisse  da 
décaiial  dira  Rhennm.  (Trouillal  •  i ,  p.  Lixvni).  Est  appelé  Huma* 
ristad,  dans  un  titre  de  750  (AUal.  dipL,  i,  13). 

Banensiein.  Hôwenstein  esi  cité,  au  15' siècle*  comme  paroisse 
du  déc^nal  citra  colles  Oiloiiis,  enti*e  Gueberscliwihr  ei  HatUiatU 
(Trouillai ,  i  •  p.  Lxxvii).  C'est  encore  le  nom  d'un  canton  rural  à 
Gufberscbwihr. 

S.  llausen,  près  de  Schwefghaasen^  dans  le  Sundgan.  A  péri  avant 
1468.  (Schœpflin-Kuvenèz,  iv,  111).  V.  le  mot  Dm-kwiller. 

S.  Uahenkirch,  près  de  Sierentz.  (Ibid.,  v.  5GU).  L'églice,  qui  ôtatt  d* 
tuée  prèsd*une  ancienne  route  romaine,  n*a  été  démolie  que  depuis  pou. 

S.  Ktizenivciler,  près  d*Ammei*scbwibr.  (Ibid.)  Etait  aussi  appelé 
Katzenbach.  A  été  réuni  à  Atnmerscbwibr.  (Ibid.,  iv,  250). 

S.  Kaizwangen.  S'e^t  confondu  avec  Bennwibr  au  commoncement 
du  13* siècle.  Il  re&te  de  ce  vilkign  une  cliapeUe  dite  de  ^  aiut-Sévèrin, 
Tulgairement  appelé  Sam- Griniuien.  (Scliœpfliu-ltavenèz^  iv ,  275). 
Au  15*  siècle,  Katzwangcu  était  euc(»re  cit«^  comme  paroisse  du 
décatiat  ultra  colles  Ottonis,  (Trouiliat,  i ,  p.  LXXVI). 

Kippitigen.  Ancien  village  dé:ruil  dans  le  ban  de  Brinighoflien  ;  son 
emplacement  est  encore  marqué  par  un  puits  qui  existe  dans  les 
champs,  non  loin  du  moulin.  ( 

Kdchhelnu  1305,  Baurcart  de  Frick  cite,  parmi  les  localités  de  la 
Haute-Alsace,  un  Kilchheim,  lequel  devait  être  sitné  de  ce  côté -ci 
du  Rhin,  vis-a-vts  du  Kirchen  bailois,  où  est  aujourd'hui  l.i  Itosfnau. 
Voici  ce  qu'il  on  dit  :  c  Der  selbc  hnfhal  twvh  XX  Vjuchrri  holizes ,  vu 
1  zid  v[  di'm  Kine  ze  Kilvlicn...,  dvr  selb  ho[  hni  mit  dem  doifnichi  ze 
schn fende  ^  wanl  er  hai  wn  vn  weide  holtz  vn  vfli,  » 

Krispingeu.  Au  Id*  siècle,    pai*uisso  du  dccanat  du  Suodgan* 


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LISTE  DES  YIIX40E8  OtTRCITS .  ETC.  SOI 

(TroaHIat,  i.  p.  uxvix).  Cost  ranciett  nom  de  la  partie  du  villsge 
de  Walheim  qui  est  siiuée  sur  la  route* 

Leberatiwiller,  Au  15'' siècle,  fiaroisse  du  di^canai  inUr  Colles.  (Ibid.^ 
1»  p.  LXxxvu).  La  chapelle  diie  de  Sl.-Murc»  près  de  lliedi^beim , 
indique  encore  remplacement  de  ce  village;  des  restes  de  conslrunioû 
y  ont  été  trouvés  à  différenies  époques ,  et  le  chemin  qui  y  conduit 
s'appelle  Leibersche-Gasse.  La  chapelle  a  été  démolie  en  4857. 

S.  Lengenberg.  Au  15'  siècle  «  paroisse  du  di^canat  uUra  collc$ 
Ouonis.  (Ibid.,  i  »  lxxvi).  C'est  encore  le  nom  d'une  ferme  au-dessus 
de  VœgtlinshoOen. 

Lilengelida.  Aujourd'hui  Holizvihr.  Ce  nom  se  trouve  cité  dans  un 
titi*e  de  7^8  (AU.  J/p/..  i»  8).  Dans  un  autre  Itire  de  760  (ibid..  i  •  36) 
il  est  dit  :  Lielisme,  qiue  voeaiur  BeloUowilare-lIffUzwihr.  Il  s'agît 
dans  les  deux  titres  de  donations  eu  faveur  de  Tabbayc  de  Murbach* 

Les  variations  que  l'horthograpbe  des  noms  a  subies  au  moyen-Age  » 
les  racourcissements  surtout  que  beaucoup  de  noms  ont  éprouvés  en 
se  rapprochant  des  temps  modernes  «  sont  connus  de  tous  ceux  qui 
se  sont  occupés  de  ce  sujet.  Ainsi,  nous  voyons  que  Holnldowildre 
devient  UoltEwibr  ;  nous  savons  aussi  que  Monisensisheim  esi  devenu 
Uunlzf^nheim  et  nous  verrons  par  l'article  suivant  que  Lunari&kil(*be 
di'vient  Liliskilcke.  En  disant  donc  que  LUentdida  est  Lieimne ,  nous 
ne  croyons  pas  être  loin  de  la  vérité.  Et ,  certes ,  la  différence  n'est 
pas  si  grande  que  celle  qui  se  remarque  entre  l'antique  Joahbagine  et 
le  moderne  Hochbûbn.  Joahbagine  n'a  pjs  pu  être  détermina  par 
Schœpflin  fAls.  dipl.,  i ,  30) ,  tellement  la  coniexture  de  ce  mot  lui 
paraissait  éloigné  de  celle  de  Hochbûhn ,  et  cependant  «  Hochbuhn 
est  siué  à  proximité  de  l'abbaye  de  H«mau  ,  en  faveur  de  laquelle  le 
titre  était  délivi*é.  Ce  n'est  que  Mone  qui  a  fait  récemment  ce  rappro* 
obement  (Zeitschrîfl  fur  die  GeMchirhie  dés  Oberrhehn  ,  m  ,  t50). 

Lfinamkilche.  Aujourd'hui  St.- Biaise ,  près  de  Linsdorf.  Un  titre 
de  1139  cite  la  paroisse  de  Lnnamkdche  avec  l'église  et  les  dîmes. 
(Trouillat ,  l ,  277).  —  Uu  volume  de  Reyhfratnra  dociinieniomm 
ceconomœ  Lucellemis  in  AUada ,  de  178 1 ,  cite  UUxkit ch  ou  Lini-hstorf  » 
à  la  date  de  1316-1341.  Autre  part  il  y  est  dit  :  fit  Banno  villas  de 
Ldiikirch. 

Linden.  Faisait  partie  de  la  mairie  de  Faickwiller.  (Si'hœpllin* 
Ravenèz,  iv ,  109).  L'urkiire  général  Ju  comté  de  Thaun  »  de  1581  » 
nomme  Lindçn  aprè^  Guewenatten. 


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608  mvm  d'alsàgb. 

S.  Machtobheim.  Bonrcart  de  Frick  cUe  ce  village  en  1S03.  Au  18» 
siècle  c'était  encore  une  fiaroisse  du  décanat  cUra  colles  Oitonu. 
(Trouillat  »  i  «  p.  Lxsvn).  Scliœpniu  «  qui  appelle  ce  vilLige  Marckols- 
beim ,  dit  (|u'il  s*est  depuis  longtemps  Tondu  duns  Ja  ville  d'Ensisheim  » 
qui  en  possède  la  banlieue.  (Schœpflin-Havenèz^  t,  361).  V.  aussi 
Mercklen  «  Huîoire  d'Ensisheini  •  i ,  156. 

Uan.  Au  15*  siècle  •  paroisse  du  décanat  ultra  eoUes  OUtmii. 
(Trouillat ,  i»  p.  Lxxvi).  Ciié  après  L«Migcriberg. 

S.  Mauchenhem,  près  d*Arizenheini,  sur  la  route  du  déparlement. 
Schœpflin  dit  à  tort  vers  Baldeiib^iin  (Schoepllin-Uavenèz,  v,  561). 

S.  Mendelack.  Dans  le  baillage  d'Alikirch ,  près  de  St.-Luckar.  (Ibid., 
V,  361).  Cité  entre  les  noms  de  Willer  et  Bongarten.  (Ibid.»  iv,  9â). 

S.  Meriheim.  Dans  la  seigneurie  de  Landser.  A  péri  dans  le  14* 
siècle.  (Ibid.,  iv,  143  et  v,  361). 

Uetierdorf.  Ciié,  au  15*  siècle*  comme  piiroisse  du  décanat  du 
Sundgau,  entre  Ballersdorf  et  Sl.-Léger»  prèsdeMiinspacb.  (Trouillat» 

I,  p.  LXXVIX). 

S.  Utyenhart ,  près  de  Dietwiller»  auquel  il  a  été  réuni  au  14*  siècle. 
(SchœpOin«Ra venez,  iv,  143). 

S.  Meijweijer  ou  Mi^ywilir.  R'^uni  à  Ammersohwihr  au  14*  siècle. 
Aussi  appelé  Hinrenwilr  ou  Minrwilr.  Au  15*  siècle,  Hinnwilr  ttait 
une  paroisse  du  décanat  ultra  colks  Ottoiiis.  (Trouillat  »  i  «  p.  LXXVi). 

Mktenhem  ou  Mûlersheim,  près  de  Mûuclib  luseu.  Appelé  Muothe« 
resbeim.  dans  un  titre  de  1004.  (Schœiiflin-Ila venez,  iv/J8).  V.  aussi 
Hercklen ,  Histoire  (PEmishuim^  i,  p.  13â  et  suiv. 

Mfttelentzen.  Au  15*  siècle,  paroisse  du  d(*canat  citra  colles  Ollanis, 
entre  Ober-ei  Niederentzen.  (Trouillat  •  l  •  p.  i^x&vii).  Le  Uber  marca* 
rum ,  cité  par  Trouillat ,  dit  :  médius  Eystbeiu ,  Eystbein  superior  et 
Eystbein  infetior. 

S.  Modenhcinu  II  existe  encore  une  ferme  de  ce  nom  près  d*Illzacb* 
Anciennement  Matunheim. 

MatzenwHler.  Nom  d'un  canton  rural  près  d'Eguisbeim  ,  cité  dans 
on  urbaire  de  la  collonge  des  Caiberiuettes  de  Colmar»  en  1514. 
(Archives  du  Haut-Kbiu). 

Trouillat,  i,  279,  cite  un  Muzwilare  avant  Dorrenbuson ,  autre 
village  détruit  près  de  Speclibacb-le-Haut ,  comme  faisant  partie  »  en 
1139,  des  possessions  de  l'abbaye  de  Luc^^lle.  Il  est  vrai  qu'il  reporte 
ce  Muzwillare  sur  le  Moutsevelier  du  val  de  Délémont  ;  mais  rien  ne 


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USTB  DES  ^LUGBS  DÉTRUITS ,  ETC.  809 

pronve  qne  ce  ne  puisse  aussi  bien  éire  notre  Muzen^viller.  La  termi- 
DSison  wilter  indique  dans  tous  les  cas  un  ancien  lieu  habile. 

Obemdorff,  Cité  comme  paroisse  «  au  15*  siècle ,  du  décanatm/er 
Colles ,  entre  Hnbsheim  et  Eschenizigviller.  (Trouillat ,  i,  p.  LXUl).  La 
tradition  ,  b  Hubsbeim ,  confirme  Texislence  d'un  ancien  village. 

S.  OrzenwiUer,  près  de  Tbann  ,  cité  entre  Rammersmatt  et  Leira- 
bach.  Les  habitants  ont  dû  éuiigrcr  ù  Thann ,  vers  13G1  (Scbœpflin* 
Ra venez,  iv  ,  i05). 

Osthein ,  près  d*lsenheim.  Au  15«  siècle ,  paroisse  du  décanat  dira 
colles  Oitonîs.  (Trouillat ,  i ,  Lxxvii). 

S.  Oije,  |<rès  de  Deiforl.  Se  trouvait  entre  Ch&tenois  et  Bermont  et 
a  été  réuni  à  ce  dernier.  (Schœpflin-Ravenèz ,  iv  »  il?). 

Pleni.  Cité,  en  1503,  par  Bourcart  de  Frick,  comme  faisant  partie 
de  la  mairie  de  Seppois.  •—  Il  existe  à  BIsel  un  canton  du  nom  de 
BUnden. 

S.  Hegenhnusen.  Entre  Hunawihr  et  Zellenberg ,  sur  le  ban  de  Ri- 
beauviilé.  Scbœpflin  dit  qu*au-de&80us  de  la  ville  il  existe  un  canton 
du  nom  de  Rogg<'nhauscn  qui  a  toujours  été  distinct  du  b:in  de 
Ribeauvillé ,  et  qui  montre  encore  les  ruines  d'une  chapelle  et  d'un 
village  détruit  depuis  plusieurs  années  (Schœ^flinRavenèz,  iv,  2C2). 
Au  15*  siècle,  Regkenhusen  était  encore  cité  comme  paroisse  du 
décanat  ullra  colles  Otumts.  (Trouillat ,  l ,  lxxv). 

Bol'ingen.  Au  15* siècle,  paroisse  du  décanat  du  Snndgau.  (Ibid.,  l, 
p.  Lxxvix).  CVst  la  partie  du  village  de  Wulheim  qui  est  situé  à  TEst 
de  rill.  Les  hubitanis  en  portent  encore  le  surnom  de  Dnthle. 

Ruhunlewa.  Cité  dans  une  charte  de  1004  ,  entre  Ruochsheim  et 
Bernliuson  ,  sur  les  confins  de  la  Hari.  (Schœiiflin-Ravenèz»  iv«  98; 
et  Trouillat,  i ,  145).  Il  n'y  a  guères  que  le  nom  de  de  Rothleiblé, 
prés  de  Hirtzrelden  ,  qui  se  rapproche  un  peu  de  ce  mot.  H.  Trouillat 
croit  que  c'est  Roggenliauscn. 

Ruochsheim .  Cil  é  sous  la  Terme  erronée  de  Buonheim  et  Buocheiro  dans 
destitrpsde1004et1040.  ^Trouillat,  i,  145 et  168).  Un  renouvellement 
des  revenus  de  la  Camerene  de  Muusier,  en  1407,  nomme  un  canton 
dans  le  ban  de  Biltzheim  :  c  vf  Rnocheshein  weg,  »  BaquoI ,  p.  366 , 
dit  que  le  village  de  Ruestenhart  était  appelé  autrefois  Rueschen  ou 
Ruesen  ;  qu'il  avait  été  détruit  au  13«  siècle  et  qu'il  fut  rebâti  en 
1692. 

jRiiefij6rttnn.  Au  15*  siècle ,  paroisse  du  décanat  du  Sundgaa ,  dté 


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510  REVUB  D*AL8ACB. 

entre  St.-Léger,  près  de  Carspach,  et  Urgitzen.  (Trouillat ,  t ,  page 

LXXVIX). 

S.  Si.'Uger,  près  de  Hirlzbach  ,  dans  le  Sundgau.  (Schœpflin-Ra- 
Tenez,  y,  362).  An  15*  siècle,  paroisse  du  décanai  du  Sundgau. 
(Trouillal ,  i ,  Lxxvix). 

Viilg:iiremenl  appelé  Si.-Clûcrker.  Le  Glûckerwald,  forêt  apparie- 
nant  à  la  ville  d'Alikirch  ,  en  a  pris  son  nom. 

S.  Sappenhem,  Entre  Oitmarsheim  el  Buntzenhelm.  A  p(^ri  avant 
1594.  (Schœpflin-Havcnèz,  iv,  147  et  v,  5B2).  Est  encore  cité,  au  15* 
siècle,  comme  paroisse  du  décannt  cilra  Rhenum.  (Trcuillat ,  i,  page 
Lxwni).  Un  canton  rural  appelé  Sappenheimerrain  indique  Teuipla- 
cément  de  ce  villa|;e. 

Sarmenzn.  Villa  citée  avant  Réguisheim  et  Gnndolsheim ,  dans  un 
titre  dft  817  fAh.  dipL,  i ,  66).  Un  autre  titre  de  1183  cite  :  c  Capelia 
Sarmenzhe,  i  (Ibid.,  i ,  278).  Suivant  M.  Merckleu,  Sermersheim  était 
situé  dans  le  Uoibleiblé  ,  près  d'Ensisbeim ,  et  a  été  réuni  en  grande 
partie  à  Réguisheim.  fHht.  d*Emuheim ,  l ,  136). 

Schoppenw'hr  ou  Sbapen^vibr.  Au  15*  siècle,  paroisse  du  décanat 
ultra  colleg  Oiionit.  (Trouillat ,  i ,  p.  LXXVt).  Il  reste  aujourd'hui  le  châ* 
teau  de  Schop|>enw*ibr  sur  l«i  banlieue  d'Osiheira. 

S.  Sundheim,  près  de  Rouiïacb.  Il  s*y  trouvait  une  commanderie  de 
l'ordre  teutoniqne.  (Scbœpflin-Ravenèz ,  iv ,  205). 

Tanwîller.  Un  urbaire  de  Murbach .  de  1487,  porte  :  hinder  Tan^ 
wHer  :  vff  den  garten  zû  tanwyler  :  von  huêe^  hojf,  ichwm  vnd  yarlen 
zuo  Tanwiler,  Etait  situé  près  de  Souitzmatt. 

S.  Heni/iffm,  près  de  Balgau.  A  péri  avant  1394.  (Schœpflin-Rave- 
nèz,  1 ,  147).  Il  reste  encore  la  chappelle  de  Thierhnrst. 

Turnhnsen.  .Village  détruit ,  près  de  Spechbach-le-Hant  (B'iquol , 
p.  407).  Dorrenhusin  est  cité  daus  un  titre  de  1139.  (Trouillat,  i, 
273). 

S.  ViwHler.  Réuni  à  Reiningen  avant  1300.  (Schœpflin-Ravenèz, 

IV,  MO).  Un  règlement  colonger  de  Bernwiller,  de  1483,  porte: 

c  ein  Probsl  (von  OellenbergJ  soli  vnd  mag  den  dinckho/f  hallen  vnd 

'  haben  jn  Vsweyler  bann  odcr  sonsten  allenihalben  wo  in  de  mexjer  von 

Sernwegler  legen  ist.  i 

S.  ViUar4e-ser.  Le  territoire  de  Villar-le-sec  appartient  aujourd'hui 
au  village  de  Châtenois.  (Schœpflin-Ravenèz,  iv ,  117). 

Wiclierebini.  Cité  dans  le  même  titre  que  Lilenselida.  (AU.  dipl., 


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USTB  DES  VILUOES  0ÉTBUIT8  ,  ETC.  511 

I,  8).  Ne  serait-ce  pas  Wickerfclivihr  qui,  jusqu'à  ces  dernières 
années ,  ne  fonnail  qu'une  seule  ci  même  commune  avec  Hohzwibr? 

S.  W'dler.  Le  village  de  Wilrr,  siiuô  près  de  KeiclK'nberg.  banl  eue 
de  Bergheiui.  a  déjà  péri  depuis  quelques  siècles.  (Schœpfliu-Uaveuèz» 
IV ,  272). 

Whiignizhnten.  Un  urbaire  de  labbaye  de  Marbach,  de  N3S, 
meiilioune  un  Wiuigoiziiusen-burnnen  •  près  d'Eguisheim  ei  de 
Vœgiliusb(»nen.  Un  uibairedclacoIougedesCalhenueUesde  Colmar, 
à  Egui»heim  ,  mrniinnne  ég:ilemeni  uu  Wynguitzhusen ,  veis  Ober- 
niorschiivibr,  on  1«oU.  Un  autre  iirb.-iire  de*  la  collonge  dite  Kaiscrs- 
dimklioir,  au  même  lieu,  i^orle  Winrkiieisbuuszen ,  en  i6G0-l788. 
Enfin,  un  titre  de  1508  Tappclla  Wyngelbusen.  (Archives  du  Haut- 
Rbin).  Serait  ce  Hûsseren  ? 

S.  Woffenheim.  Appelé  anciennement  Wnfcnhem.  A  pW  ,  au  15» 
siècle,  pendant  la  guerre  d<'S  Armagnacs.  (Scbœpflin-ltavenèz,  iv, 
219).  Une  croix  placée  entre  S'^'^Croix-en-plaine  et  Logleubeim 
indique  encore  l'emplacement  de  ce  village.  Une  chapelle  et  un  her- 
oiitage  y  ont  existé  jusqu'à  la  révolution. 

Nous  ajouterons  une  liste  de  nom»  se  terminant  en  wîller^  dorf, 
heîm  ou  hausen ,  indice  certain  d'anciens  lieux  h»bii<^s  «  muis  pour 
lesquels  nous  n'avons  pas  d'autres  renseignements.  Ainsi  nous  trou« 
tons  : 

Butenw'Mer^  près  de  Guebwiller. 

EmwHler,  à  Kurnhaupt-le-Haut. 

GrnnivUler,  près  de  Bisel. 

UnjwiUer^  près  de  Seppnis«le-Bas* 

Brckw'illtr,  près  de  Bloubeim. 

StyivUler,  près  de  NiederliagenthaK 

Mùnchendorff,  près  de  Folgenspurg. 

GHilheim ,  près  de  Hochslalt. 

Kûhhusfn,  près  de  Vœgilinshoflen.  Kûncnhusen,  en  1424,  el 
Kûnhusen,  en  1487. 

ZnUhitâen  ,  près  de  Soulizmatt ,  an  18'  siècle. 

Sant  Michels  ban  ,  à  Houssen  ,  au  t&*  siècle. 

Sant  Stbaslkns  ban  ,  a  Beblenbeim ,  au  16«  siècle. 

Chbistophorus. 


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REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE. 


LA  NCMISHATIQUE  EN  1857. 


La  numismatique  a  pris  un  tel  développement  depuis  quelques 
années  ;  elle  est  devenue  une  des  branches  si  importantes  de  Thistoire 
et  de  l*ai*chéologie  que  l'on  ne  nous  saura  pas  mauvais  gré .  sans 
doute ,  de  venir  dire  quelques  mots  des  principales  publications  dont 
elle  a  été  Tobjet  en  4857  :  si  ce  travail  trouve  grâce  devant  nos  lec* 
teurs ,  nous  pourrons  le  renouveler  chaque  année.  Peut-être  donne* 
rons-nous  ainsi  aux  archéologues  d'Alsace  le  désir  et  l'occasion  de 
lire  des  ouvrages  dont  l'existence  leur  était  inconnue. 

La  science  des  médailles  et  des  vieilles  monnaies ,  notons«le ,  n'est 
pas  aussi  abstraite ,  ni  aussi  spéciale  que  beaucoup  de  personnes  le 
supposent  ;  elle  est  accessible  à  chacun ,  et ,  depuis  quelques  années, 
elle  a  rendu  de  si  éminents  services  aux  études  historiques .  qu'il  est 
temps  t  en  vérité ,  que  les  recherches  de  ceux  qui  s'en  occupent  avec 
succès  soient  signalés  à  toutes  les  personnes  qui ,  sans  s'y  adonner 
exclusivement ,  s'intéressent  aux  progrès  des  sciences.  Ces  précau* 
tiens  oratoires  ne  sout  pas  iuutiles ,  car  il  est  bon  nombre  de  per* 
sonnes  qui  ne  voient  dans  un  numismatiste  qu'un  original  ramassant 
des  vieux  mous.  Je  ne  nie  pas  qu'il  n'y  ait  beaucoup  de  ramasseurs  de 
vieux  sous,  voire  même  de  brocanteurs,  mais  il  ne  faut  pas  confondre 
le  bouquiniste  avec,  le  littérateur ,  ni  le  simple  tailleur  de  pierres  avec 
l'architecte. 

Que  nos  lecteurs  se  tranquillisent  :  nous  ne  parlerons  ni  du  flou , 
ni  du  fruste ,  ni  du  fleur  de  ann  ;  nous  ne  chercherons  pas  à  abuser 
de  leurs  moments  en  entrant  dans  des  détails  de  nomenclature  qui  ne 
sont  utiles  qu'aux  seuls  numismatistes.  Notre  but  est  de  leur  iaire  part 
des  résultats  importants  obtenus  durant  l'année  4857.  —  Nous  cher- 


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REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE.  515 

cberons  aussi  à  signaler  quelques  travaux  publiés  par  des  sodétës 
savanies  de  province  »  et  qui  ne  spnt  pas  assez  connus. 

C'est  véritablement  un  fait  à  remarquer  que  lé  manque  regrettable 
de  publicité  des  travaux  des  Académies  des  départements  :  il  semble 
que  »  pour  ces  travaux  seuls ,  la  centralisation ,  si  générale  à  notre 
époque  «  trop  générale  quelquefois .  n'ait  produit  aucun  effet.  Pour 
ne  parler  que  du  siqet  qui  nous  occupe  dans  cet  article ,  nous  citerons 
un  excellent  travail  de  feu  M.  Colson  sur  la  numsmatique  du  Roui- 
sillon  9  publié  à  Perpignan  il  y  a  déjà  quelques  années  :  ce  mémoire 
considérable  n'est  guères  plus  connu  que  les  recherches  sur  les  mon- 
naies d'Agen ,  qui  ne  datent  que  de  1856 ,  etc.  »  etc.  —  Espérons  que 
le  Bulletin  des  Sociéiéi  savanus  contribuera  puissamment  à  faire  cesser 
un  pareil  état  de  choses. 

Deux  Revues  spéciales  »  l'une  en  France  •  l'autre  en  Belgique ,  en- 
tretiennent singulièrement  l'activité  des  études  numismatiques  ;  nous 
leur  devons  à  chacune  d'elles  une  mention  spéciale. 

La  Revue  numismatique  française,  qui  a  commencé  en  1836 «  a 
changé  de  direction  en  1857  »  et  ses  nouveaux  rédacteurs  en  chef, 
MM.  de  Longpérier  et  le  baron  de  Witte ,  marchent  vaillamment  sur 
les  traces  de  leurs  savants  prédécesseurs ,  MM.  de  La  Saussaye  et 
Cartier.  Les  archéologues  les  plus  éminents  de  notre  temps  ont 
apporté  leur  collaboration  à  la  rédaction  des  premiers  volumes  delà 
nouvelle  série:  il  suflBt  de  nommer  MM.  le  marquis  de  Lsgoys 
E.  Beulé»  Ch.  Lenormant,  C.  Cavedoni»  pour  faire  la  réputation 
d'un  livre  »  et  ces  doctes  archéologues  ont  une  nombreuse  suite  de 
collaborateurs  qui,  bien  que  moins  connus  en-dehors  du  monde  nu- 
mismatique »  jouissent  cependant  dans^  celui-ci  d'une  juste  considéra- 
tion. —  Nous  avons  principalement  remarqué  un  article  de  M.  Lenor- 
mant  sur  Harcia .  concubine  de  Commode  «  dont  le  buste  est  gravé 
sur  une  améthiste  du  cabinet  de  France  et  sur  un  médaillon  de 
bronze  »  sans  que  le  nom  de  cette  femme  y  paraisse.  M.  Lenormaqt 
nous  reconstitue  »  en  traçant  la  vie  de  Marcia  9  un  curieux  "chapitre 
d'histoire  qui  se  rattache  à  l'influence  du  christianisme  naissant  dans 
le  palais  des  empereurs  romains.  Déjà ,  il  y  a  quelque  temps ,  M.  de 
Witte ,  à  propos  de  Salonina  »  avait  abordé  cette  question  »  et  le  mé- 
moire de  M.  Cavedoni  s'y  rattache  aussi  implicitement,  puisqu'il 
traite  des  signes  chrétiens  mêlés  à  des  types  païens  sur  des  médailles 
contemporaines  d'Honorius.  Avant  l'invention  de  rimprimerie ,  les 
s*  Aante.  55 


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814  BBVUB  D'àLSAGS* 

monnaies  furent  un  moyen  généralement  employé  pour  parler  oiB- 
ciellement  au  peuple  ;  outre  leur  valeur  de  convention  elles  avaient 
leur  valeur  historique  «  et  l'on  y  cbercbait,  en  les  palpant»  autre 
chose  que  la  représentation  d'un  moyen  d'échange  ;  on  ne  saurait 
trop  étudier  les  traces  du  christianisme  qui  peuvent  s'y  rencontrer, 
d'autant  plus  que ,  personnellement  »  nous  sommes  porté  à  penser 
que  les  oflBciers  subalternes  et  les  ouvriers  chargés  de  la  fabrication 
appartinrent  de  bonne  heure  à  la  nouvelle  religion  .  devant  laquelle 
toutes  les  fausses  croyances  de  l'antiquité  devaient  disparaître  bientôt. 
Nous  sommes  convaincu  que  l'on  en  trouvera  des  traces  multipliées. 

Sous  ce  titre  :  le  Stéphanophore ,  M.  Beulé  nous  révèle  un  détail 
inédit  de  l'administration  des  Athéniens ,  qui  avait  échappé  aui 
auteurs  anciens  »  en  même  temps  qu'il  retrouve  sur  les  monnaies .  la 
copie  d'une  antique  statue  de  Thésée ,  protecteur  des  monnaies  et  des 
poids  publics  et  surnommé  Siéphanophoroi ,  parce  qu'il  était  repré- 
senté tenant  une  couronne  ;  le  nom  primitif  avait  été  complètement 
oublié  et  remplacé  par  le  surnom  :  la  belle  dissertation  de  M.  Beulé  • 
dans  laquelle  l'archéologue  et  l'historien  ont  beaucoup  à  apprendre  » 
n'est  pas  le  seul  service  de  ce  genre  que  la  numismatique  a  rendu  à 
l'art.  Plusieurs  fois  déjà  les  médailles  antiques  ont  permis  de  déter- 
miner et  de  restituer  des  statues  et  même  des  monuments  :  La  repro- 
duction des  chefs-d'œuvre  contemporains  est  un  fait  qui  est  particulier 
aux  médailles  et  aux  pierres  gravées  de  l'aniiquité  ;  la  monnaie  les 
vulgarisait  »  la  glyptique  les  éternisait  en  quelque  sorte  sur  des  pierres 
précieuses.  Remarquons  que  ces  reproductions  avaient  bien  leur 
mérite  puisque  des  graveurs  de  talent  ont  également  signé  de  leurs 
noms  des  coins  monétaires  et  des  pierres  dus  concurremment  à  leurs 
burins.  —  Il  semble  que  de  nos  jours ,  la  gravure  sur  pierres  pré- 
cieuses des  chefs-d'œuvre  de  notre  temps  devrait  prendre  une  exten- 
sion  considérable  »  car  nous  aimons  le  luxe  »  au  xix*  siècle  »  et  les 
choses  ^ue  l'on  nous  assure  coûter  cher.  Du  moment  que  cet  art  n'est 
pas  à  la  mode ,  et  que  nos  monnaies  sont  si  arides  pour  la  pensée  »  je 
suis  tenté  de  croire  que  nous  n'avons  pas  la  délicatesse  artistique  des 
anciens  :  il  est  positif  qu'une  pièce  de  cinq  centimes,  aujourd'hui ,  me 
représente  simplement  un  petit  morceau  de  cuivre  ayant  une  valeur 
conventionnelle  d'un  «ou ,  de  par  l'effigie  du  souverain.  Pourquoi  ce 
morceau  de  cuivre  n'est-il  pas  employé  à  vulgariser  comme  jadis  le 
principal  monument ,  ou  le  grand  événement  de  l'année  ou  du  mois  ? 


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RBVUE  BIBLIOGRAPHIQUE.  81 S 

Si  Doas  passons  de  Taotiquité  au  moyen-âge»  nous  signalerons 
trois  mémoires  qui  nous  semblent  avoir  une  haute  importance  :  deux 
d'entr'eux  sont  dus  à  MM.  de  Pétigny  et  Deloche  sur  l'histoire  moné* 
taire  du  iv«  au  vir  siècle  ;  dans  le  troisième ,  M.  de  Longpérier,  traite 
des  monnaies  les  plus  anciennes  des  évéques  de  Strasbourg  et 
de  Constance;  ces  articles  ouvrent  une  large  voie  aux  études 
historiques  et  feront  faire ,  nous  n'en  doutons  pas ,  des  conquêtes 
précieuses  :  ce  sont  des  fils  solides  destinés  à  guider  ceux  qui  ne 
craignent  pas  d'aborder  la  numismatique  du  bas-empire  et  des  époques 
mérovingienne  et  cariovingienne*  Nous  avons  l'espoir  que  M.  de  Long- 
périer  nous  pennettra  de  reproduire  dans  notre  Revue  t Alsace  son 
mémoire  sur  les  monnaies  épiscopales  de  Strasbourg  enrichi  de  nou- 
velles recherches. 

Nous  venons  de  signaler  les  articles  qui  nous  ont  principalement 
frappés  dans  la  Revue  numùmatique  françaue  de  1857 ,  mais  nous 
croirions  manquer  à  l'équité  si  nous  n'ajoutions  pas  que  les  notices 
signées  par  HM.  Boudard  »  de  Crazannes ,  Hucher  »  Mantellier  »  de 
Witte  9  de  Lagoy ,  Dauban ,  Prosper  Dupré  ne  nous  ont  pas  moins 
intéressé  :  nous  aurons ,  tout-à*i'heure ,  à  parler  d'ouvrages  spéciaux 
de  plusienro  de  ces  archéologues ,  et  nous  ne  pouvons  que  féliciter  la 
Revue  munumaiique  de  compter  en  eux  des  collaborateurs  zélés» 
savants ,  et  qui  ont  le  talent  de  rendre  la  science  attrayante.  Le  Re- 
cueil auquel  ils  travaillent  devrait  se  trouver»  non-seulement  dans  les 
mains  de  ceux  qui  ont  le  loisir  de  s'occuper  d*études  scientifiques  » 
mais  encore  dans  celles  de  toutes  les  personnes  qui  ont  mission  de 
professer. 

La  Revue  numumç^Aque  belge,  bien  qu'elle  ne  soit  pas  à  la  hauteur 
scientifique  de  sa  sœur  française  »  est  cependant  une  publication  qui 
mérite  d'être  lue  et  consultée  :  nos  compatriotes  »  du.  reste  »  y  appor- 
tent encore  assez  souvent  le  fruit  de  leurs  recherches  »  et  nous  avons 
remarqué  les  articles  signés  par  BIM.  Boudard  »  Deschamps  de  Pas  » 
baron  de  Crazannes  »  P.  Salmon  »  Penon  et  Chalande. 

Il  est  bien  naturel  que  les  anciennes  monnaies  féodales  de  Belgique 
soient  particulièrement  étudiées  dans  le  Recueil  dont  nous  nous  occu- 
pons en  ce  moment  :  la  mine  est  riche ,  car  il  n'est  pas  de  pays  où  on 
ait  tant  frappé  monnaie.  Il  faut  rendre  à  MM.  les  numismatistes  belges 
la  justice  de  reconnaître  qu'ils  étudient  avec  beaucoup  de  soin  leurs 
anciens  monuments  monétaires ,  et  qu'ils  ne  négligent  rien  pour 


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546  REVin:  B'ALSàCB. 

éclaircir  des  généalogies»  quelquefois  fori embrouillées.  Nous  reoom- 
mandons  surtout ,  à  ce  point  de  Yue  »  un  mémoire  de  M.  Cb.  Piot  sur 
les  monnaies  des  sires  de  Bunde,  Bicbt ,  Schoonvorst  »  Elsloo  »  et  do 
commandeur  de  Gruytrode.  —  N'oublions  pas  un  article  biogra- 
phique sur  notre  compatriote  feu  A.-P.-M.  Leys ,  qui  fut  un  archéo- 
logue distingué  à  Sens. 

Cette  année,  la  Revue  belge  nous  semble  avoir  sensiblement  renoncé 
à  donner  à  l'ensemble  de  sa  rédaction  une  couleur  politique  »  qui  n'é- 
tait pas  du  goût  de  tout  le  monde,  bien  qu'elle  représentât  l'opinion 
de  beaucoup  de  Belges  :  l'archéologie  dans  toutes  ses  branches  est 
sœur  de  l'histoire»  et»  comme  celle-ci  »  elle  doit  conserver  un  sérieux 
et  un  calme  toujours  dignes.  C'est,  il  nous  semble,  en  1856,  que 
parurent  dans  la  Revue  belge  »  sur  les  décorations ,  quelques  pages 
qui  auraient  pu  figurer  dans  le  Charivari:  en  i857  il  n'y  a  plus  rien 
de  pareil ,  et  nous  comprenons  facilement  cette  preuve  de  bon  goût , 
puisque  M.  R.  Chalon,  l'un  des  directeurs,  a  reçu  le  15 octobre  1857 
la  croix  de  Tordre  de  la  Couronne  de  Chêne  de  Hollande.  Il  n'y  a  plus 
moyen  de  parler  des  haricots  rouges  dont  se  parent  les  sauvages ,  ni 
de  rire  de  ceux  qui  courent  après  les  décorations,  lorsque  soi*méme- 
on  porte  un  ordre  que  l'en  a ,  du  reste ,  bien  mérité. 

Maintenant  que  nous  avons  parlé  de  recueils  périodiques»  exami- 
nons les  principaux  ouvrages  qui  ont  paru  individuellement. 

Commençons  par  le  Catalogue  des  médailles  et  antiquités  composant 
le  cabinet  de  M.  le  baron  Behr,  ancien  minisire  de  Belgique  A  Constant 
tinople.  Il  y  a  quelque  chose  de  triste  à  réfléchir  au  sort  des  collec- 
tions :  un  homme  consacre  de  longues  années  et  beaucoup  de  peines 
et  d'argent  à  réunir  des  objets  rares:  il  a  des  notes  curieuses»  des 
renseignements  précieux  sur  les  richesses  qu'il  s'est  procurées; 
-  vienne  la  mort  du  collectionneur ,  et  tout  est  dispersé  •  dilapidé ,  et 
perdu  pour  les  savants.  Aussi  nous  ne  connaissons  rien  de  plus  utile 
que  les  catalogues  raisonnes  des  collections  :  les  objets  qui  compo- 
saient celles-ci  disparaissent ,  et  la  collection  elle-même  est  immobi- 
lisée dans  un  bon  volume  auquel  chacun  peut  recourir.  Mais  il  faut 
que  cet  ouvrage  de  patience  et  de  grand  savoir  soit  fait  par  des 
hommes  qui  présentent  des  garanties  solides  :  les  catalogues  édités 
jadis  par  M.  de  Longpérier  (coll.  de  Hagnoocourt  et  Rousseau)  »  par 
M.  de  Witte  (coll.  Gieppo)  »  appartiennent  à  ce  genre  d'ouvrages  qui 
doivent  figurer  dans  toutes  les  bibliothèques  :  M.  Fr.  Lenormant , 


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REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE.  547 

prar  la  livre  dont  nous  avons  transcric  le  titre  plus  haat ,  a  suivi 
K^exempledes  académiciens  que  nous  venons  de  nommer»  et  a  prouvé 
qu'il  tenait  à  montrer  qu'il  portait  un  nom  auquel  la  science  est  héré- 
diiairement  attachée. 

Nous  tenions  à  faire  connaître  notre  avis,  en  général ,  sur  les  cata- 
logues de  collections  numismatiques ,  et  il  peut  s'appliquer  à  toute 
espèce  de  collections  »  car  lorsque  ces  travaux  sont  conflés  à  des 
personnes  peu  capables,  ils  deviennent,  non-seulement  ridicules, 
mais  même  gênants. 

Dans  les  catalogues  des  faiseurs ,  on  voit  des  descriptions  bizarres 
et  inexactes ,  des  attributions  absurdes,  des  notions  «  en  un  mot,  qui 
ne  peuvent  qu'égarer  les  amateurs  et  tromper  les  travailleurs.  Puis  « 
confessons-le ,  le  marchand  laisse  percer  le  bout  de  l'oreille  :  pour 
séduire  la  pratique ,  il  baptise  une  pièce  quelconque  de  manière  à 
exciter  la  convoitise.  J'ignore  qui  a  rédigé ,  fan  dernier ,  le  catalogue 
de  la  collection  Gouaux ,  mais  j'y  vois  des  lignes  qui  ne  peuvent  être 
considérées  que  comme  des  réclames  de  marchand  :  un  denier  d'Otton, 
par  exemple ,  (lequel  "*) .  est  attibué  à  Mulhouse ,  parce  qu'il  porte , 
dit-on  :  nvsifio.  civ  :  Mais  Mulhouse  n'a  jamais  été  cité  sous  les  rois 
de  Germanie ,  et  son  nom  n'a  jamais  pu ,  en  latin ,  être  métamorphosé 
en  musinum  ;  évidemment  c'est  là  une  traite  lancée  sur  les  Alsaciens 
pour  leur  faire  acheter  cher  une  pièce  incertaine. 

A  propos  de  cette  rectification  numismatique  qui  touche  à  l'histoire 
d'Alsace  >  je  signalerai  une  autre  erreur ,  déjà  ancienne ,  et  qui  est 
plus  grave  parce  qu'elle  émane  de  personnages  sérieux.  Le  Numis» 
maiie  Chronicle,  tom.  14,  p.  44,  renfermait  en  i851  une  lettre  de 
H.  R.  Chalon  relative  à  un  Sterling  of  Blumberg ,  in  Alsace.  Il  s'agis- 
sait d'un  denier ,  déjà  mentionné  précédemment  par  M.  Thomson  , 
de  Copenhague ,  et  dont  un  nouvel  exemplaire  était  signalé  d'ans  la 
collection  Decoster  à  Malines.  Cette  pièce ,  imitée  des  sierlings  du  roi 
d'Angleterre  Henri  III,  porte  pour  légendes:  blomenbericici  — 
BERNUARDUS  IN.  L'attribution  de  cette  monnaie  à  l'Alsace  n'est  pas 
admissible  :  Blumberg  ou  Blumenberg  n'est  autre  chose  que  l'ancien 
fief  de  Florimont  (arrondissement  de  Belfort ,  canton  de  Délie) ,  qui  au 
xiu*  siècle  appartenait  aux  comtes  de  Ferrette.  Non-seulement  on  ne 
trouve  pas ,  à  cette  époque ,  de  comte  de  Ferretle  du  nom  de  Ber- 
nard ,  mais  encore  rien  ne  peut  faire  supposer  que  l'on  ait  pu  mon- 
noyer  à  Florimont  qui ,  au  point  de  vue  féodal ,  relevait  de  l'évéque 


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54S  REVUIS  D'ALSACE. 

de  Bâie  :  resterait  d'ailleurs  à  éublir  encore  qu'il  y  a  en ,  en  Alsace* 
des  imitations  de  la  monnaie  sterling.  Je  reste  convaincu  que  c'est -en 
Frise  ou  en  Hollande  qn'il  faut  rechercher  l'atelier  d'où  est  sortie  la 
pièce  en  question.  On  ne  saurait  trop  se  méfier  d'un  système  d'attri* 
bution  qui  consiste  à  prendre  un  dictionnaire  géographique  et  à  y 
chercher  les  noms  qui  ont  le  plus  de  rapport  avec  celui  que  l'on  désire 
déterminer.  Ce  travail  ressemble  à  celui  du  poète  qui  abuse  du  die* 
tionnaire  des  rimes. 

L'ouvrage  de  H.  Lenormant  est  une  tentative  heureuse  qui  »  si  elle 
est  imitée,  comme  nous  l'espérons ,  permettra  de  perfectionner 
l'ordre  adopté  par  Eckhel  :  c'est  un  système  de  classification  qui  cou- 
cilié  la  géographie  et  l'histoire.  La  collection  de  M.  le  baron  Behr, 
très-riche  en  médailles  grecques  »  parmi  lesquelles  se  trouvaient  bon 
nombre  de  pièces  inédiles»  se  recommandait  surtout  par  une  certaine 
quantité  de  médailles  d'Asie  dont  M.  F.  Lenormant  fait  mieux  que  la 
description.  Citons  les  articles  traiunt  des  monnaies  deCilicie»de 
Cypre  »  de  Phénicie  •  d'Arabie ,  de  Perse.  A  propos  des  rois  de  ce 
dernier  pays»  l'auteur  donne  de  précieux  renseignements  pour 
reconnaître  les  monnai'es  de  ces  souverains  depuis  Darius ,  fils  d'Hys* 
taspe.  Citons  encore  ce  qui  concerne  les  rois  de  Bactriane»  des 
Indes,  etc.  »  etc.  Si  quelque  savant  entreprenait  une  édition  du  Doe* 
trina  d'Eckhel»  il  aurait  largement  à  puiser  dans  les  pages  de 
H.  F.  Lenormant  pour  mettre  cet  ouvrage  à  la  hauteur  de  la  science 
moderne. 

Voici  un  autre  oavrage  qui  a  autant  d'intérêt  pour  le  professeur  et 
l'historien  que  pour  le  numismatiste  :  c'est  la  DeicriptUm  générale  des 
Monnaiei  de  la  République  romeùne,  communément  appeUeê  MédaUke 
coMulaireê»  par  H.  H.  Cohen.  Ce  grand  in-4*  se  compose  de  150  pages 
de  texte  et  de  75  planches  •  admirablement  gravées  »  et  qui  repré* 
sentent  tous  les  types  les  plus  importants  que  les  Romains  gravèrent 
sur  leur  numéraire  avant  l'empire.  Un  éditeur  zélé  de  Tite-Live, 
comme  il  y  en  avait  autrefois ,  pourrait  intercaler  tous  ces  types  dans 
le  texte  de  cet  historien  :  le  récit  comme  la  gravure  se  compléteraient 
et  s'expliqueraient  l'un  par  l'autre. 

Cette  pensée  que  nous  venons  de  hasarder  exprime  tout  l'intérêt 
qui  s'attache  à  l'étude  des  monnaies  de  la  République  romaine  »  dans 
lesquelles  il  y  aura  beaucoup  à  étudier  et  à  expliquer  :  H.  Cohen  a 
résumé  très-convenablement  l'état  de  la  science  pour  ce  qui  touche 


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REVUE  BIBLIOGRAPOTOUE.  519 

cette  série  Dumistnatique  ;  mais,  il  le  reconnaîtra  sans  doute  arec  nous» 
il  n'a  pas  dit  le  dernier  mot  :  ses  descriptions  sont  généralement 
d'nne  grande  exactîtnde ,  et  nous  le  félicitons  d'avoir  enfin  donné  à 
son  livre  un  titre  sérieux ,  reléguant  en  seconde  ligne  ces  expressions 
de  médailles  coruulaires  qui  représentent  un  non*sens.  Cette  dernière 
expression  devra  même  disparaître  tout-à-fait,  car»  sous  la  République, 
les  consuls  ne  paraissent  avoir  pu  consacrer  les  types  de  la  monnaie 
à  leur  glorification  personnelle  que  par  exception  :  il  faut  aussi  noter 
que  dans  cette  série  numismatique ,  il  se  trouve  des  pièces  frappées 
bors  de  Rome  par  des  chefs  d'expédition  militaires:  on  n'a  pas  encore 
décidé ,  je  crois ,  si  dans  certaines  circonstances  les  légions  n'avaient 
pas  des  ateliers  temporaires  ou  ambulants. 

On  arrivera  sans  doute  plus  tard ,  à  renoncer  au  classement  de  ces 
monuments  par  famiUef ,  rangées  dans  l'ordre  de  l'alpbabet.  Dans 
notre  numismatique  mérovingienne ,  nous  voyons  le  même  inconvé- 
nient à  ranger  tous  les  monuments  connus  par  noms  de  lieux  ou 
d'ateliers  monétaires. 

Dès  à  présent  il  est  des  monnaies  de  la  République  romaine  donc 
la  date  peut  être  fixée  :  ne  serait-il  pas  temps  de  les  ranger  cbrono^ 
logiquement  ?  L'histoire  y  gagnera ,  et  la  classification  des  pièces 
dont  la  date  est  encore  douteuse ,  n'en  sera  que  plus  facile.  Notre 
observation  n'est  autre  chose  que  la  justification  du  titre  que  H.  Cohen 
a  donné  à  son  livre  »  à  notre  grande  joie. 

L'auteur  aurait  pu  aussi ,  ce  nous  semble  »  approfondir  davantage 
quelques  points  qui  »  dès  maintenant ,  nous  semblent  prêts  à  être 
élucidés  :  par  exemple  la  chronologie  des  triumvirs  monétaires  qui , 
pensons-nous,  ont  exercé  une  grande  influence  sur  le  choix  des 
types  :  ensuite  les  circonstances  qui  ont  fait  graver  sous  les  empereurs 
les  restitutions  de  certaines  pièces  républicaines.  Nous  sommes  per- 
suadé que  l'on  arrivera  à  reconnaître  que  ces  restitutions  •  toutes 
exceptionnelles ,  n'étaient  ordonnées  que  pour  flatter  certains  per- 
sonnages contemporains  :  par  exemple  pour  l'accession  au  consulat 
ou  à  de  hauts  emplois  de  quelques  individus  descendus  d'ancêtres 
qui  •  comme  triumvirs ,  ou  à  tout  autre  titre ,  avaient  figuré  sur  les 
monnaies  de  la  République.  La  Revue  numismatique  française  contient 
de  longues  et  intéressantes  observations  de  M.  l'abbé  Cavedoni  »  sur 
la  c  Description  »  :  néanmoins  nous  maintenons  que  ce  dernier  ou- 
vrage est  bon ,  et  nous  tie  saurions  trop  en  recommander  la  lecture.. 


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S20  lUmnS  D*ÀLSAGE. 

Souhaitons  que ,  dans  quelques  années  »  tes  études  et  les  découvertes 
permettent  de  donner  une  édition  nouvelle,  suivant  un  plan  plus 
scientifique  •  mais  dont  la  réalisation  offre  encore  aujourd'hui  de 
grandes  difficultés.  ' 

H.  F.  Feuardent ,  de  Cherbourg  »  est  déjà  connu  par  plusieurs 
opuscules  «  et  principalement  par  un  travail  curieux  relatif  à  Tépoque 
où  Constantin  commença  à  graver  officiellement  des  symboles  chré- 
tiens sur  les  monnaies.  En  1857  »  Tauteur  a  publié  une  courte  notice 
dont  le  but  est  de  faire  douter  que  Constance  II ,  dont  le  caractère 
était  »  du  reste,  peu  bienveillant ,  ait  fait  assassiner  Hanniballien  »  roi 
de  Pont»  neveu  et  gendre  de  Constantin.  L'argumentation  de 
M.  Feuardent  est  adroite ,  et  il  la  base  surtout  sur  une  pièce  évidem* 
ment  frappée  à  Constantinople ,  et  portant  en  légende  fl.  hahnibal- 
LUNO.  HB6I.  Constantinople  était  au  pouvoir  de  Constance  :  la  légende 
audolif»  indique  une  eoméeraihn,  par  conséquent  une  médaiUe 
frappée  après  la  mort  du  prince  dont  elle  porte  l'effigie.  Or ,  Cons- 
tance II ,  après  avoir  fait  assassiner  son  cousin  »  n'aurait  pas  eu  l'au- 
dace de  lui  conférer  un  honneur  qui  rappelait  l'ancienne  apothéose 
impériale. 

Le  fait  nous  parait  mériter  l'attention  ;  seulement,  comme  il  n*est 
pas  sans  exemple  dans  l'histoire  que  des  princes  aient  rendu  des 
honneurs  publics  à  leurs  victimes  >  il  y  a  lieu  d'étudier  avec  som  les 
historiens.  N'est-ce  pas  Caracalla  qui ,  après  l'apothéose  de  Géta  qu'il 
avait  fait  tuer ,  disait  qu'il  aimait  mieux  que  son  frère  régnât  au  ciel, 
lui  laissant  l'empire  de  la  terre  ? 

,  La  numismatique  gauloise ,  outre  les  articles  de  MM.  de  Saulcy,  de 
Crazannes  et  de  Lagoy ,  édités  dans  les  Revues  française  et  belge, 
est  représentée  en  1857  par  YEaiù  »ur  le»  monnaie»  de»  Àrvemi ,  de 
M.  A.  Pegboux»  et  la  lettre  de  if.  Hacher  à  M.  le  marquis  de  Lagoy , 
insérée  dans  les  Mémoires  de  la  société  académique  du  Mans. 

Je  commence  par  faire  un  sérieax  reproche  à  M.  Peghoux  :  c'est 
l'imperfection  de  ses  planches.  Aujourd'hui  l'art  du  dessin ,  pour  re- 
produire les  monnaies  et  les  médailles ,  est  arrivé  à  une  perfection 
telle  que  l'on  a  le  droit  d'être  difficile  :  les  dessins  de  M.  Peghoux 
indiquent  une  main  qui  sait  dessiner ,  voire  même  qui  comprend 
l'antiquité  ;  mais  ce  ne  sont  néanmoins  que  des  croquis  très-nalvement 
tracés ,  et  bons ,  tout  au  plus ,  à  figurer  dans  un  album  de  notes 
personnelles.  Nous  avons  été  fk-appé  de  ce  détail ,  d'autant  plus  forte* 


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REIHDB  BiBUOGlUPBIQUE.  5S1 

meni  qae  ptusieurs  des  pièces  crayonnées  par  le  numismatiste  anver- 
gnatt  ont  été  très-finement  gravées  dans  la  Revue  numitmatique 
frwnçaiie  de  1856  ;  elles  figurent  sur  des  planches  qui  accompagnent 
un  mémoire  de  H.  Lenormant ,  sur  la  numismatique  gauloise  »  relatif 
aux  numnaiei  des  Arvemes  »  que  M.  Peghoux  ne  semble  pas  avoir 
connu»  et  qu'il  lirait  sans  doute  avec  intérêt. 

A  ce  sujet ,  nous  ne  saurions  trop  engager  les  numismatistes  à 
n'entreprendre  une  publication  qu'après  avoir  consulté  les  ouvrages 
déjà  édités,  surtout  ceux  qui  sont  les  plus  propres  à  mettre  au  cou* 
rant  du  mouvement  scientifique  :  nous  savons  bien  qu'il  est  difficile 
quelquefois  de  se  procurer  de  tels  ouvrages ,  de  les  compulser»  et 
qu'un  examen  est  fat^uant  pour  l'impatience  de  celui  qui  croit  avoir 
troavfr  quelque  chose  de  nouveau ,  et  qui  a  grande  hâte  de  le  dire  de 
peur  d'être  devancé.  Hais  il  faut  se  souvenir  que  l'archéologie  et  la 
numismatique  ne  sont  pas  des  sciences  que  l'on  puisse  aborder  de 
prime  saut .  sans  de  longues  études ,  sans  un  stage  pénible. 

Si  M.  Peghoux  avait  pu  Ihre  la  Revue  numumatique ,  il  aurait 
reconnu  »  ce  qui  n'est  pas ,  du  reste ,  un  petit  honneur,  que  pour  les 
pièces  au  monogramme  des  Arvernes ,  il  se  rencontre  avec  M.  Lenor- 
mant ;  il  aurait  vu  aussi  en  quoi  il  difière  d'opinion  avec  cet  acadé* 
micien»  par  exemple ,  pour  certains  Philippes  que  le  savant  Auvei^nat 
donne  aux  Velauni ,  et  M.  Lenormant  aux  Biturigei  Vivisd» 

Quoiqu'il  en  soit,  si  H.  Peghoux  veut  bien  substituer  à  ses  trois 
planches  lithographiées  trois  planches  gravées ,  comme  sait  les  buri* 
ner  M.  Dardel ,  il  aura  rendu  un  service  véritable  à  la  science  :  en 
eflet  »  il  aura  réuni  et  décrit  soigneusement  les  principales  médailles 
gauloises  qui  se  trouvent  en  Auvergne ,  et  nous  faisons  depuis  long- 
temps des  vœux  sincères  pour  que  des  travaux  de  ce  genre  soient 
entrepris  dans  toutes  nos  anciennes  provinces  :  nous  demandons  un 
recensement  général  des  monnaies  gauloises  connues ,  et  le  plus  de 
dessins  possibles. 

Les  monnaies  gauloises  sont  les  monuments  les  plus  authentiques 
et  les  plus  concluants  ;  je  dirai  plus,  ce  sont  les  seuls  monuments  qui 
peuvent  nous  donner  quelques  notions  sur  nos  ancêtres.  Là  seulement 
nous  retrouvons  leurs  divinités ,  leurs  noms  tels  qu'ils  les  pronon- 
çaient; là ,  seulement ,  nous  retrouvons  des  vestiges  de  ce  que  l'au- 
torité druidique  permettait  de  figurer. 


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592  RBVUB  d'ALSACE. 

La  lettre  de  M.  Hucher  à  M.  de  Lagoy ,  rentre  dans  la  catégorie 
des  travaux  dont  nous  venons  de  parler  :  c'est  la  description  de  pièces 
gauloises  inédites  et  parfaitement  dessinées  :  ootre  qu'il  est  savant 
archéologue ,  M.  Hucher  e&t  un  véritable  artiste  pour  le  dessin  :  il 
comprend  ce  que  trace  sa  main.  S'il  nous  est  permis  d'emprunter  une 
expression  peu  académique,  nous  dirons  qu'il  a  un  crayon  intelligent, 
ce  qui  n'est  pas  aussi  commun  que  beaucoup  de  personnes  veulent 
bien  le  croire. 

M.  P.-A.  Boudard  s'occupe  avec  une  patience  toute  scientiflque  de 
l'étude  de  la  numismatique  Ibérienne,  et  il  a  déjà  fait  paraître  trois 
fascicules,  sur  les  huit  qui  compléteront  son  ouvrage  :  les  recherches 
de  ce  savant  sont  importantes ,  puisqu'elles  auront  pour  résultat  de 
retrouver  un  alphabet  perdu  depuis  longtemps ,  et  qui  a  exercé  la 
sagacité  de  plus  d'un  savant.  Suivant  l'exemple  donné  par  H.  de 
Saulcy,  il  procède  avec  une  méthode  presque  mathématique  en  expli* 
quant  l'alphabet  ibérien  par  des  légendes  ibéro-latines  :  des  monnaies 
portent  le  même  mot  deux  fois  répété  :  l'une  des  formes  est  latine, 
l'aotre  Ibérienne ,  et  les  caractères  latins  et  ibériens  sont  employés 
pour  les  tracer  chacune  :  de  là  on  arrive  à  pouvoir  lire  les  monnaies 
sur  lesquelles  les  légendes  sont  purement  ibériennes  :  c'est  ainsi  que 
l'inscription  de  Rosette  écrite  en  caractères  grecs ,  hiéroglyphiques 
et  démotiques ,  a  donné  à  Champollion  Irclé  des  seconds,  et  à  M.  de 
Saulcy  celle  de  la  langue  démotique  des  Egyptiens.  Une  fois  l'alphabet 
ibérien  reconstitué ,  H.  Boudard  donne  les  preuves  de  l'identité  de 
ridiôme  ibérien  avec  la  langue  basque ,  par  l'identité  des  suffixes  ; 
puis  il  étudie  la  combinaison  des  voyelles ,  la  transformation  des 
mots,  les  mots  eux-mêmes  et  leurs  radicaux.  On  voit,  par  ce  court 
exposé,  de  quelle  utilité  peut  être  la  science  des  médailles  :  sgoutons 
que  dans  plusieurs  articles  déjà  édités  par  les  Revueê ,  H.  Boudard 
arrive  à  lire  des  monnaies  à  légendes  ibériennes  frappée»  dans  le  fiid- 
oue»i  et  le  midi  de»  GauUs. 

Au  mois  d'août  dernier ,  une  trouvaille  très-importante  fut  faite  en 
Vendée,  dans  la  commune  de  St-Hilaire  de  Talmont  :  elle  se  compo- 
sait de  monnaies,  d'ustensiles  et  de  bijoux  de  l'époque  gallo-romaine, 
et  fut  l'objet  d'un  article  de  M.  Benjamin  Fillon ,  inséré  dans  les  Mé- 
moires de  la  Sociéié  d*émulation  de  la  Vendée,,  Au  point  de  vue  numis* 
matique,  cette  découverte  était  précieuse  puisqu'elle  comprenait 
environ  30,000  pièces  de  billon  ou  d'argent,  trois  grands  bronzes. 


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REVUE  BIBUOGRAPHIQUE.  523 

on  médaillon  de  ce  dernier  métal  et  huit  ou  dix  monnaies  d'or. 
H.  Fillon  n'a  pas  reconnu  de  types  inédits  »  mais  plus  d'une  pièce 
rare  •  et  il  a  pu  facilement  établir  que  Tenfouissement  avait  eu  lieu 
vers  Tan  264  ou  265 ,  puisque  les  monnaies  de  Postume  y  sont  nom- 
breuses et  bien  conservées  »  tandis  que  l'on  n'y  a  rencontré  aucune 
pièce  de  l'empereur  Viclorin  qui  avait  été  associé  à  l'empire  gaulois 
par  Postume  en  265  :  c'est ,  du  reste ,  un  fait  remarquable  que  la 
rareté  relative  des  monnaies  de  Victorin  et  de  Tétricus  dans  l'ouest 
des  Gaules  :  il  semble  qu'elles  se  rencontrent  de  préférence  dans  l'Est» 
et  M*  le  baron  de  Witte  »  qui  prépare  un  ouvrage  complet  sur  la  nu- 
mismatique  des  empereurs  gaulois  »  ne  manquera  pas  de  tirer  de  ce 
rapprochement  des  conséquences  importantes  pour  l'histoire. 

La  découverte  de  St*Hilaire  de  Talmoot  »  par  la  date  certaine  que 
l'on  peut  donner  à  l'enfouissement  des  objets  qui  la  composent  »  don- 
nera lieu  à  des  recherches  ultérieures  qui  auront  un  grand  intérêt. 
Ainsi  H.  de  Witte  »  se  fondant  sur  une  légende  monétaire  »  avait 
établi ,  il  y  a  déjà  quelques  années ,  qu'une  pièce  de  billon  de  la 
femme  de  Gallien ,  Timpératrice  de  Salonina  »  frappée  après  sa  mort  » 
indiquait  que  cette  princesse  avait  été  chrétienne.  H.  Fillon  observe 
Judicieusement  que  cette  pièce  se  trouvait  à  St-Hilaire  de  Talmont» 
en  265  »  et  par  conséquent  antérieurement  à  la  mort  de  Salonina.  Il 
reste  donc  à  établir  maintenant  si  on  a  osé  rendre  hommage  »  de  son 
vivant,  à  l'orthodoxie  de  l'impératrice,  ou  si  cette  monnaie  n'est  pas 
l'œuvre  de  quelques-uns  des  chrétiens  qui ,  suivant  nous ,  se  trouvaient 
déjà  en  grand  nombre  parmi  les  monnoyers.  M.  Fillon  a  trouvé  aussi 
l'occasion  de  rectifier  la  lecture,  séculaîrement  erronée,  d'une  inscrip« 
tion  de  Nantes ,  et  de  proposer  des  remarques  curieuses  et  savantes 
sur  le  style  des  monnaies  contemporaines  de  Gallien. 

Il  serait  bien  à  désirer  que  les  découvertes  de  trésors  numisma- 
tiques,  de  toute  époque,  trouvassent  des  historiographes  aussi  habiles 
que  M.  B.  Fillon.  Le  plus  souvent ,  ces  trouvailles  sont  dispersées  et 
tombent  entre  les  mains  des  infidèles ,  et  les  hommes  sérieux  sont 
ainsi  privés  du  secours  de  c  ces  archives  qui  n'auront  plus  de  secrets, 
«  du  moment  où  on  aura  trouvé  moyen  de  les  faire  parler.  » 

Jusqu'à  ce  jour  la  numismatique  de  la  province  de  Bretagne ,  qui 
fut  royaume»  puis  duché ,  était  peu  connue:  H.  Alexis  Bigot  a  fait  un 
gros  in-octavo  qui  contient  la  description  exacte  de  i54i  mo^maies 
diflérentes ,  émises  dans  la  péninsule  armoricaine  depuis  l'époque 


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5S4  RETUB  D'ALSACE. 

méroviogieDQe  jasqn'à  Taonée  1539:  le  texte  est  accompagné  de 
quarante  planches  »  bien  remplies.  Le  livre  qai  porle  pour  titre 
c  Essai  sur  les  monnaies  du  royaume  et  duché  de  Bretagne  > ,  est  »  à 
mon  avis  »  mal  baptisé  ;  il  aurait  dû  se  nommer  Catalogue  raisonné 
des  monncàes  bretonnes  :  en  effet  »  ce  n'est  pas  une  monographie,  mais 
une  description  soi^eusement  élaborée  :  c'est  une  mine  précieuse 
pour  celui  qui  entreprendra  l'histoire  numismatique  de  Bretagne  »  et 
il  est  de  mon  devoir  de  recommander  cet  ouvrage  aux  savants  qui 
étudient  les  monnaies  françaises.  Il  n'est  pas  facile  de  faire  une  mo* 
nographie ,  et  je  puis  le  dire  avec  d'autant  plus  de  franchise  que  j'en 
sais  quelque  chose  ;  il  faut  d'abord  être  bien  fixé  sur  l'histoire,  ensuite 
colliger  à  grand'peine  tous  les  matériaux  et  tous  les  documents  : 
M.  Bigot  V  pour  la  Bretagne  »  a  largement  rempli  cette  dernière  obli- 
gation. Pour  la  partie  historique  »  il  l'a  négligée  parce  que  l'histoire 
de  Bretagne  est  encore  à  l'étude.  Celle  que  nous  avons  est  stéréo- 
typée» en  quelque  sorte  «  sur  le  modèle  que,  dans  tout  le  royaume 
de  France ,  on  a  suivi  pendant  les  deux  derniers  siècles  ;  on  faisait 
alors  l'histoire  comme  M.  de  Vertot  est  accusé  d'avoir  fait  son  siège 
de  Malte»  ou  comme  il  n'y  a  pas  si  longues  années»  un  journal  célèbre 
narrait  la  prise  et  le  pillage  de  Missolonghi.  Aujourd'hui  »  pour  peu  que 
Ton  mette  la  main  dans  les  archives  »  et  que  l'on  cherche  les  docn^ 
ments  originaux  »  on  est  effrayé  de  la  masse  de  matériaux  que  nos 
bons  ancêtres  ont  négligés»  dans  la  crainte  d'être  forcés  de  sortir  du 
cadre  que  l'on  avait  coutume  de  respecter  »  et  aussi  »  avouons-le  »  de 
rappeler  des  faits  que  la  monarchie  absolue  n'aimait  pas  entendre 
exhumer. 

Dans  le  Bulletin  de  la  Société  d^émulation  du  département  de  F  Allier, 
M.  le  comte  Georges  de  Soultrait  a  publié  la  première  partie  d'un 
Essai  sur  la  numismatique  Bourbonnaise.  La  seconde  partie  traitera 
des  méreaux  et  des  jetons  de  cette  province. 

Dans  sa  publication  »  M.  de  Soultrait  »  qui  s'est  déjà  occupé  avec 
succès  des  espèces  d'un  pays  voisin  »  le  Nivernais»  s'occupe  des  mon- 
naies proprement  dites  »  c'est-à-dire  d'un  trions  mérovingien ,  puis 
des  pièces  émises  par  le  prieuré  de  Souvigoy  et  par  les  sires  de 
Bourbon  ;  nous  avons  vu  avec  intérêt  la  gravure  qui  représente  les 
monnoyers  du  prieuré  »  et  nous  regrettons  seulement  l'absence  d'au* 
très  planches  consacrées  aux  monnaies  elles-mêmes.  Nous  espérons 
que  M.  de  Soultrait  comblera  cette  lacune  i  et  que  la  seconde  partie 


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RBTm  BlBLIOGBAPHIfilIE.  6iS 

sera  aecompognée  dea  c  pourtraictures  >  des  monnaies  précédani  les 
méreaux  et  les  jetons. 

Puisque  je  viens  de  prononcer  ces  deux  mots ,  je  ne  puis  résister 
au  désir  de  signaler  un  livre  que  j'ai  lu  avec  un  vif  plaisir  :  un  texte 
irès-érudit ,  suivi  d'excellentes  planches ,  forme  l'ouvrage  intitulé  : 
Biêtoire  du  Jeton  au  moyen-^ge ,  par  HM.  Jules  Rouyer  et  Eugène 
Hucber.  Ce  livre  n'est  encore  qu'une  première  partie»  qui  fait  sou- 
pirer après  la  seconde.  . 

Il  n'y  a  pas  déjà  si  longtemps  que  l'on  ose  s'occuper  des  vieux  je- 
tons ,  et  on  a  eu  tort  de  les  mépriser  jadis ,  car  ces  petits  monuments» 
si  modestes  »  furent  d'un  usage  tellement  répandu  »  qu'il  était  impos- 
sible que  les  habitudes  et  les  événements  contemporains  n'eussent  pas 
sur  eux  une  influence  qui  n'est  pas  à  dédaigner.  Les  jetons  »  murc'^ 
fdê  »  servaient  à  calculer  »  à  faire  des  comptes  :  depuis  le  petit  mar- 
chand jusqu'à  la  reine  de  France ,  chacun  avait  sa  série  de  jetons  qui 
lui  était  indispensable  pour  établir  sa  dépense»  en  s'en  servant  à  peu 
près  comme  nous ,  aujourd'hui ,  au  jeu  de  piquet. 

C'est  à  dessein  que  j*ai  souligné  le  mot  autrefoù ,  car  il  y  a  long- 
temps que  ces  pauvres  pièces  sont  négligées  ;  MM.  Rouyer  et  Rucher 
rappellent  que  »  du  temps  de  Molière  •  ce  genre  de  calcul  était  déjà 
suranné.  Les  pauvres  gens  se  servaient  de  jetons  de  plomb  ;  le  com- 
mun des  mortels  en  avait  des  jeux  en  cuivre  ;  les  personnes  des  classes 
élevées  poussaient  le  luxe  jusqu'à  l'argent;  Charles-le-Téméraire  et 
les  rois  comptaient  avec  des  jetons  d'or. 

Les  types  et  les  légendes  de  ces  pièces  sont  très-variés  »  tellement 
variés  que  »  sans  exagération ,  l'on  peut  dire  que  le  jeton  »  en  dehocs 
de  son  utilité  journalière  ».  a  précédé  nos  médailles  modernes.  Les 
devises  politiques»  amoureuses»  philosophiques,  les  armoiries»  les 
symboles  s'y  multiplient  »  et  tout  cela  vaut  bien  la  peine  d'être  étudié 
lorsque  l'on  réfléchit  que  le  xiv%  le  xv*  et  le  X¥i*  siècles  y  ont  chacun 
apporté  leur  empreinte. 

MM.  Rouyer  et  Rucher  ont  adopté»  à  mon  avis  »  un  plan  excellent: 
à  des  remarques  générales  qui  sont  intéressantes  pour  tous  »  ils  font 
succéder  six  chapitres  dont  les  titres  indiquent  des  divisions  judi- 
cieusement fixées  :  jetons  des  cours  et  administrations  supérieures 
des  finances  du  roi.  —  Service  de  la  maison  du  roi.  —  Reines  de 
France.  —  Princes  du  sang  royal  de  France  et  seigneurs  d'origine 
française.  —  Villes  de  France.  —  Jetons  étrangers  et  anglo-français. 


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526  MTUB  D'ALSaCB. 

Comme  deasiQ,  les  jetons  du  xiv*  et  xir*  siècles  sont  d'assesboa 
goût  :  plusieurs  d'entr'eux  valent  bien  les  monnaies  contemporaines  : 
Ils  les  imitaient  si  bien  quelquefois  qu'on  Usait  dessus  :  je  ne  ma  pa$ 
vrai  agneil  éCor;  je  ne  iu\s  pas  d'argent,  de  peur  qu'on  ne  les  con- 
fondit avec  leurs  prototypes  officiels  ;  sur  plusieurs  on  Ht  qu'ils  sont 
d^or  varmel;  cet  or  vermeil,  c'est-à-dire  rouge ,  n'est-il  pas  à  rappro- 
cher de  cette  locution  populaire  qui  traite  le  cuivre  d*or  hmneux , 
parce  qu'il  fougit  ?  C'est ,  du  reste  «  de  cette  imitation  des  monnaies 
véritables  qu'est  né  le  proverbe  faux  comme  un  jeton. 

J'aurais  bien  envie  de  dire  aux  auteurs  de  VHiitobre  du  Jeton  qu'ils 
ne  conservent  pas  toujours  assez  d'uniformité  dans  l'usage  de  la  langue 
héraldique;  mais  vraiment  »  j'aurais  honte  d'entrer  dans  ces  deuils  ; 
devant  un  bon  livre  on  a  des  scrupules  à  relever  des  vétilles  :  d'aO- 
leurs  9  MM.  Ronyer  et  Huchert  sur  ce  point ,  prêtent  bien  moins  à  la 
critique  qu'une  foule  d'auteurs  qui  semélent  chaque  joiur  de  se  servir 
de  la  langue  du  blason ,  sans  supposer  que  cette  langue  doit  s'ap- 
prendre comme  toutes  les  nomenclatures  scientifiques. 

L'étude  des  anciens  jetons  a  également  fourni  des  articles  aux 
revues  numismatiques  :  dans  la  Revue  belge ,  M.  R.  Chalon  a  consacré 
plusieurs  pages  à  des  jetons  et  à  des  méreaux  inédits;  dans  la  Reme 
françaiic^  un  jeton  de  Jeanne  d'Albret  fournit  à  MM.  de  Crazannes  et 
de  Longérier  l'occasion  de  prouver  encore  une  fois  que  l'S  barré  t 
qui  a  passé  longtemps  »  dans  les  sculptures  du  Louvre  »  pour  le  mo- 
nogramme de  Gabrielle  d'Estrées ,  n'est  que  le  symbole  de  fermesse, 
synonyme  de  constance.  —  Jadis  il  a  été  dit  et  répété ,  et  beaucoup 
de  phraseurs  actuels  répètent  encore,  que  deux  rois  de  France  mirent 
au  Louvre  les  chiffres  de  Diane  de  Poitiers  et  de  Gabrielle  d'Estrées , 
leurs  maltresses  »  et  la  numismatique  enseigne  cependant  que  le  pré- 
tendu chiffre  de  Diane  est  celui  de  Catherine  de  Médicis ,  tandis,  que 
le  chiffre  attribué  à  Gabrielle  est  une  simple  devise  mise  à  la  mode 
par  Jeanne  d'Albret  d'abord  »  puis  par  Henri  IV.  —  Ceci  prouve  en- 
core qu'il  faut  bien  plus  de  temps  pour  déraciner  un  absurde  pr^ngé, 
que  pour  le  faire  passer,  dans  la  foule  des  badauds  «  à  titre  de  vérité. 

La  manie  de  vouloir  expliquer  les  anciennes  devises  de  manière  à 
y  trouver  du  scandale»  donna  même  naissance  à  une  traduction  qui  • 
dans  la  plus  modeste  école  »  ne  manquerait  pas  de  faire  appliquer  un 
long  pensum  au  maladroit  qui  commettrait  quelque  chose  d'appro- 
chant. —  Des  chercheurs  remarquèrent  sur  certaines  pièces  d'Henri  II 


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RBTUB  BIBLIOGBAPHIOUB.  6S7 

on*croi8iant  avec  la  deyise  :  Dtmec  toium  tmpfeoi  orbem  ;  ils  se  hâtèrent 
d'y  irouver  cette  superbe  phrase  :  c  Jusqu'à  ce  que  ma  maltresse 
monte  sur  le  trône.  •  Cette  foîs-ci  encore ,  Diane  de  Poitiers  n'avait 
rien  à  démêler  avec  le  croissant,  et  la  devise  même  était  antérieure 
à  Henri  II.  —  On  ferait»  du  reste ,  un  recueil  curieux ,  et  je  rentre- 
prendrai  peut-être ,  des  balourdises  numismatiques  et  archéologiques 
auxquelles  •  chaque  année  »  les  journaux  les  plus  sérieux  donnent 
asile  :  Le  MimieuT  univenel  lui-même,  en  1857 ,  a  enregistré  la  dé- 
couverte d'une  monnaie  barbare  de  Justin  ou  de  Justinien  •  sur  la- 
quelle un  érudit  de  je  ne  sais  trop  quel  pays  déchiffrait  le  nom  d'un 
empereur  parfaitement  inédit  et  inconnu  dans  l'histoire. 

Dans  le  T.  VIII  du  BulUlin  de  la  Société  d^agricuUure,  induiirielle^ 
sôences  et  artê ,  du  département  de  la  Lozère ,  H.  Gh.  Roussel  a  publié 
un  mémoire  sur  les  monnaïet  frappées  en  Crévaudan ,  et  partieuKère" 
ment  à  Banasiac,  mous  la  dynaitie  mérovingienne.  M.  Roussel  résume, 
avec  beaucoup  de  netteté ,  les  recherches  que  Duchalais ,  ainsi  que 
MM.  Ch.  Lenormant  et  Bretagne  ont  éditées  sur  les  tiers  de  sou  de 
cette  province,  et  s'attache  à  établir  l'influence  que  les  évêques  des 
GabaU  ont  pu  avoir  sur  le  monnoyage  de  leur  diocèse.  Il  termine  en 
proposant  de  chercher  dans  le  pouvoir  épiscopal  et  L'influence  morale 
des  prélats  à  cette  époque ,  l'origine  de  la  puissance  temporelle  des 
évêques  de  Mende.  Je  crois  que  M.  Roussel  aura  grandement  raison 
d'approfondir  cette  conjecture  qu'il  n'a  fait  qu'ébaucher  »  et  qu'il 
obtiendra  des  renseignements  certains  en  combinant  son  système 
avec  les  travaux  publiés  dans  la  Revue  numismatique  française ,  par 
tIM.  de  Pétigny  et  Deloche. 

LiS  province  de  la  première  Aquitaine  semble  avoir  suivi  un  système 
monétaire  uniforme  »  dont  on  retrouve  des  traces  évidentes  dans  les 
diocèses  de  Clermont,  des  ffafroies  et  de  Limoges.  Nous  engageons 
donc  les  numismatistes  de  Clermont  et  de  Hende  à  faire  chacun ,  pour 
leur  grand  pagus ,  ce  que  M.  Deloche  fait  pour  le  Limousin  ;  leurs 
efforts  réunis  ne  seront  pas  infructueux. 

Nous  remarquons ,  en  Gévaudan  »  deux  pièces  sur  lesquelles  il  y  a 
lien  de  demander  un  jugement  en  dernier  ressort  :  l'une  est  celle  que 
M.  Bretagne  attribue  à  Childebert  II  »  l'autre  est  le  trions  du  musée  de 
Vienne,  rappelé  par  M.  Lenormant,  au  nom  de  Justin  II ,  et  sur  lequel 
figurait  la  légende  gabalorvm  ,  avec  un  type  parfaitement  étranger 
au  Gévaudan. 


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S28  REVUE  D'AUACB* 

La  moDiiaie  de  M.  Bretagne  porte-t-elle  le  nom  d'nn  roi  oa  d'on 
monétaire  »  son  homonyme  ?  Le  triens  de  Justin ,  laisse-t-il  lire  bien 
anthentiquement  le  mot  Gabalorum  ?  Voilà  deux  points  qai  me  sem* 
bleraient  devoir  être  bien  arrêtés  avant  que  l'on  pût  tirer  des  conclu- 
sions. Je  confesse  que ,  jusqu'à  plus  ample  information ,  je  suis  porté 
à  douter  de  Childebert  II  comme  de  Gabalorum. 

Dans  un  temps  où  tant  d'écrivains  empruntent  hardiment  des  idées 
sans  dire  quel  est  leur  prêteur  »  on  est  heureux  de  voir  la  conscience 
avec  laquelle  M.  Théophile  Roussel  rappelle  l'un  des  premiers  et 
meilleurs  travaux  de  notre  ami  commun ,  Duchalais.  Celui-ci  était 
très-peu  avare  de  bons  renseignements  ;  il  aimait  »  dans  la  conver- 
sation, à  faire  part  de  ses  découvertes  scientifiques,  et  nous  reconnais- 
sons quelquefois  des  emprunts  qui  lui  ont  été  faits  et  qui  sont  «gnés 
d'un  autre  nom  que  le  sien  :  Sic  vos ,  non  vobU  •  fertiê  araira  bovet. 

Peur  être  équitable,  je  ne  puis  pas  m'empêcher  de  signaler  aux 
amateurs  de  monnaies  antiques  un  livre  qui  porte  ce  titre  assez  pom- 
peux :  c  Larî  de  reconnaître  les  médmlles  fausses  des  vraies  antiques , 
et  les  divers  moyens  qu'emploient  les  faussaires  pour  les  contrefaire  et  les 
patiner^  suivi  d'un  catalogue  de  médmlles  fausses  frappées  dans  des  coins 
anciens  et  modernes  j  »  par  A.  Pagnon,  numismatiste. — Trou  de  Tair» 
quel  beau  titre  i  pardonnons-lui  de  contenir  quelques  fautes  énormes 
de  français ,  puisqu'il  a  été  conçu  dans  la  ville  des  Phocéens,  quelque 
peu  célèbre  par  son  accent.  Oui ,  c'est  à  Marseille  qu'a  paru  ce  volume 
ini-i3,  contenant  58  pages  y  compris  les  faux-titre  et  tables  et  coûtant 
cent  sous ,  monnaie  moderne. 

Je  ne  pois  pas  me  permettre  de  suspecter  les  excellentes  intentions 
de  M.  Pagnon  :  si.>on  livre  est  écrit  dans  un  français  aussi  bizarre 
qu'incorrect;  si  ce  livre  n'apprend  rien  aux  lecteurs,  quelque  jeunes 
qu'ils  soient  ;  si  ce  livre  semble  singulièrement  conforme  à  c  X'm- 
troduction  à  la  science  des  médailles  ^  >  publiée  par  Hangeart  en  1763, 
tout  cela  sont  de  fâcheux  détails  qui  n'enlèvent  rien  à  la  bonne  volonté 
de  l'auteur.  Une  remarque  seulement  :  le  livre  de  Mangeart  que  je 
viens  de  signaler  est  in-folio,  d'un  embonpoint  respectable,  et  orné 
de  55  planches  :  il  coûte  iO  fr.  —  Le  livre  de  M.  Pagnon ,  de  58  pages 
in*lS ,  sans  gravures ,  coûte  5  fr.  :  j'aime  mieux  Mangeart ,  j'ai  au 
moins  du  papier  pour  mon  argent.  —  Marseille  aurait-elle  voulu  faire 
une  petite  mystification  aux  numismatistes  perdus  loin  des  frontières 
de  Provence?  Anatole  de  Bartbélbmt. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES 


DB  L'iNOBIlNB  ALSACB. 


SuUe  et  fn  (*). 


LANDAU. 

Le  bombardement  recommença  donc  »  mais  touVours  sai^  ^sultat. 
Enfin^  au  bout  de  neuf  mois  de  blocus  etdesiègerSH^méeâiiRbinaux 
ordres  de  Hocbe  et  de  Pictaegru  vînt»  après  une  sérRrde  combats» 
délivrer  Landau»  et  le  7  frimaire  an  II  (23  décembre  1795)  ses  portes 
depuis  si  longtemps  fermées  se  rouvrirent. 

La  Convention  décréta  que  la  garnison  et  la  garde  nationale  de 
Landau  avaient  bien  mérité  de  la  patrie. 

En  i  795  Landau  fut  de  nouveau  bloqué  par  les  ennemis  de  la  France , 
mais  les  succès  des  armées  du  Rbin  et  de  Sambre-et-Heuse  rendirent 
cet  investissement  moins  long  et  moins  terrible  que  celui  de  1793. 

Ce  fut  la  dernière  épreuve  imposée  à  la  place  forte  française  jus- 
qu'à nos  désastres  de  1814  et  de  1815.  La  réunion  du  Palatinat  »  des 
électorats  de  Hayence  »  de  Trêves  et  de  Cologne  à  la  France  semblait 
désormais  lui  réserver  une  destinée  militaire  moins  périlleuse»  car 
elle  cessait  d'être  à  l'extrême  frontière  de  la  rive  gauche  du  Rhin ,  et 
elle  n'avait  plus  de  voisins  étrangers  que  sur  la  rive  droite  (>). 

Le  canton  de  Landau  qui  faisait  partie  de  l'arrondissement  de 
Wissembourg  comprenait  vingt  communes.  Il  était  divisé  en  quatre 
assemblées  primaires  dont  les  chefs-lieux  étaient  Landau  »  Queichheim  » 

(*)  Voir  les  livraisoDS  de  février,  mars ,  juin ,  jaillet ,  août,  septembre ,  octobre 
et  novembre ,  pages  49 ,  97 ,  257 ,  315 ,  402 ,  445  et  495. 

(*)  En  Tan  vu  le  général  Ney ,  commandant  par  intérim  de  Tarmée  du  Rhin  , 
étabUt  pendant  quelque  temps  son  quartier-général  à  Landau. 

î)'  Année.  o4 


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530  RBVUB  D^AIiftAGE. 

Henbeim  et  Niederbochstatt.  Il  y  avait  dans  la  ville  une  direction 
d'artillerie  et  une  du  génie,  trots  casernes  et  un  hôpital  militaire  fort 
considérable.  Sous  le  consulat  et  TEmpire ,  jusqu'en  1842,  le  com- 
mandement illustré  par  Laubadère  fut  conflé  au  général  Jordy. 

Ce  n'est  pas  que ,  durant  cette  période  où  nos  armées  portèrent  si 
loin  leurs  drapeaux  et  où  nos  frontières  furent  reculées  si  loin ,  la 
ville  de  Landau  n'ait  pas  encore  eu  à  souffrir  des  effets  de  la  poudre 
et  des  bombes.  L'après-midi  du  5*  jour  complémentaire  de  l'an  VII 
—  45  septembre  1799  — une  explosion  épouvantable  vint  tout-à-coup 
tirer  les  habitants  de  leur  sécurité.  C'était  le  laboratoire  d'artillerie 
qui  sautait  et  faisait  éclater  quelques  obus  jusques  dans  les  maisons 
de  la  ville ,  dont  toutes  les  vitres  furent  brisées  et  où  plusieurs  per- 
sonnes furent  blessées,  tandis  que  trois  malheureux  canonniers  étaient 
mis  en  pièces  dans  l'arsenal.  Sans  le  dévouement  intrépide  des  géné- 
raux Baragay-d'Hilliers  et  Delaborde  en  passage  à  Landau  qui ,  avec 
quelques  généreux  citoyens  et  les  canonniers  de  la  garde  nationale  et 
de  l'armée,  parvinrent  à  éloigner  du  contact  des  flammes  de  nom- 
breux caissons  d'artillerie  préparés  pour  l'armée  du  Rhin  ,  cet  acci- 
dent eût  eu  pour  Landau  des  suites  aussi  graves  que  les  bombarde- 
ments de  1793. 

Mais  il  devait  venir,  enfin  ,  le  jour  de  la  défaite  pour  cette  France 
qui  depuis  vingt  ans ,  de  1792  à  1842,  avait  si  souvent  ébloui  l'Europe 
de  sa  gloire  et  semblait  appelée  par  le  nouveau  César  à  une  domination 
aussi  étendue-que  celle  de  l'antique  Empire  romain.  En  1842,  nos 
armées  détruites  à  la  fois  en  Espagne  par  la  fièvre  jaune  et  l'éner- 
gique insurrection  d'un  peuple  désespéré,  en  Russie  par  la  famine  et 
les  frimas ,  avaient  pour  la  première  fois  appris  à  l'Europe  étonnée 
qu'elles  n'étaient  pas  invincibles.  Les  levées  de  conscrits ,  envoyées 
en  1843  en  Allemagne  pour  remplacer  les  vieilles  bandes  disparues 
dans  la  retraite  de  Moscou,  n'avaient  pu  repousser  que  dans  les  deux 
premiers  jours  de  la  bataille  de  Leipsick  les  armées  réunies  de  la 
Russie ,  de  l'Autriche  et  de  la  Prusse»  et  le  troisième  jour  elles  avaient 
dû  céder  la  victoire ,  moins  peut-élre  aux  efforts  des  masses  qui  les 
attaquaient  de  front  et  sur  les  flancs  qu'à  la  trahison  des  troupes 
saxonnes  qui  étaient  mêlées  à  leurs  rangs.  Les  Etats  de  la  confédé- 
ration du  Rhin ,  jusqu'alors  vassaux  si  soumis  de  l'empereur  Napoléon  » 


(2)  Ânntiaire  du  Bas-Rhin  de  Van  vni ,  page  387. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L* ANCIENNE  ALSACE.  551 

s*ëtaient  retouroés  vers  la  fio  de  i8i5  conlre  la  France  «  et  m^igté 
leur  écbec  de  Hanau ,  n'avaient  pas  tardé  à  joindre  leurs  forces  aux 
armées  et  aux  levées  en  masse  des  alliés  pour  l'accabler. 

L'Alsace  fut  envahie  à  la  fois.,  dès  les  premiers  jours  de  4814 ,  par 
Tannée  autrichienne t  russe,  bavaroise,  wurtembergeoise  du  prince 
de  Scbwartzenberg  ,  et  par  l'aile  gauche  de  l'armée  russe-saxonne  et 
prussienne  du  maréchal  Biûcher.  Cette  dernière  avait  passé  le  Rhin  à 
Mannheim ,  à  Caub  et  à  Neuwied ,  tandis  que  hi  première  se  faisait 
livrer  le  pont  de  Bâie  par  les  Suisses  du  général  Watteville  et  pénétrait 
par  le  Haut*Rhin. 

Dans  la  nuit  du  51  décembre  au  1~  janvier  les  premiers  coups  de 
fusil  avaient  été  tirés  sur  la  ligne  du  Rhin  •  en  avant  de  Landau , 
entre  les  avant-postes ,  puis ,  le  passage  effectué ,  le  détachement  de 
la  garnison  envoyé  pour  border  la  rive  gauche  du  Rhin  et  trop  faible 
pour  s'y  opposer  sérieusement ,  s'était  replié  sur  la  place.  Cette 
dernière  était  commandée  par  le  général  de  brigade  Verrières,  vieux 
brave  des  premières  campagnes  de  la  République ,  couvert  de  bles- 
sures ,  mais  infirme ,  qui  avait  succédé  en  1815  au  général  Jordy.  La 
garnison  se  composait  des  dépdis  des  59<^*  et  155°"*  de  ligne ,  du  5<^« 
régiment  suisse ,  d'un  escadron  de  gardes-d'honneur,  d'une  compa- 
gnie du  1*' régiment  d'artillerie  à  pied»  de  quelques  canonniers  appar^ 
tenant  à  divers  autres  régiments,  et  d'une  cohorte  de  garde  nationale 
mobile  des  Vosges  (i).  La  garde  naliooale  de  Landau  formée  en  com- 
pagnie d'artillerie  et  en  cohorte  urbaine  complétait  cette  liste  des 
défenseurs  de  la  place  et  ne  se  montrait  pas  moins  décidée  que  les 
soldats  de  la  ligne  à  la  résistance  la  plus  énergique. 

L'investissement  régulier  de  la  place  eut  lieu  le  5  janvier  par  une 
forte  division  russe  aux  ordres  du  général  de  Sokolowski ,  par  une  bri- 
gade badoise  et  par  quelques  escadrons  de  cavalerie  bavaroise.  Dès 
le  16  une  sortie ,  composée  de  150  hommes  choisis  dans  les  dépôts 
des  59"°*  et  155°"»  de  ligne  et  de  50  gardes-d'honneur,  refoula  l'en- 
nemi qui  serrait  de  trop  près  la  place  et  periçit  de  la  ravitailler.  Le 
commandant  d'artillerie,  M.  le  lieutenant-colonel  de  Peyerimhoff, 
les  soutint  vigoureusement  par  les  batteries  de  la  place.  Il  ne  se 

(')  Nous  devoDS  à  Tobligeance  de  H.  Blanchard,  aocien  secrétaire-général  du 
ministère  du  grand  duché  de  Berg  et  ancien  sous-préfet  à  Schlestadt  la  communi- 
eaiion  d'un  journal  du  blocus  de  Landau  on  i  814. 


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532  REVUE  D'ALSàCK. 

passait  guères  de  jour  sans  qae  ces  batteries  n'éclairassent  les 
approches  et  ne  missent  obstacle  aux  préparatifs  d'attaqae.  Le  SI 
janvier,  nouvelle  sortie  d'égal  nombre  d'hommes  environ  pour 
reprendre  et  démolir  une  tuilerie  où  l'ennemi  s'était  logé.  Le  com- 
mandant d'artillerie  fait  remarquer  à  cette  occasion  qu'aux  yeux  des 
soldats  le  seul  malheur  de  cette  sortie  fut ,  non  pas  la  mort  de  trois 
soldats  frappés  par  le  feu  de  l'ennemi  »  mais  une  maudite  balle  qui 
traversa  une  marmite  au  moment  où  Ton  faisait  la  soupe  et  fit  perdre 
tout  le  bouillon. 

Le  29  on  repoussa  une  attaque  d'infanterie  sur  le  bastion  de 
droite  et  l'on  eut  occasion  de  mitrailler  la  cavalerie  bavaroise  qui 
s'était  avancée  pour  empêcher  que  cette  infanterie  ne  fût  poursuivie 
trop  loin  par  le  détachement  sorti  de  la  place. 

Il  faisait  si  froid  et  la  terre  était  si  gelée  qu'on  ne  pouvait  •  ni  du 
côté  des  assaillants ,  ni  du  côté  de  la  place ,  travailler  à  la  pioche , 
ouvrir  des  tranchées  et  faire  des  terrassements.  Cdmme  le  général 
commandant  la  place  ou  plutôt  le  chef  du  génie  que  ce  soin  concer- 
nait plus  spécialement ,  n'avaient  pas  songé  à  faire  raser  les  cons- 
truclions  et  les  jardins  que  l'usage  d'un  long  éloignement  du  théâtre 
de  la  guerre  avait  laissé  établir  jusque  sur  les  glacis,  l'ennemi 
pouvait  très  •  facilement  se  loger  à  portée  de  fusil  de  la  place  et  l'in- 
commoder beaucoup.  11  fallut  toute  une  série  de  petites  sorties  et 
toute  l'énergie  du  commandant  Peyerimhoff  pour  parvenir  à  la  des- 
truction successive  de  ces  dangereuses  approches. 

Ces  petits  combats  continuels  et  le  typhus  ne  laissaient  pas  que 
d'enlever  beaucoup  des  défenseurs  de  la  place.  Chaque  jour  le 
corbillard  renouvelait  plus  souvent  ses  visites  au  cimetière]  en-dehors 
des  palissades.  Une  fois  il  fut  enlevé  par  les  cosaques  qui  agoutèrent 
à  ce  mauvais  procédé  l'enlèvement  du  moulin  de  l'hôpital  à  150  toises 
de  la  place.  Cela  criait  vengeance»  une  sortie  plus  nombreuse  que  de 
coutume  eut  lieu ,  elle  se  composait  outre  deux  ou  trois  pelotons  de 
soldats  de  ligne  et  de  soldats  suisses  »  des  deux  cents  jeunes  gardes 
mobiles  de  la  cohorte  des  Vosges.  Deux  bouches  à  feu  et  les  quelques 
gardes-d'honneurs  encore  montés  appuyaient  cette  petite  troupe.  On 
reprit  d'abord  le  moulin ,  puis  on  poussa  jusqu'à  Oiïenbach  et  Isen- 
heim  pour  ramasser  autant  de  provisions  que  possible .  car  la  disette 
comaiençait  à  se  faire  sentir  ;  la  retraite  fut  soutenue  par  les  braves 


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VILLES  LIBBES  ET  IHPÉRULES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  533 

enfants  des  Vosges  qat  se  couvrirent  de  gloire  ainsi  que  quelques 
gardes  nationaux  de  Landau  mêlés  à  leurs  rangs. 

Cependant  on  ignorait  absolument  ce  qui  se  passait  hors  du 
rayon  de  la  place.  Le  général  russe  ayant  une  fois  voulu  faire  parve- 
nir quelques  nouvelles  des  succès  des  alliés  en  France ,  le  conseil  de 
défense  avait  interdit  •  sous  peinç  de  mort ,  toute  communication 
avec  l'ennemi.  On  continuait  donc  à  se  battre  pour  l'empereur  à 
Landau  lorsque  déjà  Paris  était  occupé  par  les  alliés. 

Quelques-uns  de  ces  officiers ,  plus  braves  au  feu  que  fermes  dans 
les  vicissitudes  de  la  politique ,  commençaient  toutefois  à  s'inquiéter  ; 
un  peu  avant  l'investissement»  le  colonel  du  régiment  suisse  qui  faisait 
partie  de  la  garnison  de  Landau  avait ,  pour  lui  épargner  les  dangers 
d'un  siège  9  envoyé  sa  femme  dans  les  environs  de  la  ville.  Le  général 
Sokolowski  6t  dire  que  cette  dame  gravement  malade  demandait  à  être 
traitée  par  le  médecin  du  chirurgien-major  de  son  mari  et  il  offrit  un 
sauf-conduit  pour  cet  officier  de  santé.  Le  général  Verrières  ayant , 
malgré  l'avis  du  conseil  de  défense  »  autorisé  le  voyage ,  on  apprit 
enfin  au  retour  du  chirurgien  suisse  les  graves  événements  survenus 
à  Paris  et  à  Fontainebleau  en  mars  et  en  avril. 

Presqu'aussitôt  un  parlementaire  russe  se  présentait  pour  sommer 
de  suspendre  les  hostilités  contre  des  troupes  alliées  du  nouveau 
gouvernement  français.  Le  général  Verrières  hésitait ,  mais  sur  les 
instances  du  commandant  Peyerimhoff  il  refusa  de  recevoir  l'officier 
russe.  Le  lendemain  nouveau  parlementaire,  il  apporte  des  journaux , 
des  lettres ,  mais  il  n'est  pas  reçu ,  et  le  conseil  de  défense  brûle 
lettres  et  journaux.  Enfin ,  au  bout  de  quelques  jours  ,  un  troisième 
parlementaire  se  présente  aux  avant-postes  ;  cette  fois  ce  n'est  plus 
un  officier  russe ,  mais  un  officier  français  quoiqu'il  soit  accompagné 
d'un  trompette  des  troupes  ennemies.  Le  commandant  Peyerimhoff 
est  envoyé  au-devant  de  lui  jusqu'aux  vedettes ,  en  approchant  il 
remarque  que  cet  officier  porte  une  cocarde  blanche  :  Qui  êtes- vous? 
lui  dit-il.  —  Vous  le  voyez ,  je  suis  comme  vous  officier  français  et  je 

suis  envoyé  par  le  ministre  de  la  guerre —  Quel  ministre?  — -  Le 

ministre  du  roi.  —  Je  ne  connais  que  le  ministre  de  l'empereur 
Napoléon —  Enfin,  reprend  l'interlocuteur  de  M.  de  Peyerim- 
hoff, je  n'ai  point  de  comptes  à  vous  rendre,  c'est  au  général  Verrières 
que  je  suis  envoyé ,  faites-moi  conduire  au  général ,  ou  prévenez-le 
que  le  chef-d'escadron  Brossard  est  chargé  d'une  mission  du  ministre 


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534  BEVCB  D'ALSACE. 

pour  lui.  —  Votre  ministre  ne  peut  avoir  de  mission  à  donner  pour 
un  généra)  de  Tempereur,  retirez-vous,  on  je  serai  forcé  de  vous  fiiire 
fusiller. 

Ainsi  éconduit,  Tofflcier  royaliste  dut  se  retirer,  et  le  drapeau 
tricolore  continua  à  flotter  à  Landau  lorsque  déjà  le  drapeau  blanc 
l'avait  presque  partout  ailleurs  remplacé. 

Ce  ne  fut  que  quelques  semaines  après  •  sur  les  instances  du  vieux 
général  Scbramm ,  nommé  commissaire  extraordinaire  près  la  garnison 
de  Landau,  que  cette  dernière  consentit  à  reconnaître  le  nouveau 
gouvernement.  En  même  temps  Ton  signifia  an  général  russe  que 
Ton  gardait  la  place ,  sinon  pour  l'empereur  qui  avait  abdiqué  »  au  moins 
pour  la  France  qui  n'abdiquait  pas. 

Landau  resta  donc  ville  française  même  après  la  paix  de  1814 ,  et 
aux  termes  de  l'article  5  du  traité  du  30  mai  1814  les  villages  de 
Queichheim  •  Merlenbeim  »  Knitteisbeim ,  Belheim  ainsi  que  tout  le 
rayon  de  la  forteresse  tel  qu'il  était  en  1792,  même  Bergzabern , 
furent  conservés  à  la  France  et  au  département  du  Bas-Rhin. 

Mais  voici  1815  et  avec  les  premières  violettes  du  printemps  l'exilé 
de  l'Ile  d*Eibe  reparaît  en  cette  France  toute  meurtrie  encore  des 
luttes  vaillantes  de  1814.  La  garde  nationale  de  Landau  salua  avec 
enthousiasme  le  retour  du  drapeau  tricolore  qui,  aux  yeux  des  géné- 
rations contemporaines  ,  représentait  et  représente  encore  plus 
particulièrement  l'bonneur  des  armes  et  les  intérêts  modernes.  Te 
morituri  salulanî  auraient  pu  dire  beaucoup  de  ces  braves  qui  le 
saluaient  alors ,  et  la  France  aussi  et  Landau  surtout  auraient  peut- 
être  hésité  à  fêter  son  retour,  si  les  prochains  résultats  de  ce  retour 
se  fussent  dévoilés  à  leurs  yeux  et  si  le  spectre  sanglant  de  Waterloo 
eût  pu ,  dès-lors ,  se  dégager  des  nuages  qui  allaient  le  cacher  pen- 
dant cent  jours  encore. 

Mais  n'importe!  le  patriotisme  des  habitants  de  Landau  ne  se 
dément  pas  plus  en  1815  qu'en  1814  et  en  1792.  Ils  voient  s'avancer 
de  nouveau  vers  cette  frontière  française  ,  qu'ils  couvrent ,  les 
innombrables  armées  de,  l'Europe  et  de  nouveau  ils  serrent  leurs 
rangs  pour  recevoir  bravement  le  choc.  Leur  maire ,  M.  Scbatten- 
mann  (i) ,  leur  donne  l'exemple  du  dévouement ,  et  aide  le  colonel 
du  génie  Athalin  à  préparer  la  défense  de  la  place. 

(*)  Frère  de  M.  Schatteomann ,  membre  du  Conseil  général  du  Bas-Rhin , 
directeur  des  mines  de  Bouxwiller. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L' ANCIENNE  ALSACE.  555 

L'empereur  Napoléon  avait  nommé ,  à  la  date  du  4  mai  4815 ,  le 
générai  de  brigade  Buquet  au  commandement  supérieur  de  Landau  ; 
mais  ce  général  »  retenu  par  une  grave  maladie ,  n'avait  pu  encore 
prendre  possession  de  son  commandement  lorsque  les  premières 
hostilités  vinrent  à  éclater  sur  la  frontière.  Le  général  Happ ,  qui 
commandait  en  chef  le  corps  d'armée  destiné  à  opérer  sur  le  Rhin , 
prit  alors  sur  lui  d'envoyer  à  Landau  le  général  de  brigade  Geither» 
car  il  lui  fallait  un  chef  sur  lequel  il  pût  compter  pour  défendre  une 
place,  qui  »  d'après  son  premier  plan  de  campagne  »  devait  lui  servir 
de  base  d'opération. 

Michel  Geither,  né  à  Obstadi ,  non  loin  de  Landau ,  était  un  de  ces 
vieux  soldats  de  la  République  et  de  l'Empiie  qui,  partis  le  sac  sur  le 
dos .  devaient  leurs  épaulettes  à  leur  instinct  militaire  et  à  leur  saug 
glorieusement  versé  dans  les  combats  (f).  Son  bras  droit  était  resté  à 
laBérésina,  mais  il  savait  tenir  son  épée  aussi  ferme  du  bras  gauche» 
et  était  digne  de  présider  aux  dernières  destinées  françaises  de 
Landau. 

{*)  Nous  pensoDibfaire  plaisir  aux  lecteurs  de  la  Rewie  d'Alioee  eu  leur  donnant 
GOfflmuaicaUon  d-après  des  élats  de  services  du  général  Geither  : 

SERVICES  SUCCESSIFS 

de  Jf.  Michel  Geither  ,  Maréchal-deHiainp ,  Offleier  de  la  Légionrd' Honneur , 

Chevalier  de  Saint-Louis  ,  né  à  Obstadt  (évéché  de  Spire)  le  10  novembre  1769, 

SERVICES. 

Soldat ,  au  régiment  de  Reinach  (Suisse)  au  serviee  de  France,  le  4  juin  1784. 

Caporal ,  le  6  juin 1786. 

Sergent ,  le  3  janvier 1788. 

Congédié  au  licenciement  du  régiment,  le  26  septembre 1792* 

Entré  sergent  au  1*^  bataillon  franc  au  service  de  France ,  le  2  octobre  .  1792. 

Adjudant  sous-officier ,  le  3  novembre 1792. 

5otM-Ltett/enan/ ,  le  8  août 1793. 

Lieutenant ,  le  11  mai 1795. 

Passé  par  Tincorporation  du  l^''  bataillon  franc  à  la  21*  demi-brigade 
d'infanterie  légère  dont  il  a  fait  partie  ,  capitaine  au  même  corps  devenu 

d«  demi-brigade  d'infanterie  légère ,  le  5  octobre 1796. 

Chef  de  bataillon ,  le  3  septembre 1798. 

Major ,  au  15*  régiment  d'infanterie  légère,  le  22  janvier     .     .  .1804. 

Passé  par  ordre  de  l'Empereur  au  service  du  grand  duché  de  Berg  et 

nommé  (7otoie/ ,  le  21  juiUet 1806. 

jBrtyodier,  le  l*r  novembre.     .     .    < 1808. 


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536  REVUE  D*AL8ACB. 

Le  général  Rapp  rédaît  à  opposer  46  ou  17,000  hommes  aux 
60,000  ÂutrJcbieDs ,  Russes ,  Bavarois  »  Wartembergeois  et  Badois 
qui  débouchaient  du  Palatinat  sur  l'Alsace ,  menacé  en  outre  d'être 
pris  à  revers  par  une  autre  armée  autrichienne  qui ,  après  avoir 

Général  de  hrigade ,  le  28  juin ISliy 

Rentré  en  France  avec  l'armée  en 1818, 

A  commandé  une  brigade,  pendant  le  blocus  de  Strasbourg ,  en .     .     .  1814. 

Mis  en, non-activité,  le  l*r  septembre 1814. 

Nommé  provisoirement  au  commandement  supérieur  de  la  citadelle  de 

Strasbourg ,  par  M.  le  Maréchal  Suchet ,  le  23  mars 1815. 

Passé  au  commandement  supérieur  provisoire  de  Landau ,  par  ordre  de 
M.  le  Comte  Rapp ,  Général  en  chef  de  l'armée  du  Rhin  ,  le  24  mai     .     .1815. 

Cessé  ses  fonctions,  le  18  septembre 181S 

par  ordre  de  M.  le  Ministre  de  la  Guerre ,  en  date  du  80  août  1815. 

CAMPAGMES. 

A  fait  les  campagnes  : 
Aui^  armées  du  Nord  et  de  Sambre-et-Meuse  1798 ,  1798  ,  1794  ,  1795  ,  1796. 

A  l'armée  en  Italie 1797. 

En  Egypte 1798  ,  1799  ,  1800. 

A  Boulogne  (armée  des  côtes  d'Angleterre) '.     .  1803,1804. 

Grande  armée  d'Allemagne 1808  ,  1806. 

Grande  armée 1807,1808. 

En  Catalogne 1809,1810. 

En  Russie 1812. 

En  Allemagne 1818. 

En  France 1814,1815. 

ACTtOlfS  D'ÉCLAT  ET  BLESSURES. 

Reçu  deux  coups  de  feu ,  l'un  au  bras  droit ,  l'autre  à  la  cuisse  gauche ,  à 
l'affaire  de  Jemmapes,  le  6  novembre  1792.  — S'est  distingué  dans  les  affaires  du 
8  germinal  an  V  (23  mars  1797)  à  Tarvise  prés  Panteba ,  le  18  germinal  an  V 
contre  les  grenadiers  hongrois ,  et  le  14  germinal  an  V  à  Hundsmarck  où  il  com- 
mandait la  compagnie  de  carabiniers  du  2*  régiment  d'infanterie  légère. 

Reçu  à  Bogaz  de  Lesbey  en  Egypte  un  coup  de  feu  à  l'épaule  gauche.  Ayant  été 
démonté  en  marchant  à  la  tête  de  son  bataillon ,  il  est  entré  le  premier  dans  le 
fossé  derrière  lequel  l'ennemi  était  retranché ,  et  a  reçu ,  en  faisant  décider  la  vic- 
toire, un  coup  de  sabre  sur  la  main  droite,  le  l«r  novembre  1799.  Il  lui  avait  été 
décerné  un  sabre  d'honneur  par  le  général  Kléber  qui  n'a  pu  lui  être  accordé  à 
cause  de  la  mort  de  ce  général ,  ainsi  qu'il  est  constaté  par  un  certificat  de  M.  le 
général  Verdier. 

Blessé  de  deux  coups  de  feu  à  la  bataille  d'Ayterlitz ,  le  2  décembre  1808,  dont 
un  à  la  main  droite  et  l'autre  à  la  hanche  droite.  Ce  fUt  sous  les  ordres  du  miyor 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRIALES  DE  L' ANCIENNE  ALSACE.  S37 

envahi  la  Haute-Alsace  »  marchait  sur  Schlestadt  et  Strasbourg»  avait 
dû  renoncer  à  la  ligne  de  la  Queicb  et  se  replier  successivement  sur 
la  Lauter  et  sur  la  Seltz ,  pour  venir  enfin  s'adosser  aux  remparts 
de  Strasbourg. 

En  quittant  sa  première  ligne  d'opérations  il  avait  retiré  de  Landau 
presque  toutes  les  trouQes  disponibles ,  ne  laissant  à  Geitber  qu'un 
faible  bataillon  du  S?"**  de  ligne  »  quelques  canonniers  et  sapeurs  du 
génie  et  des  cadres  de  garde  nationale  mobile  parmi  lesquels  il  n'y 
avait  guères  d'organisé  que  le  contingent  de  Wissembourg.  Hais  la 
garde  nationale  sédentaire  de  Landau  venait  en  aide  à  ces  braves  et 
ses  canonniers  »  surtout ,  savaient  toujours  rivaliser  d'ardeur  et  de 
justesse  de  tir  avec  les  canonniers  de  la  ligne. 

Le  corps  d'armée  ennemi ,  chargé  de  l'investissement  de  Landau , 
se  composait  d'Autrichiens,  de  Badois  et  de  Wurtembergeois.  Il 
débuta  par  l'attaque  du  moulin  dit  SpUteUMûhl ,  déjà  l'objet  des 
premiers  combats  pendant  les  sièges  et  blocus  de  i795  et  de  I8U. 
Un  brave  officier  du  génie  »  M.  Cugnot ,  y  Tut  tué  en  défendant  un 
nouvel  épaulement  construit  l[>ar  les  ordres  du  colonel  Athalin. 

Geither  que  le  15*  régiment  d'infanterie  légère  se  déploya  à  l'approche  du  village 
de  Solkonitz  ,  qu'il  emporta  de  vive  force ,  quoiqu'il  fut  défendu  par  des  troupes 
russes  en  nombre  au-dessus  de  toutes  proportions  avec  celui  des  troupes  qui  l'atta- 
quaient. 

Il  commandait  les  troupes  qui  ont  pris  le  fort  rouge  de  Gironne  en  Catalogne , 
le  16  juin  1809.  Blessé  d'un  éclat  de  bombe  à  la  tranchée  devant  Gironne ,  le  3 
août  1809.  Blessé  à  la  hanche  droite  d'un  éclat  de  bombe  lorsqu'il  commandait  les 
troupes  qui  ont  avancé  les  travaux  de  la  demi-lune  en  avant  du  Mont-Joui  près 
Gironne ,  le  8  août  1809. 

II.  a  commandé  les  troupes  qui  ont  repoussé  les  sorties  de  Gironne ,  les  8  août 
et  16  septembre  1809 ,  celles  qui  ont  pris  les  forts  du  Calvaire  et  du  Chapitre  près 
de  la  même  ville ,  du  5  au  8  décembre  1809  ,  où  il  a  montré  beaucoup  de  bra- 
voure et  de  talents  utilitaires. 

Blessé  d'un  boulet  de  8  au  village  de  Gamionze  près  Tarragone ,  en  faisant  une 
reconnaissance  sur  cette  dernière  ville  où  son  cheval  fut  tué  sous  lui  par  le  même 
coup,  le  31  août  1810. 

A  eu  le  poignet  droit  emporté  par  un  boulet,  le  28  novembre  1818,  au  passage 
de  la  Bérézina  en  Russie.  À  été  amputé  par  suite  de  cette  blessure. 

Certifié  le  présent  relevé  des  services  conforme  aux  titres  représentés  et  rendus. 
Strasbourg,  le  6  décembre  1880. 

Le  Soui-Intendant  militaire ,  signé  :  Wolf. 


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538  REVUB  D'ALSACE. 

Le  principal  forl  de  Laadau ,  dit  le  Comkhon ,  fut  ensuite  l'objet 
d'une  attaque  des  plus  vives  »  les  obus  y  pieuvaient  ainsi  que  dans  la 
ville  et  allumèrent  plusieurs  incendies  dont  on  parvint  toutefois  à  se 
rendre  maître.  Quelques-uns  des  projectiles  avaient  nécessité  des 
travaux  qui  furent  exécutés  immédiatement  sous  le  feu  de  l'eunemi 
par  les  sapeurs  du  génie  et  par  quelques  travailleurs  volontaires  de 
la  ville  que  dirigeait  le  lieutenant  du  génie  Samain  (i). 

Le  manchot  de  la  Bérésina,  comme  on  avait  coutume  d'appeler  à 
Landau  le  général  Geither,  semblait  se  multiplier  pour  être  partout 
ou  il  y  avait  danger,  et  bien  des  fois  «  quelques  vieux  habitants  de 
Landau  s'en  souviennent  encore,  lorsque  les  bombas  et  les  obus 
pieuvaient  avec  le  plus  de  fracas ,  on  le  voyait ,  s'^il  n'était  pas  sur  les 
remparts ,  se  promener  tranquillement  sur  la  place  d'Armes,  comme 
pour  défier  la  mort  ou  plutôt  pour  encourager,  par  son  exemple,  les 
habitants  et  les  aguerrir  contre  les  bombardements. 

La  place  était  approvisionnée  de  vivres  pour  six  mois  d'après  les 
états  officiels  (^)  mais  en  réalité ,  elle  n'avait  guères  que  pour  six 
semaines  de  vivres  et  de  munitions  de  guerre.  La  prolongation  de  sa 
défense  était  donc  subordonnée  à  un  mouvement  offensif  de  l'armée 
du  général  Rapp ,  ou  du  moins  à  un  ravitaillement  par  suite  de  quel- 
que circonstance  fortuite  de  la  guerre. 

Cependant  Waterloo  avait  déjà  depuis  deux  mois  vu  tomber  en  ses 
plaines  fatales  la  fortune  de  la  France ,  et  déjà  le  drapeau  blanc  avait 
rendu  quelque  simulacre  de  paix  à  presque  tous  les  clochers  du 
royaume  restitué  à  Louis  XVIII,  pendant  que  Geither  s'obstinait 
encore,  à  l'instar  de  Verrières  et  de  Peyerimhoff  en  i8i4|  à  con- 
server l'étendart  aux  trois  couleurs  sur  les  remparts  de  Landau.  Dès 
la  fin  de  juillet  1815  le  général  ennemi  lui  avait  fait  remettre  par  un 
parlementaire  l'ampliation  de  l'armistice  conclu  le  27  juillet  à  Stras- 
bourg ,  armistice  obligatoire  pour  tous  les  commandants  des  places 
fortes  de  la  b^^  division  militaire.  Geither  ne  voulait  entendre  à  rien , 
il  ne  cesserait  les  hostilités,  disait-il,  que  sur  Tordre  formel  de 
l'empereur;  mais  on  lui  répondait  qu'il  n'y  avait  plus  d'empereur, 
que  le  roi  Louis  XVIil  était  reconnu  partout  en  France  comme  à 
l'étranger,  et  qu'il  fallait  obéir  au  nouveau  gouvernement  français  ou 

{*)  Aujourd'hui  percepteur  des  contributions  directes  à  Matzenheim. 
(*)  Mémoires  pour  êeroir  à  Vhittoir^  d$  France  en  1815,  page  19. 


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VILLES  LIBRES  ET  IMPÉRfALES  DE  L'ANCIENNE  ALSACE.  539 

assumer  sur  sa  tête  la  responsabilité  d'une  lutte  sans  autres  résultats 
possibles  désormais  qu'une  inutile  effusion  de  sang.  On  offrait,  en' 
outre,  des  sauf-conduits  pour  les  officiers  ou  commissaires  qu'il 
désignerait  afin  d'aller  prendre  les  ordres  du  nouveau  gouvernement 
fhinçais  ou  de  ses  représentants  en  Alsace. 

Aucun  officier  n'ayant  voulu  se  charger  de  cette  mission ,  il  fut 
convenu  que  le  maire  de  Landau ,  H.  Schattenroann ,  accompagné  de 
deux  conseillers  municipaux ,  traverserait  les  troupes  alliées ,  muni 
d'un  laissez-passer,  afin  d'aller  à  Strasbourg  prendre  les  ordres  du 
général  Rapp. 

Ce  dernier  venait  de  publier  un  ordre  du  jour  qui  annonçait  aux 
troupes  la  cessation  des  hostilités  et  leur  ordonnait  de  quitter  la 
cocarde  tricolore  pour  reprendre  la  cocarde  blanche ,  ordre  du  jour 
qui  fut't  comme  l'on  sait,  suivi  de  la  révolte  du  corps  d'armée  campé 
sous  Strasbourg.  Il  donna  communication  de  cet  ordre  aux  délégués 
de  Landau  et  leur  fit  connaître  que  ses  pouvoirs  allaient  cesser.  De 
son  côté»  le  général  Dubreton ,  envoyé  en  Alsace  par  le  roi  Louis  XViH 
pour  prendre  1er  commandement  de  la  b^^  division  militaire ,  signifia 
dès  la  première  dizaine  d'août  au  général  Geither  l'ordonnance  royale 
qui  licenciait  l'armée ,  et  prescrivait  de  renvoyer  dans  leurs  foyers 
non-seulement  les  gardes  nationaux  mobiles ,  mais  les  officiers  et 
'  soldats  des  troupes  de  ligne.  Que'  résoudre  en  présence  d'ordres  si 
péremptoires?  Persister  à  ne  pas  se  soumettre  c'était  non-seulement 
se  placer  en  dehors  du  droit  des  gens ,  se  faire  mettre  au  ban  des 
nations ,  c'était  aussi  condamner  de  braves  soldats  à  une  sorte  de 
dégradation  civique,  les  priver  de  la  protection  des  traités,  les  vouer 
non-seulement  à  la  mort ,  mais  presqu'à  l'infamie  légale. 

Geither,  désintéressé  quant  à  lui ,  car  il  était  bien  déterminé  à 
n'accepter  aucun  emploi  du  nouveau  gouvernement ,  ne  se  sentit  pas 
assez  indifférent  au  sort  de  ses  compagnons  d'armes  pour  vouloir  leur 
faire  perdre  gratuitement  ce  qui  pouvait  leur  rester  d'avenir.  H  com- 
mença par  licencier  les  cadres  de  garde  nationale  mobile ,  espérant 
qu'en  présence  des  troupes  étrangères  qui  serraient  de  si  près  la 
place  on  lui  permettrait  au  moins  de  conserver  son  bataillon  du  57<°^ 
et  ses  canonniers  et  sapeurs  jusqu'à  ce  que  la  nouvelle  armée  royale 
étant  réorganisée  pût  fournir  un  détachement  pour  les  relever.  Mais 
les  ordres  étaient  formels,  il  n'avait  plus  pouvoir  légal  de  retenir  sous 
le  drapeau  des  corps  licenciés  par  le  gouvernement ,  et  lui-même  il 


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540  REVUE  D'ALSACE. 

reçut  UD  arrêté  du  ministre  de  la  guerre  qui  le  destituait  de  son  com- 
maudement  et  le  mettait  en  non  activité.  Il  fellut  donc  aussi  licencier 
la  troupe  de  ligne  et  se  résoudre  à  laisser  la  défense  de  Landau  à  la 
seule  garde  nationale  sédentaire. 

Celte  brave  milice  locale  restait  toujours  aussi  dévouée,  et 
fidèle  jusqu'au  bout  à  la  patrie  française ,  elle  était  prête  à  s'ensevelir 
sous  les  remparts  de  la  place  pour  conserver  Landau  à  la  France. 
Mais  enhardi  par  le  licenciement  des  troupes  de  ligne ,  l'ennemi  res» 
serrait  toujours  la  ville  de  plus  près  ;  il  s'était  mis  en  possession  de 
tous  les  postes  avancés  et  menaçait  d'un  assaut  si  on  ne  le  traitait 
pas  en  ami.  Déjà  le  sort  de  Landau  était  fixé  par  les  puissances  qui 
refaisaient ,  à  cette  époque ,  la  carte  de  l'Europe  ,  et  les  conférences 
de  Paris  avaient  décidé  que  la  frontière  de  la  France  serait  du  côté  du 
Palatinat  reculée  de  la  Queicb  à  la  Lauter.  Le  général  des  troupes 
alliées  d'investissement  signifia  cette  décision  à  la  municipalité  et  au 
général  Geitber  ;  il  ofihiit  une  capitulation  bonorable  et  la  sécurité 
pour  tous ,  quelqu'eussent  été  les  opinions  et  les  actes  politiques. 

Néanmoins,  on  répugnait  toujours  à  recevoir  les  étrangers  bien 
qu'ils  se  présentassent  non  plus  en  ennemis  mais  en  alliés.  Geitber 
voulait  encore  espérer  que  Landau  ne  serait  pas  rayé  de  la  carte  de 
France  ;  il  offrait  de  tenir  bon  avec  la  garde  nationale  pourvu  que 
leur  résistance  ne  fût  pas  désavouée  par  le  gouvernement  français. 
Mais  aucune  réponse  ne  lui  venait  ;  peu  importait  au  ministère  de  la 
fin  de  1815  l'intégrité  de  l'Alsace ,  enfin ,  le  15  septembre  il  résigna 
son  commandement.  La  garde  nationale  de  Landau  abandonnée  à 
elle-même  continua  dès  lors  à  faire  le  service  de  la  ville  et  le  drapeau 
de  la  vieille  monarchie  française  y  fut  maintenu  par  elle  jusqu'au  il 
décembre  1815.  Alors  seulement ,  en  vertu  de  l'article  !«'  du  traité  de 
Paris  du  âO  novembre  1815  »  les  Autrichiens  furent  reçus  dans  la  ville. 
Us  y  restèrent  sous  le  commandement  du  feld-maréchal  lieutenant 
Mazzuchelli  jusqu'au  1*'  mai  1816  »  époque  de  la  remise  de  la  place 
au  gouvernement  bavarois,  conformément  aux  stipulations  du  traité 
d'avril  1816. 

L.  Lbvrault* 


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ÉTAT  DE  L'ALSACE  PAR  UN  FINANQER. 


Il  n'est  pas  de  petites  économies,  dit  un  proverbe.  Nous  sommes 
de  ravis  du  proverbe ,  et  c'est  avec  raison  qu'il  nous  est  revenu  en 
tête  à  propos  d'une  trouvaille  qui  ne  nous  parait  pas  indigne  de 
figurer  dans  la  Revue.  Il  s'agit  d'un  document ,  égaré  sans  doute  du 
Contrôle  général,  et  relatif  à  notre  pays.  C'est,  sous  le  titre  d'Abrégé 
hisunique  d*Ahace^  l'introduction  d'un  rapport  sur  l'organisation 
financière  de  cette  province  qui  manque  malheureusement.  On  y  re- 
connaît facilement  la  préface  obligée  de  quelque  beau  travail  de 
financier  du  dernier  siècle ,  aujourd'hui  enfoui ,  poudreux  et  oublié. 
Nous  nous  décidons  à  la  publier,  quand  ce  ne  serait  que  pour  engager 
de  plus  hardis  et  de  plus  compétents  à  recompléter  l'un  de  ces  nom- 
breux mémoires  doctement  composés ,  sous  l'ancienne  monarchie ,  à 
l'usage  des  ministres  et  des  traitants  ayant  privilège  de  taillera  merci 
les  peuples  du  bon  vieux  temps. 

La  pièce  en  question  ne  porte  pas  de  date;  mais  en  marge  on  lit 
ce  qui  suit  :  Du  Proeèi-verbal  de  M,  Duptn.  —  f  «'  cahier.  Cette  indi- 
cation peut  suffire,  avec  l'évaluation  de  la  population  qu'on  rencontre 
plus  loin ,  pour  préciser  l'époque  à  laquelle  elle  appartient. 

Ce  M.  Dupin  n'est  autre ,  sans  aucun  doute ,  que  le  Receveur  des 
tailles  de  Châteauroux  devenu  Receveur  général  des  finances  des  Trois- 
Evéchés  et  Alsace,  et  entré  ensuite  dans  la  ferme  en  i726.  On  le 
trouve  dans  cette  entreprise  chargé  de  la  correspondance  du  dépar- 
tement de  Lorraine,  Franche-Comté ,  Trois-Evéchés  et  Alsace.  Nous 
pensons  donc  que  le  fragment  que  nous  avons  sous  la  main  date  de 
^26,  ou  peu  de  temps  avant,  avec  d'autant  plus  de  raison  qu'en 
partant  de  l'indication  des  populations ,  fournie  par  Schœpflin ,  pour 
es  années  4720  et  1750,  le  chiffre  donné  par  le  Receveur  général 


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542  REVUE  D'ALSACE. 

correspond  à  peu  près  à  cette  année ,  qui  est  aussi  celle  du  renou- 
vellement du  bail.  Ce  qui  ferait  de  ce  travail  tout  à  la  fois  le  coup 
d'essai  de  M,  Dupin  et  la  pièce  administrative  destinée  à  guider  la 
direction  de  la  nouvelle  compagnie. 

Rien  ne  prouve  mieux  Tintérét  qui  peut  s'attacher  à  ce  document 
que  cet  autre  Mémoire  que  Ton  rencontre  manuscrit  dans  beaucoup 
de  bibliothèques ,  et  que  rédigea  l'intendant  d'Alsace  »  de  Lagrange  ; 
description  curieuse  et  utile  à  plus  d'un  titre ,  qui  fut  demandée  aux 
intendants  pour  toute  la  France ,  et  qui  servit  à  l'éducation  de  l'élève 
de  Fénélon ,  ce  Dauphin  si  regretté  et  de  si  grandes  espérances.  C'est 
à  cette  source  qu'a  puisé  Vauban ,  et  en  abrégeant  cette  volumineuse 
collection,  Boulainvilliers  a  préludé  à  ses  idées  de  réforme  financière. 

N'y  aurait-il  déjà  d'instructif  que  les  rapprochements  à  faire  dès  à 
présent  entre  le  mémoire  de  Lagrange  et  le  fragment  en  question  que 
toute  peine  ne  serait  pas  perdue.  Voyez ,  par  exemple ,  comment 
éclate  à  des  degrés  différents  l'esprit  fiscal  des  agents  du  nouveau 
pouvoir.  N'est-elle  pas  frappante ,  l'unanimité  de  l'intendant  et  du 
financier  sur  cette  plantureuse  conquête  d'Alsace?  Le  premier  la 
proclame  t  l'une  des  plus  fertiles  et  abondantes  provinces  qui  soient 
en  Europe  i  ;  l'autre ,  se  bornant  presqu'à  copier ,  pour  être  plus 
exact  sans  doute ,  s'écrie  qu'elle  c  peut  passer  pour  une  des  plus  fer- 
tiles et  des  plus  abondantes  qui  soient  dans  le  monde.  >  Il  y  a  ères- 
cendo  dans  ce  concert  admiratif ,  mais  enfin  11  y  a  aussi  progrès  ;  le 
financier  avait  déjà  mieux  étudié  sa  matière ,  et  pour  cause. 

Mais  plus  la  province  est  belle  et  digne  des  sympathies  de  la  recette 
et  des  fermes ,  plus  il  importe  d'assurer  les  droits  du  souverain  par 
une  lumineuse  démonstration.  Quoi  de  plus  reconnaissable,  dans  cette 
suite  d'erreurs  grossières  sous  prétexte  de  précis  historique  ,  que 
l'expression  de  la  pensée  politique  léguée  par  Louis  xvy ,  amoindrie 
et  étriquée  sans  doute ,  mais  enfin  devenue  pratique?  A  coup  sûr  ce 
n'est  pas  la  netteté  de  tendance  qui  fait  défaut  ici ,  et  l'on  est  obligé 
de  s'incliner  devant  cette  parfaite  intelligence  du  but  et  des  moyens 
qui  a  toujours  été  comme  la  vertu  du  fisc  français. 

Que  durent  penser  les  cadets  des  grandes  familles  de  France ,  en 
apprenant  de  M.  Dupin  l'opulente  organisation  ecclésiastique  de 
l'Alsace  ?  On  voit  clairement  que  Plutus  veut  mettre  de  son  côté  l'or- 
gueil français  blessé  par  cette  prétention  à  la  pureté  généalogique 
des  comtes  d'Empire ,  exclusivement  en  possession  des  riches  pré- 


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L'ÉTAT  DE  L'ALSAGB  PAR  DN  nMANOER.  K43 

bendes  de  la  province.  M.  le  Receveur  général,  en  homme  qui  connatt 
son  monde  et  son  temps»  renchérit  sur  l'intendant,  qui  s'était  borné 
à  rappeler  à  la  menue  noblesse  d'Alsace  les  usurpations  du  passé.  Il 
apprend  auï  roturiers  qu'ils  ont  été  les  premiers  dépossédés.  Je  re- 
connais à  la  fois  la  tradition  d'égalité  de  l'école  de  Colbert,  et  la  ruse 
nécessaire  à  qui  n'est  pas  encore  tout-à-faît  maître.  Mais  ce  [qui 
est ,  pardon ,  je  voulais  dire  ce  qui  était  éminemment  français ,  c'est 
l'opposition  des  papes  qui  n'est  pas  oubliée  en  cette  affaire ,  et  ce 
n'est  pas  certainement  ce  qu'il  y  avait  de  moins  adroit. 

On  aime  à  rencontrer  plus  loin  cet  éloge  du  bon  esprit  de  la  Répu- 
blique strasbourgeoise  :  c  II  y  a  peu  de  villes  en  Europe  où  les  ordon- . 
nances  de  police  soient  plus  belles  et  mieux  observées.  >  Malheureu- 
sement l'amour  du  traitant  pour  la  police  de  Strasbourg  aura  été 
.  perdu,  et  ce  ne  sera  pas  l'avis  du  ministre  qui,  à  la  veille  de  la  révo- 
lution ,  arrachera  au  roi  Louis  xvi  l'abolition  de  cette  législation. 

Enfin  ce  qui  fait  Infiniment  d'honneur  au  bon  esprit  séculaire  de 
nos  compatriotes ,  c'ei^t  l'hommage  rendu  par  M.  Dupin  à  l'exactitude 
et  à  la  riégularité  de  la  rentrée  de  l'impôt.  <  L'on  n'y  connaît  ni  les 
plaintes  des  contribuables ,  ni  les  huissiers  pour  les  contraindre  au 
payement  de  leurs  cottes.  >  Et  plus  loin ,  ce  qui  fait  pâmer  d'aise  ce 
galant  homme  d'affaire:  c  La  juste  répartition  des  impôts  et  la  facilité 
du  recouvremeut  font  rechercher  la  collecte  avec  autant  d'empresse- 
ment que  l'on  se  donne  de  soins  et  de  peines  pour  l'éviter  dans  les 
pays  d'élections.  »  L'on  n'est  jamais  trahi  que  par  les  siens ,  et  je 
crains  bien  que  sous  ce  rapport  nous  n'ayons  pas  dégénéré. 

Remarquons  encore  que  ce  ne  sont  plus  les  douloureux  compte- 
rendus  de  l'intendant  sur  les  dévastations  de  la  province.  La  popu- 
lation semble  s'être  enfin  remise  des  longs  désastres  de  l'époque  de 
Louis  XIV.  Du  moins  le  Receveur  général  se  tait  ou  le  laisse  penser. 

Un  mot  maintenant  sur  ce  M.  Dupin  et  sa  famille.  Aussi  bien  c'est 
avoir  assez  parlé ,  pour  un  profane ,  d'intendance  et  de  ferme.  —  Les 
souvenirs  se  pressent  et  abondent  sur  ce  nom ,  et  nous  n'avons  que 
l'embarras  du  choix.  Et  pour  commencer ,  voici  l'auteur  de  notre 
Mémoire  qui  épouse  une  fille  naturelle  de  Samuel  Bernard  et  que  nous 
voyons  installé  dans  de  magnifiques  demeures  •  à  l'hôtel  Lambert  à 
Paris,  et  dans  le  château  de  Cbenonceaux ,  ce  bijou  architectural  tout 
plein  encore  des  noms  de  François  i*'  et  de  Diane  de  Poitiers. 
iM.  Dupin  ,  qualifié  quelque  part  de  bon  ingénieur,  était  encore  bon 


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544  RBYUB  D'âLBâÛB* 

économiste  puisqu'il  ne  craignit  point  de  publier  une  réfutation  de 
VEtprii  des  Uni  ^  et  t  chose  étrange  •  on  attribue  assez  généralement  à 
sa  femme,  célèbre  par  sa  beauté  et  son  esprit ,  une  large  part  dans 
cet  ouvrage. 

Puis  vient  le  fils  du  fermier  général .  Dupin  de  Francueil ,  qui  succéda 
à  son  père  dans  la  recette  générale  de  Metz  et  Alsace.  (Que  notre  Alsace 
devait  être  connue  de  cette  famille  qui  a  manié  ses  finances  pendant 
près  de  70  ans  !)  —  Ce  n'est  pas  le  personnage  le  moins  intéressant 
et  les  eon/èt«ton<  de  Rousseau  en  diraient  assez  pour  le  sauver  de 
Foubli ,  si  M"*  d'Epinay  n'avait  attaché  son  nom  à  celui  de  cet  aimsdi^le 
débauché.  Mais  voici  une  aventure  qui  aura  un  bien  autre  éclat.  Une 
fille  naturelle  du  maréchal  de  Saxe»  Marie-Aurore  (les  noms  même  de 
cette  belle  comtesse  de  Kœnigsmarck ,  mère  de  Maurice  de  Saxe) 
devient  veuve ,  à  peine  mariée  à  un  certain  comte  de  Hom ,  fils  naturel 
lui-même  de  Louis  xv.  Tout  était  si  naturel  à  l'époque  que  nous 
racontons  !  Ce  comte  se  fait  tuer  en  duel  à  peine  arrivé  à  Sehlestadt 
où  il  venait  d'être  nommé  lieutenant  de  roi.  —  M.  Dupin  de  Francueil 
rencontre  sa  veuve  i  l'abbaye  aux  Bois  où  elle  s'était  retirée ,  et 
l'épousa. 

Mais  que  pensez-vous  qu'il  arriva  de  ce  mariage  et  de  qui  la  com- 
tesse de  Hom,  maintenant  M""*  de  Francueil ,  fût-elle  la  grand'mère? 
—  D'un  grand  cœur,  d'un  illustre  écrivain ,  de  Geoi^es  Sand  (Aurore 
Dupin).  , 

Nous  vous  renvoyons ,  pour  les  détails ,  aux  mémoires  du  tempe , 
à  ceux  si  intéressants  de  la  célèbre  descendante  des  Dupin ,  car  nous 
voilà  jetés  fort  loin  du  procès-verbal  du  Receveur  général ,  et  je  ne 
m'en  plains  pas.  Mais  je  vous  jure  que  ce  ne  sera  pas  moi  qui  irai  à 
la  découverte  des  belles  choses  qu'on  peut  avoir  dites  sur  la  taille , 
la  capitation,  la  grande  et  la  petite  gabelles ,  les  aides  et  droits  y 
joints.  Ed.  Bavbuër. 


ABRÉGÉ  mSTORlQUB  D'ALSACB. 

L'Alsace  est  une  province  qui  a  quarante-six  lieues  dans  sa  plus 
grande  longueur  et  douze  dans  sa  plus  grande  largeur. 

Cette  province  peut  passer  pour  une  des  plus  fertiles  et  des  plus 
abondantes  qui  soient  dans  le  monde. 


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L'ÉTAT  DE  L'ALSACe  PAR   ON  FINANOBR.  545 

On  la  divise  en  haute  et  basse ,  et  celle  division  étoit  établie  dez  le 
tenis  des  Romains  :  la  haute  Alsace  faisoit  partie  de  la  province  nom- 
mée Maiima  Sequanorum ,  et  la  Basse  étoit  de  la  première  Germanie. 

Les  Allemands  conquirent  cette  province  sur  les  Romains  et  les. 
François  n'en  devinrent  les  maîtres  qu'après  la  bataille  de  Tolbiac , 
sous  Clovis  f  l'an  495. 

Par  le  partage  des  enfants  de  Clovis,  l'Alsace  eschut  à  Thiery ,  et 
fit  alors  partie  du  Royaume  d'Austrasie. 

Louis  4  dit  d'Outremer  est  le  dernier  des  rois  de  France  qui  l'ait 
possédée ,  elle  passa  après  lui  sous  la  domination  des  empereurs 
d'Allemagne  .  fut  jointe  à  la  Souabe,  fit  partie  de  l'empire  et  comprise 
ensuite  dans  le  cercle  du  Haut-Rhin. 

L'Alsace  fut  gouvernée  par  des  Ducs  jusques  vers  l'an  770  que 
Charlemagne  redoutant  leur  excessive  puissance  et  craignant  qu'ils 
n'usurpassent  la  souveraine  autorité ,  les  obligea  de  se  contenter  du 
titre  de  Landgraves,  c'est-à-dire  Comtes  ou  Juges  provinciaux  ,  en 
exceptant  de  leur  juridiction  les  maisons  royalles ,  les  villes  épisco- 
pales  et  celle  de  Strasbourg  ainsi  que  plusieurs  fiefs  particuliers. 

Quoique  les  fonctions  des  Landgraves  fussent  bornées  par  leur 
institution  à  rendre  la  justice  aux  peuples  de  leurs  territoires,  cepen- 
dant la  négligence  et  la  foiblesse  des  Empereurs  leur  aiant  présenté 
des  occasions  favorables  à  secouer  le  joug ,  ils  empiétèrent  peu  à  peu 
sur  l'autorité  souveraine  et  ainsi  que  les  Margraves,  Burgraves,  etc.» 
se  rendirent  maîtres  et  propriétaires  des  provinces ,  pays  et  villes 
dont  ils  n'étoient  que  juges  ou  Gouverneurs  de  même  qu'il  étoit  arrivé 
en  France  lors  du  passage  de  la  2*  à  la  5"  race. 

Le  landgraviat  d'Alsace  étoit  divisé  comme  la  province  en  inférieur 
et  supérieur ,  l'un  et  l'autre  ont  été  possédé  par  différentes  maisons  ; 
mais  celle  de  Hapsbourg  maintenant  Autriche ,  paroît  avoir  été  en 
possession  de  ce  titre  séparé  ou  réuni  depuis  l'an  1210  jusqu'au  traité 
de  Munster  de  l'an  1648  que  l'Empereur  Ferdinand  5«  céda  au  Roi 
Louis  14"  et  à  sa  courone  à  perpétuité  et  en  toute  souveraineté  le 
landgraviat  de  la  Haute  et  Basse-Alsace ,  comme  la  maison  d'Autriche 
en  avoit  joui  avec  le  Sundgau ,  la  ville  de  Brisac  et  la  préfecture  de 
Haguenau  et  des  neuf  autres  villes  impérialles  d'Alsace ,  à  la  charge 
que  ces  villes  et  les  seigneurs  eclésiastiques  et  séculiers  qui  avoient 
été  immédiats  de  l'empire ,  seroient  maintenus  dans  le  même  état 

9-  Année.  55 


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546  RfiVtlB  D'ALSACE. 

aiusi  que  TEvéque  et  la  ville  de  Strasbourg  »  eo  sorte  que  le  Roi  oe 
pourroit  prétendre  sur  cos  Etats  aucune  autoriié  royalle. 

Cependant  comme  les  Archiducs  dlnsprurk  étoieut  d'anciens  pro- 
priétaires de  plusieurs  seigneuries  et  notamment  du  comté  deFerrctte 
et  de  partie  du  Sundtgaw,  le  Roi  fit  un  traité  1  au  1605  avec  l'Archi- 
duc Sigismond  par  lequel  il  abandonna  tous  ses  droits  à  Sa  Majesté 
moiennaut  trois  millions  de  livres. 

On  appelle  maintenant  ancienne  Domination  les  pays  ei  territoires 
qui  composent  la  haute  Alsace  ainsi  qu'ils  ont  cédés  par  le  traité  de 
4663.  Et  nouvelle  Domination  ce  qui  a  été  cédé  ù  la  France  par  le 
traité  de  Riswick. 

La  liberté  des  villes  iropérialles  subsista  jusqu'en  1673  que  le  Roi 
voiant  l'Empereur  Léopold  prêt  à  lui  déclarer  la  guerre  »  vint  en 
Alsace  »  s'assura  desdites  villes  et  les  fit  démanteler  ensuite  de  quoi 
le  premier  traité  de  i648  fut  confirmé  par  celui  de  Nimègue  de  1679. 

L'année  suivante  le  Roi  établit  un  Conseil  royal  dans  la  ville  de 
Brisac  qui  procéda  contre  toutes  les  villes  •  seigneurs  et  nobles  qui 
ne  voulaient  pas  reconnaître  la  souveraineté  de  Sa  Majesté  •  ce  qui 
occasionna  beaucoup  de  plaintes  à  Vienne  et  A  la  Diète  de  l'Empire , 
et  fut  suivi  d'un  traité  conclu  à  Ratisbonne  au  mois  d'août  1684  par 
lequel  on  convint  que  tout  ce  qui  avoii  été  adjugé  au  Roi  par  les  tri- 
bunaux de  Brisac  ,  Metz  et  Besançon  et  dont  le  Roi  étoit  en  posses- 
sion actuelle  demeureroit  à  la  France  pendant  vingt  ans  seulement. 

Mais  la  guerre  de  1689  n'aiant  pas  été  heureuse  à  l'Empire»  Stras- 
bourg et  toutes  les  autres  villes  et  pays  de  l'Alsace  furent  cédés  à  la 
couronne  en  toute  souveraineté  par  le  traité  conclu  à  Riswick  au  mois 
de  septembre  1697.  Les  arrêts  desdits  tribunaux  n'aiantété  révoqués 
que  pour  ce  qui  étoit  situé  hors  de  l'Alsace  et  les  choses  subsistent 
aujourd'hui  en  cet  état. 

GOUVERNEMENT  EGLÉSI ASTIQUE. 

Cette  province  [se  compose?]  de  quatre  diocèses  différons ,  savoir  : 
Besançon ,  Basie ,  Spire  et  Strasbourg.  Nous  dirons  seulement  un  mot 
de  celui-cy. 

L'évéché  do  Strasbourg  fut  déclaré  suffragant  de  Maycnce  par 
Charlemagne  qui  érigea  cette  dernière  ville  en  métropolitaine.  Les 
Rois  des  deux  premières  races  et  les  Empereurs  Othon ,  Henry  et 
Lotaire  ont  donné  de  si  grandes  possessions  à  cette  Eglise  que  les 


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l'état  de  l'ALSACE  PAU  UN  FINANaift.  84*7 

plas  grands  princes  en  recherchèrent  les  bénéfices,  et  en  exclurent 
les  roturiers  ,  et  ensuite  les  simples  gentilshommes  malgré  les  oppo- 
sitions des  Papes. 

Cette  ville  aiant  embrassé  le  Luthéranisme  l'an  1529,  chassa  l'Evéque» 
les  moines  et  les  prêtres  attachés  à  la  Religion  catholique.  Ils  y  re-> 
tournèrent  en  1550  ;  mais  après  Tabdicaiion  de  Charles-Quint  arrivée 
en  1556,  ils  furent  si  effrayés  de  se  trouver  sans  appuy  au  milieu  d'un 
peuple  nombreux ,  qui  leur  étoit  opposé ,  qu'ils  se  retirèrent  à 
Molsheim. 

L'Evéque  étant  mort  sur  ces  entrefaites  les  chanoines  luthériens 
élurent  Georges  Prince  de  Brandebourg  et  les  Catholiques  assemblés 
à  Saverne  élurent  Charles  Cardinal  de  Lorraine ,  ce  qui  excita  une 
longne  guerre  entre  les  deux  partis  »  qui  diminua  considérablement 
les  revenus  de  l'évéché;  car  par  un  traité  conclu  à  Haguenau  en  1604» 
on  convint  que  l'évéché  demeureroit  au  Cardiual  de  Lorraine^  moyen- 
nant une  grande  somme  pour  le  payement  de  laquelle  il  aliéna  à  la 
ville  de  Strasbourg  le  baillage  de  Molsheim  et  beaucoup  d'autres 
droits.  Cependant  le  chapitre  ne  retourna  à  Strasbourg  que  sons 
François-Egon  de  Fiïrstemberg  l'an  1681 ,  et  par  la  capitulation  les 
Luthériens  sont  demeurés  en  possession  de  plusieurs  églises. 

L'Evéque  est  membre  de  l'Empire ,  et  jouit  avec  la  même  supé- 
riorité territorialle  que  les  autres  souverains  d'Allemagne  »  de  deux 
grands  baillages  situés  au-delù  du  Rhin.  Il  est  élu  par  le  chapitre,  et 
pour  être  chanoine  il  faut  faire  preuve  de  16  quartiers  de  haute 
noblesse. 

GOUVERNEMENT  DVIL. 

Toute  l'Alsace  est  du  ressort  du  Conseil  supérieur  mainte;iant 
séant  à  Colmar.  11  connoit  en  première  instance  de  toutes  les  affaires 
qui  se  portoient  autrefois  à  la  régence  d'Autriche  et  par  appel  des 
jugemens  des  autres  tribunaux  de  la  province,  tant  des  justices 
royalles  que  de  celles  des  villes  et  communautés ,  seigneurs  eclésias- 
tiques  ou  séculiers  ,  noblesse ,  et  même  des  appels  comme  d'abus ,  à 
l'exception  des  jugemens  rendus  par  la  table  de  marbre  dont  les 
appels  se  relèvent  au  Parlement  de  Metz. 

Les  Justices  royalles  sont  les  baillages  de  Haguenau  et  de  Wissero- 
bourg  et  les  prévosté  de  Neu-Brisac,  d'Hunîngue,  d'Einsisheim  et  de 


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K48  HEYUE  d'alsâCE. 

Fort-Louis,  toutes  créées  eu  i694.  II  y  a  en  outre  un  Juge  royal 
pour  les  forts  et  ciiadelle  de  la  ville  de  Strasbourg. 

La  noblesse  de  la  Basse-Alsace ,  les  terres  de  révéché ,  le  conué 
de  Hanau  et  la  ville  de  Strasbourg  out  leurs  justices  particulières. 
Celle  du  sénat  de  Strasbourg  a  plusieurs  chambres  qui  relèvent  des 
unes  aux  autres  et  toutes  ces  jurisdictions  jugent  en  dernier  ressort 
au  Civil  jusques  à  certaines  sommes  »  au-delà  desquelles  est  apel  au 
Conseil  de  Colmar  ;  la  ville  de  Strasbourg  juge  au  criminel  en  dernier 
ressort. 

Cette  ville  est  divisée  en  vingt  tribus  ou  corps  de  métiers  qui  ont 
chacun  une  justice  particulière,  qui  connoit  seulement  des  affaires 
les  plus  sommaires  ;  il  y  a  peu  de  villes  en  Europe  où  les  ordonnances 
de  police  soient  plus  belles  et  mieux  observées. 

Le  Roi  créa  en  1694  deux  maîtrises  particulières  des  eaux  et  forêts, 
savoir ,  une  à  Einsisbeim  pour  la  haute  Alsace ,  et  une  à  Haguenau 
pour  la  basse ,  qui  relèvent  de  la  Grande-Maitrise  de  Champagne. 

Dans  la  même  année  le  Roi  créa  aussi  des  oflSciers  pour  l'hôtel  des 
monnoies  de  Strasbourg  »  où  le  Magistrat  faisoit  frapper  des  espèces  » 
avant  que  cette  ville  fust  sous  la  domination  de  la  France. 

L'Intendant  connoit  de  tout  ce  qui  concerne  la  ûnance  »  domaines 
et  revenus  du  Roy  •  de  la  voirie ,  des  grands  chemins  «  des  ponts  et 
chaussées  et  des  deniers  communs  et  patrimoniaux ,  à  l'exception  de 
ceux  de  la  ville  de  Strasbourg. 

Il  n'y  a  en  Alsace  ni  élection ,  ni  cour  des  aides ,  ni  bureau  des 
Onances. 

Le  droit  écrit  »  ou  le  droit  romain  est  la  seule  loi  sur  laquelle  on 
rend  la  justice  en  Alsace. 

'  L'Universiié  a  été  établie  en  1558 ,  et  fondée  des  revenus  du  cha- 
pitre de  S^  Thomas  ;  elle  est  composée  des  quatre  facultés.  C'est  la 
seule  du  royaume  où  il  y  ait  une  chaire  de  droit  public ,  les  profes- 
seurs sont  luthériens. 

GOUVERNEMENT  MILITAIRE. 

L'importance  de  cette  frontière  a  engagé  le  Roi  à  augmenter  les 
fortifications  des  anciennes  places .  et  à  y  en  construire  de  nouvelles» 
dans  lesquelles  Sa  Majesté  entretient  un  état-major  et  de  nombreuses 
garnisons.  Ces  places  sont  :  Landau ,  le  fort  Louis  du  Rhin ,  le  châ- 


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L*ÉTAT  DE  L'ALSACG  PAR   UN  FINANCIER.  .'>49 

teau  de  Lîclitemberg,  Strasbourg,  Scelestat,  le  Neuf-Brîsac»  Huningue, 
LandscrooD  et  Belfort.  Pbaitzbourg  dépend  des  évéchés  pour  le  tem- 
porel »  et  de  Strasbourg  pour  le  spirituel  et  le  militaire. 

La  provioce  a  un  gouverneur,  un  Lieutenant  général  »  un  Lieute- 
nant de  Roi ,  deux  autres  Lieutenans  de  Roi  à  titre  de  finance  et  un 
commandant  général. 

Il  y  a  aussi  une  maréchaussée  composée  d'un  Prcvot  général ,  deux 
Lieutenants  et  quarante-six  cavaliers  divisés  en  dix  brigades  •  dont  il 
y  en  a  deux  ù  Strasbourg  et  une  en  chacun  des  lieux  cy  après ,  savoir  : 
Haguenau,  Weissembourg,  Saverne,  Scelestat»  Colmar,  Belfort, 
Cernay  et  Altkirch. 

FINANCE. 

La  province  d'Alsace  qui  étoit  sous  les  Empereurs  un  [Says  d'Etats, 
est  maintenant  un  pays  d'impositions  ;  la  taille  y  porte  le  nom  de 
subvention  ;  elle  s'y  impose  à  proportion  du  bien  et  des  facultés  d'un 
chacun ,  suivant  d'anciennes  évaluations  ou  cadastres;  mais  avec  tant 
d'équité  pour  les  fonds  et  l'industrie ,  que  l'on  n'y  connoit  ni  les 
plaintes  des  contribuables  •  ni  les  huissierst  pour  les  contraindre  au 
payement  de  leurs  cottes. 

La  capitation  et  les  autres  impositions  ont  aussi  lieu  en  cette  pro- 
vince et  s'imposent  au  marc  la  livre  de  la  subvention.  La  ville  de 
Strasbourg  paye  au  Roy  annuellement  sous  le  nom  de  capitation  la 
somme  de  72000'*'"  qui  se  lève  sur  les  bourgeois  par  les  députés  du 
Magistrat.' 

Les  Bourguemestres  font  l'office  de  Collecteurs  dans  le  plat  pays. 
Ils  remettent  les  deniers  aux  Baillifs  et  ceux-ci  aux  Receveurs  parti- 
culiers des  ûnances.  La  juste  répartition  des  impôts  et  la  facilité  du 
recouvrement  font  rechercher  la  collecte  avec  autant  d'empressement 
que  l'on  se  donne  de  soins  et  de  peines  pour  l'éviter  dans  les  pays 
d'élections. 

Le  Roi  perçoit  encore  les  droits  sur  le  sel ,  sur  le  vin  ,  sur  les  mar*' 
chandises  entrant  et  sortant  de  la  province  et  autres  qui  font  partie 
de  la  ferme  générale ,  desquels  il  sera  cy-après  amplement  parlé. 

Le  papier  timbré ,  le  contrôle  des  actes  et  des  exploits ,  les  impots 
sur  le  bled«  bois  et  tabac  n'ont  point  lieu  en  cette  province. 

Les  bois  appartenans  au  Roi  consistent  dans  les  forêts  d'Haguenau 


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530  REVUE  P'ALSACB. 

et  de  la  Harte»  le  surplus  des  terres  doniauialles  a  été  donné  par  le 
Roi  Louis  14  au  Cardinal  Mazarin. 
Sa  Majesté  retire  année  ami mune  de  la  province  d'Alsace  environ 

Savoir  : 

Recette  généralle  des  Gnanoes  la  somme  de 1500000^*''- 

Domaines  et  gabelles 590000 

Coupe  des  bois  du  Roy 41600 

Don  gratuit  du  clergé 30000 

2091600»'- 

Outre  ces  droits  il  se  lève  encore  sur  les  peuples  de  la  province 
plusieurs  sommes  en  vertu  d'arrêts  du  Conseil  au  profit  des  seigneurs 
particuliers,  lesquelles  jointes  aux  dépenses  que  la  ville  de  Strasbourg 
fait  pour  les  fortifications  et  l'entretien  de  près  de  300  ponts  et  atfx 
corvées  d'hommes  et  de  chevaux  que  la  province  fournit  au  Roi  » 
peuvent  encore  être  considérées  comme  une  charge  d'environ  un 
million ,  ce  qui  double  au  moins  en  tems  de  guerre. 

L'Alsace  contient  •  suivant  le  dernier  dénombrement  qui  en  a  été 
fait»  1037  paroisses  et  61785  feux  y  compris  lu  ville  de  Strasbourg, 
qui  »  i  raison  de  trois^  personnes  et  demie  par  feu  »  font  216255 
habitans. 

COMMERCE. 

L'extrême  fertilité  de  cette  province  sembleroit  permettre  un 
commerce  fort  étendu  au-dedans  et  au-dehors;  mais  sûrs  du  néces- 
saire et  bornés  au  débit  de  leurs  denrées ,  les  habiians  se  contentent 
d'être  les  commissionnaires  de  l'étranger,  sans  vouloir  négocier  pour 
leur  compte  et  l'on  remarque  qu'aucun  d'eux  ne  s'est  intéressé  dans 
les  entreprises  pour  la  fourniture  des  armées. 

Le  produit  de  la  terre  et  les  fabriques  consistent  en  (abac  qui  fait 
un  objet  considérable ,  chanvre,  garence  pour  la  teinture  en  écar- 
latte  •  en  cuirs  de  chamois ,  suifs ,  tapisseries  de  moquettes  et  de 
bergame ,  en  petites  étoffes ,  comme  tiretaine  et  futaine ,  en  couver- 
tures de  laine,  en  cannovas  et  treillis  et  quelques  toilles  de  lin  et  de 
chanvre,  en  vins,  eaux-de-vie  et  vinaigre,  porcs  et  bestiaux  en- 
g'  aissés  »  térébentine  »  tartre  «  bled  de  toutes  espèces  »  prunes ,  cha- 


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L*ÉTAT  DE  L'ALSACB  PAR  UiN  FINANCIER.  5ol 

taignes  et  autres  fruits ,  graines  de  toute  sorte  de  légumrs  et  de 
plantes,  bois  à  brûler .  à  bâtir  et  pour  la  marine  ,  etc. 

Les  Hollandais  ,  les  Suisses  et  les  habitans  du  Palatinat  sont  ceux 
qui  consomment  presque  toutes  les  denrées  de  l'Alsace  à  l'exception 
de  ce  qui  s'enlève  pour  la  subsistance  des  troupes  du  Roi  et  pour 
l'approvisionnement  des  places. 

La  plus  grande  partie  du  commerce  so  dit  par  cbarois  dont  le 
tirage  est  très-facile  au  moien  des  chaussées  qui  traversent  toute  U 
province ,  la  rivière  d'Ill  qui  se  jette  dans  le  Rhin  au-dessous  de 
Strasbourg  est  navigable  depuis  Colmar;  cette  rivière  ainsi  que  le 
Rhin  y  dont  la  navigation  ,  malgré  la  grande  rapidité ,  n'est  pas  dan- 
gereuse, contribuent  beaucoup  au  commerce  de  cette  province. 

Il  y  a  aussi  des  mines  de  fer ,  de  cuivre  et  d'argent  ;  il  se  fabrique 
une  assés  grande  quantité  de  fer  du  costé  de  Belfoi  t  ;  les  mines  de 
cuivre  donnent  annuellement  2i  à  25  milliers  de  ce  métal  et  celles 
d'argent  produisent  environ  16  à  1700  marcs  de  matière  purifiée. 

Les  privilèges  de  la  ville  de  Strasbourg  dont  il  sera  parlé  cy  après 
et  la  liberté  que  l'arrêt  du  Conseil  de  1685  acconie  aux  négocians  de 
faire  seulement  déclaration  des  poids  des  marchandises  sans  accuser 
la  qualité,  ne  permettent  pas  de  savoir  à  quoi  peut  monter  l'importa- 
tion et  l'exportation  des  marchandises  de  cette  province  et  parconsc- 
quent  de  faire  une  évaluation  et  une  balance  de  son  commerce. 

Nous  allons  maintenant  passer  à  l'examen  de  toutes  les  parties  qui 
composent  cette  direction ,  mais  avant  que  d'entrer  dans  le  détail 
nous  créions  qu'il  est  à  propos  de  donner  une  idée  générale  des 
magasins  à  sel  et  des  bureaux  des  domaines  dont  le  département  est 
composé. 

IDÉE  GÉNÉRALE  DE  LA  DIRECTION. 

Il  y  a  dans  l'Alsace  sept  magasins  à  set ,  qui  sont  Thann  ,  Amer- 
schwir  »  Coiraar  ,  Strasbourg ,  Haguenau  ,  AUkirch  et  Belfort  ;  Tiiann 
est  l'entrepôt  de  ces  deux  derniers  magasins  et  les  uns  et  les  ;uilres 
fournissent  les  baillages  qui  en  dépendent  dans  lesquels  il  y  a  des 
Entrepreneurs  ou  Regrattiers  qui  eu  font  ensuite  la  distribution  aux 
ressortissans  a  l'exception  de  Strasbourg  et  de  Colmar  qui  n'ont  point 
de  dépendance. 

Les  bureaux  établis  pour  la  perception  des  domaines  du  Roi  sont 


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852  REVUE  D'ALSACE. 

au  nombre  de  iâ?  divisés  en  cinq  départements  qui  sont  Thann» 
Amerscbwir ,  AUkirch  ,  Belfort  et  Haguenau  ordinairement  appelle 
Haguenau  et  Laudau.  Il  y  a  à  chacun  un  Receveur  principal  qui  reçoit 
les  deniers  provenants  des  bureaux  subordonnés  dont  le  recouvre* 
ment  se  fait  par  six  controUeurs  ambulants. 

Les  teintes  de  la  carte  géographique  jointe  à  ce  mémoire  marquent 
les  bureaux  principaux ,  et  ceux  qui  leur  sont  subordonnés. 

Les  employés  supérieurs  de  la  province  d'Alsace  sont  un  Directeur 
et  un  Receveur  général  résidents  à  Strasbourg;  celui-cy  outre  la 
recette  générale  est  encore  chargé  de  celle  des  péages  de  la  ville. 

L'état  de  frais  de  régie  dont  copie  est  jointe  à  ce  mémoire  fera 
suffisamment  connoitre  le  nombre  et  la  qualité  des  autres  emploies  ; 
nous  ajouterons  seulement  qu'en  général  le  département  est  fort  bien 
monté ,  que  chacun  y  remplit  avec  assiduité  les  fonctions  de  son 
employ  et  que  les  Receveurs  sont  tous  bons  comptables. 

(Communiqué  par  M.  Lefebvre  ,  de  Paris.) 


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UN  MOT 


SUR  LE  MANUSCRIT  DE  GOLMAR, 

ACHETÉ  PAR  LA  BIBUOTHÉQUE  DE  MUNICH. 


La  Gazetu  éPAugêbourg  a  jeté  une  assez  vive  émotion  dans  le  petit 
monde  littéraire  de  l'Alsace.  Elle  nous  a  révélé  que  la  bibliothèque 
royale  de  Munich  avait  fait  Tacquisition  d'un  volumineux  manuscrit 
qui  aurait  appartenu  autrefois  soit  à  la  ville  de  Coiroar,  soit  à  l'une 
de  ses  corporations  d'artisans.  Ce  manuscrit,  d'après  ce  qu'on  rap- 
porte,  contiendrait  un  nombre  considérable  d'anciens  mmneUeder  des 
xnr  et  xiv*  siècles  «  et  de  meutergescenge  des  xv*  et  xvi*  siècles. 
'  L'on  s'étonne  que  le  roi  de  Bavière  ait  acheté  ce  monument  pré- 
cieux de  la  vieille  littérature  allemande.  Il  nous  paraîtrait  bien  plus 
naturel  de  s'étonner  qu'il  ne  l'eût  point  acheté ,  puisque ,  jusqu'à 
présent ,  personne  n'en  a  voulu  »  personne  ne  s'est  préoccupé  de  son 
sort. 

Comment  !  ce  livre  manque  depuis  un  demi-siècle  dans  un  dépôt 
public,  et  l'on  ne  s'en  aperçoit  qu'au  moment  où  il  est  restitué  à  la 
lumière?  Il  semble  qu'on  aurait  dû  s'inquiéter  un  peu  plus  tôt  de  ce 
triSsor  9  d'autant  plus  qu'on  assure  qu'il  se  trouvait  dans  une  ville 
voisine  de  Colmar. 

A-t-il  jamais  appartenu  à  la  ville  de  Colmar  ? 

Quand  est-il  sorti  de  sa  bibliothèque  ? 

Comment  espère-t-on  l'y  faire  rentrer  ? 

Nous  n'examinerons  aucune  de  ces  questions ,  n'ayant  point  compé- 
tence pour  le  faire.  Nous  laissons  l'honneur  et  la  charge  de  les  résoudre 
à  ceux  qui ,  par  état  et  par  devoir ,  sont  obligés  d'avoir  une  opinion 
là-dessus.  A  notre  avis,  ils  auraient  déjà  dû  parler,  au  lieu  de  laisser 


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5âi  REVUE  D'ALSACE. 

la  parole  aax  faiseurs  de  conjectures  et  aux  narrateurs  d'anecdotes 
douteuses.  Peut-être  aussi  j'eusseot-ils  fait ,  si  les  Apollom ,  les  gla- 
dîateurs  et  les  Vénus  en  plâtre  n'absorbaient  tous  leurs  soins  et  tout 
leur  temps. 

Chose  singulière,  avant  l'acbat  dont  on  s'étonne  si  naïvement» 
personne  ne  parlait  du  manuscrit  de  Colmar  ;  aujourd'hui  c'est  à  qui 
dii^a  son  mot,  à  l'exception,  comme  nous  l'avons  dit»  de  ceux  dont 
le  devoir  serait  de  mettre  un  frein  aux  suppositions  bazardées  et  de 
jeter  quelque  lueur  sur  cette  affaire  si  obscure. 

Quant  à  nous,  nous  tte  voulons  dire  que  ce  que  chacun  sait,  mais 
ce  que  personne  n'a  encore  jugé  à  propos  d'apprendre  au  public. 
Nous  venons  dire  deux  mots  du  manuscrit  lui-même,  et  faire  juger 
de  l'intérêt  de  ce  monument  par  deux  extraits  que  les  savants  de 
profession  connaissent  certainement  mieux  que  nous. 

On  sait  qu'il  se  forma  au  xiv*  siècle ,  en  Allemagne ,  des  sociétés 
de  maîtres-chanteurs  (Meniersœnger)  qui  se  développèrent  et  se  pro- 
pagèrent surtout  dans  les  deux  siècles  suivants.  Ce  n'étaient  point  des 
associations  littéraires  proprement  dites  ;  il  suffisait  pour  y  être  reçu 
de  faire  profession  d'aimer  la  poésie  et  d'être  capable  d'édifier ,  soit 
avec  le  secours  de  la  mémoire,  soit  au  moyen  de  l'inspiration  per- 
sonnelle ,  une  pièce  de  vers ,  fabliau ,  chanson  ou  récit.  Pour  quel- 
ques uns  peut-être  même  une  belle  voix  était  tout  ce  qu'on  demandait. 
Ces  corporations  chantantes  recrutaient  leurs  membres  indifférem- 
ment dans  toutes,  les  professions  ;  l'Apollon  tudesque  formait  sa  tribu 
privilégiée  de  ses  enfants  égarés  dans  toutes  les  tribus  travaillantes 
de  la  cité  prosaïque.  Selon  Gervinus  (<)  de  pareilles  sociétés  auraient 
déjà  été  florissantes  au  xiv«  siècle,  à  Mayence»  à  Strasbourg,  à 
Colmar ,  à  Francfort ,  à  Wurzbourg ,  à  Zwickau  et  à  Prague.  Celles 
de  Nuremberg  et  d'Augsbourg  ne  se  montrent  qu'au  xvs  et  le  xvi« 
voit  s'organiser  celles  de  Munich  ,  de  Ratisbonne,  d'Ulm,  de  Breslau» 
de  Gôrlitz,  de  Dahtzig,  etc.  Il  paraît  certain  que  c'est  à  Mayence  que 
l'on  a  vu  le  premier  fonctionnement  poétique  de  cette  espèce  d'in- 
stitut; dès  le  commencement  du  xiv«  siècle,  le  prêtre  Frédéric 
Frauenlob  produisait  des  Wetigesœnge  avec  le  maître  forgeron  Barlhel 
Regenbogen.  {*) 

(*)  Deutsche  poeliscke  National-Litteratur  ,  ii ,  261. 
(3)  BoDTERWECK ,  Deutsche  Litteratur ,  ix ,  287. 


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UN  MOT  SUR  LB  MANUSCRIT  DB  COLMAR ,  ETC.       53S 

Il  est  sensible  que  le  Meistergesariff  n'est  qu'un  effort  bourgeois  et 
vulgaire  pour  remplacer  le  lUinnegetang ,  la  véritable  poésie  du 
moyen-âge  qui  s'éiaît  éteinte  avec  l'époque  héroïque  de  celui-ci. 

La  culture  poétique  des  Meistersœnger  n'a  guères  donné  que  des 
fruits  aigres  et  lourds.  Leurs  productions  manquent  généralement  de 
verve»  de  galté»  d'originalité.  Ce  sont  en  grande  partie  des  para- 
phrases de  l'Ecriture  sainte  ,  des  récits  empruntés  aux  Deux  Testa- 
ments. Cependant  l'orgueil  ne  manquait  pas  à  ces  pauvres  versifica- 
teurs. Leur  registre  •  remontant  à  1597  (Tahulaiurhuch) ,  conservé  à 
la  bibliothèque  de  Strasbourg ,  et  que  le  roi  de  Bavière  ne  trouvera 
pas  à  acheter,  leur  donne  une  institution  à  peu  près  divine ,  calquée 
sur  la  mission  évangélique  des  douze  apôtres.  Selon  cette  légende , 
Dieu,  au  temps  de  l'empereur  Otton  I*%  suscita  dans  l'empire  germa- 
nique, douze  hommes  qui»  sans  se  connaître,  se  mirent  à  faire 
spontanément  de  la  poésie  et  à  la  chanter ,  et  cette  poésie  est  natu- 
rellement magnifique;  ils  le  disent ,  du  moins  : 

maehten  hernach 

viel  Tifn  lëblich  geflissen  , 

Schdn  iugericht , 
da8%  es  weit  thUt  erschallen. 

Le  titre  de  ce  registre  n'est  pas  moins  pompeux  que  leur  origine , 
et  ils  espéraient  naïvement  qu'il  serait  continué  jusqu'à  la  venue  de 
l'Antéchrist,  c  II  a  été  commencé ,  disent-ils  ,  en  l'an  962  et  il  doit 
être  continué  sans  interruption  jusqu'à  la  fin  du  monde,  i  II  n'en 
fallut  heureusement  pas  tant  pour  interrompre  leurs  chants.  Avant 
la  révolution  même,  dès  1780 ,  ils  déclarèrent  que  leur  feu  poétique 
était  éteint ,  leur  veine  épuisée.  La  société  de  Strasbourg  ferma  son 
temple  le  S3  décembre  1780  ,  en  faisant  hommage  de  sa  caisse  et  de 
ses  revenus  à  la  maison  des  orphelins  de  Strasbourg.  De  toutes  ses 
œuvres,  c'est  incontestablement  la  meilleure. 

Outre  Strasbourg ,  l'Alsace  compta  encore  trois  corporations  de 
Meistergœnger ,  celles  de  Haguenau,  de  Wissembourg  et  de  Colmar. 
Les  deux  premières  n'eurent  vraisemblablement  qu'une  célébrité 
toute  locale.  Nous  ne  connaissons  d'elles  que  leur  existence  attestée 
par  le  Tabulaiurbuch  de  Strasbourg.  Celle  de  Colmar  a  •  au  contraire, 
joui  d'une  grande  renommée ,  si  nous  en  croyons  les  historiens  alle- 
mands ,  notamment  Gervinus  et  Bouterwcck.  Elle  remonte  au  xiv* 
siècle.  On  ne  donne  point  de  détails ,  ni  sur  son  origine ,  ni  sur  son 


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Kft6  REVUE  d'alsage. 

orgaoisation ,  ni  sur  ses  travaux ,  ni  sur  les  élémeDU  dont  elle  était 
composée.  Elle  ressemblait ,  sans  doute  «  à  celle  de  Strasbourg  »  était 
formée  sur  le  même  plan,  suivait  les  mêmes  règles  de  travail  »  obéis- 
sait aux  mêmes  lois  poétiques  et  recrutait  ses  adeptes  dans  toutes  les 
classes  de  la  bourgeoisie.  Bouterweck  (i)  pense  que  les  membres  de  la 
tribu  des  cordonniers  s'adonnaient  particulièrement  au  Meistergesang, 
et  il  fonde  son  opinion  sur  la  circonstance  que  le  recueil  de  poésies 
formé  par  la  corporation  de  Colmar  s'est  trouvé  dans  les  archives  de 
la  tribu  des  cordonniers.  La. conjecture  est  forcée  puisqu'elle  ne 
repose  que  sur  une  circonstance  accidentelle  et  nullement  décisive  ; 
le  recueil  s'est  trouvé  dans  les  papiers  des  cordonniers  comme  il  au- 
rait pu  se  trouver  dans  ceux  d'une  autre  tribu.  Personne  n'a  jamais 
entendu  dire,  que  les  cordonniers  de  Colmar,  ni  au  moyen-âge , 
ni  depuis ,  eussent  le  privilège  d'avoir  l'esprit  spécialement  porté 
à  la  poésie.  Il  serait  bien  singulier  que  l'association  des  maîtres 
chanteurs  de  Strasbourg  n'ait  pas  eu  trop  du  secours  de  20  tribus 
pour  produire  de  si  mauvais  vers  et  que  les  cordonniers  de  Colmar 
eussent  suflS  à  eux  seuls  pour  nous  en  laisser  de  meilleurs. 

Tout  ce  que  l'on  pourrait  concéder ,  pour  l'honneur  de  la  verve 
présumée  des  cordonniers  de  Colmar,  c'est  qu'appartenant  à  une 
des  professions  le  plus  naturellement  répandues ,  leur  représentation 
au  sein  de  l'association  colmarienne  a  été  relativement  plus  nom- 
breuse que  celle  des  autres  métiers.  Cela  suffirait ,  à  défaut  de  toute 
autre  cause  demeurée  inconnue,  pour  expliquer  comment  par  la  suite 
du  temps  et  la  décadence  successive  de  la  société  ce  recueil  a  bit 
partie  de  leurs  archives. 

Comment  cette  société  a^t-elle  vécu?  Quand  et  comment  est-elle 
morte  ?  Personne  n'en  a  jamais  rien  dit ,  et  notre  ignorance ,  nous  le 
confessons ,  est  complète  à  cet  égard.  Les  archives  municipales  de 
Colmar  contiennent ,  sans  aucun  doute ,  des  renseignements  sur  cette 
institution  poétique  et  chantante.  Mais  ces  archives  sont  un  arcane 
dans  lequel  personne  n'a  jamais  pu  pénétrer,  si  ce  n'est  M.  l'archi- 
viste de  la  ville.  Luj  seul  les  connaît  et  peut  les  connaître.  Nous 
attendons  de  sa  complaisance  qu'il  veuille  bien  donner  au  public  le 
résultat  de  ses  investigations. 

Un  mot  maintenant  du  manuscrit  connu  dans  la  littérature  sous  le 

(*)  Loc.  cit. ,  p.  «87. 


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m  MOT  SUR  LE  MANUSCRIT  DE  COLMAR ,  ETC.       557 

nom  de  Manuscrit  ou  de  Codex  de  la  ville  de  Colmar.  Bouterweck  , 
qui  en  parle  comme  d'un  objet  qu'il  a  vu ,  dit  qu'il  doit  contenir  plus 
de  mille  lieder  (i)  parmi  lesquels  plusieurs  du  xiv«  siècle ,  notamment 
ceux  de  Muskatblût  qui  ont  avec  les  minneUeder  l'analogie  et  la 
parenté  la  plus  rapprochée.  ' 

Le  Bragur,  recueil  de  chants  populaires  édité  à  Berlin  par  GnâTER,  de 
noi  à  4812»  contient  au  tome  premier  ,  page  280  une  notice  sur  ce 
manuscrit  ;  nous  ne  l'avons  pas  sous  les  yeux ,  mais  ce  recueil  existe 
sans  doute  à  la  bibliothèque  de  Strasbourg. 

Haug  qui  a  édité  à  Tubingen  en  1819  un  recueil  d'anciennes 
poésies,  sous  le  titre  de  Poetischer  Lustivald^  donne  à  la  page  232  un 
extrait  du  manuscrit  de  Colmar  ;  il  porte  pour  titre  :  Eiti  sauberlich 
Liedlein  avec  la  date  de  1450.  H.  d'Erlach,  dans  ses  Yolkslieder, 
édités  à  Mannheim  en  1834 ,  tome  m»  page  171 ,  a  reproduit  cette 
poésie.  C'est  la  première  des  deux  qne  nous  mettons  sous  les  yeux 
de  nos  lecteurs. 

M.  d'Erlach  donne  à  la  page  172  et  sous  le  titre  Ein  ander  sauber" 
lich  Liedlein  et  comme  appartenant  à  la  même  année  1450  une  autre 
poésie  dans  le  même  goût  »  mais  sans  dire  qu'elle  est  puisée  dans  le 
manuscrit  de  Colmar ,  ce  qui  cependant  est  infiniment  vraisemblable. 
Elle  commence  ainsi  : 

Mich  bat  ein  traut  rein  selig  Weib, 

BuscnrNG  dans  ses  Volkslîeder  a  également  inséré  à  la  page  132  un 
Lied  tiré  du  manuscrit  de  Colmar.  Il  porte  le  titre  der  Mat  et  est 
attribué  par  Busching  à  Muskatblût  ;  nous  le  reproduisons  plus  loin. 

Ainsi ,  sans  compter  les  emprunts  qui.  ont  certainement  été  faits  au 
manuscrit  de  Colmar  par  la  masse  de  recueils  de  chants  populaires 
que  possède  l'Allemagne ,  et  qu'il  nous  est  impossible  de  consulter 
ici ,  cette  simple  note  constate  que  Haug  »  en  1819 ,  et  Busching  plus 
anciennement ,  ont  pu  donner  des  extraits  du  Codex  de  Colmar.  Où 
les  ont-ils  pris?  Ils  ne  le  disent  pas.  Ont-ils  vu  eux-mêmes  le  manu- 
scrit? Nous  ne  pouvons  rien  affirmer,  bien  qu'il  semble  qu'ils  en 
parlent,  non  comme  d'un  trésor  mystérieux,  mais  comme  d'une 
source  officielle  connue  de  tout  le  monde ,  de  leur  temps. 

C'était  aussi  le  sentiment  des  Alsaciens ,  qui  ne  pouvaient  deviner 
qu'un  manuscrit  dont  on  parlait  si  simplement ,  si  naturellement , 

(•)  Loc.  cit,  ,  IX  ,  289. 


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558  REVUE  D'àLSâCE. 

<ievait  être  perdu  ou  Tolé.  Lobblein  dit  »  (Gesch.  der  Musik  im  EUasi. 
Sirasb.  i840,  p.  â)  :  <  Eine  der  grôssten  Sammlungen  vo7i  altdeuUchen 
Minnc'  und  Meuter'Sàngem ,  die  ûber  iOOO  Lieder  enlkàll ,  wurde  in 
der  Schuêterzunfi  «a  Colmar  aufbewahri ,  und  soll  sich  dermalen  in 
der  Siadlbiblioihek  dagelbxi  befinden,  >  —  Pauvre  Lobsteio  !  il  est  du 
moins  mort  avec  cette  illusion  si  naturelle  ! 

Nous  ajouterons  que  le  Liedersaal  de  M.  de  Lassberg  contient  aussi 
un  grand  nombre  de  poésies  empruntées  à  ce  recueil .  mais  qu'il  est 
plus  difficile  de  distinguer  leur  origine,  ce  savant  n'ayant  pas  une 
seule  fois  nommé  le  recueil  de  Colmar.  Toutefois  le  fait  est  notoire 
et  authentique. 

il  nous  semble  qu'au  moyen  de  ces  Indications ,  de  la  notice  du 
Bragitr  de  Graeter,  du  témoignage  de  Bouterweck,  des  lueurs  éparses 
de  la  tradition  alsacienne»  il  doit  être  possible  au  bibliothécaire  de  la 
ville  de  Colmar  de  donner  au  public  lettré  quelques  renseignements 
précis  sur  la  présence  plus  ou  moins  ancienne  et  certaine  de  ce  ma- 
nuscrit dans  notre  dépôt.  Son  savoir  et  les  recherches  qu'il  fait ,  sans 
doute,  depuis  longtemps,  sur  le  sort  de  ce  mauuscrit,  lui  ont,  en 
outre ,  fourni  des  données  plus  nombreuses  et  plus  décisives  peut* 
être  que  celles  que  nous  offrons  modestement  ici.  —  Tout  le  monde 
sera  charmé  d'en  recevoir  la  communication  officielle.  —  Quand  on 
règne  en  maître  dans  une  bibliothèque ,  on  sait  naturellemîent  une 
foule  de  choses  que  le  pauvre  vulgaire  est  bien  excusable  d'ignorer. 

Voici  les  deux  poésies  que  nous  avons  promis  de  communiquer  à 
nos  lecteurs  : 

I. 

EIM  SâUBERLIGH  LIEDLEIN.  , 

1450. 

Mach  dem  colmarischen  Codex. 

(Hàug  ,  Poetischer  LustwM ,  Tubiogen ,  1819  ,  p.  231). 

Holdselige  Muthgeberin  ! 

Du  Mailicht ,  wie  noch  keines  schien  ! 

Du  auserwshlte  Kaiserin  ! 

Meiu  Herz  muss  dir  sich  neigen. 

In  deine  Macht ,  gar  mannigfalt. 
Nie  war  ein  Weib  so  wohlgestalt, 
Der  sonst  in  ihre  Hochgewalt 
Ich  gâbe  mich  zu  eifpen. 


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UN  MOT  SUA  LE  MANUSCRIT  DE  COLMAR  ,  ETC.       580 

Sprich,  Uerz  !  kann  dir  nichts  theurer  werden 
Durch  Liebe ,  Lust  und  Leidvertreib 
Als  dièses  rein  traut  sel'ge  Weib  ?  — 
Nein  !  sagt  mein  Herz  !  —  Ihr  zarter  Leib 
Geniigt ,  alleinzig,  mir  auf  Erden. 

Mîr  ist  so  weh ,  mir  ist  so  wohl. 
Ja  du ,  vor  allen  wonnevoU  , 
Du  Klee ,  siisswtirzige  Viol  ! 
Erfreust  mich  im  Geniûthe. 

Ich  harrte  lângst  der  gjrossen  Stunde^ 
Bis  mir  Gott  selber  bat  bescheert , 
Was  neue  Sorgen  von  mihr  wehrt , 
Der  Seele  hôchsten  Wunsch  erhôrt , 
Und'trostend  heilt  aus  Herzensgrunde. 

Laiig  strebt'  ich  nach  dem  siissen  Bund. 
Yiel  fremde  Strassen  zind  mir  kund. 
Wisst  :  «  Such'  und  finde  »  hiess  mein  Hund  ; 
Der  bat  gesucht  —  wie  lange. 

Wie  vieler  Schnobert ,  lohnerpicht , 
Doch  Lieb'rea  konnt*  et  finden  nicht , 
Denn  Weib ,  dein  zartes  Angesicht , 
Nach  meines  Herzens  Drange. 

Dein  lÉcheln  kann  mir  Freude  bringan. 

0  sage  mir  binwieder  an  : 

Willst  du  von  Herzen  mich  empfahn  ? 

Ich  bin  dir  gânzlich  unterthan. 

Gott  lasB'  es  Beiden  wohl  gelingen  ! 

II. 

DER  MAI. 

Aus  dem  in  Kolmar  aufgef^ndenen  Liederbuch  der  Meistersinger. 

Der  Verfasser  dièses  Lied  soll  Muskatbllit  sein. 

(BuscHiNo,  Volkslieder,  p.  13Î). 

Nach  Lust  ritt  ich , 
Da  freut'  ich  mich 
Der  Sommerzeit  ; 
Der  Anger  weit 
Stand  lusliglich  gezieret. 


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560  Rsvins  d*alsàcb. 

Da  hatt'  die  Haid 
Ibr  WinterUeid 
Gezogen  ab , 
Mit  reicher  Hab* , 
Hat  8ie  sich  auwtaffieret. 

Mein  Herz  çanz  voiler  Freuden  wat 
Ich  sah  die  Blumen  knopfen , 
So'klein  war  nir^nd  nicht  ein  Gras , 
Daran  da  hingen  Tropfen. 
Von  sûssem  Thau 
Hat  sich  die  Au 
Lusttglich  ûberzogen , 
Mit  Lilien  und  mit  Rosen  roth. 
Aus  sehn'nder  Noth 
Kam  mein  Gemûth  ; 
Des  Maien  Gut 
Hat  mich  noch  nie  betrogen. 

Schaut  wie  àw  Wald 
Gar  mannigfait 
In  Grûne  stat  ; 
Ein  jeglich  Blatt , 

In  seiner  Art  ausspriesset. 
Seht  wie  das  Reis 
Trâgt  hohen  Preis , 
In's  Maien  Kraft 
Sein  linder  Saft 

Aus  hartem  Ho^e  fliesset. 

Schaut  an  ,  wie  wunniglicben  stat , 
Berg ,  Vaid'  und  auch  der  Anger. 
Mit  mancher  lustiglichen  Saat 
Das  Feld  ist  worden  schwanger  ; 
Mit  rechter  Frucht 
Manch'  liebe  Zucht , 
Die  nur  der  Mai  kann  bringen , 
Mit  lichten  Blumen  wonnebar. 
Die  Sonne  klar 
Giebt  lichten  Schein , 
Die  Yôgelein 
Schôn  in  dem  Walde  singén. 


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UN  MOT  SUR  LE  MANUSCRIT  D£  COLMAR  ,  ETC.  561 

Avant  de  terminer ,  noas  oserons  poser  une  question  indiscrète 
sans  doute,  mais  qui  •  pour  l'avenir ,  peut-être  ,  aura  l'avantage  de 
former  un  point  de  départ  certain  pour  la  recherche  d'un  autre  ma- 
nuscrit de  notre  bibliothèque.  Quand  M.  le  Bibliothécaire  espère-t-il 
faire  rentrer  au  dépôt  la  relation  de  l'abbé  Martin  de  Pairis  sur  la 
première  croisade,  manuscrit  qui  se  trouve  depuis  6  ou  8  ans  à  Paris? 

Puisque  l'on  est  si  lent  à  l'éditer  à  Paris ,  il  y  a  des  personnes  de 
bonne  volonté  qui  le  publieraient  volontiers  ici. 

CH.   Gérard,   avocat ilaeonr impériale. 


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QUELQUES  DISPOSITIONS  LÉGISLATIVES 

DE   L'ANCIENNE  VILLE   LIBRE   DE   STRASBOURG. 


Rien  de  Doaveau  sous  le  soleil  ;  j'en  trouve  lapreuve  dans  quelques 
dispositions  législatives  de  notre  ancienne  ville  libre  »  et  j'en  conclus 
que  le  monde  ne  vas  pas  de  mal  en  pis  »  comme  quelques  esprits 
atrabilaires  veulent  nous  faire  accroire. 

A  les  entendre  on  serait  tenté  de  croire  que  nos  grands-pères 
étaient  de  petits  saints.  Ecoutons  plutôt  ce  que  nous  apprennent  à  ce 
sujet  les  arrêtés  des  ammeistres;  qu'on  n*aille  point  croire  cependant 
que  je  veuille  médire  de  nos  pères ,  que  je  veuille ,  avec  une  légèreté 
sacrilège  »  mettre  en  oubli  le  respect  dû  aux  morts.  Dieu  m'en  garde  » 
de  moriuis  nil  nisi  bene.  Tout  ce  que  je  tiens  à  prouver  c'est  que  notre 
pauvre  xix*  siècle,  si  mal  mené  par  les  uns  »  si  prôné  par  les  autres , 
n'est  ni  meilleur,  ni  pire  que  ses  aînés,  et  que  de  tous  temps  le  pou- 
voir législatif  a  dû  sévir  contre  les  duellistes  et  contre  les  banque- 
routiers  ,  contre  le  tapage  nocture ,  l'usure  et  les  délits  de  presse  • 
sans  parler  d'autres  cas  plus  ou  moins  pendables. 

Voici  donc  contre  le  duel  un  décret  du  9  février  i6B0. 

c  Wir  Wolff  Dietricb  Zorn  ,  der  Meister  und  der  Rath  dieser  der 
f  He;l.  Rôm.  Reichs  Freyen  Statt  Straszburg,  sambt  unsere  Freundeo 
«  den  Ein  und  zv^antzigen  Fûgen  sie  mânniglich  zu  wlssen,  dasz  v^ir eine 
I  zeilhero  mit  hôchstem  unserm  miszfallen  erfahren  und  vemehmen 
c  mûssen ,  welcher  gestalt  Gottsvergessene ,  racbgirige  und  blut- 
«  durstige  Namespersonen ,  aus  allzu  grosser  hitz  und  frechbeit ,  sich 
c  entweder  durch  ûberflûssige  Beweinung,  oder  andere  ohnzulâssige 
c  reitzungen  dabin  bewegen  lassen ,  dasz  sie ,  den  ihren  etwa  zuge- 
c  standenen  scbimpff  zu  rechen  ,  oder  sonsien  ibr  racbgieriges 
c  roûtbiein  zuerkublen,   einanier  bey  vermintlicbem  verlust  der 


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QUELQUES  DISPOSITIONS  LÉGISLATIVES,  ETC.  563 

t  ebren  »  aasz*u.  unter  dem  nichtigen  vorwandt  cavallierschne  ausz- 
€  trags»  yor  die  faust  zum  kampff  gefordert ,  dadurch  auch  »  wo  nicht 
c  gar  umb  seel  uud  leib ,  jedaunoch  weuigsteDS  umb  gesundbeit  und 
c  gerade  glieder  offtermahls  gebracbt  babeo  ;  in  massen  eio  solches 
c  die  leidige  erfahrung  uod  vorgelassene  trawrige  exemple ,   mit 
c  grossem  ârgernusz  aller  ehr  uad  friediiebender  geroûther ,  nur 
c  allzuviel  beschieneD.  Gleichwienundurcb  solches  ohoeObrisiliches 
«  beslirlisches  uod  abscbewlicbes  begiuDen ,  zovorderst  die  Gôulicbe 
c  Majesteiimbiromel ,  als  in  deren  mâchlen  und  gewalt  daszmenscben 
c  leib  und  leben  lediglich  bestehet ,  zum  hefftigsten  erzùrnet ,  ver- 
c  8uchl  und  yerâchtlicb  auf  eine  seitten  geselzt ,  dem  Teuiïel  dagegen 
c  ûber  leib  und  seel  gewalt  eingeraumet ,  Statt  und  Land  mit  blut- 
€  schalden  beflechert ,  Gottes  Zorn  und  fluch  darauff  geladen  »  der 
c  weltlichen  Obrigkeit  in  verrichtung  ihres  amptes  vorgegriffen ,  und 
c  dem  Politischen  friedlichen  wesen  dargestelt  zuwider  gehandelt 
c  wûrdt ,  das  es  auch  gar  die  weisen  Heyden  »  ohnangesehn  sie  das 
c  geschôpff  mehr,  denn  den  Schôpffer  geehrt  und  geachtet  »  nicht 
c  fur  obnstriflich  angesehn  und  gehaiten.  Also  kônnen  vil  weniger 
c  Wir,  als  eine  Christliche  Obrigkeit ,  dergleichen  goitlose ,  viebische 
c  und  hôcbst  schâdlicbe  vornehroen ,  rauffund  schlaghândel  nachge- 
c  ben  ,  billichen  und  ohngestrafTt  hingehniassen. 

c  Gebieten  demnach  nicht  allein  unsern  Burgern ,  Burgerssôhnen 
I  und  Underthanen  ,  sondern  auch  den  Student^n ,  Schirmbâver- 
€  wandten  ,  Handwercksgesellen  und  in  summa  allen  Innwohnern  u. 
c  beisassen  ,  sie  seyen  was  slandies ,  herkommens  und  ansehens  sie 
c  immer  wollen  ,  nicht  weniger  als  hinbevor  in  annis  i583  »  d609  u. 
c  i628  geschehen»  hiemit  nochmalen  ailes  ernsls  »  dasz  sie  sich 
<  sowohl  des  auszforderns  als  erscheinens ,  und  ailes  dessen  ,  was  zu 
c  beschâdigung  desz  andern  immer  erdaclH  werden  und  gereichen 
c  mag ,  in  Stalt  und  Landt ,  so  weit  sich  unser  Geblet  und  Obrigkeit 
c  erstrecket ,  ganz  und  gar  enihalton  ,  und  ein  jeder  umb  seiner  zu 
c  dem  andern  habender  spruch  und  forderungen  willen ,  ordenlicher 
c  und  erlaubter,  so  gut  so  rechtlicher  ausziragsmiitel  gebrauche , 
c  derseiben  auch  begnûgen  lasse ,  u.  erinnerlich  bedenke  ,  dasz  das 
c  auszbleiben  und  nicht  erscheinen  an  wolhergebrachlen  ehren , 
c  guten  nahmen  und  leumulh  im  geringslen  keinen  abbruch  oder 
f  schm|ilerung  gebâren  kônne. 
•  Widrigen  falls ,  da  dergleichen  auszfordern ,  ohngeacht  dièses 


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!>6i  REVUE  D*ALSAGE. 

unsers  abermahligen  verbqtts  und  vohimeinend  widerhoUen  war- 
nang ,  nichts  desto  weniger  vorgebn  und  geschehn  wûrde  •  solle 
der  provocans  obscbon  sein  gegentbeil  iboen  nicbt  erscbeiDen, 
unserm  fisco  200  Reicbstbaler  zur  siraff  verfallen  sein  ;  deszwegen 
aucb,  sobald  es  zur  wissenscbafft  gebracbl,  von  unserm  jederweîls 
Regîerenden  Âmroeister  mît  arresi  bescblagen ,  und  darinnen  so 
lang  entbaUen  worden ,  bisz  gemeldie  straff  erlegt ,  und  die  sacb , 
darûber  sicb  die  streittigkeit  erhoben  ;  zwischen  den  Parteyen  ent- 
weder  gût  oder  recbtlicb  beygelegt  und  vertragen,  oder  dem 
geforderten  uff  sein  begebren  cautio  de  non  offendendo  geleistel 
sein  wird. 

c  Falls  aber  dergleicben  Duell  ehe  Wibr  desselben  gevabr  und 
innen  worden ,  vorgehen ,  und  einige  entleibung  darausz  entsteben 
wûrd ,  solle  zwar  wann  der  provocans  gebliben ,  oder  ausz  emp- 
fangener  verwundtung  gestorben  seinen  Brben  kein  recbt  wider  den 
ibâter  gestattet  :  dieser  aber  durch  Uns ,  nichts  desto  weniger  von 
Obrigkeitlicben  Ampis  wegen ,  befundenen  Umstanden  nach ,  am 
leib  oder  leben  gestrafft ,  und  der  provocans ,  so  er  den  geforderten 
erlegt ,  als  ein  vorsalzlicber  todtschiager,  vermôg  weyiend  Kayser 
Caris  y  Peinlicber  Haiszgerichtordnung ,  am  leben  ,  und  da  gleich 
kein  todtschlag  oder  verwundung  erfoigt ,  dannoch  beude  theil , 
verachtern  Gottes  und  der  Obrigkeit ,  Je  nach  bescbaffenheit  der 
saeben  ,  am  geit ,  leib  oder  leben  gezûchtiget  werden. 

c  Gleichmàssiger  bestraffung  sollen  auch  die  enstiflter,  beschiks- 
leut ,  secunden ,  beystander,  zuseher,  und  die  wissenscbafll  darumb 
getragen ,  gehdriger  orten  aber  nicbt  vormeldei ,  von  Uns  gewurtig 
seyn.  Und  damit  solcbe  thàtlichkeiten  desto  mehr  verbûtet  werden 
und  underbleiben  môgen ,  ordnen  und  wollen  Wir  auch  hierbey  , 
dasz  die  Studenteojungen  und  Lakeyen  »  desz  degentragens  sicb 
hinfuro  gantzlicb  mûssigen  und  entbalten  :  dann  welche  damit, 
nach  publication  dièses  mandats  bedretten  wûrden ,  denen  sollen 
ihre  gewebr,  sowobl  bey  Tag  als  Nacht,  durch  unsere  hierzu 
insonderheit  bestelte  diener  abgegùrtet ,  unserm  jederweilen 
Regîerenden  Ammeister  zuhanden  gelûiïert ,  und  die  fernere  gebûhr 
gegen  Herren  und  Dienern  vorgenommen  werden.  Darnach  sicb 
mânniglich  zu  ricbten  und  vor  scbaden ,  schimpff  und  gefahr  zu 
hùien  wissen  wùrdt.  » 


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QUELQUES  DISPOSITIONS  LÉGISLATIVES ,  ETC.  *  aOo 

Vous  voyez  que  ce  décret  contient  déjà  en  germe  toute  la  jurîspra- 
deuce  Dupîn. 

J'ai  devant  moi  deux  autres  décrets ,  l'un  du  ^9  juin  i850  et  l'autre 
du  ââ  décembre  1666  ,  sur  les  faillites  ;  dans  le  second  je  trouve  les 
considérants  suivants  : 

c  Demnach  die  leidige  Erfahrung  eine  Zeit  h'ero  mehr  dann  gut  zu 
c  erkonnen  gegeben  »  virelcher  gestalt  etliche  Gewarbs-Kauff-und 
c  Handels-Lcut,  denen  ihr  Unvermôgen  vorbin  zu  Genîîgen  bekanndt 
«  gewesen  ,  von  andern  namhaffte  Summen  Gelds  und  Wabren  ,  zu 
c  fortfûbrung  Ihrer  Gewarb  und  Hanthierungen ,  theils  vermittelst 
i  angebottener  hôherer  Interesse ,  theils  durch  Ihrer  gebrauchter 
c  Zutreiber  faisches  Vorgeben  ,  ob  wâre  am  Crédit  und  Glauben 
c  allerdings  kein  Mangel ,  geràhrlicher  und  betrûglicher  Weisz  auff- 

<  geborgi,  und  den  Scbulden  -  Last  von  lahren  zu  lahren  dermassen 
c  vergiôssert ,  dasz  sie  endiich  darunter  erliegen  bleiben  ,  und  ihre 
c  Creditoren  umb  das  Ihrige  »  wo  nicht  ganziich  und  furvoll .  jedannoch 

<  grôssern  und  guten  Theils  leictsinniger  weisz  betrogen  u.  gefahrdet  : 
c  nichts  desto  weniger  aber  bei  Ehren  zu  verbleiben  sîch  angemasst  » 
<(  und  nach  getroffenem  scbadiichen  Accord  »  mit  unterschiagenem 
«  frembdem  Guth  von  neuem  zu  handlen  angefangen ,  reichlicber  als 
c  vorbero  Hauszgehalten ,  und  in  Kleidung  sich  dergesiallt  sehen 

<  lassèn ,  als  wenn  sie  kcin  Talliment  und  banquerott  gemacht  hatten.  > 
Déjà  alors  les  choses  se  passaient  exactement  comme  de  nos  jours. 
Mais  voici  maintenant  les  pénalités  édictées  par  ce  décret  : 

i)  Le  failli  est  incarcéré  au  pain  et  à  l'eau  jusqu'à  ce  qu'il  se  soit 
arrangé  avec  ses  créanciers* 

2)  Tout  son  avoir  mobilier  et  immobilier  est  distribué  entre  ses 
créanciers. 

5)  En  cas  d'arrangement  et  avant  de  l'obtenir,  le  failli  devra  prêter 
serment  de  remettre  tout  son  avoir  entre  les  mains  de  ses  créanciers  , 
et  de  les  payer  intégralement  si  plus  tard  il  reprenait  des  forces. 

4)  S'il  manquait  à  ce  serment  la  peine  en  était  soit  un  exil  honteux , 
soit  une  détention  à  perpétuité. 

5)  Le  failli  perdait  toutes  ses  dignités  »  n'eu  pouvait  plus  obtenir 
par  la  suite ,  et  était  Inscrit  dans  sa  tribu  après  tous  les  antres  ;  H 
était  incapable  de  rendre  témoignage  en  justice. 

6)  Ni  lui  ni  les  siens  ne  pouvaient  plus  porter  de  bijoux  d'or  ou 
d'argent  ^  ni  s'habiller  de  soie  et  si  la  femme  avait  contribué  à  sa 


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566  REVUE  D'ALSACE. 

déconfiture ,  ou  la  connaissant  ne  l'avait  pas*dénoncée ,  elle  éiait  tenue 
du  tiers  des  dettes  contractées  pendant  le  mariage. 

On  exceptait  cependant  de  ces  peines  ceux  qui  se  trouvaient  en 
faillite  sans  qu'il  y  eut  de  faute  ou  négligence  à  leur  reprocher. 

Dans  un  décret  du  4  juillet  1622,  le  tapage  nocturne  est  défendu 
sous  peine  de  prison  et  les  gardes  de  nuii  sont  même  autorisés  à  user 
de  moyens  de  repression  violents  à  en  juger  par  le  passage  suivant  : 
c  denn  einmahl  bezeugen  wir  offenilich  ,  ob  einem  oder  dem  andern 
c  durcb  unsere  Wachten  (welche  bierauff  insonderbeit ,  und  ohn 
c  einigen  respect  der  Personen ,  ernsllicb  befelcbt  sind)  9m  Leib  » 
c  Leben  ,  Haab  oder  Gut ,  eiwas  ungleicbes  oder  widriges  begegnen 
c  wfirde»  dasz  er  soll  Unglûck  ihnen  seibst  verursacbt ,  und  weil  kein 
c  chrisilicbe  Warnung  verfangen ,  nicbts  anders  dann  nur  den  ver- 
c  dienien  recbten  Lobn  empfangen  babe.  > 

Et  un  autre  décret  du  i8  février  4651  défend  non  seulement  le 
tapage  dans  les  rues  c  das  viebiscbe  und  ârgerlicbe  lûblen ,  leucblzen 
c  und  scbreyen  auf  den  Gassen ,  Plut/en  und  Hâusern  ,  bey  Nacht 
c  und  bey  Tag  —  mais  aussi  das  unniâssige  Tabac-lrinken  »  wodurch 
c  nicht  allein  in  offenen  Gasl  berbergen ,  Wein  ,  Bier  und  Scbaff- 
c  hâusern  »  die  Gen)ache  mil  Rauch  und  Gestank  zu  des  Wûrlhs  und 
c  der  ûbriger  Gâsie  beschwerlicher  Ungelegenheit.  erfûllet,  sondern 
t  aucb  die  Gerlnerskuecbte  ,  >  Gesinde ,  Gesellschaften  und  andern 
f  nichi  obne  grosse  gefahr  mit  Lundten  und  Pippen  auffder  Gasse» 
c  in  Hâusern, 'aucb  gar  in  Scheueren,  Siâllen  und  Belber  umbzugehn 
c  sich  frowelich  gelusien  lass^n.  >  il  est  défendu  par  ce  décret  non- 
seulement  de  fumer  duns  les  rues,  mais  même  dans  les  maisons,  €  in 
c  oder  ausserbalb  des  Hauses ,  Nacbts  oder  Tags .  aller  Orlen  unserer 
t  Stall  Jurisdiclion  unterworfen  ,  sich  des  Pippen  gehens  oder  Tabac 

<  trinkens ,  ganziichen  zu  enlhalten ,  >  sous  peine  d'amende  et  de 
prison. 

Un  décret  du  21  août  1592  punit  de  peines  corporelles  et  même  de 
mort  les  auteurs  de  libelles  ou  pamphlets  :  c  gebieten  von  Ampts  und 
c  Obrigkeitswegen ,  allen  denen  wir  zu  gebieten  baben ,  bei  Leibs  und 
c  Lebensstraff,  dasz  sich  keiner ,  er  sey  wes  Stands ,  Ansebens  oder 

<  berkommens  erwôlle ,  gelâsten  lassen  solle ,  dergleichen  Pasquîllos  » 
f  famos  schrifïïen  ,  Schandgedicht ,  dadurch  ehrlich  Leuth  an  ihren 
c  und  Ehren  guten  Nabmen  y  angegriffen,  geschàmehtundverkleinen 


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QUELQUES  DISPOSITIONS  LÉGISLATIVES  ♦  ETC.  S67 

c  xvorden  »  zu  dichten ,  zu  schreibeD ,  bey  vermeidung  ob  angezogener 

<  Pôn ,  allerdîngs  zu  enthallen.  > 

Vous  voyez  combien  Paul  Louis  avait  raison  de  ne  publier  ses 
pamphlets  que  sous  la  Restauration.  Il  en  fut  quitte  pour  quelques 
amendes  et  quelques  mois  de  Ste. -Pélagie  ;  dans  la  ville  libre  de 
Strasbourg  il  risquait  sa  tête. 

.  Quant  à  l'usure  on  voit  de  même  que  la  différence  morale  entre  le 
XIX*  et  le  xvii"  siècle  n'est  pas  à  notre  désavantage.  Je  trouve  dans  un 
recueil  :  Extract  der  Statt  Straszburg  Ordnungen  von  Contracten  de 
i6i8  ,  dans  le  préambule  :  c  Wann  aucb  bisz  bero  vielfaltig  geblagt 
c  worden  ,  dasz  nicht  die  luden  allein  ,  sondern  wobi  gar  eilich  der 

<  genannten  Cbristen ,  durch  mannigfaldige  wucherliche  contract 
«  vvider  Gott  und  recht ,  unzimmiicb  handein  »  und  darin  mit  heim* 
•  lichem  vortheil  und  verschlagener  boszheit  also  zu  verfahren  wissen , 
c  das  soich  ohnchristliches  wesen  und  straffbares  ûbel ,  entweder 
I  vertuscht  und  in  der  still  verdeckt  bliebt ,  oder  doch  mit  scheinbarn 
c  und  gefahriichen  griffen ,  namen  und  wordten  arglistig  kam  untult , 
€  beschônt  und  der  straff  entzogen  v^ird.  > 

Plus  loin  ,  dans  le  même  Extnict ,  on  interdit  aux  juifs  tout  com- 
merce outre  que  celui  des  chevaux  et  des  comestibles  »  sous  des  peines 
pécuniaires  plus  ou  moins  fortes. 

Ainsi  duel ,  tapage  nocturne ,  dérèglement  des  mœurs,  pamphlets  » 
usure,  banqueroutes  ou  délits  étaient  assez  fréquents  pour  éveiller  la 
sollicitude  des  magistrats  et  provoquer  des  mesures  législatives  de 
répression.  Quant  au  luxe  il  en  était  de  même  et  je  rapporterai  pro- 
chainement quelques  dispositions  curieuses  à  ce  sujet. 

G.   WOLPF,' 

licencié  en  droit ,  atone  à  Strasbourg- 


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$68  HEVUS  D'ALSACE. 


RECTIFICATION  BIBLIOGRAPHIQUE  A  PROPOS  DES  VUES 
PITTORESQUES  DE  L'ALSACE. 


Stroibourg ,  (•  13  novimhrB  18S8. 
Monsieur , 

Permettez-moi  de  vous  adresser  une  petite  rectification  bibliogra* 
pbique  concernant  les  Vue»  pittoresques  de  V Alsace.  D'après  l'avis  de 
M.  Dietrich,  dans  son  intéressant  article  :  <  Labbé  Grandidier  et  le 
conseiller  Radius ,  >  l'abbé  Grandidier  serait  l'auteur  du  texte  de  cet 
ouvrage.  Cette  opinion  »  partagée  par  un  grand  nombre  de  personnes, 
n'est  fondée  qu'en  partie.  Il  suffit  de  lire  la  dernière  phrase  de  l'ar* 
ticle  de  Munster  pour  s'en  convaincre  :  t  Aujourd'hui  elle  (la  ville  de 
c  Munster)  est  administrée  comme  toutes  les  autres  municipalités  du 
t  royaume  »  elle  fait  partie  du  département  du  Haut-Rhin  et  du  db- 
€  trict  de  Colmar.  Avant  la  révolution  l'abbaye  était  du  diocèse  de 
c  l'évéque.  > 

L'abbé  Grandidier  est  mort  le  iO  novembre  i787  »  il  est  donc  de 
toute  évidence  que  ces  lignes  ne  sont  pas  de  lui.  Il  ne  serait  pas 
difficile  de  réunir  un  plus  grand  nombre  de  passager  qui  ne  pour- 
raient être  de  sa  plume.  Du  reste  il  existe  un  témoignage  plus  direct. 
Voici  ce  qn'on  lit  dans  le  N*  2  de  l'énumération  des  ouvrages  de 
J.  P.  Schœll  qu'a  publiée  M.  Pinau  de  la  Forest ,  dans  son  livre  sur 
la  vie  et  les  ouvrages  de  ce  fécond  publiciste  :  (Paris  1834 ,  in-8<^.) 
c  II.  Voyage  piuoresque  en  Alsace ,  Strasbourg  4790.  Cet  ouvrage  ne 
c  porte  pas  de  nom  d'auteur ,  les  5  premières  livraisons  sont  de 
c  l'abbé  Grandidier  et  les  autres  de  Schœll.  > 

Dans  la  note ,  p.  481 ,  de  la  Revue  d'Alsace ,  il  est  question  de  13 
planches  que  contiennent  les  Vues  pittoresques.  L'ouvrage  n'est  vrai- 
ment complet  qu'avec  18  planches.  Aux  12  mentionnées  il  faut  ajouter 


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/ 


RECTIFICATION  BIBLIOGRAPHIOUB ,  ETC.  569 

celles  qui  représentent  le  Bœlcheu  »  Kiensheim  ,  Exem ,  Nieder- 
mûQster»  MurbachetSchirmeck,  planches  qui  ne  sont  pas  accom- 
pagnées de  texte. 

Pour  compléter  la  petite  notice  sur  les  vues  pittoresques  restées 
incomplètes .  comme  toutes  celles  qui  de  ce  grand  historien  ont  été 
publiées  «  il  faut  ajouter  que  trois  des  articles  de  l'ouvrage  en  ques- 
tion ont  paru  séparément  ;  ce  sont  ceux  sur  Sainte-Marie  et  Eschéry, 
imprimés  en  iSiO  en  français  et  en  allemand ,  enrichis  d'un  grand 
nombre  de  notes  par  le  célèbre  industriel  Reber ,  de  Munster ,  paru 
sans  lieu  ni  nom  d'imprimeur  »  et  sans  date  ;  la  première  de  ces 
petites  monographies  est  in-8^  et  l'autre  in-12. 

rai  l'honneur ,  Monsieur  »  etc. 

F.  Heitz  , 

imprineiir  et  libraire  à  Strasbourg. 


V 


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570  REVUE  D'ALSACE. 


ADDITION  A  LA  LISTE  DES  VILLAGES  DÉTRUITS  DE  LA 
HAUTE-ALSACE. 


Babslmm ,  U  16  wn)mbr$  f  89a. 

Mon  cher  Directeur  » 

Mon  ami  Stœber  vient  de  me  signaler  an  ancien  village  détmit , 
qui  ne  6gure  pas  sur  la  liste  que  vous  avez  bien  voulu  insérer  dans 
la  Revue  iT Alsace  de  cette  année ,  page  502.  Voici  ce  qu'il  en  dit  : 

c  DurrgebwiUer  >  village  détruit  dans  la  guerre  de  trente  ans  près 
de  Didenheim  et  de  Hocbstatt.  Ces  trois  villages  n'avaient  à  cette 
époque  qu'une  seule  église  qui  se  trouvait  sur  la  colline  de  Diden- 
heim. L'emplacement  où  elle  s'élevait  est  signalé  par  une  croix ,  élevée 
en  i846  et  portant  l'inscription  suivante  :  c  Zum  Andenken  der  ehe* 
c  maligen  auf  dieser  Stàiie  gewesenen  Pfarrklrche  der  dreï  chrisllichen 
c  Gemeinden  Didenheim  »  Uochstatt  und  im  Schwedenkrieg  zerstôrten 
c  Dûrrgebwiller.  > 

Il  me  fait  connaître  de  plus  qu'en  i586,  le  village  détruit  de  Willer, 
près  de  Bergbeim ,  parait  encore  sous  la  forme  de  IFeU/,  dans  le 
Malefizbuch  d'Oberbergheim ,  fol.  60^,  et  que  l'on  trouve  fréquemment 
dans  les  champs  et  les  vignes ,  près  du  château  de  Reichenberg,  des 
restes  de  fondations ,  des  tuiles  et  des  pierres  taillées. 

Il  rappelle  enOn  que  Borrer ,  dans  son  Dtctionnaire  d* Alsace,  pag. 
i55-i56,  a  déjà  complété  la  liste  de  Schœpflin  par  l'adjonction  de  27 
noms  nouveaux.  Cette  circonstance  »  qui  m'était  inconnue  »  mérite 
d'être  signalée  dans  l'intérêt  des  recherches  ultérieures. 

Je  vous  serai  obligé  d'insérer  ces  renseignements  dans  le  numéro 
delà  Revue ^  qui  paraîtra  encore  cette  année.  Aussi  bien  n'aurai-je 
pu  me  dispenser  de  vous  signaler  quelques  errata  dont  la  rectiOcation 
m'Importe»  rectification  qui  pourra  être  faite  en  même  temps. 


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ADDITION  A  LA  LISTE  DES  VILLAGES  DÉTROITS  .  ETC.  571 

CepeDdaot ,  avaoi  d'y  procéder  »  je  crois  devoir  ajouter  quelques 
mots  sur  le  village  de  GtUzwiUer.  L'emplacement  de  ce  village  se 
trouve  sur  une  hauteur»  près  de  FembraDchement  de  voie  romaine  » 
qui  »  partant  de  Kembs  va  rejoindre  près  de  Hirsingen  la  grande  route 
de  Mandeure  à  Augusta.  On  y  a  déjà  trouvé  des  restes  de  construc- 
tions ,  ainsi  qu'un  grand  nombre  de  monnaies  romaines ,  parmi  les- 
quelles l'on  m'a  cité  un  Néron  en  or.  La  tradition  rapporte  qu'il  y 
existait  anciennement  une  grande  ville  dont  les  deux  Magslatt  étaient 
les  faubourgs.  La  légende  populaire  ou  pour  mieux  dire  c  die  Sage  > 
iDot  qui  n'a  pas  son  équivalent  en  français ,  brode  encore  là- dessus 
et  veut  voir  de  temps  en  temps  des  bandes  armées  traverser  la  combe, 
qui  court  entre  les  hauteurs  :  elle  prétend  alors  entendre  la  cloche 
d'alarme  tinter  au  fond  de  la  fontaine  qui  verse  ses  eaux  dans  la 
combe. 

FAUTES  A  CORRIGER  : 


PageSOâ,  2*li 

gne 

^  au  lieu  de  :  V.  tome  ii ,  lisez 

:  V.  tome  v. 

—        16* 

— 

—         14»  siècle      — 

i5«  siècle. 

Page  505,  29« 

— 

—         Banunheim  — 

Bancenheim. 

—        32« 

— 

—  quantité  de  tuiles  — 

quantité  de  débris 
de  tuiles. 

Page  506,  !'• 

— 

—        grothleiffe    — 

grolsleiffe. 

—       36« 

— 

—        Kine            — 

Rine. 

Page  307,  i5* 

— 

—      horthograpbe  — 

orthographe. 

-        16- 

— 

—  racourcissements  — 

raccourcissements. 

—        18« 

— 

—       HoloUowUare  — 

BeloUawUare. 

—       26* 

— 

—         éloigné         — 

éloignée. 

—        27« 

— 

—         siué              — 

situé. 

Agréez ,  mon  cher  Directeur,  mes  civilités  empressées. 

Stoffel. 


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S72  REVUE  D'ALSACE. 


LEHRE  INÉDITE  DE  KLÉBER. 


'  A  MM>  les  Administrateurs  du  département  du  Haut^Rhm*  {*) 

Messieurs , 

Les  bontés  qae  vous  m'avez  témoignez  sans  cesse  me  font  espérer 
que  vous  vouderez  bien  jointre  une  lettre  de  recommandation  vive 
et  déterminente  a  celle  que  j'adresse  à  H.  le  maréchal  Luckner  et 
que  j'ai  l'honneur  de  mettre  sous  vos  yeux  pour  vous  faire  connaître 
l'objet  de  mes  demandes. 

Vous  connaissez ,  Messieurs ,  mon  zèle  à  servir  la  chose  publique; 
je  lui  ai  sacrifié  toute  mon  exisiance.  Cependant  je  sens  que  dans  la 
position  où  je  me  trouve ,  tonte  ma  bonne  volonté  restera  sans  effet  » 
et  qu'aucun  des  taleus  militaires  que  je  crois  poseder  ne  sera  employé 
utilement  au  service  de  ma  Patrie.  Contribuer  à  m'en  tirer.  Messieurs, 
en  me  faisant  employer  d'une  manière  quelconque  aux  extrême  fron- 
tières» et  là  où  se  donneront  les  grands  coups»  seroit  m'engager  à  la 
plus  vive  reconnoissance. 
Je  suis  avec  respect  » 

Messieurs  » 

Votre  très  humble  et  très  obeisant  serviteur, 

KLEBER. 
Besançon  ce  7  may  1792. 

P.S,  En  ce  moment  arrive  une  estafette  qui  aporte  à  M.  de  la  Morlière, 
général  commandant  en  cette  ville  »  l'ordre  d'aller  remplacer  M.  le 
maréchal  Luckner ,  ce  dernier  devant  prendre  le  commandement  de 
l'armée  de  Hochambeau.  Ceci ,  Messieurs ,  ne  doit  point  vous  empê- 
cher de  faire  partir  ma  lettre  le  plutôt  posible  et  d'y  jointre  la  votre. 
Si  M.  de  la  Morllère  se  presentoit  au  département  à  son  passage  à^ 

(•)  Kléber  était  adjudant-major  du  i«  bataillon  du  Haut-Rhin.  Né  en  1754  ,  il 
avait  alors  38  ans.  Nous  conservons  rigoureusement  l'orthographe  de  sa  lettre. 


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LETTRE  INÉDITE  DE  KLÉBBR.  575 

Colmar ,  daignez ,  Messieurs  ,  également  lui  parler  de  moi  ;  je  vais 
dès  ce  pas  me  transporter  chez  lui.  Notre  bataillon  a  passé  dans  le 
département  de  Laiu ,  je  pars  demain  pour  Bcurg  en  braisse  le  re- 
jointre.  M.  de  la  Morlière  à  84  ans  »  il  est  sourd  et  paroit  un  exelent 
homme,  il  s'est  conduit  avec  beaucoup  de  prudence  ici.  Je  ne  le  crois 
guère  propre  à  commander  une  armée  offensive. 

Cofnmuniquée  par  M.  Frantz,  cbef  de  division  à  la  préfectare  do  Haut-Rhio. 

{Archives  du  Haut-RhinJ, 


HISTOIRE  DU  COMTÉ  DE  DABO. 


Strasbourg  y  iS  novembre  1858. 


Monsieur  le  Directeur  » 


Empêché  par  un  travail  spécial  de  rendre  compte  immédiatement 
de  la  nouvelle  édition  que  M.  Dugas  de  Beaulieu  vient  de  publier  de 
son  Hutoire  du  comté  de  Dabo ,  je  m'acquitterai  de  ce  devoir  sans 
trop  de  retard.  Veuillez  en  attendant  annoncer  à  vos  lecteurs  l'appa- 
rition de  ce  beau  volume  ou  permettre  que  ces  lignes  la  leur 
annoncent. 

Recevez ,  Monsieur  le  Directeur,  l'expression  de  ma  considération 
distinguée. 

Matter. 


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TABLE  DES  MATIÈRES.  -  NECVIÉHE  ANNËL 


HISTOIRE.  —  ARCHÉOLOGIE. 

L0UI8  LbyradIiT.  —  Villes  libres  impériales  de  Tandenne  Alsace.  —  Lamdau  49 

..__-.    Première  suite 97 

—  —    —    —    Deuxième SKTT 

•—    —    —    —     Troiiième M3 

—  —    —    —    Quatrième 382 

—  —    —    —    Cinquième 402 

—  —    —    —    Siofième 445 

^    —    —    —    Septième 493 

—  —    —    —    Fin 5» 

Gh.  Drion.  —  Notice  historique  sur  l'église  réformée  de  S^MarieHiux-Mines  77 

—  —    —    —    Première  suite 137 

—  —    —    —    Deuxième 191 

—  _    -    -    Fin 227 

GosTB.  —  Argentouaria ,  sUUod  gallonromaine  de  l'Alnoe S7 

—  —    —    —    L'Alsace  romaine.  —  Etude  sur  les  andennes  voies  de 
communication  (avec  une  carte) • 433 

Gh.  Knoll.  —  Les  fouilles  du  tumulus  de  Soultz.  —  Découverte  d'une 
enceinte  fortifiée 137 

—  _    —    —    Mémoire  sur  l'andenne  commanderie  de  l'ordre  de  Bfalte, 
située  kSoulu 290 

—  —    —    —    Les  fouilles  des  tumuli  d'Ensisheim 331 

A06.  Stoebbr.  —  Nouvelle  conjecture  sur  le  lieu  où  s'est  livrée  la  l>^taiUe 

décisive  entre  Jules-César  et  Arioviste 298 

Véron-Révillb.  —  Les  cbiens  de  la  princesse  de  Wurtemberg,  (Souvenirs 

du  Conseil  Souverain  d'Alsace) 305 

DcGAS  DE  Bbaulieu.  —  Gertrude  de  Dagsbourg • 385 

J.  J.  DiBTRiCH.  —  L'abbé  Grandidier  et  le  conseiller  Radius 481 

F.  Heitz.  —  Une  rectification  bibliographique  à  propos  des  vues  pittoresques 

de  l'Alsace 568 

Christophorijs.  —  Liste  des  villages  détruits  ainsi  que  des  noms  de  villages 

disparus  »  dans  la  Haute-Alsace ,  mise  au  niveau  des  connaissances  actuelles  502 

—  —    —    —    Addition  à  celle  liste 570 

Ed.  BàvELAêR.  —  L'état  de  l'Alsace  par  un  financier 541 

Ch.  Gérard.  —  Un  mot  sur  le  manuscrit  de  Golmar,  acheté  par  la  biblio- 
thèque de  Munich 5'^ 


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TABLE  DES  MATIÈRES.  875 

BIOGRAPHIE. 

PaCM. 

L.  SoHifBEGANS.  —  Jean  Bein 18 

L.  Spach.  —  Domioique  Bietrich.  f5mre  «f /(n) 209 

ÉTUDES  LITTÉRAIRES. 

F.  G.  Bergmann.  —  Les  Scythes.  —  Leur  état  social ,  moral ,  intellectuel  et 
religieux •  .   .       5 

—  —    —    —    Première  iuite « 58 

—  —    —    —    Dewrième 116 

—  -    —    —    Fin 180 

NUMISMATIQUE. 

A.  DoRLAN.  —  Sur  quelques  monnaies  épiscopales  de  Strasbourg Î39 

Anatole  de  Barthélehy.  —  La  numismatique  en  1857 512 

ÉTUDES  MYTHOLOGIQUES.  —  HAGIOGRAPHIE.       . 

Max  de  Ring.  —  Sainte  Foi ,  Sainte  Espérance  et  Sainte  Charité ,  filles  de 
Sainte  Sapience.  —  Etudes  hagiographiques 576 

AuG.  Stqeber.  —  Mœurs ,  coutumes  et  croyances  superstitieuses  du  peuple 
tyrolien ,  par  M.  Ig.  Zingerlé.  —  Sitten ,  Bràuche  und  Meinungen  des 
TiroUr  Volkes,  gesammelt  und  herausgegeben  yon  Ignaz  Zingerlb  •   .   .    380 

J.  Fessenmayer.  —  Le  paganisme  et  sa  signification  pour  le  chrisUanisme  » 
par  le  D'  Sepp.  (Suite  et  fin) 304 

SCIENCES  NATURELLES. 

R.  Lcppelin.  —  Mouvement  et  travail 337 

J.-P.  PuTHOD.  —  Hydrologie  alsacienne 369 

LÉGISLATION  —  ÉCONOMIE'. 

De  Netremand.  —  De  la  nécessité  de  réprimer  l'ivresse 273 

L.  Spach.  -  Causeries  littéraires.  —  Paupérisme  et  bienfiiisance  dans  le  Bas- 
Rhin  ,  par  L.  J,  RebùuJ^Deneyrol 463 

G.  WoLFF.  —  Quelques  dispositions  législatives  de  randenne  ville  libre  de 
Strasbouig * 562 

VARIÉTÉS. 
D'  EissBN.  —  Troisième  réunion  des  chanteurs  alsaciens.  —  Grand  festival 

de  Golmar ^ 416 

Paul  Lehr.  —  Epttre  à  M.  Auguste  Lamey 460 

DOCUMENTS  HISTORIQUES. 

Lelabodbeur.  —  Origine  du  luthéraoisme  à  Colmar 26 

C.  GflNTQER.  —  Lettre  que  les  religieuses  du  couvent  des  Unterlinden  de  la 

ville  de  Colmar  ont  adressée  à  la  Convention  nationale ,  en  février  1791    .    300 
Fkantz.  —  Une  Irltre  inédile  de  Kiéber 572 


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576  TABLE  DES  MATIÈaBS. 

BIBLIOGRAPHIE. 

Anatole  de  Barthélémy.  -—  Les  nobles  et  leê  vilains  du  temps  passé ,  on 
recherches  criliqnes  sur  la  noblesse  et  les  usurpations  nobiliaires,  par 

Alp.  Choisantj  paléographe Zi 

—    —    —    —    Cosmographie  mosooyite ,  par  André  Thevet ,  recueillie 

et  publiée  par  le  prince  Aug,  Galitxin 204 

Emile  Grocker.  —  La  philosophie  et  la  religion  ,  par  M.  Mattir 36 

ËMM.  Le  Maout.  —  Flore  d'Alsace  et  des  contrées  limitrophes ,  par  le  D* 

,  F.  EineMeger 46 

Ch.  Gérard. —  Alsatia  de  18S6-18S7,  par  iiii^.  5l<B(0r 96 

Un  BoBLiOPmLB.  —  I.  V Union  aUaeiminey  recueil  religieux,  scientifique, 
liistorique ,  littéraire  et  bibliographique.  —  II.  Mémoire  à  TAcadémie  de 
Rheims ,  par  L.  W.  Havenèx,  —  III.  Frédéric  de  Dietrich ,  premier  maire 
et  Dominique  de  Dietrich,  ammeistre  de  Strasbourg,  par  L.  Spach.  — 
IV.  Der  Kochersberg,  par  A,  Stœher.—  Die  Abtei  Murbach,  par  Fréd.  Oite, 
—  Chronique  de  Wiegersheim.  ^  V.  Notice  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de 
H.  A.  Dupont,  par  M.  Ifoffer .«-YI.  Histoire  de  la  Réformation  firançaise,  par 
M.  Puauœ,  —  VII.  Tableau  chronologique  et  synoptique  des  gouveme- 
ments  qui  se  sont  succédés  depuis  1789  jusqu'k  nos  Jours,  par  M.  Mathim»- 

5atnf-£atirsnf,  notaire  à  Colmar ^ËSi 

N.  NiCKLÈS.  —  L'année  scientifique  et  industrielle,  par  M.  £.  FiguMUr  ...  302 
--    —    —    —    Zoologie  du  jeune  âge  ou  histoire  naturelle  des  animaux , 

écrite  pour  la  jeunesse ,  par  M.  lera&ouUsf ,  etc 385 

Matter.  —  Gediehie  von  F.  A.  Haercker,  etc.  Poésies  de  Mareker  .    .   .   .  3SJ 
H.  KiENLEN.  —  Peter-Martyr  Vermiglf.  Leben  und  ausgewOhUe  Sehriflen  nach 
handtchriftlichen  tmd  gUichAeitigen  QueUen.  (Pierre-Martjr  Vermigli ,  d'a- 
près des  sources  manuscrites  et  contemporaines)  von  iP  C.  Sehmidt  .  .    430 

F.  KmscHLEGER.  —  Correspondance 470 

Matter.  —  Correspondance S75 


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